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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 18:08

Charles Lloyd (saxophone ténor, flûte alto), Jason Moran (piano), Reuben Rogers (contrabasse), Eric Harland (batterie)

Montreux, 30 juin 2016 & Santa Fé, 29 juillet 2016

Blue Note 006 02557 649888 5 / Universal

 

Ce 'Nouveau Quartette' est en fait le même que celui du disque «Rabo de Nube» publié en 2008 par ECM. Mais cela n'enlève rien à la qualité de la musique ici proposée ; bien au contraire. On est manifestement en présence d'un groupe en parfaite osmose, rôdé par une décennie d'échanges. Capté en concert, à Montreux (la première plage, Dream Weaver, un souvenir de 1966, avec Keith Jarrett, Cecil McBee et JackDeJohnette) et à Santa Fé (Nouveau Mexique) pour les six autres plages, ce disque est une sorte de travelling thématique sur le répertoire de Charles Lloyd, de Passin Thru, gravé en 1963 au sein du quintette de Chico Hamilton, et How Can I Tell You (sur son premier album en leader, «Discovery», en 1964), jusqu'à la pièce conclusive, toute récente. On aura sans doute le droit de préférer sa magnifique sonorité voilée, au sax ténor, à ses timbre et phrasé mal assurés à la flûte, mais assurément ce disque est un grand témoignage de l'art singulier de ce musicien, ici magnifiquement entouré, comme naguère dans le groupe de 1966-69 avec Jarrett et consorts. Jouage intense, solistes de haut vol (et Jason Moran culmine !) : c'est un sacré bon disque qui rend justice à Charles Lloyd, dont quelques épisodes phonographiques précédents avaient été assez décevants.

Xavier Prévost

 

Un extrait du CD : le thème-titre sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ADoQgN_4Llo

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 15:49

Giovanni Falzone (trompette, électronique), Filippo Vignato (trombone), Fausto Beccalossi (accordéon, voix), Giulio Corini (contrebasse), Alessandro Rossi (batterie)

Cavalicco (Province d'Udine, Italie), 2-3 février 2017

Cam Jazz CAMJ 7915-2 (Harmonia Mundi)

 

Le trompettiste Giovanni Falzone est assez peu connu dans notre pays, si l'on excepte ses concerts avec le pianiste Bruno Angelini, ou sa participation aux groupes de Francesco Bearzatti, maintes fois programmés dans les festivals et concerts de l'Hexagone. Le voici de retour, avec son propre groupe, et une brochette de partenaires que, pour la plupart, nous découvrons. L'argument, le prétexte ou le concept du disque (c'est au choix, et finalement cela pourrait être de peu d'importance....) c'est l'équilibre cosmique qui assure la stabilité des planètes en mouvement dans un univers que l'on devine infini. En fait, on peut n'y voir que métaphore de cet équilibre périlleux, et jouissif, qui associe cinq musiciens-interprètes-improvisateurs dans un répertoire où se mêlent la mélancolie de l'attraction lunaire, la virulence calorique du soleil, les rotations obstinées de la terre-mère et l'appel infini des étoiles au firmament. Le tromboniste est passé par le Conservatoire de Paris (CNSMDP) et son département de jazz, ce qui a valu à quelques amateurs parisiens de faire sa connaissance. L'accordéoniste est presque un vétéran, qui a joué en duo avec Al Di Meola ; le contrebassiste a travaillé avec Stefano Battaglia et Enrico Rava ; quant au batteur, il évolue entre le jazz classique et le jazz contemporain, et faisait déjà partie de groupes précédemment rassemblés par Giovanni Falzone, avec lequel il a aussi joué en duo. D'entrée de jeu, la musique nous invite à ces phénomènes d'attraction mutuelle tellement prisés du jazz, et qui font que les instruments se répondent, s'affrontent et se liguent dans un ballet permanent dont le souple balancement est la langue commune. Le rougeoiement énigmatique de la planète Mars sera ensuite prétexte à un festival de dissonances mystérieuses, ouvrant une mélodie posée sur des harmonies escarpées. Chaque thème, sous prétexte d'une nouvelle image, ou d'un nouvel imaginaire, nous embarque vers d'autres planètes, mais l'essentiel est ailleurs : dans une très belle expressivité de chacun des instrumentiste, avec un indiscutable sens du jeu collectif, le tout gouverné par une sorte d'effervescence qui culmine dans les improvisations de l'accordéoniste quand il double à la voix le phrasé de ses lignes instrumentales. De plage en plage une vraie réussite se dévoile, dans la diversité des approches comme dans la richesse des développements improvisés. Hautement recommandable donc, et comme tous les bons disques à écouter plusieurs fois, pour en extraire la substantifique moelle.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=RJmk29_WgME

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 18:20

Louis Sclavis (clarinette, clarinette basse), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie), Sylvain Rifflet (saxophone ténor, clarinette)

Gütersloh (Allemagne), 2 février 2017

Intuition INTCHR 71323 / Socadisc

 

Onzième volume de la collection 'European Jazz Legends' qui associe le Théâtre de Gütersloh, le magazine allemand Jazz Thing et la radio publique de Cologne, la WDR. Cette fois, après Henri Texier, Michel Portal et Daniel Humair c'est, parmi les représentants de la scène hexagonale, au tour de Louis Sclavis d'être honoré en qualité de légende européenne du jazz. Distinction plus que méritée, et qui nous vaut le plaisir de découvrir, lors d'un concert dans ce théâtre de Rhénanie du Nord-Westphalie, un nouveau groupe, variante d'un quartette entendu l'an dernier au Triton, et où à la place de Sylvain Rifflet on pouvait écouter Benjamin Moussay. Outre le plaisir d'y entendre les compositions de Louis Sclavis, on peut y découvrir d'étonnants mélanges de timbres, antagonistes ou au contraire complémentaires. Tour à tour la clarinette basse et le saxophone ténor se complètent ou s'opposent, et les deux clarinettes se confondent ou s'affrontent. Louis Sclavis laisse aussi largement place à Sylvain Rifflet pour exprimer son lyrisme singulier, où se mêlent lignes escarpées et profondeur de l'expression. Sclavis est magistral, mais sans lourdeur ni emphase, et le tandem rythmique Sarah Murcia-Christophe Lavergne fait montre d'une qualité extrême. Bref on ne peut ignorer cette nouvelle page, et ces nouvelles plages, de Sclavis, avec en bonus un bref entretien en anglais pour la WDR.

 

À signaler : la présence de Louis Sclavis comme invité, en compagnie du trompettise Michel Marre, dans le nouveau disque du trio 'LPT 3', qui associe le batteur Christophe Lavergne, le tromboniste Jean-Louis Pommier et le tubiste François Thuillier (LPT 3 «Vents Divers», Yolk Music / l'autre distribution).

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Xavier Prévost

 

LPT3 'Vents Divers' sur YouTube 

https://www.youtube.com/watch?v=RL_MVNw-Hdg

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 18:07

Ambrose Akinmusire (trompette), Sam Harris (piano), Harish Raghavan (contrebasse), Justin Brown (batterie)

New York, Village Vanguard, janvier 2017

Blue Note 002681402 / Universal

 

Un double CD qui rassemble le meilleur de quatre soirées dans le célèbre club de la 7ème Avenue, sanctuaire indiscutable de bien des sommets de cette musique depuis 60 ans, et plus. Le trompettiste nous avait habitué depuis son apparition dans le paysage jazzistique à une position constante de singularité, d'irréductibilité.... Et l'on s'épuiserait en vain à la circonscrire à quelque influence ou filiation. Il ne sort pas de nulle part, bien évidemment, et il est venu à nous, progressivement, avec dans son bagage le passé d'une musique déjà plus que centenaire. Qu'il évolue sur des canevas raisonnablement abstrait ou sur des thématiques aussi chantantes qu'un standard de derrières les fagots, le trompettiste nous subjugue par la force de son expression, liée à une intelligence musicale sans faille. C'est, penserez vous à juste raison, le propre du jazz que de mêler le feeling le plus intense à la densité musicale la plus exigeante. Mais cette règle de conduite, presque une règle de vie, se trouve ici magnifiée par l'étendue spectrale du propos. Nous avons là l'un de ces disques qui nous donnent la tentation, pour une heure et plus, de quitter le monde, de nous abstraire, de nous abymer dans les profondeurs de la perception intime et sensuelle d'une musique qui respire aussi l'urgence d'une pensée en mouvement. Les partenaires du trompettiste sont plus que des sidemen : ils partagent son aventure, et quand la voie singulière s'ouvre devant eux pour un solo, ils s'y plongent comme en des abysses où le chant des sirènes les appelle, presque sans retour. Et toujours, dans l'accompagnement, leur discours révèle une présence avérée, dans la tension comme dans la détente. Bref ce disque pourrait bien être un chef d'œuvre. Qu'on se le dise !

Xavier Prévost

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 18:39

Seconde et dernière semaine pour la programmation jazz du festival.

Lundi 24 juillet, le saxophoniste Christophe Panzani faisait revivre, sur scène, l'aventure du disque «Les Âmes perdues», où il avait dialogué en musique, à leur domicile et sur leur instrument personnel, avec sept pianistes. Trois d'entre eux, Yonathan Avishai, Édouard Ferlet et Tony Paeleman, se sont prêtés au jeu de la scène, avec un piano de concert et un piano droit, pour raviver ce beau moment d'intimité musicale.

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     (photo David Abécassis)

Le lendemain le trio Das Kapital administrait une belle leçon de vitalité musicale, entre mémoire de l'héritage jazzistique et dérives transgressives : densité musicale, humour et chaleur communicative étaient au rendez-vous, le tout magnifié par les exceptionnels talents de solistes de chacun.

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(photo David Abécassis)

Le mercredi 26 juillet, le pianiste Yaron Herman donnait en trio, avec grand renfort de technologies diverses, une belle version du programme de son disque « Y » paru voici quelques mois chez Blue Note. La version de scène offre plus d'espace à l'improvisation, à l'expression personnelle et à l'approfondissement musical du matériau thématique : un vrai beau moment de musique.

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Et pour conclure, le jeudi 27 juillet, le saxophoniste Émile Parisien (qui, arrivé avec une journée d'avance, était venu la veille se joindre au rappel de Yaron Herman) nous a offert une magnifique apothéose avec son quartette, en état de grâce, et avec une musique exigeante, pleine de surprises et de détours inattendus. Le très nombreux public, pour qui cela n'était pas forcément conforme à l'idée qu'il se fait du jazz, a adhéré avec chaleur à cette belle proposition artistique.

Xavier Prévost

 

Ces concerts seront diffusés sur France Musique à la rentrée :

Christophe Panzani le 22 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

Das Kapital le 11 novembre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

Yaron Herman le 15 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

Émile Parisien le 29 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 17:38

 

Après 7 jours de concerts, voici ce que l'on peut retenir de la première livraison des concerts de jazz qui se déroulent quotidiennement, et depuis 1986, dans le cadre de ce festival à dominante classique (mais pas que....)

L'Amphithéâtre du Domaine d'O accueille dans son vaste lieu de plein air de quelque 1800 places ces concerts quotidiens de 22h, précédés à 20h30 d'un avant-concert (mais concert quand même !) qui se déroule sous la pinède, en contre-haut de l'Amphithéâtre, et accueille des groupes de la région. 

Depuis 2005 (avec une pause en 2010 où les concerts retournèrent à la Cour des Ursulines en raison de mésententes politiques locales....) les concerts sont accueillis dans ce grand espace en gradin qui, malgré sa taille, assure une vraie relation de proximité entre la scène et la salle (les artistes en attestent régulièrement).

La première soirée, le lundi 17 juillet, accueillait le Kelin-Kelin' Orchestra, co-dirigé par la saxophoniste Jean-Jacques Élangué et la batteur Brice Wassy, deux musiciens de la scène parisienne, issus du Cameroun, et qui fédèrent autour d'eux la diaspora africaine et antillaise, avec un renfort états-unien de Paris et périphérie. Musique dense et joyeuse, qui mêle un jazz richement arrangé (et joué par une belle section de souffleurs) avec les musiques d'Afrique de l'Ouest. 

Le 18 juillet la grande scène accueillait le chanteur Kevin Norwood, né en Avignon et désormais Marseillais, qui chante une musique originale, et des textes en Anglais dictés par ses racines familiales, avec un sens de l'expression, de la nuance et du jeu collectif qui emporte l'adhésion. Le lendemain la scène accueillait, en solo, le pianiste Bruno Ruder, dans exercice de haut-vol qui mêlait compositions et improvisations, à un niveau musical et pianistique qui laissèrent le chroniqueur pantois.

photo David Abécassis

Puis ce furent le batteur Antonio Sanchez, avec un suite très bien contruite, et servie par des solistes impeccables ; et le trio du batteur luxembourgeois Jeff Herr, dans une véritable défi (surmonté avec éclat) qui consiste à tenir le public en haleine durant 90 minutes en trio saxophone-contrebasse-batterie.

photo David Abécassis

Le guitariste Hervé Samb, avec le renfort du saxophoniste Olivier Temime, a fait briller de mille feux les liens entre le jazz et l'Afrique ; et enfin, le dimanche 23 juillet, le trio de pianiste cubain Alfredo Rodriguez, lequel a conquis le public (mais a laissé sur sa faim le chroniqueur) avec un jazz qui fait la part belle aux sources généreuses de la musique latine. Une belle première mi-temps en somme. La seconde à suivre dans quelques jours.

Xavier Prévost

 

Les cinq premiers concerts étaient en direct sur France Musique (liens de réécoute ci-dessous)

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/kelin-kelin-orchestra-en-direct-de-l-amphitheatre-du-domaine-d-o-le-17-juillet-2017-35439 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/kevin-norwood-quartet-en-direct-de-l-amphitheatre-du-domaine-d-o-montpellier-2017-35453 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/bruno-ruder-au-piano-joue-son-nouvel-album-lizieres-l-amphiteatre-d-o-montpellier-2017-35467 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/antonio-sanchez-migration-l-amphiteatre-du-domain-d-o-montpellier-2017-35481 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/jeff-herr-corporation-revisitent-jimi-hendrix-david-bowie-ou-les-beatles-l-amphitheatre-d-o-montpellier-2017-35495 

Les autres concerts seront diffusés ultérieurement (dates ci-après)

Hervé Samb le 4 novembre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

Alfredo Rodriguez le 7 octobre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 08:52
Guillaume Belhomme  LE JAZZ EN 150 FIGURES

 

Guillaume Belhomme

Le jazz en 150 figures

360 pages, Editions du Layeur

39,90€

J’aime beaucoup les anthologies et celle-ci ne fait pas exception à la règle, qui traite du jazz en 150 figures portraiturées, de King Oliver (né en 1885) à Martin Kuchen (né en 1966) ou encore 750 chroniques de disques. Pour chaque période, chaque style, un texte introductif, toujours bien écrit, donne un juste aperçu de la période et de l’insertion du musicien dans l’époque. Rien ne vaut l’angle chronologique pour aborder une musique aussi riche et savante que le jazz, qui ne s’est pas vraiment développée en ligne droite. Mais l’intérêt généalogique et les rapprochements stylistiques ne relèvent pas du seul désir de tracer une cartographie de cette musique, d’en montrer une certaine « continuité » : l’auteur assumant parfaitement sa subjectivité, n’écarte pas les dimensions proprement émotionnelles, esthétiques du jeu ou et de la personnalité de ces artistes.

Si vous désirez vous constituer une discothèque de base, voilà réunis avec cette anthologie de Guillaume Belhomme les principaux enregistrements des musiciens sélectionnés, les historiques et les autres jugés tout aussi passionnants, voire indispensables pour l’auteur, qui anime Le son du grisli, soutient et dirige les éditions Lenka lente. Il continue son travail « historique », commencé aux éditions du Mot et du reste, nous faisant toujours partager ses coups de cœur, autrement dit, ses choix personnels dans chaque discographie. Il n’est pas important, semble-t-il, d’infirmer ou non ses propositions, de « chipoter » sur l’absence de tel ou tel incontournable : laissons-nous prendre par cette vision d’un jazz pluriel, une approche plutôt complète après tout, reflétant aussi des musiques d’aujourd’hui . S’il évoque les grandes figures, Guillaume Belhomme s’intéresse aussi aux moins célèbres, les défricheurs pas toujours reconnus, il dresse une superbe galerie de portraits qu’éclairent les photographies et reproductions de pochettes de vinyls ou CDs : des double pages soit deux portraits pour certains musiciens (Konitz, Portal, Shepp, Braxton, D.S Ware, Peter BrÖtzmann, Misha Mengelberg…). Le choix des photos et photographes est original, on y retrouve très souvent Luciano Rossetti, photographe italien ami du guitariste Garrison Fewell (De l’esprit dans la musique créative , Lenka lente, 2016 ) et du New Yorkais Peter Gannushkin.

Ce sera toujours un plaisir de se plonger, au hasard (ou non) dans la lecture de ces pages, de se laisser porter, de remarquer alors des similitudes, des idées de classement, puisque l’amateur de jazz a une âme de collectionneur, d’obsessionnel…

C’est finalement à une réflexion d’ensemble que ce bel objet nous invite : penser aux formes toujours renouvelées, puisque le jazz s’est nourri de tous les apports générationnels et montre des contours toujours changeants. Evitant de figer le jazz dans une aventure, même singulière, Guillaume Belhomme replace ses figures dans l’évolution de cette musique, en soulignant leur personnalité, les caractéristiques de jeu, l’essence de leur art

Erudit mais jamais pédant, facile à lire, voilà un beau travail de recherche mis en valeur par le « montage » des Editions du Layeur . Vivement recommandé pour animer la partie jazz de votre bibliothèque, faisons-lui une place aux côtés, par exemple, du Dictionnaire du Jazz (Bouquins), des portraits de Pascal Anquetil (Tana éditions) ou encore des livres des éditions Lenka Lente, Parenthèses, Outre Mesure, du Mot et du Reste...

 

Sophie Chambon

 

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 11:19

GERALD CLAYTON : «  Tributary tales »
Gérald Clayton (p), Logan Richardson (as), Ben Wendel (ts), Dayna Stehens (bs), Joe Sanders (cb), Justin Brown (dms), Aja Monet (vc), Carl Hancock Rux (vc), Sashal Vasandani (vc), Henry Cole (perc), Gabriel Lugo (perc)
Motema 2017

Attention, moment fort.
Que tous les vacanciers retardataires, n’hésitent pas une seule seconde : ruez vous sur le dernier album du pianiste Gerald Clayton ! Et si vous vouliez vous baigner par ces temps de fortes chaleurs, nous vous garantissons ici une nage en eaux vives.

On le sent, le pianiste a beaucoup de choses à dire et les moyens de les exprimer tant il peut compter sur un quintet de très très haute volée avec lequel il peut explorer plusieurs formes du jazz des plus straights aux plus modernes. Magnifiquement écrit et dirigé, «  Tributary tales » possède le souffle épique des grands conteurs, de ceux porteurs d’une tradition  séculaire. Il le dit bien d’ailleurs dans ses liners : «  Faire du neuf avec du vieux » !
Gerald Clayton se fait le grand ordonnateur de cette album depuis son ( ou plutôt ses) claviers, juxtaposant les lignes simples et les harmonies complexes qu’il élève avec grâce vers le sommet des muses.
Ben Wendel ( ténor) tutoie ces cimes (sur Envisionnings !) alors que Logan Richardson à l’alto jette des braises sur un feu incandescent maintenu par le maîtres des forges, Justin Brown impérial drummer s’il en est !
Sur deux morceaux, se joignent les voix slamées de Aja Monet et, celle magnifiquement sombre de Carl Hancock Rux sur un morceau totalement envoûtant et fantomatique ( voir la video).

Superbement inspiré, ce nouvel  album de Clayton marque un vrai tournant dans son parcours.
Heureux, passionné et inspiré.
Tout ce que l’on aime en jazz !
Jean-Marc Gelin

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 13:04

Le saxophoniste-compositeur-romancier publie simultanément un CD en quartette intitulé « Unklar » et un 'roman et musique' de 164 pages, couverture recto-verso incluse, car tout est imprimé, y compris des inter-pages uniformément encrées de noir. Un roman titré De la violence dans les détails, dans lequel une alvéole découpée à l'emporte-pièce reçoit une minuscule clé USB contenant un fichier de 43 minutes de musique (également séquencées en fichiers séparés, dans un ordre différrent, d'environ 36 minutes), musique jouée par 16 musiciens, du solo au tentet au fil des plages. Et la clé comporte évidemment le texte du roman en format numérique. On se rappelle, concernant Nicolas Stephan, le sextette 'Le bruit du [sign]', avec Jeanne Added, Sébastien Brun, Théo Girard, Julien Rousseau & Jullien Omé : haut lieu de singularité créative. Nicolas Stephan poursuit sa route d'exigence talentueuse avec ces nouvelles œuvres.

 

Nicolas Stephan « Unklar »

Nicolas Stephan (saxophone ténor, composition), Fanny Ménégoz (flûtes), Antonin Rayon (orgue, synthétiseur basse), Benoit Joblot (batterie).

Vallée de l'Ouanne, décembre 2016

Discobole Records SD030317 / www.sophieaime.com

 

Les intervalles sont distendus, les tonalités flottantes, et c'est peut-être pour cela que la sensation d'un lyrisme entêtant submerge. La qualité de l'écriture n'est pas seule en cause : les considérables ressources des solistes-improvisateurs/trices étoffe la densité musicale de l'objet, comme il est de tradition dans cette musique que l'on appelle le jazz (au sens large) où le collectif contrebat l'idée d'une œuvre qui serait l'exclusif apanage du compositeur-leader (lequel assume assurément l'émergence et la pérennité du projet). Un beau parcours s'ouvre à l'écoute, entre écriture contemporaine, pulsation et liberté du jazz (et d'autres musiques pas moins libres !). Une vraie réussite.

Unklar sur Vimeo

https://vimeo.com/205685409

 

Nicolas Stephan : De la Violence dans les détails, Roman et musique

Un livre objet de 164 pages, contenant une clé USB avec une musique qui « sans être la musique de l'histoire […] développe une autre vision des thèmes du roman ». 

 

Nicolas Stephan (composition, saxophone & voix),  Julien Desprez (guitare électrique), Csaba Palotai (guitare électrique), Théo Girard (contrebasse), Anne Palomeres (danse sonorisée), Antonin Rayon (orgue, clavier et piano),  Sébastien Brun (Batterie), Pierre Alexandre Tremblay (guitare basse), Benjamin Body (contrebasse), Fidel Fourneyron (trombone basse), Julien Rousseau  & Brice Pichard (trompettes), Johan Renard  & Youri Bessière (violons), Cyprien Busolini (alto),  Julien Grattard (violoncelle)
Mézinville, Ivry, Huddersfield, Paris, entre 2010 et 2014
Disponible via le site  
www.sophieaime.com
 
Le roman procède d'une singularité qui le rend difficilement assignable à un quelconque genre : identités flottantes, lieux fluctuants, tout nous entraîne au plus loin de tout repère, au risque (assumé) de se (nous) perdre. De multiples récits s'interconnectent dans un flux dont on devine qu'il a été conçu pour défier la maîtrise. De leitmotiv en fausse piste il est possible (et souhaitable) de céder à l'égarement. La musique quant à elle, inspirée par le texte, s'affranchit de toute prétention illustrative et, de l'aveu de son initiateur « elle prend d'autres chemins que le roman, tout en passant par les mêmes points ». Enregistrée sur une longue période dans des lieux différents, et avec des effectifs variables, elle trouve cependant son unité dans ce qui semble être l'adhésion de chacun(e) à la folie prospective du projet. L'ensemble constitue une pièce de jazz contemporain où cohérence formelle et liberté d'escapade cohabitent parfaitement. Étrange et, il faut l'avouer, fascinant. À écouter/lire de manière synchronique ou diachronique, comme l'on veut, en s'offrant aussi le choix de bouleverser l'ordre des séquences puisque la clé USB offre la musique dans un flux unique, ou selon des séquences autonomes renvoyant à certains chapitres ou intertitres du livres.
Xavier Prévost
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Le répertoire d'Unklar sera donné en concert le 16 septembre à l'O Gib de Montreuil (93) et le 18 novembre à La Fraternelle de Saint Claude (39)
De la Violence dans les détails sera présenté le 12 novembre à Paris, à l'Atelier du plateau

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 00:10

Segré-en-Anjou bleu, rendez-vous des fans de la note bleue
Jean-Louis Lemarchand

 

@jean-Louis Lemarchand


Voilà une commune qui justifie à double titre sa couleur. Située au nord-ouest d’Angers, Segré a pris cette année l’appellation Segré-en-Anjou bleu, à l’occasion du regroupement de quinze communes, pour rappeler son attachement à cette ardoise réputée, richesse de la région et baptisée or bleu. En même temps, Segré est devenue un point de rencontre estival réputé des amateurs de la fameuse note bleue. Ils étaient quelque dix mille festivaliers –davantage que la population de la commune hôte !- pour la 8ème édition de Saveurs jazz festival (6-10 juillet) qui accueillit des têtes d’affiche, Herbie Hancock, Youn Sun Nah, habitués des festivals-mammouths (Nice, Vienne, Marciac) mais aussi des artistes prometteurs ayant accès à un nouveau public (le guitariste Pierre Durand, le pianiste Gauthier Toux, le batteur Damien Schmitt). C’est là l’une des spécificités de Saveurs jazz festival, premier né du réseau Spedidam , qui compte aujourd’hui  14 festivals dans l’hexagone dont quatre dédiés au jazz. « Nous entendons favoriser l’expression de la diversité du jazz français », souligne ainsi le programmateur dès sa 1ère édition, le trompettiste Nicolas Folmer. Programmé en 1ère partie, Pierre Durand a ainsi pu bénéficier du public-record (1200 personnes) attiré par Herbie Hancock.  Et chaque après-midi, en accès libre, les fans de jazz ont eu droit, dans le Parc de Bourg-Chevreau, à un plateau de groupes qui font les belles soirées des clubs parisiens (Samy Thiébault, David Chevallier, Manuel Rocheman…). L’ancrage local constitue également un point fort du festival avec des actions de découverte et promotion du patrimoine artistique, économique, et gastronomique couplées à des concerts délocalisés : exemple le 9 juillet à Pouancé , avec initiation matinale à la confection d’une tarte à l’ortie et prestation sur la place du Guesclin, à un jet de pierres d’un château-fort médiéval d’un trio angevin, le groupe Morse (saxo alto-basse-batterie) aux beaux accents West Coast. Cette implication locale se traduit au niveau financier : les collectivités territoriales contribuent à hauteur de 70.000 euros (30.000 pour Segré-en-Anjou bleu) pour un festival disposant d’un budget de quelque 400.000 euros. Cette édition  a bénéficié d’une contribution exceptionnelle de la Spedidam. Ainsi la société civile qui perçoit et distribue les droits des artistes-interprètes manifeste-t-elle son implication dans le jazz qui se traduit également par un accompagnement de quinze artistes (Ludovic Beier, Pierre Bertrand, Arielle Besson, Laurent Coulondre, Jimi Drouillard, Pierre Durand, Antoine Hervier, Régis Huby, Agathe Iracema, Didier Ithursarry, Jean-Marie Marrier, Emile Parisien, Damien Schmitt, Eric Séva et Auroire Voilque).

 

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