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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 09:42
BEX, CATHERINE, ROMANO LA BELLE VIE

BEX, CATHERINE, ROMANO

LA BELLE VIE

SUNSET RECORDS/ L’Autre Distribution

Sortie le 1er février 2019.

 

C 'est un fameux trio de musiciens, à la belle carrière, né dans les années 90, qui a pris son temps pour enregistrer en live ( on entend le public qui applaudit à la toute fin de l’album) sur le label du club parisien du Sunset/Sunside, alors qu’Emmanuel BEX, Philip CATHERINE et Aldo ROMANO ont joué ensemble dans des configurations et des groupes qu’il serait vain d’énumérer.

Une histoire du jazz européen à eux trois, en somme, réunissant un organiste français, un guitariste belge et un batteur romain. “ Orgue guitare, batterie, une tradition dans le jazz, un son hérité du gospel” précise Aldo Romano. Chacun des membres de ce triangle équilatéral a apporté son savoir faire, son talent de compositeur dans le pot commun. Ils accordent leurs imaginaires musicaux, de légèreté, souvent mélancolique, de suavité exquise. Une musique sensible sans sensiblerie, intime, étrangement intemporelle, qui finit par s’imposer agréablement.

Le titre ne doit pas prêter à confusion, “La belle vie pour Maurice” est un hommage chantant à tous les sens du terme, puisque Bex utilise le vocoder, au critique et connaisseur Maurice CULLAZ. L’organiste y réaffirme son credo : le jazz n’a pas de frontière , question de partage de valeurs et d’attitudes dans la vie. C’est la manière de jouer qui fait le jazzman plus que le répertoire.

Philip Catherine, aux envolées d’ un lyrisme affirmé, chante lui aussi tel un guitar hero de la grande époque, troublant sur tous les morceaux. Aldo Romano, discret coloriste, toujours subtil, soutient l’attelage et ses qualités de mélodiste que l’on connaissait apparaissent avec une belle évidence dans “Il Piacere”.

Elégance du jeu, des alliages de timbre, virtuosité technique que l’apparente simplicité des mélodies et le sens indéfectible du tempo feraient presqu’oublier .

Les titres se suivent, la musique garde sa cohérence. Et prend même plus de relief au fur et à mesure de l’écoute. Ça swingue terrible sur “Twice a Week” et “Tompkins Square” qui finit l’album.

Sophie CHAMBON

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 14:59

 

Sixième concert de la saison pilotée par Arnaud Merlin, et troisième de l'année encore presque nouvelle. À l'affiche les groupes de deux contrebassistes : Riccardo Del Fra, solide pilier du jazz européen, et Stéphane Kerecki, lequel dit au public avant de jouer son émotion d'assurer la première partie de celui qui fut son professeur voici vingt ans au département de jazz du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris ; il assistait même au tout premier cours de Riccardo dans cette noble institution.


 

STÉPHANE KERECKI «French Touch»

Julien Lourau (saxophones ténor et soprano), Jozef Dumoulin (piano, piano électrique), Stéphane Kerecki (contrebasse), Fabrice Moreau (batterie)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 2 février 2019, 20h30

 

Version 'Sur le Vif' du programme qui sous-tendait le disque éponyme, en l'occurrence quelques pages marquantes de la 'French Touch' électro partie à la conquête du marché et du goût planétaires. Sur ces standards d'un nouveau genre, le résultat est saisissant de musicalité profonde et incarnée. Cela commence très fort avec un titre de Daft Punk, Robot rock, qui évoque en nous le souvenir du premier Weather Report (époque Miroslav Vitous) bien plus que le célèbre groupe électro mondialisé. Sur All I Need de Air ensuite, Julien Lourau, toujours au soprano, joue avec ses effets, et leut absence, en passant d'un micro à l'autre, tandis que Stéphane Kerecki nous gratifie d'un solo tout à la fois chantant et combatif. La pression monte d'un cran avec Harder, Better, Faster, Stronger (Daft Punk, encore),avant que le saxophoniste ne passe au ténor pour Nightcall de Kavinsky (un proche de Daft Punk) : ici Jozef Dumoulin fait parler sa science des effets électronique, à quoi le sax répond dans le même registre avant que le piano ne réponde dans sa pure acoustique ; improvisation de type 'Total Modal', comme pourrait dire Andy Emler. Et ainsi de suite, chacun tirant le meilleur parti d'un matériau fortement connoté qu'il est possible pourtant de tirer vers d'autres univers, ce que fait magnifiquement Fabrice Moreau dans un solo qui part des rudiments du vocabulaire de l'instrument jusqu'au paroxysme de la polyrythmie. Belle démonstration de musique vraiment vivante.

 

RICCARDO DEL FRA «Moving People»

Riccardo Del Fra (contrebasse, composition, arrangements), Tomasz Dabrowski (trompette), Jan Prax (saxophones alto et soprano), Carl-Henri Morisset (piano), Nicolas Fox (batterie), et en invité Kurt Rosenwinkel (guitare)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 2 février 2019, 21h50

Avant de commencer à jouer, le leader rappelle l'origine de ce programme, et du disque qui en est issu : la commande d'un projet musical sur l'amitié entre les peuples d'Europe, qui va produire ensuite une profession de foi humaniste pour l'empathie, notamment celle qui s'impose envers les migrants fuyant des territoires en guerre. Il en résulte la présence sur scène d'un trompettiste polonais, d'un saxophoniste allemand, d'un pianiste français d'origine haïtienne, d'un batteur français et d'un invité américain résidant à Berlin, tous rassemblés par le plus français des contrebassistes italiens. Les deux premiers titres, enchaînés, évoquent ces plages où échouent les migrants qui fuient dans des embarcations plus qu'aléatoires des pays où il faut parfois slalomer entre les pièges des champs de mines. La musique ne souffre d'aucune lourdeur illustrative, elle ne garde de son propos que la véhémence et la mélancolie. Sur l'ensemble du concert comme à l'intérieur de chaque pièce le souci de la forme tend à prévaloir, sans altérer jamais la force de l'expression. Tous les membres du groupe sont des solistes hors de pair, les improvisations et les échanges sont toujours de haut vol, ce qui nous valut de bout en bout un très beau concert, conclu en rappel par une relecture très déstructurée de Let's Call This de Thelonious Monk.

Xavier Prévost

.

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'assister à ce concert, comme aux précédents, il reste à espérer qu'ils seront diffusés au cours des prochains mois sur France Musique. Il n'est pas interdit de questionner la direction de notre radio favorite sur le sujet....

 

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 20:39

Nouvelle chanteuse encore peu connue sur la scène française, Hailey Tuck tout droit venue d'Austin (Texas) va voir apporter une grosse dose de bonne humeur et de facétie.

Son jazz est texan, folk et drôle. Une grande bouffée de chaleur intimiste dans les frimas de l'hiver.

Ne pas la manquer jeudi soir au New Morning à Paris

 

 

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 20:07

Samedi 9 février à 20h

à L'Auditorium de la Seine Musicale

Ile Seguin - 92100 Boulogne

https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/michel-petrucciani_e422

 

S'il vous faut bien noter dans vos agendas une date exceptionnelle, c'est bien celle qui aura lieu Samedi 9 à 20h à La Seine Musicale.

Organisée par l'Académie du Jazz pour la soirée de remise de son palmarès, cette soirée sera aussi l'occasion d'un concert UNIQUE en hommage au très regretté Michel Petrucciani disparu il y a 20 ans, en janvier 1999.

Cette soirée, outre la remise des prix sera l'occasion d'accueillir un grand nombre de talents exceptionnels venus rendre hommage à l'immense pianiste du Vaucluse.

Une soirée à ne manquer sous aucun prétexte.

 

 

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 07:53
Chrystelle ALOUR  TRAVERSEEo

Chrystelle ALOUR

TRAVERSEE

SOCADISC/ JAZZFAMILY

 

http://www.chrystellealour.com/

 

Dans la famille ALOUR, cette fois nous demandons Christelle (piano et Fender, auteur compositeur et chanteuse) même si Sophie, la soeur saxophoniste, ici à la flûte traversière et Julien, le frère trompettiste, interviennent en guestssur cette Traversée. Un coup d'oeil sur son site révèle un parcours plus qu'intéressant, loin du jazz a priori, jusqu'à une rupture soudaine à 35 ans avec une carrière plus "sérieuse", juridique. Courageux de changer ainsi d'orientation au cours d'une vie bien tracée.

Tropisme brésilien? 3 chansons en V.0 penchent vers ce versant "Florabaila", "O Leaozinho de Caetano" de Caetano Veloso et "Arota do individuo" de Djavan, Orlando de Moraes. Samba et jazz ont toujours fait bon ménage. Même quand elle ne chante pas en brésilien, ce mood demeure et cet exotisme est de bon aloi, réchauffant en ce début de nouvelle année. Surtout quand intervient le saxophone voluptueux de David PREZ du collectif Paris Jazz Underground. C'est que le groupe de Christelle ALOUR est composé de musiciens aguerris que l'on aime : Simon Tailleu à la basse, Sandro Zerafa à la guitare et Manu Franchi (batterie).

Venons en maintenant à ce qui me paraît toujours plus délicat, le vocal : là encore, une surprise plus qu'agréable, une voix chaude et sensuelle qui n'escalade pas les gammes et ne tente pas la virtuosité. Néanmoins, le timbre reste dans l'oreille, porté par les rythmes brésiliens, samba, bossa qui sont plus que flatteurs.

Prometteur!

Sophie Chambon

 

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 07:45
TULLIA MORAND ORCHESTRA MAGIC HANDS

TULLIA MORAND ORCHESTRA

MAGIC HANDS

Clapson records/ L'autre distribution

Sortie le 1er février 2019

 

www.tulliamorand.com

 

 

Ah le plaisir d'entendre un big band emmené par une femme-orchestre, multi-instrumentiste! J'en étais restée en France, à Sylvia VERSINI sur le label avignonnais de l'AJMI.

Une véritable découverte, celle d'un univers où composition et improvisation sont intimement mêlés.

Comme on partage la passion de cette chef d'orchestre pour les big bands, elle qui a commencé avec le big band de François LAUDET en 2006, a travaillé avec Delfayo Marsalis à la Nouvelle Orleans, et François MOREL depuis 2014 dans ses spectacles musicaux. C'est dire qu'elle connaît et perpétue en un sens une tradition musicale jazz que l'on aime. On se laisse entraîner par ces histoires mises, non en mots mais en musique... Les instrumentistes nombreux, tradition oblige, interviennent et posent leur chorus, soutenus par les comparses. La liste serait trop longue :12 membres et 6 invités dont Fabien Ruiz, le prof de claquettes de THE ARTIST, qui, si vous avez vu la formidable expo à la Cité de la musique sur la Comédie musicaale, intervient en donnant son avis sur les techniques respectives des 2 plus grands danseurs au monde de "tapdance", Fred Astaire et Gene Kelly. Il intervient sur "Theme for Mr J" et se fond à merveille dans le rythme endiablé de ce morceau.

La plupart des chansons sont composées par Tullia Morand. J'utilise volontairement le mot de "chanson" volontairement car ce sont des instrumentaux que l'on pourrait fredonner sans problème. Et d'ailleurs, on entend "Plus je t'embrasse" de Ben Ryan. Un mélange de jazz classique, de pop où les compositions actuelles et les classiques de toujours font bon ménage. La preuve avec ce "Cognocoli" qui pourrait être placé dans un blindfold test, tant l'arrangement et l'orchestration sont troublants et entraînants!

 

Sophie Chambon

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 18:18

Claude Tchamitchian (contrebasse)

Pernes-les-Fontaines, 13-14 juin 2018

émouvance EMV 1040 / Absilone

 

En découvrant ce disque, je pense à un autre CD en solo publié récemment, celui de Barre Phillips («End to End»), que j'ai acheté en septembre à Marseille au festival 'Les Émouvantes', dont le directeur artistique est.... Claude Tchamitchian. Pas un hasard évidemment que cette proximité qui a suggéré à Claude de programmer son aîné dans son festival pour un magnifique duo avec le danseur Julyen Hamilton. Chez les deux contrebassistes, même mélange de totale exigence et d'absolue liberté. De surcroît l'un et l'autre disques ont été enregistrés au Studio La Buissonne, merveilleux endroit où l'art et la technique se confondent. Je pense aussi au contrebassiste Jean-François Jenny-Clark, dédicataire de la première plage, et dont la contrebasse a été prêtée à Claude par la veuve de ce grand artiste, Anne Jenny-Clark. Claude Tchamitchian voulait pour ce programme, destiné à une série de concerts, et un disque en solo, changer d'accordage (la scordatura, selon un terme érudit que j'ai appris en lisant dans le livret l'entretien du contrebassiste avec Anne Montaron). Ce choix pour échapper aux réflexes instrumentaux et aux contraintes du tempérament. S'ensuivit un long travail pour apprivoiser l'instrument, les modes de jeu induits, et stabiliser la basse et ses cordes, puis des concerts.... et un disque.

Le résultat est magnifique, audacieux et inspiré. Ce sont trois suites assez différentes, avec entre la deuxième et la quatrième une pièce plus courte en forme d'interlude. Le premier solo, qui donne son titre à l'album, est dédié à celui que nous étions nombreux à désigner sous le diminutif affectueux (et admiratif) de J.F. ; c'est une sorte d'ode à l'intériorité, à la concentration et à la musique, une ode portée par l'émotion que l'on sent inséparable de l'idée même de geste artistique. En pizzicato, avec des accents rythmiques très vifs, le développement fait clairement référence à son dédicataire. Puis un archet percussif et pourvoyeur d'harmoniques ouvre d'autres voies, trace d'autre chemins dans la mémoire de l'instrument. Retour au pizzicato pour un développement méditatif et lyrique, qui taquine les gammes par ton et fait chanter la basse sur le mode rythmique avant une descente chromatique apaisée vers la coda. Je suis sûr que J.F. aurait aimé ce solo !

Vient ensuite In Memory, une pièce inspirée par les origines arméniennes de Claude Tchamitchian. Ici un double archet permet tout un jeu d'harmoniques et de résonances, et un lyrisme qui oscille entre danse et lamento : profondeur et beauté. Puis c'est In Childhood, intermède ludique qui fait écho au précédent disque en solo du bassiste, «Another Childhood» (le tout premier, en 1992, s'intitulait «Jeux d'enfant»). Claude Tchamitchian joue avec le son, la résonance, et s'en délecte : pas de musique sans la maîtrise (et l'amour) de la sonorité. Un jeu complexe dans lequel de la ligne obstinée sorte des notes finement accentuées : ce n'est plus un jeu d'enfant mais un plaisir de musicien accompli.

Pour conclure le disque, le contrebassiste revient vers une pièce un peu plus longue, In Life, comme un parcours secret dans ce qui constitue sa vie de musicien : lyrisme incandescent, emballements rythmiques, liberté qui s'offre le luxe d'une apparente perte de contrôle : musique très vivante, comme l'est le disque dans son entier.

Xavier Prévost

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Claude Tchamitchian donnera un concert en solo pour la sortie du disque le vendredi 1er février à quelques centaines de mètres de Paris au Triton, près de la Mairie des Lilas

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Pour le plaisir et la curiosité, le solo tel qu'il fut donné dans l'émission 'À l'improviste' d'Anne Montaron, sur France Musique, quelques mois avant l'enregistrement du disque

https://www.francemusique.fr/emissions/a-l-improviste/le-contrebassiste-claude-tchamitchian-enregistre-en-solo-a-radio-france-60158

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 06:33

ALEXIS AVAKIAN : « Miasin »
Absilone 2019
Alexis Avakian (ts, fl..), Luc Allainmat (p), Artyom Minasyan (doudouk), Miqayel Voqnayan (vc), Mauro Gargano (cb), Fabrice Moreau (dms)

On le sait bien, depuis le début le jazz a toujours été affaire de syncrétisme et de métissage.

Le saxophoniste Alexis Avakian pour son 3ème album ne cesse de naviguer entre deux de ses racines profondément ancrées dans sa personnalité musicale : le jazz d'une part et sa culture arménienne d'autre part.

Pourquoi choisir ?

Alexis Avakian s'y refuse préférant jeter des ponts entre les deux, mélanger les sons, les instruments et les fusionner. Il y a certes de l'affirmation culturelle et identitaire dans cet album. Mais le résultat c'est surtout une musique qui porte en elle quelque chose de plus. Comme une grande leçon de fraternité que la musique parvient à créer ici-bas dans son immédiateté (c'est maintenant) et son intemporalité ( c’et toujours).
A partir de là, Alexis Avakian outre ses talents de tenor coltranien, sa puissance mais aussi sa très grande sensibilité mélodique, se révèle un compositeur délicat. Il écrit l’âme.
Et c’est certainement parce que sa musique s’écoute comme de doux poèmes que ses camarades de jeu sont à l’unisson des sentiments exprimés.
Miasin veut dire ensemble.
C’est bien de cela dont il s’agit, d’une musique qui réunit. Ceux qui la font et ceux qui la vivent.
Jean-Marc Gelin

Alexis Avakian sera au Studio de l’Ermitage à Paris le 30 janvier 2019
Le 1er février au Crescent à Mâcon
le 19 mars au Sunset à Paris

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 17:22

Whirlwind 2019
Ingrid Jensen (tp), Steve Treseler (ts, cl, clb) , Geffrey Keezer (p), Martin Wind (b), Jon Wikan (dms), Katie Jacobson (vc), Christine Jensen (ss)


L’an passé nous nous étions esbaudis devant l’album que le trompettiste Dave Douglas et le saxophoniste Joe Lovano avaient consacré à Wayne Shorter.
Cette fois, ce sont deux grands musiciens qui rendent hommage à un autre immense compositeur, Kenny Wheeler.
Les deux musiciens ont eu l’occasion de collaborer plusieurs fois avec Kenny Wheeler et alors que la communauté du jazz était sous le choc de sa disparition, c’est un an après sa mort ( en 2015) qu’ils ont enregistré l’essentiel de ce sublime hommage.
Si l’album en lui même est une grande réussite cela tient à, plusieurs ingrédients.
Tout d’abord les compositions de Wheeler qui apparaissent ici dans un registre plus classique et presque Shorterien. Moins dans ce que nous avons l’habitude d’entendre mais dans une véritable relecture qui rend à Kenny Wheeler sa place dans les plus grands compositeurs de cette musique.
Mais le charme de cet album tient aussi à ce supplément d’âme que les deux maîtres d’oeuvre parviennent à lui insuffler en restant fidèles à leur propre personnalité jazzistique.
Et tout d’abord il y a là, la révélation d’une trompettiste absolument exceptionnelle que, pour dire le vrai , nous ne connaissions pas beaucoup si ce n’est par ses apparitions toujours flamboyantes dans l’orchestre de Maria Schneider. Totalement inspirée elle apporte à cet hommage autant de brillance que de profondeur, portant les compositions de Kenny Wheeler à de véritables sommets.
A 53 ans, elle apparaît comme une très grande de l’instrument, en totale maîtrise mais aussi en passion.
Son entente avec le saxophoniste de Seattle, Steve Treseler est fusionnelle. Les deux musiciens se connaissent parfaitement et l’on ne compte plus les collaborations qui les unissent. Le saxophoniste , élève de Jerry Bergonzi mais aussi de Bob Brookmeyer ( la référence de Maria Schneider) est lui aussi une véritable révélation. Saxophoniste soulful s’il en est Steve Treseler a des sonorités qui évoquent Michael Brecker
C’est dans un jeu de questions réponses que les deux musiciens fusionnent, échangent , dialoguent, contre-chantent pour faire de cet hommage une petite merveille.

Un disque rare à découvrir de toute urgence.
Il faudra suivre avec attention les possibles apparitions de cette formation sur la scène européenne. A ne manquer sous aucun prétexte.
Jean-Marc Gelin

 

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 13:05

 

Repères biographiques :

 

Né à Bourges en 1987, Géraud est le petit dernier d’une fratrie de trois frères dont les deux premiers étaient musiciens, l’un batteur (futur avocat), l’autre pianiste (devenu chanteur lyrique d’opéra). Voyant Géraud intéressé, le premier lui mit une basse électrique entre les mains vers l’âge de 7 ans et tous deux l’initièrent à la musique des Beatles et autres Deep Purple, Led Zepelin, Doors … et bien d’autres musiques.

Les préférences de Géraud allaient plutôt vers la batterie et les percussions, mais son frère ainé lui fit comprendre que la basse était plus intéressante, en particulier dans le métier, où l’on manquait souvent d’un bassiste.

 

Sa première découverte du jazz : à son collège, à son entrée en 6ème, le professeur de musique avait créé un Big Band avec d’autres professeurs et élèves, et écrivait tous les arrangements (en particulier les lignes de basse), sur de courtes pièces (d’environ 3 mn) de Gleen Miller, Count Basie …. L’essai qu’il lui proposa fut concluant ! C’est là qu’il se liera d’amitié avec le pianiste qui sera l’inséparable compagnon de ses futures aventures musicales : Étienne Déconfin*.

 

Une révélation pour l’adolescent qu’il est devenu : la musique de Miles Davis et John Coltrane (surtout l’époque du quintet et du sextet, de ‘Kind of Blue’), pour laquelle son second frère se passionnât ! Il découvre à cette occasion la beauté de la contrebasse et supplie ses parents de lui en payer une. Par prudence on commencera par lui en louer une et l’inscrire au conservatoire de Bourges (et à son Big Band). Sa fréquentation assez peu assidue du lieu lui permettra cependant d’y suivre une certaine initiation théorique et de découvrir beaucoup de musiciens et de professeurs.

 

De fait, après son bac (passé machinalement), Géraud ne glanera aucun diplôme ou titre musical particulier pendant sa période formatrice, ne fréquentera jamais la Berklee School de Boston ou quelque autre école prestigieuse de musique, le seul titre qu’il ait gagné étant celui d’exploitant forestier, lors d’un épisode Lozérien, sur la terre de ses ancêtres, en 2013, où il répondit à l’appel de la nature, (parenthèse ouverte après son dernier long séjour à New-York et entre les enregistrements de ses deux premiers albums)

 

 

Dernières Nouvelles du Jazz (DNJ) : Peux-tu nous parler de ton expérience américaine ?

 

Géraud Portal (G.P.) :

 

New-York : j’y ai passé deux ans en six ou sept séjours.

 

Pour le premier, j’y étais invité par David S. Ware, sax ténor free décédé il y a quelques années, (protégé de Sonny Rollins, à l’époque des disques au Vanguard), venu donner à Bourges un concert et une master class de 3 ou 4 jours, organisés par le conservatoire. Mon prof. de jazz m’y avait inscrit (j’avais 14 ou 15 ans), et David, constatant ma motivation pour la liberté de la musique qu’il professait, m’avait invité à venir étudier avec lui pendant l’été à Big Apple. Mes parents m’ont payé le billet d’avion et je suis resté un mois et demi avec David, qui m’a fait connaître William Parker, (un disciple de Garrisson) … premières connexions, avec des musiciens témoins de l’époque des Lofts New-Yorkais (Rachid Ali, Cecil Taylor, Cooper Moore … toute cette génération de musiciens d’avant-garde qui idolâtraient Coltrane, Archie Shepp, Albert Ayler).

 

En 2012, je partageais mon temps entre le Berry et Paris, où je jouais avec Gaël Horellou, que j’avais connu, étant lycéen, avec François Gallix, (autre membre du collectif Mû), à un stage de jazz organisé par le Crescent de Mâcon. C’est lui qui m’a mis en contact avec Ari Hoenig qui cherchait un contrebassiste pour l’accompagner lors de ses apparitions européennes. Il m’a d’abord proposé quelques dates dans des clubs new-yorkais pour rôder le répertoire, et c’est au cours de ce nouveau séjour que j’ai fait la connaissance du contrebassiste Bill Lee (le père de Spike), et de trois jeunes musiciens qu’il hébergeait dans le quartier de Fort Greene : Arnold Lee, Ben Solomon et Kush Abadey, (tous trois membres, par ailleurs, du groupe de Wallace Roney).

 

Quand je suis revenu à l’automne pour travailler avec eux, Étienne* est venu nous rejoindre. J’étais à l’époque en pleine période Coltranienne (celle d’A Love Supreme), et c’est à ce moment-là que j’ai écrit plusieurs titres et que tout s’est mis en place pour permettre l’enregistrement en quintet de mon premier album, « Fort Greene Story » (Studio Systems Two -Brooklyn- en janvier 2013).

 

Avant même que la tournée française de promotion ne débute, Etienne et moi nous sommes remis à l’écriture pour un second album, « Brothers », (qui sera enregistré en décembre 2013 avec Kush Abadey à la batterie et Ben Solomon -sax ténor- en invité spécial au studio Peter Karl –Brooklyn-).

 

DNJ : Quelle a été ta principale influence musicale ?

 

GP : Entre 13 et 20 ans, je n’ai pratiquement écouté que la musique du quartet de Coltrane, surtout la période Impulse, (Crescent, A Love Supreme, tous les Live … ).

 

Une curiosité pour ce quartet, l’édition récente (2018) d’un inédit (Both directions At Once, The Lost Album -Impulse-), qui n’est pas un vrai album, mais l’édition de prises de travail de studio.

Il faut se souvenir que Trane n’avait pas autorisé la sortie de « Transition » de son vivant, ne jugeant pas l’album d’un niveau suffisant ! (Je laisse réfléchir sur le niveau d’exigence du Monsieur).

 

Après, ce fut l’intérêt pour le quintet, avec Alice Coltrane et Rachid Ali, contemporain de la période où j’ai travaillé avec David S. Ware.

 

DNJ : Mais encore ?

 

GP : En fait, celui qui m’a fait véritablement découvrir le jazz dans son entièreté, c’est Barloyd**, dont la discothèque est une mine de découvertes ! Tu arrives chez lui : tu ne connais pas ça ? Ni ça ?? Assieds-toi, je te fais écouter ! Des nuits blanches sur le canapé, à écouter des disques, des vinyls … Quel complément à mon intérêt premier pour Coltrane et l’avant-garde américaine, pour Mingus, Roland Kirk et Eric Dolphy !

Et par là, je me suis recentré sur des bases Bop, et adore jouer avec des partenaires comme lui ou Luigi Grasso, avec qui j’apprends tous les  jours. En fait, ce qui est fascinant dans le Bop, c’est toute l’architecture de la musique qu’il véhicule ; c’est comme dans la musique de Bach, et il n’y a pas une si grande différence entre la musique de Parker et celle de Bach. Dans les deux cas, tu as l’impression d’être devant une cathédrale ; la seule différence, avec Bird ou avec Ornette, c’est que tu as en plus le cri des noirs américains, le cri du Blues.

 

Avec Barloyd, donc,  la découverte de l’Histoire du Jazz et de ses monuments (le plus grand musicien de jazz n’est pas un homme : c’est Mary Lou Williams, -voir son évolution des Twelve Clouds of Joy d’Andy Kirk au concert de Carnegie Hall 77 avec Cecil Taylor- … etc) : le jazz est un univers entier, tu y entres par une porte, et tu y navigues en fonction de tes affinités.

 

Cela dit j’aime beaucoup la musique classique et contemporaine, les chants grégoriens (intérêt que je partage avec Luigi) et la musique du Moyen Age, souvent une musique de prière. Il y a de toutes façons une musique pour tous les moments de la vie, une musique pour danser, une pour prier, une pour méditer … d’ailleurs David  S. Ware pratiquait la méditation transcendantale, s’intéressait beaucoup à l’Indouisme et au Bouddhisme, récitait des mantra le matin dans sa salle de musique….

Le grand rêve de Trane, vers la fin, était de monter une fondation pour les jeunes musiciens, dont le titre serait ‘Musique et Méditation’. C’était l’aventure spirituelle centrée sur l’Inde et le Japon, après le rêve africain fantasmé et avorté de nombre de musiciens africain-américains.

Alice Coltrane (disparue en 2007) avait poursuivi sur cette voie et créé un ashram en Californie (qui a brulé récemment).

 

DNJ : Un rêve secret ?

 

GP : Jouer dans le quartet de Trane à la place de Garrisson, avec Elvin et McCoy !

 

 

DNJ : Une réflexion particulière sur l’évolution du monde de la musique ?

 

GP :  les labels ont compris que pour exister, un musicien a besoin  à un ou des moments donnés de créer un, deux ou trois albums, pour marquer sa progression, avoir un coup de projecteur particulier, passer dans une ou des émissions de radio, travailler avec la presse. Ce n’était pas forcément la même chose auparavant, et si tu demandes par exemple à Alain Jean-Marie combien il a enregistré de disques, il ne saurait peut-être pas te le dire : à l’époque, et c’était le truc, les gens venait lui demander d’enregistrer et il y allait.

A l’heure actuelle, le musicien est beaucoup plus impliqué dans la démarche, et ne pense plus qu’à ça pendant les six ou huit mois qui précèdent la production de son projet ; c’est son bébé, qui va jalonner son parcours : c’est une pierre de plus dans l’édifice qu’il construit. Le but du jeu est de progresser, et, à un moment donné, de faire une belle photographie de ce qu’il fait, et aussi , pour l’occasion, d’inviter, de rencontrer un ou des musiciens étrangers que l’on entendrait sinon pas. A l’arrivée, c’est plus une satisfaction de musicien que de businessman, car il se vend beaucoup moins d’albums qu’auparavant.

 

Après il y a une question de catégorie d’instruments : quand tu es batteur ou bassiste, tu n’as pas trop de problème pour travailler si tu as un niveau suffisant, (tu peux même choisir tes engagements). C’est complètement différent pour les soufflants, par exemple, (trompettistes, saxophonistes), qui passent leur vie à travailler leur instrument et à peu ou moins jouer.

 

 

DNJ : Quelques réflexions particulières sur ton troisième album (Let My Children Hear Mingus),  sorti en 2018 ?

 

GP : Pour ce projet, j’ai fait des relevés sur les disques de Mingus, mais j’ai confié toutes les orchestrations à César Poirier, qui sait le faire, et vite, et qui en a beaucoup plus la compétence que moi …

Sinon, cela a été l’occasion  de recréer un son, un propos commun faisant référence à ce qui avait été élaboré dans le workshop de Mingus, au gré des alliances d’identités stylistiques différentes qui en avaient fait la richesse.

 

Le fait d’être entouré de musiciens venant d’horizons divers, Luigi Grasso érudit du bebop, Kush Abadey qui à l’histoire de la batterie afro-américaine avec lui (fils et petit-fils de batteur de jazz), Vahagn Hayrapetyan pianiste Arménien, mentor de Tigran Hamasyan, m’a permis de donner un visage nouveau à l’interprétation de la musique de Mingus.

 

Le maitre mot est : Freedom !

 

DNJ : Depuis la rentrée de septembre, tu fais partie d’un sextet-septet en résidence au Duc des Lombards à Paris ; comment est né ce projet ? En as-tu d’autres sous le coude ??

 

GP :  Ce projet est né en collaboration avec Sébastien Vidal

L’idée est d’avoir un orchestre maison et de jouer 2 soirs par mois la musique de nos héros !

Nous avons commencé avec Cannonball, Woody Shaw…affaire à suivre !!!

 

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* Étienne Déconfin, pianiste.

 

**Barloyd : alias Laurent Courthaliac, pianiste.

 

©photo Philippe LEVY-STAB

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Discographie sélective :

 

En leader :

 

Fort Greene Story (Gaya), 2013.

Brothers ( Gaya), 2015.

Let my children hear Mingus ( Jazz Family), 2018.

 

En sideman :

 

Gael Horellou Trio « Segment » ( Petit Label), 2010.

Gael Horellou Sextet «  Live » ( DTC), 2011.

Etienne Déconfin « Elements » ( Black and Blue), 2014.

Simon Chivallon «  Flying Wolf ( Jazz Family), 2018.

 

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Collaborations :

 

Anciennes :  Gael Horellou, Ari Hoenig, Étienne Déconfin, Ben Solomon, Arnold Lee, Simon Chivallon …

 

Récentes : Kush Abadey, Vahagn Hayrapetyan, Jacky Terrasson, Jazzmeia Horn, Stéphane Belmondo, Ali Jackson, Laurent Courthaliac, Luigi Grasso, Baptiste Herbin …

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