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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 15:09

 

Raphael  Imbert (saxophones, clarinette basse, harmonium), Marion Rampal (chant et harmonium), Pierre Fenichel ( contrebasse) et Paul Elwood ( banjo, chant)

Label Durance/distribution Orkhêstra

www.label-durance.org

 

couv_imbert.jpg

Voilà un album que vous ne regretterez pas d’avoir écouté tant il communique joie de vivre, bonne humeur. Enregistré en 2008, il ne sort que maintenant  avec  l’acharnement de Raphael Imbert et du label Durance qui oeuvrent avec vaillance pour voir leurs projets arriver à terme.

Le titre n’est pas une coquille d’impression, mais un mot valise formé avec les noms des régions d’origine ou  de cœur, de ces musiciens, « Alpes » et Appalaches. Un amour du « folk » des monts et des vallées unit, on le sait à présent, le saxophoniste Raphael Imbert avec les acteurs de sa compagnie Nine Spirit (ici du moins, la chanteuse Marion Rampal et le contrebassiste Pierre Fenichel). On sait qu’il travaille sur les racines spirituelles du jazz  (« Holy Family » d’Ayler), tout en poursuivant son travail de musicologue et de chercheur ethnographique.  Passionné d’échanges et de partages sur les terroirs et les identités, le saxophoniste a rencontré et invité sur ce disque Paul Elwood, compositeur contemporain, chanteur populaire et joueur de banjo inventif. Dans leur fief des Alpes de Haute Provence (d’où la production sur le label Durance) dans l’église haute de Banon, le quartet a enregistré ainsi des airs traditionnels, du gospel, des tubes de Bob Dylan, Joni Mitchell et aussi de très belles compositions originales comme « Petite sauge couleur garance ». Sans la mélancolie inhérente à l’univers de Bill Carrothers et de sa femme Peg, on pénètre dans cette version de l’americana mâtinée de la douceur alpine. Ce n’est pas non plus le « talking blues » de Woody Guthrie que reprit Dylan à ses débuts, dans le traditionnel « Freight train » que l’on entend au début du disque dans une version aussi enjouée  (sans harmonica et  les élucubrations vocales dylanesques).

Et cela est beau. La voix de Marion Rampal atteint sa plénitude dans ce registre plus « traditionnel », nettement moins expérimental, où l’émotion et la puissance sont plus fortement palpables. Sans affèterie, quand elle reprend « Urge for going » de Joni Mitchell, avec même quelques inflexions semble t-il de la Canadienne.elwood.jpg

De toute façon  quand Paul Elwood en s’accompagnant au banjo,  chante « It takes a lot to laugh, it takes a train to cry » de Dylan, c’est une musique qui ne triche pas, populaire, accessible sans être nécessairement facile. Si entraînante que l’on a envie aussitôt de partager cet enthousiasme. Jusque dans le beau final à deux voix de « Lorena »

Sophie Chambon

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 21:49

 

Gaya Music Production 2014

Adrien Chicot (p), Sylvain Romano ( cb), Jean-Pierre Arnaud (dms)

www.adrienchicot

cover-adrien-face-300x269.jpg

 

Dans le flot des albums de jazz e que nous recevons ( surtout des trios), il y a parfois quelques petites pépites qui émergent. Des disques qu une fois insérés dans votre lecteur ont ce don de vous donner la banane, de faire bouger vos pieds en rythme et de vous rendre un peu heureux. Celui d’Adrien Chicot fait partie de ceux-là.

Adrien Chicot n'est pas un inconnu pour tout ceux qui s'intéressent de près

ou de loin à la sphère des frères Belmondo en ce compris celle du saxophoniste Samuel Thiebault dont Adrien a partagé quelques aventures et que nous aurons bientôt l’occasion d’évoquer dans ces colonnes. Et que ce pianiste soit si convoité n'est pas étonnant lorsque l'on entend dans cet album qu'il nous livre aujourd'hui son appétit de jeu, son phrasé optimiste, son sens du placement rythmique , son groove et sa grâce du swing aérien. Il a du Mc coy Tyner et du Herbie au bout des doigts lorsque l'on entend une compo comme all-in. Une lecture intelligente aussi des thèmes ellingtoniens et strayhorniens. Jous ballad qui sonne comme un vrai standard avec une superbe rythmique.Ce disque rend un poil heureux.  Il donne des fourmis dans les jambes Il est juste lumineux.chicot.jpg

Pour paraphraser l’on pourrait dire « pour ceux qui n’aiment pas le jazz ! ». Parce que l’on est sûrs au moins qu’ils changeront radicalement d’avis après avoir écouté cet album d’Adrien Chicot.

A mettre dans la hotte du père noël !


Jean-Marc Gelin

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 18:19


Avec Franck Amsallem, Pierre de Bethmann, Thomas Enhco, Manuel Rocheman, Baptiste Trotignon, (piano), Thomas Bramerie (basse), Lukmil Perez (batterie).
Backstage/L’autre distribution

 

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Encore une chanteuse, me direz-vous…Elle ne nous est pas tout à fait inconnue, Mélanie Dahan. On l’avait remarquée par des choix artistiques hors des sentiers battus pour ses deux premiers albums, l’un dédié à la chanson française, l’autre aux courants latins. Une personnalité qui illustre toujours son troisième disque. Certes le répertoire s’y révèle des plus classiques, les airs consacrés, mille fois entendus de la chanson et du jazz américains. Jugez un peu, Cole Porter, Victor Young, Herbie Hancock, Benny Golson…
Le choix de ces titres a été effectué en harmonie avec les pianistes invités, Franck Amsallem, Pierre de Bethmann, Thomas Enhco, Manuel Rocheman, Baptiste Trotignon. Pourquoi ces cinq-là ? Réponse de Mélanie en forme de portrait express : « Franck ?, « le swing », Pierre « Une frénésie réjouissante », Thomas, « la délicatesse mélodique », Manuel « Coloriste raffiné et subtil », Baptiste « La virtuosité éclairée ».
Résultat : un puzzle réjouissant où Thomas Bramerie (contrebasse) et Lukmil Perez, (batterie) apportent leur pièce avec justesse et vélocité. Un beau voyage au pays des sons et des songes avec des titres éternels Whisper Not, Every Time We Say Goodbye, Star Eyes, Dedicated to You, What’s new. Et surtout une voix qui ne manque pas de sel et de swing.

  Jean-Louis Lemarchand

 

En concert les 27 et 28 novembre au Sunside (75001) avec Thomas Bramerie et Lukmil Perez et Pierre de Bethmann et Baptiste Trotignon (27), Manuel Rocheman et Franck Amsallem (28).

 

 

 

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 16:19

visuel D'Jazz Nevers Festival 2014

On ne vient pas seulement à Nevers pour célébrer Marguerite Duras (1914-96) dans la Rue de l’Oratoire rebaptisée de son nom en souvenir du tournage ici même d’Hiroshima mon amour par Alain Resnais. En novembre, les fondus de la note bleue se donnent rendez-vous depuis 1997 pour retrouver D’Jazz Nevers Festival, bâti sur un triptyque artistique, soutien à la création, aux artistes émergents et à la scène européenne. Ils étaient encore un peu plus nombreux pour cette 28ème édition (8-15 novembre), se félicite son directeur Roger Fontanel. Des Neversois et des Nivernais pour la plupart (70 %) mais aussi des habitués parisiens ou même étrangers attirés par la riche diversité de l’offre avec 30 concerts, de midi à minuit, et des tarifs étudiés (22 euros au maximum pour le double concert du soir au prix fort et 8 euros pour les moins de 18 ans). Impressions d’une immersion de 24 heures les 13-14 novembre dans la cité nivernaise.

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12 h. Pac des Ouches. La petite salle voûtée n’a plus une chaise de libre pour cette heure de jazz acoustique et gratuit. Atmosphère recueillie pour le duo Sébastien Boisseau (basse)-Matthieu Donarier (saxophones, clarinette). Musique à l’état brut mais non sans finesse. Belle évocation de Duke Ellington (Fleurette Africaine) et de Budapest, en salut à un label hongrois qui avait produit le duo. Aérien Donarier et terrien Boisseau sont à l’unisson. A retrouver sur « Wood » (Yolk), album disponible aussi en vinyl, comme c’est de plus en plus la tendance.

15h. Maison de la Culture. Débat sur « la pertinence d’un outil ressource pour le jazz et les musiques improvisées ». En clair, comment mettre à la disposition des professionnels –artistes, agents, organisateurs, journalistes…- les informations pratiques sur le milieu après la disparition en mai dernier du Centre d’Information sur le Jazz, animé par Pascal Anquetil. Deux heures d’échanges pour asséner une vérité, la nécessité de maintenir cette base documentaire et de faire le forcing auprès des instances officielles pour dégager un financement.

20.30. Maison de la Culture. Sur scène, un nonette français qui présente sa relecture du chef d’œuvre de Carla Bley, Escalator over the Hill. Un travail collectif de deux ans engagé avec le feu vert de la créatrice et qui se veut, commente le batteur Bruno Tocanne, un des co-initiateurs du projet avec le bassiste Bernard Santacruz, « ni nostalgique, ni obséquieux ». En tournée en Europe –une dizaine de dates encore prévues- Over The Hills rend bien-avec un effectif réduit-la majesté, la fougue libertaire de l’opéra-jazz des années 70. Mention particulière ce soir au chanteur et claviériste électronique Antoine Läng. Les 500 spectateurs sont scotchés. Et visiblement Steve Swallow aussi qui salue la performance en introduction de son concert en seconde partie de soirée. steve-swallow-quintet---marzena-ostromecka-copie-1.jpgQuintet de luxe, tout de noir vêtu, emmené par Steve (basse électrique) et Carla Bley (orgue Hammond), avec Jorge Rossy (batterie), Steve Cardenas(guitare) et Chris Cheek (saxo ténor). Ces cinq là vont à l’essentiel. Le résultat est très cadré et la forme tour à tour acérée et ronde. Grande classe. Chapeau bas les deux séniors de 70 printemps et quelque (Carla et Steve).

Lendemain 10.30. Auditorium Jean Jaurès.

 

 

 

 

Devant une petite centaine de collégiens, Jean-Charles Richard présente « Traces » (Abalone) aux saxophones (soprano et baryton) en compagnie de Peter Herbert (bassiste autrichien) et Christophe Marguet (batteur parisien).

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Une heure de jouage et d’échanges où le saxophoniste à la double formation (jazz et classique) présente sa conception esthétique, évoque Vienne, Freud, le dodécaphonisme et Schönberg.

 

©Jean-Michel Regent

 

 

 


12 h. Pac des Ouches. Humour et déconstruction au programme pour Un Poco Loco, trio qui, comme son nom l’indique, salue l’œuvre de Bud Powell mais plus largement les jazzmen des années 50 (on se reportera à la chronique enchantée de Sophie Chambon). Coup de chapeauOTH--c-Yves-Dorison.jpg©Yves Dorison

 

aux Dizzy Gillespie, Kenny Dorham, Lee Morgan, « sans tambour ni trompette », glisse le tromboniste Fidel Fourneyron. Effets de souffle pour Fidel et Geoffroy (Gesser, saxo ténor et clarinette), pincements de cordes, jeu d’archet pour Sébastien Beliah (basse). Une (re)découverte d’un répertoire d’un bon demi-siècle avec brio et fraîcheur. Reprenant à son compte le titre d’un tube inoxydable, un témoin ose un (horrible) jeu de mots : « It’s now and Nevers ».


 

 

 

 

 

Jean-Louis Lemarchand                                     

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 23:05

Une nouvelle ami e
3 novembre 2014
BOriginal by Cristal records
Distribution Sony Music entertainment
La bande originale du dernier film de François OZON
Musique originale de Philippe ROMBI
www.cristalrecords.com
une-nouvelle-amie.jpg
Voilà que le dernier film de François Ozon fait le buzz alors qu’il vient de sortir. Un nouveau conte mélo, un film « transgenre », un catalogue de provocations ? Le Français s’est il réellement déchaîné dans cette histoire qui s’inspire d’une nouvelle de Ruth Rendell ? Ce film stylisé, assez détaché du réel, suit un personnage masculin qui se transforme au cours du film, une histoire d’amour avec des obsessions morbides très troublantes, à la Hitchcock. Il va «ressusciter» une femme qui manque, Laura (autre clin d’œil à une disparue célèbre, celle du film d’Otto Preminger) en devenant Virginia, une nouvelle amie. Ainsi se comble peu à peu le vide créé par l’absence de l’être aimé avec un « personnage » qui aime les femmes au point de vouloir leur ressembler, « a cross dresser».
Pour suivre le film, avant ou après sa vision, le label rochelais Cristal records sort dans sa très épatante collection BOriginal, le « Cinemasong » du film pour reprendre le titre de l’excellente émission de Thierry Jousse sur France Musique. L’occasion de revenir sur une partition à la fois populaire et complexe, à l’image du film.
La B.O du film est de Philippe Rombi, le musicien attitré des films de François Ozon qui signe une belle partition mélodique, romantique et romanesque qui fait parfois songer à Bernard Hermann pour Alfred Hitchcock, l’un des cinéastes modèles de François Ozon, qui aime multiplier les fausses pistes. Il suit ici les étapes successives de transformation de chaque personnage, car il s’agit d’une double métamorphose, celle du mari David /Virginia et celle de l’amie Claire.
A l’image du film, la musique joue subtilement sur le mélange des tonalités, pouvant se définir comme « transgenre » elle aussi : de la « grande musique » avec le Mozart lyrique des Vêpres solennelles-Laudate Dominum K.339, qui fut choisie au montage, alors que d’autres thèmes étaient dans le scénario : dans la scène d’amour, s’imposait « Mon cœur s’ouvre à toi » de Camille Saint Saens mais le choix de l’interprétation est astucieux, car il s’agit, en écho au film, de celle de Klaus Nomi, qui dans les années 80 se travestissait en créature... Par contre, dans la scène capitale du club, un travesti reprend « Une Femme avec toi », le tube de Nicole Croisille qui fit fureur à l’époque : les paroles conviennent autant, si ce n’est plus à Claire, qu’à Virginia. D’ailleurs Anais Demoustier chante encore en fin de film, à l’hôpital, mais « a capella » cette fois « Une femme avec toi », preuve supplémentaire de l’inscription de la chanson dans le scénario même. Autre clin d’œil bienvenu, après le moment d’émotion du club, on entend le très adéquat «Follow me» de la toujours ambiguë Amanda Lear. Quant à la musique originale, composée, orchestrée et dirigée par Philippe Rombi (qui joue lui-même les thèmes de piano solo), elle a cet avantage d’être très vite familière, de rester dans l’oreille. Les titres des compositions portent souvent le nom des personnages, devenant ainsi un leitmotiv identificateur (« Laura », « Le parfum de Laura », « La vie sans Virginia », « C’est David maintenant») ou de lieux importants pour l’action comme « Créancy ». N’illustrant jamais au sens fade de doublage ou de surlignage, cette BO fait partie de l’intrigue au même titre que le maquillage, les costumes, et devient essentielle dans l’histoire.


Pour aller plus loin http://www.telerama.fr/cinema/l-adn-d-une-nouvelle-amie-de-francois-ozon,118744.php

www.cinezik.org/critiques/affcritique.php?titre=une-nouvelle-amie

Sophie Chambon

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 19:40

 

 Inauguration du nouveau Crescent

 

 

Si la mémoire du jazz existe aussi par les lieux qui l’ont produit, alors le Crescent à Macon figure au Panthéon de ces clubs mythiques de l’hexagone au même titre que le Panonica à Nantes, le Petit Faucheux à Tours et quelques autres encore.

Car les bourguignons et au delà gardent en mémoire les folles soirées de ce club où depuis 1994 à l’intiative de François Gallix, Eric Prost et Laurent Sarrien quelques héros du jazz faisaient bouger les murs et que d’autres les faisaient s’écrouler à des heures avancées du petit matin.

 crescent-1.JPG

Avec l’aide d’une formidable municipalité et des partenaires publics et privés, le Crescent fait aujourd’hui peau neuve dans un magnifique petit écrin en plein centre ville. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le fait d’avoir des fonds publics ainsi investis dans un lieu du jazz est une sorte de rêve éveillé dont pas mal de communes pourraient ( rêvons-le ) s’inspirer.

 


Endroit superbe en forme de cave voûtée et pierres sèches apparentes avec, dans ce lieu en plein coeur des vignobles de bourgogne, place faite au vin avec un magnifique espace de dégustation de Pouilly Fuissé comme on les aime.

 crescent2.JPG

 

Pour l’inauguration, en cette veille de Toussaint Le Crescent nouveau avait choisi non pas de fêter les morts mais plutôt de les réveiller avec un plateau de jeunes et moins jeunes jazzmen du cru pour une soirée de lancement bouillante à souhait au cours de laquelle les héros du jour se nommaient Boris Blachet, Bruno Ruder, Nacim  Eric Prost et toute la bande.

 crescent-3.JPG

 

 

Si vous passez en Bourgogne faites donc une halte au crescent version revival. Vous ne le regretterez pas.

http://crescent.gandi.ws/agenda

 

Et puis tiens tant qu’on y est, après vous être saoulé de jazz toute la nuit nous vous conseillons, au petit matin de traverser les vignes encore nappées de brouillard sous lequel le soleil darde ses premiers rayons, pour monter pas loin de Solutré, non pour y faire pèlerinage mais pour découvrir en plein Fuissé le domaine familial de Château Vincent. Croyez nous sur parole, il n’y a rien de mieux pour accompagner le jazz !

Jean-marc Gelin

 

 

Retrouvez ici l'agenda du Crescent new look

 

A Visiter aussi  : le Chateau Vincent Fuissé Vincent 

 

 

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 11:40

Couv-provsioire_BLUE_NOTE.jpg

Blue Note, le meilleur du jazz depuis 1939. Richard Havers, traduction Christian Gauffre. 416 pages, 450 photos et fac similés. 27,7 X 21,6 relié. Editions Textuel. 59 euros.

Voilà un livre qui vaut son pesant de savoirs et d’émotions et justifie amplement de casser sa tirelire. C’est un pavé et pas seulement de bonnes intentions. L’histoire d’un des labels qui ont marqué –et marquent encore- l’histoire du jazz. Blue Note, deux mots pour voyager à travers le jazz sur 75 ans, des virtuoses du boogie-woogie (Ammons et Lewis) aux explorateurs des nouvelles voies (Glasper et Moran) pour se limiter aux seuls pianistes.

Publié à l’occasion des ¾ de siècle de la compagnie de disques (1), cette brique à couverture … bleue séduit d’entrée de jeu par la richesse de son iconographie : des pochettes de disques présentées souvent en pleine page et qui mettent en valeur le talent du graphiste Reid Miles, des « planches contacts » de photos prises en studio souvent par Francis Wolff, un des patrons du label lui-même… L’amateur y retrouve aussi des analyses des disques majeurs- du label, de Sidney Bechet (en 1940) à Gregory Porter (en 2013) témoignant de la diversité du catalogue du label désormais dans l’escarcelle d’Universal Music Group.  La sélection porte sur 75 albums dont dix pour 1964, année prolifique avec Lee Morgan, Wayne Shorter, Tony Williams, Herbie Hancock, Art Blakey …

Journaliste spécialiste de musique, auquel on doit un ouvrage sur Frank Sinatra, Richard Havers évoque avec précision l’histoire de Blue Note, ne serait-ce que sur les débuts audacieux à New York en 1939.  Installé dans la métropole depuis 1936, Alfred Lion (1908-1987), qui avait fui l’Allemagne nazie, gagnait sa vie dans l’import-export mais pas suffisamment pour concrétiser sa passion pour le jazz. D’où son association avec un écrivain et musicien aux idées de gauche, Max Margulis, et un poète et critique théâtral, Emanuel Eisenberg, pour fonder, le 25 mars 1939, Blue Note Records. Ce n’est que quelques mois plus tard que l’équipe dirigeante du jeune label sera renforcée par l’arrivée fin octobre d’un camarade d’enfance berlinois d’Alfred Lion, issu également d’un milieu « intellectuel et bohème », Francis Wolff, qui avait obtenu un visa de sortie in extremis alors que les nazis avaient déjà envahi la Pologne.

L’aventure Blue Note pouvait dès lors commencer avec une volonté affichée de se différencier des majors du disque : des choix artistiques « sans compromissions commerciales », assurait leur premier communiqué de presse, graphisme éclatant, un format de disque de 30 cm généralement réservé à la musique classique, et non de 25 cm, la norme alors pour le jazz, pour donner aux artistes la possibilité de s’exprimer largement, un prix de vente également plus élevé (1,50 dollar le disque vendu initialement seulement par correspondance, soit deux fois le prix de vente moyen des 25 cm en magasin). Stoppée près de deux ans (1941-43), comme les autres compagnies, par la grève du syndicat des musiciens-qui demandait une juste rémunération notamment pour la diffusion des albums à la radio-la production de Blue Note prendra véritablement la voie de la modernité en 1944 avec l’engagement comme directeur artistique du saxophoniste Ike Quebec. Bientôt le label allait signer Fats Navarro, Thelonious Monk, Miles Davis, Bud Powell, Art Blakey…. Blue Note entrait alors dans l’histoire du jazz. Le tandem Lion-Wolff allait atteindre son apogée dans les années 50-60 avec l’embauche de deux hommes à forte personnalité artistique, Reid Miles, graphiste, et Rudy Van Gelder, ingénieur du son travaillant sur sa console avec des gants blancs. Tout un symbole de l’excellence qui identifie un label toujours vert à 75 printemps.

Jean-Louis Lemarchand

 

 


(1)  Un festival, Blue Note Xperia Lounge, est organisé à Paris du 18 au 23 novembre avec des concerts à l’Olympia, la Gaîté Lyrique et les clubs de la Rue des Lombards. A l’affiche, Robert Glasper, Ambrose Akinmusire, Lionel Loueke, Oran Etkin, Sophie Alour, René Urtreger, Marcus Miller….On lira également le dossier spécial (40 pages) consacré au label par Jazz Magazine de novembre.

 

           

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 10:00

 

 

Fidel Fourneyron trombone, Geoffroy Gesser saxophone ténor, et clarinette, Sébastien Beliah contrebasse

www.umlautrecords.com 

www.onj.org

www.fidelfourneyron.com

Concerts  14 novembre  D’Jazz Nevers festival

21 janvier La Dynamo de Banlieues Bleues- Pantin

 

 

un-poco-loco.jpg 

 

 

 

Dès l’ouverture de la pochette, où figure  sur un éclatant fond  jaune, un tableau du peintre renaissance autrichien  Marx Reichlich  « Un fou », on se dit que cette émanation de l’ONJAZZFABRIC  a parfaitement illustré le titre de l’album et de la première composition « Un poco loco » de Bud Powell qui l’était un peu ...fou. Puis on s’aperçoit que logiquement, le trio d’improvisateurs (trombone/sax ténor, clarinette/ contrebasse) a choisi de reprendre dans ce programme le répertoire du jazz des années cinquante, en particulier du bop... C’est en effet la  « redécouverte de ces airs passés qui ont fait en leur temps la folie du jazz » que le trio nous propose. Et s’ils ne paraissent  toujours pas sages, ils sont encore capables d’enflammer un auditoire qui aime le jazz. On est donc content de réentendre ces compositions superbes réarrangées, assez fidèlement cependant  pour que la mélodie soit reconnaissable.  Il est bon de revenir aux compositions de Dizzy Gillespie ....sans oublier Lee Morgan dont il n’existe pas encore de biographie en français.  Et si vous ne vous mettez pas à danser sur la compo « Minor’s holiday » de Kenny Dorham  magnifiée par la contrebasse de Sébastien Beliah, consultez...

En lisant la présentation de l’album, on apprend que  Fidel Fourneyron, membre des très dynamiques et contemporains collectifs  Radiation X, ou Coax  (avec Geoffroy Gesserd’ailleurs) est un amoureux des orchestres swing, soliste chez Laurent Mignard (relecteur passionné de Duke Ellington) et de l’Umlaut big band spécialisé dans la musique de danse...Il y aurait donc des jeunes musiciens qui ne s’affranchissent pas du passé et remontent le temps musical au delà des années 60 ? 

L’un des  atouts de cette démarche est de reprendre ces thèmes gravés dans les mémoires des plus anciens, avec une autre instrumentation. On oublie donc les trompettistes, on écoute une autre «orchestration», des arrangements enlevés car le trio parvient à retranscrire le jus, à garder la sève de cette musique enthousiasmante. Le démarrage nous met dans l’ambiance, tout en payant respect à la mélodie : ça éructe, vrombit, s’interrompt pour mieux rebondir, klaxonne presque...vrille comme un bourdon. C’est rapide et enlevé. Et ça continue avec «Tin Tin Deo » très métallique, chaloupé et lancinant ...quand il le faut. Nos compères arrivent à ajouter encore de la chair à des compositions qui n’en manquaient pas , ainsi du moelleux fondant du trombone sur le moins connu « Rondolet ». C’est souvent humoristique avec changements et variations de tons à la klezmer ou à la Goodman. Dès l’exposition de certains thèmes, on sent une volonté d’en faire autre chose, de casser les attentes, de broder d’autres variations, de déstructurer le morceau. Et cela ne peut se faire que si l’on connaît bien le répertoire et ses chausses trappes (« A Night in Tunisia »). D’autres thèmes donnent naissance à des pépites comme ce « Ca-Lee-So » de Lee Morgan, aux rythmes latins et aux motivations plus commerciales alors, au tournant des années soixante. La version revisitée de ce calypso donne  une composition moins heureuse, plus compliquée, inquiétante et hypnotique par endroits. Quant au thème émouvant de «Poor Butterfly», il est attaqué de façon étrangement lente, étirée pour rendre un peu de la langueur de la mélodie originale... « And then she stopped » de Dizzy Gillespie  devient du jazz de chambre...à la Giuffre quand il ne jouait pas encore free. Ecoutez encore “Back for Berksdale” de Gerry Mulligan, où ça marmonne, “moane and groane”, jouant  sur les citations, allitérations, contrepoints : cela fourmille d’idées, et c’est intelligemment rendu.

On se régale d’un bout à l’autre de l’album qui n’est pas trop long, on aimerait bien les entendre en live, ils vont passer à Nevers et on espère qu’ils feront date...

 

Sophie Chambon

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 00:00

 

Neuklang 2014

Jean-Christophe Cholet (p), Heiri Känzig (cb), Marcel papaux (dms)

 cholet.jpg

 

Revoilà donc pour une 7ème édition le fameux trio suisse Cholet-Känzig-Papaux pour, une nouvelle fois faire vibrer le trio jazz dans sa veine la plus…vibrante.

Car le moins que l’on puisse dire c’est que depuis que ce trio s‘est formé en 2002 il  fonctionne à merveille dans une sorte d’osmose. Et dans cet album on les retrouve dans une veine très poésie qui joue sur les nuances subtiles et sur les interactions télépathiques du trio. C’est comme si chaque membre du trio parlait d’une même voix, tout en réponse et en écoute. On sait Jean-Christophe Cholet gourmand de multiples expériences musicales en passant par son formidable groupe Diagonal ou encore en duo avec le trompettiste Matthieu Michel. Mais avec ce trio, il semble être en famille, dans un univers où les trois musiciens discourent sans cesse entre eux. L’échange (le titre de l’album) c’est à la fois cet art de la conversation mais aussi ce moment où chacun partage l’un des trois piliers (mélodie/harmonie/rythme) ou au contraire échange sa position pour en adopter une autre. Une poésie se dégage et en même temps voyage dans des moments de groove intense. Cette musique vit, palpite, exalte, médite ou émeut.

Cholet ne fait pas dans la facilité, ne flatte pas la mélodie, mais s'en arrange, l'accommode au travers de structures plus ou moins complexes, dissonantes ou pas, rythmiquement élaborée. Des structures où sa très grande culture du jazz se mêle a une éducation d'un piano plus classique ou alors carrément rock.

C’est un album aux nuances riches, digne des plus grands trios.

Jean-marc Gelin

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:30

 

 art_whyistuckwithajunkiejazzman.jpg

 

 

Laurie Pepper a été la dernière compagne du grand saxophoniste Art Pepper.

Ils s’étaient rencontrés au centre de désintoxication de Synanon en Californie en 1969 et ne se sont plus quittés jusqu’aux derniers souffles du saxophoniste en juin 1982. Si Laurie Pepper avait largement contribué à aider Art dans l’écriture de sa célèbre autobiographie ( Straight Life), c’este elle qui aujourd’hui raconte la sienne, sans fard et sans pudeur dans un livre aussi passionnant qu’émouvant.

 

Rencontre avec Laurie Pepper......

 

 

 

 

 

JMG : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ( Why I stuck with a junkie jazzman) ?

 

LP :  En fait c'est un livre que j'ai commencé il y a environ 12 ans. J'y ai donc travaillé dessus sur une période assez longue.

 

JMG :  Vous pensiez que c'était le bon moment pour écrire ce livre ?

 

LP : Oui mais vous savez ce que c'est. Lorsque vous n'êtes pas vous même un écrivain et que vous n'écrivez pas tout le temps, cela prend beaucoup de temps pour arriver à en faire quelque chose de présentable et surtout pour commencer ce travail que bien sûr j'avais en tête depuis la mort d'Art en 1982.

 

JMG : Est ce une sorte de renaissance après tout le travail que vous aviez fait sur « Straight Life » (*) ?

 

LP : Oui, absolument.

 

JMG : Comment vous sentez vous après avoir écrit ce livre ?

 

LP : Je ne peux pas avoir le même sentiment que celui que j'avais après avoir écrit Straight LIfe. Lorsque j'ai écrit ce livre avec Art, j'avais le sentiment d'une petite mort lorsqu'il est sorti parce que, comme je le dis dans mon livre " c'était le meilleur job que j'ai jamais eu dans ma vie". Avec " Why I stuck" c'est autre chose. Je n'ai pas la même impression. D'abord parce que lorsque j'ai écrit Straight Life avec Art, je pensais que ce serait la seule et unique fois que j'écrirais un livre comme celui-là.

 

JMG : Quand vous l'avez rencontré à Synanon, pensez vous avoir sauvé sa vie ?

 

LP : Non, je ne sais pas, je ne peux pas le dire. J'écris dans le livre que si cela n'avait pas été moi cela aurait très bien pu être quelqu'un d'autre. Parce que tout simplement il cherchait quelqu'un qui pouvait sauver sa vie. Mais en fait il a toujours cherché, tout au long de sa vie quelqu'un qui pourrait le sauver. Mais je pense que lorsqu'il m'a rencontré il a pensé que je pourrai le sauver. je ne savais pas à l'époque que c'était le job qu'il avait en tête pour moi. J'ai réalisé cela plus tard.

 

JMG : Pouvez vous nous expliquer l'influence que vous avez eu sur la musique d'Art Pepper après que vous l'ayez rencontré à Synanon pour vivre ensuite près de 20 ans avec lui ?

 

LP :  Je ne sais pas si c'était une bonne chose ou non mais, oui effectivement j'ai eu une grande influence sur la musique d' Art. D'abord parce qu'il y avait certains types de musiques que j'aime et que je lui ai fait partager. Je l'ai influencé aussi au travers de mes encouragements. Je voulais qu'il joue plus de blues et de ballades que j'aimais. Vous savez il était très influencé par Coltrane. Mais de mon côté je trouvais que cette art-1.jpgmusique était dure à suivre. Art etait dans un état d'esprit où il voulait me plaire. Il savait que j'aimais les choses un peu funky, les jolies mélodies et il a répondu à cela.

 

DNJ :Vous pensez donc qu'après votre rencontre, sa façon de jouer a changé ?

 

LP : Je vous l'ai dit je pense que j'ai eu une influence. Maintenant je ne saurai jamais ce qui se serait passé dans l'évolution de sa musique si nous ne nous étions pas rencontrés. Peut être aurait elle été la même. Ce que je sais c'est que Art était très attentif aux goûts de ceux qu'il côtoyait. Particulièrement les femmes à qui il voulait plaire. Et à ce moment là cette femme c'était moi. Je ne sais pas quelle a été mon influence mais je sais bien qu'il a alors commencé à jouer beaucoup plus de blues et de ballades. Dans les albums que j'ai récemment édité, il y en a un en live au Ronnie Scott en 1980. A un moment, à la fin de l'album on entend une femme dans la salle qui crie " joue du blues !". C'était moi.

 

JMG : en fait vous êtes devenue le vrai manager d'Art Pepper

 

Retrouvez ici la suite de l'interview de Laurie Pepper : " why I stuck with a junkie jazzman"

 


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin en octobre 2014

 

 ART: Why I Stuck with a Junkie Jazzman
Laurie Pepper
358 Pages
ISBN: # 978-1494297572
Art Pepper Music Corporation
2014

 

 

 

 

 

(*) Laurie Pepper est en fait celle qui avait largement contribué aux côtés d'Art Pepper à écrire l'autobiographie du saxophoniste, "Straight Life"

 

 

 

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Interviews
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