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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 17:17

Pierre Christpophe (piano), Joel Frahm (saxophone ténor), Joe Martin (contrebasse)

New York, 22 août 2018

Camille Productions MS062109CD / Socadisc

https://www.lesallumesdujazz.com/produit-live-at-smalls,2858.html

 

Retour à New York du pianiste Pierre Christophe, qui avait longtemps séjourné dans cette ville où il fut, notamment, l'élève de Jaki Byard, dont il reprend dans ce disque 3 compositions, évoquant aussi, au fil des plages, un goût probablement issu de cette formation pour les traits pianistiques vifs et brillants. On est dans ce petit club de Greenwich Village, un endroit majeur de la vie jazzistique new-yorkaise, en dépit de la relative exiguïté du lieu. Deux blues (en do, l'un de Byard, Just Rollin' Along, l'autre d'Ellington, Flirtibird), des compositions de Pierre Christophe (dont African Beauty, belle valse qui évoque tout à la fois l'univers de Langston Hughes et l'esprit de In Your Own Sweet Way de Dave Brubeck). D'ailleurs il y a en fin d'album une composition de Brubeck, beaucoup moins connue, Softly , William, Softly (album «Time In», 1965). Pierre Christophe l'expose au piano avec une verve rhapsodique digne de son Maître Jaki Byard, et garnérise légèrement dans le solo final car c'est son péché mignon, et nous serions les derniers à le lui reprocher. Le choix d'un groupe sans batterie, et celui de partenaires de haut vol (qui ont en commun d'avoir enregistré avec Brad Mehldau), permet une totale réussite : beau disque de jazz, avec de l'espace pour le piano, sans toutefois que le leader ne tire à lui la couverture. Ce disque, paru à l'automne, a connu quelques échos, mais on aurait aimé qu'il fût plus entendu, écouté et apprécié. Alors vous savez ce qui vous reste à faire : précipitez-vous pour le découvrir.

Xavier Prévost

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African Beauty, un extrait du concert au Smalls sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Ytrx3DAyvz0

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Pierre Christophe jouera en janvier son Hommage à Erroll Garner, en quartette avec Sébastien Girardot, contrebasse, Stan Laferrière, batterie et Laurent Bataille, percussions :

au Jazz Club de Courbevoie le 20 janvier

à Paris le 21 janvier au Duc des Lombards

au Jazz Club de Palaiseau le 31 janvier

et au Festival de Saint Saturnin (Charente) le 17 janvier

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25 décembre 2019 3 25 /12 /décembre /2019 22:05

Les films Don Pauvros de La Manche, Hôtel Innova, Les Mi-Grateurs, Tué Mon Amour, Catalogue à Bruxelles, Mateau Rouge & Joe McPhee, Vive Campus

Jean François Pauvros (guitare), avec Tony Hymas, Keiji Haino, Arto Lindsay, Charles Pennequin, François Causse, Jac Berrocal, Gilbert Artman, Makoto Sato, Jean-Marc Foussat, Thierry Madiot....

Coffret de 2 DVD EDV 1489, La Huit / http://www.lahuit.com/

 

Sept films, du court-métrage Hôtel Innova de 1984 au long-métrage Don Pauvros de La Manche de 2015 en passant par des moyens-métrages, captations de concerts et portrait en images du Studio Campus (dont Jean-François Pauvros fut l'un des artisans majeurs) alors menacé d'expulsion.

Lillois de 1967 à 1980, puis à temps partiel de 1993 à 1999, votre serviteur a croisé la longue silhouette de Pauvros, d'abord dans sa vie d'étudiant lillois habitué de différents cafés de la place Philippe Le Bon où se fomentait le gauchisme pré et post soixante-huitard, et du côté des scènes de jazz et de musiques improvisées qu'il fréquentait en amateur nordiste, puis à Paris, et ailleurs, en professionnel-de-la-profession avant de redevenir l'amateur qu'il n'avait jamais cessé d'être. Souvenirs musicaux d'un concert, vers 1970, où le duo de Jean-François Pauvros avec le batteur Gaby Bizien assurait la première partie du groupe Perception (Didier Levallet, Yochk'O Seffer, Siegfried Kessler & Jean-My Truong). Pas étonnant que, quelques années plus tard, on retrouve Pauvros en duo avec Siggy Kessler (album «Phenix 14», 1978). Pauvros évoque d'ailleurs ce concert dans le livret qui accompagne ce double DVD, au cours d'une conversation d'une vingtaine de pages avec Guy Girard, Jean-Marc Rouget et Bertrand Loutte. L'occasion aussi pour moi d'évoquer le groupe de rock progressif Moebius, qui associait Pauvros et Bizien à l'Ami Philippe Deschepper. Mais c'est une autre histoire. Revenons, sans céder au chant des sirènes de la nostalgie, au sujet qui nous occupe.

   D'abord, sur le DVD 1, entièrement occupé par Don Pauvros de La Manche (66 minutes, 2015), une sorte de portrait-bilan qui scelle une connivence de plusieurs décennies entre le cinéaste et le guitariste. Éclats de guitare sur une plage déserte en début et fin de film (là où la guitare s'éteint, étouffée par le sable dont le guitariste la recouvre....), et au fil des séquences le blues, une mélodie (et une improvisation) avec Tony Hymas, une visite chez l'ami luthier médecin des vieilles guitares, une variation musicale avec Xavier Boussiron et sa bande autour des images du film Plan 9 From Outer Space d'Ed Wood (et de quelques autres films), une longue conversation près de la mer sur la genèse de la musique, et sur les mystères du welsh rarebit, spécialité culinaire nordiste (importée du Pays de Galles), et de son influence sur la musique. Et une séquence de work in progress avec le poète Charles Pennequin, une digression sur les vertus psychotropes de l'électrocution, un duo avec Arto Lindsay, bref quelques belles tranches de vie, vie d'un musicien toujours inclassable, et dont chaque rebond nous surprend, et nous captive.

   Le DVD 2 commence avec le court métrage Hôtel Innova (5 minutes, 1984), une sorte de diptyque où se succèdent une mélodie folky-bluesy et un rock'n'roll qui vire au free punk. Puis viennent Les Mi-Grateurs (42 minutes, 2000), périple musical écorché avec Keiji Haino ; Tué Mon Amour (3 minutes & 20 secondes, 2008), conversation littéraro-guitaristique avec le poète Charles Pennequin. Retour aux concerts avec Catalogue à Bruxelles (2 minutes & 45 secondes, 2016, filmé le 28 novembre 2007), une bouffée décapante de ce trio explosif ; Marteau Rouge & Joe McPhee (22 minutes, 2000, festival Musique Action, Vandœuvre-lès-Nancy, 1999), une grande bouffée de liberté musicale ; et pour conclure Vive Campus (15 minutes, 2000), une ode en forme de manifeste pour le Studio Campus, lieu de répétition et d'enregistrement du 11ème arrondissement de Paris (structure présidée par J.F. Pauvros), qui a vu passer Luther Allison, Joan Baez, Jean-Louis Aubert, mais aussi Éric Le Lann, Didier Lockwood, les Négresses Vertes, et des dizaines d'artistes du rock, de la chanson, du jazz, célèbres ou confidentiels. Comme une métaphore, en somme, d'un parcours d'absolue singularité : celui de Jean-François Pauvros.

Xavier Prévost

Un avant-ouïr et avant voir sur Vimeo

https://vimeo.com/351628836

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 21:41

Dave Liebman (saxophone soprano), Joe Lovano (saxophone ténor), Greg Osby (saxophone alto), Phil Markowitz (piano), Cecil McBee (contrebasse), Billy Hart (batterie)

Hoboken (New Jersey), 30 août 2017

Enja Yelow Bird ENJ 9769 / l'autre distribution

 

La poursuite d'une aventure entamée en 1999 pour prolonger l'héritage de John Coltrane. Michael Brecker était du nombre («Gathering of Spirits», 2004), remplacé après sa mort par Ravi Coltrane (pour deux albums : «Seraphic Light», 2008, & «Visitation», 2011) puis désormais par Greg Osby. À l'origine des compositions de Coltrane formaient une partie du répertoire. Ce fut encore le cas pour le disque suivant, puis la plume des participants produisit des thèmes originaux qui, assurément, gardent la flamme de l'embrasement coltranien. L'écriture des parties de saxophone dans les exposés rappelle aussi que le jazz n'a pas commencé avec Coltrane, dont l'esprit rôde dans certains thèmes et improvisations, notamment de Liebman. Nulle tentation d'épigone, rien que l'admiration éclairée d'un des plus vibrants analystes du Maître. C'est donc une ode à cette musique, célébrée par trois grands solistes-souffleurs, et une rythmique d'enfer. Avec aussi, en intro et coda, et ailleurs au fil des plages, des fulgurances de liberté qui entraînent le langage loin de ses bases canoniques. Ici Liebman prend tous les risques avec l'audace de celui qui sent bien que l'équilibre est au bout de la phrase. Là Joe Lovano traverse en quelques mesures plusieurs pages d'une histoire qu'il connaît sur le bout des clés de son saxophone. Et régulièrement Greg Osby libère ses pulsions d'aventurier M'Base. Bel hommage à la vitalité du jazz, célébration sans emphase mais en flammes.

Xavier Prévost

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 10:45

Ray Charles, Nat King Cole, Laurent de Wilde, Alain Jean-Marie, Fred Hersch, Nat King Cole encore, et Albert Ammons (par ordre croissant du contenu calculé en nombre de CD) : quelques-uns des coffrets parus cette année, pour stimuler vos idées de cadeaux.

RAY CHARLES «The Complete 1961 Paris Recordings», 3 CD Frémeaux & Associés/Socadisc

Le retour des enregistrements réalisés en 1961 au Palais des Sports par la RTF, sous la houlette du Bureau du Jazz alors récemment créé par Lucien Malson, et dont André Francis fut l'artisan infatigable. Si ma mémoire est bonne, une première édition partielle vit le jour dès 1982 de façon non officielle (mais légale, car dans l'Italie d'alors, 20 ans suffisaient à permettre l'exhumation d'une archive radio pour le disque). C'était dans la série 'Europa Jazz' qui, en des albums 33 tours, pillait allègrement, à l'initiative d'un hiérarque de la RAI (la radio publique italienne), le fonds des radios publiques européennes (qui se prêtaient des archives pour alimenter leurs programmes). Un exemplaire de ces disques accompagnait chaque fascicule d'une encyclopédie vendue dans les kiosques à journaux sous le titre de Grande enciclopedia del jazz. Cette première mouture, souvent rééditée, et amendée, par divers labels, débouche aujourd'hui sur une intégrale des enregistrements réalisés les 21 & 22 octobre 1961. Ray Charles est à l'orgue Hammond (comme pour l'album «Genius+Soul=Jazz»), et à la tête d'un grand orchestre où l'on trouve la plupart de ses fidèles de l'époque, et les incontournables Raelets. Avec une bonne vingtaine d'inédits qui n'étaient pas tous forcément indispensables.... mais précieux pour les intégralistes !

NAT KING COLE «Incomparable !», 3 CD Cristal Records / Sony Music

Une très belle anthologie (le trio, la voix, le piano....) signée par un grand connaisseur, l'Ami Claude Carrière. À découvrir au travers du compte-rendu de Jean-Louis Lemarchand en suivant le lien ci-dessous

http://lesdnj.over-blog.com/2019/11/mona-lisa-bonne-fee-de-nat-king-cole.html

LAURENT de WILDE «Three Trios», 3 CD Gazebo / l'autre distribution

La réédition de trois introuvables du pianiste français : «Odd and Blue», avec Ira Coleman & Jack DeJohnette (1989), «Open Changes», avec Ira Coleman & Billy Drummond (1993), et «The Present», avec Darryl Hall & Laurent Robin (2006). Trois brillants jalons sur un parcours en trio qui se poursuit encore, et assurément perdurera. L'occasion de (se) rappeler l'importance de ce musicien, adoubé naguère par la scène états-unienne, et toujours impliqué dans le plus vif du jazz (sans pour autant se refuser d'autres aventures de musiques et de textes).

ALAIN JEAN-MARIE «The Complete Alain Jean-Marie Biguine Reflections» ; 4 CD Frémeaux & Associés / Socadisc

En un coffret de 4 disques l'intégrale des 5 CD de ce trio, publiés en l'espace de plus de 25 ans. Une belle manière de prendre conscience de la fibre antillaise qui n'a jamais cessé de vibrer chez ce grand jazzman adoubé par les figures majeures du jazz états-unien.

FRED HERSCH «The Fred Hersch Trio 10 Years / 6 Discs» Palmetto Records /Bertus Distribution

En 6 CD les 5 disques (dont un double : «Alive in the Vanguard») enregistrés entre 2010 et 2018 par le pianiste avec John Hébert & Eric McPherson. L'occasion de vérifier (s'il en était besoin....) que Fred Hersch est aujourd'hui l'un des artistes majeurs de cette musique.


NAT KING COLE «Hittin' the Ramp : The Early Years (1936-1943)» 7 CD ou 10 LP Resonance Records / Socadisc

Un édition majeure, qui restaure des trésors et exhume des inédits pour mettre en évidence le rôle de ce musicien, en son temps et en son influence sur la génération suivante. Exceptionnel !

ALBERT AMMONS «Complete Work» 9 CD & 1 DVD, Association CAFESOCIETY

Une intégrale en tirage limité, concoctée par des passionnés et parue au début de l'été. Une belle manière de (re)découvrir le roi du boogie-woogie. On peut tenter sa chance pour voir si elle est encore disponible. Détails en suivant ce lien vers les publications de l'Académie du Jazz sur facebook    

Xavier Prévost

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 16:16

Sylvain Rifflet (saxophone ténor, clarinette, clarinette basse, shruti box, harmonium), Verneri Pohjola (trompette), Benjamin Flament (percussions)

Paris, septembre 2018

Magriff 0255 / l'autre distribution

 

Le saxophoniste est un champion de l'esquive féconde. Il surgit régulièrement d'où l'on n'osait l'attendre. Cette fois c'est la musique médiévale des troubadours qui lui sera terrain de jeu. Mais le jeu n'est pas vain. Plutôt que de tirer argument d'un discours d'escorte tout trouvé, le musicien nous emmène ailleurs, sans trahir le moins du monde la source. D'Eble II de Ventadour (mon préféré) à Bertran de Born, il explore les musiques de ces chantres d'un temps immémorial qui, malgré que nous en ayons, nous font encore rêver. Il en fait une musique (un jazz, osons l'écrire) d'aujourd'hui, où se mêlent les instruments d'ailleurs (la shruti-box de la musique traditionnelle indienne), d'hier (l'harmonium) et de notre présent. La trompette de Verneri Pohjola et les percussions de Benjamin Flament sont à l'exact diapason de ce projet, qui magnifie ce répertoire en l'entraînant sur le terrain des musiques modales. C'est fascinant, envoûtant, mais surtout 100% musical, parce que l'exigence esthétique prime sur l'enjeu anachronique. Magnifique réalisation. Et en guise de coda, The Peacocks, sublime composition de Jimmy Rowles, avec pour seul accompagnement le bourdon de la shruti-box, comme il le faisait en concert en rappel des concerts du projet «Re-Focus». Ultime hommage au grand Stan Getz, dont Sylvain Rifflet disait (Jazz Magazine n° 721, octobre 2019) qu'il était «le troubadour du saxophone ténor !». Occasion de rappeler qu'en plus de la magnifique version avec Jimmy Rowles himself au piano («Stan Getz Presents Jimmy Rowles-The Peacocks», Columbia 1975), le grand Getz avait joué ce thème en concert au festival de Middelheim en 1974, avec.... Bill Evans au piano (il existe des éditions plus ou moins pirates). En bonus une plage fantôme, à 7 minutes et 8 secondes de la plage 10, un thème d'un autre troubadour, Peire Cardenal, traité avec une liberté confondante. Ultime bonheur.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 10 décembre à l'Auditorium Jean-Pierre Dautel du Conservatoire de Caen

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Hn0TWrT3V1E&feature=emb_logo

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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 18:25

Robert Dick-Joëlle Léandre-Miya Masaoka «Solar Wind»

Robert Dick (flûtes basse & contrebasse, flûte à coulisse, piccolo, voix), Joëlle Léandre (contrebasse, voix), Miya Masaoka (koto, percussion)

New York, 28 septembre 2018

Not Two MW 986-2 / www.nottwo.com/mw986

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Tiger Trio «Map of Liberation»

Joëlle Léandre (contrebasse), Myra Melford (piano), Nicole Mitchell (fûte, flûte alto, piccolo)

Paris, 19 rue Paul Fort, 21 novembre 2018

Strasbourg, Fossé-des-Treize, festival Jazz d'or, 13 novembre 2018

RogueArt ROG-0093 / https://roguart.com/product/map-of-liberation/138

 

Près de quarante ans maintenant que j'écoute Joëlle Léandre, sur scène, en concert, et sur les ondes, et je constate une fois de plus qu'elle ne cessera jamais de m'étonner, de me surprendre.... et de ma ravir. Dans cette musique (improvisée-de-jazz-de-passion-et-de-risques), il arrive parfois que l'on succombe à la douce désillusion du 'déjà entendu'. Avec Joëlle Léandre, rien de tel. Comme l'écrivait le poète sur l'espace de plusieurs pages «UN COUP DE DÉS..... JAMAIS.....N'ABOLIRA....» non pas le hasard mais la surprise. De hasard il peut être aussi question, car lorsque le choix est fait par les artistes de s'associer pour improviser, rien n'échappe à la magie de l'instant autant qu'aux contingences du moment (le temps qu'il fait, l'humeur de chacun(e), l'ambiance qui règne dans le studio, ou dans la salle pour les enregistrements de concerts). C'est une musique que l'on aborde dès la première minute, au concert comme sur CD, avec la disponibilité maximale. On ne s'attend à rien, c'est à dire que l'on s'attend à tout, dans un état de réception qui ne demande qu'à devenir un état de grâce.

Dans le premier disque, on entre de plain-pied dans un souffle mystérieux, ponctué d'attaques d'archet, et de quelques notes éparses, surgie probablement du koto, mais qui sonnent au premier abord comme un tintement de piano. Et le jeu est engagé, on n'y échappe plus, on suit le fil, préoccupé de (res)sentir plutôt que de comprendre (car la clef, si elle existe, est au bout du chemin, près de 50 minutes plus tard). On passe littéralement par des sentiers d'inouï, par des sons souvent mystérieux, toujours d'une véritable épaisseur matérielles, presque sensuelle aussi, et en constante musicalité. Une expérience sonore-musicale, au sens fort du terme. Et l'écoute nous conduit, à la dernière plage, à un finale presque concertant, mais d'un concerto inédit, non reproductible, une sorte de miracle qui ne peut se rejouer qu'à la réécoute du disque, ou sous une forme différente lors d'un autre concert. Magie de l'instant vous dis-je !

Pour l'autre CD, et l'autre trio, la donne pourrait être différente : j'ai eu l'occasion d'écouter ces trois musiciennes, ensemble, sur scène et sur disque. Et pourtant pas de redite, pas de redondance, rien qu'une exquise connivence forgée au fil des rencontres, et qui organise d'emblée la musique en régime concertant : mais attention, rien ici de formaliste, de préétabli ou de préformé. Juste une faculté de reprendre le fil commun (les rencontres précédentes, mais aussi la communauté de culture, enrichie des bagages esthétiques et référentiels de chacune). Surprise encore, et toujours. Fascination devant une telle cohérence, alors que l'on sent le saut dans la vide, le va-tout. Captées à 24 heures d'intervalles, lors de deux concerts (Paris, Strasbourg), ces musiques disent pleinement la singularité de cet Art de l'improvisation. Tisser une toile, nouer des fils, composer avec une poignée de matériaux sonores, et des tonnes de vécu et de connaissances, un nouvel objet, toujours inédit, dont la force et l'urgence jamais ne se démentent. Chapeau bas !

Xavier Prévost

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Joëlle Léandre participera le 14 décembre à la journée non-stop des vingt ans du Triton, près de la Mairie des Lilas. Marathon musical ininterrompu dans les deux salles, de quatorze heures à minuit (programme en suivant le lien ci-après). À 17h45 Joëlle Léandre jouera en trio de contrebasses avec Jean-Philippe Viret et Jean-Philippe Morel

https://www.letriton.com/files/_upload/programme-20-ans.jpg

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 10:49

Clément Janinet (violon, violon désaccordé, violon ténor), Hugues Mayot (clarinette basse, clarinette, saxophone ténor), Joachim Florent (contrebasse), Emmanuel Scarpa (batterie), Yves Robert (trombone)

Yerres(Essonne, sans date)

GIG 012 OUR2

 

Le retour de ce groupe à l'acronyme mystérieux, déchiffrable peut-être par l'une des plages du disque précédent, «Imaginer demain», publié sous le même label l'an dernier. On y trouvait en effet Ornette Under The Repetitive Skies : la clef du mystère ? On retrouve cette référence aux musiques répétitives, avec un recours privilégié à l'écart ou à la différence dans la répétition. C'est d'une construction très subtile, les voix se mêlent, se répondent, entrent aussi en tension, voire en conflit, le tout dans un déroulement qui respire le jazz, notamment quand un instrument s'évade dans l'improvisation tandis que le groupe fait mine de tracer sa route, sans négliger pour autant écarts et autres chausse-trappes. C'est vivant, toujours, chantant, souvent, et constamment préoccupé de musicalité, car si la forme est une donnée permanente, le formalisme n'éteint pas le souffle vital. On est de plain-pied dans un imaginaire musical, et l'on serait tenté de dire, avec l'arrivée d'Yves Robert pour 4 plages, d'un 'folklore imaginaire' (car le tromboniste fut membre de l'A.R.F.I. 'Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire....). Son intervention, sans briser le cercle de la répétitivité, apporte un autre chant, par son expressivité foncière. Bref c'est une nouvelle fois, pour Clément Janinet et -O.U.R.S., une vraie réussite.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert le 4 décembre au Théâtre de Vanves dasn le cadre de NEMO, biennale des arts numériques

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A signaler, d'Yves Robert, un récent (et très très bon) CD en trio intitulé «Captivate», avec Bruno Chevillon et Cyril Atef, enregistré à Budapest pour le label BMC (UVM distribution)

 

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 21:26


Près de dix ans après sa disparition en 2010, à 79 ans, Jean-Pierre Leloir est toujours cher aux amateurs de jazz et de photographies.
Un ouvrage, préfacé par sa fille Marion, vient nous rappeler l’affection admirative que le photographe portait à Ella Fitzgerald. De sa première apparition (lumineuse et en noir et blanc) en France en février 1955 au Théâtre des Champs-Elysées au concert de novembre 1980 au Palais des Congrès (en couleur avec effet de filtre), c’est l’essentiel de la carrière de la First Lady Of Song sur les scènes (et en coulisses) de l’hexagone qui est ici exposée.

 

 

Membre de l’Académie du Jazz, Jean-Pierre Leloir était tellement « accro » aux prestations d’Ella que celle-ci lui lança un jour « Not You Again ».
Dans ce florilège d’instantanés, notre préférence se porte sur trois photos : Ella à bord d’une vedette (un Riva ?) en juillet 58 à Cannes (p.51), à l’Olympia en avril 64 (p.87), et à Antibes avec Duke Ellington en juillet 66 (p.139). Mais l’ouvrage de grand format présente 250 photos toutes dignes d’intérêt –et qui mettent aussi en valeur ses compagnons de scène, tels Tommy Flanagan, Gus Johnson, Ray Brown -dont certaines inédites-. Il bénéficie en outre d’une large biographie d’Ella rédigée par un journaliste-écrivain-éditeur, Jean Michel Boissier.

 

Un cadeau de fin d’année tout trouvé.

 


Jean-Louis lemarchand

 


*Ella Fitzgerald, les sessions photographiques de Jean-Pierre Leloir. 192 pages. Format 27,5 X 32,8 cm. Cartonné. Editions Glénat. Novembre 2019.

 

©photo X. (D.R.)

 

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 09:18
PIERRICK HARDY ACOUSTIC QUARTET      L’OGRE INTACT

 

 

PIERRICK HARDY

ACOUSTIC QUARTET

L’OGRE INTACT

EMOUVANCE 2019, emv 1041.

Absilone

 

Un titre mystérieux pour un quartet acoustique singulier réuni par le guitariste breton Pierrick Hardy avec ses compagnons de jeu, la clarinettiste intrépide Catherine Delaunay, qui joue aussi du cor de basset, le leader d’Abalone (le violoniste Régis Huby) ou d’Emouvance (le contrebassiste Claude Tchamitchian).

Une musique de chambre actuelle, décloisonnée, ouverte à l’improvisation qui s’inspire autant de littérature que de peinture ou de tout autre discipline artistique, en six titres qui prennent le temps d’exprimer toute leur éloquence. Vaste terrain d’expérimentations puisque les compositions se réfèrent implicitement par le titre du moins- il ne s’agit jamais d’illustrations sonores- à des champs artistiques qui balaient large, du théâtre kabuki au buste hiératique d’Eléonore d’Aragon sculpté par Francesco Laurana ou aux fresques du XVème d’une inexorable danse macabre, fréquente source d' inspiration de la fin du Moyen Age. C’est un musée imaginaire que Pierrick Hardy recrée avec son quartet, mû sans doute par des découvertes, des chocs esthétiques assez forts pour déclencher, fertiliser son inspiration.

Plénitude des cordes de la guitare qui s’autorise des incursions en terres “trad”, embardées libres, volontiers dissonnantes du violon, chant sombre, instinctif de la basse qui pose les fondations, mélodieux contrechants de la clarinette qui peuvent enfler en crescendo.

On se laisse guider (presqu’aveuglément, comme en apesanteur) sur le chemin de la narration, du drame même, suivant l’argument évoqué dans chaque histoire, souligné habilement par le sens des nuances, ruptures douces, presqu’imperceptibles, murmures méditatifs qui se brisent en silences, soupirs délicats, ou soudaines irruptions de vifs éclats, plus tranchants.

Les influences se bousculent sous les arrangements précis, nerveux du guitariste qui joue aussi de la clarinette : ce n’est pas seulement pour créer de nouvelles atmosphères en usant de divers timbres, mariant cordes et bois, mais pour construire et déconstruire, souffler et apaiser.

Ainsi joue-t-il, virevoltant dans la rigueur, tiraillé entre diverses polarités,mû par l’élan rythmique du jazz, la fraîcheur mélodique du folk, les écarts du contemporain, au delà de la sensibilité et du lyrisme, contrôlant des dérèglements qui ne vont pas jusqu’au free. Chacun se cale dans l’interplay, à l’écoute bienveillante des trois autres, stimulé par les audacieuses trouvailles des copains.

Un album spontané et fraternel qui exalte la rencontre, loin des commencements qui sous-entendaient des promesses, accomplies à présent, continuant infatigablement l’aventure, justifiant le titre de ce groupe soudé. Des personnalités affirmées qui se soumettent volontiers à une écriture qui révèle une structure rigoureuse et dense, tout en donnant l’impression d’une création aussi continue qu’imprévisible.

 

Sophie Chambon

 

 

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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 00:37

Passé maître dans l’art de « déconstruire » les œuvres des autres dans tous les registres (jazz, pop, chansons françaises, musique classique), Jacky Terrasson choisit dans son dernier album « 53 »* (Blue Note) de s’exprimer sur ses propres compositions. Le pianiste assume totalement cette « prise de risque » qui permet de découvrir une autre facette d’un artiste épanoui de 53 ans (depuis le 27 novembre). A la veille d’un concert au New Morning, un de ses lieux parisiens préférés (il y jouait pour les 15 ans du club en 1996 avec Ray Brown, Roy Hargrove et Alvin Queen), et à quelques semaines de ses débuts au cinéma (acteur et compositeur de la bo de La Sincérité**), Jacky Terrasson s’est confié aux Dernières Nouvelles du Jazz.


Les DNJ : Vous mettez un malin plaisir à malaxer les morceaux du répertoire y compris la Marseillaise. Est-ce un traitement abandonné maintenant avec cet album de compositions personnelles ?
Jacky Terrasson : Je prends, c’est vrai, plaisir à déconstruire, transformer les standards, les chansons populaires, la musique classique, jouer une ballade en morceau rapide et vice-versa. J’adore cela. Mais pour cet album-là, je n’ai voulu présenter que des compositions personnelles, sauf le Lacrimosa du Requiem de Mozart, un morceau que je suggère seulement en 84 secondes.

 

DNJ : Est-ce un défi personnel ?
JT : Je pensais à ce disque depuis des années. C’est un peu risqué car on m’aime pour mes reprises. Avec « 53 » c’est un défi, une remise en question, que de jouer un répertoire fraîchement écrit, C’est un disque très personnel où je me raconte, notamment avec cet hommage à ma mère récemment décédée dans Résilience. J’assume mes 53 ans.

 

DNJ : Est-ce plus difficile de jouer ses propres compositions que des thèmes connus des autres ?
JT : Oui, parce qu’il faut vraiment trouver sa propre éloquence. Il faut que cela reste assez simple, que cela raconte une histoire, avec de belles mélodies. Il y a trois ou quatre compositions que j’ai écartées pour cet album, car elles étaient trop compliquées.

 

DNJ : Vous avez déclaré que le trio est la formule idéale où vous vous sentez le plus libre. Ce n’est donc pas le solo ?
JT : En trio, il y a plein de choses à raconter. Ce n’est pas une forme figée, c’est un format où il y a encore beaucoup de choses à découvrir, à explorer. Cela reste un ménage à trois (rires). J’aime cette conversation, cette fusion entre nous trois.

 

DNJ : Dans « 53 » vous rendez hommage à quelques pianistes …
JT : A commencer par Ahmad Jamal auquel je voue une profonde admiration et je ne m’en cache pas dans The Call, avec quelques gimmicks à la clé, mais aussi Keith Jarrett avec Kiss Jannett For Me. Mais d’autres pianistes m’ont inspiré, Bud Powell, Herbie Hancock, McCoy Tyner…

 

DNJ : Y-a-t-il des moments où un artiste peut avoir envie de faire une pause et de se retirer sur une île déserte ?
JT : On y pense mais on ne le fait pas (rires). Si je gagne au loto, je prendrais quelques années sabbatiques, pour voyager véritablement pour le plaisir.

 

DNJ : C’est la vie d’artiste, être sur la route en permanence ? (ndlr : Jacky Terrasson était lors de l’interview sur le point de faire un aller-retour Paris-Vladivostok pour un seul concert).
JT : Je dis toujours que je suis payé pour voyager. Il peut y avoir des voyages très longs, mais même après dix heures de trajet, dès que vous êtes sur scène, vous oubliez le stress, la fatigue.  Jouer du piano, c’était la seule chose que je voulais faire dans ma vie.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Jacky Terrasson ‘53’. 2019. Blue Note – 080819 6 / Universal, enregistré au Recall Studio, à Pompignan, du 12 au 19 juin 2019, avec Jacky Terrasson (piano, clavier, chant) et trois rythmiques différentes selon les titres, Thomas Bramerie, Géraud Portal ou Sylvain Romano (basse), Ali Jackson, Gregory Hutchinson ou Lukmil Perez (batterie), précédemment chroniqué sur les DNJ le 30 septembre 2019.


**La Sincérité, film de Charles Guérin Surville avec Jeanne Damas, Charles Pepin, Marion Palmer, Charleyne Biondi et Annika Stenvall sortira en salle le 8 janvier 2020.


Jacky Terrasson sera en concert le 30 novembre à Ermont (Val d’Oise) au festival Jazz au fil de l’Oise, le 7 décembre à Bordeaux et le 12 décembre au New Morning (Paris).

 

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