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15 novembre 2019 5 15 /11 /novembre /2019 08:03
REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER “Mr. A.J.”

REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER

Mr. A.J.”

LABEL DURANCE-ABSILONE

www.label-durance.com

SORTIE CD 15 NOVEMBRE 2019

 

Voilà un album hommage particulièrement émouvant, de deux musiciens sudistes, ancrés dans leur département et région), Rémi Charmasson ( Gard) et Alain Soler ( Alpes de Haute Provence)  qui ont profité des enseignements d’un grand saxophoniste voyageur, plus toujours reconnu à sa juste valeur aujourdhui, André JAUME ( marseillais d'origine). Il fut l’une des figures emblématiques du jazz d’avant-garde des années soixante dix, original dans le meilleur sens du terme. Discret mais tenace, avançant selon son esthétique,“jouant sa musique et celle des autres à sa sauce”, comme le remarque avec pertinence Alain Soler, le saxophoniste a ouvert la voie aux plus jeunes, en faisant des pas de côté décisifs”. D’ailleurs, les deux musiciens de l’album, excellents guitaristes, ont aussi beaucoup voyagé, l’ont accompagné dans de nombreuses tournées et enregistrements dans le monde entier. (Chine, Vietnam, Afrique, Amérique…) et ont retenu ses leçons.

Le répertoire reprend des thèmes de Jaume comme “Beguin”, “Heavy’s”, “Marratxi”, souvent sortis sur le label CELP, quatre thèmes du dieu Django ( guitare oblige et on ne s’en plaindra pas), une composition du musicien préféré d’André Jaume, Jimmy Giuffre “River Chant” qu’il a accompagné et suivi de près, dans ses années free...et dont il sait évoquer la mémoire avec passion ; une reprise du “Girl” des Beatles. On le voit, un répertoire fait de choix décidés selon des convictions, des goûts réels, un éclectisme de bon aloi. Car ces compositions ont un potentiel immense, plein de nuances, se révélant un excellent terrain de jeu pour ces orfèvres de la six cordes, pincées, frottées, brosséesqui ont aussi proposé des compositions de leur cru. La première et forte sensation à l’écoute de cette musique qui s’écoute d’un trait, déroulant un groove envoûtant, persistant, est l’absolue cohérence du chant intérieur, épuré, essentiel qui anime le duo. En fait, si André Jaume est un soufflant polyinstrumentiste doué, il n’était pas question de transposer pour guitaristes même si les amoureux de l’instrument seront comblés. C’est un disque complet, pour musiciens selon l’expression consacrée mais aussi, plus simplement pour ceux qui aiment la musique, toutes les “bonnes” musiques du jazz à la pop et au rock. 

Cet hommage démontre avec brio que la passion du jazz se prête à toutes les fantaisies, se moque des frontières de styles, d’instruments, car on apprend et partage tant d’aventures sonores avec des “frères de son”. Et assurément, Rémi Charmasson et Alain Soler le sont. Ce portrait recomposé n’est ni complaisant ni nostalgique. André Jaume qui s’est retiré en Corse et va fêter en 2020, ses quatre vingt ans, sera fier de l’élégance, l’énergie, la joie profonde et l’intelligence de ce duo parfaitement accordé, libre et audacieux.

Pas besoin de plus grands discours : "let’s play the music"….ou encore mieux "let’s face the music and danse".

 

Sophie Chambon

 

 

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 11:18

Plus qu'un rituel, presque une manie pour le plumitif qui fréquente le festival depuis plus de trente ans. Et chaque fois l'occasion d'un émoi automnal et ligérien (autrement dit kiffer les bords de Loire au 11 novembre !) 

Le chroniqueur est arrivé après la soirée d'ouverture, celle du samedi 9 novembre, qui a commencé vers 18h30 au Théâtre municipal, et s'est prolongée dès 20h30 à la Maison (que la nomenclature officielle n'ose plus appeler 'de la Culture', alors qu'elle le mérite....). Élogieux échos des présents, tant à propos du Trio Viret au théâtre qu'au sujet d'Éric Le Lann-Paul Lay en duo, puis du quintette de Charles Lloyd à la Maison.... de la Culture ! On en profita pour honorer ce dernier dans l'Ordre des Arts et Lettres : ce dont, témoignent les présents, il fut ravi.

Le dimanche 10 novembre, c'est théâtre, avec une très belle surprise, un spectacle autour de Nina Simone par Ludmilla Dabo et David Lescot, spectacle qui a déjà beaucoup tourné dans les circuits théâtreux, et qui sera repris du 13 au 21 décembre à Paris au Théâtre des Abesses, dans le giron du Théâtre de la Ville. Le spectacle s'intitule Portait de Ludmilla en Nina Simone. L'auteur-metteur en scène (et aussi musicien) David Lescot ,est familier des connexions avec le jazz : que l'on se rappelle L'instrument à pression (avec Médéric Collignon et Jacques Bonnafé) et La chose commune (avec Emmanuel Bex, Élise Caron, Géraldine Laurent, Simon Goubert....). Ayant reçu commande d'un portrait de personnage célèbre, il souhaitait consacrer un spectacle à Nina Simone.

©Maxim François

Il s'est mis en quête d'une comédienne également chanteuse et s'est tourné vers Ludmilla Dabo, laquelle dans ses années au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique, avait esquissé un travail autour de cette chanteuse qu'elle admire. De leur rencontre est né un dialogue, dont l'auteur a fait un spectacle, et qui évoque des moments de la vie de Nina Simone. Dispositif scénique minimal, et grande intensité dès la première minute. Dans l'obscurité, battements de pieds et claquements de mains distribuent rythme et syncopes. Puis en pleine lumière le partenaire-enquêteur et accompagnateur (guitare, ukulélé) interroge l'histoire de Nina : la comédienne répond en chantant, d'une voix magnifiquement habitée par l'âme de la soul music.

©Maxim François

Ainsi se déroule, sur un rythme d'une précision incroyable, un échange entre un texte narratif, des dialogues, et des chansons tout aussi chargées d'histoire(s). C'est un tourbillon d'émotions fortes qui traverse la vie de Nina, sa vie de femme en butte aux violences de toute sorte, le naufrage de ses rêves de jeunesse (devenir la première concertiste classique noire des U.S.A.), mais aussi ses combats pour les droits civiques, le tout nourri de quelques chansons de la grande Nina, chantées sans aucun mimétisme (sauf le clin d'œil à Ne me quitte pas), mais à un niveau de vocalité et d'interprétation qui place la barre très très haut, et nous révèle en Ludmilla Dabo une grande chanteuse. Par une sorte de mise en abyme l'expérience personnelle de Ludmilla s'insère dans la dramaturgie, en parallèle à l'évocation des luttes afro-américaines.

©Maxim François

Et en rappel un épisode époustouflant nous offre la grande scène d'Arnolphe et Agnès dans L'École des femmes de Molière, qui dérive progressivement de grande tradition du théâtre classique vers une version en prosodie syncopée, accompagnée par l'ukulélé, et soulignée d'une danse voluptueuse de la chanteuse comédienne : grand moment de liberté théâtrale, et de musique. Le Théâtre municipal de Nevers, belle salle à l'italienne, est assurément l'écrin idéal pour un tel spectacle. Et un festival de jazz l'endroit rêvé pour le faire découvrir. On rêverait que d'autres programmateurs de jazz aient aussi la bonne idée d'offrir à leur public ce très beau spectacle.

 

Le lendemain, promenade de santé par un 11 novembre qui s'ensoleille vers le théâtre (le concert de midi y a été déplacé). En chemin, l'arrière de la Maison (de la culture) en travaux.

Je passe devant la Maison des Sports, qui n'a pas peur de dire son nom (je me rappelle une commune où il y avait une direction des sports et de la culture, dans cet ordre....). En contournant le bâtiment en travaux, je découvre l'appellation désormais officielle.

En montant vers le Palais Ducal et le théâtre, je découvre cette appellation obstinée jusque dans la signalétique.

Et j'arrive enfin au théâtre pour découvrir sur scène le cymbalum de 'Bartók Impressions'. Le groupe a publié voici un an un CD justement remarqué («Bartók Impressions», BMC / l'autre distribution). C'est un trio en nom collectif, sans leader, mais le contrebassiste Matyas Szandai a imprudemment accepté un concert avec un autre groupe le même jour.... Pas rancuniers, ses partenaires le mentionneront en fin de concert pour rappeler que cette musique est celle d'un trio. Ce sera donc un duo : Mathias Lévy au violon, et Miklós Lukács au cymbalum.

   Maxim François, à gauche, en chasseur d'images

 

Le concert commence vers 12h15. La musique s'organise autour des pièces de Bartók, librement traitées dans l'exécution comme dans l'improvisation. Elles sont empruntées au recueil de piano Mikrokosmos, et à diverses autres compositions, notamment celles inspirées à Bartók par les musiques traditionnelles balkaniques. C'est vif, emporté, l'échange entre violon et cymbalum est permanent, souvent ludique. Les modes de jeu sont assez libres, avec recours à des artifices dictés par l'urgence de l'improvisation.

À 15h30 c'est dans la petite salle de la Maison (de la culture....) que se produit le trio 'Un Poco Loco', rassemblé par le tromboniste Fidel Fourneyron, avec Geoffroy Gesser au sax ténor (et à la clarinette), et Sébastien Belliah à la contrebasse. Ils jouent leur nouveau programme intitulé Ornithologie, et consacré non aux oiseaux mais à Charlie 'Bird' Parker. C'est un pari que de jouer ce répertoire de manière innovante sans en altérer ni la densité musicale ni la force expressive. Pari gagné, haut la main, en déstructurant/recomposant chaque thème avec un mélange de fraîcheur et de science musicale qui force l'admiration. Chacun des membres du trio a contribué à l'arrangement du répertoire : Shaw Nuff, Anthropology, Salt Peanuts, Donna Lee, et bien d'autres, et aussi une très belle relecture du standard Everything Happens To Me inspirée par la version avec orchestre à cordes de Charlie Parker. Comme toujours avec le trio 'Un Poco Loco' un grand moment de musique, de prise de risque et d'expressivité.

 

Retour au Théâtre municipal vers 18h30 pour écouter le saxophoniste Éric Séva avec son nouveau groupe 'Mother of Pearl'. C'est un projet inspiré par la rencontre en 1974 de Gerry Mulligan et Astor Piazzolla. Le saxophoniste a fait le choix de l'accordéon plutôt que du bandonéon, en s'associant avec un musicien qu'il connaît de longtemps : Daniel Mille. Christophe Wallemme à la contrebasse, Alfio Origlio au piano (et piano électrique) et Zaza Desiderio à la batterie complètent le quintette. Les compostions originales du saxophoniste sont conçues sur mesure pour cette instrumentation, avec une dominante mélancolique, sans exclusivité toutefois. Deux thèmes de Piazzolla s'insèrent dans le programme. Et après une cavalcade collective en 6/8, c'est un duo accordéon-sax baryton sur une belle composition inspirée par le village d'Eus, dans les Pyrénées-Orientales, avant un quintette conclusif. Un disque, déjà enregistré, paraîtra au printemps prochain.

    ©Maxim François

La soirée se termine à la Maison (de la culture....) avec le MegaOctet d'Andy Emler. C'est le programme anniversaire (30 ans!) d'un orchestre né à l'extrême fin de 1989, et dont la naissance officielle fut constatée en janvier 1990 au Sceaux What, aux Gémeaux de Sceaux (Hauts-de-Seine). Ce programme avait été inauguré le 12 octobre dernier lors d'un concert Jazz sur le Vif à la Maison e la Radio. Pour avoir assisté au deux concerts, j'ai été épaté par le fait que, jouant le même programme, l'orchestre a donné un concert différent, et toujours du même niveau musical, avec cette prise de risque et cette confiance mutuelle des musiciens qui font que, vraiment, tout semble permis. La première partie nous a donné le répertoire du disque paru à l'automne 2018 («A Moment For...», La Buissonne/Pias). Tous sont des solistes de haut vol, à commencer par les historiques, François Verly, percussions, et Philippe Sellam, saxophone alto : ils étaient tous deux dans le MegaOctet des origines. Claude Tchamitchian, contrebasse, avec Éric Échampard, sont les partenaires habituels du trio d'Andy Emler, et cela contribue largement à l'assise du groupe. Laurent Blondiau (trompette), FrançoisThuillier (tuba), Laurent Dehors (sax ténor et cornemuse), et Guillaume Orti (sax alto) complète l'équipe, et tous nous ont transportés par leur insolent liberté musicale.

Après l'entracte l'orchestre est rejoint par trois musiciens qui eurent partie liée avec l'histoire du groupe : le guitariste Nguyên Lê (qui était dans le MegaOtet à sa création), et les imprévisibles Médéric Collignon (cornet, voix, human beatbox....) et Thomas de Pourquery (sax alto et voix).

   ©Maxim François

Ce fut un festival d'envolées périlleuses, de rétablissements virtuoses, et de surprises en cascade.

Tous les musiciens se sont éclatés, et le public en fut conquis. Rappel aussi insistant que chaleureux, et fin de soirée dans la joie d'un moment exceptionnel.

Xavier Prévost

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 23:06

LONGBOARD : «  Being wild »
Yolk Music 2019
Alban Darche ( sax, cl, clv, compos), Matthieu Donarier (sax, cl, compos), Meivelyan Jacquot (dms)


C’est un album très bel album protéiforme que signe le trio. Foisonnant d’idées, ce Longboard, jamais linéraire il dessine des contours et des sons pour former un imaginaire en mouvement.
Des flottements et des tensions lunaires côtoient des lignes mélodiques et des enchevêtrements. Des moments de rare poésie (Beauty and sadness ou Embrace the grace) emportent dans un imaginaire éthéré.
Alban Darche et Matthieu Donarier sont des souffleurs de rêves qui jouent avec les silences et les courbes de la musique. Elle caresse mais elle cogne aussi parfois ( The thin ice). Mais surtout dans cet album il y a aussi un sens du spectacle et de la mise en scène presque baroque (Elevation) dans une sorte de souffle continu.
Ces acteurs sont des acteurs. Et des acteurs danseurs qui jouent des pantomimes sonores.
Alban Darche et Matthieu Donarier se connaissent bien. Ils sont des piliers du label nantais Yolk qu’ils ont contribué à porter haut depuis près de 20 ans déjà avec Sebastien Boisseau ( récent recipiendaire mérité - mais honteusement en catimini - d’une récente Victoire du jazz). Les deux saxophonistes ( dont la proximité géographique n’a d’égale que celle esthétique) partagent le même goût de la complexité. Celle de géniaux compositeurs comme John Hollenbeck ou Steve Coleman (Cairo hipster). Mais à laquelle ils apportent un soin de calligraphe, comme des dessinateurs au ciel. Et c’est avec cette art de la composition protéiforme ( on l’a dit) qu’ils créent des moments de douceurs où au delà de la mélodie il y a la façon dont les saxophonistes  dessinent le son comme s'ils maniaient l'art du pinceau. Comme par exemple sur cette émouvante Boite à musique qui égrène le temps dans une infinie douceur nostalgique.
Et Meivelyan Jacquot, l’autre nantais de la bande y apporte le liant, le relief et parfois la rugosité avec un talent fou.
Captivant de bout en bout, Longboard refuse de se laisse enfermer dans un schéma musical pour nous captiver du début à la fin. C’est certainement ce que cela veut dire pour eux : being wild.
Jean-Marc Gelin

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 18:47

(à l’occasion de la sortie du coffret ‘Nat King Cole « Incomparable »’ réalisé par Claude Carrière pour Cristal Records*)

 

Star éternelle du Louvre, Mona Lisa, œuvre de Léonard de Vinci (1452-1519), n’a pas seulement inspiré Marcel Duchamp qui l’affubla, en 1919, d’une moustache pour une toile baptisée L.H.O.O.Q. –titre dérisoire bien dans l’esprit du dadaïsme - longtemps propriété du Parti Communiste Français. La florentine au sourire étrange donna naissance, trente ans plus tard, à une chanson qui contribua largement au succès populaire de Nat « King » Cole, né cette même année 1919 (le 17 mars).  


La genèse de ce titre Mona Lisa mérite d’être contée. Un metteur en scène d’Hollywood, Mitchell Leisen, avait passé commande en 1949 à un tandem déjà bien connu, Jay Livingstone (compositeur) et Ray Evans (auteur) d’un air devant illustrer une séquence d’un film d’espionnage située en Italie. Admiratrice du tableau de Léonard de Vinci, l’épouse de Ray Evans aurait, dit-on, soufflé l’idée d’évoquer cette jeune femme au sourire mystérieux («est-ce une manière de tenter un amoureux ou une façon de cacher un cœur brisé» dit notamment le texte**).  
Dans le film de la Paramount, sorti en 1950 sous le titre ‘Captain Carey, USA’, avec Alan Ladd dans le rôle principal, la composition est jouée par le grand orchestre du trompettiste Charlie Spivak, la partie chantée étant assurée par Tommy Lynn. Le tandem Livingstone-Evans devait être fier de leur œuvre commune puisqu’ils la confièrent à Nat « King » Cole, pianiste et chanteur de haut vol adulé dans le milieu musical, et pas seulement du jazz, avec un trio au format inhabituel (guitare et basse). Une confiance guère partagée -au début- par le chanteur : le titre ne figure que sur la face B -la moins noble- du 78 tours enregistré le 11 mars 1950 à Los Angeles, qui propose en face A The Greatest Inventor. La maison de disques, Capitol, n’a pas perdu son temps : le film est sorti sur les écrans à peine trois semaines auparavant.

 

Réticent puis charmé


Le charme de Mona Lisa va une nouvelle fois opérer. Une fois le disque pressé, les deux compères font le tour des stations de radio -une vingtaine- pour en assurer la promotion. Le succès ne tarda pas saluant ce mariage entre la voix de velours de Nathaniel Cole et l’arrangement d’un jeune prometteur, Nelson Riddle, pour le grand orchestre de Les Baxter. Dans les bacs dès le mois de mai, Mona Lisa demeurera en tête des ventes pendant huit semaines, selon le classement du magazine Billboard.


La vogue ne se démentira pas, ‘Mona Lisa’ décrochant l’Oscar 1950 de la meilleure chanson pour un film, le deuxième, pour le duo Livingstone-Evans (après ‘Buttons and Bows’ en 1948), qui en décrochera un troisième en 1955 avec ‘Que Sera, Sera’, chantée par Doris Day dans 'L’homme qui en savait trop' d’Alfred Hitchcock.

Dès lors, Mona Lisa gagne une place de choix dans le répertoire vocal de Nat King Cole, géant à double titre (185 cm sous la toise) aux côtés de Nature Boy, enregistré en 1947, Unforgettable (1951), Blue Gardenia (1953) ou encore Quizas, Quizas, Quizas (1958).


En 1992, Mona Lisa entrera au Grammy Hall of Fame, récompense suprême et posthume pour Nat King Cole, disparu le 15 février 1965 à 45 ans. Le titre reste également comme l’une des réussites les plus populaires du tandem Livingstone-Evans dont 26 chansons dépassèrent le cap du million de ventes au cours d’une carrière de plus de soixante ans (Livingstone décéda en 2001 et Evans en 2007). Quant à la famille Cole, elle restera fidèle à Mona Lisa, son frère Freddy et sa fille Natalie ne manquant jamais de chanter « cet énigmatique sourire ».

Mona Lisa et les autres chansons citées sont proposées dans leur première version en studio dans un coffret de trois cd ‘Nat King Cole « Incomparable »’ réalisé par Claude Carrière* ... Une sélection de 60 titres donnant à entendre Nat King Cole comme chanteur accompagné d’orchestres divers, à la tête de son trio et enfin uniquement comme instrumentiste.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

* ‘Nat King Cole « Incomparable »’, coffret composé par Claude Carrière. Sortie le 15 novembre 2019. Cristal Records - CR 301-02-03.

 

**Do you smile to tempt a lover, mona lisa? or is this your way to hide a broken heart?

 

©photo William P. Gottlieb

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 09:14

FRANCK WOESTE : « Libretto dialogues vol.2 »
Phonoart 2019

Franck Woeste (p, fder) feat Rick Marguitza (ts), Bohan Z (p), Gilad Hekselman (g) Franck Agulhon

(dms), Walter Smith III (ts), Nelson Veras (g), Ryan Keberle (tb), Lage Lund (g), Eric Legnini (fder), Stephane Galland (dms)

 


Et voilà, pour le volume 2 de ces dialogues organisés par le pianiste allemand Franck Woeste, un petit bijou que vous aller placer bien haut dans la liste de vos favoris ! dans le genre d’expérience qui va vous fasciner d’un bout à l’autre de son écoute.

Il est en effet des pianistes qui sortent des albums de duos sans grande inspiration avec en tête l’idée de faire du name dropping avec des artistes tendance. Mais il en est d’autres, comme Franck Woeste qui sont animés d’un vrai projet. Pour qui dialoguer représente un vrai travail musical à la fois d’écriture mais aussi d’échange plus ou moins improvisés.
Les duos que propose ici le pianiste s’inscrivent tous au rang de master piece. Chaque morceau est un vrai moment de fusion entre deux musiciens de très haute volée, entre lesquels la règle du jeu est de limiter au maximum les arrangements.
Assurément protéiforme, l’album rassemble des moments de pur jazz acoustique à côté d’échappées électriques, des moments plus pops et de sublimes évanescences comme ce duo lunaire avec le guitariste Gilad Hekselman où tout est dans le flottement des harmonies. Dans cet album les invités, tous exceptionnels façonnent les sons à 4 mains. Ainsi de ce tissage fender/piano entre Woeste et Bojan Z dans une sorte de chassé-croisé aérien. Ou alors avec Legnini où le son vous enveloppe dans une sorte de brume electrique electro-jazz.
Avec les batteurs aussi Franck Woeste dialogue aussi et chaque fois dans un esprit totalement différent que ce soit avec une profondeur poétique comme avec Fanck Agulhon ou avec l’explosif Stephane Galland qui met le feu sur Mars.
On pourrait bien sûr s’arrêter sur tous les duos mais sachez que chacun porte une forme d’incandescence, d’urgence.
On le répète il y a de la pop dans cet album ( Radiohead pas loin) et des brumes électro-jazz qui montrent des chemins e ouvrent les portes d’un jazz d’aujourd’hui dont les influences sont si diverses et multiples qu’elles excitent toutes les curiosités. Mais il y a aussi une forme de retour aux sources avec ces duos de saxophonistes, tant avec le superlatif Walter Smith III qu’avec un Rick Marguitza au sommet. Quand à la rencontre entre le pianiste et le tromboniste Ryan Keberle ( écouter son dernier album avec le groupe Catharsis).
Et dans tout ça, Franck Woeste. Et bien le pianiste multi instrumentiste se transforme en grand ordonnateur du Son. en grand manitou avec des airs de Shiva aux bras multiples qui fait jaillir de l’or dans chacune de ses interventions. Franck Woeste est un magicien qui porte chacune de ces rencontre à un sommet rarement égalé.
Et puis non, Franck Woeste n’est pas un magicien. C’est un sorcier qui avec sa cape de musique, va vous envoûter.
jean-Marc Gelin
 

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 08:02
EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT HISTOIRE/ histoires DU JAZZ DANS LE SUD OUEST

EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT

HISTOIRE/ histoires du JAZZ DANS LE SUD OUEST

De la Nouvelle Orléans à la Nouvelle Aquitaine (1859-2019 )

EDITIONS CONFLUENCES, Bordeaux.

Formidable ouvrage de 192 pages, véritable somme sur l’histoire du jazz en Nouvelle Aquitaine, jamais chapitré de façon docte et professorale, ce livre aborde le monde musical du jazz en région, sous tous ses aspects : culture, histoire, géographie physique et administrative, économie d’un secteur vue selon le filtre des acteurs privés et publics, des structures, de la scène, des festivals, de l’enregistrement.

Le jazz avant le jazz, désastre et music hall (1914-1945), de la scène à la cire ( 1945-1960), création et patrimoine (1960-1980), du bebop au hip hop (1980- 2019), la place de la Nouvelle Aquitaine aujourd’hui, découpent la chronologie riche mais compliquée d’une région qui tient son rôle dans l'évolution de cette musique. Bordeaux est vite inscrite dans le discours critique du jazz, un terreau de choix qui vit naître l’un des premiers Hot Clubs régionaux, alors que Pau vire au blues, et que Limoges devient un bastion du jazz hot. Dans les années soixante dix, la ville devient capitale, sous l’impulsion de Roger Lafosse, à la pointe de la réflexion sur la place de l’art et de la culture dans la société, qui crée un événement unique, SIGMA qui mit en contact le public avec l’esprit du temps au risque de le surprendre, de la brusquer. 

L’originalité de ce beau livre est due au double regard, celui de la journaliste de Sud Ouest, Emmanuelle Debur qui fait oeuvre d’historienne avec la rigueur d’une enquête sur les hauts faits, les périodes sombres mais actives de l’occupation, les querelles fratricides entre raisins verts et figues moisies de Charles Delaunay et Hugues Panassié, la guerre des jazz(s), les “chapelles” trop nombreuses encore aujourd’hui, l’essor des festivals. Le raisonnement est clair, les exemples concrets, nombreux et illustrés de passionnants témoignages (anecdotes, illustrations trop méconnues comme les pochettes de Pierre Merlin, photos rares, originales, magnifiques comme celle d’Ellery Eskelin par Bruce Milpied).

C’est aussi trente ans de la vie d’une musique en région, une mise en désir musical d’un territoire plutôt large qui couvre les départements de Gironde, Pyrénées Atlantiques, Gers ( le cas exemplaire de Marciac), va de Bayonne à Andernos sur le Bassin, Bordeaux évidemment, l'arrière-pays montagneux, le Piémont pyrénéen, le Béarn, le pays Basque et Itxassou, Luz St Sauveur dans les Pyrénées centrales. Sans oublier Souillac (46) limitrophe, avec Sim Copans qui s’attacha à illustrer au mieux ce que le jazz contient d’innovation mais aussi de conservation.

Racontée autrement, par un personnage parfois difficile à cerner, courant d’une identité à l’autre : enseignant, philosophe, journaliste, acteur, photographe à ses heures, programmateur, collectionneur fou. Ceci n’est pas négligeable, y-a-t-il en musique un équivalent à ces cinéphiles (de la génération de Bertrand Tavernier) qui ont subordonné leur vie à une passion dévorante, exclusive qui leur permit néanmoins de découvrir la vie différemment, sans routine? Ce n’est jamais triste, car le principe de plaisir se propage tout au long de ses pages, de son expérience. La part autobiographique de l’ouvrage, de ses mémoires en jazz, est détaillée avec franchise, constituant l’autre face de ce document précieux. Histoire et histoires, soit deux volets complémentaires, d’une couleur légèrement différente qui partagent le livre et que l’on peut livre indifféremment. Sans oublier des annexes soignées, une chronologie originale, la bibliographie d’un amateur plus qu’éclairé!

Ce qui nous retient dans les pages intimistes de ce journal en jazz, est l’itinéraire d’un esprit ouvert, curieux, d’une intelligence analytique, toujours en mouvement. Philippe Méziat, dans des fragments émouvants, retrace l’ample récit d’une vie consacrée au jazz depuis la découverte émerveillée (par l’intermédiaire de frères plus âgés) jusqu’ à la mise en place pendant huit ans d’un festival, le BJF. Soixante ans d’amour indéfectible pour une musique et un style qui ont conditionné une “attitude” de vie, trente ans de “professionnalisation” depuis 1989. Au fil des pages, on se familiarise avec les structures culturelles, la vie d’un grand journal régional SUD OUEST qui en fit un envoyé spécial, très spécial même puisque cet enseignant en philosophie devint journaliste. Les années défilent, c’est la vie même qui va, qui respire en ses pages et insuffle son rythme et ses climats changeants avec de grands joies, les concerts et happenings de Sigma, les collaborations fructueuses avec les acteurs du monde du jazz,  “mundillo” si fermé et complexe, des festivals AFIJMA à Musiques de Nuit... Il y eut les rencontres marquantes dues souvent au “hasard objectif”, le compagnonnage avec les frères en jazz, aujourdhui disparus, JP Moussaron et Xavier Mathyssens, confrères à Jazzmagazine, la découverte émerveillée de la photographie avec Le Querrec ou GLQ de Magnum, les musiciens qu’il a pu approcher de près, Abbey Lincoln, Lionel Hampton, Ellery Eskellin, Uri Caine, Benat Achary…sans oublier les incontournables Bernard Lubat, Michel Portal qui ont gardé leurs attaches girondines ou bayonnaises.

Moins  malhabile même s’il est perpétuellement convaincu de l’être, Philippe Méziat n’en demeure pas moins un observateur attentif,  vigilant mais débordé parfois par les événements, critique envers les institutions dont il a pu, non seulement observer souvent les partis pris inconsidérés, mais aussi vivre cruellement, de l’intérieur, l’abandon.

Il y a des "écrivants" qui rendent compte, écrivent, même très bien ce qui advient. Et ceux qui ne peuvent s’empêcher de penser/panser leur maux, de réfléchir et de se demander comment ça marche.

Coup d’essai, synthèse nécessaire, coup de maître. Indispensable pour ceux qui aiment le jazz ou s’y intéressent,  le jazz, cette musique savante, fondation musicale, la seule du XXème. (JP Moussaron)

 

 

Sophie Chambon

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 17:14

Leïla Olivesi (piano, composition), Chloé Cailleton (voix), Quentin Ghomari (trompette, bugle), Baptiste Herbin (saxophone alto, flûte), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Jean-Charles Richard (saxophone baryton), Glenn Ferris (trombone), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie)

Meudon, 2-4 janvier 2019

ACEL & Attention Fragile AC5LSA387 / l'autre distribution

 

Le disque commence avec Satin Doll, dans un arrangement très renouvelé, et par la voix de Chloé Cailleton, qui dose avec une grande pertinence la fragilité et l'assurance. Ce début n'est évidemment pas un hasard. Leïla Olivesi adore la musique d'Ellington et Strayhorn, à laquelle d'ailleurs elle a consacré quelques belles conférences, en compagnie de Claude Carrière, dans le cadre de la Maison du Duke. Et c'est plus qu'un hasard sans doute si Carrière signe le texte du livret, qui éclaire très bien la singularité de cette musique. Le reste du disque est composé par la pianiste, et l'on n'est pas surpris de constater que cet univers est habitée de sinuosités mélodico-harmoniques qui évoquent un peu la musique de Strayhorn, tout en œuvrant pleinement dans le langage d'aujourd'hui. D'ailleurs je soupçonne Leïla Olivesi d'avoir, plus encore que pour le Duke, une passion secrète pour Sweet Pea, comme l'appelaient ses amis musiciens. C'est brillamment composé, avec un indéniable sens de la forme, et pensé en relation exacte avec les personnalités des musiciens sollicités : belle brochette de grands solistes, que l'on sent motivés par la qualité de l'écriture, et qui s'ébattent aussi avec une grande liberté dans les improvisations. Au centre du répertoire une suite qui fait écho aux eaux turquoises de la Mer d'Andaman, au large de la Thaïlande de la Malaisie. Une partition que l'on avait découverte voici plus d'un an en club, et en quintette, et qui dans l'orchestration étendue tient ses promesses. Dans une courte plage en solo, la pianiste fait revivre l'esprit des méditations ellingtoniennes, avant que le disque ne bifurque vers l'Afrique et ses déserts. En cours de route on avait croisé un bel hommage à la grande musicienne qu'était Geri Allen, et en coda du CD une mélancolie qui remue en moi le souvenir de Goodbye Pork Pie Hat. Bref c'est une vraie belle œuvre d'artiste, que l'on sent méditée de longtemps, et qui s'épanouit dans l'effervescence du partage musical et de l'improvisation. Grande réussite, dont on espère qu'elle viendra jusqu'aux oreilles, parfois un peu distraites, ou paresseuses, des notabilités festivalières....

Xavier Prévost

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Le groupe au grand complet jouera le 6 novembre 2019 à Paris, au Studio de l'Ermitage

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 14:34
DANIEL SCHLAEPPI / MARC COPLAND  ALICE' S WONDERLAND

Daniel SCHLAPPI & Marc COPLAND

Alice’s Wonderland

Label CATWALK www.catwalkjazz.com

www.danielschlaeppi.ch

Profitant de l’envoi concomittant de deux albums de Marc Copland, j’ai écouté à la suite And I love her en trio avec Drew Gress et Joey Baron et ce duo Alice’s Wonderland avec le contrebassiste suisse Daniel Schlaeppi, après leurs deux premiers albums Essentials en 2012 et More Essentials en 2016.

Contre toute attente, aucune impression de “déjà vu”, même si on est immédiatement dans un arrière -pays connu… On est tout à fait prêts à se lancer et à traverser le miroir avec eux.

Une grande vivacité anime tout le disque qui reprend des standards en intercalant trois compositions du Suisse et une de Copland “Day and Night” que l’on trouvait également sur And I love her et aussi sur le CD Better by far en quartet avec le trompettiste Ralph Alessi.

Copland et Schlaeppi en reviennent encore et toujours au coeur de cette musique de jazz, portés tous deux par ce chant intérieur qui jamais ne s’éteint, dans de lumineuses relectures de formes qu’ils n’ont pas inventées, mais qu’ils ont tellement pratiquées qu’ils peuvent les aborder à chaque fois, avec une fraîcheur, une spontanéité de jeu qui touchent. Preuve de l’intelligence de musiciens qui explorent les possibles avec un esprit ouvert.

Daniel Schlaeppi montre une juste rigueur totalement dénuée de froideur, un sens aigu de la pulsation et de la construction, une expressivité toujours juste. Avec un tel compagnon, Marc Copland semble plus enjoué, avec un lyrisme moins fragile qu' à l'ordinaire : son aisance rythmique est manifeste, si l’amour de la mélodie est toujours là, au plus près.

En entendant rejouer des standards aimés, le véritable amoureux du jazz retrouve un sens à cette musique, dans le retour de la mélodie, parfois devenue un simple fredon, parfois identique dans son exposé du moins, à la version “princeps” mais libérée, ajourée, revue et comme “corrigée” avec amour; car les thèmes et variations sont au coeur du jazz. Rien à faire, il faut en passer par là.

On retrouve donc avec bonheur Bill Evans dans “Some Day My Prince Will Come” de même que le final “Blue in Green”, toujours attribué à Miles. Comment ne pourrait il pas être présent, Bill Evans, tant Marc Copland s’inscrit dans sa lignée? Sans être scrupuleusement fidèle (ce ne serait d’ailleurs pas possible), il vient de là tout de même. Comme piano et contrebasse forment un couple radieux, c’est Scott Lafaro et son “Jade Visions” qui est la réponse du contrebassiste, une merveilleuse composition chère également à Stephan Oliva.

Entendre encore et toujours du Cole Porter et du Bill Evans ravivent un plaisir originel , une véritable obsession qui habitent cet autre couple que forme le musicien et l' auditeur. Et il ne faut pas y voir seulement la nostalgie, les rappels d’autres temps, réminiscences d’une histoire aimée, celle du jazz. C’est le retour existentiel à ce qui a construit en partie une identité musicale.

Sophie Chambon

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 14:18
MARC COPLAND TRIO    AND I LOVE HER

 

MARC COPLAND TRIO

AND I LOVE HER

 

[Illusions]Mirage/CD IM4004 / L’Autre Distribution

Sortie le 18 octobre

www.marccopland.com

Un trio superlatif que celui du pianiste Marc Copland : au milieu de leurs propres compositions, dont une extraordinaire impro collective, “Mitzi&Johnny”, ils glissent quelques standards fameux, de l’“Afro Blue” inaugural, suivi du “Cantaloupe Island” d’Herbie Hancock, à “And I love her” des Beatles jusqu'au Cole Porter final “You do something to me”. Cet album saisissant nous entraîne de climats percussifs en rêveries éveillées dans un jazz éternel, intemporel que font entendre ces trois musiciens exceptionnels qui n’ont plus grand chose à prouver. Ils ont eu tout le temps d’approfondir leur pratique et ainsi d’acquérir une maîtrise exceptionnelle. Si les trois aimaient à jouer ensemble dans le quartet de John Abercrombie, Marc Copland et Drew Gress partagent des scènes depuis plus longtemps encore, la fin des seventies. “We feel each other even if we don’t see each other” avoue le pianiste.

Tous trois semblent avoir le même plaisir à se retrouver et à partager dans une complicité exigeante. Ils se promènent avec aisance dans le répertoire, incluant leur propres musiques qui, à aucun moment ne déparent la cohésion de l’ensemble. Ils ont une relation particulière avec ces morceaux, les reprenant dans une discipline de tous les instants, une habitude de vie qui fait que l’inspiration peut advenir très vite. Ils racontent par exemple qu’ils se sont échauffés presque naturellement en entrant dans le studio sur “Afroblue” de Mongo Santamaria et c’est ainsi que l’album a commencé.

Par ses harmoniques et son chromatisme, on retrouve instantanément le pianiste, son art poétique élaboré avec Gary Peacock par exemple ou dans le quartet de John Abercrombie (très émouvante valse jamais enregistrée devenue “Love Letter”, en hommage au guitariste disparu en 2017). S’il est particulièrement inspiré sur les tempos lents, les ballades, c’est avec l’interaction dynamisante de la rythmique qu’il change la donne, parvenant à dominer une mélancolie prégnante. Aucune autre rythmique actuelle ne saurait mieux le soutenir en douceur ou le revitaliser sur les rythmes plus vif. Sur “Day and Night” du pianiste, la plus longue composition du Cd, le solo du contrebassiste est prodigieux avant que n’éclate le drumming audacieux, solaire de Joey Baron. Le pianiste souligne l’habileté du batteur à lancer un “groove” qui va leur ouvrir la voie.

C’est avec “sense and sensibility” comme disent les Anglo-saxons, que Marc Copland traduit la circulation du sens poétique. L’émotion est vite présente, car on entend dans les échos délicatement irisés du pianiste que le jazz retraverse, toute cette musique aimée qu’il n’a cessé de reprendre. Toutes ses interprétations sont à inscrire dans cette tentative inépuisable qu’il soit en groupe ou en solo. C’est le Français Philippe Ghielmetti qui parvint à lui faire quitter ce poste fidèle d’accompagnateur pour l’aventure du solo, dès le début des années 2000 avec un Poetic Motion mémorable.

Qu’importe le format, c’est ce ressassement travaillé qui lui permet de donner sens à cette toile qu’il tisse et trame continûment. S’il en est qui ne cherchent pas, pensant avoir déjà trouvé, d’autres se laissent conduire dans des errances créatrices… Marc Copland est de ceux là.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 17:19

Franck Amsallem (piano), Irving Acao (saxophone ténor), Viktor Nyberg (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)

Malakoff, 15-16 octobre 2018

Jazz & People JPCD 819007 / Pias

 

Un disque conçu par musicien qui avait dit adieu, voici 17 ans, à New York, où il avait fait deux décennies de carrière ; une prise de congé rétrospective, pas forcément nostalgique (quoique....). Au programme, des compositions originales, taillées sur mesure pour un groupe plus que cohérent, et totalement investi. Très beau travail de compositeur, pensé pour un déroulement collectif de la musique. Un cadeau fait aux solistes (Irving Acao impérial) par un pianiste qui ne s'est pas oublié, en s'aménageant des espaces où s'ébattre, dans ce style qui connaît son histoire mais affirme aussi ses idées. Et avec Viktor Nyberg et Gautier Garrigue, un tandem rythmique superlatif, qui paraît porter la vie comme les artères irriguent un corps. Une absolue réussite dans un espace où les écueils ne sont pas rares : comment en effet jouer un langage adoubé par l'histoire sans tomber dans la redite. Assurément, Franck Amsallem l'a fait, en compagnie de ce groupe aussi pertinent qu'impliqué. Le seul standard, Last Night When We Were Young (Sinatra, Carmen McRae, Sarah Vaughan.... et plus récemment Mark Murphy avec Fred Hersch) est un monument de mélancolie. Le quartette en fait une déambulation libre et ouverte, autre façon de dire, encore, qu'il demeure possible de faire un pas au-delà de ce qu'en firent d'autres musiciens (Art Farmer, Keith Jarrett) : magie du jazz par quoi le même devient toujours autre. Et en couverture, une très belle photo de Philippe Lévy-Stab. Chapeau bas !

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 29 octobre à Paris au Sunside, et le 11 décembre au Jazz Club d'Annecy

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=vy9EI6svKRM

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