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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 10:59

 

Cam Jazz 2014

 

 antonio-1.jpg

Quoi de neuf ?  Three time three. Trois fois trois, c'est trois trios, 9 titres, trois morceaux par formation.

Mais c'est aussi trois éléments. C'est à la fois la terre, c'est l'air et c'est l'eau. C'est une sorte de dream team avec ce qui se conçoit de mieux en matière de musiciens de jazz. Antonio Sanchez, l'un des batteurs le plus talentueux du moment (nous ne cessons de le dire dans ces colonnes !) est ici accompagné de Brad Meldhau et de Matt Brewer (1er trio) , de Joe Lovano et de John Pattituci (2eme trio) et enfin de John Scofield et Christian Mc Bride (3eme trio).

La terre ce sont ces quelques morceaux enregistrés avec Brad Meldhau dont il ressort cette impression d'un groove ancré en profondeur dans le sol. Chacun des trois membres du trio semble fusionner à un très haut degré d'intensité. On pourrait presque évoquer le trio jarretien tant celui-ci s'élève à un niveau incroyable, Brad Meldhau trouvant là, au-delà de son habituel trio une force supplémentaire tirée de la puissance et de la précision d'un Matt Brewer mais aussi et surtout d'un Antonio Sanchez hallucinant , sorte de résultat d'un mariage métissé d'Elvin Jones et de Jack De Johnette.  Excusez du peu ! L'association de Brad et de Sanchez s'y fait  totalement fusionnelle ( Constellations ! Quel morceau !). Un superbe relecture du thème de Miles ( Nardis réintitulé  Nar-this) au groove intelligent emporte surtout une sorte de flot irrésistible qui balaie tout sur son passage. Une sorte de glissement de terrain puissant.

Avec Scofield c'est tout autre chose. Une vision plus swinguante et limite funkisante du jazz voire même très jazz-rock sur Nooks and crannies avec un Mc Bride débridé. De quoi voir encore l'apport incroyable d'Antonio Sanchez sous un  jour différent.

Puis apparaît Lovano et là c'est encore un autre courant qui balaie tout. Un courant d'air décoiffant ! Lovano dans une forme olympique comme on ne l'a plus entendu depuis fort longtemps. Une version de I mean you qui nous en fait voir de toutes les couleurs. Antonio Sanchez qui dialogue avec le saxophoniste dans une débauche d'énergie et de puissance. Du très très grand Lovano qui s'insère alors dans le dispositif avec autant de fougue que d'engagement radical et tout cela dans la bonne humeur ponctuée par le rire final de Lovano ( ?) visiblement très heureux de faire en bonne compagnie de la très très bonne musique. Ecouter aussi Leviathan avec ce gros son de Lovano cherchant dans des inflexions mystérieuses l'apport à la basse d'un Pattituci incroyable de profondeur et enfin le drive endiablé, endiablant d'Antonio Sanchez. Du très très grand art. Ca joue à un incroyable niveau.


Croyez moi sur mesure, cela fait longtemps que l'on avait pas entendu du jazz de cette qualité-là avec autant d'engagement, de puissance et de télépathie. Il faut des musiciens d'une sacrée trempe pour parvenir à jouer sur de si hauts sommets. Les musiciens dont s'est entouré Antonio Sanchez font partie de la race des seigneurs. Quant au batteur lui même, exceptionnel, il est assurément de celle des heros.    

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 22:25


Impulse 2014

Ran Blake (p), Ricky Ford (td), Laika Fatien (vc)

C'est un album choc. Certainement l'un des évènements majeur de cet automne ( avec celui d'Antonio Sanchez dont on vous parlera plus tard ).

Avec Cocktail at Dusk, le pianiste signe un hommage à la chanteuse américaine Chris Connor dont il fut l'un de ses amies et disparue en 2009. Chris Connor, malheureusement un peu ignorée du grand public était une immense chanteuse de jazz qui eut son heure de semi-gloire àla fin des années 50 lorsqu'elle signa chez le label Bethlehem ou encore pour le mythique label Atlantic sur lequel Creed Taylor signa aussi  de fameuses chanteuses de jazz ( Julie London !!) avant d'aller créer Impulse. Mais ça c'est une autre histoire qui d'une certaine manière se perpétue ici puisque cet album est signé sur le même label repris récemment par Jean-Philippe Allard.

Ran Blake lui rend donc hommage par cet album tout en délicatesse qui mêle à la fois les parties instrumentales en solo ( les plus nombreuses) ou accompagné du sax tenor de Rick Ford sur deux titres mais aussi quelques parties chantées par la sublime Laika Fatien ou encore quelques discrets passages collés où l'on entend la voix de Chris Connor apparaître et disparaître de manière fantomatique.connor

Ran Blake, immense pianiste conversant sans cesse avec lui même et son propre piano dans une relecture souvent très monkienne est amoureux des chanteuses et des chansons elles mêmes. Sa carrière a d'ailleurs véritablement débuté avec un chef d'oeuvre iconique, son duo avec Jeanne Lee ( "The newest sond around "- 1962) qui continue à marquer de son empreinte des générations de chanteuses de jazz, au rang desquelles Laika elle même.

Tout au long de cet album c'est une succession de petits chefs d'oeuvre alignés les uns après les autres. Les interventions de Laika sont proprement renversantes. Sa version de All About Ronnie nous bouleverse. Comme si effectivement l'ombre de Jeanne Lee planait sur la session plus que celle de Chris Connor ( écouter la version de Jeanne Lee et ran Blake de 1963)

Chaque morceau, repris du répertoire qu'affectionnait la chanteuse, est une sorte de relecture très personnelle qu'effectue le pianiste maître dans l'art de la digression, de l'appropriation, de l'acculturation. Toute l'essence du jazz est au bout de ses doigts dans cette façon de relire et d'improviser sans jamais dénaturer. Car même si le pianiste on l'a dit, converse avec lui même, Ran Blake ne donne jamais le sentiment d'être un pianiste introspectif. Sa reprise répétée des motifs mélodiques de ces standards que nous connaissons bien nous aide àgarder pied et à nous sentir sous maîtrise. Sa version un peu sombre de Speak Low par exemple, est un modèle du genre.

Tout au long de cet album Ran Blake impose sa marque et semble nous inviter dans une sorte de confidence intimiste, dans une sorte de conversation évocatrice de quelques tendres souvenirs.

Juste sublime !

Jean-Marc Gelin



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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:25

 

 courvoisier.sylvie.jpg

 

La pianiste suisse était hier à Paris pour un concert qu'elle donnait à la Dynamo à Pantin. Elle y présentait son nouveau projet avec son violoniste de mari, Mark Feldman, Scott Colley à la contrebasse et Billy Mintz à la batterie.

 

 

Les DNJ : C'est une formation originale que vous présentez ici. Un quartet inédit pour vous ?

 

 

Sylvie Courvoisier : Effectivement c'est une toute nouvelle formation. Nous souhaitions avec Mark apporter une couleur beaucoup plus jazz à notre musique. Mark avait déjà en tête de faire quelque chose avec Scott. Il apporte beaucoup de profondeur à la musique et il apporte aussi son sens du blues qui nous manquait peut être. Quand à Billy Mintz, c'est un batteur au feeling incroyable mais trop peu connu ici. Il est d'un très grande inventivité. Nous avions déjà joué en quartet avec lui et Thomas Morgan.

 

 

 

DNJ : Votre précédent album en duo (avec Mark Feldman) a été très bien accueilli par les critiques. Vous jouez avec Mark Feldman depuis de nombreuses années. Qu'est ce qu'il y avait de spécial dans cet album que vous n'aviez pas exprimé avant ?

 

SC : Je crois surtout que c'est la magie du live. L'album a été enregistré en public et nous y avons apporté un soin tout particulier au mixage pour qu'il n'apparaisse justement pas comme un live. Par exemple nous avons cherché à gommer tous les applaudissements. C'est quelque chose qui me fait horreur, quand j'entend ces albums et que l'on entend les applaudissements du public entre chaque morceau. Et puis nous avons fait aussi un gros travail sur le traitement du son. Du coup il y a je crois dans cet album la magie de la scène, la spontanéité de ce que nous disons mais comme si cela avait été enregistré en studio.

 

DNJ : Quelles sont les influences que vous revendiquez aujourd'hui dans votre jeu ?

 

SC : La question des influences est délicate. J'ai bien sûr des gens, des pianistes que j'adore mais que je mets un point d'honneur à ne pas " imiter". Je revendique bien sûr des influences comme celles d'Amhad Jamal. Mais aussi et surtout Keith Jarrett qui est quelqu'un que j'adore absolument. Pourtant j'essaie vraiment de me dégager de son influence. Et c'est cela qui est vraiment difficile.

 

 

DNJ : Quel est l'accueil que votre musique reçoit aux Etats-Unis ?

 

SC: Il est très bon. Mais vous savez nous jouons très souvent à New-York dans quelques lieux comme Le Stone où nous bénéficions d'un cercle de fans absolus, de gentils fous qui  nous sont totalement dévoués. Ils vont même parfois jusqu'à créer leur propre label et à produire eux-mêmes nos propres albums. C'est incroyable parce que ce sont des gens dont ce n'est pas le métier, qui ont un  job par ailleurs....

 

DNJ : C'est la constellation de la planète Zorn ?

 

SC : Oui en grande partie

 

DNJ : cette appartenance à la planète Zorn n'est elle pas être parfois enfermante ?

 

SC : En tous cas moi et Mark nous ne le vivons pas comme cela. Nous adorons jouer avec John ou jouer sa musique tout simplement. Dans le dernier album que nous avons réalisé avec Scott et Billy c'est vrai que vous retrouvez pas mal de compositions qui portent un peu sa marque, son esthétique comme les "3 Cards for capitaine".

 

 

DNJ : Oui et jusqu'au titre de l'album ( "Birdies for Lulu")

 

SC : Ah oui c'est vrai vous pensez à l'album News from Lulu ! Mais en fait figurez vous que Lulu,.....c'est mon chat.

Mais pour en revenir à l'influence de Zorn j'ai l'impression de m'en dégager aussi lorsque je fais mon album en trio avec Kenny Wollesen et Drew Gress.

 

DNJ : Kenny Wollesen est quand même un pilier du dispositif de John Zorn !

 

SC : Oui mais pas du tout Drew. Ni même Scott Colley. C'est comme cela que nous ouvrons notre musique à une autre forme de jazz tout en gardant l'identité de la musique que nous aimons jouer. En intégrant des musiciens qui n'ont rien à voir avec cette histoire et qui apportent une personnalité différente.

 

DNJ : L'album que vous sortez aujourd'hui n'est d'ailleurs pas sur le label de Zorn ( Tzadik)

 

SC : Non il est sur un label suisse (Intakt). Il a été enregistré à New-York par James Farber qui est aujourd'hui l'un des plus grandes références.

 

Intakt records - Birdies for Lulu

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DNJ : Un label suisse ? Justement quel accueil reçoit votre musique dans votre pays ?

 

SC : Pratiquement aucun. Vous savez je suis installée à New-York depuis 1998. Cela fait longtemps que j'ai quitté la Suisse et je ne sais plus trop ce qu'il s'y passe aujourd'hui.

 

 

Propos receuillis par Jean-marc Gelin

 



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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 20:00

 

Label NOME/ L’autre distribution

Concert de sortie au New Morning le 28 octobre

David Enhco (tp), Roberto Negro (p), Florent Nisse (cb), Gauthier Garrigue (dms)

 

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C’est le second album en quartet du trompettiste David Enhco  qui sort sur le tout nouveau label NOME, fondé avec cinq autres musiciens pour gérer de façon plus autonome la mise en place et la promotion des albums du groupe.

C’est effectivement la deuxième couche (traduction de «layer») après l’inaugural  La Horde, sorti déjà en autoproduction chez Cristal Records. Gageons que le jeune musicien et ses comparses sont en train d’édifier un édifice musical qui va durer, un projet collectif cohérent, intègre, combinant rigueur des échanges et appétit de jeu. Le quartet concocte un  millefeuille musical  délicieux, léger et profond à la fois. Composé en courtes séquences que séparent des interludes, Layers constitue un portrait sur le vif de cette génération qui passe  sans problème du classique au jazz, s’aventurant dans la composition d’un univers personnel, toujours mélodique, non dépourvu de lyrisme et d’efficacité.

Deux voix, celles du trompettiste et du pianiste s’élèvent avec bonheur et complicité  dans un registre de mélodies aux harmonies retenues, harmonisant la lisibilité d’un ensemble tout en finesse et en demi teintes. Mais chacun a sa place dans ce quartet équilibré, libre d’exprimer sa personnalité dans un contexte modifiable selon les improvisations. C’est la rythmique souple et rebondissante qui permet au trompettiste de prendre ses envols poétiques, déliés (il est magistral sur « In Waves »). Et Gauthier Garrigue sur « Rude and Gentle » impose lentement et délicatement le chant ininterrompu d’une batterie insistante et frémissante en jouant sur les peaux, le métal, les balais.

C’est sans aucun doute la signature d’un album jazz que dessine cette «story» aux couleurs tendres et fraîches : dès les premières notes de « Nancy With A Laughing Face », on reconnaît  un discours musical référencé, un savoir-faire qui provient d’une solide culture musicale. Cette version réussie de la chanson de Jimmy van Heusen  que Sinatra dédia à sa fille Nancy, fait remonter les effluves d’un jazz d’autrefois, un vrai régal sans mièvrerie, avec le son feutré et doux de la trompette et une contrebasse chantante, évidemment, proche et palpitante.

L’album dans son enchaînement et ses «Séquences » même, nous entraîne de climats percussifs en moments de méditation et de rêve éveillé : une miniature sonore, ce « Childhood Memories » qui laisse la place au pianiste Roberto Negro qui sait depuis sa Loving Suite pour Birdy So ce que conter veut dire. Et d’ailleurs en appui avec le contrebassiste Florent Nisse, il continue sans transition, tout simplement , à jouer une musique désirante avec  cet « Oiseau de Parhélie », arc-en-ciel situé de part et d’autre du soleil. Oiseaux de paradis, oiseaux de parhélie, ces musiciens savent nous faire rêver... avec une facilité apparente, sans recherche d’effets virtuoses. Voilà de grandes qualités qui jouent en faveur d’un album plus que convaincant.

Sophie Chambon

 

 
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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 21:24

 

Just Looking / Harmonia mundi

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Une belle surprise que ce disque qui vient de sortir sur le label Just looking : il réunit de façon fort homogène compositions originales et musiques de films revues par deux formidables virtuoses  qui n’ont pas peur de reprendre des compositions d’autres musiciens. Cet album confirme la tendance plus qu’esquissée aujourd’hui  de prendre pour standards des musiques de films. Le domaine de la musique de films a connu un foisonnement créatif tel que l’on oublie les reproches souvent formulés de parent pauvre de la composition, ou de pis-aller alimentaire.  Si beaucoup de metteurs en scène n’ont pas eu une imagination et une vision musicales  très affirmées, il y eut tout de même des tandems qui signèrent  parmi les plus belles partitions du cinéma.  Les B.O de Bernard Herrmann pour Hitchcock,  de Michel Legrand pour Jacques Demy, Nino Rota  pour Fellini, Ennio Morricone pour Sergio Leone ont enchanté littéralement la mise en scène, modelé le montage. Qu’est ce qu’au juste une bonne musique de film ? Doit-elle se faire entendre ou oublier ?  Est-elle seulement au service de l’image ou a-t-elle son identité propre ?  Le compositeur Alexandre Desplat  (qui a signé la musique des films de Jacques Audiard entre autres)  avoue  avoir écouté les musiques de Nino Rota avant de découvrir les films de Fellini. Car les grandes musiques de cinéma portent en elles une identité forte. Très récemment, le contrebassiste de jazz Stéfane Kerecki (après Stéphane Oliva pour Godard ) a rendu hommage à la Nouvelle Vague en un album concept très réussi.

Ainsi  peut on comprendre la formation d’un couple rare- on n’a pas dit improbable- celui du saxophoniste alto et ténor Stefano di Battista (que l’on est heureux de retrouver) avec le guitariste bayonnais Sylvain Luc. Cette collaboration est particulièrement féconde, créant ici la partition d’un film imaginaire et parfaitement original. Cela commence très fort sur un enivrant rythme funk, celui de  Ray Charles  dans son inoxydable « I got a woman ». Jouant admirablement sur les contrastes Di Battista passe ensuite au soprano pour cette ballade  issue de la musique de Sir William Walton composée  pour le film Henry V de Laurence Olivier,  en 1944, orchestrée à l’époque par Muir Mathieson « Touch her soft lips and part ». Quand la musique est aussi subtile et ... bonne,  pourquoi se priver de la reprendre et d’en jouer une variation ? La guitare cristalline perle et s’ajointe à la douceur exquise et perçante du timbre du soprano. Et puis surviennent ces madeleines sonores que le duo nous propose avec talent, en compagnie (ne les oublions pas) de Daniele Sorrentino (basse et contrebasse) et Pierre François Dufour (batterie et percussions) : « Otto e Mezzo », « Giu la Testa » (Il était une fois la Révolution), « Love Theme for Nata »  (Cinema Paradiso). Notre Michel Legrand octogénaire toujours vaillant et prolifique, a signé aussi en plus de tubes incontournables comme «La chanson des Jumelles », des originaux comme ce « Dingo Rock » des plus percutants.

La force de ces musiques revisitées est qu’elles apportent quelque chose d’inattendu, ont leur vie propre, sont écoutées sans leurs images d’origine, se projettent dans  ce que les auditeurs peuvent demander, espérer, désirer. Ainsi le thème moins connu de Cinema Paradiso a sa force propre et la transition avec « Arrivederci » de Stefano di Battista se fait plus qu’en douceur, dans une parfaite continuité : les deux musiciens  sont de merveilleux  créateurs d‘ambiance et travaillent au delà des images, comme ce très réussi « Sauvage » du guitariste sur lequel s’envole di Battista, qui communique une fièvre à laquelle on ne résiste pas.  

Si on continue à reprendre aujourd’hui Cole Porter, Irving Berling, on revoit aussi les chansons plus « actuelles » de Randy Newman, Joni Mitchell, Radiohead. Et le domaine immense de la musique de films s’avère un répertoire dans lequel puiser sans complexe. Souhaitons que cette tendance perdure avec des créations aussi réussies que celles de ce Giu la Testa : « To pay respect to the melody » disent les Américains, on ne peut que souscrire à cette idée quand l’hommage est rendu avec talent, compréhension musicale , énergie et...sensualité.

Sophie Chambon.

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 01:10

 

Soupir editions

www.jeanlucfillon.com 

www.son9.com

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Sortie le 15 Octobre 2014

Belle invitation que ce Begin the night (en fait une contraction de « Begin the Beguine » et «Night & Day» ) que nous propose Oboman (Jean Luc Fillon) pour son nouvel album en trio après 7 disques en leader. Il s’agit de rendre hommage cette fois au musicien poète de Broadway, Cole Porter qui disparut  il y a juste 50 ans. Et d’ailleurs par une élégance suprême, l’album sortira le 15 octobre, date de la disparition de cet auteur prolifique génial.

Tout le monde connaît Cole Porter, même les plus jeunes et ses chansons  ont fait le tour de la planète, des années vingt aux années cinquante, gravées dans les mémoires dans l’interprétation qui les rendit célèbres, à Hollywood. Prenez Marilyn pour « My Heart Belongs to Daddy » dans Let’s Make Love ou Fred Astaire pour « Night and Day » dans l’une de ses séquences les plus «glamour» avec Ginger Rogers dans The Gay Divorcee. Parfois on ne sait pas qu’il s’agit de lui, mais le plus souvent, le titre est sur le bout de la langue... ce qui est arrivé à Oboman lui-même avant de reconnaître « Easy to love » et d’ajouter non sans humour que  « Love is everywhere » ...chez Cole Porter, même si l’on pourrait ajouter qu’il s’agit aussi d’amour vache, désespéré ou désespérant  comme dans “Love for sale”, “What is this thing called love?”  Cole Porter savait utiliser la musique pour mordre à la réalité qui pouvait lui échapper, se révélant souvent  vulnérable, étrangement familier. Disposant d’une solide formation classique,  Cole Porter a vite aimé le jazz, la musique de l’époque et s’est particulièrement  illustré dans la comédie musicale avec de grands succès à Broadway comme Anything goes.

Douze titres, parmi des centaines de chansons, le choix a du s’avérer difficile pour le trio sans rythmique composé de Joao Paulo au piano, Fred Eymard à l’alto (il s’agit de violon) et Jean Luc Fillon pour le hautbois. « Un trio à l’instrumentation romantique pour servir le lyrisme du poète de Broadway », qui fait résonner le classique dans le jazz, la musique savante du XXème siècle.

Avec le souvenir de ce musicien,  commence une histoire... Même si les mélodies demeurent, les harmoniques sont revisitées et les arrangements sont suffisamment rythmiques pour entraîner sur la piste et inviter à la danse... C’est une des caractéristiques de la musique de Cole Porter, il n’y a donc aucun faux-sens dans ce  parcours impeccablement cohérent, qui transforme les standards coleportiens en les réadaptant au style particulier d’Oboman. Amoureux du timbre si original du hautbois, Jean Luc Fillon a choisi de servir l’instrument - dont il est capable de tout obtenir, en en repoussant les limites, dans un autre contexte que celui du répertoire classique.  Sans rejouer ces chansons en « revivaliste », Oboman réussit à adapter le monde brillant de l’auteur, superficiel en apparence et léger. Pas du tout opposé à la tradition américaine, le trio la fait revivre, mais différemment. C’est beau, c’est autre chose et en même temps c’est encore du Cole Porter, évoqué de façon lumineuse. S’arracher à la continuité du temps, pour mieux s’y replacer. Voilà vraiment une façon de le revisiter dignement. Quoi de plus jazz dans cette attitude ? Respect.

 

Sophie Chambon

 

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 20:51

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Sylvain Beuf et Stéphane Guillaume improvisant de concert en pleine rue. La Fondation BNP Paribas a offert ce duel de ténors dans la plus grande tradition aux passants de l’Opéra pour célébrer le 13 octobre ses 30 ans et aussi ses 20 ans d’engagement auprès du jazz.

Quelques chiffres illustrent ce soutien : 21 musiciens et formations accompagnés depuis 1995, 60 CD et DVD édités (en participation). Une implication qui prend aussi la forme de partenariat avec des festivals (Jazz à St Germain des Prés, North Sea Jazz Festival Rotterdam, Saint-Louis Jazz au Sénégal, et le concours international de piano Martial Solal.


Le jazz, entré en 1995 dans le champ d’action de la Fondation BNP Paribas en 1995, constitue l’un des trois piliers de la création artistique soutenue aux côtés de la danse et des arts du cirque. Dans l’actualité récente, la Fondation a par exemple contribué aux albums de Baptiste Trotignon et  Emmanuel Bex, artistes qui se produisent ces jours-ci sur la scène parisienne (Bex au New Morning le 21 octobre et Trotignon le 17 novembre au Café de la Danse).

Globalement, les engagements en faveur de la culture, qui intègrent également l’action pour les musées comme la restauration d’œuvres, se montent à 1,5 million d’euros/ an.  Reste que la Fondation BNP Paribas consacre l’essentiel de ses financements aux actions dédiées à la solidarité (4,5 millions d’euros affectés en 2014 à la lutte contre les exclusions et l’égalité des chances dans les quartiers sensibles).

(en savoir plus fondation    lwww.bnpparibas.com/fondation-bnp-paribas  )

 


 Jean-Louis Lemarchand

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 21:50

 

Island 2014

 jamie-cullum-interlude-album-cover.jpg

 

L’Amérique et l’Angleterre peuvent dormir tranquille. Certes le terrorisme, certes la crise mondiale, certes Ebola frappent à nos portes mais les valeurs de ces grandes nations sont bien intactes et les crooners qui savent donner du bonheur simple aux gens sont bel bien présents. Les enfants naturels de Franck Sinatra, de Nat King Cole et de Mel Tormé chantent encore l’amour sur des mélodies sucrées et des grooves à faire se dodeliner comme avant les ménagères dans leur cuisine.

Alors oui, Jamie Cullum, l’ex-jeune garçon de Rochford fait partie, à 35 ans de cette belle génération qui porte en elle cette part de vieux rêve américain jamais vraiment usé. Elevé maintenant au rang de super star planétaire, Jamie Cullum gagne tous les jours de nouveaux galons dans cette course à la crooneuse attitude qu’il maîtrise avec un talent fou. Avec cette voix exceptionnelle et ce feeling incroyable qui fait qu’il peut à peu près tout chanter avec la même classe. D’une ballade hyper romantique (My one and lonely love), à des trucs pas net comme traînés du côté de la Cité du croissant, New-Orleans (Lovesick blues), ou encore des trucs blues qui groovent grave ( Sack O’ Woe), Cullum peut tout faire et toujours avec talent.

 

Dans cet album un peu fourre-tout on trouve des arrangements hyper classiques et un peu old style. Tout y passe de la formule simple à l’accompagnement d’un big band ou à celui de cordes violonantes et même deux duos, art pour lequel le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas vraiment sa cup of tea. Malgré le fait qu’il tourne en boucle sur toutes les radios son duo avec Gregory Porter sur Don’t let me be miss Understood est un peu fadasse tant l’ampleur de Gregory Porter semble jeter loin derrière Jamie-le-faux-bad-boy. Car il a beau essayer de se donner des allures de mauvais garçon Jamie, à chanter ses petites chansons d’amour on y croit vraiment pas. Jamie Cullum fait un peu penser parfois à ces fils de bourges qui sortent de leur appart de Neuilly et se mettent une casquette à l’envers et une ceinture à clous pour faire genre. Ça colle pas.

Mais on ne lui en veut pas à Jamie tant le gamin ( qui n’en est plus vraiment un d’ailleurs) nous en avait mis plein la vue avec « Momentum ». Tant on sait qu’il enflamme les scènes partout où il passe avec un charisme de folie.

Jamie Cullum c'est simple , il dégage ! Avec cet art de rendre le swng évident et les gros mots classieux !

Simplement là, avec cet album conçu parfois comme pour un gala de bienfaisance pour riches milliardaires, il semble avoir pris un petit coup de vieux le Jamie.

On est bien sûr scotchés par cette version simple de Losing You ou par cette ouverture sublime sur Make Someone happy. Bien sûr le feeling est toujours omni présent et ce que fait Cullum, il le fait hyper bien. Mais il faut attendre la toute fin de l’album pour qu’il se passe quelque chose d’un peu inattendu. Et l’on découvre alors avec un vrai frisson cette merveilleuse version de la chanson de Sfjan Stevens ( The Seer’s tower*) avec laquelle, enfin Jamie Cullum fait courir un vrai vent de modernité.

Jean-marc Gelin

( *dont on trouve le superbe original ici https://www.youtube.com/watch?v=RyoMt1-vvbw)

 

 

 

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 21:26

 

Coax records 2014 (*)

Ayemric Avice (tp, perc), Antoine Viard (sax), Rafaelle Rinaudo ( elec harp), Romain Clerc-Renaud (kybds), Julien Desprez (g), Simon Hnocq (g), Xuan Lindenmeyer (b), Yann Joussein (dms, compos)

 

retrouvez ici lien avec le collectif Coax records

coax.jpg

 

L’univers de ce jeune collectif est assez chamboule-tout pour s’apparenter à un exercice de style brillant. Oubliez tous vos repères car Coax s’amuse illico à tout déstructurer avec des vraies manies de mauvais garçons. Avec une volonté de soigner les arrangements à l'extrême ils parviennent à mêler allègrement le rock progressif avec une bossa destructurée, du jazz "garage" avec du funk de fanfare qui s'accoquine avec du free jazz rock brouillon. Ça part dans tous les sens et ça le(s) mets en éveil. 

Des sons saturés laissent place à des interférences et des sons parasites. Les tuilages à la manière de DJ’s se superposent sur Discoax, où les sons se brouillent et se gênent.

C'est ultra-inventif même si, il faut bien le dire, à vouloir faire trop dans le colectif,  ça manque parfois d'expressivité et d’interprétation.

 

Mais Coax avec l’humour de bandits pas sérieux fait du détournement sonores. Leur imagination passe par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, par l’esprit provoc de Carla Bley, par le free d’Ornette. On y entend des montées paroxystiques ponctuées de cris à la Mike Patton ( on pense au Naked City de Zorn) mais l’instant d’après  ce sont des boules à facettes de dance floor qui envahissent une piste qui débouchent sur une plage brésilienne.

Si cette musique est un tantinet déficiente sur le plan émotionnel, elle convoque en revanche un imaginaire presque théâtral, presque artistique. Un imaginaire où l’on retrouve la modernité de quelques dramaturges des temps modernes.

Jean-Marc Gelin

 

 

 (*) Coax est avant tout un collectif de jeunes musiciens. Une coopérativre crée en 2008 et dont sont issus parmi les groupes hexagonaux les plus imaginatifs du moment ( radiation 10, MeTaL-O-PHoNe)

 

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 23:31

 

Label Durance/ Orchêstra

www.label-durance.org 

www.orkhestra.fr

www.atelier-de-musiques-improvisées.com

 

 capucine.jpg

Joli titre pour ce projet ambitieux, car reprendre Brassens et son univers en le chantant est toujours périlleux. Capucine Ollivier s’y est attelé à la tête d’un trio expressif, accompagnée au bugle et à la trompette par Jean Bernard Oury et à la guitare par Alain Soler, pour l’excellent label Durance, basé à Digne dans les Alpes de Haute Provence. Une instrumentation originale « voix-trompette-guitare » qui sert d’écrin aux chansons éternelles de l’ami Georges.

9 chansons à choisir  dans l’intégrale du poète sétois, voilà qui n’était pas chose facile. Celles retenues sont  certes parmi les plus connues, mais sans doute ont-elles été sélectionnées  pour la capacité d’improvisation qu’elles  permettent. Le projet est séduisant car il introduit le jazz dans la grande chanson française à moins que tout simplement la musique de Brassens ne s’y prête. Il est certain que l’un de nos auteurs-compositeurs-interprètes les plus populaires  savait  rythmer sa prosodie. Brassens swingue sans doute, comme Nougaro, bien plus que Brel ou Barbara. Il aimait le jazz d’ailleurs et Django Reinhardt, ne s’en est jamais caché, et savait ce que la « pompe » veut dire. Il s’accompagnait lui-même à la guitare avec le fidèle contrebassiste Joel Favreau.

Capucine Ollivier parvient à créer un univers très personnel, ce qui est en soi  épatant, tant les mélodies semblent coller à la voix de Brassens. Quand Maxime Le forestier reprenait certaines chansons, il agissait en fidèle disciple, en parfait épigone, dans une fusionnelle correspondance de style.

 Capucine Ollivier se démarque volontiers : elle  chante doucement, d’une voix volontairement neutre, « blanche ».  Elle scate aussi  comme dans «La mauvaise réputation » et entraîne alors vers des rythmes plus bluesy  («L’orage ») voire  latin. Sans être adepte de cette forme d’ « élucubration » vocale, il faut reconnaître que  le parti pris est juste et convient à cet hommage réel, discret et tendre. Bien entendu même si c’est plus simple pour une femme, vocalement, Capucine Ollivier ne se place pas du tout dans le même sillon. Car pour qui aime, connaît et donc fredonne les chansons de Brassens, revient toujours en mémoire le rythme marqué, la cadence si spécifique. Et l’humour pince sans rire et aussi très « vache » de Brassens qu’elle arrive à rendre un peu tout de même dans l’inébranlable « Le Temps ne fait rien à l’affaire » où on la sent sourire ....enfin.  Car elle colore souvent d’une nuance mélancolique comme dans le délicat premier titre « Les passantes ».

Le résultat est très original et au bout de quelques mesures, on ne reconnaît plus vraiment  Brassens et cela est bien... elle  l’interprète à sa façon. Tous les arrangements et accompagnements instrumentaux sont résolument jazz et le tempo est volontairement cassé, plus lent, très lent même, brisé parfois. Mention particulière aux formidables accompagnateurs  qui  interviennent en un contrepoint particulièrement réussi  comme dans « Je me suis fait tout petit » ou « J’ai rendez vous avec vous » : le trompettiste/bugliste Jean Bernard Oury s’envole généreusement,  Alain  Soler n’est pas en reste avec une guitare cristalline et perlée.

Au final  cet hommage contribue à faire de ces thèmes intemporels des standards jazz, après Les doigts de l’homme ou les Etrangers familiers, Brassens revient ...encore. Et cela est bon.

 

Sophie Chambon

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Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
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