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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 17:03

Peu avant la fin de l'année, j'ai reçu des nouvelles du saxophoniste-improvisateur Daunik Lazro, qui avait égaré mes coordonnées et souhaitait me faire partager deux nouveaux disques : le premier, « A Pride of Lions », issu d'une rencontre à Tours dans la cadre transatlantique de 'Across the Bridge' en 2016, et paru lors du match retour à Chicago en mai 2018 ; et le second, enregistré en 2016 à Vandœuvre-lès-Nancy à l'initiative du regretté Dominique Répécaud, mixé ultérieurement, et apparu dans le paysage sonore cet automne.


 

THE BRIDGE SESSIONS 08 «A Pride of Lions»

Daunik Lazro (saxophones ténor et baryton), Joe McPhee (saxophone ténor, trompette de poche), Joshua Abrams (contrebasse, guembri), Guillaume Séguron (contrebasse), Chad Taylor (batterie, mbira)

Tours, Le Petit Faucheux, 30 janvier 2016

The Bridge Sessions TBS 008

https://thebridgesessions.bandcamp.com/album/a-pride-of-lions


 

De ce premier disque on pourrait dire qu'il est dans la tradition de la musique improvisée afro-américaine, car cette musique, surgie à l'orée de sixties, a déjà une (longue) histoire, des codes et une tradition. Et les rencontres suscitées par 'The Bridge', réseau transatlantique surgi à l'orée des années 2010, font vivre et revivre cette histoire presque neuve en organisant, en France et aux USA, des tournées de groupes où s'associent des musicien(ne)s de Chicago (et du Midwest) et des musiciens français. Ceux qui participent à ce disque ont des affinités et des expériences antérieures, mais comme toujours dans la musique improvisée, lorsqu'elle éclot sous un jour favorable, ce sont l'événement singulier, l'osmose du groupe et la magie de l'instant qui tissent un moment musical. Tissage réussi, trame lisible et pourtant pleine de surprises et de bifurcations inattendues, bref tout ce qu'on aime dans ce type de rencontre, sans filet et en concert.

 


 

LAZRO-RÉPÉCAUD-KRISTOFF K.ROLL-KELLER «Actions Soniques»

Daunik Lazro (saxophone baryton), Géraldine Keller (voix & flûte), Dominique “Ana Ban” Répécaud (guitare électrique), Carole Rieussec- Kristoff K.Roll (dispositif électroacoustique : platines, ordinateur, synthétiseur, kaoss-pad, mégaphone, microphones, cailloux, échantillonnage, texte), J-Kristoff Camps-Kristoff K.Roll (sons mémorisés et manipulés, petite électronique, corps sonnants dont guitare sur table, mégaphone, tuyau, ballon, ressort)

Vandœuvre-lès-Nancy, 20-22 mars 2016

Vand'Œuvre 1850

http://www.centremalraux.com/soundtrack/actions-soniques


 

Le second disque raconte une autre histoire, celle d'une musique expérimentale qui, comme la musique improvisée qui puise une part de son idiome dans le jazz.... et ailleurs, va prendre son bien dans d'autres territoires : musique électroacoustique, rock, musique(s) contemporaine(s).... La rencontre s'est faite autour d'une personnalité majeure de ce courant : Dominique Répécaud, guitariste mais aussi fédérateur du festival Musique Action qui vit éclore, sur plusieurs décennies, bien des aventures musicales autant qu'humaines. Cette musique est à l'image de cette rencontre entre des personnes-et des personnalités musicales- qui partagent un goût prononcé de l'aventure et un désir d'action sonique (si l'on veut reprendre l'expression qui identifie l'objet). Dominique Répécaud est mort moins de 5 mois après l'enregistrement. Les membres du groupe ont mis du temps à surmonter la tristesse qui les envahissait à chaque réécoute pour le mixage et l'édition. Mais comme ils l'expriment collectivement dans le livret du CD « Faire durer le travail, les écoutes, c'était encore jouer ensemble. Fraternité inoubliable et Reconnaissance éternelle ». Tout est dit, et cela se confirme à l'écoute.

Xavier Prévost

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 08:05

 

Concert hommage initié par l’Académie du Jazz, journées spéciales à la radio (France Musique, TSF), sorties de coffrets de disques sur sa période Dreyfus : de nombreux événements sont prévus pour célébrer les 20 ans de la disparition de Michel Petrucciani le 6 janvier 1999 à 36 ans.
Pour les amateurs du pianiste « pétri de musique » selon le mot d’une voisine de sa ville natale Orange, les hommages ont débuté cet automne avec la sortie chez BMG d’une intégrale de la production discographique chez Dreyfus (12 cd). La même maison de disques, qui a repris le catalogue Dreyfus sort en janvier une anthologie des compositions de Michel Petrucciani avec le témoignage de pas moins de 40 pianistes recueillis par Pascal Anquetil.
Sur les ondes, France Musique consacrera une semaine spéciale à Michel Petrucciani : dans son émission,  Open Jazz (18 h-19 h), 'Alex Dutilh invitera  cinq pianistes du 2 au 8 janvier (2 janvier, Laurent Coulondre, le 3 Manuel Rocheman, le 4 Bruno Ruder, le 7 Thomas Enhco et le 8 Baptiste Trotignon) ; les Légendes du Jazz de Jérôme Badini proposeront des concerts du pianiste les 5 et 6 janvier de 18 h à 19 h ; le temps fort sera constitué par une nuit Petrucciani du 5 janvier à minuit au 6 janvier à 7 h présentant des concerts du pianiste disparu.  Quant à TSF, la station présentera tout au long de la semaine du 7 au 11 janvier un abécédaire dédié à Michel Petrucciani en même temps que deux numéros de son émission dominicale Rue des Archives et des témoignage de ses proches dont Aldo Romano et Jean-Jacques Pussiau.
Les fans de Michel Petrucciani retrouveront Aldo Romano sur scène le 9 février à l’auditorium de la Seine Musicale à Boulogne Billancourt lors d’un concert organisé par l’Académie du Jazz qui réunira entre autres des musiciens ayant joué avec le pianiste, Joe Lovano, Lenny White, Flavio Boltro , Philippe Petrucciani (son frère) mais aussi les pianistes Franck Avitabile, Jacky Terrasson et Laurent Coulondre, la saxophoniste Géraldine Laurent, le bassiste Géraud Portal...
Jean-Louis Lemarchand

 

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 20:43

JORGE ROSSY : «  Beyond sunday »
Jorge Rossy (vbes), Mark Turner (ts), Al Foster (dms), Doug Weiss (cb), Jaume Llombart (g)
Jazz & People 2018

On connait Jorge Rossy mais dans un tout autre registre que celui présenté ici. Car avant d'être vibraphoniste comme dans ce nouvel album qui paraît sur le label Jazz & People, Jorge Rossy est avant tout batteur. Et non des moindres puisqu'à côté de ses talents de pianiste, il fut l'un des membres du trio mythique de Brad Mehldau aux côtés de Larry Grenadier. C'est dire s'il s'agit d'un musicien accompli et aux multiples talents.
Son nouvel album s'inscrit dans le registre de la douceur cotoneuse où les belles et agréables compositions vous enveloppent dans une sorte de feel good story.
Mark Turner y survole quelques sommets avec la rondeur et le velouté d'un son plus "Lesterien" que jamais même si l'on ne peut que regretter une prise de son souvent lointaine (p.ex sur Kierra). Quant à Al Foster, c'est l'autre bonne nouvelle de cet album où son drumming est fait de vibrations frémissantes sur les peaux.
Une sorte de complicité amicale semble emerger de ces 10 piéces qui, sans prétention, amènent à ce délicat état de grace où tout semble fluide, simple, naturel et suave. Sans prétention car il y a là une (fausse) apparence de simplicité dans ces belles mélodies servies dans un ecrin de soie. Ce n'est bien sûr pas la révolution du jazz et il est fort possible que cet album file comme une comète dans votre mémoire musicale.
Rien ne vous empêche pourtant de vous laisser aller par ces longues soirées d'hiver. dans votre canapé, un verre de whisky à la main et le cigara aux lèvres et de vous laisser vous évaporer dans les nuées bleutées.
Vous verrez, cela fait un bien fou !
Jean-marc GELIN

 

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8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 06:36
Se souvenir des belles choses AUDREY PODRINI/CAMILLE THOUVENOT/VINCENT PERIER /ZAZA DESIDERIO

 

 

AUDREY PODRINI/CAMILLE THOUVENOT/VINCENT PERIER /ZAZA DESIDERIO

Se souvenir des belles choses

 

Label LA&CA/InOuie Distribution

Enregistré au studio La Buissonne entre 2017 et 2018, cet album original de jeunes musiciens installés à Lyon ( piano, violoncelle, batterie) qui se sont rencontrés en 2012 et ont décidé de faire oeuvre commune,  retrace un bout de leur chemin musical . Rejoints bientôt par un clarinettiste, s'est alors créée une formation à quatre, un trio de jazz chambriste autour d'un batteur percussionniste brésilien. Se souvenir des belles choses est né, sur le label LA&CA (Là-bas et ici, en portugais). Ça tombe bien, le livret comme la musique sont collectifs, un carnet de souvenirs, de voyages souvent, d'expériences sensuelles et poétiques avec ce titre sensible qui fait aussi rappel du film de Zabou Breitman sur la maladie d'Alzheimer qui ne touche pas que des personnes vieillissantes.

La musique n'est aucunement illustrative des textes, dessins et photos du livret, confectionné avec un soin d'artisan. On lira les bribes de mots, les phrases de ces compositions collectives évoquant des réminiscences,  des impressions floconneuses, images rassemblées, d'univers très proches (Provence) et aussi éloignés que le Brésil, ou l'Afrique. Un chant fragile et délicat, fait de nostalgie, voire de mélancolie comme dans  "Couleurs d'automne" ou l'hypnotique "Lluvia de Cenizas" de Camille Thouvenot (piano, moog). Des instantanés heureux tissent des ballades qui nous enveloppent dans un continuum subtil aux variations fines.

Une musique qui s'écoule avec fluidité, s'écoute facilement, mixe les genres et formes musicaux, fait voyager intelligemment, avec des climats légèrement balkanisés  de "L'écharpe bleue" du clarinettiste Vincent Périer, au rock d' "Anitcha" (Audrey Podrini, violoncelliste) . Du multicoloré, sans être trop épicé qui passe aussi par le tango. Avec "Au revoir là haut" d'après le livre de Pierre Lemaître sur les gueules cassées de la Première Guerre.  On peut alors se souvenir, puisque c'est la thématique de l'album, du beau film de François Dupeyron La Chambre des Officiers.  Une superbe composition de ZaZa Desiderio (batterie-seau à champagne!) "In the Silence " vient nous cueillir, mettant en avant ses camarades pour terminer cette séquence collective avant l'élégante "Envolée" finale.

Un album atmosphérique qui s'insinue lentement, en douceur mais que l'on risque de ne pas épuiser rapidement tant il réussit à combiner émotion et dépouillement.

Sophie CHAMBON

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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 09:11

Sophie Agnel (piano), John Edwards (contrebasse), Steve Noble (batterie)

Brighton (Angleterre), septembre 2016 & Nickelsdorf (Autriche), juillet 2016

ONJ Records JF 010 / l'autre distribution

 

Cinq ans après la parution de «Meteo» (Clean Feed Records, enregistré en 2102 au festival Météo de Mulhouse), le trio récidive avec d'autres extraits de concerts, captés plus récemment dans deux autres lieux (Alternative Jazz Festival & Konfrontationen Festival). Trio ouvert, et musique qui l'est tout autant : la prise de son place les trois instruments à égalité de présence et d'écoute, de sorte que le dialogue est permanent, sans prépondérance, la dynamique et le discours structurant la lisibilité de cette création en mouvement incessant. Deux longues improvisations, captées à Brighton, et une troisième, beaucoup plus brève, enregistrée en Autriche : comme trois images instantanées de moments privilégiés de musique vivante. Depuis des années et des années que j'écoute des disques de musique improvisée, je remarque que la plupart de ceux qui me conquièrent ont été captés en public, comme si la présence d'un auditoire induisait une magie particulière, un supplément de communication. Ce n'est peut-être là que le phantasme de l'amateur (de jazz et de musique improvisée, idiomatique ou non) que je fus et demeure. J'accepte l'alibi fantasmatique qui n'ampute en rien mon plaisir d'écoute. Plaisir qui se nourrit aussi, par sensations rétrospectives, des nombreux concerts d'improvisation auxquels j'ai assisté. En écoutant ce disque, j'ai la sensation de vivre un événement, qui a déjà vécu pour ceux et celles qui l'ont joué ou écouté en direct, mais qui pour moi se rejoue comme au premier instant. Ces trois improvisations sont unifiées par leurs titres, évocation d'un oiseau du Groenland dont la photographe Juliette Agnel, sœur de la pianiste, a tiré un portrait plein de mystère qui orne le disque. Et l'on entend, à la fin de la dernière plage, le cri étrange de cette perdrix des neiges que là-bas on appelle aqisseq. C'est un autre mystère, celui d'une musique en mouvement vers un futur aussi fragile qu'inexorable, qui capte notre attention en quête de beauté fugace. Belle(s) page(s) de musique improvisée, assurément.

Xavier Prévost 

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Le trio est en concert le dimanche 9 décembre 2018 , 18h, à Paris, au Lavoir Moderne Parisien, pour les 20 ans de l'Atelier Tampon-Nomade

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 22:13

Samuel Blaser Early in The Morning.
Samuel Blaser, trombone, Russ Lossing, piano et orgue, Masa Kamaguchi, basse, Gerry Hemingway, batterie, harmonica, et en invités Oliver Lake, saxophone alto, Wallace Roney, trompette. Enregistré à New York, janvier 2017. OutNote Records-Outhere Music.


Eternel blues. Source permanente d’inspiration pour les jazzmen. Le tromboniste suisse Samuel Blaser vient inscrire son nom dans la liste de ceux qui sans renier les traditions apportent une touche personnelle et originale. Le natif de la Chaux de Fonds passé par New-York et désormais résident à Berlin “hisse toutes les voiles du jazz d’hier et d’aujourd’hui pour faire fructifier cet héritage dans une conception contemporaine de ce répertoire », analyse dans le livret le musicologue Arnaud Merlin. Son traitement du blues mobilise toute sa connaissance de la musique contemporaine (Ligeti, Kurtag) et son inclinaison pour Charles Mingus (avec Early in The Morning, premier titre de l’album) et aussi le Third Stream cher à Jimmy Giuffre. Le trombone se fait sauvage, sombre, profond, majestueux dans un répertoire proposant titres traditionnels et compositions du leader. Sous la direction artistique de Robert Sadin, le groupe s’est plu à méler l’ancien et le moderne. Une formation réunie en studio à New York, où se côtoient des comparses habituels de Blaser (Russ Lossing, Masa Kamaguchi, Gerry Hemingway) et deux invités d’horizons différents (Wallace Roney de facture plutôt classique et Oliver Lake aux confins du free). Un album qui devrait plaire aux amateurs de blues et aux amateurs de musique sans œillères. Chaudement recommandé.
Jean-Louis Lemarchand
 

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 19:27

 

 

LEE KONITZ- DAN TEPFER «Decade»

Lee Konitz (saxophone alto, voix), Dan Tepfer (piano)

New York, septembre 2010, juillet 2015 & février 2016

Verve 602567664574 / Universal

 

Dix ans après le premier disque («Duos with Lee», Sunnyside), le saxophoniste et le pianiste se retrouvent sur disque, alors qu'ils se sont souvent produits ensemble sur scène dans l'intervalle (et depuis : encore à New York, à la Jazz Gallery, la veille de l'instant où j'écris ces lignes). Quelques plages aussi en re-recording dans lesquelles Konitz dialogue avec lui-même. Et d'un bout à l'autre l'esprit de l'improvisation, de l'aventure, de l'interaction. Le saxophoniste vétéran et son jeune confrère sont deux virtuoses de cette liberté revendiquée et assumée. C'est comme un voyage onirique : l'espace s'ouvre devant nous, inconnu, et chaque note, chaque accent, dévoilent un nouvel horizon. Ici une Suite improvisée en hommage au victimes du 11 septembre 2001. Ailleurs un incursion dans la technologie, quand le pianiste utilise un piano à interface numérique qui réagit par les algorithmes développé par ses soins. Et pour finir les harmonies de Body And Soul, caressées par Lee Konitz, comme il sait si bien le faire depuis des décennies, ayant de longtemps pris le parti d'entrer directement dans l'impro sans citer le thème.Et Dan Tepfer, familier des libres digressions, est totalement en phase avec ces dérives d'un partenaire qu'il pratique depuis des années. D'un bout à l'autre, leur complicité est fascinante.

 

 

MARK TURNER- ETHAN IVERSON «Temporary Kings»

Mark Turner (saxophone ténor), Ethan Iverson (piano)

Lugano, juin 2017

ECM 2583 / Universal

 

 

Une chronique jumelée de ce disque avec le précédent me paraissait s'imposer : d'abord parce que le disciple de Lennie Tristano que fut Lee Konitz trouve écho chez Mark Turner, qui est une sorte d'héritier de cette famille musicale ; ensuite parce que la plage 4 du disque (Dixie's Dilemma) est une composition de Warne Marsh, partenaire de Lee Konitz auprès de Tristano dès 1949. Ici l'on est dans l'improvisation autour de compositions, signées (hormis le thème déjà cité) par chacun des deux duettistes (6 pour le pianiste et 2 pour le saxophoniste). Et l'univers musical est bien celui auquel je faisais référence à l'instant, et qui mêle extrême liberté, formidable maîtrise, et grande sophistication musicale. On se laisse embarquer dans les sinueuses volutes où s'aventurent les deux improvisateurs au fil de leur dialogue, libres de se surprendre, libres de nous égarer avant de nous recueillir avec bienveillance dans le secret de nos émois d'auditeurs. Ici encore, on se laisse emporter, victimes consentantes d'un égarement qui nous enchante, admiratifs de la connivence qui unit ces deux grands musiciens.

Xavier Prévost

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 18:18
@sylvain Gripoix


Les DNJ : comment te positionnes-tu par rapport à la musique : comme un musicien de jazz (il faudrait déjà définir ce qu’est le jazz pour toi …), comme un musicien tout court ? :

Matthieu Chazarenc : Comme un musicien de jazz je crois..
Pour moi, le jazz et l’improvisation sont deux choses différentes ! Bien sur le jazz appelle à l’improvisation, mais de manière très codée, très structurée, avec une histoire, un langage, une culture extrêmement forte, des bases (le blues, le swing, les standards… ).
On peut en revanche très bien improviser sans faire de jazz !
Une grande partie de ma famille a toujours écouté beaucoup de musique, mon papa était lui même musicien amateur (batteur) et mélomane de la première heure; il y avait à la maison plus de 800 disques (classique, jazz, chanson française …etc).
J’ai baigné là-dedans dès mes 6 ans, les disques du Label Pablo, (Basie, Ella, Flanagan, Peterson, Getz), je suis tombé amoureux de cette musique très rapidement.
La première fois que je suis parti à New York, c’était en 1997 ; Pour une simple raison : je rêvais d’aller dans les clubs et voir les musiciens que j’admirais, au Village Vanguard le lundi soir, pour écouter le Vanguard Orchestra …etc. J’y ai également suivi des Cours à la Drummers Collective, et des cours particuliers avec notamment John Riley.
A mon retour de New York, j’ai finalement intégré le Conservatoire de Région de Toulouse, mes parents insistant pour que je passe des diplômes (fin 97-début 98) ! J’y suis resté deux ans et demi.
Il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mes études, j’ai donc joué dans des contextes très différents les uns des autres : Big Bands, orchestres de variété, de bal, marching bands, batucadas ... etc
Avec le recul je crois que tout ceci a finalement été très formateur.

En Septembre 2000 je suis entré au Conservatoire Supérieur de musique de Paris, dans la classe de jazz et musiques improvisées.
Je n’ai jamais quitté Paris depuis.

Les DNJ : j’ai vu que tu avais travaillé avec David Linx ; tu peux nous raconter l’expérience ?

MC : David fait partie des gens avec qui j’ai travaillé assez rapidement en arrivant à Paris.
J’ai commencé à travailler avec lui sur le projet Heart Land, avec entre autres,  Paolo Fresu, Christophe Wallemme qui joue dans mon projet aujourd’hui, et puis j’ai remplacé quelques fois Stéphane Huchard sur des concerts ici et là.
Sais-tu qu’à l’origine, en Belgique, David était batteur ! Il a une personnalité incroyable, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait.

Les DNJ  : Jusqu’à récemment il n’était pas très habituel de voir des batteurs ou des bassistes enregistrer en leader. Tu as une explication à cela ?

MC : Il est vrai que nous sommes essentiellement des instrumentistes accompagnateurs qui assurons la rythmique des groupes. Il est surement plus difficile aussi de faire des concerts solo à la batterie ou à la basse que des concerts solo au piano ! Mais il y a de plus en plus de batteurs et de bassistes qui composent, arrangent et enregistrent en leader.
Pour ma part, j’ai eu quarante ans l’année dernière, et depuis longtemps, j’écrivais des petits bouts de mélodie, par-ci, par-là, que je jouais et même enregistrais parfois avec des groupes.
On m’a beaucoup encouragé à aller plus loin. J’ai donc décidé de me lancer de nouveaux défis et de voir ce que ça pouvait donner sur un disque.
Ça a pris beaucoup de temps, j’ai joué avec des musiciens très différents depuis de nombreuses années, et petit à petit, çà a muri.
En 2017, je me suis lancé et suis entré en studio en Septembre, avec une formule privilégiant l’acoustique et un rapport je crois très proche avec la chanson.
Cet album que j’ai décidé d’appeler CANTO en référence à la fois à mes racines gasconnes mais aussi à mon gout pour les mélodies, la chanson, est sorti en Février 2018.
Le choix de l’accordéon est venu assez naturellement. J’avais aussi très envie de la douceur, de la couleur du bugle, qu’on peut rencontrer chez des musiciens comme Paolo Fresu ou Stéphane Belmondo pour interpréter les thèmes.
J’ai pensé à Sylvain Gontard (bugle) de façon assez naturelle, pour son rapport au son,  son bagage classique, son gout pour les mélodies fortes, parce qu’on avait travaillé ensemble aussi dans l’orchestre d’Ivan Jullien et d’autres projets.
Idem pour Christophe Wallemme, contrebassiste, très solide, complet, à la fois rythmicien, mélodiste, magnifique soliste et compositeur avec qui j’avais déjà travaillé aux cotés d’Eric Séva, David Linx entres autres..
À l’accordéon, Laurent Derache (30 ans) est une sorte de révélation, même s’il est dans le circuit depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés au CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) sans jamais vraiment collaborer.
Il m’a fait découvrir l’univers de l’accordéon, ses compositeurs, son histoire.
C’est une très belle rencontre musicale et humaine.

Je travaille et ai beaucoup joué à l’étranger, en TRIO avec le pianiste américain Benny Lackner (presque 10 ans) au Brésil, en Asie, en Australie, en Nouvelle Zélande, dans tous les pays d’Europe.
A mon arrivée à Paris en 2000, j’ai participé à de nombreuses tournées en Hollande et en Belgique avec notamment, le contrebassiste Hein Van De Geyn qui occupe une place déterminante dans mon parcours.
Grâce à ma rencontre et des années de collaboration avec l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, j’ai découverts les musiques et les voyages dans les iles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Madagascar).
Plus récemment des concerts en TRIO avec le pianiste Manuel Rocheman, m’ont emmené jouer dans les centres culturels français (Jordanie, Liban, Bahreïn, Dubaï  …etc)
Depuis Décembre 2017, après un premier concert à Bercy, j’accompagnais Mr Charles Aznavour.
Une expérience unique qui restera gravée dans ma mémoire pour toujours.

 

@ Sylvain Gripoix

Les DNJ  : que penses-tu de l’évolution actuelle du marché du jazz :

MC : Je suis assez optimiste ! i.e. je pense qu’il faut vivre avec le présent, penser loin devant et ne jamais trop regretter le passé.
Ce que je trouve extraordinaire, c’est qu’en me levant le matin, si je vais sur FaceBook ou sur Youtube, je peux passer 1/2h à regarder des vidéos du monde entier.
Ça fait exploser des talents, connaitre des musiciens très jeunes, de plus en plus doués un peu partout.
 Le point négatif, pour moi, dans tout ça, c’est que l’on vit de plus en plus dans une société du « Zapping »…
Quand j’ai commencé à ressentir le besoin de faire de la batterie, gamin, mon père avait des vinyls, et je jouais dessus.
Je pouvais les passer 5,10 fois jusqu’à comprendre par exemple comment Lolo Bellonzi arrivait à faire un truc derrière Claude Nougaro !
Aujourd’hui, (et moi le premier), on choisit un ou deux morceaux sur un album et les ajoute à une playlist.
C’est différent !

Pour nous musiciens, le concept d’album est primordial.
Il me semble inconcevable de le faire disparaître.
J’ai envie de croire que le disque reste un objet physique, un outil promotionnel, ...un bel objet aussi.

Les DNJ : Par contre, ce qui évolue c’est l’environnement du disque; On ne signe pratiquement plus  d’artistes sur des programmes de plusieurs albums à produire dans un laps de temps défini et le concept de label se dissout petit à petit pour laisser place à l’autoproduction, dont la promotion est plus ou moins assurée par des attaché(e)s de presse : Qu’en penses-tu ?

MC : C’est vrai, Tu as raison. Les temps ont changé.
J’ai la chance d’avoir près de moi une agent formidable (Pierrette Devineau CCProduction) qui a cru en moi dès le départ et a considérablement contribué à l’élaboration de ce premier projet CANTO.
De la même façon, Camille Dal’Zovo, mon attachée de presse et directrice de la maison de disque Jazz Family a su me donner ma chance tout de suite.
J’ai également été aidé par des organismes importants tels que la SPEDIDAM.
Si je m’occupe régulièrement de trouver des concerts pour faire avancer ce projet, je dois dire que je suis très bien entouré.

Les DNJ  : Quelles ont été tes influences, tes modèles, en temps que batteur ?
 

MC : Sur une ile déserte, s’il n’y en avait qu’un à emmener : Elvin Jones !
J’ai eu la chance de le voir sur scène, de le rencontrer à Marciac.
Surement une des plus grandes révélations à ce jour.
Les batteurs qui ont fait l’histoire de cet instrument comme Jo Jones, Roy Haynes, Philly Joe Jones, Art Blakey ou encore Steve Gadd, Jeff Porcaro et beaucoup d’autres m’ont bien sur beaucoup inspiré, mais j’ai aussi beaucoup écouté et continue d’écouter les batteurs français André Ceccarelli, Daniel Humair, Manu Katché, Simon Goubert..
L’importance colossale, la remise en question que çà occasionne aussi, d’avoir été aux cotés des copains durant mes études au Conservatoire de Paris et tous les jeunes musiciens que je croise régulièrement aujourd’hui en master classe ou lors d’interventions au Centre des Musiques Didier Lockwood.

Les DNJ : Avec quels musiciens, quels saxophonistes aimes-tu ou aimerais-tu bien jouer ?
 

MC : A chaque période et chaque rencontre de nouvelles choses se créent.
Je travaille depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Eric Seva qui propose, dans son quartet « Nomade Sonore » une musique très originale, particulièrement riche rythmiquement, aux influences très variées, dans laquelle je me retrouve complètement.
C’est un projet qui me tient très à cœur.
J’ai revu Baptiste Herbin il y a peu de temps, que je trouve très très talentueux.
J’ai collaboré deux ou trois fois avec Stéphane Guillaume pour qui j’ai aussi un immense respect.
L’an passé j’étais invité lors d’un jury à l’Ile de La Réunion et me suis retrouvé à échanger avec Jean Charles Richard présent lui aussi. C’est un saxophoniste que j’apprécie énormément aussi.
Dans le passé j’ai eu la chance de collaborer avec Mark Turner sur deux tournées.
J’aimerais vraiment refaire des choses avec lui..

 

Propos recueillis par Françis CAPEAU

Repères discographiques :

2003 : Harmen Fraanje Quartet Featuring Nelson Veras – Sonatala. ‎  Challenge Jazz  SACHR 70116

2005 : Frank Woeste Trio - Mind At Play. ‎   Challenge Jazz  CHR 70124

2006 : Harmen Fraanje Quintet – Ronja. ‎   Challenge Jazz  CHR70129

2007 :  Frank Woeste Trio - Untold Stories. ‎  Challenge Jazz  CHR70139

2008 : Denis Guivarc'h 4et – Exit. ‎   Cristal Records  CRCD 0812

2009 : Mélanie Dahan - La Princesse Et Les Croque-Notes.    Sunnyside  SSC 1224

2010 : Manuel Rocheman - The Touch Of Your Lips - Tribute To Bill Evans.    Naïve NJ 620911

2010 : Sylvain Del Campo - Isotrope ‎- Aphrodite Recordings  APH106022         
2011 : Frank Woeste - Double You. ‎   World Village  WVF479060

2014 : Olivier Ker Ourio - Perfect Match. ‎ Bonsaï Music BON140301

2015 : Benny Lackner Trio – Siskiyou.  Unit Records (2)

2015 : Nomades Sonores Quartet - Eric Séva - Gaya Music

2016 : Manuel Rocheman – misTeRIO. ‎  Bonsaï Music  BON160401

2018 : Matthieu Chazarenc - CANTO. Sorti le 16 février 2018. Jazz Family.

 

Quelques repères biographiques  :

1977 : Naissance à Agen, dans le Sud-Ouest.

1983 : Premiers cours particulier de batterie à l'âge de 6 ans avec son père, batteur amateur.

1990 - 1995 : Etudie les percussions classiques au Conservatoire de Pau.

1996 : étudier au CMCN (Centre Musical et Créatif de Nancy) pendant presque un an aux cotés entres autres de Richard Paul Morellini, Frank Agulhon et Andrés Charlier. Il obtient le diplôme, Major de sa Promotion.

1997 : Séjour de quelques mois à New York (cours à la Drummers Collective, cours privés avec  John Riley).

1997-2000 : Conservatoire National de Région de Toulouse, dont il sort avec un Premier Prix de batterie et le Diplôme d'Etat de Jazz.

Septembre 2000 : Entrée dans la classe de jazz du Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Etudie la batterie aux côtés de Daniel Humair.
En juin 2003, il obtient le Premier Prix (avec félicitations).

En 2005, retour à New York (cours privés avec Jeff Ballard, Ari Hoenig).

Réside actuellement à Paris, se produit régulièrement en France et à L’étranger, dans les clubs, les festivals et les tournées.


Collaborations régulières :  avec Olivier Ker Ourio/Emmanuel Bex, Manuel Rocheman TRIO, le Quartet "Nomade Sonore" d’Eric Séva, Benny Lackner TRIO, le groupe de la chanteuse Olivia Ruiz en 2013 et 2014, les tournées de Charles Aznavour, après décembre 2017 …..

 

Collaborations passées :

David Linx, Laika Fatien, Youn Sun Nah, Sarah Lazarus, Stephy Haik, Mélanie Dahan, Marcia Maria, Sheila Jordan, Paolo Fresu, Mederic Collignon, Flavio Boltro, Dave Douglas, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer, Eric Lelann, Ivan Julien, Ibrahim Malouf, Bert Joris, Manuel Rocheman, Franck Amsallem, Giovanni Mirabassi, Tigran Hamasyan, Bernard Maury, Dominique Fillon, Georges Arvanitas, Antonio Farao, Alfio Origlio, Kris Goessens, Pierre De Bethman, Robert Glasper, Harmen Fraanje, Guillaume De Chassy, Frank Woeste, Tom McClung, Emmanuel Bex, Jeff Gardner, Thomas Enhco, Alain Jean Marie, Olivier Hutman, Pierre Alain Goualch, Mark Turner, Rosario Giuliani, Pierrick Pedron, Olivier Témime, Stéphane Guillaume, David El Malek, Riccardo Del Fra, Dominique Di Piazza, Darryl Hall, Laurent Vernerey, Hein Van De Geyn, Michel Bénita, Daniel Yvinec, Rémi Vignolo, Jean Marc Jaffet, Frédéric Monino, Sylvin Marc, Christophe Walemme, Frédéric Favarel, Louis Winsberg, Sylvain Luc, Kazumi Watanabe, Jean Marie Ecay, Jérome Barde, Misha Fitzgerald, Michael Felberbaum, Marc Berthoumieux, Glenn Ferris, Denis Leloup,, Frank Tortilier, Magic Malik …

 

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 17:11

 

Michel Perez (guitare), Manuel Rocheman (piano), Dominique Lemerle (contrebasse), Tony Rabeson (batterie)

Le Pré-Saint-Gervais, décembre 2016

Black & Blue BB 1010-2 / Socadisc

 

Plaisir de retrouver le contrebassiste. Je l'avais écouté sur scène maintes fois : avec l'Ami Chassagnite, avec Barney, et quelques autres, et bien sûr avec Jimmy Gourley. L'une des dernières fois c'était, voici déjà presque deux lustres, lors d'un concert «Jazz sur le vif» que j'avais organisé pour Radio France en hommage à Jimmy fin 2009, presque un an après la mort du guitariste. Un concert qui rassemblait René et Phil Urtreger, André Villéger, et Philippe Combelle avec lequel Dominique Lemerle avait constitué la fidèle rythmique du guitariste. Le retrouver aujourd'hui sur ce disque, avec des musiciens que je respecte et admire, me réjouit. Cet album au répertoire de tradition est crânement intitulé «This Is New», comme la composition de Kurt Weil qui ouvre et clôt le CD. Manière de rappeler que le jazz, de ces thèmes qui constituent son vivier, donne chaque fois des versions nouvelles. De Charlie Parker à Django Reinhardt, de Paul Chambers à Steve Swallow en passant par Scott LaFaro, et de Miles Davis à Jim Hall et Bill Evans pour les compositions de jazzmen (plus une poignée de chansons américaines bien choisies) c'est tout un répertoire qui s'offre à nous dans de nouveaux atours. Michel Perez, Manuel Rocheman et Tony Rabeson rivalisent de musicalité à ses côtés, et le contrebassiste s'épanouit dans ce contexte, en pizzicato sur la plupart des plages, avec un drive remarquable, et parfois à l'archet : il fait chanter Manoir de mes rêves (avec un 'Si' d'une expressivité microtonale assez sauvage dans le deuxième 'A' de la réexposition finale), et aussi My Foolish Heart . La fluide circulation des échanges entre les quatre partenaires dans Comrad Conrad est une merveille. On se régale avec cette conception, détendue et engagée tout à la fois, du groupe de jazz. Recommandable, Ô combien !

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 27 novembre 2018 à Paris au Sunside

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 08:21
LIKE A FIRE THAT CONSUMES ALL BEFORE IT    ERALDO BERNOCCHI

LIKE A FIRE THAT CONSUMES ALL BEFORE IT

ERALDO BERNOCCHI

 

Guitares, guitares traitées, electronics

RARE NOISE RECORDS

DISTRIBUTION FRANCE/DIFFER-ANT

www.rarenoiserecords.com

 

https://soundcloud.com/rarenoiserecords/sets/eraldo-bernocchi-like-a-fire-that-consumes-all-before-it/s-g8z59

 

C'est le privilège de suivre un label que de découvrir de temps à autre des "curiosités" comme cette B.O très suggestive, créée pour illustrer un film documentaire, CY DEAR, sur le peintre américain CY TWOMBLY dont figure sur la couverture une reproduction de "Fifty Days at Iliam "( Part V- The Fire that consumes all before it).

Ce grand artiste de l'abstraction lyrique qui a influencé nombre de jeunes peintres dont l'un des plus célèbres, JM Basquiat, est l'objet d'une exposition actuelle à la Fondation Vuitton, où l'on peut ressentir une filiation par l'usage de listes et de mots sur ses toiles... Car Twombly, exilé volontaire en Italie, use d'un vocabulaire tout en graffitis, inscriptions, souvent se référant à la mythologie,irruptions de couleurs mettant en scène une nature incontrôlable, pour structurer une peinture de la mémoire, le flux et reflux du temps, du transitoire.

Une abstraction météorologique, atmosphérique, voire stratosphérique, pourrait-on dire en entendant ces nappes de son tirées de guitares, couche après couche, avec des échos, délais et réverbérations qui entretiennent cet aspect ouaté de sensations perçues comme à travers un rêve. Le compositeur confirme qu'il a "commencé à chanter des harmonies qui entraînaient la pièce de plus en plus profondément dans les eaux de la mémoire, où tout commence à s'estomper et où seules les émotions flottent". D'où les titres des thèmes de cette longue suite "To make things float", "From a distance", "Swirling colours", " Near by distance". Comme des filaments qui s'effilochent d'une mémoire désagrégée.

Cette sensation d'engourdissement progressif peut renvoyer fugitivement aux accents saturés des guitares hallucinées de Neil YOUNG, dans la B.O de DEAD MAN, de Jim JARMUCH, bien que plus violents et fragmentés. C'est que dans la bande son de Bernocchi, nous ne sommes plus vraiment sur terre. On peut penser alors puisque seule l'oreille est sollicitée avec le CD à un autre film expérimental, l'ERASERHEAD de DAVID LYNCH.

Une musique très cinématographique, où l'on entendrait des voix irréelles,intercalées de dreams non moins étranges, reprenant le même trame. Un climat insolite, tout un arrière-pays dans une tonalité sourde plus aquatique  (peu d'évocation de ce feu qui consume tout qui renvoie au titre de la peinture de Cy TWOMBLY, évoquant l'ILIADE, l'enfer de la chute de Troie qui prit 50 jours. C'est en tous cas dans de drôles de voies, des espaces obliques que nous entraînent ces sons, nous devenons ce voyageur immobile, en partance pour un ailleurs indécis, le monde floconneux des perceptions. Hypnose, fantasmagorie, dimension poétique pour cette éternité en musique d'ccompagnement d'un cinéma virtuel qui se projette dans notre tête.

Ce serait une autre histoire si nous pouvions visionner en même temps le documentaire sur le peintre... Let's wait and see!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

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