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10 novembre 2023 5 10 /11 /novembre /2023 16:06
ZODIAC SUITE MARY LOU WILLIAMS  UMLAUT CHAMBER ORCHESTRA

ZODIAC SUITE          MARY LOU WILLIAMS

UMLAUT CHAMBER ORCHESTRA

Direction Pierre Antoine Badaroux

 

Label Umlaut Records/ L’Autre Distribution

www.umlautrecords.com

www.umlaut-bigband.com

 

Umlaut Chamber Orchestra :

Pierre-Antoine Badaroux : direction Agathe Peyrat : chant Chloé Tallet : flûte Guillaume Retail : hautbois Geoffroy Gesser : clarinette, clarinette basse, saxophone ténor Pierre Fatus : basson Brice Pichard : trompette Harmonie Moreau : cor Michaël Ballue : trombone Stéphanie Padel, Florian Perret, Emilie Sauzeau, Raphaël Coqblin, Clémentine Bousquet, Clara Jaszczyszyn, Lucie Pierrard : violon Elsa Seger, Valentine Garilli : violon alto Myrtille Hetzel, Pablo Tognan : violoncelle Matthieu Naulleau : piano Sébastien Beliah : contrebasse Antonin Gerbal : batterie.

 

 

Sortie du CD le 10 novembre

Concert le 18 novembre au Studio 104 de la Maison de la Radio.

 

 

Rembobinage :

La pianiste Mary Lou Williams est l’une de ces instrumentistes pionnières qui contribua au développement du jazz et ouvrit la voie aux musiciennes d’aujourd’hui. Dans cette longue marche, les tentatives de réévaluation de ces jazz women ne sont pas si nombreuses.

L’Umlaut Big Band avec Mary’s Ideas (2021) dressait le portrait de cette femme exceptionnelle qui a traversé l’histoire du jazz, évoluant avec cette musique sur près de cinq décennies, reprenant ses compositions, les réécrivant dans un ressassement étonnant, “a work in eternal process and progress”. Si son oeuvre enregistrée est plus que fragmentée, elle a obstinément gardé toutes les traces possibles de son travail, document rare sur l’histoire du jazz dont elle s'estimait partie prenante. Ses archives personnelles léguées à l’Institute of Jazz Studies de Newark (New Jersey) furent la source du travail époustouflant de collecte et de reconstitution de deux saxophonistes Benjamin Dousteyssier et Pierre Antoine Badaroux, également directeur artistique de l’Umlaut Big Band créé en 2011.

 

 

Pierre Antoine Badaroux s’attaque aujourd'hui à un autre morceau de bravoure, la Zodiac Suite, réunissant 22 musiciens dont 7 violons, 2 altos, 2 violoncelles et une chanteuse sur le dernier mouvement “Pisces”. Certains faisaient déjà partie du CD précédent comme Geoffroy Gesser (clarinettes et sax ténor) ainsi que la section rythmique Matthieu Naulleau (piano), Sébastien Beliah ( contrebasse) et Antonin Gerbal (drums).

La Zodiac Suite pour orchestre de chambre développe douze portraits selon leur signe zodiacal d’artistes du Cafe Society à Greenwich Village créé par Barney Josephson où Mary Lou Williams travailla quotidiennement après avoir quitté l'orchestre très formateur d’Andy Kirk en 1942. C’est encore Barney Josephson qui loua la salle du Town Hall le 30 décembre 1945 et finança l’orchestre de 18 musiciens dont la plupart venaient du classique, section rythmique exceptée.

Faute de répétitions suffisantes, le concert ne fut cepedant pas un succès mais la Zodiac Suite est devenue légendaire, saluée comme un exemple précoce du mouvement Third-Stream, reprise plusieurs fois de Geri Allen à Dave Douglas...

Mary Lou Williams soulignait en 1975 l’importance de cette musique dans son oeuvre: “En tant que compositrice et musicienne, j’ai travaillé toute ma vie pour développer une musique à la fois inventive et originale. C’est avec la Zodiac Suite que j’ai pu commencer à mener vraiment à bien cette ambition.”

 

Ce sont des pièces particulièrement intéressantes, de forme libre dans lesquelles le rôle de Mary Lou est central, le piano faisant toutes les transitions. Mais jusqu’ à aujourd’hui, il était imposssible d’entendre la Suite dans sa version initiale. Merci donc à l'Umlaut Chamber Orchestra et à son chef, fin limier, musicologue et arrangeur qui a recomposé ce puzzle compliqué après écoute de tous les enregistrements possibles, déchiffrage des divers manuscrits, souvent aide-mémoires où chaque nouvelle interprétation donnait lieu à d’autres formes souvent improvisées au piano comme l' impromptu  “Capricorn” ou  comme  la dernière pièce composée en direct à la radio “Pisces”, sans structure définie, en l’honneur de Josephson.

Les choix de Pierre Antoine Badaroux (tempi, instrumentation, orchestration) soulignent l’hétérogénéité, le caractère protéiforme unique et terriblement audacieux, l'originalité d’une artiste afro-américaine autodidacte. Tous les mouvements de la suite n’ont en effet aucun lien formel entre eux, et pourtant à écouter ces douze petites pièces qui ne doivent pas atteindre 40mn*, on a une impression de fluidité et de cohérence, emporté par un souffle et un rythme continus. Mary Lou fut sans doute influencée par la Suite Black Brown and Beige de Duke Ellington jouée à Carnegie Hall en 1943 d’autant que cette artiste singulière “post moderne” en un sens avait été repérée par le Duke qui lui commandait des pièces qu’il paya rarement et enregistra tout aussi peu, alors qu’il la considérait comme “en avance sur son époque”. “Taurus” sous-titrée “A study in the Blues” est le signe à la fois de Mary Lou et du Duke. Pour traduire ce caractère obstiné, la musique commence et finit par le même thème.

On ne peut s’empêcher de penser aux comédies musicales avec “Virgo”aux fluidités harmoniques et rythmiques, une pièce qui danse et swingue littéralement aux accents de la clarinette et de la trompette en hommage à Leonard Feather grand critique et producteur de jazz…

On peut vraiment parler de jazz de chambre et de la légèreté des vents dans “Aquarius” en hommage à Franklin D. Roosevelt, série de variations sans section rythmique.

Avec l’Umlaut Chamber, cette musique du passé ne contredit pas une musique de création sophistiquée, évolutive et actualisée. L’orchestre rend merveilleusement les audaces sonores. Ces musiciens formidables font ainsi réparation à Mary Lou qui, au paradis des musiciens, dans la section jazz, doit écouter rassérénée ce bel orchestre français.

 

“Sagittarius” fait par exemple 01 :33 , “Aries” le portrait de Billie Holiday et Ben Webster 02:26, “Leo” inspiré par le tromboniste Vic Dickenson composé de nombreuses ruptures et divers styles tient en seulement 02:35, “Virgo” est l'une des plus longues pièces avec “Cancer” un peu plus de 4mn...

 

 

Sophie Chambon

 

TRACKLIST

1. Introduction (00:28)

2. I. Aries. (02:26)

3. II. Taurus (02:48)

4. III.Gemini (03:29)

5. IV. Cancer (04:37)

6. V. Leo (02:35)

7. VI. Virgo. (04:31)

8. VII. Libra (03:20)

9. VIII. Scorpio (03:37)

10. IX. Sagittarius (01:33)

11. X. Capricorn (03:18)

12. XI. Aquarius (03:25)

13. XII. Pisces (03:01)

 

 

 

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10 novembre 2023 5 10 /11 /novembre /2023 16:06
FABIEN MARY  Never Let Me Go

FABIEN MARY  Never Let Me Go

For Musicians Only Label Caramba records

Distribution / Universal

 

Fabien Mary – trompettiste / compositeur / arrangeur

Point de “révélation” avec le nouvelles sorties qui concernent le trompettiste Fabien Mary en ce début d’année, plutôt des retrouvaillesce musicien chevronné et inspiré qui trace son sillon, continuant obstinément sa route…

Une formation en quartet qui fait resurgir ce que on attend toujours mais n’entend plus guère. Sous les auspices du véritable For musicians only enregistré en 1956 par la dream team de Dizzy Gillespie, Sonny Stitt et Stan Getz, entourés d’une rythmique aux petits oignons: John Lewis, Herb Ellis, Ray Brown et Stan Levey.

Dans la présente production discographique- pléthorique-, pourquoi ne pas s’accorder un retour de temps à autre vers des choses connues et aimées ? D’ailleurs, si la recherche d’une musique enfuie anime certains d’entre nous, il ne semble pas que ce soit la nostalgie qui motive le trompettiste Fabien Mary. C’est simplement le goût d’une musique et d’une esthétique jugées à l’écart des modes et donc peu «actuelles». Le trompettiste écrit en référence à un jazz qui le conduit sur le versant bop et hard bop, ainsi que West Coast.

Une technique brillante qui donne à ses partitions- il est arrangeur , compositeur, leader et sideman, fraîcheur et élégance. Sans jamais verser dans la brillance des suraigus et la seule virtuosité, sur certains thèmes, il entre sans éclat, avec une sonorité légèrement voilée sur ces standards l’émouvant “Never let me go” de Nat King Cole. Ou “I’ve never been in love before” que maîtrisait Chet Baker. Un son plein, une articulation ciselée, un phrasé mélodique rapide et sûr, une tenue énergique. On ne sera donc pas surpris qu’il ait choisi de reprendre ensuite non des tubes mais des thèmes racés de connaisseurs, “Ceora de Lee Morgan, “I'm Glad There Is You de Jimmy Dorsey ou le poignant “Invitation de B. Kaper qu’il revitalise avec son pianiste inconnu jusque là mais à suivre soigneusement sur un tempo beaucoup plus vif. Pas sûr que l’on puisse encore les appeler standards ces reprises singulières... C’est un répertoire joué pour le plaisir et cela s’entend, sobrement et c’est ainsi d’ailleurs que naquit sur le label Caramba la collection For Musicians Only, un soir de la fin 2023 dans un club parisien pour enregistrer ce concert et le diffuser à un public plus large. “Avec Gael Rakotondrabe à la batterie, Laurent Vernerey a la contrebasse, Stéphane Chandelier à la batterie, trois des musiciens français qui font de l'accompagnement un art majeur”. Pour mieux entendre Fabien.” dit le dossier de presse. Pas faux! Aucun étalage mais une fluidité et une musicalité parfaitement maîtrisées. Ils jouent tous avec une belle conviction et nous rendent ce Never let me go formidablement accessible. Un quartet vibrant et sophistiqué.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2023 3 08 /11 /novembre /2023 16:02

 

Mark Turner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

New York, juin 2022

Giant Step Arts GSA 010

https://markturnerjazz.bandcamp.com/album/live-at-the-village-vanguard

 

Quelques semaines après la publication par ECM au printemps 2022 d’un enregistrement de studio réalisé en 2019 («Return from the Stars», chronique ici), Mark Turner était avec la même équipe pour un série de plusieurs soirées au Village Vanguard de New York. Huit thèmes du disque récemment paru y furent joués, avec aussi de plus anciennes compositions, et une toute nouvelle. Des versions plus longues, plus détendues dans les exposés parfois complexes, et encore plus libres dans les improvisations. L’amateur que je suis est une fois encore impressionné par le niveau musical du répertoire et de sa mise en œuvre, et par la liberté qui s’affirme dans le développement d’une musique aussi fluide qu’ambitieuse. Pur régal donc pour moi, et pour vous je l’espère si vous choisissez de tendre l’oreille à l’Art de ce saxophoniste et de son groupe. La dernière plage, Lennie Groove, reprise d’un thème que le saxophoniste avait composé, et enregistré, voici plus de 25 ans, dit assez le chemin parcouru par celui qui, de très brillant espoir, est devenu un Grand Maître.

Xavier Prévost

.

Mark Turner joue également sur le récent disque de la pianiste Miki Yamanaka

 

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8 novembre 2023 3 08 /11 /novembre /2023 10:28


     BOULOU et ELIOS FERRE, frères et guitaristes ont choisi de rendre hommage à leur père MATELO (1918-1989) et leurs oncles BARO (1908-1976) et SARANE (1912-1970), une fratrie innovatrice dans l’histoire de la musique manouche.
     Interprètes et compositeurs, virtuoses et inspirés, Boulou (né en 1951) et Elios son cadet de cinq ans, ont retrouvé des inédits qu’ils proposent avec un esprit d’aujourd’hui. « On ne va pas jouer comme dans les années 50 ! » assurent-ils à l’unisson eux qui élevés dans la tradition et …la musique classique ont joué dans leur carrière swing, hard bop, free, fusion ….

 

     A l’occasion de la parution de leur nouvel album « FATHERS & SONS »*, les deux frères soulignent l’originalité de leurs trois aînés, témoignage d’une certaine atmosphère parisienne.

 

 

Les DNJ : Quel était votre état d’esprit en vous lançant dans cet hommage à votre famille ?

 

Elios Ferré : Nous voulions saluer la mémoire des trois frères Ferré, Matelo, notre père, et nos oncles, Baro et Sarane. Les Ferré étaient proches de Django mais ils avaient une certaine articulation dans leur jeu, un son différent.


Boulou Ferré : Ils avaient une autre manière de parler à la guitare. Il y avait deux grandes familles de gypsies, les Reinhardt et les Ferré. Avec ce disque, nous voulons rendre hommage à ces trois frères, des hommes de l’ombre, pourrait-on dire, si l’on établit une comparaison avec les Reinhardt. C’est pour nous, un devoir de mémoire, un mémoire de devoir, une forme de réhabilitation.

 

Les DNJ : Quel héritage retenez-vous des trois frères Ferré ?

 

Elios : Baro quand il jouait ses « valses swing » était be-bop avant l’heure, comme l’a dit le guitariste Philip Catherine. Sarane était un innovateur quand il fonde à la fin des années 30 le Quintette de Paris qui avait un son très différent de celui du Hot Club de France de Django et Stéphane Grappelli. Quant à Matelo, notre père, il est l’un des créateurs de la valse manouche et joua dès ses débuts aux côtés d’Edith Piaf, Jean et Germaine Sablon, les vedettes de l’époque.


Boulou : Mon père était un enseignant à l’oral, il savait déléguer son savoir. Il nous disait : il faut d’abord respecter le thème, les structures. Avec lui, c’était guidé… mais pas guindé.   

 

 

Les DNJ : Comment s’est opéré le choix des titres ?

 

Elios : Notre père enregistrait sur des cassettes que nous avons retrouvées. Nous présentons ainsi des inédits comme Rue du Poteau (ndlr : son domicile parisien dans le 18 ème arrondissement), Paris Swing Valse, Place Pigalle - écrit avec Sarane - et reprenons une autre de ses œuvres, Djungalo.  Baro est aussi présent par quatre autres compositions (La Folle, Survol de nuit, Swing Valse, Minch Valse).  Et nous avons ajouté des titres personnels, Laurent pour Boulou (salut à Laurent Goddet, ancien rédacteur en chef de Jazz Hot) et pour moi Rue des trois frères, clin d’œil à nos aînés et Rue d’Odessa.

 

 Les DNJ : Le jazz manouche a retrouvé une grande popularité. Vous avez une explication ?

 

Elios : C’est une musique d’émotion, intemporelle.


Boulou : Nous les gypsies -c’est le terme que j’emploie- nous sommes des fils du vent, des voyageurs. Et personnellement je retiens le conseil que m’avait donné dans les années 60 le saxophoniste Dexter Gordon, j’avais alors 17 ans, « Il ne suffit pas d’être un homme dans la musique, il faut l’être dans la vie ».

 

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand.

 


*BOULOU & ELIOS FERRE, « FATHERS & SONS », avec Boulou et Elios Ferré (guitares), Ludovic Beier (accordéon) et Stéphane Belmondo (bugle).
À signaler, un livret proposant quelques photos familiales remontant à 1913.
Continuo Jazz/ UVM Distribution.
À paraitre le 17 novembre.
Concert prévu le 12 décembre à la Péniche "Le SON de la TERRE"(75005).

 

©Couverture Album avec l’aimable autorisation de Monique Ferré & The Ferré Family, DR : Baro Ferré (gauche), Chocola Ferré (droite) et un cousin (centre), Ca. 1913.


©photo Jean-Baptiste Millot & X. (D.R.)

 

 

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5 novembre 2023 7 05 /11 /novembre /2023 16:05

Edouard Ferlet ( p, et autres)


2eme volet de Pianoid d''Edouard Ferlet.

Edouard Ferlet avec sa drôle de machine,   
piano solo à quatre mains organisé autour d’un dispositif construit avec un piano Silent, un contrôleur midi, le logiciel Ableton et un Dysklavier, nous embarque en rêve dans cette sorte de pays fantasmé qui éveille les sentiments les plus paradoxaux, dans un univers entre le réel et l'imaginaire des rêves.
Comme dans le volume 1 c'est fort. Puissant. Entêtant parfois comme une obsession tenace à base d'ostinatos comme des invitations à la transe.
Entre la douceur acoustique et l'étrangeté de sons électriques venus d'ailleurs, Edouard Ferlet nous amène en territoire inconnu.
Ferlet le dit lui-même : "Avec Pianoïd, j’utilise la phrase robotique pour faire éclore le poétique, et aller vers l’inimaginable et l'injouable. J’utilise aussi l’instabilité du robot causée par le poids de la mécanique, sa latence, ses changements de dynamiques et de vitesses, toutes les réactions inattendues du piano Disklavier. La machine prend vie et me surprend. La musique devient alors un dialogue organique"

C'est alors un peu comme marcher à l'aveugle dans un endroit très sombre et mystérieux. Edouard Ferlet nous prend la main dans ce territoire fait d'angoisses enfouies et de moments de clarté un peu mélancoliques.
Comme une oeuvre d'art, comme une installation qui fait naître en nous des émotions primaires, primitives et parfois paradoxale.
Où quelque part, imprégnant l'album de bout en bout c'est la beauté qui s'invite avec sa poésie, ses errances et ses fulgurances.
Jean-Marc Gelin

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4 novembre 2023 6 04 /11 /novembre /2023 16:30

Henri Texier (contrebasse, compositions), Himiko Paganotti (voix), Carlo Nardozza (trompette & bugle), Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), Sylvain Rifflet (saxophone ténor, clarinette), Manu Codjia (guitare), Gautier Garrigue (batterie)

Amiens, juin 2023

Label Bleu 1690818 / l’autre distribution

 

Retour du contrebassiste vers un sujet qui lui tient à cœur : les Indiens d’Amérique du Nord. Il y eut naguère «An Indian’s Week» (1993) & «Sky Dancers» (2016). C’est comme un nouvel écho d’un attachement, à une certaine idée de la liberté, de la résistance, et aussi le goût d’une pulsation qui surgit d’un tambour dès l’ouverture du premier titre. La musique est à l’image de ce que le contrebassiste aime, et fait vivre, depuis des lustres : des mélodies que l’on aimerait chanter, et qui sont de magnifiques tremplins à l’improvisation. Nouveau groupe, avec quelques nouveaux partenaires : la chanteuse Himiko Paganotti, voix instrumentiste dans la plupart des plages, mais aussi voix de texte sur la reprise du fameux Black and Blue de Fats Waller ; le trompettiste belge Carlo Nardozza, rencontré dans un festival des Flandres voici une quinzaine d’années ; et le saxophoniste-clarinettiste Sylvain Rifflet, adoubé comme un talent très singulier. Une seule reprise, mais des hommages aux grandes figures du jazz états-unien : Charles Mingus, et aussi le couple Carla Bley – Steve Swallow, des amis de longue date pour Henri Texier. Une fois encore, le contrebassiste signe un grand disque, où le fondamentaux de l’idiome se mêlent au désir, toujours ardent, de regarder vers le futur.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Lien pour écouter sur France Musique le concert du groupe, en septembre dernier, au festival de La Villette

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1 novembre 2023 3 01 /11 /novembre /2023 16:34

TONY HYMAS – CATHERINE DELAUNAY «No Borders»

Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Tony Hymas (piano)

La Fraternelle, Saint-Claude (Jura), printemps 2023

nato 6109 / l’autre distribution

 

Une rencontre au sommet : l’esprit franc-tireur règne ici en maître, non qu’il s’agisse d’agir en solitaire, mais bien parce qu’il est question d’autonomie, de liberté, d’engagement. Quand on écoute de longtemps ces deux artistes, on sait évidemment que leur liberté est sans limites et leur talent sans égal. Talent sans frontière(s) bien entendu, il (elle) l’ont montré sans relâche depuis des années. Je garde le souvenir d’une émission sur France Musique que j’avais conclue par un extrait de la Symphony de Tony Hymas, dirigée par le compositeur à la tête du London Symphony Orchestra (KPM 280, 1995). Un chef d’orchestre de musique baroque, qui me succédait à l’antenne, fut séduit au point que je lui prêtai le CD, qu’il me rendit, parce que j’insistais, quelques semaines plus tard. Quant à Catherine Delaunay, je l’écoute depuis des années dans les contextes les plus divers et les plus aventureux, où elle fait toujours merveille de pertinence, de musicalité, d’inventivité. Je garde un souvenir très vif de sa présence, en qualité d’invitée, dans le groupe du batteur Matt Wilson en 2017 au festival Sons d’hiver : elle me bouleversa dans le répertoire de Sidney Bechet…. Leur duo s’était formé à plusieurs reprises depuis 2016, et l’an dernier encore, avant l’enregistrement de ce disque, au festival de Trois-Palis. Le CD qui paraît ces temps-ci procède de leurs talents respectifs, et réciproques, de ‘saute frontières’. Inclassable, assurément, conformément à l’ADN du label, qui revendique de fuir «...le triste débat sur l’identité musicale». C’est vif, profond, surprenant, engagé : infiniment libre ; chapeau les artistes !

TONY HYMAS «Flying Fortress & Back On The Fortress»

Tony Hymas (claviers, voix, programmation) et détail des autres artistes en suivant ce lien

http://www.natomusic.fr/catalogue/musique-jazz/cd/nato-disque.php?id=320

Londres 1987-1988, et un peu partout dans le monde ces dernières années

nato 1435 & 4660 (double CD) / l’autre distribution

 

On ne reviendra pas sur «Flying Fortress», dûment apprécié et louangé lors de sa parution voici 35 ans. Le sujet du jour, c’est cet objet très singulier, «Back In The Fortress» né de l’isolement provoqué par la pandémie, et qui fit sourdre chez Tony Hymas le désir de concevoir un écho au disque des années 80. Il médita, concocta, composa une série de thèmes offerts ensuite à ses partenaires anciens ou plus récents. Il enregistra sa partie et chacun (ou chacune), dans un autre lieu, un autre studio, déposa son offrande au projet individuel qui de ce fait devint éminemment collectif. C’est comme un voyage trans-esthétique, une aventure partagée où l’audace, la passion, mais aussi le recueillement, dessinent des paysages inexplorés. Inclassable encore, et c’est ce qui décuple la valeur de cet objet artistique qui, comme le duo évoqué ci-dessus, ne connaît nulles frontières !

Xavier Prévost

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1 novembre 2023 3 01 /11 /novembre /2023 08:05

Black Lives - from Generation to Generation
Marion Paoli / 31 octobre 2023
 

Courant fort et conscience

 

Black Lives - from Generation to Generation

Marion Paoli / 31 octobre 2023

 

« Band of the Year International » du Deutscher-jazzpreis 2023 (Prix allemand du jazz) pour son engagement contre le racisme, Black Lives - from Generation to Generation rappelle comment le jazz et la musique improvisée donnent vie à la liberté, aux idées de tolérance, de solidarité, d’égalité, de fraternité. Un souffle indispensable.

 

3 concerts en France ont lieu au mois de novembre : au Théâtre de Fontblanche à Vitrolles le vendredi 17, Au Jam Montpellier le samedi 18 et au Café de la Danse à Paris le dimanche 19.

 

Prenez vos places pour ce projet ambitieux créé en 2021 par Stefany Calembert et le bassiste Reggie Washington, qui rassemble une diaspora mêlant les voix de l’Afrique à celles de l’Amérique en passant par les Caraïbes et l’Europe. Une profusion stylistique effervescente qui compte vingt-cinq compositeurs, des douzaines de musiciens sur l’album et des line-up uniques, qui enflamment successivement les scènes. Parmi eux, outre la maîtrise du groove de Reggie Washington à la basse, de Jean-Paul Bourelly à la guitare et au chant, de Sonny Troupé au tambour, le Café de la Danse comptera deux saxophonistes hors pair, Jacques Schwarz-Bart et Pierrick Pédron, deux pianistes de folie, Grégory Privat et Federico Gonzalez Peña. Au total, trois guitares avec Adam Falcon & David Gilmore, trois batteries, avec Gene Lake et

Marque Gilmore… Au phrasé de Sharrif Simmons, premier poète de sa génération à être honoré en tant que membre du groupe de poésie THE LAST POETS, parrains du hip-hop et du Spoken Word aux USA, répondront les voix de l’américaine Christie Dashiell et de la Sud-Africaine Tutu Puoane, établie en Belgique depuis près de vingt ans. Sans oublier qu’aux platines sévira une autre figure tutélaire du rap belge, DJ Grazzhoppa lui-même, producteur spécialisé dans les collaborations transatlantiques et reconnu par ses pairs sans frontières.

 

Il est des propositions musicales décisives tout autant que subtiles, qui rallient les communautés d’artistes comme des spectateurs pour rappeler le meilleur de l’être humain.

 

À Paris toujours, le guitariste Hervé Samb ouvrira la première partie avec son nouveau projet All Star, auquel se joindront Olivier Temime, saxophone, Reggie Washington, basse, et Sonny Troupé, drums & ka.

 

https://linktr.ee/blacklivesfromgeneration

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30 octobre 2023 1 30 /10 /octobre /2023 10:55

JOEY ALEXANDER : «  Continuance »
Mack Avenue 2023
Joey Alexander (p, fder, mellotron), Kris Funn (cb), John Davis (dms) + Théo Crocker (tp on 4 tracks)

Contrairement à ce que semble indiquer le titre du nouvel album du pianiste de Bali, ce nouvel opus est pour nous bien plus qu’une simple continuité de ce que l’on savait de lui : à savoir qu’à 20 ans il est l’un des pianistes majeurs de sa génération qui se situe au gotha des 5 ou 6 plus grands pianistes qui font le jazz d’aujourd’hui.


Car ici, Joey Alexander franchit un nouveau cap. On connaissait son talent incommensurable de pianiste et d’improvisateur qui, hors de tout effet de manche, respire le jazz et ses fondamentaux. Mais il va plus loin ici en s’attaquant à la compositions dans un album où chacune de ses pièces pourrait s’inscrire au futur répertoire du real book. Car Joey Alexander avec une sensibilité infinie et un supplément d’âme maîtrise absolument TOUT. Ceux qui ne le connaissent pas pourraient jurer en l’entendant qu’il s’agit d’un grand maître qui n’aurait plus rien à prouver. Et pourtant ce que l’on entend ce sont les doigts d’un tout jeune pianiste qui, déjà écume les plus grandes scènes internationales.


Ses compositions disions-nous ! Elles sont justes sublimes. Qu’il s’agisse d’un blues emprunt de tradition,d’un gospel à vous tirer des larmes ou d’une approche plus moderne d’un jazz plus électrique, Joey Alexander ne cesse de nous bluffer.
On l’a dit, chez ce pianiste aucun effet de manche mais comme une seconde respiration de lui même tout à son ouvrage ou à celui des autres où son accompagnement du trompettiste Theo Crocker (invité sur quatre titres) y est aussi purement et simplement lumineux.
Un autre pianiste que lui avait percé au berceau et Keith Jarrett a suivi la trajectoire fabuleuse qu’on lui connait. Joey Alexander en est au tout début de se situer sur la même voie.
On s’excuserait presque d’être aussi dithyrambique au sujet de Joey Alexander mais on s’en remet à la justesse de vos oreilles. Courez vous procurez cet album et savourez. Il y a peu de chances que vous soyez déçus.

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27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 18:36

La cérémonie funéraire de Philippe Carles s’est déroulée le 25 octobre au funérarium du cimetière parisien du Père Lachaise en présence de nombreux ami(e) du monde du jazz. Jeanne Lee, Ella Fitzgerald, Miles Davis, John Coltrane et naturellement son artiste préféré Jimmy Giuffre constituaient la « bande-son » de cet hommage. Parmi les témoignages, celui de François-René Simon, contributeur de longue date de Jazz Magazine et grand connaisseur de John Coltrane. Voici les principaux extraits de son adresse à Michèle Carles-Scotto, la veuve de l’ancien rédacteur en chef du magazine.

 

«Chère, très chère Michèle, tu m’as proposé de dire quelques mots. J’avais tellement peur qu’au lieu de soulager ta douleur – comme si c’était possible ! – ils ne l’accentuent, que j’ai préféré les écrire. A d’autres l’improvisation , pourtant si chère à Philippe ! Résumer sa carrière ? Tu la connais mieux que quiconque. Je citerai quand même son défi, cet impossible Dictionnaire du jazz qu’il faudrait mettre à jour tous les jours et auquel il m’a demandé, avec beaucoup d’autres, de contribuer. Je mentionne tout de même une spécificité à laquelle Philippe tenait par-dessus tout : décrire au plus juste le style de chacun des musiciens qui avait droit à son “entrée” comme on dit. Eh bien c’est le style de Philippe que je voudrais sommairement évoquer ici, sa façon d’être ou plutôt de ne pas être chef, même s’il fut mon inoubliable rédacteur en chef de Jazz Magazine. Chef, il l’était si peu, qu’il n’osait pas dire, par exemple, à son metteur en page qu’il voyait les choses autrement, quitte à s’en vouloir de ne l’avoir pas dit une fois le numéro paru. Philippe avait commencé par des études de médecine, et il lui en est resté non seulement un goût pour l’auscultation profonde, mais aussi une grande connaissance des maux que peut subir notre corps et des moyens de les atténuer. (…) De ce penchant pour la médecine, il lui est resté ce visage de docteur, presque sévère, gardant son émotion pour l’intérieur, ou pour toi Michèle, ou pour une rencontre forcément joyeuse avec un musicien, Jimmy Giuffre par exemple, comme le montre la belle photo (de Christian Rose) que publiera Frédéric Goaty dans le prochain n° de Jazz Magazine… Pourtant je l’entends encore donner un coup de fil de colère et de rupture dont son interlocuteur, Gérard Bourgadier (ndlr : éditeur décédé en 2017), n’a pas du se remettre. Philippe, c’est bien sûr le co-auteur avec son alter-ego Jean-Louis Comolli de Free Jazz Black Power, défenseur d’un jazz si longtemps moqué, mais dont il défendit avec vigueur et rigueur, je le cite, les « beautés sans nom du hasard ». Philippe, c’est aussi l’homme de radio, producteur de 1971 à 2008 à France Musique, qui se débarrassa de lui pour cause de soi-disant retraite obligatoire. Car Philippe, c’est une voix, un timbre, ni racoleur ni vendeur, et il faut prêter bien plus qu’une oreille pour entendre les ombres d’un accent pied-noir qu’il ne récusa jamais car il n’oublia pas davantage son Alger natal, qui le rendit très tôt sensible au bleu de la Méditerranée.

François-René Simon, 25 octobre 2023, Cimetière du Père Lachaise, Paris.

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