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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 16:16

 

WALLACE RONEY «Blue Dawn – Blue Nights»

Wallace Roney (trompette), Emilio Modeste (saxophones ténor & soprano), Oscar Williams II (piano), Paul Cuffari (contrebasse), Kojo Odu Roney (batterie),

invités : Lenny White (batterie), Quintin Zoto (guitare)

Englewood Cliffs (New Jersey), septembre & décembre 2018

HighNote Records HCD 7318 / Socadisc

 

Si j'en crois le Chicago Jazz Magazine, c'est le 22ème disque en leader du trompettiste. Il a été enregistré, comme une bonne part des précédents, au studio de Rudy Van Gelder. Il vient nous rappeler que Wallace Roney est bien autre chose que l'épigone de Miles que nous inflige notre mémoire, notamment la vidéo de ce tragique concert de Montreux à l'été 1991, à quelques semaines de la mort de Miles qui avait accepté de faire, sous la direction de Quincy Jones, ce qu'il avait toujours refusé : jouer la musique de son passé, en l'occurrence les magnifiques séances avec Gil Evans. Le regard de détresse de Wallace Roney, doublure de Miles, et jouant au côté les de son génial aîné les notes que celui-ci peinait à émettre, paraissait nous dire 'pourquoi ai-je accepté de participer à cette mascarade', ce regard m'a ému jusqu'au larmes (larmes de honte et de rage) quand j'ai vu ces images sur un programme nocturne d'une télévision française.

Wallace Roney donc, par et pour lui-même, entouré de jeunes musiciens (dont son neveu, un batteur âgé de 15 ans, le fils du saxophoniste Antoine Roney), avec aussi sur trois plages le concours en invité d'un déjà vétéran, le batteur Lenny White. Répertoire composite : un standard du groupe Toto (Don't Stop Me Now, que jouait aussi Miles), une compo de Lenny White, un thème de Dave Liebman (New Breed), et des contributions du pianiste et du saxophoniste du quintette ; le leader leur a laissé la main et n'a pas apporté ses compositions. Mais il a inscrit au programme Why Should There Be Stars, un thème qu'il avait joué, en accompagnateur (avec aussi Geri Allen) dans une disque de la chanteuse Mary Stallings voici près de 15 ans (et qu'il me paraît jouer ici en pensant à The Peacocks, le chef-d'œuvre de Jimmy Rowles). La musique est profondément vivante, un peu à l'ancienne, en ce sens que l'on semble avoir privilégié l'esprit du live plus que la production sophistiquée. Tous ont voix de soliste, et le chorus du leader s'efface parfois dans les brumes du mixage (New Breed). Je ne sais pas pourquoi, mais en l'écoutant je pense parfois à Art Farmer et à Booker Little. Bref c'est un (très) bel et bon disque de jazz.

Xavier Prévost

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Le quintette sera en tournée cet automne : à Limoges le 15 novembre, à Saint-Malo le 16, et à Paris (Sunside) les 22 & 23

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Un extrait sur Soundcloud

https://soundcloud.com/highnote-savant-records/bookendz-from-blue-dawn-blue-nights

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 15:31
LES QUATRE VENTS  Perrine Mansuy, Christophe Leloil , Pierre Fenichel, Fred Pasqua

LES QUATRE VENTS

Perrine Mansuy(p), Christophe Leloil (tp et bugle), Pierre Fenichel (cb), Fred Pasqua( dms).

Label Laborie LJ56/ Socadisc

Sortie le 27 septembre.

 

Cinquante septième disque de Laborie, label découvreur de talents d’ Emile Parisien à Yaron Herman, de Paul Lay à Anne Paceo, Les quatre vents est sorti la semaine dernière, pendant le festival de l’ERMIJAZZ, au Studio de l’Ermitage (Paris 20 ème). Perrine Mansuy a déjà deux CDs à son actif avec le label limougeot, Vertigo Songs en 2011 et Rainbow Shell en 2015. Elle apparaît donc logiquement comme le fil conducteur de ce nouvel album.

Mais Les Quatre vents est aussi un collectif sudiste, créé en 2017, qui travaille avec la structure marseillaise Arts & Musiques. Normal, puisque les musiciens qui le constituent, s’ils ne sont pas tous marseillais d’origine, habitent à présent dans la cité phocéenne, et dans le même quartier, qui plus est. Le vent dont il est question pourrait-il être ce bon vieux mistral qui libère le ciel des nuages et autorise ce bleu si pur? Ou comme dans le titre du contrebassiste Pierre Fenichel, “Libeccio”, ce vent chaud, venu du sud, de Corse. Toujours la Méditerranée. Mais il n’est pas question sous les cieux de cette “mare nostrum” d’exalter le tragique mais la libre circulation du souffle (en l’occurrence, celui de Christophe Leloil, à la trompette) et des échanges animés entre ces quatre voix complices et complémentaires. Pas de leader en effet, leurs 9 compositions, de durée sensiblement égale, ont une cohérence qui puise dans une énergie  commune inspirée des éléments, l’eau, l’air, mais aussi le feu, selon leurs humeurs et tonalités.

Parti sur un tempo rapide, Christophe Leloil caracole en tête sur “Time eats up alive”, pune composition de la pianiste qui souligne la frénésie,  l’agitation inutile de notre temps...Le rythme s’adoucit avec “Kin hin”, délicieuse ballade aux cordes enveloppantes de Pierre Fenichel, arrimée par un chorus de sa contrebasse subtile, à la deuxième partie de ce qui constitue une petite suite “Prima Luce”.

Les énergies libérées se déploient dans plusieurs directions dans une musique généreusement expansionniste qui donne à chacun espace et liberté. Un jazz toujours vif avec les interventions agiles, brillantes de Christophe Leloil, qui stratosphérise volontiers de ses aigus clairs, tranchants, puissants. Même s’il est capable de pianissimos voluptueux, le trompettiste normand, Marseillais de coeur à présent, prend des chorus volontiers solaires, soutenu par le drive rebondissant, continu de Fred Pasqua qui doit décidément aimer les trompettistes puisqu’il joue aussi beaucoup avec Yoann Loustalot. C’est le seul des quatre à ne pas avoir donné (encore) de compositions au groupe mais il a su trouver sa place et se couler dans l’esprit de ces camarades de jeu.

La musique se crée dans l’instant sous leurs doigts experts: une sérénité teintée de mélancolie dans les variations de Perrine Mansuy, parfois encline à la contemplation comme dans les miroitements de sa “First Light on Muskoka”, qui traduit ses impressions d’un soleil levant sur un lac canadien. La pianiste fait entendre une voix de plus en plus affirmée, lyrique sans oublier d’être aussi percussive.

Voilà une musique de grande fluidité mélodique, se révélant pleine d’élan et d’allant jusqu’au final, une "chanson" de la pianiste “West of the Moon”(clin d’oeil au “East of the Sun, West of the Moon?”).

Une aventure collective réussie à qui l’on prédit un bel avenir, avec Laborie, “au sud du nord”, en quelque sorte…

 

Sophie Chambon

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 11:49

 

Jacky Terrasson (piano, clavier, chant), Thomas Bramerie, Géraud Portal, Sylvain Romano (basse), Ali Jackson, Gregory Hutchinson, Lukmil Perez (batterie). Recall Studio, Pompignan, 12-19 juin 2019. Blue Note-Universal.

 

Une séquence rétro pour commencer : le premier concert de Jacky Terrasson qui me revient en mémoire eut lieu en 1996 au New Morning pour les 15 ans du club fondé par Eglal Farhi, disparue ces derniers jours. Le pianiste y jouait aux côtés d’un maestro de la basse, Ray Brown.  Peu après le lauréat du prix Thelonious Monk  surprit le milieu du jazz par une version toute pacifique de La Marseillaise qui aurait du plaire à Jacques Chirac, fan de musiques militaires et de Frank Sinatra.

 

L’actualité du pianiste franco-américain, c’est la sortie de son quinzième album en leader, intitulé simplement 53, pour rappeler son âge (il les fêtera le 27 novembre prochain). Comment marquer les esprits après trois décennies sur scène ? Jacky Terrasson  est revenu à la formule classique du trio (« celle où je me sens le plus libre ») tout en proposant uniquement ses propres compositions, si ce n’est une évocation brève (moins de 90 secondes) du Requiem de Mozart (Lacrimosa).


Pour mettre tous les atouts de son côté, le pianiste a retenu trois rythmiques différentes. Au gouvernail, Jacky Terrasson mène son équipage avec une main ferme, véloce, et un lyrisme séduisant.  Un hommage de belle manière à quelques maîtres (Ahmad Jamal dans le titre d’ouverture, ‘The Call’, Keith Jarrett dans ‘Kiss Jannett for Me’),  des accents bop, funky, pop :  en seize titres bien concentrés, le pianiste transmet à chaque note une jubilation de haut vol.  La classe !

 

Jean-Louis Lemarchand

 

En concert : le 4 octobre à La Rochelle, le 30 novembre au festival Jazz au fil de l’Oise, le 7 décembre à Bordeaux et le 12 décembre au New Morning (Paris).

 

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 20:22

Jacques Chirac, Miles Davis et Frank Sinatra


S’il avait une certaine idée de la France, comme le général de Gaulle, Jacques Chirac, décédé le 25 septembre à 86 ans à Paris, n’avait jamais caché son affection pour les Etats-Unis. Le Président de la République (1995-2007) aimait à rappeler comment il avait découvert le pays de George Washington en 1953, en tant qu’étudiant à Harvard mais aussi dans différents emplois saisonniers, garçon dans un restaurant Howard Johnson à  Cambridge (Massachusets), cariste à St Louis ou encore journaliste au New Orleans Times-Picayune.  
Nul doute qu’au cours de cette année passée aux Etats-Unis le futur homme d’Etat aura découvert les musiques diverses, élément majeur de la culture américaine. Passionné des cultures du monde, et notamment des Arts Premiers auquel il consacra un musée quai Branly, amateur de poésie chinoise, Jacques Chirac eut l’occasion de témoigner de son penchant pour les musiques improvisées.  
En 1989, alors Maire de Paris, il avait organisé une réception à l’Hôtel de Ville en l’honneur de Frank Sinatra qui effectuait une tournée avec Dean Martin et Sammy Davis Junior et lui avait remis la plaque du bimillénaire de la ville de Paris. Ce jour-là, Jacques Chirac, se souvient un journaliste présent, Jean-Baptiste Tuzet, futur fondateur de Crooner radio, s’était lancé dans un discours en anglais extrêmement chaleureux et drôle avec des jeux de mots relatifs à de grands succès interprétés par l’artiste tels que «  Strangers in the Night », auxquels Frank Sinatra avait répondu par « April in Paris ».  
Cette même année, le futur chef de l’Etat avait remis la grande médaille de Vermeil de la ville de Paris à Miles Davis, nouveau témoignage du respect que portaient l’ami des américains et la ville-lumière  au prince de la trompette.
Longtemps, Jacques Chirac aura laissé croire que ses seuls centres d’intérêt personnels étaient les romans policiers, les westerns et la musique militaire. Ainsi, avait-il confié en souriant à un proche, « j’ai eu la paix pendant vingt ans sur la question de mes goûts culturels ». La vérité était tout autre.
Jean-Louis Lemarchand

 

 

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 19:07

MIGUEL ZENON : «  Sonero, the music of Ismael Rivera »
Miguel Zenón (as); Luis Perdomo (p); Hans Glawischnig (cb); Henry Cole( dms)
Miel Music 2019

Un peu décevant.
Aïe, pas sur la tête ! On a bien conscience qu’en se montrant un peu déçus par ce nouvel album de Zenon l’on risque de se mettre à dos tout le fan club du saxophoniste porto-ricain. Et de fait, s’il a les apparences d’un petit bijou qui ne manquera pas de séduire, ce nouvel album de Zenon nous lasse néanmoins un peu sur notre faim.

Bon, (re)disons le tout net : Miguel Zenon est un saxophoniste au lyrisme superlatif ! La cause est entendue. L’un des plus grands. Ce qu’il livre ici met la barre très très haut dans l’inspiration lyrique des grands saxophonistes. Il faut dire qu’il y a des sujets qui l’inspirent et semblent le porter aux tripes. C’est qu’il est toujours dans une sorte de quête identitaire Miguel Zenon et qu’il ne cesse en effet de jeter des ponts entre le jazz et ses origines portoricaines. Et ceci album après album.
Ici, c'est de la musique du chanteur-compositeur Ismael Rivera (1031-1987) dont il s'agit.
Et dans ce registre, il faut bien le dire, Zenon est un alchimiste pour transformer en jazz la musique de ses propres racines.
Avec une fougue et un souffle Parkerien, le saxophoniste fait ainsi s'envoler les volutes mélodiques dans une sorte de monologue intérieur et néanmoins passionné.
Ca brûle autant que ça caresse, ça emporte dans un flot d’émotion intérieure. Ca embrase.

Mais parce que cette quête identitaire est une affaire personnelle, Miguel Zenon en devient un poil égocentré, ne livrant pas une musique ouverte et offerte mais laissant libre cours au plaisir très intime de l'improvisation lyrique. Miguel Zenon est certes un saxophoniste parkerien mais sa mise en avant occulte parfois la force d'un groupe qui pourtant est composé de trois autres musiciens de haute volée. Et c’est ce discours intérieur qui nous place parfois dans la position de spectateur ébahis, envahis mais étranger à cette histoire distanciée.
Jean-Marc Gelin

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 10:25

S’il avait une certaine idée de la France, comme le général de Gaulle, Jacques Chirac, décédé le 25 septembre à 86 ans à Paris, n’avait jamais caché son affection pour les Etats-Unis. Le Président de la République (1995-2007) aimait à rappeler comment il avait découvert le pays de George Washington en 1953, en tant qu’étudiant à Harvard mais aussi dans différents emplois saisonniers, garçon dans un restaurant Howard Johnson à Cambridge (Massachusets), cariste à St Louis ou encore journaliste au New Orleans Times-Picayune.  

 

Nul doute qu’au cours de cette année passée aux Etats-Unis le futur homme d’Etat aura découvert les musiques diverses, élément majeur de la culture américaine. Passionné des cultures du monde, et notamment des Arts Premiers auquel il consacra un musée quai Branly, amateur de poésie chinoise, Jacques Chirac eut l’occasion de témoigner de son penchant pour les musiques improvisées.  

 

En 1989, alors Maire de Paris, il avait organisé une réception à l’Hôtel de Ville en l’honneur de Frank Sinatra qui effectuait une tournée avec Dean Martin et Sammy Davis Junior et lui avait remis la plaque du bimillénaire de la ville de Paris. Ce jour-là, Jacques Chirac, se souvient un journaliste présent, Jean-Baptiste Tuzet, futur fondateur de Crooner radio, s’était lancé dans un discours en anglais extrêmement chaleureux et drôle avec des jeux de mots relatifs à de grands succès interprétés par l’artiste tels que « Strangers in the Night », auxquels Frank Sinatra avait répondu par « April in Paris ».  

 

Cette même année, le futur chef de l’Etat avait remis la grande médaille de Vermeil de la ville de Paris à Miles Davis, nouveau témoignage du respect que portaient l’ami des américains et la ville-lumière au prince de la trompette.

 

Longtemps, Jacques Chirac aura laissé croire que ses seuls centres d’intérêt personnels étaient les romans policiers, les westerns et la musique militaire. Ainsi, avait-il confié en souriant à un proche, « j’ai eu la paix pendant vingt ans sur la question de mes goûts culturels ». La vérité était tout autre.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 16:52

Rien ne prédestinait Eglal Farhi, disparue le 25 septembre à Neuilly à 97 ans (8 avril 1922/25 septembre 2019), à fonder à Paris un club de jazz , le New Morning,  qui allait devenir l’un des lieux mythiques des amateurs de la note bleue, au même titre que le Village Vanguard de New York ou le Blue Note de Tokyo.

 

L’ancienne élève de l’école des Dames du Sacré-Cœur du Caire avait dépassé le demi-siècle quand elle ouvre le 16 avril 1981, avec Art Blakey et les Jazz Messengers comprenant les frères Marsalis (Wynton, trompette, et Branford, saxophone ténor),  un club* dans un lieu tout à fait inhabituel, une ancienne imprimerie du Parisien Libéré au 7-9  rue des Petites Ecuries, à proximité de la Gare de l’Est.

 

 

Fan de jazz dans sa jeunesse, Eglal Farhi, qui écoutait dans la maison familiale au Caire Fletcher Henderson et Count Basie, avait décidé d’endosser le costume de chef d’entreprise et de prendre le relais de ses beaux-fils (Daniel et Alain) qui avaient rencontré quelques difficultés financières dans la gestion de leur club à Genève , dénommé déjà le New Morning, allusion à une chanson de Bob Dylan.

 

Tout le gotha du jazz est passé sur la scène du New Morning :  Stan Getz, Dizzy Gillespie, Dexter Gordon, Milt Jackson, Jim Hall, Elvin Jones, Art Blakey à plusieurs reprises et notamment pour ses 70 ans en 1989, Archie Shepp, Freddie Hubbard, Michel Petrucciani (la première fois à 18 ans), Nina Simone, Martial Solal, Michel Portal, Brad Mehldau, Joshua Redman… Le préféré d’Eglal Farhi restera Chet Baker : « un visage mélancolique, James Dean en plus beau, un fabuleux trompettiste qui me touchait beaucoup et a toujours tenu ses engagements même après avoir atteint dans l’après-midi un coma de stade 2 ».

 

 

Eglal Farhi nous confiait à la fin des années 90 « marcher au feeling » et « détester les ayatollahs » dans la musique.  « Le public jazz-jazz ne suffisait pas. Nous avons ouvert la scène à toutes les musiques afro-américaines », témoignait en 1996 Mme Farhi, une des rares femmes à tenir un club de jazz. « Chaque soir, c’est un coup de poker financier…. Et il m’arrive de perdre », ajoutait-elle, comme ce soir où un flutiste français (dont elle taira le nom) « fit » une dizaine de spectateurs.

 

La fondatrice du New Morning n’éprouvait qu’un seul regret : Miles Davis ne s’est jamais produit face au public exigeant de la rue des Petites Ecuries. Une consolation pour Eglal Farhi, le prince de la trompette a signé le livre d’or de l’établissement après y avoir tourné, acteur, l’année de sa mort (1991) quelques scènes du film Dingo dont il composa la musique avec Michel Legrand.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Depuis 2010, sa fille Catherine lui a succédé à la direction du club.

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 08:06

 

 

John Coltrane, saxophone ténor, McCoy Tyner, piano, Jimmy Garrison, basse et Elvin Jones, batterie. Van Gelder Studios. Englewood Cliffs. NJ. 24 juin 1964.

 

Tout amateur de Coltrane sait que l’année 1964 fut historique dans la carrière du saxophoniste. Celle qui vit l’enregistrement de Crescent le 25 avril (« l’album le plus lyrique et apaisé » de Trane, selon Nicolas Fily, in ‘John Coltrane, The Wise One’. Editions Le Mot et le Reste. 2019) et de Love Supreme, le plus gros succès du saxophoniste (600.000 copies vendues à ce jour) le 9 décembre.

 

Ayant échappé à la plupart des exégètes, une séance est restée dans les studios de Rudy Van Gelder, celle du 24 juin au cours de laquelle le quartette majeur de Trane enregistra pour la musique d’un film du réalisateur canadien Gilles Groulx, ‘Le Chat dans le Sac’.


55 ans après, Impulse sort l’intégrale (37 minutes) de cette séance dont 10 minutes seulement avaient été utilisées dans ce film visible aujourd’hui sur YouTube. L’intérêt est indéniable même si les thèmes joués figurent parmi les classiques de Coltrane tels Naima (2 prises présentées) ou Village Blues (3 prises) et que l’enregistrement n’atteint pas la qualité habituelle du maître Van Gelder.
Le quartette de Trane était bien à son sommet, après trois années de coopération fructueuse et studieuse.

Une demi-heure de plaisir intense, marqué par la sérénité de l’ex ténor en colère.

 

Jean-Louis Lemarchand
   

 

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 10:06

James McBride. Traduit de l’américain par François Happe. Editions Gallmeister. Octobre 2019. 336 pages. La version grand format était sortie chez le même éditeur en mai 2017). En librairie le 3 octobre.

 

 

Récit de la vie de James Brown, sérieusement documenté, Mets le feu et tire-toi (titre original ‘Kill’em and leave : Searching for James Brown and the American Soul’), est désormais disponible en version de poche.

 

Sorti en France au printemps 2017 (et chroniqué alors dans les DNJ), le livre de James McBride s’est vendu, selon l’éditeur, Gallmeister, à 3500 exemplaires. Un beau score mérité. L’auteur, devenu célèbre avec son premier livre, La couleur de l’eau (1995), une autobiographie, connaît bien le milieu de la musique, ayant joué du saxophone auprès du chanteur-culte Little Jimmy Scott et continue toujours à donner des concerts avec son groupe de gospel, Good Lord Bird Band.

 

McBride s’est livré à une enquête dans le Sud profond qui vit naître « le parrain de la soul » en 1933 à BarnwellIl (Caroline du Sud) et mourir le 25 décembre 2006 à Atlanta (Géorgie). 

Loin des biographies chronologiques classiques émaillées de potins et ragots, l’ouvrage du romancier new-yorkais tire sa force de la mise en situation de la vie et de la carrière du chanteur dans un environnement politique et social marqué par la ségrégation. 

Engagé dans la lutte pour les droits civiques et la cause de ses « frères », artiste exigeant au plus haut degré, James Brown, le chanteur-star (plus de deux cent millions de disques vendus en quarante-cinq ans de carrière, des succès inoxydables  tels que Please, Please, Please, Papa’s Got a Brand New Bag, Say it Loud, I’m Black and I’m Proud), n’avait comme seul objectif que de « casser la baraque ». Sa philosophie tenait en quelques mots : « Mets le feu et tire-toi ». En pratique, James Brown déclenchait la transe et refusant tout after, rentrait à la maison (ou à défaut à l’hôtel), illico, aussitôt le rideau baissé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 10:41

DAL SASSO BIG BAND : «  The Palmer suite »
Jazz & People 2019
Julien Alour ( tp, fgh), Joël Chausse ( tp, fgh), Quentin Ghomari (tp, fgh), Jerru Edwards (tb), Denis Leloup (tb), Bastine Stil (tuba), Dominique Mandin (as, fl), Sophie Alour (ts, cl, fl), David El-Malek (ts), Thomas Savy (ts, clb), Christophe Dal Sasso (fl, dir), Pierre DeBethmann (p), Manuel Marchès (cb), Karl Jannuska (dms)


Une suite riche que signe-là Christophe Dal Sasso. Un peu ampoulée parfois tant les revirements rythmiques et harmoniques sont nombreux, foisonnants et qui nous perdent de temps en temps, en mal de lignes conductrices. La musique évolue entre classicisme à la Française ( on pense aux frères Belmondo dont Dal Sasso est très proche) et les grandes suites du jazz (Ellington ou Marsalis).
Sauf que la ligne mélodique se perd au milieu des méandres harmoniques. Et le swing peine sur plusieurs titres à trouver sa place. Mais il s’agit d’un all-stars et les solistes sont là, hyper concentrés et font le job peut être impressionnés par l'environnement majestueux de Château Palmer, le célèbre domaine viticole du Bordelais qui s'est fait une tradition de marier le jazz et le vin depuis quelques années.
Le travail est néanmoins remarquable. Un vrai travail d'assemblage pareil à celui des vignerons amoureux de leur art. Et il y a ce temps de « jazzification » qui ne se donne pas à ceux qui boivent leur vin d'une traite mais à ceux qui prennent le temps d'en savourer les couleurs, les arômes et des goûts. Et c'est lorsqu'il évoque le Plus Grand des Domaines que Dal Sasso met des bulles dans son vin et  le transforme  (sacrilège chez Palmer).....en champagne pétillant.
Avec Dal Sasso pas de jazz linéaire et prévisible. Il fait de l'assemblage et y mêle pas mal de références du jazz orchestral : Duke, Thad Jones voire même Schiffrin parfois. Velouté souvent, tanique parfois il se déguste comme le vin. A ceux qui savent découvrir qu'après l'attaque c'est une explosion de saveurs et d'arômes pour qui prend le temps, non pas de boire mais de déguster. Les saveurs se juxtaposent en contrepoints et la jambe est souvent longue lorsque les lignes s'etirent (Une transition douloureuse). Il y a quelques notes épicées portées par des solistes au sommet comme ce morceau de bravoure à la clarinette basse ( Thomas Savy) sur La saga des feres Pereire.
Et le tout relevé par quelques épices et un drumming incroyable et haut en couleurs de Karl Jannuska.
« The Palmer Suite » raconte l’histoire de ce domaine Bordelais et fait de cet album un grand cru dans l’oeuvre de Dal Sasso.
Jean-Marc Gelin

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