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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 23:26

GONAM CITY

QUENTIN GHOMARI (trompette, bugle, trompette à coulisse), MARC BENHAM (piano)

Paris, Mairie du 6ème arrondissement, 16 avril 2019, 18h30

 

Double surprise : non seulement ce concert gratuit a lieu sous les ors (enfin, sous les dorures) de la mairie d'arrondissement, et il est de surcroît organisé par la Société des membres de la Légion d'Honneur, section du 6ème arrondissement. Mais la mairie accueille régulièrement des concerts de jazz, et elle héberge aussi les bureaux de l'association du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés.

Le concert a bien eu lieu le mardi 16 avril 2019. La date qui figure sur le programme est erronée….

 

Au verso du programme, dans les trois courts paragraphes qui résument les 3 missions de la Société, on lit ceci : «Promouvoir, dans la société française, les valeurs incarnées par la Légion d'honneur et contribuer au développement de l'esprit civique et patriotique....». Ce soir ce seront plutôt les valeurs de la musique afro-américaine, si chères aux musiciens et au public présents. 

 

Le duo commence par un medley : une compo originale, enchaînée à Pithecanthropus Erectus de Mingus, puis à Celia de Bud Powell avec accompagnement de piano genre free stride ! On est déjà dans le plus vif du sujet : ces deux gaillards conjuguent à merveille précision et liberté, rigueur et folie. Vient ensuite Petite Fleur de Bechet, à la trompette à coulisse, dont Quentin Ghomari tire des trésors d'expressivité tandis que Marc Benham déroule un tapis harmonique d'accords sur-altérés : jouissif ! Après une intro lente de trompette wah-wah, des notes de trompes de chasse et des esquisses de gammes par tons, on débouche sur Bye-Ya de Thelonious Monk. Du jazz très moderne avec la frénésie du Vieux Style. Une compo du trompettiste sera prélude à Tin Tin Deo de Gillespie, avant un Bistrology majestueux au bugle, puis une intro contemporaine pour un Blueberry Hill sauvagement entraîné hors des clous. Encore un petit coup de bugle en douceur, avant un tempo d'enfer sur les harmonies de I Got Rhythm, et en rappel un Stardust qui commence comme Jitterbug Waltz et bifurque vers un tempo d'enfer : waouh, quel pied !

Xavier Prévost

 

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 21:16

GALACTIC : " Already ready"
Tchoup-Zillia records 2019
Ben Ellman (ts), Robert Mercurio (b), Stanton Moore (g), Jeff Raines (g) et Rich Vogel (claviers)


Les puristes du jazz vont être bien désappointés en découvrant le nouvel album de ce groupe qui depuis plus de 10 ans fait le bonheur de la Nouvelle Orleans.
Car ceux qui s’attendent à entendre des clichés de la cité du Croissant n’y retrouverons pas leur compte tant il s'agit bien d'un album totalement iconoclaste et inclassable. Prolixe et jouissif, Galactic est en effet un groupe touche-à-tout capable de faire exploser les frontières.
Pas une minute de monotonie dans cet album qui saute du coq à l’âne : on passe allègrement du rock à la pop ( joyeux Going straight crazy feat Princess Shaw), au funk (Everlasting light) en passant par le R'nB ( avec ce vivifiant Claps your hands feat Miss Charm Taylor ou encore Touch get cut avec Erica falls), la bounce music ( épileptique Dance at my funerals) voire, tenez vous bien, par un jazz un peu trash et noisy (Ready already).
Et c'est la fête chez les Galactic ! Leur album c'est un peu la maison du bonheur avec plusieurs célébrités de la scène neo orleanaise invitées à partager le festin en guest stars. Il fat dire qu’os s’agit plutôt de membre de la grande famille Noe-Orléanaise où tout le monde est régulièment invité à monter sur scène façon jam session. 20 que les Galactic côtéoient les Princess Shaw, Cham Taylor et autres. Forcément, ça crée des liens.

Et ces liens se sont d’autant plus renforcés depuis que ce groupe de Nola vient de mettre la main sur une des scènes mythiques du Croissant , le Tipitina's, scène mythique du Croissant où l’illustre Professor Longhair avait son rond de serviette et sur laquelle les Galactic avaient l’habitude de jouer durant des deux dernières décennies ( les péripéties de ce rachat sont bien racontées dans le dernier numéro du célèbre magazine américain Downbeat).

Galactique est groupe festif, open (jazz) et fédérateur d’énergies. Le résultat est à la fois décoiffant et bourré d'optimisme appuyé par un groupe au taquet à l'image de l'orgue superlatif de Rich Voguel ou du sax nerveux et survitaminé de Ben Ellman.
De ce véritable travail collectif où chacun des membres du groupe a apporté sa pierre à l’édifice et malgré une production particulièrement soignée (parfois avec de grosses ficelles dont la démagogie n’a d’égal que le sens aigu du commerce) ressort une absolue évidence : cet album est avant tout fait pour la scène. Pour le live.

« Already ready" n'est pas une devise scout mais avant tout une injonction. Celle de prendre du plaisir. ET c’est carrément jouissif.
Jean-Marc Gelin

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 08:45

Alexandra Grimal (composition, texte, saxophones ténor, soprano & sopranino, voix), Lynn Cassiers (textes, voix, électronique), Marc Ducret (guitares, voix), Nelson Veras (guitare), Jozef Dumoulin (piano électrique & effets, piano), Benoît Delbecq (piano), Stéphane Galland (batterie)

Lieu non précisé, 2018

Ovni OVN 0002 / Orkhêstra

 

La concrétisation phonographique, en un double CD, d'une œuvre (le terme n'est pas usurpé !) créée en 2014 dans le cadre de Jazzdor à Strasbourg, puis reprise aux Rendez-vous de l'Erdre, et dans les festivals Banlieues Bleues, Europa Jazz, et à Musiques au Comptoir de Fontenay-sous-Bois. Œuvre ambitieuse (ambition assumée jusquà l'excellence) qui mêle écriture serrée et improvisation ouverte, voix et instruments, textes et musiques. Pour situer la source, il faut dire que le Nāga est un serpent-dragon khmer à sept têtes (d'où le choix de jouer.... en septette !), sorte de pont entre les hommes et les dieux, et protecteur du Bouddha (découvrir le Nāga en suivant ce lien vers le site du musée Guimet)

http://www.guimet.fr/anglais/collections-anglais/southeast-asia/ornamented-buddha-protected-by-the-naga/?lang=en

 

Dès la première plage la densité du projet est révélée : la voix chantée déroge à la prosodie 'naturelle' d'un texte qui est en tension permanente avec la musique ; puis dans cette même plage la voix parlée de Marc Ducret, sur un texte de Bruno Schultz, se double du phrasé du guitariste épousant les inflexions du texte. Jeu formel qui dévoile d'entrée l'horizon des possibles, sans nous en livrer les clés : c'est tout le charme d'une démarche qu'il nous faut suivre, avec l'attention et la passion qui s'imposent, pour en goûter les méandres comme autant de mystères. Le vieux jazzophile rêveur que je suis pense simultanément à Joyce selon André Hodeir et aux phrasés des œuvres vocales du rock progressif. Chaque plage apporte son lot de surprises, où se mêlent l'inouï et les souvenirs. La complémentarité entre l'ambition formelle et la liberté des instrumentistes est un bonheur permanent. De plage en plage, et d'un disque à l'autre, on avance dans un territoire mouvant dont la découverte fascine. Quatre textes en anglais de Lynn Cassiers, et un en français d'Alexandra Grimal. Ici les lignes se mêlent sans s'emmêler. Je n'en dirai pas plus : le bonheur est au bout du chemin !

Xavier Prévost

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En réécoute une version de cette musique, en concert, le 6 janvier 2017 au Théâtre d'Orléans dans l'émission 'Jazz Club' de France Musique, précédé d'un entretien d'Yvan Amar avec Alexandra Grimal

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/alexandra-grimal-naga-au-theatre-d-orleans-31062

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 23:58

Plume (saxophone alto), Leonardo Montana (piano), Géraud Portal (basse), Antoine Paganotti (batterie), et en invite sur deux titres, Ambrose Akinmusire (trompette). Studio Sextan, Paris. (pas de date mentionnée).

Un air de mystère flotte autour de ce saxophoniste. Il se présente sous le seul pseudonyme de Plume, un sobriquet attribué par des copains de collège et aucune autre information d’état-civil ne nous est fournie si ce n’est son année de naissance (1981) et sa nationalité (française).

Son parcours l’a mené au prestigieux Berklee College de Boston et dans les clubs de New-York. Revenu en France, il sort aujourd’hui son premier album sous un label réputé pour ses choix artistiques. Le casting témoigne du sérieux de l’affaire, une rythmique connue sur la place de Paris (mention à Géraud Portal à la basse) et en invité spécial, un trompettiste de classe planétaire (Ambrose Akinmusire). Et le leader alors ? Saxophoniste alto, on entend pourtant l’influence de John Coltrane et par certains accents nous évoque un altiste italien débarqué en France à la fin du siècle passé, Rosario Giulani.

Toutes les qualités requises pour assurer (rythme, mise en place, lyrisme) sont bien là et le test se révèle probant sur un standard de la plus belle eau, ‘Nature Boy’. Compositeur de la majorité des titres figurant sur l’album, Plume fait avec un album bien enregistré, (Vincent Mahey aux manettes), une entrée remarquée dans le milieu (très concurrentiel) des saxophonistes. On ne peut que lui souhaiter de persévérer, pour reprendre le titre clôturant le disque (Perseverance).

PLUME, ‘Escaping the dark side’. Sortie le 5 avril 2019. jazz&people JPCD819003 / PIAS.

En concert le 15 mai au Duc des Lombards, 42 rue des Lombards, 75001-Paris - 01 42 33 22 88 - (http://ducdeslombards.com/).

Jean-Louis Lemarchand.

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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 16:27

(par Jean-Pierre Farkas).

 

Disparu le 5 avril à 86 ans, Jean-Pierre Farkas, une grande voix de la radio (RTL, Radio France),  un reporter dans l’âme, avait aussi une passion pour le jazz, dont il suivit l’actualité jusqu’à ses tout derniers mois,  avec un faible pour les saxophonistes, Sonny Rollins, Géraldine Laurent, Rick Margitza.  Envoyé spécial permanent de RTL et Paris-Match à New-York dans les années 70,  le futur rédacteur en chef de Combat fréquentait les clubs,  discutait avec Charles Mingus et passa même une après-midi avec Miles Davis dans sa maison de la 77 ème rue au cours de l’été 73.  Cette rencontre, Jean-Pierre Farkas la raconta  dans Lettres à Miles, ouvrage collectif de Franck Médioni (Editions Alter Ego. 2016) où une cinquantaine de musiciens, journalistes, écrivains s’adressent au trompettiste.  Avec l’autorisation de l’éditeur, Joël Mettay , nous reproduisons des extraits de ce récit. Notre hommage à un journaliste jazz.

Jean-Louis Lemarchand.

« Tout avait très mal commencé : dès que j’ai voulu parler de Jazz, tu as explosé : «  Le jazz !!! Encore une invention de ces f…de missionnaires blancs. Encore, l’un de ces abrutis qui voudraient que je danse AUSSI. Finalement, c’est grâce aux Blancs et à tout ce qu’ils m’ont fait endurer que je suis arrivé à quelque chose. Sans eux, je n’aurais jamais eu le courage de tant travailler… ». En réécoutant  aujourd’hui mon interview sur mon Nagra - et tu m’as demandé ce que ce mot polonais voulait dire - j’ai surtout remarqué que tu disais « fucking » tous les trois mots ! J’ai essayé de t’expliquer que nous aussi, nous savions exprimer notre colère en français, mais pas nécessairement pour évoquer l’acte sexuel, et quelque soit le sexe… Alors là, c’est toi qui a ri aux éclats en te moquant de ces f…de frenchies qui disent d’autres gros mots dans une autre langue ! Encore un sourire : « Alors, man, tu es de Paris et tu vis dans cette f…big City… Comment fais-tu pour manger ? Tu aimes la quiche lorraine… ? »

C’est gagné : tu m’as entraîné dans une grande pièce, qui donne sur un petit jardin, ton atelier de musique et aussi ton studio : des consoles, un piano, des cordes et des cuivres, des tablas, des sitars et un set de batteries. Surtout des bongos et percussions.  Tu m’expliques : «  Ca me plaît beaucoup et ça va m’aider : exactement comme lorsque Dizzy m’a conseillé d’apprendre le piano. En fait, à 13 ans, alors que ma mère voulait m’offrir un violon, c’est un client de mon père qui était dentiste à Alton dans l’Illinois qui lui a conseillé de m’offrir une trompette. A 14 ans, je savais tout de la trompette, j’avais déjà ma sonorité, sans vibrato ni autre effet. Depuis, je n’ai fait qu’apprendre la musique. La musique, on ne peut pas s’en passer. Si demain, j’arrêtais de jouer, je passerais tout le reste de ma vie à écouter de la musique et je n’aurais pas un instant à moi… ».

« Je voulais revenir sur Coltrane, te parler de Corea, Hancock, Stanley Clarke et de tous ces musiciens à qui tu as montré la voie…Tu as enchaîné : « Bien sûr, je le sais, tous les musiciens qui ont joué avec moi se sont révélés avec moi et sont devenus meilleurs ensuite. Coltrane par exemple, quand je l’ai connu, il jouait à peu prés n’importe quoi, mais mieux et avec plus de notes que les autre saxophonistes. Alors, je lui ai recopié des variations de Rachmaninov pour qu’il les étudie. Après il se sentait beaucoup plus à l’aise. Je lui ai fait écouter Khatchaturian, Ravel, Prokoviev, Chopin aussi qui est mon musicien préféré et qui aurait si bien « senti » le blues… ».

©photo Jll.

Le Birdland, Jean-Paul Sartre et Juliette Gréco

 « Voilà pour la musique. Mais comment ne pas évoquer un autre moment, très dur,  de ta vie. Cette nuit d’Août 1959, très chaude comme les étés new yorkais où  grillant une cigarette sur le trottoir du Birdland, entre deux sets, tu es pris à partie par un flic, passé à tabac avant de finir la nuit au commissariat ? « Je n’ai jamais oublié. Non il ne faut pas dire que je hais les Blancs, mes meilleurs amis sont des Blancs et il y a bien des Noirs que je ne peux pas supporter. La politique ? Les Black Panthers ? Je pense souvent comme eux, mais je m’en fous, je ne suis qu’un musicien. Et je voudrais qu’on écoute la musique en respectant les musiciens ».

« Le respect, tu me l’as dit, tu l’as rencontré à  Paris. Dès ta première venue en 1949: « C’était à St.Germain, il y avait Boris Vian qui jouait de la trompette comme un fou. Il y avait aussi Sartre, tu sais bien « les mains rouges ou non, les mains sales ». Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, mais ils étaient tous si attentifs. Pas des sauvages comme j’en ai trop connu ici… ». Et puis il y eut aussi Juliette Greco et ce coup de foudre réciproque entre artistes de 22 ans  : «On s’aime beaucoup, on se téléphone toujours quand je joue en France ou qu’elle vient ici. »

 

https://www.youtube.com/watch?v=BlNT6BuXYYI

https://www.youtube.com/watch?v=8sp-3NPl5ug

https://www.youtube.com/watch?v=sPlOQJPAi7w

https://www.youtube.com/watch?v=bt45vXhO8-8

 

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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 18:25

Éric Plandé (saxophones ténor & soprano), Bruno Angelini (piano, piano électrique, effets)

Guyancourt, octobre 2016

Cristal Records CR 281 / Sony Music

 

Au fil des disques et des concerts, Éric Plandé a croisé les pianistes Joachim Kuhn, Benoît Delbecq, Bob Degen, Francis Lockwood, et quelques autres. Pour ce disque il a choisi de dialoguer avec Bruno Angelini. Ils se sont rencontrés en 1990 au Cim, école de jazz parisienne pionnière depuis 1976, et ont régulièrement joué ensemble avant de mener leurs projets personnels. En 2016, 10 ans après leur dernier concert commun, ils se sont retrouvés à l'auditorium 'La Batterie' de Guyancourt pour une résidence dont ce disque est le fruit.

C'est bien de dialogue qu'il s'agit, ou plutôt de dialogues différents, dont le sujet varie de la mélancolie extrême à la volubilité rayonnante. Au ténor comme au soprano, chez Éric Plandé, le lyrisme est intense, dans un jeu sur le fil où la maîtrise jamais ne brime l'expression. Entre piano acoustique rêveur, limpide ou explosif, et piano électrique enrichi d'effets mystérieux qui nous entraînent loin de nos bases sensorielles, Bruno Angelini surprend autant qu'il séduit. Un dialogue profondément musical, aussi libre qu'élaboré, nous est offert : sachons l'écouter et le goûter.

Xavier Prévost

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Le duo est en concert le jeudi 4 avril 2019 à Paris au Sunside

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?2&v=36E4V9aACMQ

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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 18:06

Shauli Einav (saxophones ténor & soprano), Tim Collins (vibraphone), Andy Hunter (trombone), Yoni Zelnik (contrebasse) Guilhem Flouzat (batterie) ; invité Fayçal Salhi (oud)

Meudon, 25-26 août 2018

Berthold Records 4250647319027 / Differ-Ant

 

À propos de ce disque le texte du livret, signé Evan Haga (ancien rédacteur en chef du magazine états-unien JazzTimes) évoque judicieusement sa parenté avec un courant de la seconde moitié des années 60 au sein du label Blue Note : Eric Dolphy, Andrew Hill, Grachan Moncur III, Bobby Hutcherson.... On pourrait tout aussi légitimement y ajouter Sam Rivers, Tony Williams, certains des Wayne Shorter de la période, et pourquoi pas le tandem Don Cherry-Gato Barbieri, c'est à dire tout un courant qui fait faire un pas de côté (ou un bond en avant ?) au jazz moderne (déjà post-moderne) de l'époque, en un temps où le catalogue accueillait aussi Cecil Taylor et Ornette Coleman. Façon pour nous qui écoutons ce disque de reconnaître une démarche qui, tout en s'inscrivant dans le jazz de stricte obédience, va chercher dans les marges des émotions et des sensations qui rafraîchissaient nos oreilles de l'époque. Et le disque assurément procède de cette esthétique qui, entre consonances et tensions, fluidité mélodique et escarpements inattendus, réjouit l'écoute de ceux pour qui le jazz n'est pas qu'un long fleuve tranquille. Pas révolutionnaire, loin s'en faut, mais habité par une sorte d'urgence plus que sympathique, l'album nous entraîne, consentants, vers une subtile mélancolie où l'intelligence a son mot à dire. Les solistes du groupe ne sont pas pour peu dans la réussite du CD, et la présence sur une plage du joueur de oud algéro-franc-comtois Fayçal Salhi étend encore le champ des possibles. Le saxophoniste israélien de Paris, bien entouré, signe assurément une réussite artistique.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=f5b5ymmu_UU

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Shauli Einav jouera le 2 avril 2019 à Paris, au Duc des Lombards, avec Bastien Ballaz, Alexis Valet, Yoni Zelnik & Guilhem Flouzat.

 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 15:37

Sylvain Daniel (guitare basse, effets), Grégoire Galichet (batterie), Matthieu Metzger (saxophone alto, électronique)

Kyoto, avril 2018

Ayler Records AYLCD-160 / http://www.ayler.com/killing-spree-boko-boko-tour.html

 

Enregistré en concert au Club Soto de Kyoto lors d'une tournée japonaise qui passait aussi par Osaka, Hamamatsu et Kishiwada, ce sera l'ultime référence d'Ayler Records qui ne produira plus de nouveautés après une valeureuse contribution aux musiques créatives (mais continuera à commercialiser son catalogue). Le formidable «Lady M» de Marc Ducret sera publié par un autre artisan de la musique vraiment indépendante : le non moins valeureux Philippe Ghielmetti d' [Illusions] (http://www.illusionsmusic.fr). Ce disque-ci est volontairement brut de décoffrage : ambiance soundcheck en courte première plage, et brouhaha d'après concert en plage conclusive. La musique est sans fard : énergique jusqu'à l'extrême, mais non exempte de subtilité, car ses artisans sont des orfèvres. Le site désigne le genre comme 'avant-jazz-metal', ce qui est plutôt bien vu. C'est le second opus du groupe et c'est une tuerie, comme son nom l'indique. Violent, turbulent, doux parfois, raffiné aussi. C'est une plongée dans une musique qui ne s'interdit rien pourvu que l'art musical soit au rendez-vous. Les idées fusent, n'évitent ni collision ni collusion, et c'est tant mieux ! Plongez tête première dans cette expérience de musique vraiment vivante, vous en ressortirez comme d'un bain de jouvence….

Xavier Prévost

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 18:45

 

Comme à son habitude, Brad Mehldau est arrivé dans cette salle magnifique de la Halle aux Grains en plein coeur de Toulouse, et a attaqué direct. Pas de préliminaires, droit au but. Le clavier qui lui obéit aux doigts et, on le jurerait à l’oeil.
Le pianiste actuellement en tournée avait abandonné ses fidèles acolytes pour se présenter en solo une heure durant. Une heure durant laquelle il fit une véritable démonstration de sa science presque surnaturelle de l’improvisation. Brad Meldhau est l’un des rares pianistes à pouvoir dans une même digression citer du Debussy, du Bach ajouter une pincée de blues et même de pop.
Il peut bien s’emparer de quelques standards ou de ses propres compositions, cela n’est qu’un prétexte pour faire exhaler le piano qui sous ses doigts prend mille couleurs.
Chez Brad Mehldau il y a bien sûr ce sens du placement rythmique mais il y plus. Chez lui tout est affaire d’intention. La façon dont il attaque les notes du clavier et les nuances qu’il met dans ces attaques sont juste stupéfiantes. Il sait, non pas caresser le clavier mais juste doser l’attaque exactement dans l’intention qu’il veut donner. Et même à certains moments cela se mélange et Brad joue avec les renversements d’accords, intervertit main gauche et main droite (on s’accroche pour comprendre quelle main fait la basse, les arpèges et la mélodie).
Mais au final toujours on suit le pianiste dans ses digressions. Il nous embarque parce que jamais linéaire. Toujours à l’affut de la phrase ou de l’accord qui va venir réveiller l’intérêt que nous portons à ce monologue jamais introspectif mais tout entier tourné vers les multiples combinaisons de la musique. Avec une pointe de mélancolie qu’il va chercher dans les basses de son clavier.

Brad Meldhau a en partie joué hier soir quelques morceaux de son dernier album «  Seymour reads the Constitution » paru en 2018 sur le label Nonesuch records et aligné plusieurs standards dont un magnifique Lover man.`

On peut reprocher au pianiste une certaine froideur vis à vis du public à qui il n’adresse pas un mot, donnant un peu l’impression de faire le job sans chercher particulièrement à communiquer.
Mais peu importe après tout. Ceux qui ont su entrer dans son univers on trouvé là le seul et unique moyen de communication : la musique.

Jean-marc Gelin

 

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 17:30

Branford Marsalis (saxophones ténor & soprano), Joe Calderazzo (piano), Eric Revis (contrebasse), Justin Faulkner (batterie)

Clayton, Australie, 28-30 mai 2018

Marsalis Music 19075914032 / Okeh Sony Music

 

Enregistré dans le théâtre de Monash University, dans la banlieue sud de Melbourne, lors d'une pause après une longue tournée, le disque révèle les deux facettes de ce Janus Bifrons qu'est, de longtemps, le saxophoniste. Côté véhément l'introductif Dance of the Evil Toys, sur une ligne aventureuse qui nous fait goûter d'entrée la cohésion de ce groupe dont le dernier arrivant, la batteur, est quand même là depuis 10 ans, quand le pianiste et le bassiste sont dans le groupe depuis une décennie supplémentaire! Bref ça circule beaucoup entre ces quatre-là, pour nous rappeler qu'un groupe régulier constitue quand même une sorte d'idéal dans cette musique.... comme dans d'autres. Vient ensuite le plus détendu, mais subtil et tout aussi sinueux, Conversation Among the Ruins, qui laisse une longue respiration au piano avant de libérer un soprano rêveur. Il y aura aussi une valse qui va bientôt s'enflammer en escapade presque free, une ballade, Nilaste, qui va suivre le même sentier torride avant un épisode plus méditatif (au moins au début), et la conclusion de l'album se fera sur The Windup de Keith Jarrett, immortalisé avec Garbarek, et qui revêt ici un caractère primesautier. Belle brochette de titres qui confirment, s'il en était besoin, l'excellence de l'aîné des fils Marsalis. Le groupe était en tournée européenne en mars 2019, mais pas de date française. On annonce une tournée pour bientôt.

Xavier Prévost

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