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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 18:25
SYLVAIN FANET    PHILIP GLASS  ACCORDS & DESACCORDS

SYLVAIN FANET

PHILIP GLASS  ACCORDS & DESACCORDS

 

LE MOT ET LE RESTE

lemotetlereste.com

 

 

Il existe un mystère Glass…

Ce sont les premiers mots du livre passionnant (aux éditions marseillaises qu'on ne présente plus du Mot et du Reste) de Sylvain Fanet qui s’est attelé à découvrir la part d’ombre de ce créateur touche-à-tout, travailleur infatigable dont la trajectoire exceptionnelle sur plus de cinquante ans a évolué entre musique savante et populaire, concernant tous les aspects de la création.

Ce portrait multi-facetté ne verse jamais dans la biographie hagiographique et ne suit pas l’axe chronologique: découpé en douze chapitres thématiques, il livre un accès documenté avec le soin le plus extrême pour approcher au plus près cet artiste démiurge dont l’oeuvre gigantesque fut plus souvent que de raison incomprise. Jugé trop éparpillé, trop “cross over” pour être pris au sérieux dans les années soixante, en parfaite opposition avec le dogme du sérialisme, dominant avec Boulez, il fut violemment critiqué par les gardiens du temple.

Sans se décourager, Philip Glass prit son temps pour trouver sa “voie” et ensuite s’en débarrasser en s’engageant dans un voyage très personnel, suivant tout un labyrinthe de directions nouvelles. Les années d’apprentissage furent longues, mais Philip Glass n’en avait jamais fini, son insatiable curiosité  l’exposant à des cultures différentes dont il sut tirer parti.

Si la production de Varese tient sur un Ipod en moins de trois heures, si l’oeuvre cumulée d’un Debussy ou Ravel dépassent à peine les quinze heures d’écoute, il est quasiment impossible de faire le tour de la production de Philip Glass. Et pourtant, Sylvain Fanet y est parvenu, sans dresser un bilan, car le musicien continue à produire, à plus de 80 ans.

On suit avec intérêt ces sections très détaillées où chacun peut trouver son compte, l’amateur, le mélomane, le musicien. Un chapitre final, joliment intitulé Heart of Glass, 33 Oeuvres à la loupe (classées cette fois chronologiquement) est un précieux viatique pour se balader avec fluidité dans les compositions d’une oeuvre en perpétuel mouvement, des plus modernes aux plus classiques. Car Philip Glass peut toucher tous les publics. Il navigua très tôt entre Bach, Moondog, Darius Milhaud, Ravi Shankar (Chappaqa), travailla avec des artistes pop ou rock, Mick Jagger, David Bowie pour sa Heroes Symphony sur la trilogie berlinoise, s’offrit une incursion dans la New Wave ( Depeche mode se réclame de lui).

Passionné de théâtre ( Beckett, Cocteau) y compris dans ses formes les plus expérimentales, mais aussi de danse contemporaine, Glass a révolutionné l’opéra moderne, dès 1976, avec Bob Wilson et Lucinda Childs-son approche est volontiers collaborative. S’ensuivit le démesuré Einstein on the beach, au succès planétaire, ovni sans intrigue ni livret, oeuvre au long cours de 5 heures avec des intermèdes les “Knee-plays” de 6’. On comprend cependant que ces variations sur Einstein et le temps furent clivantes, la radicalité de son art étant manifeste, avec une construction essentiellement rythmique où le hasard et ses accidents jouaient aussi leur rôle. Le public fut très vite captivé et captif, entrant dans des boucles que l’on ne peut assimiler pour autant à la transe!

D’autres succès vinrent avec Opening de Glassworks en 1981 et dans un tout autre genre, les musiques de films lui assurèrent une notoriété mieux partagée, à l’orée des années 2000. Sachant ménager au spectateur un espace entre image et musique , il a réussi à imprimer sa marque dans l’univers très codé des musiques de films : le travail sur le Kundun de Scorsese (1997) était une évidence, vu son engagement pour la cause tibétaine, The Truman Show,  mais surtout The Hours de Stephen Daldry en 2002 furent décisifs, la musique étant l’élément unificateur de ces trois histoires de femmes dérivant de la Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Contre toute attente, suivit une collaboration intéressante avec Woody Allen pour un film très noir Cassandra’s Dream (2007) qui ne connut pas le succès du précédent Match Point.

"Je n’écris pas la musique pour accompagner le film, j’écris la musique qu’est le film", tel est son credo.

Le piano est le medium parfait, choisi pour fondre des idées nouvelles dans les formes classiques, symphonies, études, particulièrement importantes pour améliorer la technique, socle de toute trajectoire créative.

"Quand j’écris de la musique, je ne pense plus à la structure, je ne pense plus à l’harmonie, je ne pense plus au contrepoint. Je ne pense plus SUR la musique, je pense musique.

Si on reconnaît immédiatement sa signature, il ne faudrait pas et ce fut souvent le cas, le cantonner aux minimalistes avec Steve Reich et Terry Riley, avec des oeuvres jugées répétitives et languissantes comme le ressac. La répétition n’est jamais un bégaiement ni un simple double de ce qui a été fait, mais le vecteur de toute création. Music is the fine art of repetition. 

La musique de Philip Glass ne demande aucune virtuosité, apparente du moins, mais structurée et contemplative, rythmiquement plus qu'exigeante, elle ne souffre aucune erreur... D’ailleurs, volontiers partageur envers ceux qu'il estime jouer mieux que lui, il laisse à quelques pianistes Nicolas Horvath, Vanessa Wagner ou Maki Namekawa le soin de s’en acquitter, ce qu’ils font avec une certaine dévotion...

Preuve s’il en était de la reconnaissance de cet artiste démiurge qui, en revendiquant un nouveau langage, apprend à  reconnaître l'étrangeté,  France Culture, où la musique n’a pas une place prédominante, lui a consacré récemment une semaine d’émissions dans les très suivis Chemins de la Philosophie d’Adèle Van Reeth, le seul autre compositeur, également pianiste qui eut droit à une telle série, étant Keith Jarrett... La première émission des Chemins invita d'ailleurs Sylvain Fanet à présenter son livre et à éclairer la personnalité d'un artiste visionnaire, souvent paradoxal. 

Cette musique discrètement poignante, magnétique, lancinante, faussement simple parle aussi de nous, peut être parce qu’elle commence et s’interrompt brutalement, sans début ni fin, comme une grande ligne de vie!  Et pendant le premier confinement de la pandémie, elle toucha de nombreux interprètes qui la partagèrent sur internet lors de ces moments d’intense solitude!

 

Sophie Chambon

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11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 12:16

Avec Frédéric Loiseau (guitare, voix), André Charlier (batterie, percussions) et Benoît Sourisse (orgue, sifflet).
Studio des Egreffins, 2021.
Gemini Records / Absilone / Socadisc.
Parution le 15 avril.


   Voilà un guitariste qui nous est bien connu pour son ouverture d’esprit et d’écoute et pour refuser les effets. Frédéric Loiseau aime à participer à des projets où prime l’intime.
   Son terrain d’excellence, les petites formations, et  sur un large spectre : en duo avec le chanteur baryton Laurent Naouri sur des œuvres de Fauré, Debussy, Poulenc (‘En Sourdine’ -Outhere. 2020-), au sein d’un quartet de chambre (‘Looking Back’ -Black & Blue. 2010-)* pour honorer quelques-unes de ses idoles, (Billy Strayhorn, Kosma et Jobim), en quintet (‘For All We Know’ -Black & Blue. 2013-)** ou encore dans un format de trio avec orgue (Benoit Sourisse) et batterie (André Charlier) dans ‘Smile’ (Black & Blue. 2015).
   Ces deux derniers compères sont à nouveau mis à contribution dans « D'Intant en Instant » (Gemini Records).

  

   Délicatesse, sensibilité (et non sensiblerie), précision, ces vertus s’invitent pour ce périple musical sous la houlette attentionnée d’un guitariste à la démarche évoquant celle de Jim Hall, Fred Loiseau. Un parcours en douze étapes, encadré par deux compositions du leader (clin d’œil à son patronyme), ‘Morning Bird’ et ‘Cuicui du soir’, et qui fait une amicale référence posthume à Claude Carrière avec trois titres, ‘Fleurette Africaine’ de Duke Ellington, ‘le Duc de Charonne’, signé Bob Dorough (auteur du générique historique de Jazz Club) et ‘Waltz for C’, hommage personnel de Fred.

   Bref, Frédéric Loiseau nous parle à l’oreille et au cœur, dans un album où l’improvisation rime avec l’émotion.


     Vivement conseillé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

* regroupant Rebecca Cavanaugh (voix), Marie-Christine Dacqui (contrebasse) et Claude Carrière (piano)
** Mêmes musiciens, avec André Villéger (saxophone ténor) et Bruno Ziarelli (batterie).

 

En concert le 22 avril à 20 h 30 au Sunset (75001).

 

©photo X. (D.R.)

 

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 20:17

Guillaume Orti (saxophones alto & soprano), Benoît Delbecq (piano), Hubert Dupont (contrebasse), Samuel Ber (batterie)

Malakoff, 19-21 octobre 2021

PeeWee! PW 1006 / https://peeweelabel.com/fr/albums/33 & Socadisc

 

Septième album de ce groupe né à l'orée des années 90 et toujours, pour l'auditeur que je suis (et au risque de la redite), la sensation d'une absolue singularité. J'ai beaucoup écouté les disques précédents, et de nombreux concerts de ce groupe, avec ses batteurs successifs, le reste de l'équipe demeurant d'une stabilité remarquable. Et j'avais aussi écouté le quartette dans sa composition actuelle, avec le jeune Samuel Ber à la batterie, lors de deux concerts récents, le premier quelques semaines seulement après l'enregistrement de ce disque. Comme lors de ce concert, le disque commence par une composition du nouvel arrivant, manière élégante de confirmer qu'il a d'emblée sa place, de plein droit, dans cette phalange d'exception. Et ce thème est parfaitement en phase avec ce qui fait la force de ce groupe : liberté tonale et rythmique, cheminement sinueux dans les sons et les sensations, à quoi se reconnaît la musique quand elle est totalement un art. Ici le concept est en prise directe avec l'émotion, les labyrinthes rythmiques, mélodiques et harmoniques, sont autant de portes ouvertes sur l'émoi, le songe, le choc esthétique ou la douceur soyeuse (suggérée par le titre de l'album) de l'immersion dans une expérience d'écoute qui va nous entraîner loin de nos bases. C'est un disque à aborder sans idée préconçue sur ce qu'est le jazz, d'hier à demain. Et ce «bel aujourd'hui» (comme disait Mallarmé), nous est offert comme une invitation à suivre ce chemin (route de la soie ? Qui sait....). Si notre écoute est à l'aune du mystère qui se joue dans ces plages, le bonheur est au bout du chemin.

Xavier Prévost

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Le groupe fêtera la sortie de ce disque par un concert à Paris, au Sunside, le 12 avril à 21h

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Une vidéo d'avant-ouïr

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 21:41

Recueil de photographies de François Corneloup, textes de Jean Rochard, préface de Philippe Ochem, et un entretien de François Corneloup avec Guy Le Querrec

Jazzdor Series / https://jazzdorseries.bandcamp.com/merch/seuils-fran-ois-corneloup

 

Un livre de photographie, mais avec des images saisies par un musicien. Le texte de Jean Rochard fait d'ailleurs mention d'autres jazzmen d'ici qui pratiquent cet art singulier, et avec qui Pablo Cueco s'était entretenu pour le numéro 35 du journal Les Allumés du Jazz : outre Corneloup, Louis Sclavis et Edward Perraud s'étaient alors exprimés. Parmi les musiciens photographes, on pourrait citer aussi Bruno Chevillon, lequel est d'ailleurs saisi en pleine méditation dans l'un des clichés, référencé sous le n° 11. Curieusement, il n'y a pas de pagination : seules les photos sont numérotées. Jean Rochard évoque aussi des musiciens états-uniens pratiquant la photo, comme Stan Levey ou Milt Hinton. Philippe Ochem, qui préside aux destinées de Jazzdor (les festival, le label), évoque dans sa préface la genèse du projet, né de la publication en ligne, durant le premier confinement, de ces clichés. Dans son avant-propos, François Corneloup parle d'une «écriture de l'instantané, un réflexe au présent […] ce moment où l'œil est au seuil». Ce qui dit assez bien ce que sont ces images, entre captation sur le vif, instants de pause (ou de pose), et constructions plastiques à partir d'un sujet perçu dans un environnement qui devient construction picturale.

 

Ces photographies saisissent non seulement jazzmen et jazzwomen dans leur environnement (les loges, la scène, les répétitions, les moments de détente), mais aussi les partenaires de cet univers : responsables de festivals (qui sont aussi parfois des musiciens, comme Philippe Ochem, surpris face au piano) : Roger Fontanel, Armand Meignan.... ; photographes : Guy Le Querrec et Sergine Laloux ; les ingénieurs du son : Charles Caratini ou Philippe Teissier du Cros ; ou comédien comme Jacques Bonnaffé....

Très belles photos, belle mise en page, photogravure réussie, sobre et sans clinquant. C'est vraiment un beau livre. Et les textes de Jean Rochard, pas du tout illustratifs mais souvent allusifs, nous rappellent que le producteur du label nato (sans majuscule) est aussi une indiscutable 'plume du jazz' (et d'autres domaines). Et en épilogue l'entretien de François Corneloup avec Guy Le Querrec éclaire de belle manière cet art singulier. Livre très réussi, donc, et hautement recommandable.

Xavier Prévost

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François Corneloup sera présent en librairie pour un solo, suivi d’une séance de signatures :

Vendredi 8 avril, à 19h30, au Salon Escale du Livre de Bordeaux en partenariat avec la Librairie Olympique

Samedi 9 avril, à 19h30, à la Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaurès, Paris

Jeudi 12 mai, à 18h chez le Disquaire Le Souffle continu, 22 Rue Gerbier, Paris

Vendredi 13 mai, à 18h30, à la Boutique des Allumés du Jazz, 2 Rue de la Galère, Le Mans

Samedi 14 mai, à 17h, Librairie musicale La Machine à Musique, 13/15 rue du Parlement Sainte Catherine, Bordeaux

 

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 08:34

SMOKE SESSIONS RECORDS 2022

Harold Mbern (p), Steve Davis (tb), Vincent Herring (as), Eric Alexander (ts), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dms)


 Attention : Jazz U.H.T ! 

Traduisez : Jazz à Ultra Haute Température.

 

Le légendaire pianiste Harold Mabern, légende du hard Bop et qui nous a quitté en septembre 2019 nous revient à titre posthume avec un album enregistré en live en janvier 2018 au Smoke, le célèbre club de New-york. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’à 82 ans, le pianiste continuait à mettre le feu et envoyer du petit bois !

Harold Mabern ? On ne le présente plus. Il faisait effectivement partie des légendes du jazz et particulièrement du hard-bop. Il serait fastidieux d'énumérer ici ceux aux côtés de qui il a tenu le clavier mais quand même : Donald Byrd, Lee Morgan, Jackie Mc Lean, Wes Montgomery, George Coleman et tant d’autres.

Dans les liners qui accompagnent cet album et qui sont signées de son fils, Harold Mabern raconte que le plus grand regret de sa vie est d’avoir un jour été appelé par John Coltrane pour remplacer Mc Coy Tyner et que, malheureusement cette session n’a jamais pu avoir lieu. Il n’empêche, Mabern n’en a pas moins gardé une adoration sans faille pour son idole auquel il a toujours voué un amour sans limite.

Il était donc naturel pour lui de consacrer un concert entier au répertoire de John Coltrane qu’il connait sur le bout de son clavier.

Et pour cette session, Harold Mabern a fait appel à ses fidèles affidés, ceux qu’il appelait affectueusement les «  cats ».

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce sextet se trouvait dans son élément, au plein d’énergie et d’envolées enflammées dans des improvisations qui font l’âme de cette musique à la lisière du hard-bop. Et dans cette grande confrérie de ces jazzmen pour qui le live en est l’essence-même, on mettra au premier rang un Steve Davis qui donne ici une véritable leçon de trombone. Celui dont le grand Freddie Hubbard disait qu’il était le plus grand tromboniste actuel apparaît ici, à 65 ans ( 61 ans à l’époque) dans une forme éblouissante, capable d’apporter avec sa raucité reconnaissable, le growl et le feu.

Steve Davis sur Blue Train( où il tient le rôle de Curtis Fuller) qui embarque tout avec autant de feeling doux que de groove de feu. Du grand art !
Tout est à l’encan.

Un Impression porté à haut niveau d'ébullition avec des acteurs au top et au meilleur de leur forme visiblement portés par une logique collective. Quel groupe ! Ça joue ensemble !!

Ou encore cette magnifique introduction de Mabern sur un My favorite things revisité.

 

On ne va pas passer en revue tous les thèmes ( Dear lord, Dahomey dance,  Naima, Straight street) mais juste vous dire qu’il est des concerts pour lesquels les absents ont toujours tort. Il fait partie de ceux-là.
Jean-marc Gelin 

 

 

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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 11:20

Le Sunside affichait (quasiment) complet ce 23 mars pour la première sortie parisienne d’une chanteuse venue d’Allemagne, et d’origine indienne par son grand-père, Alma NAIDU. De bon augure pour une jeune artiste (25 ans) qui présentait son premier album sous son nom propre.
Pour l’occasion, Alma s’était mise au piano et jouait en duo avec un guitariste (Philipp Schiepek). Des conditions qui permirent d’apprécier une voix délicate, tempérée, un je ne sais quoi de charmant propre à séduire et de très personnel dans le répertoire signé de sa main.

Dans « le métier » depuis quatre ans, Alma Naidu a bénéficié d’un environnement familial propice : un père chef d’orchestre et une mère (Ann-Katrin), mezzo-soprano, chanteuse lyrique (Bizet, Wagner, Bach, Bernstein). Un éclectisme dont sa fille a hérité : de formation classique (piano et chant dès l’enfance), Alma a prêté son concours sur scène à plusieurs comédies musicales dont Jésus Christ Superstar. Mais elle a choisi la voie du jazz après avoir suivi l’enseignement à Londres de Norma Winstone, une référence en termes de sensibilité et de justesse, et rencontré le batteur et producteur allemand Wolfgang Haffner qui lui a donné sa chance dans ‘Kind of Tango’ (ACT, 2020).

« J’aime le jazz, nous confie-t-elle, pour la liberté qu’il me donne ».  La liberté mais aussi la diversité dans l’expression. Avouant apprécier aussi bien Keith Jarrett que l’arrangeur Vince Mendoza, les Yellowjackets ou encore Sting, Alma démontre cette ouverture d’inspiration dans ses compositions : dix des douze titres proposés dans « Alma » (Cream Records).  « J’entends m’identifier comme compositrice », précise la chanteuse résidant actuellement à Munich. Une artiste aux multiples facettes, déterminée, à suivre assurément.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Alma Naidu, « ALMA ». Hansahaus Studios, Bonn, novembre 2020 et mars-avril 2021.
Cream Records/PIAS.
Paru en France le 18 mars 2022.

 

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 23:35

Sylvain Rifflet (saxophone ténor, shruti-box, boîte à musique artisanale), Verneri Pohjola (trompette, électronique), Philippe Giordani (guitares), Benjamin Flament (percussions)

Sarzeau (Morbihan), mars 2021

Magriff 0357 / l'autre distribution

 

Anges tutélaires, anges gardiens, voire anges exterminateurs ou anges devenus démons, qu'importent les spéculations : en fait l'aveu du saxophoniste est plus simple et limpide «à mes anges, à ces êtres, artistes ou non, qui m'inspirent et m'aident à vivre». Ce disque est comme un exercice d'admiration, de ferveur, en même temps qu'un jeu de piste, quand dans la première plage, après un clin d'œil aux répétitifs américains, il bifurque vers le jazz avant retour au bercail. Au fil du disque défilent les repères d'une passion musicale mais aussi amicale (Thomas de Pourquery, le complice de Rigolus) ou littéraire (l'évocation de James Baldwin). Et les anges tutélaires sont en bonne place : Getz, dissimulé par son pseudonyme des années 50, Abbey Lincoln, dans toute sa stature artistique, engagement compris.... Et aussi le goût pour la musique électronique, sans oublier un hommage complice aux partenaires récents : Jon Irabagon, et le trompettiste de ce disque, Verneri Pohjola. Avec ce dernier, il conclut le CD par une improvisation en duo, prolongée en une plage fantôme par une reprise en quartette. Il y aura aussi cette valse aux deux vikings : le trompettiste partenaire, et le fameux Moondog, auquel Sylvain Rifflet avait naguère rendu un hommage singulier, et à bien des égards précurseur. Tout au long du disque s'épanouissent des musiques sans cesse renouvelées, toujours d'une grande densité, comme autant de jalons sur un parcours multiforme dont le saxophoniste serait le centre de gravité. Comme au fil de ses disques précédents, Sylvain Rifflet embrasse du regard tous les horizons de la musique, mais cette fois il nous en livre une sorte de florilège, en un seul opus «… mon disque le plus personnel,écrit-il, comme une synthèse du travail entamé il y maintenant dix ans...». Une indiscutable réussite.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 21:34

Ingrid Laubrock (saxophones ténor & soprano), Brandon Lopez (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

New York, 25 avril 2021

Intakt CD 376 /Orkhêstra International

 

Les multiples collaborations, dans divers contextes (dont le duo) entre Ingrid Laubrock et Tom Rainey, ont aussi débouché voici quelques années sur un premier trio, en concert, avec Brandon Lopez. Ce disque concrétise la fructueuse pertinence de cette rencontre. Après un début rêveur et méditatif, qui nous révèle une fois de plus l'étendue de la palette de la saxophoniste, la même plage s'épanouit en libre cavalcade et trilogue effervescent. Et cette connivence va trouver au fil des plages une foule d'expressions différentes, mettant à profit toutes les singularités des protagonistes pour une véritable œuvre collective. Ça bouge, ça vit, ça s'interpelle, et ça nous interpelle, nous qui sommes auditeurs (et presque spectateurs) de cette cérémonie secrète qui mêle transgression des codes et adhésion sans faille à tous les sortilèges de la musique. C'est fascinant, puissant, et riche de toutes les métamorphoses. Le cinquième titre nous embarque dans une sorte de périple abstrait, dont l'abstraction semble feinte, car la sensualité des sons, leur richesse timbrale, convoque simultanément une espèce de chaleur organique, comme une ode à la musique incarnée, au sens propre, une musique qui prend chair. Et cela se conclut dans l'ultime plage par une folle explosion. Magnifique !

Xavier Prévost 

 

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 19:11
PRONTO! Daniel Erdmann & Christophe Marguet  Hélène Labarrière Bruno Angelini

PRONTO! Daniel Erdmann  & Christophe Marguet

Hélène Labarrière Bruno Angelini

Label Mélodie en Sous-Sol

 

Soir Bleu (avec Hélène Labarrière et Bruno Angelini) - YouTube Music

 

Prêts, nous le sommes toujours avec ces musiciens qui se retrouvent depuis quelques années pour des projets excitants. Le duo saxophone-batterie, voilà une association réduite à l’essentiel qu'aiment le saxophoniste Daniel Erdmann et le batteur Christophe Marguet-on se souvient de leur Together, Together en 2013, qu’ils prolongent à leur manière aujourd’hui en demandant à la contrebassiste Hélène Labarrière et au pianiste Bruno Angelini de les rejoindre. De vieilles connaissances, puisque Hélène Labarrière joue dans le quartet de Christophe Marguet Happy Hours et Bruno Angelini dans son autre quartet Résistance poétique.

Rapides, voire prompts à trouver leurs marques, ils forment  à eux quatre, dès l’initial “Numero uno” un équipage qui tient la route. Chacune des interventions de cette bande complice sonne juste et dans une écoute mutuelle, la musique respire. Le quartet évolue sur des terres musicales connues, des références fortes sur lesquelles repose ce Pronto! jusqu’à la photo de la pochette délicieusement vintage, celles d’un jazz familier, “ancien” mais qui ne date pas, nuance. Pour une formation qui paraît historique, comme le fait remarquer subtilement Francis Marmande dans les notes de pochette. Car ces magnifiques musiciens ne perdent jamais leurs repères. S’il y a belle lurette qu’ils ont brisé les codes, ils restent dans l’idiome jazz et cela s’entend dans le son, le jeu de Daniel Erdmann sans qu'il se livre pour autant à des hommages pontifiants.

Pas de pas de côté ni de pas en arrière avec ce groupe qui est un exemple de maîtrise et d’interaction tout au long de huit pièces, sans désaccord entre titres et formes, sujet et matériau sonore. Leur musique paraît à la fois simple et intrigante. Simple car accessible, mélodique, avec des sonorités rondes, douces et chaudes du ténor qui joue moins cette fois avec les aspérités du métal, distille un souffle moins rugueux. Christophe Marguet est aux aguets, délicat, en phase avec son camarade, dans un équilibre sonore adapté, léger aux baguettes ou aux mailloches.

Ils ont écrit chacun, à armes égales, une histoire sensible où flotte parfois un parfum de mélancolie, un temps dilué dans une ballade superbe “Elevation”, où piano et contrebasse prennent aussi leur part dans d’exquises nuances. Enclins à faire une musique qui flotte presque sans attache, avec des séquences immersives, une tension certaine sur les creux et  une attente sensuelle de la narration dans “Soir bleu”. “Avant la parole” a la beauté d’un chant élégiaque. La force de leur engagement, leur vive énergie ne semblent pas alors primer sur l‘intime dans cet album. Faux-calme cependant quand on connaît ces musiciens soudés, combatifs et habités. Quelle intensité des instants traversés dans “Tribu” ou le vigoureusement balancé “Hotel Existence” qui rocke véritablement malgré le contrepoint du piano. Quant au final, où règne un motif chaloupé, pirouette charmante qui illustre “DE Phone Home”, il laisse vite éclater la folie communicative du piano et de la batterie. C'est ainsi que jaillit la revendication pour une urgence du jeu, qui est la signature de ces musiciens, la marque de leur identité. Alora, pronti, via! 

 

Sophie Chambon

 

 

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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 22:49

Franck Tortiller (vibraphone, arrangements, composition), Patrice Héral (batterie, percussion, voix), Vincent Tortiller (batterie), Jérôme Arrighi (guitare basse), Matthieu Vial-Collet (guitare, voix), Olga Amelchenko (saxophones alto & soprano), Maxime Berton (saxophones ténor & soprano), Gabriel Rachel Barbier-Hayward (trombone), Joël Chausse (trompette, cornet, trompette piccolo)

Maisons-Alfort, sans date

Label MCO 14 / Socadisc

 

Plus de 15 ans après l'album «Close To Heaven» (Le Chant du Monde, 2005) de l'Orchestre National de Jazz qu'il dirigeait alors, Franck Tortiller revient vers l'une des passions-rock de ses jeunes années. Pour le chroniqueur chenu que je suis (j'ai quand même 14 ans de plus que le vibraphoniste-chef d'orchestre), Led Zep' c'est un souvenir lointain de l'année de mes 20 ans (1969), avec un premier disque qui m'a surtout marqué par deux reprise de blues (Willie Dixon, comme l'avaient fait 4 ans plus tôt les Stones pour leur premier album). Mais j'ai quand même écouté la plupart des disques de Led Zeppelin chez mes potes, moi dont le discothèque contenait 80 pour 100 de jazz, quelques disques des Animals (à cause des reprises de la musique afro-américaine), et aussi Nougaro, Ferré, Janis Joplin, Bach, Beethoven, Liszt, Debussy, Stravinski & Bartók....

Autant dire qu'en voyant revenir un programme consacré à ce groupe, j'ai scruté le rétroviseur. Et j'y ai vu que Franck Tortiller, s'il joue dans ce nouvel album des titres de 7 des 9 albums du groupe britannique, ne rejoue aucun des titres de Led Zeppelin choisis pour l'album ONJ de 2005. Il reprend en revanche sa composition Moby and Moby, inspirée par un titre du deuxième album du groupe. Sa version est d'ailleurs très elliptique si on la compare à sa source très blues (hard) rock. Pour les titres repris du groupe, le résultat est saisissant : c'est assurément une reprise jazz, orchestration et solistes compris, dans un arrangement qui repose sur l'exploitation des accents des thèmes d'origine, et semblent aussi inspiré par le drumming si particulier de John Bonham, avec en prime quelques saillies vocales de spoken words très syncopés. Et une alternance de frénésie rock, de fines orchestrations et d'échappées mélodiques. Comme chez le groupe inspirateur, contraste entre le dur et le tendre, le rugueux et le mélancolique. Going to California se voit paré de sonneries monterverdiennes, et l'on chemine ainsi de surprise en nostalgie. Jouissif, non par passéisme, mais par esprit prospectif. Il faut dire que l'orchestre, qui compte en la personne de Patrice Héral et Joël Chausse des partenaires historiques de Franck Tortiller, se compose pour le reste de ses membres de jeunes gens dont les parents devaient être encore à peine adultes quand le groupe d'origine s'est éteint avec la mort de son batteur, en 1980. Bref on tire son chapeau à cette belle réussite !

Xavier Prévost

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L'orchestre sera en concert, avec ce programme, le dimanche 20 mars, 17h30, à Paris au Pan Piper

 

https://www.facebook.com/franck.tortiller.vibraphoniste/videos/3056910911215740/

 

https://www.francktortiller.com/project/back-to-heaven-led-zeppelin.html

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