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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 22:17

 

Laborie Jazz 2014

Paul Lay (p), Antonin Tri Hoang (ts, clb), Clement Van Der Feen (cb), Dre Pallemaerts (dms)

 

paul-lay.jpg        

Deuxième album pour ce jeune pianiste sous la houlette de Jean-Michel Leygonie , découvreur de talents et expert s'il en est en matière de pianistes jazz. On doit à Mr Leygonie pas moins que la découverte sous nos cieux de Yaron Herman, Shai Maestro, Perrine Mansuy etc . C'est dire s'il connaît son sujet.

Et pour ce 2e album de Paul Lay on peut à nouveau se fier à son flair infaillible.

Car le jeune pianiste, aujourd’hui bien intégré à la scène parisienne, affiche ici autant de l'autorité du leader que de souffle épique dans ses compositions.

Epaulé par un trio de talents au titre duquel on notera la très grande classe du jeune Antonin Tri Hoang ( ancien de l'ONJ d'Yvineck), Paul Lay sait donner de l'ampleur à sa musique. Les reliefs se succèdent dans cet album qui respire et prend le large comme sur ce Dolphins à l'improvisation superbe du pianiste succédant à un moment très poétique sur Voices.

Le quartet joue sur la proximité et Paul Lay avec l'assurance de sa parfaite maîtrise soutient son petit monde avec, on l’a dit, une belle autorité. L'énergie conjuguée de sa main gauche et de sa main droite, la façon de faire respirer la musique, de marquer des stop chorus et de partir ensuite dans un très beau lyrisme de soliste mais aussi cette façon d'asseoir son accompagnement au centre du dispositif, en plein coeur d'une musique à la structure délicieusement complexe comme dans ce Workaholic morceau de très grande envergure permet au pianiste de montrer qu'il sait jouer dans la cour des grands. Qu’il y joue déjà.

Magnifique et émouvant moment ensuite sur Chao Praya , moment d'une infinie tendresse où le groupe joue en trio avec une totale fusion et sur un drumming ultra délicat de Dré Pallémaerts.

Tout au long de cet album en clair obscur, pas un moment d'ennui ne ternit ce très beau moment qui révèle toute la richesse de la musique de Paul Lay.

Une vraie réussite.

Encore une.....

Jean-Marc Gelin

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 07:14

 

Dominique Pifarély (violon, compositions) et l’ensemble Dédales : Guillaume Roy (violon alto), Pascal Gachet (trompette), Christiane Bopp (trombone), Vincent Boisseau (clarinettes), François Corneloup (sax baryton), Julien Padovani (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Éric Groleau (batterie)

Poros Editions AC26DP / L’autre distribution

www.pifarely.net

dominique-pifarely-time-geography.jpg

Infatigable acteur de la scène jazz et musiques improvisées, le violoniste Dominique Pifarély  poursuit avec ce nouvel opus son travail d’écriture en creusant la notion de labyrinthe. Et le moins qu’on puisse dire est que cet ensemble ne tourne pas en rond, tant il maîtrise collectivement l’exploration d’un matériau intemporel, recyclable, toujours actuel en fait. A l’exemple du premier titre « Ordinary chaos »  que conduit un Icare fiévreux et incandescent, le batteur Eric Groleau. Cette musique ardente dans ses commencements, souvent nerveuse, entraîne au delà de la sensibilité et du lyrisme, sans produire une excitation violente, tant on la sent contrôlée, presque mesurée dans ses dérèglements. La sensibilité de chacun s’accorde à l’esprit de l’ensemble. C’est la force de cette écriture que décrivent les notes de pochette expertes de Denis-Constant Martin.

Pourtant, on ne voit guère l’ensemble Dédales programmé dans les festivals Afijma ou autres... Frank Bergerot  révélait sur le blog de Jazz Magazine, il y a déjà quelque temps, que la formation n’avait joué ce programme que quatre fois en deux ans...Bigre c’est vraiment peu !

Peu de rodage donc entre les membres de ce nonet éclectique et pourtant ça circule entre eux. Ils réussissent, avec des ruptures, des alliances ou alliages qu’ils tordent, combinent, font et défont  à explorer le temps et ses échelles, cette géographie si particulière: voilà de la belle ouvrage, une mécanique de grande précision- le moins que l’on puisse attendre d’un travail sur le temps. Même s’il faut se plier, se déplier, passer « per angusta » par la voie étroite, voilà une mise en place redoutable qui donne une grande lisibilité à l’ensemble, une cohérence parfaite avec des transitions souples et subtiles entre les compositions qui se suivent avec une science consommée.


Les musiciens partent de la partition concoctée par leur leader qui a pris soin de mettre en valeur chacun d’entre eux  et en quelques solos, avec des duos et parfois des unissons, beaucoup de contrepoints, aboutissent à des combinaisons inouïes, regroupant ou dissociant les pupitres. Indiscutablement, le caractère organique de l’écriture est perceptible, avec tout un jeu de motifs, en miroirs déformants ou non. Des solis ébouriffants du trompettiste  Pascal Gachet  ou de la  tromboniste Christiane Boppqui ne vient pas du jazz ( !) mais de la musique contemporaine et  de la musique ancienne. Le grand écart en somme, que pratique aussi l’autre complice de cordes de Dominique Pifarély, l’altiste Guillaume Roy, à l’articulation exacte entre musique de chambre et improvisation. Des cordes et des vents, du souffle... ça joue sur de nombreux registres et instruments, sur des nuances atmosphériques, des climats, ça décolle avec les échappées du baryton de François Corneloup, la pulsation souple et musculeuse, follement élégante de la contrebassiste Hélène Labarrière. Quant au pianiste Julien Padovani,  il est à la fois délicat, obsédant, percussif quand il le faut,  dans le final qui ordonne le chaos.

HD-Pifarely-124913-c-Eric-Legret.jpg

 N’hésitez pas à écouter d’un trait cette œuvre dense et passionnante. Vous prendrez plaisir à y revenir car la musique exigeante finit par s’abandonner à ceux qui en manifestent le désir. On ressent étonnamment la prise en compte du corps dans tous ces cheminements personnels, ce parcours labyrinthique, jamais effrayant ni carcéral. Au contraire, il nous semble que le résultat magnifie l’intelligence du corps entier, redirige vers la lumière avec une délicatesse sensible au plus fort des éclats. La musique n’a aucune difficulté à occuper l’espace, et l’on est vite captivé par son éloquence brûlante. Cet album est tout sauf une musique de l’instant, il est donc définitivement convaincant.

On espère bientôt entendre cet ensemble en direct tant leur travail profond et engagé marque l’empreinte d’une musique porteuse de sens et de vertus formelles.

Sophie Chambon

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 18:24

 

Galliano_Vivaldi.jpg

En 1998, Richard Galliano confiait lors de la sortie de « Passatori » (Dreyfus Jazz), où il jouait, entre autres de ses compositions, avec l’orchestre des solistes de Toscane : « Je réalise un rêve d’enfant, jouer avec un orchestre symphonique et de plus sur une composition personnelle, un concerto en trois mouvements : le premier sur des thèmes d'Europe centrale, avec une influence de Bartok, le deuxième reprenant l'atmosphère de Montmartre, des films de Jean Gabin, et le troisième dans l'esprit de « New York Tango », le mariage du jazz et du musette. ».

En ce début d’année 2014, l’ancien élève du conservatoire de Nice, qui avait étudié le trombone avant l’accordéon, franchit une étape supplémentaire dans son parcours « classique », en décrochant, la Victoire de la musique classique dans la catégorie Composition avec « Fables of Tuba », donné en 2013 en première à Marseille avec le tuba solo de l’Opéra de Marseille Thomas Leleu. Le compositeur-interprète niçois n’était pas à Aix en Provence ce 3 février pour recevoir sa récompense en direct sur France 3 mais il pourra être entendu lors d’une tournée qui le conduit ce mois-ci en Allemagne avant de retrouver la France.

Une telle récompense n’est pas pour surprendre quand on sait que la star de l’accordéon-jazz, en contrat désormais avec le label Deutsche Grammophon a consacré ses récents albums à Bach et dernièrement (cf chronique dans les DNJ au printemps 2013) à Vivaldi et ses célébrissimes Quatre Saisons.

 Jean-Louis Lemarchand

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 18:10

 

Motema 2014

Jacques Schwarz-Bart (ts), Erol Josué (vc), Rozna Zila (vc), Stephanie Mc Cay (vc), Etienne Charles (tp), Alex Tassel (flgh), Milan Milanovic (p), Gregory Privat (p), Ben Williams (b), Regie Washington (b), Obed Calvaire (dms), Arnaud Dolmen (dms), Gaston «  Bonga »nJean-Baptiste (perc), Claude Saturne (perc)

 JSB-JRH.jpg

JSB raconte des histoires créoles. Des histoires venues de cet Haïti- pays meurtri, pays des raconteurs d’histoires, pays d'envoûtements, pays de ceux qui parlent haut et chantent avec âme.

Avec un jazz très marqué 80’s mariant un esprit funky et une rythmique gwoka le saxophoniste donne à ces histoires une réelle densité. Un réel ancrage au cœur d’un volcan haïtien qui fait vibrer au tréfonds de nous-mêmes que l'on soit ou non natif des îles. Parce qu’il y a dans ce discours, un cri sous-jacent, une douleur lancinante et récurrente, parce qu’il y a une humanité, spirituelle et révoltée aussi, parce qu’il aussi une fierté antillaise qui frappe au coeur. Une fierté finalement universelle.

JSB sait donner à ce discours une incroyable densité. D’abord avec ce son des (très) grands ténors qui expriment cette virilité féminine. On pense à Michael Brecker par exemple. Aussi un peu à Joe Henderson. A tous ceux qui ont su donner au sax tenor de l'après-Coltrane une puissance expressive radicale. Ce son d'une totale puissance maîtrisée tant dans les graves que dans les aigus, ce son qui sait manier l'agilité du placement et la félinité du déplacement. Ce genre de son qui traverse les corps et les esprits. Et surtout ce son qui porte autre chose que la seule musique.

Avec lui Jacques Schwarz-Bart embarque un vrai collectif particulièrement soudé dans cette urgence à dire. On notera au passage la présence de ce grand trompettiste, Etienne Charles et la présence puissante de Reggie Washington à la basse. Et pour raconter ces histoires créoles, JSB fait aussi appel à des chanteurs qui ancrent leur voix exceptionnelles dans la tradition du chant antillais, dans les racines caribéeennes. 

Les rites vaudous émergent de ce ballet puissant et finalement nous emportent dans le flot de ce qu’exprime ici l’un des plus grands jazzman de sa génération.

Jean-Marc Gelin

 

Reyrouvez ici le concert donné à Banlieues Bleues

http://concert.arte.tv/fr/jacques-schwarz-bart-jazz-racine-haiti-au-festival-banlieues-bleues

 

 

 

 

 

 


 

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 21:08

 

ECM 2014

Arild Andersen (cb), Paolo Vinaccia (dms), Tommy Smith (ts, fl, shakuhachi)

 arild.jpg

 L'ouverture de l'album est ….désespérément ECM. On a le sentiment que l'on a entendu cela des milliers de fois malgré la qualité du son projeté du saxophoniste ténor anglais Tommy Smith qui, il faut bien le reconnaître n'a pas beaucoup d'équivalent sur la scène européenne aujourd'hui.

Mais c'est aussi plus exactement la rencontre de deux sons, celui du saxophoniste justement mais aussi celui du célèbre contrebassiste norvégien habitué du label.

Il y a là une rencontre de personnalités fortes comme sur ce Blussy où tout en maîtrise, les trois protagonistes laissent traîner le son et le tempo et montrent le genre de défi qu'ils aiment relever. Juste un peu sale ma non troppo. Il y a de la gravité dans cet album-là. Il y a des moments de pur classicisme comme sur cet Aifie composé par ce génie de Burt Bacharach où l'on est (c’est un clin d'oeil) dans une inspiration du saxophoniste très Rollinsienne où en remontant plus loin dans la lignée de Coleman Hawkins. Il y a une belle musicalité dans cette rencontre très élégante. Peut-être en revanche un poil monotone. Peut-être aussi un peu trop lissée parfois. Tommy Smith y fait chanter son instrument alors qu’Andersen a cette façon de faire sonner la note en lui donnant la résonance nécessaire au soutien harmonique et rythmique. C'est quand même pas du jazz pour faire la révolution avec.

Mais c'est du sérieux et un poil neurasthénique à force mais cela reste la trace d’une belle rencontre entre trois musiciens de l’intime, trois musiciens de l’indicible.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 15:33

 

Bee Jazz 2013

Sashin Novrasli (p), Nathan Peck (cb), Ari Hoenig (dms)

 novrasli-cover.jpg

 

Shashin Novrasli est un pianiste  azerbaidjanais jusqu'ici totalement inconnu au bataillon. Il nous arrive aujourd'hui en pleine poire, à la tête d'un véritable power trio qu'il a constitué autour d'une musique exigeante et terriblement forte. On pense à l'entendre à de pianistes de la trempe de Jean-Michel Pilc dans leur art consommé de fusionner les renversements harmoniques et les pulsations rythmiques. La musique de Sashin Novrasli c'est l'envie de jouer, l'envie de proposer, ce sont des idées plein la tête et un talent fou au bout des doigts.

Loin des écoles du trio jazz classique, ce pianiste qui possède véritablement déjà tout des grands est impressionnant de maîtrise, enchaînant les triolets et les renversements d'accords. Il faut écouter comment il part du Prélude en Mi mineur de Chopin pour en faire un thème de jazz à part entière. C'est véritablement de haute volée.

Sans compter que derrière, Ari Hoenig est à lui tout seul un fin mélodiste de la batterie, multipliant les reliefs, les coups de grosses caisses, les feulements vibrants  ou les pulsation polyryhtmique. de quoi donner une très sérieuse la densité à la musique du pianiste.

shahin-novrasli.jpgBien sûr, comme souvent chez les pianistes jazz de l'europe de l'Est on entend à l'instar d'un Tigran hamasyan, parfois quelques inflexions traditionnelles, quelques clins d'oeil discrets puisées dans le patrimoine de ce pianiste azerbaïdjanais. Mais c'est pour mieux aller vers autre chose, plus personnel ( Bayati Shirzaz) où l'on entend que dans sa tête et sous ses doigts tout se mélange, depuis cette musique des traditions jusqu'au jazz et à la musique classique des maîtres du romantisme. Et cette expressivité romantique se marie à merveille avec un sacré sens du swing ( From Mill station) où l'on est assez bluffé par la précision et la puissance des attaques de main droite du pianiste. Et quel moment de grâce sur Elinde Sazin Qubani, morceau traditionnel où le temps est suspendu, où le pianiste fait résonner le son dans l'espace.

Sashin Novrasli, c'est la découverte d'un vrai talent. D'une passion jazz terriblement communicative. Il n'y a aucun doute qu'il va falloir s'habituer à lui et que les plus grands

labels ne tarderons pas à lui faire les yeux doux.

A découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 23:02

 

 

Label La Buissonne / Harmonia mundi

Sortie le 28 janvier 2014

www.andyemler.eu 

 ete.jpg

 

Cet ensemble de belle facture  a vu le jour il ya dix ans sur le label au titre original  In circum girum, fondé par Olivier Aude et Thierry Pichon et promu par l infatigable Thierry Virolle.  Ce trio est en fait un quatuor, un quartet, appelez-le comme vous voudrez, mais sachez que  cette formation qui n‘a enregistré en fait que trois disques. C’est dire que ces musiciens prennent leur temps, élaborent des projets et une musique soigneusement réfléchis.  Et ce n’est pas seulement parce qu’ils sont engagés ailleurs, mais parce qu’ils sont soucieux de produire du sens : ils présentent une musique en expansion, « expansive » aussi, du jazz contemporain mâtiné de beaucoup d’autres influences. Leur univers est vite identifiable cependant,  une « abstraction lyrique » qui concourt à édifier une histoire, une fiction mentale dont on suit les épisodes à la sortie de chaque album, cette fois sur le label de la Buissonne.  Nos amis  reviennent  cette saison avec Sad and Beautiful que confirme le motif peint  de la pochette,  en belle résonance, comme un rideau de pluie zébrant  un ciel outre-mer,  « outre profond » à la manière d’un Soulages.

“Small and beautiful”, “sad and beautiful”…. On peut sourire de ces expressions  populaires,  si ce n’est qu’elles expérimentent quelque vérité, enfouie au plus profond du collectif et de son imaginaire.

Les musiciens du trio organisent une musique qui appartient à eux seuls, avec un désir et un plaisir communs du jeu : de  véritables voix se font entendre dans cette musique  fluide, étrangement palpitante qui circule entre inquiétudes et révélations,  avec toujours la même subtilité dans les traits et alliages de timbres : « A journey through hope » et un « Try home » sont révélateurs,  après « Tee time » (reprise de l’album éponyme de 2003.)

Fidèle au trio depuis leur création en 2003, ce que j’écrivais alors n’a pas été démenti par la suite : « entre énergie déployée en force, moments d’improvisation ouverte,  jeu de questions-réponses ,  ce TEE crée une voie rigoureuse et poétique  ... les potentialités musicales d’une telle formation semblent inépuisables. »

 La valeur hypnotique qui berce tous les titres ou presque comme « Elégances » provient du piano d’Andy Emler,  soucieux de nombreuses nuances,  impressionnistes entre autres. On sait aussi que Ravel  vient de mobiliser son imaginaire et d’accaparer toute son attention. Au centre de l’attelage, le contrebassiste Claude Tchamitchian  joue de l’archet à grands traits sombres et inspirés, souvent nostalgiques. On reconnaît sa patte, sa palette de compositeur de musiques. Le batteur, c’est évidemment Eric Echampard qui constitue l’une des rythmiques les plus solides  avec « Tcham ». Celui  qui passe souvent avec une vigueur inégalée, ralentit ici, imposant un rythme sûr et léger, aidé, il est vrai, dans sa démarche percussive par les assauts du piano qui se déchaîne comme dans « Tee time ».

On souhaite donc que ce T.E.E nous fasse encore voyager longtemps,  que ce bel   E.T.E persiste dans sa démarche esthétique d’un « solo permanent à trois », pour une musique savante et populaire, actuelle surtout. Séduisante entreprise que l’on aimerait voir programmée très vite....

Sophie Chambon

 

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 21:33

 

www.thomasdepourquery.com

Arnaud Roulin ( p, cl, vc), Edward Perraud (dms, perc, elect, vc), Frederic Galiay (b, elec, vc), Fabrice Maryinez (tp, fch, tuba, perc, vc), Laurent Bardaine (ts, bs, perc, vc), Thomas de Pourquery (dir, arrgts, as, ss) + Theremin (melodica, perc), + Jeanne Added (vc)

 thomas-de-pourquery-supersonic-play-sun-ra.jpg

Gloire soit rendue à ce voleur indélicat qui déroba un jour chez Thomas de Pourquery la 1ere version de cet hommage à Sun Ra et qui obligea alors le saxophoniste à tout réécrire en à peine quelques jours. On ignorera quelle était la première version mais, à l’instar d’un Brassens il y aurait matière à écrire des stances à ce cambrioleur providentiel par le hasard duquel Thomas de Pourquery a accouché d’un petit bijou.

L’exercice de l’hommage est pourtant difficile qui plus est avec un génial compositeur comme Sun Ra. Il ne faut pas copier mais dans le même temps il ne faut pas non plus dénaturer. Thomas de Pourquery relève ce pari avec brio, non pas en imitant mais en amenant la version originale sur un terrain plus actuel et ceci en restant à la fois proche des lignes mélodiques, rythmiques et surtout de l’esprit frondeur du génial jazzmen interstellaire. Qui mieux de Thomas de Pourquery pour s’atteler à la tâche. Qui mieux que ce sympathique et ultra-doué mégalo pour entreprendre de revisiter Sun Ra. Qui, aussi révolutionnaire, aussi gourmand de son époque, aussi moderne comme l’était le patron de l’Arkestra.

Il y a au gré des reprises tirées du répertoire de Sun Ra  pas mal d'humour décalé comme on l'aime souvent chez Thomas de Pourquery qui partage avec lui ce goût de la provocation fantasque. Shadow world tiré de l’album « Nothing is » publié en 1966 et qui ouvre l’album démarre sur un ostinato de piano bastringue avant que toute la mécanique ne se mette en route avec une énergie du chaos qui n'est pas sans évoquer Mingus dont on ne peut nier l’influence qu’il avait sur Sun Ra lui-même. D'emblée Thomas de Pourquery prend le taureau par le casque et promet d'entrer dans le vif du sujet. Mais avec un esprit moderne. Lorsque le Rocket number Nine avait presque des allures post bop lorsqu'il était joué par le Sun Ra Arkestra où l’on y entendait presque du Salt peanuts revisité, avec TdP c'est une version à la fois modernisée mais dans le meme esprit jouissif et décalé. Il faut aussi écouter Love in the Outer space avec la voix d'un superbe chanteur (TdP) flottant dans un espace de miel et de douceur ou cet esprit pop 70's à l'image de cet Enlightement qui respire le bonheur juvénile. Watusi Egyptian march se transforme en énergie festive, en bandas explosif où la marche n'est plus lunaire mais forme une sorte de procession joyeuse et déjantée qui explose en feu d'artifice. Terriblement jouissif ! Puis des sons lunaires et spacieux. Mais aussi l'énergie du free. Les arrangements sont enthousiastes et les musiciens partagent ce mordant communicatif à l’image d’un Fabrice Martinez magnifique trompettiste qui vient entailler le son, lui donner des saillies déchirantes. (Discipline). thomas.jpg

Et il y a toujours chez TdP un reste de pop funky qui colle aux basques de cet ancien rapeur. TdP est lui aussi une sorte de fanfaron céleste pourrait t-on dire à l'écoute de The Perfect man, totalement électrisant. TdP en restant assez proche de la musique originale, démontre les portes que Sun Ra a ouvertes en grand dans la musique moderne.

TdP est  aux manettes de cet album de son premier album avec des arrangements somptueux, un vrai esprit collectif où tout le monde embarqué dans l’aventure chante joyeusement. Avec un art consommé de la direction artistique en pointant du doigt le génie de Sun Ra et sa vision hallucinée de la révolution. Et c’est tout le génie fantasque de Sun  Ra qui avec Thomas de Pourquery prend une saveur nouvelle.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 07:33

 

 

Dévoilé le 14 janvier au soir au foyer du Théâtre du Chatelet, le palmarès 2013 de l’Académie du Jazz se signale par des récompenses attribuées à des jeunes artistes de la scène française, témoignage d’une réelle vivacité créative.

 

 


Vincent  Peirani, accordéoniste, décroche le Prix Django Reinhardt accordé au musicien français de l’année : très présent dans les festivals, les clubs (en résidence cette année au Duc des Lombards) et remarqué dans plusieurs albums dont « Thrill Box »(ACT) ( cf.Chronique des DNJ)

 il participe également au groupe animé par Daniel Humair, tout comme son prédécesseur au palmarès, le saxophoniste Emile Parisien.                 

peirani© Jean-Louis Lemarchand

 

 

Révélation de ces dernières années, la chanteuse Cecile McLorin Salvant, formée dans une école de musique de Provence, et qui inscrit son expression dans la grande tradition notamment de Sarah Vaughan, obtient le Prix du jazz vocal, résultat obtenu dès le premier tour de scrutin par le collège des quelque cinquante académiciens (journalistes, photographes…) avec « Woman child » (Mack Avenue-Universal). ( cf : Chronique des DNJ)Cecile-McLorin-Salvant--WomanChild


 


 

 

 

 

 

Jeune grande formation sous la direction musicale du trompettiste David Enhco, l’Amazing Keystone Big Band s’est vu attribuer le Prix du disque français pour « Pierre et le Loup » (Le Chant du Monde-Harmonia Mundi), adaptation de l’œuvre de Prokokiev. Grande formation forte en cuivres, cet orchestre avait notamment animé la nuit du jazz organisée par TSF en décembre dernier à l’Olympia.

2014-01-14-20.21.30.jpg 

© Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

Sur le plan international, l’Académie du Jazz, présidée par François Lacharme a choisi des « valeurs sûres » en décernant son Grand Prix au duo constitué du clarinettiste Eddie Daniels (venu jouer à Paris pour cette occasion) et du pianiste Roger Kellaway pou r un hommage à Duke Ellington (« Duke  at the Roadhouse. Ipo)  

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©jmgelin

 

et le prix du Musicien européen au trompettiste polonais Tomasz Stanko, un des sons actuels les purs à la trompette.2304-05_Stanko_1.jpg

Enfin, le prix du livre de jazz a été attribué à une autobiographie du pianiste Hampton Hawes avec Don Asher, « Lâchez-moi » (13ème note editions)(cf.chronique DNJ) , traduction d’un témoignage fort publié aux Etats-Unis voici quarante ans (et chroniqué ici sur le site des DNJ l’été passé). Deux autres ouvrages avaient figuré dans le dernier tour du scrutin, « Hess-O-Hess », chroniques 1966-1971 » (Editions Alter Ego )signé du chroniqueur et bassiste Jacques B.Hess, récit impertinent et savoureux, et « Carla Bley, l’inattendu-e » somme d’analyses et d’entretiens enrichissants sous la direction de Ludovic Florin (éditions Naïve Livre).

 


La soirée de remise des prix de l’Académie du Jazz aura également été l’occasion d’hommages musicaux rendus à Jim Hall (disparu l’automne passé) par le guitariste Christian Escoudé et à Chet Baker (décédé voici 25 ans) par le bassiste Riccardo Del Fra, qui joua longtemps avec le trompettiste iconique, tous les deux bénéficiant d’un accompagnement aérien du pianiste Alain Jean-Marie.


 Jean-Louis Lemarchand

 

Palmarès 2013 de l'Académie du Jazz:

 

   Prix Django Reinhardt (musicien français de l'année):

   Vincent Peirani (accordéon)

   Grand Prix de l'Académie du Jazz (meilleur disque de l'année):

  Eddie Daniels (clarinette) et Roger Kellaway (piano) pour "Duke at the Roadhouse" (Ipo)

   Prix du disque français (meilleur disque enregistré par un musicien français): Amazing Keystone Big Band pour "Pierre et le Loup" (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)

   Prix du musicien européen (récompensé pour son oeuvre ou son actualité récente) : Tomasz Stanko (Pologne, trompette)

   Prix de la meilleure réédition ou du meilleur inédit: "Classic Earl Hines Sessions 1928-1945" (Coffret 7CDs Mosaïc)

   Prix du jazz classique: Tuxedo Big Band pour "Lunceford Still Alive !" (Jazz aux Remparts)

   Prix du jazz vocal: Cécile McLorin Salvant pour "Woman Child" (Mack Avenue/Universal)

   Prix soul: Charles Bradley (chant) pour "Victim ol Love" (Daptone/Differ Ant)

   Prix blues: Eric Bibb (guitare/chant) pour "Jericho Road" (Dixiefrog/Harmonia Mundi)

  BIBB.jpg© Jean-Louis Lemarchand


Prix du livre de jazz: Hampton Hawes avec Don Asher pour "Lâchez-Moi" (13E Note Editions)

 

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 19:01

 

www.triojournalintime.com 

Neuklang  www.neuklangrecords.de

 Sylvain Bardiau (tp), Frédéric Gastard (compositions, sax basse) Matthias Mahler (tb). Arrangement du trio.

journal-intime.jpg

Extension des feux est le nom du dernier opus du trio Journal Intime. Comme dans leur précédent album, Lips on fire, où ils évoquaient Hendrix plus qu’ils ne l’interprétaient, sans volonté de réelle relecture, nos trois compères se frottent à tous les répertoires mais surtout au leur qui ne ressemble à rien d’autre. Un paysage sonore préparé et improvisé, brossé à grands traits quelque fois, par touches empâtées aux couleurs fortes et néanmoins nuancées comme le travail formidable sur la pochette d’Hélène Poignon.

 Les compositions ne sont pas que  prétextes à divagations soniques : avec une approche organique, les musiciens travaillent en profondeur le son et le rythme, triturant, malaxant, mâchouillant la pâte sonore, éructant parfois, hoquetant souvent.

Matthias Mahler est époustouflant au trombone, quand on aime cet instrument. Et c’est mon cas ! On n’est pas en reste avec les saillies du saxophone de Fred Gastard, les fulgurances de la trompette de Sylvain Bardiau : voilà des interventions à souffle continu,  ponctuées de piquetages de guitare, de giclées d’accordéon. A ce trio de vents, Journal intime a  en effet ajouté deux instruments harmoniques, guitare et accordéon. Et leurs invités sont, excusez du peu, Marc Ducret et Vincent Peirani. C’est sans doute l’une des plus intéressantes combinaisons de talents qu’il est donné d’entendre en France actuellement.

Cette extension des feux ne présente peut-être pas beaucoup de disparité ni de changement de « mood » dans les 3 suites qui composent l’album, respectivement intitulées  Orage et Tonnerre, Chroïd, les 38 Lunes, mais indéniablement,  se reconnaît  dans ce concept album, un sens de la mise en route, une façon de conduire l’attelage. Complicité palpable d’autant plus belle que les timbres se marient à merveille : trombone, trompette, sax basse renouvellent assurément l’art de la formation triangulaire, avec une sonorité inouïe de brass band à ...trois. Une musique exigeante qui passe pourtant dès la première écoute. Est-ce dû à la sonorité ronde, chaude, puissante de l’ensemble, la volonté d’aller explorer ailleurs, dans les marges, entre musique de chambre et grooves de basse ? Certes, il faudra y revenir pour mieux saisir la subtilité de cette musique que l’on écoute d’un trait jusqu’à l’épuisement de la galette.

Mais au fait qui drive ? On sait que les compositions sont du saxophoniste basse Fred Gastard qui apporte ses couleurs, son goût de la construction, une profondeur imaginative....Alors peintre, maître de la forge ou les deux à la fois?  La rythmique n’est pas unidirectionnelle  et sans changer vraiment de territoire, on se perd avec bonheur dans un jeu de couches temporelles superposées, un univers délicieusement étrange.  Des moments de recueillement dans la première pièce, à moins que ce ne soit l’attente de l’orage, une lente montée (orgasmique) avant  l’explosion qui est souvent le fait de Ducret, une effervescence ramenée à une dynamique assumée à trois, quatre, cinq. On avance dans cette géographie d’instruments qui se superposent, on flotte dans cet univers en expansion, vers l’inconnu.

 Mais franchement avec de tels musiciens aux commandes, l’aventure est tentante, le plaisir communicatif  jusqu’à la conclusion d’une guitare ailée qui revient aux meilleurs moments du rock progressif, sur ostinatos lancinants et fièvreux. On écoute fasciné ce trio de cuivres, uni et charnel, à la puissance polyphonique : sans rythmique habituelle, on est au creux d’un ensemble orchestral auquel les voix de la guitare et de l’accordéon prêtent tout leur sens.

Au fait, que signifie le titre ? Ce sont  des feux qui s’allument partout dans notre époque trouble et troublante, perdue, mais qui ne se résigne pas pour autant. Indignation,  dénonciation musclée, velue, et embrasement. Un programme auquel on adhère de bon cœur. Vous aussi ?

Journal Intime sort également son vinyle, disponible depuis le concert au Triton en décembre dernier : il s’agit d’un enregistrement analogique pur, en série limitée, issu d'un concert public donné aux  Studios Bauer de Ludwigsburg, en Allemagne, le 17 février 2013, juste avant l'enregistrement d'"Extension des Feux" le  CD.
Avec cet enregistrement le trio inaugurait la nouvelle signature du label Neuklang.

Mais on vous en reparlera...très vite.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 


 

 

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Published by Sophie Chambon
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