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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 14:52
FREDERIC BOREY    BUTTERFLIES TRIO  Fredéric Borey (tenor sax) Damien Varaillon (double bass) Stéphane Adsuar (drums)

FREDERIC BOREY   BUTTERFLIES TRIO

 Fredéric Borey (tenor sax) Damien Varaillon (double bass) Stéphane Adsuar (drums)

Label Fresh Sound New Talent

Le saxophoniste Fred Borey s’est fait plaisir pour son 7ème album: après une série de plus de 50 concerts, à la fin de la tournée européenne qui l’ a conduit avec un nouveau trio jusqu’à la Baltique, il a enregistré, fidèle au label de Jordi Pujol, un double CD dont l’un est composé entièrement de standards (Duke Ellington, Fats Waller, Wayne Shorter…) et l’autre de compositions originales. Il n’a pas eu peur de se lancer dans cette aventure musicale avec un trio puissant, plus organique, sans piano, constitué d’une rythmique formidablement efficace contrebasse/batterie. Aimant échanger avec des timbres et sonorités différentes, il tente des alliages souvent très réussis avec, à chaque fois, des instruments différents: on se souvient de l’UNITRIO avec l’ orgue Hammond de Damien Argentieri et du quartet LUCKY DOG avec la trompette de Yoann Loustalot.

Fred Borey en leader accompli n’a jamais hésité à reprendre des standards qu’il aime particulièrement, comme ceux de Duke Ellington. Ecoutez ce “Black Beauty” qui swingue avec grâce ou, sur le plus rare “The single petal of a rose”, admirez le batteur Stéphane Adsuar qui garde le cap, entretenant un drive rebondissant, avec entrain et une réelle finesse. De Billy Strayhorn, l’alter ego du Duke,“A flower is a lovesome thing” devient, avec le talent du contrebassiste Damien Varaillon, le chant épuré de cordes qui résonnent tout contre le souffle du ténor. Toute la science de l’ interplay est là, jusqu’au final, le merveilleux “Jitterbugwaltz”, d’une puissance retenue, qui autorise toutes les nuances. On est constamment surpris par la façon originale et sans esbroufe dont sont revisitées ces petites merveilles.

Comme Fred Borey enseigne depuis longtemps, il accepte bien volontiers ce “devoir” de transmission. Arranger est pour lui une façon de composer, du moment que la mélodie est habitée, et que l’on se tient au plus près de l’émotion. Le passé est revisité sans nostalgie. Les chansons choisies avec soin sont remises sur le métier, revivifiées avec talent. Transposant l’harmonie selon des rythmes fluides, souples et actuels, il s’inscrit quand même dans une tradition cool, west coast. 

Fred Borey n’hésite pas à s’approprier des thèmes joués par d’autres saxophonistes qui lui ont donné envie de les reprendre à son tour : ainsi, du tonique et pourtant mélancolique “Mr Sandman”, vieille chanson de Pat Ballard popularisée par un groupe vocal féminin, The Chordettes qui en fit un véritable hit en 1954. Après le saxophoniste Stephen Riley qu’il admire, il nous laisse une version très personnelle, frémissante qui rehausse l’intérêt de cette mélodie entraînante mais datée.

Ce qui ne l’empêche pas de proposer ses propres compositions qui se caractérisent par une belle énergie, très efficace, sans frénésie mais avec un moelleux dû au timbre du sax ténor. Où se situe-t-il dans la grande partition Coleman Hawkins/ Lester Young d’où viennent respectivement Sonny Rollins et Stan Getz par exemple? Le saxophoniste de culture classique, a pratiqué les deux écoles. Mais, de son aveu même, il a une tendance plus affirmée à suivre un penchant lesterien. Ce qui explique peut être sa façon si originale de phraser qui transforme la mélodie, que ce soit les standards ou ses propres compositions, et la cohérence parfaite des deux albums que l’on peut enchaîner sans hiatus ( “Statement”, “Commencement”, “Mr J.H” (John Henderson?)

Cette musique se déguste pourvu qu’on prenne le loisir de se laisser à autre chose que la précipitation: une conversation triangulaire subtile s’engage avec des échanges sans le moindre cliché : finesse des timbres, élégance dans la persistance même de l’échange, toujours rebattu.

Amour de la mélodie, sens de l’improvisation, belle écriture, que demander de mieux que ce jazz effervescent, toujours porteur de vertus formelles?

Sophie Chambon

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 20:20

GHOST RHYTHMS : «  Live at Yoshiwara »
Cuneiform 2019
Guillaume Aventurin (g), Alexis Collin (acc, laptop), Xavier Gelard (dms, lptp), Gregory Kosovski (b), Morgan Lowenstein (perc), Nadia Mejri-Chapelle (cello), Tom Namias (g), Camille Petit (p), David Rousselet (ts), Maxime Thiebaut (as, bs)
Compos : un peu tout le monde.
Titres enregistrés dans des endroits imaginés mais notamment aux Frigos à Paris 14/12/2018.

Cuneiform 2019


Comment dit-on «  trublions » dans la langue du jazz ? Peut être bien que cela doit se dire « Ghost Rhythms » ? Vas savoir …
En tout cas vous ne les connaissez certainement pas et, pour tout vous avez dire, vous avez bigrement tort. Car ces filles et garçons qui signent aujourd’hui un album décapant chez Cuneiform vont faire parler d’eux, c’est sûr !
Mettons les choses à leur place : il s’agit ni plus ni moins que du label qui a accueilli en son sein des John Hollenbeck ( Claudia Quintet), Soft Machine, Wadada Leo Smith, Lol Coxhill, Fred Frith, Bill Laswell, Steve Lacy, Mike Osborne etc, etc….. Excusez du peu. C’est dire qu’ils y côtoient un peu les anges.
Mais si ces noms sont autant de références pour ce jeune groupe ce n’est pas pour autant avec des pincettes qu’ils entendent entrer dans ce gotha mais au contraire avec une énorme dose d’énergie, d’humour et d’irrévérence.  Et avec un sacré talent. Un talent d’ailleurs récompensé par pas mal de jury ( 2ème prix de composition et 3eme prix de groupe au Tremplin de la Défense en 2012 et 1er prix de composition au Tremplin du Sunside en 2012)

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces musiciens-là non content de jouer terrible, composent et arrangent avec un talent de dingue !
A la base ne vous attendez surtout pas à entendre un truc linéaire, genre musique dans laquelle vous pourriez vous installer, tout le confort à portée de mains. Car c’est tout le contraire avec ce big band qui entend bien vous bousculer et surtout vous surprendre. Chaque thème révèle en lui-même une richesse musicale qui ouvre des portes et des tiroirs derrière lesquels une surprise semble vous attendre. Des tiroirs harmoniques, rythmiques faits de tempi qui basculent et de douceurs qui ne sont jamais vraiment douces. Il y a du jazz ( on pense parfois à Steve Coleman) mais aussi du rock bien crade comme on aime et même du tango. mélangez le tout et servez !
Ca peut commencer sur un ostinato mais ça poursuit genre orientalisant et ça fini ailleurs dans une sorte de tango rock (Nattes) avec toutes sortes d’influences mêlées, tressées entre elles ( d’où… Nattes).
Ca envoie aussi du petit bois genre mingus afro-beat (La chose) avec des solistes survoltés. Rythmique d'enfer et hard tempo. La « chose » sort de son antre alors, planquez vous !
Une course poursuite façon James Bond in jazz & rock se déroule sur Mahoee. Ca cogne là où ça fait du bien avant de passer le tout à l'adoucisseur de l'accordéon intelligemment inséré. On vous l’a dit : ne jamais s’installer. Il y a des choses derrières les choses.
Tout y est question de tramages et de superpositions musicales.

Après un album superbe ( Madeleine) consacré au célèbre film d’Hitchcock ( Vertigo), Ghost Rhythms refuse la facilité et se joue des textures et des masses orchestrales grâce à un géniale orchestration associant accordéon et violoncelle à ce big band décidément protéiforme.
Comme une juxtaposition de scenarii, comme une déambulation dans une sorte d’escape game dans lesquels se cachent d'autres scénarios tout est affaire de fausses pistes comme sur cette Chambre Claire qui vous emmène très vite là où on ne l'attendais pas.
Sorte de cadavre exquis en quelque sorte.

Vous ne connaissiez pas Ghost Rythms. Cet album va vous prendre d’un bout à l’auytre. Un big band ? Non un big bang qui bande !
Jean-Marc Gelin

 

En concert le 10 décembre aux Disquaires à Paris

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 12:46

MUNICH 2016 / ECM - Nov 2019

et

« KEITH JARRETT » par Jean-Pierre Jackson
Actes Sud
oct. 2019
211p, 18euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En plein coeur de l’hiver, Keith Jarrett fait l’actualité en France avec la publication d’un concert donné à Munich en 2016 et avec celle d’un livre de Jean-Pierre Jackson consacré au pianiste et sobrement intitulé   "Keith Jarrett ".

Ce livre, publié aux Editions Actes Sud fait partie d’une longue série que Jackson a consacré à plusieurs légendes du jazz ( Charlie Parker, Bennie Goodman, Miles Davis, Oscar Peterson).

Jarrett en est une.  Il était donc bien normal qu’un livre lui soit consacré.

Partant de l’enfance prodige de ce musicien hors normes ( pianiste, batteur, saxpohoniste, claveciniste et même chanteur - ce qui au passage n’est pas ce qu’il a fait de mieux), le livre de Jackson est une recension, un parcours au sein de l’abondante, très abondante production discographique de Jarrett. Et ce parcours est impressionnant ! Et ce parcours donne le tournis tant il est incessant et prolixe. L’impression que son parcours musical qui a embrassé un très grand nombre de musiques est l’essence même de l’artiste tourmenté qu’il est. Bien au delà des clichés qui lui collent à la peau ( ceux d’un artiste-diva et caractériel qui soumettrait son entourage à la dictature de ses caprices).

Jackson en fait une lecture littérale et nous permet ainsi d'approcher à la complexité d'un artiste à la fois complexe et prodigue. Créateur de l'instant.

Keith Jarrett respire la musique et le piano est chez lui comme la continuation de son souffle, de ses bras , de ses mains, de son cerveau qui l’emmène et nous emmène très loin.
Passé notamment par le label Atlantic, le pianiste poursuit depuis de très longues années son parcours chez ECM et au delà des enregistrements en studio, chacun de ses nombrables concerts fait l’objet d’une captation destinée à être un jour ou l’autre publiée.
Il en est ainsi de ce concert donné à Munich en 2016 et qui paraît aujourd’hui.
Ce concert venait clôturer la tournée européenne du pianiste. Et, peut être parce qu’il s’agissait de cette dernière date, rarement Keith Jarrett n’a semblé autant survoler son art.
L’improvisation est chez le pianiste, comme le rappelle Jean-Pierre Jackson dans son ouvrage, comme le prolongement ontologique de ce qu’il est, de ce qu’il pense et qui surgit dans l’instant. Cet instant où une fois la note jouée, elle n’existe déjà plus.
Dans ce art complexe de l’improvisation, il y a toute la vie musicienne de Jarrett qui apparaît. Parfois jouant des fugues, parfois jouant sur des harmonies Raveliennes, jouant du blues à coup d’ostinatos ou des standards hors sol à l’émotion poignante, ce concert est une brillante démonstration de l’art du piano. Nous le savions, Jarrett est un immense concertiste. Dans l’exercice en solo, il devient hors norme, hors de toute considération de temps et d’espace. Génial.

Paru trop tard par rapport  à la publication du livre de Jean-Pierre Jackson. Dommage car il est certain que l’écrivain aurait pu lui faire une place particulière.

Jean-Marc Gelin

 

 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 21:33

Haut lieu du jazz parisien de l’entre deux guerres avec ses multiples cabarets et boîtes de nuit de Pigalle qui virent évoluer Sidney Bechet, Duke Ellington, Django Reinhardt, le 9 ème arrondissement compte désormais une nouvelle adresse indispensable pour les amateurs du circuit de la nostalgie. Une plaque sera prochainement apposée sur l’immeuble du 87, rue de Dunkerque, au coin de la rue Gérando, où Stéphane Grappelli, décédé le 1er décembre 1997, vécut les trente dernières années de sa vie.

 

 

Né le 26 janvier 1908 à l’hôpital Lariboisière, dans l’arrondissement voisin du Xème, Stéphane Grappelli a passé toute sa jeunesse dans le IX ème, a rappelé la maire de l’arrondissement Delphine Bürkli, en dévoilant le 19 novembre la plaque avec de nombreux musiciens et amis de l’artiste (Philippe Baudoin, Boulou Ferré, Patrice Caratini, Jean-Philippe Viret, Dominique Pifarély, Pierre Blanchard ...).

 

 Dans ce quartier, il vécut ainsi Square Montholon et Rue Rochechouart, et dès l’âge de 12 ans jouait du violon dans les cours d’immeuble. Le violoniste revint dans l’arrondissement de ses jeunes années en 1968, cette année bouillonnante de la société française qu’il évoquera en musique dans ‘Milou en mai’ de Louis Malle (1989). Là, Stéphane Grappelli aimait à travailler son instrument et aussi le piano (un piano droit Gaveau), lui permettant ainsi de se trouver toujours au top dans un duo avec Michel Petrucciani en juin 1995 (Flamingo. Dreyfus Jazz).

 

 

Etre « affable et élégant », selon son ami proche, Joseph Oldenhove*, Stéphane Grappelli, « homme espiègle » incarnait, souligna lors de la brève cérémonie de dévoilement de la plaque commémorative le musicologue Philippe Baudoin « le classicisme dans sa perfection ».

 
La ville de Paris avait en octobre 2003 donné le nom de l'artiste à une nouvelle voie créée dans le quartier de la porte d’Asnières (17ème arrondissement). Les cendres du jazzman sont déposées au colombarium du Père Lachaise.

Le musée de la musique, situé à la Cité de la Musique, conserve le plus célèbre des violons joués par Stéphane Grappelli. L’instrument, réalisé par Pierre Hel en 1924 à Lille, sur un modèle d’inspiration Guarneri, avait appartenu à Michel Warlop (1911-1947). Ce dernier l’offrit à la fin des années 20  au jeune Stéphane qui  en joua au moins jusqu’aux sessions avec Duke Ellington en 1963.


Jean-Louis Lemarchand.


*Joseph Oldenhove est co-auteur avec Stéphane Grappelli et Jean-Marc Bramy de « Stéphane Grappelli, mon violon pour tout bagage » (Editions Calmann-Lévy, 1994).

 

©photo X. (D.R.)

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 21:03

Le festival s'est terminé le samedi 16 novembre. Jean-Marc Gélin vous a parlé de la journée du 15 dans une toute récente chronique (ici). Reprenons le fil là j'avais abandonné mon précédent compte-rendu (lequel se trouve là).

La journée du 12 novembre avait commencé vers midi dans la petite salle de La Maison (….de la cuture) avec 'Cluster table', un duo de percussions qui associe Sylvain Lemêtre et Benjamin Flament, face à deux tables en vis-à-vis couvertes d'une nuée d'instruments et d'objets : impressionnant d'invention, de précision, de liberté et de vie.

Puis ce fut à 18h30, au même endroit, le trio du pianiste Damien Groleau, un jeune musicien de Besançon entouré de Sylvain Dubrez ert Nicolas Grupp : des compositions originales, une reprise de Bill Evans, le terrain de jeu d'un musicien qui a publié son troisème disque et trouve ses marques en se frottant aux grandes scènes. Work in progress, comme on dit en bon franglais.

Au théâtre municipal la soirée accueille 'Le Cri du Caire', du poète-chanteur-slammeur-compositeur Abdullah Miniawy. Très belle présence, des textes de lyrisme et de combat dont la traduction à deux moments nous est donnée en voix off. Forte intensité, soutenue par la trompette d'Éric Truffaz, le saxophone de Peter Corser et le violoncelle de Karsten Hochapfel. Moment fort assurément, qui marquera la mémoire des présents.

Le lendemain 13 novembre, le concert de la mi-journée se donnait au théâtre avec la chanteuse-accordéoniste Erika Stucky. Lieu idéal, car autant que de musique il s'agissait d'un spectacle intitulé 'Ping-Pong', une sorte de théâtre musical plein de vie et de fantaisie. Son partenaire Knut Jensen, à l'interface électronique, avec renfort d'un petit clavier et d'un ukulélé, est plus qu'un faire valoir : le révélateur des fantaisies et autres folies. Le jazz et le yodel des Alpes suisses se mêlent à mille et une fantaisies visuelles, à des récits drolatiques et à une chaleureuse communication avec le public : réjouissant, et très musical.

À 18h30, retour à al petite salle de La Maison (…. de la culture) pour un quintette emmené par le clarinettiste-saxophoniste Clément Gibert. C'est un groupe de l'ARFI de Lyon (Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire) qui se propose de revisiter la musique d'Eric Dolphy sous le titre mystérieux d'InDOLPHYlités. Il s'agit en fait d'un hommage sans dévotion, d'un amour sans servitude. Jouer la musique du disque «Out to Lunch», avec un amour dont la liberté tolère l'infidélité pertinente, le détour complice. Le batteur est un historique de l'ARFI, Christian Rollet. Il est entouré d'une jeune génération, avec la vibraphoniste Mélissa Acchiardi, le trompettiste Guillaume Grenard, et le contrebassiste Christophe Gauvert : très belle réussite que cette création, que l'on espère réentendre et sur scène et sur disque.

Migration le soir vers le Théâtre municipal pour écouter à 21h le trio du pianiste Shai Maestro (avec Jorge Roeder et Ofri Nehemya). Beaucoup d'effets de dynamique, de tourneries obsédantes, et finalement assez peu de véritable engagement sans arrière-pensées fédératrices.... mais il y eut quand même, çà et là, quelques beaux moments de musique.

Le 14 novembre commença pour nous autour de midi dans la petite salle de La Maison (…. de la culture) avec un duo qui conjugue à merveille virtuosité, sophistication musicale et lyrisme palpable, direct, qui touche au but sans flagorner ni racoler. Christophe Monniot, aux saxophones, et Didier Ithursarry, à l'accordéon, sont deux sorciers de l'émoi et de l'intensité musicale. Le disque «Hymnes à l'amour» (ONJ Records / l'autre distribution) en apportait la preuve éclatante. Il est dommage que les scènes des festivals les fassent si peu entendre.

Le même jour au Théâtre municipal, en fin d'après-midi, Géraldine Laurent présentait son quartette, avec Baptiste Trotignon qui remplaçait Paul Lay, retenu auprès d'Éric Le Lann par un engagement antérieur, et les partenaires habituels : Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Engagement musical, imagination, absolue cohérence dans le discours musical, même à l'instant le plus enflammé : formidable !

Et le soir dans la grande salle de La Maison (…. de la culture), le Trio Orbit : Stéphan Oliva, Sébastien Boisseau & Tom Rainey : délicat et intense, dans un trilogue permanent qui force l'admiration.

Puis en fin de soirée l'Orchestre National de Jazz dans son programme autour d'Ornette Coleman et de sa galaxie (Dolphy, Julius Hemphill, Tim Berne....) : dans des arrangements de Fred Pallem et sous la direction de Frédéric Maurin, un feu d'artifice d'envolées audacieuses et de solistes percutant(e)s.

Pour le lendemain 15 novembre, c'est l'ami Jean-Marc Gélin qui vous conte la journée (en suivant ce lien).

 

Et enfin le 16 novembre, pour le bouquet final, nous avons écouté le midi à la Maison (…. de la culture) le trio NES de la chanteuse-violoncelliste Nesrine Belmokh : textes fervents, en anglais, arabe et français, dans des univers musicaux pluriels, soutenus par Matthieu Saglio au violoncelle et David Gadea aux percussions. Encore une belle découverte. En fin d'après-midi, dans l'espace café-concert du même lieu, nous avons découvert un jeune quintette de la région, Les Snoopies (4 sax et une batterie) : un groupe plus que prometteur.

Et le soir, dans la grande salle, d'abord André Minvielle & Papanosh (Quentin Ghomari, Raphaël Quenehen, Thibault Cellier & Jérémie Piazza). Ils ont rendu un hommage décoiffant, joyeux et musical à Jacques Prévert.

©Maxim François

Pour conclure ce fut, très attendue, la chanteuse Youn Sun Nah, en trio avec Tomek Miernowski et Rémi Vignolo, deux poly-instrumentistes qui lui ont offert un écrin pour toutes les facettes de son récital : country, pop sophistiquée, rock parfois explosif, chanson française, espagnolades. Un vrai show, presque 'variété internationale de haut niveau', mais avec quand même de vrais moments d'émotion(s).

Xavier Prévost

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 09:32

Yakir Arbib (piano solo)

Meudon, 21juin, 5 & 17 juillet 2019

JMS 114-2 / Pias

 

Un nouveau venu trentenaire, israélo-italien, qui surgit dans le paysage jazzo-pianistique avec éclat. Le disque commence par I Got Rythm et I'm confessin (à la Fats Waller plus qu'à la Art Tatum). Suit Caravan avec une intro à l'orientale, un exposé énergique, et une main gauche qui trace une pulsation forte. Il y a aussi des compositions personnelles sur le mode 'ballade mélancolique'. L'indispensable détour par des thèmes Charlie Parker, avec fragmentation virtuose et improvisation étincelante. Et également un Cherokee qui me rappelle qu'en 1956, les version de solo de Martial Solal et Phineas Newborn méritaient, pour l'époque, leur pesant de transgression. Du très beau piano, assurément, de bout en bout. Manque à mon goût (pervers j'en conviens....) des incartades esthétiques, ce petit supplément d'audace, de fantaisie et de folles surprises que j'entends chez Jean-Michel Pilc (notamment quand il est en duo de pianos avec Martial Solal), chez Stefano Bollani, ou même chez Marc Benham (qui partage avec Yakir Arbib de surgir tardivement, et avec éclat, dans la jazzosphère, en mêlant attachement à la tradition et goût du risque). Sur Giant Steps Dan Tepfer, voici plus de 15 ans (il avait tout juste vingt ans) m'avait davantage étonné. Bref le disque de Yakir Arbib est un très très bon disque de piano-jazz, ça c'est sûr. J'ai lu ou entendu, ici ou là, que c'était le disque de l'année : c'est un peu excessif. Selon une formule vieille comme le moyen-âge, et qui plaît tant aux politiciens et commentateurs «il faut savoir raison garder».

Xavier Prévost

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 00:01

THE BIG LOVE : Vie et mort avec Bill Evans
Laurie Verchomin
Jazz & Cie
135 p
19,90 euros
 

Laurie Verchomin est la femme qui a partagé les dernières années de la vie de Bill Evans et qui, longtemps après la mort du pianiste, raconte aujourd'hui une brève histoire d'amour, la leur.
Près de 40 ans se sont écoulés et Laurie depuis a dû vivre depuis sa vie de femme. Mais la trace laissée dans sa vie par le pianiste, génie tourmenté s'il en est, est restée, on s'en doute indélébile.
Laurie Verchomin raconte le souvenir de ces quelques années où elle a pu partager sa vie avec lui. 30 ans les séparent. Mais ils se trouvent. Et l'auteure dit avec honnêteté qu'elle n'est pas toujours très sure aujourd'hui de ses propres souvenirs et admet qu'elle s'accorde la licence de broder un peu.
Mais durant toutes ces années, elle a écrit Laurie et a gardé ses quelques notes prises dans son carnet intime.
Et ce que dit ce livre est juste une histoire d'amour. Sans jamais aucun pathos, Laurie Verchomin touche au coeur et émeut. Chaque ligne est d'une confondante simplicité. Sans aucune niaiserie.
Ces lignes viennent du fond de l'âme et sont marquées d'une incroyable poésie sur lesquelles passe l'ombre fantomatique du pianiste qui semble flotter au dessus de sa propre vie.
Touchant, ce livre se présente  dans un format original et est accompagné de 4 titres inédits présentés (c'est un peu dommage) sous forme d'un 45tours.

Bill vient de mourir. Laurie se trouve à l’hôpital et voit le corps du pianiste. Sur son carnet, elle écrit ces lignes :
« Bill flotte sans effort au-dessus de son corps allongé sur la table de la salle d’urgence. Les ampoules fluorescentes ont cessé de lutter contre le souffle agonisant de son corps physique.
A présent, nous sommes en union. Bill m’observe assise dans la salle d’attente m’agrippant à sa veste tâche de sang. Il me suit à la salle de bains où il m’aide à vider ce qu’il reste de sa réserve personnelle de cocaïne - à peine un gramme - dans la poubelle.
Il m’encourage à noter mes impressions du moment - à prolonger ce moment pour l’éternité. Il se tient debout entre nos vies - y réant une ouverture à mon intention. Sans jamais m’abandonner - il m’encourage gentiment.
J’apercois le vide qui l’entoure et je souhaite de tout coeur aller le rejoindre et partager so bonheur. Ce qui m’est refusé en raison de la jeunesse de on corps et de la tache inachevée.
Je reste en retrait pour me réapproprier  notre amour parfait dans cette chambre que j’ai créée dans mon coeur (5/4). Cette pulsion arythmique qui me transporte jusqu’au bar.
Nul ne connaît ce rythme intérieur bien spécial que je porte en moi désormais. C’est notre secret.
Notre amour parfait - que nul ne peut atteindre. il est nôtre pour l’éternité.
Nous sommes imbriqués l’un dans l’autre, enchainés par l’amour, la mort et le sang.
Bill se remémore sa vie, ses récits inondants sa conscience en pleine évolution et déferlant sans interruption vers un entendement. Les croyances se désintègrent et les récits se transforment en couleurs puis en musique et, finalement, l’intime compréhension qu’il a tenté d’atteindre pour qu’il puisse en rire.
La perfection, la beauté, l’illumination. Il redevient lui-même. »

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 10:35

Film de Sophie Huber. Eagle Vision - Universal. Disponible en DVD et Blue-ray.

 

Alfred Lion « ne m’a jamais mis la pression », témoigne Herbie Hancock. C’était l’esprit de Blue Note résumé par une de ses signatures les plus illustres.
Dans le film documentaire consacré au label prestigieux à l’occasion de ses 80 ans, les jazzmen se plaisent à mettre en exergue cette liberté d’expression. Co-fondateur de la maison de disques le 25 mars 1939 à New York avec un écrivain, Max Margulis, et un poète, Emmanuel Eisenberg, Alfred Lion sera rejoint quelques mois plus tard par un camarade de jeunesse également berlinois et juif, Francis Wolff. Le duo Lion-Wolff prit totalement les rênes en 1940, en rachetant les parts de Margulis tandis qu’Eisenberg disparaissait dans un accident d’avion.  


L’aventure de Blue Note doit aussi beaucoup à deux hommes, Reid Miles, graphiste qui donna un style aux pochettes des albums, et Rudy Van Gelder, ingénieur du son, qui créa son propre studio d’enregistrement.
Les grandes heures du label -qui furent l’objet d’une passionnante somme écrite en 2014*- sont évoquées sur un rythme soutenu par la documentariste Sophie Huber. La cinéaste donne ainsi à voir sur scène et en studio Thelonious Monk, Miles Davis, Art Blakey et à entendre les témoignages d’Herbie Hancock, Wayne Shorter avec une mention spéciale pour Lou Donaldson, nonagénaire facétieux et volubile.
Patron depuis 2012 de Blue Note -désormais dans le giron d’Universal Music- Don Was entend inscrire sa ligne éditoriale dans l’esprit innovateur de ses fondateurs. Le hip-hop a droit de cité chez Blue Note comme fut dans les années 40 le be-bop -Monk y fit ses débuts- et la décennie suivante le hard bop et les expressions les plus modernistes portées par Eric Dolphy, Andrew Hill et autres Grachan Moncur III. Cette filiation est soulignée par des artistes-clés actuels de Blue Note, Robert Glasper et Ambrose Akinmusire. C’est l’un des enseignements majeurs de ce documentaire hautement recommandé.


Jean-Louis Lemarchand

 

'Blue Note Records: Beyond the Notes' by Sophie Huber :
https://www.youtube.com/watch?v=6D0uVDnCOR4&t=1s


Le Blue Note Festival se tiendra à Paris du 25 au 30 novembre avec notamment Madeleine Peyroux et Sarah McCoy au Trianon (25), J.S.Ondara à l’Elysée Montmartre (27), Gregory Porter à  l’Olympia (28).


*’Blue Note, le meilleur du jazz depuis 1939’. Richard Havers, traduction Christian Gauffre. 416 pages, 450 photos et fac-similés. 2014. Editions Textuel.

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 17:44

Avant dernière soirée du festival pour sa 33ème édition et ….programmation de rêve.

 

 

Pour démarrer cette soirée à 18h ce n’était ni plus ni moins qu’un trio de très haute volée avec Joe Lovano au sax, Marilyn Crispell au piano et Carmen Castaldi aux drums qui se produisait sur la petite scène du Théâtre dans une ambiance très intimiste de soirée d’automne pour y écouter ce qui pourrait presque s’apparenter à une musique de chambre. Car le trio Tapestry ( chronique dans les DNJ  http://lesdnj.over-blog.com/2019/02/joe-lovano-trio-tapestry.html ) est une musique d’écoute et presque de méditation. Une musique exigeante qui demande au public l’effort d’y entrer et de s’en imprégner.

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@Maxim François

Et ce concert, retransmis en direct sur les ondes de France Musique a été un moment rare d’échange entre trois musiciens orientés vers le même but, respirant d’une même voix, façonnant le son ensemble entre lignes écrites et improvisations atonales. Le partage de l’espace entre Lovano et Crispell se faisait alors sous la houlette d’un Carmen Castaldi exceptionnel tant il apportait la couleur le liant à l’ensemble.

 

Sorti de ce concert, c’était dans un état proche de la transcendance zen que le public pouvait se diriger vers « La Maison » où la flûtiste Naissam Jalal récemment primée aux Victoires du Jazz proposait une autre forme de musique méditative inspirée des mélismes orientaux. Entourée de deux musiciens superlatifs ( Claude Tchamitchian à la contrebasse et Leonardo Montana au piano),

@Maxim François

Naissam Jalal donnait une version de son dernier album (« Quest of the Invisible » http://lesdnj.over-blog.com/2019/03/naissam-jalal-quest-of-the-invisible.html ) qui, par rapport à son concert de lancement au Café de la Danse a encore pris une dimension énorme  avec là encore une totale entente fusionnelle du trio. La musique et le chant de Naissam Jalal est une invitation à la méditation et à la prière qu’elle soit ou non religieuse. Et c’est un moment de pure beauté auquel il nous a été donné d’assister. En lévitation.

La deuxième partie de ce concert à "La Maison" était plus saignante puisqu’il s’agissait du quartet de Louis Sclavis avec Benjamin Moussay (p), Sarah Murcia (cb) et Christophe, Lavergne à la batterie.
Ce concert était donné en écho à l’exposition d’ Ernest-Pignon-Ernest (« Characters on a wall ») . C’est sur la base de ce matériau que Sclavis et Moussay ont composé les titres de ce concert, s‘inspirant de l‘oeuvre du plasticien.

Alors forcément la musique y est plus urbaine, plus engagée, plus puissante à l’image de l’énergie habituelle que déploie la saxophoniste à la clarinette basse ( son instrument d’excellence)

@Maxim François

ou à la façon dont Moussay entreprend le piano avec autant de fougue que de presque violence. Il y a du Matthew Shipp chez lui. L’oeuvre d’Ernest-Pignon-Ernest alimente celle de Sclavis depuis de longues années et avait contribué à la création de l’album « Napoli’s wall ». Ici c’est à partir de 8 oeuvres que le concert a été bâti. Il y avait dans ce concert ce qu’il y a dans l’oeuvre c’est à dire autant de violence urbaine que de poésie. Magique.

Et cette avant-dernière soirée de ce festival porté à bout de bras par Roger Fontanel démontrait bien, par la qualité de sa programmation qu’il figure depuis 33 ans parmi les événements majeurs de la scène hexagonale.
Pour la 34ème édition nous serons là. C’est sûr !
Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 14:59
@Aleski_Hornborg

 

C'était un concert en petit comité donné à l'Ambassade de Finlande à Paris.

Le pianiste finandais Iiro Rantala venait y présenter son dernier album (" My Finnish Calendar") publié chez Act cette année.
12 compositions autour des 12 mois de l'année qui donnent l'occasion au pianiste d'exprimer en musique ce que lui inspire sa vie finlandaise.
Derrière l'apparente mélancolie que pourrait inspirer le paysage finlandais (les clichés !), Iiro Rantala jette au contraire un regard aussi drôle qu'acerbe et attendri sur son pays et ceux qui l'habitent.
Totalement iconoclaste, inclassable, la musique de Rantala échappe aux longs travellings que l'on pourrait imaginer sur un paysage désolé pour aller chatouiller les oreilles avec autant de tendresse poétique que de gentilles railleries.
Et c'est un pianiste exceptionnel qui se révèle. Véritable kaléidoscope musical, parfois classique avec des airs de Rachmaninov (Octobre, Décembre) ou de Bernstein et émouvant sur des mélodies romantiques (Mars et Avril) ou brillamment primesautières (Juin) et drôles (May). Parfois flirtant avec le ragtime de Scott Joplin ou jouant avec le piano préparé ou frappé qu'im soit délié ou très percussif, Iiro Rantala est un pianiste libre qui ne se laisse enfermer dans aucun schéma musical.

Le pianiste donne chaque fois l'explication de ce que lui évoque chaque mois de l'année en Finlande. Caustique mais finalement si tendre envers les finlandais qu'Iiro Rantala se donnerait presque des airs de Woody Allen finlandais lorsque le réalisateur jette un regard aussi amusé qu'amoureux sur New-York et les New Yorkais.
Chaque morceau était précédé d'une présentation drôlissime du pianiste décrivant ce que lui inspire chaque mois de l'année en Finlande. Son Excellence riait (jaune) sous cape à l'évocation des névroses finlandaises ( l'argent, le sexe, les saunas, la depression et les vacances !)

Sans aucun cynisme mais avec une bonne dose de facétie (February), le pianiste évoque un brin de colère sombre (magnifique Décembre porteur d'un autre espoir que celui de Noël - bouleversant pour conclure l'album ).
Et malgré ce qu'Iiro Rantala peut dire sur son pays et ses habitants dépressifs et avaricieux, anxieux et parfois futiles, ces douze mois de l'année chargés d'émotions contraires nous invitent à ce voyage intime et nous prennent a rêver une année finlandaise
Brillant !
Jean-Marc Gelin

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