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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 08:34
BROUSSEAU/METZGER   SOURCE

BROUSSEAU / METZGER

SOURCE

Sortie 3 novembre 2017

Emouvance/Absilone Socadisc

Concert de sortie d’album le 3 novembre au studio de l’Ermitage Paris 20ème

www.emouvance.com

Si ces deux-là se connaissent depuis vingt ans, leurs années de conservatoire, s’ils ont participé à certains des projets importants des musiques actuelles, ceux de Marc Ducret (Le sens de la Marche en 2003) et de Louis Sclavis pour aller vite et donner une idée de la mouvance dans laquelle ils aiment à apparaître ( ils ont près de dix albums en commun en tant que sidemen), ils n’avaient jamais eu le temps, l’occasion de se retrouver à deux sur un projet commun, plus personnel et donc intime. C’est chose faite à présent avec Source qui sort sur le label EMOUVANCE, écrin tout indiqué pour ce duo de charme. Elégant est sans doute le qualificatif le plus adéquat pour traduire la délicatesse de cette musique à l’image des photographies de la pochette dues à Samuel Choisy. Légèreté de ces plumes nuageuses dans l’atmosphère, en suspension : des formes vaporeuses qui surgissent et disparaissent, choses fugaces qui restent en mémoire comme les improvisations lancinantes, sinueuses, troublantes du duo, donnant du sfumato à ce « jazz » chambriste célébrant l’association des saxophones de Mathieu Metzger ( souverain au soprano) et du piano de Paul Brousseau. On est assez loin cette fois des claviers électroniques et du rock expérimental, plongé dans une musique élégiaque, onirique où les deux musiciens révèlent leur sensibilité en usant finement des atouts d’une belle pratique instrumentale. Matthieu Metzger est assurément un saxophoniste avec lequel il faudra compter, aussi fougueux que délicatement impressionniste et Paul Brousseau révèle une profondeur de son, un toucher qui sait se faire tendre, voire caressant, qui peut tomber en gouttes et quand il le faut est musclé comme dans ce vibrant « Thollot’s Rhapsody ». Un sens indéniable de la mélodie se révèle sur ces ballades lentes qui filent rapidement : au total quinze petites pièces vives, libres, subtiles entre deux et trois minutes qui égrènent en une sorte de récital, tout un art, renouvelé du duo piano sax. Et l’on ne souhaite qu’une chose, c’est les entendre encore.

Sophie Chambon

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 22:06

 

Enzo Carniel (piano, piano préparé), Marc Antoine Perrio (guitare), Simon Tailleu (contrebasse), Ariel Tessier (batterie)

Meudon, 24-25 août 2016

Jazz & People JPCD 817003 / Pias

 

Le groupe est né d'une convergence esthétique entre le pianiste Enzo Carniel et le guitariste Marc Antoine Perrio. L'un et l'autre signent la totalité du répertoire (9 compositions pour le pianiste, 2 pour le guitariste), si l'on excepte un thème signé par une musicien ami, le saxophoniste Julien Pontvianne. L'inspiration initiale est venue d'une maison provençale recélant quelques mystères, sonores ou fantomatiques. La musique procède d'un désir manifeste de dresser un décor, que l'on découvre avec l'ouïe, l'imaginaire se chargeant de dessiner les contours. D'entrée de jeu, on est immergé dans un espace, large, ouvert, où les sons et les notes se répondent dans un univers que l'on croirait indécis, mais qui progressivement nous oriente, et même nous entraîne. Pas d'ostentation, pas d'injonction univoque, rien qu'un chemin qui se dessine, et que l'on suivra en le peuplant d'images. Puis sur des figures obstinées, qui rappellent davantage les quêtes rituelles de Bartók et Stravinski que les répétitifs américains, le pianiste introduit la cursivité syncopée du jazz. Au fil des plages surprises sonores, audaces et saillies prospectives n'empêchent nullement, ici ou là, l'épanchement d'un lyrisme (post ?) romantique. A bien des reprises s'installe un soubassement très entêtant sur lequel l'un de solistes va s'évader, suivant son propre rêve, sans toutefois abolir le décor. Cette apparente dérive est finement élaborée, ciselée, mais pour en jouir pleinement, il faut feindre de n'en pas remarquer le scénario, et se laisser porter, comme en un rêve.

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera le 3 novembre à Paris, à la Petite Halle

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 16:05

« Des images vagabondent qui racontent mon histoire ». Ainsi Louis Sclavis définit-il son dernier album « Frontières ». En revisitant, malaxant quelques-unes des musiques composées pour l’image-des films et une exposition de photos, le clarinettiste offre sa vision du monde et son approche sensible. Une facette de sa personnalité bien différente –mais « pas antinomique », insiste-t-il -de ses performances free. Libre Louis Sclavis l’est toujours, qu’il rencontre le succès grand public –Carnet de routes, avec Aldo Romano, Henri Texier et Guy Le Querrec, vendu à plus de 200.000 exemplaires pour les trois albums- ou cultive l’avant-garde dans son œuvre chez ECM (12 disques à ce jour) ou encore travaille à Buenos Aires avec de jeunes musiciens, une de ses dernières aventures.  Entretien.

#luc jennepin

 


DNJ : En 2008, vous aviez sorti « La moitié du monde », (JMS-Sphinx) une sélection de 40 pièces écrites pour le cinéma, la danse, le théâtre. « Frontières » s’inscrit dans cette même démarche artistique ?
Louis Sclavis : J’avais envie de monter ce nouveau projet avec Jean-Marie Salhani (producteur et patron de JMS). Cela enrichit une collaboration vieille de 25 ans !  J’ai retravaillé des musiques composées pour des films, surtout des documentaires. J’ai étiré, rajouté pour constituer une histoire.

DNJ : Comment travaillez-vous pour l’image ?
LS : Je ne suis pas un compositeur de musiques de films. Ce n’est pas mon métier. Je suis un compositeur qui fait des musiques pour le cinéma. L’important pour moi c’est de trouver la couleur sonore du film. Alors on a fait la moitié du travail. J’insiste sur la mélodie, cela me tient à cœur Je suis là pour servir le film, satisfaire le réalisateur qui prend la décision, a le final cut, et pas pour mettre mon ego en avant. Il faut accepter l’idée que tout un travail puisse passer à la trappe (rires). C’est le jeu du cinéma.

DNJ : En quarante ans, vous avez vu le monde du jazz évoluer. Comment  résistez-vous à ces changements ?
LS : Il faut lutter, ne pas se plaindre, on va s’en sortir. Il y aura toujours besoin de ce que l’on fait. Bien sûr, il faut inventer, nous sommes des créateurs. Et puis, il faut être affuté, je le dis depuis que j’ai commencé à jouer voici plus de quarante ans. Il faut être discipliné et …accepter la douleur à un certain âge (sourires). L’état physique peut avoir plus d’importance que l’inspiration. C’est le corps qui détermine l’expression, on ne peut le séparer de l’esprit. Il faut composer avec le corps. Le style c’est le corps.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

Frontières. Louis Sclavis. Avec Louis Sclavis (clarinettes, flute), Dominique Pifarély (violon), Bruno Chevillon (basse), Christophe Lavergne (batterie), Vincent Peirani(accordéon), Gilles Coronado (guitare), Benjamin Moussay (piano), Keyvan Chemirami (percussions), Vincent Courtois (violoncelle). Musiques des films  La Porte d’Anna, Dessine toi, Nelson Mandela au nom de la liberté, Niki un rêve d’architecte et de l’exposition de photos Chibanis, la question. Octobre 2017. JMS/Sphinx distribution.
En concert  en novembre : Grignan (26) les 3 et 4, Lingolsheim (67) le 16, Lens (62) le 24 ;

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 10:32
POINT OF VIEWS   VANKENHOVE/ CAINE / BALLARD/ BOISSEAU

Point of Views

Vankenhove/Caine/Ballard/Boisseau

Sortie 3 novembre 2017

Label Cristal records

Distribution Sony Music

 

Cet album a pris son temps pour sortir et le résultat est probant : ces quatre là se sont rencontrés il y a deux ans pour un projet musical qui confronte comme l’annonce le titre, leurs points de vue et leurs univers. Les liner notes soulignent l’union d’un jazz afro américain ( Uri Caine, aussi féru de musique classique-on se souvient de ses relectures de Mahler, et Jeff Ballard, le partenaire fidèle de Brad Mehldau) avec la fine fleur du jazz européen, le contrebassiste Sébastien Boisseau que l’on ne présente plus et le trompettiste/ bugliste français (Xtet De Bruno Régnier ou Gros Cube d’Alban Darche).

Tous les titres sont du leader composant un bouquet fleuri s’envolant au-dessus de la rythmique impeccable, sur un tapis de notes swinguantes du pianiste. Ecoutez ce « Barocco », une perle aux contours qui n’ont rien d’irrégulier. Une fois encore, on est surpris par la force de la structure, la finesse de détails d’ une architecture musicale qui excelle à exposer variations de style, d’ambiances et de couleurs musicales. Un récital où brille un Vankenhove, mélodique même dans les chuintements vagissants de «Royal Jazz Baby», tendre et lyrique sur « Chorale » dans un dialogue alterné avec le pianiste toujours épatant, si singulier au gré de son inspiration.

Une rêverie charnelle qui ne s’autorise pas cependant trop d’épanchements puisque la rythmique puissante, aux aguets, intervient très vite comme dans cette vibrante «Humanity ». C’est en effet à un véritable travail collectif que se livrent ces quatre compagnons et ça joue vraiment dès le premier titre « Mini Street » très entraînant ; le thème de la deuxième composition « Délicatesse » rappelle que le trompettiste sait aussi faire de la musique de film. Le groupe prend force et vigueur dans les échanges aux ruptures tranchantes, et les énergies libérées se déploient avec une cohérence indiscutable. La musique généreusement expansionniste se développe jusqu’au final soigné. Du vrai et bon jazz vif. A suivre et écouter sans modération.

Sophie Chambon

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 15:49

Sullivan Fortner (piano) Desmond White (contrebasse), Guilhem Flouzat (batterie)

Brooklyn, 9 octobre 2016

Sunnyside SSC 1492 / Socadisc

 

Un trio à l'ancienne.... enfin presque : répertoire de standards (standards de Broadway, et standards du jazz, de toutes les époques, et pas les plus connus....), swing omniprésent, parfois une pointe de garnérisme, mais aussi des angles acérés qui rappellent le grand Thelonious, bref une manière de traiter le trio en parfait jazzman, qualité cultivée par le batteur durant un séjour de plusieurs années à New York. Après avoir nourri de compositions originales ses deux premiers albums, avec des formations plus étoffées, française («One Way... Or another», 2010) , puis états-unienne («Portraits», 2015), le batteur revient avec un épisode américain, accompagné d'un pianiste de la Nouvelle Orléans et d'un bassiste australien. Ce désir de trio est né d'une suggestion amicale de Laurent Coq, évoquée dans une carte postale reproduite sur la jaquette du CD. Belle idée, pour faire valoir que l'on peut s'attaquer aux standards sans ronronner dans la redite nostalgique. Le disque s'ouvre par There's no you (immortalisé par Sinatra, mais aussi par Betty Carter, Duke Ellington, Max Roach....), joué comme le jazz aime le faire des chansons, avec à la fois ce lyrisme codifié propre au genre, et ce goût du pas de côté qui rappelle qu'on est, ici, dans le jazz. Vient ensuite Oska T, thème de Monk assez rare, plein des brisures propres à son créateur, et ici émaillé de saillies bebop. Du très ressassé Perdido le trio donne une version plutôt singulière, entre doxa et transgression, avec un jeu sur les rythmes d'origines qui, là encore, revendique les libertés propres à cette musique. Et ainsi de suite jusqu'à l'ultime plage, laquelle a inspiré le titre de l'album : il s'agit de Happiness is a thing called Joe, que chantait Ethel Waters dans «Cabin in the Sky», le film de Minelli (en V.F. «Un petit coin aux cieux»), un film dans lequel on pouvait voir, et entendre, Armstrong et Ellington. La chanson fut reprise par Sarah, Ella et Abbey Lincoln, et le trio en donne une version de piano bar chic et sophistiqué dans lequel les clients seraient de vrais mélomanes, auxquels on peut offrir des rythmes suspendus et de subtiles dissonances. Au passage, en pénultième position, on a écouté Mrs Parker of KC, du trop confidentiel Jaki Byard, qui avait joué ce thème (sous-titré Bird's Mother) dans le groupe d'Eric Dolphy : drumming tendu, et hyper musical, monkisme, envolées bop et incursions dans l'au-delà du bop : un plaisir !

Xavier Prévost

 

Le trio est en tournée européenne. Après l'Italie et la Pologne, et avant l'Allemagne, il sera à Paris, au Sunside, les 31 octobre et 1er novembre 2017

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 15:23

JACQUES THOLLOT QUARTET Nathan Hanson (saxophones ténor et soprano), Tony Hymas (piano), Claude Tchamitchian (contrebasse), Jacques Thollot (batterie)

Paris, Sunside, 18 juin 2011

 

Marie Thollot (voix), Régis Huby & Clément Janinet (violons), Guillaume Roy (alto), Marion Martineau (violoncelle), Tony Hymas (arrangement et direction)

Karl Berger (vibraphone) & Kirk Knupfle (cornet)

Nathan Hanson Saxophone Choir : Nathan Hanson (saxophones ténor, alto, soprano & arrangement)

Noël Akchoté (guitare) & Jacques Thollot (claviers)

Catherine Delaunay (clarinette) & Tony Hymas (piano)

François Jeanneau (saxophone soprano), Sophia Domancich (piano), Jean-Paul Celea (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Karl Berger (vibraphone) & Jacques Thollot (cymbales)

 

Meudon, Woodstock, Minneapolis, Bruxelles, Mainneville, dates diverses et non précisées

nato 5464/ l'autre distribution

 

C'est une sorte de mausolée de pure amitié produit artisanalement (c'est écrit sur le CD) par Jean Rochard, avec la complicité des artistes, et de tous ceux qui ont soutenu l'édification de ce bel objet. Un parcours dans les thèmes de ce musicien dont il faut rappeler que c'était un formidable compositeur, d'une totale singularité. Des compositions de cet irremplaçable poète de la batterie (et des autres instruments qui passent à portée de ses mains) : souvenirs des disques «Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer», «Watch Devil Go», «Résurgence», «Cinq Hops» et «Tenga Niña», revus par la quartette du batteur lors d'un concert de juin 2011, et par ses amis (et sa fille) qui ont joué avec lui à diverses époques : François Jeanneau joue le rôle du fidèle, puisqu'il était dans trois de ces cinq disques. Au fil des plages, outre le bonheur d'entendre ce qui fut le dernier quartette de Jacques Thollot, c'est le plaisir de retrouver les mélodies étranges, distendues, écrites par Jacques Thollot. De «Résurgence», le producteur et les musiciens ont retenu Marie et Épilogue : beau choix de thèmes, magnifiquement arrangés pour quatuor à cordes par Tony Hymas, et encadrant Watch devil go (du disque éponyme enregistré de décembre 1974 à janvier 1975), chanté par Marie, la fille de Jacques, sur un texte remanié par Caroline de Bendern, la dernière compagne du batteur-compositeur. L'amateur nostalgique regrettera peut-être l'absence de la petite Valse de «Résurgence», mais il fallait bien faire des choix dans un corpus finalement conséquent. Et le dialogue de Thollot avec Nathan Hanson sur La dynastie des Wittelsbach («Watch devil go») valait bien ce petit sacrifice. Très belle évocation aussi de On a mountain (qui s'intitulait me semble-t-il On the mountain dans «Cinq Hops»), magnifié par un arrangement de Nathan Hanson qui en joue toutes les parties de saxophone grâce au multipiste. Et belle émotion aussi en écoutant d'autres extraits du même disque par le duo Delaunay-Hymas, ou par le quartette rassemblé autour de François Jeanneau ; bref tout est du côté des cimes, même ce que je n'ai pas pris le soin de citer pour vous laisser le plaisir de la découverte, notamment celle des deux livrets : un bel album de photos rares, et un entretien très riche d'informations et d'expériences accordé par Jacques Thollot à Jean-Jacques Birgé et Raymond Vurluz en 2001. Il y a même la voix de Sunnay Murray sur le répondeur de Jacques au tout début du CD : on se précipite !

Xavier Prévost

 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 08:08

Hervé Sellin (p), PIerrick Pedron (as), Thomas Bramerie (cb), Philippe Soirat (dms)
Cristal Records 2017

 

Un bonheur n’arrive jamais seul. Hervé Sellin, le trop rare Hervé Sellin se faisait attendre depuis plusieurs années et notamment depuis ce magnifique « Marciac New-York Express » qu’il avait publié en 2008. Et voilà que, coup sur coup le pianiste publie deux superbes albums.
Sous la plume de Xavier Prevost nous vous avons parlé du premier, « Passerelles » consacré notamment aux liens entre la musique classique et le jazz

http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/herve-sellin-passerelles.html


Avec « Always too soon" c’est de Phil Woods, le digne continuateur de Charlie Parker dont il est question. Hervé Sellin a très bien connu le saxophoniste dont il était un ami très proche.
L’album d’inspiration très bop comme il se doit est aussi très Monkien ( ça tombe bien !) et s’organise autour de thèmes que Phil Woods aimait à jouer. Mais Hervé Sellin et sa compagne Carine Bonnefoy lui dédient aussi de belles compositions comme Willow Woods ou Remembering Phil.
Et pour servir le propos, le pianiste s’entourer de la meilleure façon qui soit.
Ah que l’on aime ce Pedron-là ! Celui qui charrie avec lui toute cette histoire du jazz. cette histoire du sax alto dont il est l’un des plus digne héritier. Lorsque l’on entend son lyrisme, son sens de la phrase juste, son placement rythmique, son art de l’improvisation qu’il manie comme un chanteur de bop, on croit entendre les plus grands. Bird, Phil Woods bien sûr mais aussi Cannonball Adderley hantent son saxophone qui s’envole comme porté par les anges du jazz. Ah que l’on aime ce Pedron-là qui revient aux sources et qui sur Ask me now vous entraîne sur ces terres qu’habitent encore ces légendes du jazz qu’Hervé Sellin exhume pour qu’on ne les oublient jamais.
Après, c’est une succession de bonheurs simples. Hervé Sellin n’a pas vocation à bouleverser le jazz, à renverser la table sur lequel l’encre de ses plus belles pages sèche encore. Hervé Sellin est trop amoureux de ces fondamentaux, trop ami de Phil Woods qui lui-même jouait sur le sax de Charlie Parker et dormait dans le lit de sa femme, pour en détourner l’esprit. Et le résultat est juste magnifique. Et inspiré.
Il n’est jamais trop tard pour vous ruer sur « Always too soon ».
Un des grands disques de l’année.
Jean-Marc Gelin

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 19:53

Laurent de Wilde. New Monk Trio. Laurent de Wilde (piano), Jérôme Regard (basse) et Donald Kontomanou (batterie). Studio Besco (Tilly.78), avril 2017. Gazebo/L’autre distribution

 

On se demandait bien pourquoi Laurent de Wilde n’avait toujours pas consacré un album complet à Thelonious Monk, lui l’auteur d’une biographie du Grand-Prêtre du Be-Bop voici 20 ans devenue un best-seller et rééditée ces jours-ci (Monk.Folio). L’intéressé s’explique dans le livret de son New Monk Trio : « C’était pour moi un réel embarras, après avoir passé une partie conséquente de mon existence à étudier les multiples facettes de son génie et à en partager l’émerveillement avec mes contemporains, il m’était très difficile de me convaincre de la nécessité d’une reprise de ses titres qui paraphraserait sans grâce l’éblouissante et singulière perfection de ses interprétations ».
De l’adoration muette, Laurent de Wilde est passé à l’hommage, estimant avoir désormais la personnalité et le recul suffisants pour « s’attaquer » au génie. Son angle ? prendre des compositions se prêtant à des « interprétations-déformations-relectures ». La preuve est en donnée, avec brio dans un « pot-pourri », Monk’s Mix où s’entremêlent cinq titres du maître (Rhythm-A-Ning, Nutty, Green Chimneys, Little Rootie Tootie et Oska T). Une excellente entrée en matière pour l’écoute de l’album enregistré par le pianiste avec deux comparses de son trio Over the Clouds (Jerôme Regard et Donald Kontomanou). On reviendra à la face précédente Tune For T, seule composition présente de Laurent de Wilde, écrite en 1997, évocation de la face joyeuse, fortement empreinte de ragtime. Pour compléter cette première approche de New Monk Trio, passons au cinquième titre, Pannonica, hommage de T.M à sa bienfaitrice (la baronne de Koenigswarter) et mélodie toute en décontraction dédiée par LDW à sa fille… Pannonica. Mais tout au long de ce bref (50 minutes) et intense album, les (bonnes) surprises se ramassent à la pelle dans le traitement des thèmes historiques et mille fois entendus à commencer par Round Midnight, Reflections ou encore Four in One que Laurent de Wilde enregistra pour la première fois en 1989. Un album indispensable à qui veut célébrer avec un esprit d’ouverture le centenaire de la naissance de Thelonious Sphere Monk.
 Jean-Louis Lemarchand
New Monk Trio en concert : 26 octobre : Bal Blomet (75015) avec Bruno Rousselet (basse) et Donald Kontomanou (batterie) ; 4 au 6 décembre : Duc des Lombards (75001) ; 10 janvier : Saint Germain en Laye ; 26 & 27 janvier : Sunside (75001).
Et aussi concert privé en ligne sur Arte le 26 octobre.

 

26 octobre : Bal Blomet-Paris

4 au 6 décembre : Duc des Lombards-Paris

10 janvier : Saint Germain en Laye

26 & 27 janvier : Sunside - Paris

8 février : Pouzaugues

24 février : Saint Malo

17  mai  : Arcachon

18  mai Le Bouscat

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 09:21

Sylvain RIFFLET : » Je ne suis pas revival. Re-focus n’est pas un hommage mais un rêve de gosse »

 

Avec la sortie de Re-focus, le saxophoniste français, tout auréolé de ses Victoires du Jazz obtenues en 2016 se fait un nom parmi les très rares français à avoir enregistré chez Verve.

Il faut dire que son projet de marcher sur les traces de Stan Getz ne manque ni de souffle ni d'ambition pour une œuvre qui finalement lui est très personnelle

Rencontre


Les DNJ :  Avec ce projet ( « Re-focus ») tu vas sur les terres d’un monument enregistré par Stan Getz ( « Focus »- Verve 1961). Est ce qu’il ne s’agit pas d’un projet totalement mégalo ?

Sylvain Rifflet : Je comprends ta question mais franchement, je ne crois pas. Pour faire ce projet il fallait surtout tous les ingrédients que j’ai eus et qui se sont alignés favorablement. D’abord il fallait impérativement que cela paraisse chez Verve. Je ne l’aurai pas fait si cela n’avait pas été sur le label sur lequel Getz avait enregistré « Focus ».

Les DNJ : Justement , ils ne t’ont pas pris pour un fou ?

SR: Ils ont été un peu surpris, c’est vrai. Mais j’avais mis un certain nombre d’atouts de mon côté. Le fait d’avoir été primé aux Victoires du Jazz m’a quand même un peu aidé et m’a apporté un peu de crédibilité. L’original je le connais par coeur et je savais exactement ce qu’il ne fallait pas faire.
Cet album de Stan Getz, j’avais depuis très longtemps le choix de l’enterrer et de le sortir de temps en temps pour le réécouter. Mais je me suis toujours dit que si un jour je pouvais faire un truc projet qui ressemble à ça, ce serait un rêve. Mais un des choix à ne pas faire aurait été de reprendre les partitions et de rejouer l’album à l’identique. Cela aurait été se tirer une balle dans le pied. Du coup je voulais écrire ma propre musique, personnelle.
J’ai beau travailler mon instrument comme un fou, tous les jours comme un forcené pour avoir le son que j’ai aujourd’hui, je ne lâche jamais l’affaire mais je sais que jamais je ne serai à la hauteur de Stan Getz.

Les DNJ : Quand tu es allé voir Verve tu avais du matériel à leur faire écouter ?

SR : Non, rien.

DNJ : Et ils t’ont dit « banco » ?

SR : Non, cela a été un peu long. J’y suis allé entre les deux tours des Victoires. Et comme j’ai eu le concours de beauté, j’ai pu y retourner juste après. Ils m’ont écouté un peu différemment.

DNJ : Combien de musiciens français ont enregistré chez Verve, ce label mythique de Norman Granz ?

SR : à ma connaissance Thomas Encho récemment et il y a aussi Julien Lourau qui joue sur le label Gitanes Jazz, qui est un sous-label de Verve sur un disque magnifique d’Abbey Lincoln (j’étais d’ailleurs super jaloux de lui)  ( NDLR : «  A turtle’s dream » -2003)
Cela dit quand j’ai proposé le projet à verve et qu’ils l’ont accepté j’y ai mis des conditions. Notamment le fait que je ne voulais pas faire cet album tout seul. Je voulais absolument Fred (Pallem) sur ce projet et du coup le label a compris que je ne m’embarquais pas tout seul dans cet album.

DNJ : Fred Pallem aux arrangements, c’est assez surprenant dans le sens où cela ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude.

SR : D’accord mais regarde Eddie Sauter qui était l’arrangeur de « Focus », ce n’est pas ce qu’il faisait d’habitude. Il était chez Benny Goodman, il faisait des Broadway Shows. Et c’est Stan Getz qui admirait ce mec et qui se désolait de voir ce qu’on lui faisait faire. Bon ce n’est effectivement pas le cas avec Fred qui a toujours fait des projets formidables. Le Sacre ( NDLR : du Tympan) c’est génial mais il est vrai que c’est totalement différent. Fred sait tout faire et il connait parfaitement la musique et pour lui aussi  « Focus » était une vraie référence.
Fred et moi nous nous connaissons depuis longtemps et je lui faisais une totale confiance sur ce projet. Je lui ai donné les clefs et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Ensuite on en discutait ensemble. On a fait tout l’enregistrement en deux jours en prise direct, comme Getz. Entre moi et Fred ça a « matché » parfaitement.
Après tout s’est enchaîné favorablement. On a trouvé un orchestre remarquable et Tessier Du Cros (ingénieur du son) était sur le projet. Bref tout s’alignait pour que Verve adhère totalement au projet. J’en profite au passage pour saluer le travail extraordinaire que Philippe (Tessier Du Cros) a fait sur le son. C’est un fou génial.


DNJ : Comment as tu conçu l’album ?

SR : Je voulais que les deux premiers morceaux (Night Rain et Rue Breguet) soient un vrai clin d’oeil a « Focus » qui sont un vrai rappel de I’m late I’m late et de Her. J’ai pris le thème et je l’ai mis à l’envers en le développant vers quelque chose de plus Steve Reich, ce qui me ressemble plus. Rue Breguet correspond à la période où j’ai découvert le disque. Dans la rue Bréguet il y avait l’appartement du père de Thomas de Pourquery où nous étions tout le temps fourrés. On étaient au lycée à Hélène Boucher et à l’heure du déjeuner on allait dans cet appartement écouter Les Double Six, Eddie Louiss etc…. et Stan Getz. Donc je voulais faire ce titre un peu mélancolique et en même temps un hommage au père de Thomas.
Après j’ai déroulé les compos. Certaines ont des vrais liens ou des citations cachées de « Focus ». Dans d’autres cas nous sommes partis de motifs qu’utilisait Sauter.


DNJ : Avez vous d’autres compos qui ne sont pas dans le disque ?

SR : Non, nous avons tout mis dans l’album. Pour  les concerts nous serons peut être un peu court en temps mais nous avons d’autres surprises à ajouter. Cela dit une heure de musique symphonique, ce n’est pas la même chose qu’une heure de quartet, et cela n’a pas le même poids. Avec « Re-Focus » c’est sûr, je ne vais pas faire trois sets.


 

J’ai fait ce disque par amour


DNJ : Tu n’as pas eu peur en sortant cet album que certains te reprochent de toucher à une oeuvre intouchable ?
 
SR: Carrément ! Je suis sûr qu’il y en certains qui vont me tomber dessus. On va sûrement me dire que c’est un monument et qu’il ne fallait pas y toucher. Mais je trouve cela un peu ridicule parce qu’en fait je ne touche pas à «  Focus ». Ce ne sont pas les arrangements de Sauter et je ne suis pas un musicien de revival. Cela m’est arrivé une fois dans ma vie de faire un hommage, avec Moondog mais il faut le remettre dans son contexte. Pour « Refocus » je n’ai pas voulu rendre hommage.

DNJ: Quand même, juste le titre «  Re-focus » c’est quand même un hommage, non ?

SR :  Et bien non ! Je ne le considère pas comme cela.
D’abord « Refocus » est un mot, ça veut dire refaire le point, pour moi ça voulait dire me recentrer sur ma culture première: le jazz, Stan Getz, Focus et toutes les autres choses qui font que je suis musicien aujourd’hui.  
Ensuite, Alex Dutilh a trouvé la bonne formule en disant « C’est un à-propos ».
C’est exactement cela ! Et de fait, à part la forme, l’instrumentation, il n’y a rien de « Focus ». Mais bon, des saxophonistes coltraniens avec des quartet il y en a à la pelle et ça ne gêne personne. Moi j’ai l’habitude de faire des projets avec des formes un peu bizarres et pour une fois que j’utilise un formalisme plus classique, on devrait me tomber dessus en me disant c’est bon il y a déjà un mec qui a fait ça et que t’as pas le droit de refaire.  Soyons sérieux.
Après que cela ne plaise pas, c’est la liberté de chacun. Il y a d’ailleurs un très bon copain musicien qui trouvait que je m’étais travesti pour faire ce disque. Mais c’est faux ! Moi j’ai fait ce disque par amour.

DNJ : Tu t’exposes quand même beaucoup dans cet album. La rythmique n’est certes pas anecdotique mais quand même c’est toi qui est au centre des débats.

SR :  En fait jusqu’à présent je me cachais un peu. Dans Rocking Chair avec Airelle (Besson) je ne faisais presque pas de solos. Avec Mechanics c’est autre chose,  une osmose de groupe très forte et j’étais dans un processus de recherche. Je pense qu’aujourd’hui, je ne vais pas parler de maturité, mais simplement  que je suis enfin arrivé à un son que je cherchais depuis longtemps.

DNJ : Travailler avec un orchestre à cordes, un rêve pour tous les saxophoniste ?

SR : Je ne sais pas si c’est le rêve de tous mais en tous cas pour moi, dans l’absolu, ce n’est pas un rêve.
Par contre, dans le format de « Focus » , oui. Cela étant, j’ai des exemples en tête qui sonnent monstrueusement bien comme « Round around Roma » de Stefano Di Battista. Les cordes font le tapis et Stefano fait le latin lover. C’est sublime. Personnellement je ne suis pas capable de faire cela. « Re Focus » est un autre projet où l’on pourrait retirer mes interventions et la rythmique et laisser jouer les cordes, cela fonctionnerait quand même. Tout , tout comme avec l’album de Getz. En fait je joue peu de plans, je travaille surtout l’interaction avec les autres. Dans ce  projet, j’ai un rapport hyper interactif avec les cordes, je peux jouer, ne pas jouer, répondre et questionner.

DNJ : Y a t-il beaucoup de parties écrites ?

SR: Non, presque pas. Seule la mélodie de base de deux morceaux ont été écrites et je n’avais même pas de partitions en studio. Je me suis juste fait des schémas avant d’enregistrer, et les arrangements n’étaient que pour les cordes. Fred a essayé de me faire jouer des bouts de mélodie mais, c’est pas pour moi. Parfois je joue ce que jouent les cordes, mais uniquement parce qu’à ce moment-là c’est ce que je choisissais.

 

DNJ : Dans ce format, la place de la batterie n’est elle pas difficile à trouver ?

SR : Tu sais Jeff (Balard) peut tout jouer. Parfois c’est un peu compliqué pour les cordes, mais Jeff est tellement bon ! Je voulais quelqu’un capable de vraiment surprendre aux balais, qui pouvait amener  une particularité. Et puis je me suis dit aussi qu’il fallait quelqu’un capable d’apporter aussi le swing. Et il se trouve que je connais bien la femme de Jeff et ce dernier a tout de suite réagi favorablement dès qu’il a eu connaissance du projet. Jeff avait un trou dans sa tournée et il pouvait être là juste un jour, le premier du studio.

 

DNJ : Les rapports entre jazz et classique ?

SR : Ils viennent de la référence à « Focus » et du fait que Sauter a prit la même instrumentation que la pièce de Bartok musique pour cordes, percussions et célesta. Sauf que moi j’ai viré le célesta, le piano et la harpe. On a décidé de ça au fur et à mesure avec Fred, les perçus-claviers (Vibraphone, Marimba, Glokenspiel) c’est sa patte! A partir de là il a fait un boulot de fou. Il a agencé les choses, il savait exactement comment ça allait sonner.

DNJ: tu as le sentiment de perpétuer une tradition du jazz ?

SR : Mais je viens de là ! C’est organique, c’est moi ! C’est MON disque de jazz. Ce n'est pas free, pas barré, c’est juste jazz. Après je ne sais pas si ça s’inscrit dans une tradition ou une autre, j’espère surtout que du ténor tout le long, les gens vont pas trouver cela ennuyeux.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 09:18

Avec  la sortie de l'album " Refocus" comme en echo avec le célèbre "Focus" de Stan Getz en 1961, Sylvain Rifflet, auréolé de ses Victoires du jazz s'est largement exposé.

Prise de risque maximum pour un album que nous avons particuièrement aimé ici.

Avant son  premier concert parisien au Flow le 19 octobre prochain, rencontre avec Sylvain Rifflet qui nous raconte son rêve de gosse.

 

Les DNJ :  Avec ce projet ( « Re-focus ») tu vas sur les terres d’un monument enregistré par Stan Getz ( « Focus »- Verve 1961). Est ce qu’il ne s’agit pas d’un projet totalement mégalo ?

Sylvain Rifflet : Je comprends ta question mais franchement, je ne crois pas. Pour faire ce projet il fallait surtout tous les ingrédients que j’ai eus et qui se sont alignés favorablement. D’abord il fallait impérativement que cela paraisse chez Verve. Je ne l’aurai pas fait si cela n’avait pas été sur le label sur lequel Getz avait enregistré « Focus ».

Les DNJ : Justement , ils ne t’ont pas pris pour un fou ?

SR: Ils ont été un peu surpris, c’est vrai. Mais j’avais mis un certain nombre d’atouts de mon côté. Le fait d’avoir été primé aux Victoires du Jazz m’a quand même un peu aidé et m’a apporté un peu de crédibilité. L’original je le connais par coeur et je savais exactement ce qu’il ne fallait pas faire.
Cet album de Stan Getz, j’avais depuis très longtemps le choix de l’enterrer et de le sortir de temps en temps pour le réécouter. Mais je me suis toujours dit que si un jour je pouvais faire un truc projet qui ressemble à ça, ce serait un rêve. Mais un des choix à ne pas faire aurait été de reprendre les partitions et de rejouer l’album à l’identique. Cela aurait été se tirer une balle dans le pied. Du coup je voulais écrire ma propre musique, personnelle.
J’ai beau travailler mon instrument comme un fou, tous les jours comme un forcené pour avoir le son que j’ai aujourd’hui, je ne lâche jamais l’affaire mais je sais que jamais je ne serai à la hauteur de Stan Getz.

Les DNJ : Quand tu es allé voir Verve tu avais du matériel à leur faire écouter ?

SR : Non, rien.

DNJ : Et ils t’ont dit « banco » ?

SR : Non, cela a été un peu long. J’y suis allé entre les deux tours des Victoires. Et comme j’ai eu le concours de beauté, j’ai pu y retourner juste après. Ils m’ont écouté un peu différemment.

DNJ : Combien de musiciens français ont enregistré chez Verve, ce label mythique de Norman Granz ?

SR : à ma connaissance Thomas Encho récemment et il y a aussi Julien Lourau qui joue sur le label Gitanes Jazz, qui est un sous-label de Verve sur un disque magnifique d’Abbey Lincoln (j’étais d’ailleurs super jaloux de lui)  ( NDLR : «  A turtle’s dream » -2003)
Cela dit quand j’ai proposé le projet à verve et qu’ils l’ont accepté j’y ai mis des conditions. Notamment le fait que je ne voulais pas faire cet album tout seul. Je voulais absolument Fred (Pallem) sur ce projet et du coup le label a compris que je ne m’embarquais pas tout seul dans cet album.

DNJ : Fred Pallem aux arrangements, c’est assez surprenant dans le sens où cela ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude.

SR : D’accord mais regarde Eddie Sauter qui était l’arrangeur de « Focus », ce n’est pas ce qu’il faisait d’habitude. Il était chez Benny Goodman, il faisait des Broadway Shows. Et c’est Stan Getz qui admirait ce mec et qui se désolait de voir ce qu’on lui faisait faire. Bon ce n’est effectivement pas le cas avec Fred qui a toujours fait des projets formidables. Le Sacre ( NDLR : du Tympan) c’est génial mais il est vrai que c’est totalement différent. Fred sait tout faire et il connait parfaitement la musique et pour lui aussi  « Focus » était une vraie référence.
Fred et moi nous nous connaissons depuis longtemps et je lui faisais une totale confiance sur ce projet. Je lui ai donné les clefs et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait. Ensuite on en discutait ensemble. On a fait tout l’enregistrement en deux jours en prise direct, comme Getz. Entre moi et Fred ça a « matché » parfaitement.
Après tout s’est enchaîné favorablement. On a trouvé un orchestre remarquable et Tessier Du Cros (ingénieur du son) était sur le projet. Bref tout s’alignait pour que Verve adhère totalement au projet. J’en profite au passage pour saluer le travail extraordinaire que Philippe (Tessier Du Cros) a fait sur le son. C’est un fou génial.


DNJ : Comment as tu conçu l’album ?

SR : Je voulais que les deux premiers morceaux (Night Rain et Rue Breguet) soient un vrai clin d’oeil a « Focus » qui sont un vrai rappel de I’m late I’m late et de Her. J’ai pris le thème et je l’ai mis à l’envers en le développant vers quelque chose de plus Steve Reich, ce qui me ressemble plus. Rue Breguet correspond à la période où j’ai découvert le disque. Dans la rue Bréguet il y avait l’appartement du père de Thomas de Pourquery où nous étions tout le temps fourrés. On étaient au lycée à Hélène Boucher et à l’heure du déjeuner on allait dans cet appartement écouter Les Double Six, Eddie Louiss etc…. et Stan Getz. Donc je voulais faire ce titre un peu mélancolique et en même temps un hommage au père de Thomas.
Après j’ai déroulé les compos. Certaines ont des vrais liens ou des citations cachées de « Focus ». Dans d’autres cas nous sommes partis de motifs qu’utilisait Sauter.


DNJ : Avez vous d’autres compos qui ne sont pas dans le disque ?

SR : Non, nous avons tout mis dans l’album. Pour  les concerts nous serons peut être un peu court en temps mais nous avons d’autres surprises à ajouter. Cela dit une heure de musique symphonique, ce n’est pas la même chose qu’une heure de quartet, et cela n’a pas le même poids. Avec « Re-Focus » c’est sûr, je ne vais pas faire trois sets.

 


J’ai fait ce disque par amour

 


DNJ : Tu n’as pas eu peur en sortant cet album que certains te reprochent de toucher à une oeuvre intouchable ?
 
SR: Carrément ! Je suis sûr qu’il y en certains qui vont me tomber dessus. On va sûrement me dire que c’est un monument et qu’il ne fallait pas y toucher. Mais je trouve cela un peu ridicule parce qu’en fait je ne touche pas à «  Focus ». Ce ne sont pas les arrangements de Sauter et je ne suis pas un musicien de revival. Cela m’est arrivé une fois dans ma vie de faire un hommage, avec Moondog mais il faut le remettre dans son contexte. Pour « Refocus » je n’ai pas voulu rendre hommage.

DNJ: Quand même, juste le titre «  Re-focus » c’est quand même un hommage, non ?

SR :  Et bien non ! Je ne le considère pas comme cela.
D’abord « Refocus » est un mot, ça veut dire refaire le point, pour moi ça voulait dire me recentrer sur ma culture première: le jazz, Stan Getz, Focus et toutes les autres choses qui font que je suis musicien aujourd’hui.  
Ensuite, Alex Dutilh a trouvé la bonne formule en disant « C’est un à-propos ».
C’est exactement cela ! Et de fait, à part la forme, l’instrumentation, il n’y a rien de « Focus ». Mais bon, des saxophonistes coltraniens avec des quartet il y en a à la pelle et ça ne gêne personne. Moi j’ai l’habitude de faire des projets avec des formes un peu bizarres et pour une fois que j’utilise un formalisme plus classique, on devrait me tomber dessus en me disant c’est bon il y a déjà un mec qui a fait ça et que t’as pas le droit de refaire.  Soyons sérieux.
Après que cela ne plaise pas, c’est la liberté de chacun. Il y a d’ailleurs un très bon copain musicien qui trouvait que je m’étais travesti pour faire ce disque. Mais c’est faux ! Moi j’ai fait ce disque par amour.

DNJ : Tu t’exposes quand même beaucoup dans cet album. La rythmique n’est certes pas anecdotique mais quand même c’est toi qui est au centre des débats.

SR :  En fait jusqu’à présent je me cachais un peu. Dans Rocking Chair avec Airelle (Besson) je ne faisais presque pas de solos. Avec Mechanics c’est autre chose,  une osmose de groupe très forte et j’étais dans un processus de recherche. Je pense qu’aujourd’hui, je ne vais pas parler de maturité, mais simplement  que je suis enfin arrivé à un son que je cherchais depuis longtemps.

DNJ : Travailler avec un orchestre à cordes, un rêve pour tous les saxophoniste ?

SR : Je ne sais pas si c’est le rêve de tous mais en tous cas pour moi, dans l’absolu, ce n’est pas un rêve.
Par contre, dans le format de « Focus » , oui. Cela étant, j’ai des exemples en tête qui sonnent monstrueusement bien comme « Round around Roma » de Stefano Di Battista. Les cordes font le tapis et Stefano fait le latin lover. C’est sublime. Personnellement je ne suis pas capable de faire cela. « Re Focus » est un autre projet où l’on pourrait retirer mes interventions et la rythmique et laisser jouer les cordes, cela fonctionnerait quand même. Tout , tout comme avec l’album de Getz. En fait je joue peu de plans, je travaille surtout l’interaction avec les autres. Dans ce  projet, j’ai un rapport hyper interactif avec les cordes, je peux jouer, ne pas jouer, répondre et questionner.

DNJ : Y a t-il beaucoup de parties écrites ?

SR: Non, presque pas. Seule la mélodie de base de deux morceaux ont été écrites et je n’avais même pas de partitions en studio. Je me suis juste fait des schémas avant d’enregistrer, et les arrangements n’étaient que pour les cordes. Fred a essayé de me faire jouer des bouts de mélodie mais, c’est pas pour moi. Parfois je joue ce que jouent les cordes, mais uniquement parce qu’à ce moment-là c’est ce que je choisissais.

 

DNJ : Dans ce format, la place de la batterie n’est elle pas difficile à trouver ?

SR : Tu sais Jeff (Balard) peut tout jouer. Parfois c’est un peu compliqué pour les cordes, mais Jeff est tellement bon ! Je voulais quelqu’un capable de vraiment surprendre aux balais, qui pouvait amener  une particularité. Et puis je me suis dit aussi qu’il fallait quelqu’un capable d’apporter aussi le swing. Et il se trouve que je connais bien la femme de Jeff et ce dernier a tout de suite réagi favorablement dès qu’il a eu connaissance du projet. Jeff avait un trou dans sa tournée et il pouvait être là juste un jour, le premier du studio.

 

DNJ : Les rapports entre jazz et classique ?

SR : Ils viennent de la référence à « Focus » et du fait que Sauter a prit la même instrumentation que la pièce de Bartok musique pour cordes, percussions et célesta. Sauf que moi j’ai viré le célesta, le piano et la harpe. On a décidé de ça au fur et à mesure avec Fred, les perçus-claviers (Vibraphone, Marimba, Glokenspiel) c’est sa patte! A partir de là il a fait un boulot de fou. Il a agencé les choses, il savait exactement comment ça allait sonner.

DNJ : tu as le sentiment de perpétuer une tradition du jazz ?

SR : Mais je viens de là ! C’est organique, c’est moi ! C’est MON disque de jazz. Ce n'est pas free, pas barré, c’est juste jazz. Après je ne sais pas si ça s’inscrit dans une tradition ou une autre, j’espère surtout que du ténor tout le long, les gens vont pas trouver cela ennuyeux.

 

 

Propos receuillis par Jean-Marc Gelin

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