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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 09:08
LOOKING FOR ORNETTE

 Looking for Ornette

Un film de Jacques Goldstein, 2016

Complément « Ornette apparitions » Stéphane Jourdain

Sortie DVD le 24 octobre

La Huit

 

Ce double DVD présente une approche précise du saxophoniste texan, où l’auteur part à la recherche de ce fantôme qui hante le jazz, cette personnalité étrange, demeurée mystérieuse dont l’œuvre conserve intacte l’émotion d’une première écoute.

 

On entend cette phrase « Beauty is a rare thing…  Y être et ne pas être » de Ralph Ellison dans L’homme invisible , 1952. Il y a quelque chose de comparable dans la personnalité et la vie de ce musicien qui apparaît par intermittence. En 1959, quand sort The Shape of Jazz to come,  Ornette Coleman vit alors sous terre. A la surface, l’industrie du disque, florissante, est tenue par des Blancs qui affectionnent un jazz autre, celui de la West Coast. En une poignée d’albums, il fait émerger une autre musique si singulière qu’elle nous affecte encore. Une musique systémique, harmolodique, structurée qui inclut l’improvisation libre. On a parlé de free jazz, changeant la perspective musicale : « Ce n’est pas un autre jazz, mais une musique autre, créative» entend-on dans le documentaire. Phrase on ne peut plus juste, car aucun système n’est libre totalement. La musique d'Ornette est langage, progression, avec cette façon de passer d’une note à l’autre, de voyager entre des idées.

Avec l’aide de personnalités du jazz, de musiciens qui l’ont approché, ont joué avec lui, à travers des fragments (interviews, extraits de concerts anciens, jeu en live de musiciens dans les rues de NY, toutes ces pièces remontées de 2003 à 2016), il ressort un portrait en creux, passionnant car il éclaire la musique de ce saxophoniste qui continue à avoir une influence considérable, d’où le deuxième DVD, de 2016 de Stéphane Jourdain qui cerne dans Apparitions, la musique du saxophoniste Antonin Tri Hoang de l’ONJ Yvinek qui essaie de lancer des ponts, des connexions.

La musique d’Ornette Coleman n’est pas facile, Steve Lacy évoque un discours proche d’une technique de « destruction-reconstruction » mais si on s’immerge dedans, on finira peut être par lire un « jazz secret ». Ce qui peut demander un effort, du travail, car cette musique n’est pas facile, accessible à tous, rapidement, comme celles de Duke ou même de Miles (en apparence du moins).

Il faut élargir son champ d’écoute, accepter si ce n’est adopter, ce son nouveau, « cet air qui passe dans son sax et fait sens ». Il ne représente peut être pas un point de vue, un style mais simplement lui-même. Aldo Romano parle de sa légèreté, d’une fragilité qui en fait un « Douanier Rousseau du jazz », qui restera un mystère. Peut-être nous manque-t-il alors un approfondissement, à la façon d'Henri Georges Clouzot qui réalisa Le Mystère Picasso avec la complicité amusée du peintre. Comme Ornette avait le sens de sa valeur, il se faisait rare, demandant des sommes astronomiques et ne se plaignait jamais du chemin difficile qu’il suivait, qu'il s'imposait volontairement. Très pauvre, il lui arriva de jouer avec un saxophone en plastique et pourtant se souvient Joachim Kühn, il écrivait jusqu’à dix compositions par concert «  on vérifiait la mélodie et je faisais les accords ».

Tous ceux qui l’ont approché évoquent encore, comme la pianiste Myra Melford, un engagement de toute une vie, une ascèse qui conduit à la liberté et là, vraiment, on peut utiliser ce mot de « libre » de façon pertinente.

 

Sophie Chambon

LOOKING FOR ORNETTE
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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 21:56

Hervé Sellin (piano, arrangements), Fanny Azzuro (second piano, uniquement dans les Scènes d'Enfants de Schumann), Rémi Fox (saxophone soprano), Emmanuel Forster (contrebasse), Kevin Lucchetti (batterie)

Meudon, 8 & 10 mars 2017

Cristal CR 264 / Sony

 

En même temps qu'il publie sous le même label «Always Too Soon», en hommage à Phil Woods, dont il fut l'accompagnateur, Hervé Sellin fait paraître cet objet musical inattendu, passerelle entre le jazz et la musique classique, au sens large : de Robert Schumann à Henri Dutilleux en passant par Debussy et Satie. La passerelle, Hervé Sellin l'a souvent empruntée, lui qui est passé des classes du Conservatoire national supérieur de musique de Paris (Prix de piano et de musique de chambre, voici quelques lustres) au jazz, où il fit l'essentiel de sa vie musicale, tout en faisant parfois des pas de côté vers d'autres répertoires, et en enseignant au département jazz & musiques improvisées du grand conservatoire dont il fut lauréat ; département de jazz dans lequel d'ailleurs il suscite des collaborations avec les voisins et amis du 'classique'. Entouré de jeunes gens qui ont été ses étudiants au CNSM, Hervé Sellin explore les connivences possibles entre les deux rives (jazz et classique) d'un univers musical qu'il serait vain de cloisonner. Pour les cinq pièces issues des Scènes d'Enfants de Robert Schumann, le groupe reçoit le renfort de Fanny Azzuro, pianiste 'classique' qui va volontiers faire une incursion dans le tango... ou le jazz. Le résultat est d'une subtilité et d'une maîtrise qui forcent l'admiration, mais l'essentiel réside principalement dans la formidable vitalité qui anime (ici l'âme et le mouvement se rejoignent) cette musique. À côté de Schumann, la Sonate de Dutilleux, la 3ème Gnossienne d'Erik Satie et le Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy complètent ce paysage escarpé, lequel est parcouru avec une vivante maestria. Ici l'arrangement ciselé cohabite avec des improvisations enflammées. Arnaud Merlin, unanimement reconnu comme un très grand connaisseur des deux rives, cite dans le livret du CD Georges Brassens «Il suffit de passer le pont, c'est tout de suite l'aventure» : on ne saurait mieux décrire les vertus de cette escapade musicale, à découvrir avec l'enthousiasme qui s'impose !

Xavier Prévost

 

Hervé Sellin sera le 21 octobre 2017 à 20h, au studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, le héros d'une autre aventure : la reconstitution (centenaire oblige) du célèbre répertoire de Thelonious Monk, créé au Town Hall de New York, le 28 février 1959, avec Donald Byrd, Phil Woods....

Pour la circonstance ses partenaires pour ce concert Jazz sur le Vif seront Pierrick Pédron, Rick Margitza, André Villéger, Claude Egea, Lucas Spiler, Armand Dubois, Maxence Nicolats,Thomas Bramerie & Philippe Soirat.

Et en première partie on écoutera le très bon quartette de Pierrick Pédron.

 

Un aperçu du disque «Passerelles» sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ème Gonssienne de Satie et le Prélude à l'après-midi d'un faune de0KaUpSOHf9w

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 16:17

LOOKING

FOR ORNETTE,

film de Jacques Goldstein

 

associé à

 

ORNETTE

APPARITIONS,

film de Stéphane Jourdain

2 DVD EDV 1489 /esc-distribution

 

Une sorte de portrait-fantôme de l'insaisissable Ornette Coleman, réalisé au travers d'extraits d'entretiens, et de musiques, où apparaissent Wadada Leo Smith, Steve Lacy, Roswell Rudd, Oliver Lake, Matthew Shipp, Roy Nathanson, Brad Jones, John Tchicaï, Paul Bley, Aldo Romano, Philippe Baudoin, James Blood Ulmer, Fred Cohen, Quincy Troupe, Myra Melford, Joachim Kühn, Antonin-Tri Hoang et le quartette Novembre.

 

Le film, sorti l'an dernier et projeté au festival Jean Rouch 2016, est une évocation de ce musicien de grande influence, mais sans descendance explicite. L'auteur-réalisateur a parcouru New York à plusieurs époques sans parvenir à placer le musicien face à sa caméra et à ses questions. Il le fait cependant revivre au fil des témoignages et des musiques, recueillis en première main ou issus de films existants, réalisés par lui ou par d'autres. Le résultat est une réussite : l'esprit d'Ornette hante ces réponses et ces musiques, et si le réalisateur a cherché le musicien, nous avons la sensation intime de l'avoir trouvé au travers de ce puzzle, qui comporte de grands moments de paroles et de musiques.

 

Ornette apparaît finalement, avant le clap de fin, dans un court extrait (30 secondes !) du documentaire de Fara C et Giuseppe De Vecchi sur Charles Lloyd (Le moine et la sirène, 2009). À la question de la journaliste qui lui demande « Avez-vous peur de la mort ? » Ornette répond « Je ne l'ai jamais rencontrée, qui est-ce ? …. »

 

Le film est introduit et conclu par un extrait du film Ornette-Apparitions, de Stéphane Jourdain, qui restitue un concert-création au festival Banlieues Bleues du quartette Novembre (Antoni-Tri Hoang, Romain Clerc-Renaud, Thibault Cellier, Elie Duris, avec le renfort de Louis Laurain, Pierre Borel, Yann Joussein, Geoffroy Gesser et Isabel Sörling). Et cette captation est précisément le second DVD contenu dans ce coffret (le son de ce second opus offre une alternative : stéréo ou multicanal 5.1). Bref, la pêche est bonne, les amateurs d'Ornette et de jazz d'aujourd'hui seront ravis de ramener ce double DVD dans leurs filets.

Xavier Prévost

 

Le film sera projeté à l'occasion de la lecture de Zeno Bianu, le 21 octobre 2017, au Musée du Quai Branly

http://www.quaibranly.fr/en/exhibitions-and-events/at-the-museum/jacques-kerchache-reading-room-events/event-details/e/dun-univers-funambule-37686/

 

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 09:55

Claudia Solal (voix, textes, composition), Benjamin Moussay (piano, piano électrique, synthétiseurs, électronique, composition)

Malakoff, 2015

Abalone AB 031/L'Autre distribution

 

Voici vingt ans ils jouaient en quartette. Depuis 2003, ils se retrouvent aussi en duo. Et après «Room Service», de son quartette Spoonbox, publié en 2010 sous le même label, Claudia Solal a invité Benjamin Moussay à élaborer le répertoire de ce duo résolument inclassable. Enregistré voici près de deux ans, l'objet arrive enfin jusqu'à nos oreilles étonnées, et conquises. L'univers rappelle un peu celui du tandem John Greaves/Peter Blegvad, et aussi dans une moindre mesure l'entour de Robert Wyatt ; le jazz est dans les parages, mais l'univers musical embrasse un champ plus large. Les textes de Claudia Solal, mitonnés dans un anglais très riche (héritage de sa grand-mère écossaise ?), transformeraient volontiers des comptines enfantines en contes surréalistes. La musique, concoctée par le pianiste et la chanteuse, est sinueuse à souhait, glissant parfois avec force chromatismes comme un ruban onirique vers une sorte de sérialisme tempéré par l'émoi, et vers le souvenir des répétitifs américains. Le traitement du son est remarquablement enrichi par le dispositif Sensomusic Usine, conçu par une musicien que le jazz avait vu éclore, le contrebassiste Oliver Sens. Les deux partenaires ont travaillé longuement autour d'improvisations et d'interprétations expérimentales, fruit de leur travail sur les deux registres, pour finalement nous offrir l'objet, très abouti, de leur connivence. La convergence texte/musique est remarquable, dans l'accord comme dans la tension. C'est une sorte d'invitation au voyage : «Il est un pays superbe, un pays de cocagne....» ; mais aussi : «Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté». En fait, ce sont plusieurs voyages, parallèles ou croisés, auxquels nous sommes conviés, et même embarqués. Laissons nous porter, le calme engendre aussi de turbulents remous. C'est un disque de chansons sophistiquées, apparentées au jazz, dans ses acceptions les plus larges. À écouter avec un œil sur les textes (inclus dans le livret) car ils en valent vraiment la peine. Bref, exactement ce qu'il faut pour espérer découvrir, un jour, «Tout un monde lointain».

Xavier Prévost

 

Le duo sera en concert le 17 octobre à Toulouse (Jazz sur son 31), le 18 à Nantes au Pannonica, le 21 aux Lilas (Le Triton), puis en novembre le 12 à Strasbourg (festival Jazzdor), le 13 à Nevers (festival D'jazz), et le 23 à Lens (festival Tout En Haut Du Jazz)

 

Un bref aperçu sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ehRN6kvAG6c

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 17:40

ACT 2017

Rudresh Mahanthappa (as), Rez Abassi (g), Dan Weiss ( dms, tablas)

 

Et revoilà le saxophoniste pakistanais de retour 10 ans après la parution de « Apti » qui avait secoué la scène du jazz à sa sortie. Le saxophoniste bousculait alors les codes et livrait, hier comme aujourd’hui une oeuvre exceptionnelle de syncrétisme entre ses racines indo-pakistano-américaines ( il vit en Californie) et le jazz, à tel point que l’on pouvait dire qu’il était le créateur d’une véritable langage poussant bien loin les expériences coltraniennes en terre indiennes ou celle, d’une autre manière de Don Cherry.
Rudresh Mahanthappa n’est pas seulement un saxophoniste de génie, il est aussi l’inventeur d’un son qui n’appartient qu’à lui.
Avec Agrima ( qui signifie « suite ») le saxophoniste emporte tout le monde dans le flow d’un son où se mêlent son lyrisme si particulier avec le son de la guitare de Rez Abassi et les percussions de Dan Weiss, ce dernier illustrant le propos avec des talents d’orfèvre.
La musique est d’une incroyable intensité, animée d’une force vitale irrésistible. Les improvisations de Rudresh et surtout le son si particulier du saxophoniste atteignent des sommets. Lui aussi est une sorte d’oiseau, aigu, pointu, virevoltant et piquant, entraînant tout le monde dans une danse vernaculaire.
La fusion des trois musiciens est intense dans cette musique serrée où les espaces sont rares.
Et alors que Apti était entièrement acoustique, Rudresh Mahanthappa s’initie ici à l’électronique dont il joue des effets, renforçant dans ce voyage transfronalier une dimension onirique puissante.

Avec Rudresh Mahanthappa, il n’est pas question simplement de jazz mais d’une véritable expérience inédite.
Un choc culturel qui démontre les passerelles musicales entre les cultures et l’universalité de ce langage musical. Coltrane avait montré la voie. Il lui manquait l’ancrage de ses racines. Rudresh n’ouvre pas les portes, il les explose littéralement.
Jean-Marc Gelin

 

 

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 10:09

Daniel Humair (batterie, percussions),

Vincent Lê Quang (saxophones ténor & soprano),

Stéphane Kerecki (contrebasse)

Malakoff, 15 & 16 octobre 2016

livre CD Incises 001/ Outhere

 

Treize évocations musicales de treize peintres (Alan Davie, Jackson Pollock, Yves Klein, Larry Rivers, Pierre Alechinsky, Cy Twombly, Bram Van Velde, Jean-Pierre Pincemin, Paul Rebeyrolle, Jim Dine, Vladimir Veličkovič, Bernard Rancillac, Sam Szafran). Et des compositions (anciennes ou récentes) des trois protagonistes, à quoi s'ajoutent des thèmes de Jane Ira Bloom (Jackson Pollock) et Tony Malaby (Alechinsky). La musique est un hymne à l'art moderne, à l'Art Musical Moderne qui, comme les arts plastiques (et les autres disciplines) s'efforce de regarder au-delà d'un horizon qui serait « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ». Daniel Humair, et ses jeunes acolytes qu'il contribua à former au Conservatoire national supérieur de musique, se lancent à corps perdu dans des formes hardies, des expressions périlleuses. Et le résultat est à la hauteur de nos espérances, lesquelles étaient fondées sur ce que nous connaissons de ces trois musiciens d'exception. « Nous avons choisi plusieurs peintres du XXe siècle, explique Daniel Humair. Soit nous avions telle ou telle composition dans notre besace qui correspondait à l’univers pictural d’un artiste, soit nous avons composé en regard de l’œuvre du peintre. L’esprit plus que la lettre. Modern Art, ce sont des voisinages, des cousinages, des associations libres. Je suis musicien et peintre, mais je ne cherche pas à établir de lien direct entre les deux expressions : le lien, si il y a, ce sont les couleurs, mais pas au premier degré. ''Le rouge, c’est Sonny Rollins, le bleu, c’est Bill Evans'', ce serait trop facile ! ». Le livre qui inclut ce CD offre des reproductions des peintres évoqués, et comme le souligne Daniel Humair « c'est une invitation à la découverte ». Alors découvrons avec eux : c'est un enchantement pour l'oreille autant que pour l'œil, lesquels sont toujours en prise directe.... avec notre esprit.

Xavier Prévost

En concert le13 octobre, à Paris, au cinéma le Balzac, avec la projection du film " En résonance" de Thierry le Nouvel

http://www.cinemabalzac.com/public/musique/festivaljazz.php

Et aussi le 20 octobre à l'Opéra de Lyon, et le 17 novembre au Comptoir de Fontenay-sous-Bois

Sur Youtube, un concert au Triton en décembre 2015

https://www.youtube.com/watch?v=BSiOt5kp7PQ

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 17:07
LATTICE  DAVID REMPIS
LATTICE  DAVID REMPIS

LATTICE

DAVE REMPIS- alto, tenor, baritone saxophone 

 

www.daverempis.com

www.aerophonicrecords.com

 

 

Dave Rempis est un musicien sérieux, extrêmement engagé dans son parcours de musicien de jazz  free et de musiques improvisées, un saxophoniste chicagoan qui use de tous les registres de ses saxophones avec une grande virtuosité. S'il maîtrise la respiration circulaire, il peut jouer fort en faisant du "yowl and skronk"(hurlement et discordance). Sur un autre versant, sa musique résonne d'une grande délicatesse dans la recherche du son, le travail des timbres et du souffle.         

Il avoue dans les notes de son dernier album, qui sort le 10 octobre sur son label Aerophonic records qu’il a attendu longtemps avant de se risquer à l’art difficile du solo, suivant pour se donner du courage l’exemple de tous les grands de l’instrument qui l’ont inspiré : Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Anthony Braxton, Steve Lacy, JoeMcPhee, Ab Baars et Mats Gustavsson… Avec une expérience de plus de vingt ans dans le « métier », ayant vécu les contextes les plus divers, il s’est lancé dans ce voyage personnel, odyssée à la recherche de lui-même. C’est au cours d’une longue tournée dont il nous donne les lieux-il a joué dans 27 villes différentes de Minneapolis à Chicago, 31 concerts en solo, entre février et juin 2017. De quoi se roder, d’autant que dans chaque ville, sa venue permettait de créer des contacts, de renforcer les liens avec les musiciens locaux, d’où le nom de cet album Lattice qui signifie "treillis" comme le montre le graphisme, mais aussi "réseau", « maillage ».

La musique entendue sur ce CD est bien le résultat d’un « work in progress », enregistré au fur et à mesure des performances. Une démarche intégrale, authentique, qui peut défriser assurément ceux qui ne connaissent pas la radicalité d’un certain courant qui persiste et se pérennise contre vents et marées aux USA.

Deux compositions, la première de Billy Strayhorn (oui, l’alter ego de Duke Ellington) « A flower is a lovesome thing » et le « Serene » de Dolphy encadrent les pièces originales du saxophoniste, qui s’ajointent parfaitement dans ce programme musical intense que l’on peut écouter d’une traite, sans vraie transition entre les pièces. A vrai dire, les titres et leur origine ont moins d’importance pour une fois et il ne faut pas s’attacher à retrouver la mélodie d’origine. Un fredon peut être point de départ d’une déconstruction des plus imaginatives, le saxophoniste explosant les thèmes avec une élégante régularité et un certain sens de l’ordre. De quoi recréer une autre structure. Très singulière. Ce qui est bien le sens du jazz...advenir dans l'instant...  

Une musique vraiment dissidente aujourd’hui car elle trouve sa raison d’être dans un parti pris d’exigence rare. Il faut écouter ceux qui veillent avec une assurance tranquille à ne pas se laisser détourner, ne cédant jamais à la facilité. Dave Rempis est l’un de ces résistants comme Daunik Lazro en France qui fait circuler d’un bout à l’autre de l’album un souffle épique, unique.

Laissez-passer !

Sophie Chambon 

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 15:58

Deux disques de la pianiste sortent simultanément, sous le label  Sans bruit : deux œuvres singulières, et singulièrement abouties

SOPHIA DOMANCICH « SO »

Sophia Domancich (piano solo)

Pernes-les-Fontaines, 14-15 avril 2016

Sans Bruit sbr022/ https://sansbruit.bandcamp.com 

J'ai éprouvé, en écoutant ce disque pour la première fois, la même sensation oxymorique d'étrangeté et de familiarité qu'avait suscité chez moi, au début des années 70, la découverte du disque «Open to Love» de Paul Bley. J'avais alors déjà écouté plusieurs des disques en trio du pianiste canadien, et pourtant je voyais surgir un monde neuf, comme inexploré. J'écoute Sophia depuis les années 80, dans diverses configurations, et je suis toujours happé par la prégnance de son univers, qui m'est au fil du temps devenu assez familier. Et cependant, à l'écoute de ce SOlo de SOphia, j'éprouve une sensation troublante d'inédit dans un décor qui, pourtant, ne m'est pas inconnu. C'est immédiat, dès la première plage, avec Pool of Tears, et son cortège d'intervalles distendus, de silences chargés de musique en puissance. Et cela se retrouve au fil des plages : Django, de John Lewis, qui m'est de longtemps dans l'oreille, prend ici des couleurs nouvelles, un étrange moiré qui en accentue le mystère. Certaines compostions figuraient déjà sur des disques récents («Alice's Evidence») ou anciens («Rêve de Singe», «D.A.G.»), et Pool of Tears me rappelle l'atmosphère ...d'Alice , sur son premier disque en solo, «Rêves familiers», millésime 1999. Mais ce qui s'impose d'évidence, quel que soit le thème joué, c'est une sensation qui mêle la perception physique et l'intellection : une telle musique exprime, ou plutôt incarne, cette notion qui frise souvent l'indicible, et l'on désigne du nom de beauté.

Xavier Prévost

 

SOPHIA DOMANCICH PENTACLE « En hiver comme au printemps »

Sophia Domancich (piano, compositions), Jean-Luc Cappozzo (trompette, bugle), Michel Marre (euphonium), Sébastien Boisseau (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Tulle, théâtre des Sept Collines, 19 novembre 2015

Sans Bruit sbr023/ https://sansbruit.bandcamp.com

 

Le retour du groupe Pentacle, après un premier CD enregistré en 2002 (« Pentacle », Sketch SKE 333032), et le suivant (« Triana Moods », Cristal CRCD 0703), publié en 2007 et capté deux ans plus tôt au studio de La Buissonne, comme le précédent. Le groupe a poursuivi son chemin. Pour ce concert de 2015 à Tulle, Claude Tchamitchian a cédé la contrebasse à Sébastien Boisseau. L'esprit est intact : les six compositions sont issues, à parts égales, des deux CD précédents, et le temps écoulé, comme l'énergie du concert, leur donnent une physionomie renouvelée. Côté piano, la qualité de l'instrument (ou de la prise de son ?) ne rend pas totalement justice à Sophia, mais c'est en quintette beaucoup moins grave qu'en trio ou en solo. Et puis le disque ci-dessus, sur le magnifique instrument de La Buissonne, compense cette très légère frustration. D'autant que l'essentiel ici, c'est le groupe : et quel groupe ! Ça fusionne, ça communie, ça interagit avec une intensité et un investissement de tous les instants. Michel Marre, par sa science des pistons, nous donne sur l'euphonium des effets de léger glissando dignes du trombone, effets qui servent magnifiquement l'expressivité du musiciens. Jean-Luc Cappozzo conjugue comme toujours perfection et liberté folle. Quant au trio, il nous éblouit par ses incartades si libres, et cependant maîtrisées, autant qu'il est nécessaire pour que la musique ne disparaisse pas dans un choc d'uppercut. Grande et belle idée que d'avoir porté au disque ce moment de concert, exceptionnel.

Xavier Prévost

 

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 17:44

Stefan Orins (piano), Christophe Hache (contrebasse), Peter Orins (batterie)

Attiches (Nord), 21-22 février 2017

Circum-Disc CIDI 1701/ https://www.circum-disc.com

 

Le cinquième disque d'un trio qui affiche déjà vingt années de complicité, et qui conserve intacte sa précieuse singularité. On peut s'évertuer à déceler des sources d'influence dans le piano jazz des cinq dernières décennies (Paul Bley, Bobo Stenson....), mais l'essentiel est ailleurs. Dans le désir ardent de susciter une tension permanente, et féconde, entre les trois acteurs du groupe. L'interaction va au-delà des signes repérables, qui identifient ici un dialogue, là un trilogue, ailleurs une sorte de contrepoint rythmique qui va donner naissance à univers mélodico-harmonique. Le pianiste explicite, en l'exorcisant, son titre d'album, «The Middle Way» : «C'est la voie du milieu, dit-il dans la vidéo de présentation sur Youtube, qui harmonise ce qui est visible et ce qui est invisible. La musique a ce côté à la fois matériel et spirituel ». La musique respire une envie folle de décalage, de dissymétrie (parmi d'autres, Winter always turns into spring, et aussi Ku , dont un passage me rappelle la Valse de Jacques Thollot, qu'aimait tant jouer Siegfried Kessler). Et dans cet univers tendu surgit souvent la fluidité cursive propre au jazz, comme un paisible cours d'eau entre deux cascades. Ici cohabitent, en permanence, le discontinu et le continu, dans une tension productive qui est souvent celle où s'écrit (au sens large, c'est-à-dire même quand elle est improvisée) la musique. Le disque a été enregistré 'à la maison', dans un petit bourg au sud de Lille, aux confins des anciens territoires de la Pévèle et du Mélantois. Il porte la marque de cet esprit deux fois nordiste (les frères Orins sont d'origine franco-suédoise, natifs de Roubaix, et Christophe Hache est un Camberlot - autrement dit né à Cambrai), qui lui permet de se faire entendre bien au-delà de nos frontières, et de temps à autres dans les clubs parisiens. Ce trio illustre magnifiquement une réalité du jazz hexagonal : l'excellence n'est plus rivée à la centralité parisienne ; elle s'épanouit partout où de vrais talents éclosent, se développent et durent, sans préjuger d'une quelconque territorialité qui assignerait tel ou tel à l'exiguïté d'un territoire, fût-il géographique.... ou stylistique.

Xavier Prévost

 

Un extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=84eYhlPEC2c

 

En concert le 12 octobre 2017 à Lesquin (Nord), au Centre Culturel, et le 29 novembre à Paris, au Sunside

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 22:14

Laurent Coq (piano), Joshua Crumbly (contrebasse), Johnatan Blake (batterie)

Brooklyn, 31 octobre & 1er septembre 2016

Jazz & People JPCD 817004/Pias

 

Le pianiste Laurent Coq demeure un Jaywalker, ce piéton indiscipliné qui traverse hors des clous, et qu'il était en 1997 lorsqu'il enregistrait, déjà à Brooklyn, son premier disque auquel il avait donné ce titre qui lui va si bien. Après bien des escapades new-yorkaises, une installation dans cette ville durant 5 années, et une carrière riche en musiques et en débats très vifs sur la situation du jazz, il signe un disque en trio avec des partenaires états-uniens : le contrebassiste Joshua Crumbly et le batteur Johnathan Blake. L'un et l'autre sont fortement enracinés dans l'idiome du jazz, un parti pris qu'il revendique dans l'entretien accordé tout récemment à Jean Louis Lemarchand des Dernières Nouvelles du Jazz ( http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/laurent-coq-je-suis-attache-aux-fondamentaux-du-jazz.html ). Le disque est un hymne à une sorte de famille musicale, parenté par forcément génétique (Kinship) qui le lie à des musicien(ne)s des deux rives de l'Atlantique, et d'ailleurs : chacun(e) se voit dédier un thème. Tous sont de sa plume, sauf le premier cosigné avec le bassiste et le batteur. Il leur a donné des titres choisis par les dédicataires pour évoquer les caractères propres au jazz, mais l'attribution de chaque plage a été laissée au hasard d'un tirage au chapeau. De son mentor Bruce Barth à la chanteuse souvent accompagnée, Laurence Allison, en passant par Mark Turner ou Miguel Zenon, tous ces Amis sont en fait les témoins d'un disque cohérent, où transparaît le goût d'une musique riche et dense, qui ne craint pas de rappeler qu'elle aura été, et demeure, la Grande Musique américaine. Jazz de stricte obédience, oui, mais jazz d'aujourd'hui, tourné vers le présent des langages musicaux qui s'épanouissent en son sein. Du beau, du grand piano, qui sonne, chante, et fait retentir de riches sonorités, une pulsation vive, et un lyrisme tantôt contrôlé, tantôt débridé. Le dialogue avec la rythmique est d'une permanente vivacité, et le piano s'envole quand s'impose l'instant de l'essor ; et après un trépidant labyrinthe intitulé Radiation, le disque se conclut par un solo recueilli, spectral et énigmatique, d'une troublante beauté. Beau disque, vraiment.

Xavier Prévost

.

Le trio est en tournée : le 10 octobre à Toulouse (Jazz sur son 31), les 11 & 12 à Paris, au Sunside. Puis le 14 à Gérone (en Catalogne), le 16 en Espagne, à Madrid, et le 19 au festival de Tourcoing.

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