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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 08:15
NICOLAS FILY JOHN COLTRANE THE WISE ONE

NICOLAS FILY

JOHN COLTRANE

THE WISE ONE

LE MOT ET LE RESTE

https://lemotetlereste.com/musiques/

 

 

On croyait que tout avait été dit, écrit sur John Coltrane mais le saxophoniste, plus de cinquante après sa disparition, le 17Juillet 1967, continue à inspirer musiciens, poètes, écrivains. Dans Le Réveil culturel sur France Culture, l’émission matinale de Tewfik Hakem, Nicolas Fily évoquait sa fascination pour le saxophoniste, l’homme autant que sa musique, découverte en écoutant du hip hop et en écoutant les diverses formations de Miles. Passionné de musiques plurielles, Nicolas Fily, né en 1983, a mis à profit ses compétences de disquaire et de critique pour parcourir et commenter les étapes marquantes de l’ évolution coltranienne. Il analyse avec sérieux les avancées du saxophoniste, le style, sans omettre la part de l'ombre, des addictions, sans réduire la dimension excessive de la vie et des albums. 

John Coltrane The Wise One, son premier livre est une somme sur la vie et la musique de cette légende du jazz du XXème siècle, virtuose et révolutionnaire. Il paraît chez l’excellente maison Le Mot et Le Reste qui cultive un éclectisme de bon aloi, à en juger par son catalogue qui ne s’arrête d’ailleurs pas à la musique. 

Son travail de recherches s’appuie sur une bibliographie sérieuse, une discographie sélective mais précise. Ce qui n’est pas l’un des moindres avantages du livre. Il précise et on le croit sans peine que tous ces auteurs et chercheurs lui ont évité des années supplémentaires de défrichage des terres coltraniennes. Coltrane qui mourut jeune n’a jamais cessé, en effet, dans sa quête insatiable de sens, de travailler, d’enregistrer, de créer. Il a mené une vie d’ascète dont le caractère mystique se retrouve dans sa musique. La minutieuse entreprise de Gily ne sépare pas la vie de la musique, qui vont très bien ensemble, une vie racontée par le double prisme mystique et artistique. Tous ceux qui ont approché Coltrane ont vanté l’humilité et la sincérité de son engagement, la profonde humanité du personnage.

Voilà une introduction bienvenue pour qui veut s’immerger dans cette oeuvre phénoménale mais aussi une synthèse pour les amateurs plus éclairés qui sauront se retrouver dans une production pléthorique que le livre met en valeur au moyen de sobres vignettes en noir et blanc, conformes à la charte graphique de la maison d’éditions marseillaise. Avec une attention particulière au travail des pochettes, les photographies et  fameuses "liner notes".

Le livre est d’une grande lisibilité, découpé chronologiquement en six périodes ( D’où viens tu John Coltrane?, Becoming a leader, Cap sur ATLANTIC, IMPULSE! ACTE I, Le souffle épique, Something else!Epilogue) elles mêmes fragmentées en mini chapitres aux titres judicieux. L’architecture du livre tourne autour des trois labels majeurs du musicien devenu leader, Prestige, Atlantic et Impulse.

Les années de formation montrent un Coltrane influençable qui se nourrit de rencontres, et même s’il se perfectionne aux côtés de Dizzy Gillespie, avec lequel il grave ses premiers solos de sax ténor, “il n’a pas encore de personnalité propre”. Le tournant, il le vivra avec le premier quintet de Miles Davis et surtout avec T.S Monk, au Five Spots de New York : il délaisse le vibrato et use de la vitesse à l’état pur avec ces rafales de notes en grappes, “sheets of sounds” selon Ira Gitler, critique à Downbeat.

Soultrane signé sur Prestige marque la première grande révolution coltranienne en 1958 et annonce l’ émancipation de la période Atlantic. Il faudra d’abord en passer par le retour chez Miles, le nouveau sextet et les deux séances pour écrire l’histoire de Kind of Blue (1959).Une fois constitué son quartet de rêve, suivront les albums mythiques où Coltrane développe ses concepts harmoniques de Giant Steps à Ole sans oublier My Favorite Things avec ce thème éponyme, véritable signature, dont l’impact, dû à cet allongement démesuré de la sensation du temps, fut considérable. 

Coltrane continue chez Impulse sa révolution du rythme et de la musique modale se concentrant sur l’expérimentation et son cheminement intérieur. Il explore différents mondes sonores propres à l’avant garde. Cette recherche formelle, cette ouverture vers de nouvelles sonorités chromatiques, en relation avec une quête spirituelle, mystique le conduira très loin d’Elvin Jones et McCoy Tyner qui quittent le groupe en 1965, car ils ne peuvent plus le suivre dans les espaces interstellaires du free jazz. A Love Supreme, le plus célèbre de ses albums, l’un des premiers concept albums du jazz, sort en janvier 1965 : “utopie créative”, ce sera un événement sur la planète jazz. L’aventure continue les dernières années d’ Ascension, suivant les concepts de la New Thing jusqu’à Om, le premier disque de jazz psychédélique, qui “franchit la frontière entre audace et omettincompréhension”.

Aucune partie de l’oeuvre n’est laissée de côté et chaque période a son intérêt : de la construction à l' épanouissement et à la maturité, le style du musicien n’a cessé d’évoluer. Rien ne put altérer son ineffable douceur, la fermeté de son caractère, sa détermination. Coltrane était un travailleur acharné, doté d’une exigence absolue, possédé par la musique plus encore que par la religion, obsessionnel jusqu’à son dernier souffle, hanté par le sens de sa recherche, passionnément ancré à ses saxophones et à sa quête spirituelle. Sa soif de jouer fut sa dernière addiction. Son influence est considérable sur des générations de saxophonistes.

Nicolas Fily arrive à rendre l’amour qu’il éprouve pour cette figure unique de musicien qui sut en donner beaucoup au monde. Et selon la belle formule de Santana qui rendit hommage à Coltrane dans son album Love, Devotion, Surrender, en 1973, avec John McLaughlin: “Certains jouent du jazz, d’autres du reggae ou du blues, Coltrane jouait la vie.


 

Sophie Chambon

 

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 07:53

Denis Colin (clarinettes basse & contralto), Pablo Cueco (zarb), Simon Drappier (arpeggione), Julien Omé (guitare)

Bois-Colombes, 10-12 décembre 2018

Faubourg du Monde TAC 026 / Socadisc

 

Atypique assurément : ce gang de francs-tireurs associe deux presque vétérans des musiques aventureuses, et deux quadragénaires l'un et l'autre portés sur les musiques hétérodoxes. Joyeux mélange, plein de surprises, qui en dépit du nom de groupe suggérant des pères tranquilles n'exclut pas vigueur et incartades détonantes. Le discours d'escorte de cette musique suggère discrètement l'appellation Psychedelic Folk Jazz. C'est plutôt bien vu, car on y trouve les textures du folk, entre douceur de soie et rudesse du lin ; et puis les dérives (extra) sensorielles de la musique psychédélique, et bien sûr cette liberté frondeuse du jazz. Entre la mélancolie de Chevaliers, le caractère véhément de La Chasse, et le lancinement chromatique de Hommage au désert, un point commun (valable d'ailleurs pour toutes le plages) : authenticité du son, sans fioritures, mais d'une grande finesse ; subtilité du cheminement mélodique ; expressivité virtuose et trompeuse simplicité du propos. Bref une forme d'exemplarité artistique : évidence et mystère, indissociablement liés. Superbe.

Xavier Prévost

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En concert le 9 mai 2019 à Paris au Studio de l'Ermitage

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Un avant-ouïr en suivant le lien ci-dessous

https://www.faubourgdumonde.com/portfolio/quiet-men/

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 01:16

Patrick Artero (trompette), David Blenkhorn (guitare), Sébastien Girardot (contrebasse), Guillaume Nouaux (batterie), Don Vappie (vocal). Studio Music Unit (Montreuil) 29-31 janvier 2019. Camille Productions/ Socadisc.

Un trompettiste se retourne sur son passé. Tel pourrait s’intituler le dernier album de Patrick Artero. Après un demi-siècle à arpenter scènes et studios, le jazzman salue onze confrères qui ont « balisé son parcours ». Des trompettistes qui « me font rêver, transpirer, enfiévrer, douter mais qui m’invitent à ne jamais renoncer ».

Ils appartiennent tous à l’époque classique, antérieure au be-bop : King Oliver, Bunk Johnson, Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Roy Eldridge, Rex Stewart, Cootie Williams, Red Allen, Buck Clayton, Joe Newman, Tommy Ladnier. Cet hommage proposé par le producteur indépendant Michel Stochitch (auquel on doit des albums de Pierre Christophe, Philippe Milanta, et le tout récent Bean Soup, coup de chapeau à Coleman Hawkins par Michel Bescont et Michel Bonnet),  prend un aspect particulier : Patrick Artero a eu l’idée d’insérer entre chaque titre des courts extraits de poèmes de Langston Hughes, une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance des années 20.

L’auditeur effectue ainsi un retour aux sources de la musique afro-américaine. De la Nouvelle Orléans avec ses influences caribéennes et même irlandaises à New York et l’atmosphère du Cotton Club. 

La sobriété qui ne cache pas l’émotion caractérise le jeu de Patrick Artero, qualités qui habitaient déjà son hommage à Bix Beiderbecke (2 Bix or Not Too Bix. Nocturne. 2005). Le guitariste David Blenkhorn lui donne la réplique, deuxième voix alerte du quartet avec basse et batterie. Panorama de la trompette jazz classique, 'Family Portrait' fait souffler un vent de fraîcheur printanier salutaire.


Jean-Louis Lemarchand


Patrick Artero sera au Caveau de la Huchette (75005) du 14 au 16 mai avec son Swing band.

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 15:24
JACQUES PONZIO  MONK ENCORE

JACQUES PONZIO MONK ENCORE

EDITIONS LENKA LENTE

Avec une préface de Thieri Foulc

www.lenkalente.com

www.lenkalente.com/product/monk-encore-de-jacques-ponzio

Encore un livre sur Monk?

Jacques PONZIO persiste et signe un nouvel ouvrage sur Monk aux éditions LENKA LENTE, après son Abécédaire The ABC-Thelonius Monk- ABC dans la même collection, en 2017. Ce sera Monk encore. Chez ce neurologue de formation, devenu psychanalyste, pianiste et leader de l’African Express trio, Monk est une passion, une obsession. Découvert dans les années 60, il suit le pianiste dans une quête quasi existentielle et un travail d'écriture dont une première étape fondatrice sera l’ouvrage Blue Monk co-écrit avec François Postif, publié chez Actes Sud en 1995. Comme le suggère l’un des amis, Jean Merlin,dans une savoureuse contribution, s’il était américain, PONZIO passerait pour le spécialiste mondial de T.S.Monk. Tant il est vrai qu’il n’en finit pas de creuser le même sillon, de tourner dans sa tête certaines interrogations sur le mystère, le génie musical de T.S.MONK, sa vie, sa supposée folie. En fin limier, il trouve de nouvelles pistes, des indices qui justifient ses recherches, renforcent ses intuitions, son ressenti. Qui peut mentir bien sûr, mais le lecteur n’en a que faire, au fond, il suit ou pas, les méandres de cette analyse jusqu’à la conclusion. Certainement pas né fou, Thelonius Monk a mené une existence dont certaines circonstances ont entraîné des comportements que l’on a pu taxer de folie. Le projet de l’auteur est de préciser voire de contrarier ces affirmations.

En véritable monkien, Jacques Ponzio commence par revenir sur la musique extra-ordinaire du pianiste en analysant les compositions “Chordially”, Rhythm-a-ning”, après l’incontournable“Round Midnight”, tentant une fois encore de passer au crible musicologique les concepts de rythmes, harmonies et mélodies. Monk a souvent ravi les néophytes tant il est spectaculaire à voir, si ce n’est à entendre, bouleversant les codes au sein du be bop, pourtant révolutionnaire. Il fait, aujourd’hui du moins, l’unanimité au sein des jazzmen, de nombreux jeunes musiciens reprenant ses compositions, devenues des standards. Il est une icône dont la vie est romanesque, énigmatique de ses silences jusqu’à sa relation étrange avec sa bienfaitrice, la baronne Nica de Koenigswarter.

Et pour le plus grand plaisir de l’auteur de ce livre, Monk qui aurait eu cent ans en octobre 2017, lâche encore des trésors, vu les récentes parutions d’inédits du festival de Newport ou de sa B.O des Liaisons dangereuses de Vadim. On peut avoir l’impression que tout a déjà été dit, écrit, depuis Yves Buin, psychiatre, critique de jazz et spécialiste de biographies. Ponzio lui n’est jamais allé voir ailleurs. Il apprécie R.D.G. Kelley, Thelonius Monk, The Life and Times of an American Original, Free Press, 2009 et n’oublie pas l’autre auteur français sur Monk, le pianiste Laurent de Wilde, mais pour citer l’une de ses considérations :  "Oui, fou. Monk est fou”. Ce qui, en fait, ne lui plaît pas tant que ça, puisque  son sujet est de s’interroger sur la prétendue déviance du pianiste. Si Monk est constamment "limite", son attitude prêtant à des jugements rapides, on voit comment le moindre “détail” peut se renverser dans la démonstration ponzienne : des bagues qui contrarieraient son jeu pianistique, photo à l'appui, le comparant à la figure extravagante de Liberace à sa collection de chapeaux (délicieuses dernières pages sur ce singulier Mad Hatter). Le lecteur se régalera aux découvertes de ce Sherlock “addict” à son sujet de recherche. On apprécie ainsi certains rapprochements qui ajoutent à l’histoire de la musique noire ou de la ségrégation. Le titre de “ Round Midnight” serait ainsi inspiré de la composition de Cab Calloway au Cotton Club “Long about midnight”, intégrant Monk dans une lignée. De même, la formidable pochette de Solo Monk,CBS 1965, qui représente le pianiste en aviateur, est une référence directe au saxophoniste et chef d’orchestre Jimmy Lunceford, Takin’off with Jimmie. Et l’on apprend qu’il a existé une escadrille de pilotes noirs, Tuskegee experiment, que Lena Horne, militante de la cause noire, soutenait. La très célèbre pochette d’Underground, son dernier album pour Columbia, en 1968, où Monk pose en activiste FFI n’est pas non plus une lubie, une excentricité de plus. Ce qu’il faisait ou décidait provenait ainsi d’un cheminement intérieur très pertinent, incompréhensible peut-être mais logique à sa façon.

Le livre, petit mais dense, se présente sous forme de courts chapitres aux titres soignés, souvent ludiques, agrémentés d’interludes photographiques, d’interventions de copains, tous amateurs éclairés de Monk. Ces fragments s’appuient sur une réflexion ressassée certes mais toujours augmentée de véritables trouvailles, puisées souvent sur internet. A cet égard, les notes de lecture fournissent ainsi une sitographie originale et transdisciplinaire ( comme par exemple, le rapprochement avec l’architecte Mies van der Rohe, l’auteur du fameux “Less is more”, formule qui s’applique au style du pianiste).

Ainsi Jacques Ponzio livre un portrait des plus attentifs du pianiste dont chacun de ses livres apporte une nouvelle pièce, complètant le puzzle, l’image de l’”eremite”.

Sophie Chambon

 

 

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 11:07
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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 11:03

JOSHUA REDMAN Quartet  : «  Come what may »
Nonesuch records 2019
Joshua Redman (ts), Aaron Goldberg (p), Reuben Rogers (cb), Gregory Hutchinson (dms), Aaron Goldberg (p)


Joshua Redman est une sorte de magicien du son. Un maître ciseleur.
Joshua Redman est de retour. Au coeur du son qui porte sa marque. Celle qui, dans un autre format avait fait les grands heures de l’Elastic Band et que l’on avait un peu perdu ces derniers temps.
Qu’on se le dise.
En revenant à un quartet  qui se connait depuis quelques décennies, le saxophoniste qui a entre temps multiplié des expériences multiples et variées atteint ici le nirvana de la plénitude dans la maîtrise de son art. Au sommet. Et cela en revenant à ses fondamentaux. Cette forme d'agilité et de plasticité qui, sur des compositions magnifiques s'attache à la légèreté et à l’élégance.
Ces quatre-là font dans le ciselage fin du son dont ils dessinent ensemble les contours. Tels des funambules en suspension au dessus du sol. Magic is in the air.
Il faut dire que si cette formation n’avait plus enregistré depuis ensemble depuis près de 20 ans ( sans toutefois ne s’être jamais perdus de vue), leur retrouvailles sonne comme une royale évidence. Comme la continuité d’un fil d’Ariane jamais rompu.
Et dans ces retrouvailles placées sous le signe d’une forme de zenitude, ils s’y montrent les maîtres du cool. « The shape of cool to com", pourrait on dire.
Le saxophoniste y signe l’intégralité des compositions entre blues, médium funk et ballades renversantes.
Avec Joshua Redman tout y est question de flow. Comme coulant de source. Maître du son, le saxophoniste semble plus relax que jamais, plus détendu et agile dans les sinuosités, avec une façon de dompter l’expression de la musique qui n’appartient qu’à lui.
Il n’y a plus qu’à se laisser porter par le courant.
Et tout va bien.
Jean-Marc Gelin

 

 

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 15:06

Julien Favreuille (saxophone ténor), Christophe Motury (bugle), Stefan Orins (piano)

Attiches (Nord), 31 mai-1er juin 2018

Circum-Disc DIDI 1901 / www.circum-disc.com & Les Allumés du Jazz

 

Des nouvelles du Nord, avec ce groupe qui rassemble trois musiciens très actifs dans le haut des Hauts-de-France. Plaisir de retrouver Julien Favreuille, un peu perdu de vue par votre serviteur depuis les groupes Happy House (Olivier Benoit, Nicolas Mahieux, Jean-Luc Landsweerdt), Circum Grand Orchestra et autres aventures septentrionales. Plaisir aussi de réentendre le pianiste Stefan Orins, écouté plus récemment en trio ( http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/stefan-orins-the-middle-way.html ), et Christophe Motury, repéré dans le Quartet Base.

La musique, composée par le pianiste, est d'une tonalité générale plutôt mélancolique, mélancolie chaleureuse et habitée. Le titre de l'album signifie en suédois (la langue familiale de Stefan Orins) 'À mes amis', et c'est bien de cela qu'il s'agit, la célébration d'une longue amitié musicale. Harmoniquement les lignes sont tendues, complexes, et donc jouissives. Chaque instrument donne la sonorité la plus 'vraie' ou 'naturelle', même si aucun des deux adjectifs ne rend justice au sens profond de ce qui émane de cette musique : la musique est un artefact et une production culturelle, donc 'vérité' et 'naturel' sont impropres. Ce que j'essaie de dire, ou plutôt ce que j'entends par là, c'est que nous sommes loin du souci d'ostentation, de performance (et pourtant cette musique est très élaborée) ; seulement semble-t-il le souci d'être là et de fairedelamusiqueensemble : quoi de plus beau ?

Xavier Prévost

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En concert à La Malterie de Lille le 8 mai 2019

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Infos et extrait

https://www.circum-disc.com/favreuille-motury-orins-till-mina-vanner/

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1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 08:37

(Paru le 15 avril).

 

Les amateurs du petit écran l’ont découverte récemment dans la série à succès consacrée au monde du cinéma, Dix pour cent, où elle incarne un agent d’artiste plein de gouaille et de bon sens, Arlette, toujours flanquée d’un petit chien dénommé Jean Gabin. Mais le milieu parisien du jazz connait, depuis les années 50, Liliane Cukier bien avant qu’elle ne prenne le nom de son mari, le bassiste Gilbert Rovere, dit Bibi.

 

 

Actrice débutante, Liliane, née à Paris en 1933 dans une famille de juifs polonais émigrés, fréquentait assidûment les clubs de Saint Germain des Prés jusqu’au bout de la nuit. Atteinte du virus du jazz, la jeune Liliane va également vivre intensément sa passion à New-York où elle tombe sous le charme de Chet Baker en 1955. Coup de foudre réciproque et aventure américaine d’une bonne année sur la route en voiture de sport (comme on disait alors) pour la tournée des salles de concerts et les visites au domicile californien des parents du trompettiste à la gueule d’ange.

 

A son retour à Paris, ce sera la rencontre avec Bibi Rovere, (« une passion qui nous donna plus de tourments que de bonheur ») puis avec Dexter Gordon (« séduisant, intelligent, cultivé ») qu’elle retrouvera bien plus tard (1985) sur le tournage d’Autour de Minuit de Bertrand Tavernier (elle dans le rôle d’Itla, l’épouse du patron du club le Blue Note, Ben Benjamin,  et Dexter dans celui de Bud Powell).

 

Si le théâtre et le cinéma vont dès lors occuper l’essentiel de la vie professionnelle de Liliane Rovere, elle n’oubliera jamais ses amis du monde du jazz, parmi lesquels Maurice Cullaz, président de l’Académie du Jazz (« un homme court et large, cubique, avec des yeux pétillants, une mine gourmande… à lui seul une institution »). C’est d’ailleurs dans un club de la Rue Saint Benoît (Chez Papa), au cœur de St Germain, que Liliane Rovere fêta le 15 avril dernier la sortie de son autobiographie sur des airs de jazz.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Liliane Rovere. La folle vie de Lili. Editions Robert Laffont.310 pages. 20 euros. Avril 2019.

 

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 13:06

Marc Ducret (guitares, composition), Léa Trommenschlager (soprane), Rodrigo Ferreira (contreténor), Sylvain Bardiau (trompette, bugle), Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Régis Huby (violon, violon ténor), Liudas Mockunas (saxophones, clarinette contrebasse), Samuel Blaser (trombone), Bruno Ducret (violoncelle), Joachim Florent (contrebasse, guitare basse), Sylvain Darrifourcq (batterie, percussions)

Villetaneuse, octobre 2018

[Illusions] ILL 313010 / l'autre distribution

 

Produit par Marc Ducret et l'Association Seven Songs, avec le concours de Stéphane Berland et Philippe Ghielmetti, ce disque est l'aboutissement d'une aventure musicale qui avait commencé en janvier 2017 par une résidence de création au Sax d'Achères, puis des concerts à la Dynamo de Pantin, au Petit Faucheux de Tours et à l'Opéra de Lille. La version phonographique s'est étoffée puisque la nomenclature est passée de 8 à 11 interprètes. Le disque était prévu pour parution sous le label de Stéphane Berland qui a publié, de Marc Ducret, les cinq volumes de «Tower», ainsi que «Métatonal». Mais Stéphane a renoncé à toute nouvelle parution sous son label Ayler Records (dont il continue cependant de diffuser les références existantes), et c'est son ami Philippe Ghielmetti qui prend le relais sous étiquette [Illusions], où il avait accueilli naguère «Le Sens de la Marche» du même Marc Ducret. Bref la parution de ce disque doit beaucoup à l'engagement esthétique, artistique et donc, d'une certaine manière, politique, de tous ces acteurs.

Lady M de Marc Ducret est une œuvre magnifiquement hybride et inclassable, surgie de l'imagination d'un poète du son et du texte, qui a montré au fil des ans son goût de l'évocation (pas l'illustration !) de l'objet littéraire (je devrais peut-être écrire du fait littéraire) : Robbe-Grillet et Michaux naguère, puis Nabokov pour «Le Sens de la Marche», et surtout le monumental pentaptyque (ou la monumentale pentalogie) «Tower». Le guitariste-compositeur-improvisateur (je ne sais lequel de ces trois mots mettre en tête de liste, et quel est l'ordre pertinent) nous convie à scruter «le nom des mots» comme on dit chez Molière (Les Femmes savantes, II, 6). Et la meilleure manière, c'est peut-être la musique. Dans une grande forme parfaitement maîtrisée, mais qui cependant laisse libre cours à chacun(e) des solistes pour dire sa part d'autonomie, Marc Ducret révèle des moments du texte de Lady Macbeth dans le Macbeth de Shakespeare. Voix de contreténor, puis voix de soprane, et dans la troisième partie les deux mêlées, inscrites dans un déroulement de moments instrumentaux écrits ou improvisés, c'est un jeu permanent entre texte et musique, souvent (mais pas toujours) dans un rapport de tension entre prosodie du texte et phrasé musical. Tous les langages musicaux paraissent avoir ici droit de cité, d'une bribe de musique écossaise (Macbeth fut un roi d'Écosse moins éphémère dans la réalité historique que chez Shakespeare) à tous les éclats de la musique d'aujourd'hui en passant par le jazz et le rock. L'expressivité des voix fait écho à celle des instruments, dans une sorte de ballet virtuose qui tutoie le sublime, expressivité servie par une prise de son (Céline Grangey) qui magnifie le propos. Les mots me manquent, et le goût de détailler chaque séquence en géomètre me fait défaut. Alors précipitez-vous vers cette œuvre majeure, et comme moi (à l'écoute d'un concert en 2017, et aujourd'hui à l'audition de ce disque) succombez à sa puissance esthétique !

Xavier Prévost

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Le concert de sortie de disque aura lieu le samedi 4 mai 2019 à Paris au Pan Piper. L'œuvre sera également donnée le 21 septembre à Marseille au festival 'Les Émouvantes', et le 7 décembre à Paris, Maison de Radio France, dans la série 'Jazz sur le Vif'

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Sur Youtube, extraits des séances d'enregistrement

https://www.youtube.com/watch?v=QaEDZurPrt4&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=2UL98M3T2cQ&list=RDQaEDZurPrt4&index=2

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 10:11

Jean-Christophe Cholet (piano), Matthieu Michel (trompette, bugle)

Invités : Didier Ithursarry (accordéon), Heiri Känzig (contrebasse), Ramon Lopez (batterie)

Ludwigsburg, 22-23 août 2018

Neuklang NCD 4209/ Pias

 

Après «Benji» (1998) et «Whispers» (2016), encore en duo avec extension : duo exceptionnel, qui associe le pianiste Jean-Christophe Cholet et le trompettiste-bugliste Matthieu Michel, deux fortes personnalités musicales qui ont en commun, entre autres choses, d'avoir collaboré avec Mathias Rüegg, le magicien du Vienna Art Orchestra. Et pour les extensions ce sont, sur une grande partie des plages, les apports inspirés de trois personnalités musicalement denses : Didier Ithurssary, Heiri Känzig et Ramon Lopez. Le pianiste et le trompettiste signent une bonne part du répertoire, empreint d'une certaine mélancolie, mélancolie profonde, exempte des clichés dont la musique nous gratifie parfois dans ce choix d'atmosphère. C'est sensible dès la première plage, où sur un ostinato de piano, tabla et basse (puis accordéon), le bugle nous saisit pour nous entraîner loin, du côté de l'imaginaire et de l'émoi, avec un thème aux accents balkaniques signé Matthieu Michel. Le thème suivant va chercher ailleurs sa source, du côté des rêveries de la gemmologie. Au fil des plages c'est un voyage tout en nuances, où le temps prend son temps, même sur tempo medium fast, comme pour nous dire que la musique requiert cet étirement bienveillant de la durée, pour permettre à la beauté de s'installer. Il suffit de se laisser porter, et même de s'abandonner. Après un échange en duo entre piano et batterie, un thème véhément du trompettiste fait émerger des obsessions rythmiques qui, au delà du jazz, convoquent le souvenir de Bartók ou Stravinski. Et le voyage revient en douceur avec une composition du bassiste (encore une connexion commune avec le Vienna Art Orchestra....), en duo. Je vous laisse poursuivre la découverte, car ce disque mérite vraiment le détour, et mes vaines tentatives pour en révéler la substance ne valent pas une écoute personnelle, alors précipitez-vous !

Xavier Prévost

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Le duo se produira le 2 mai à Lyon au Jazz Club Bémol 5, et le 22 juin à l'Abbaye de Noirlac (Cher)

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