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1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 08:37

(Paru le 15 avril).

 

Les amateurs du petit écran l’ont découverte récemment dans la série à succès consacrée au monde du cinéma, Dix pour cent, où elle incarne un agent d’artiste plein de gouaille et de bon sens, Arlette, toujours flanquée d’un petit chien dénommé Jean Gabin. Mais le milieu parisien du jazz connait, depuis les années 50, Liliane Cukier bien avant qu’elle ne prenne le nom de son mari, le bassiste Gilbert Rovere, dit Bibi.

 

 

Actrice débutante, Liliane, née à Paris en 1933 dans une famille de juifs polonais émigrés, fréquentait assidûment les clubs de Saint Germain des Prés jusqu’au bout de la nuit. Atteinte du virus du jazz, la jeune Liliane va également vivre intensément sa passion à New-York où elle tombe sous le charme de Chet Baker en 1955. Coup de foudre réciproque et aventure américaine d’une bonne année sur la route en voiture de sport (comme on disait alors) pour la tournée des salles de concerts et les visites au domicile californien des parents du trompettiste à la gueule d’ange.

 

A son retour à Paris, ce sera la rencontre avec Bibi Rovere, (« une passion qui nous donna plus de tourments que de bonheur ») puis avec Dexter Gordon (« séduisant, intelligent, cultivé ») qu’elle retrouvera bien plus tard (1985) sur le tournage d’Autour de Minuit de Bertrand Tavernier (elle dans le rôle d’Itla, l’épouse du patron du club le Blue Note, Ben Benjamin,  et Dexter dans celui de Bud Powell).

 

Si le théâtre et le cinéma vont dès lors occuper l’essentiel de la vie professionnelle de Liliane Rovere, elle n’oubliera jamais ses amis du monde du jazz, parmi lesquels Maurice Cullaz, président de l’Académie du Jazz (« un homme court et large, cubique, avec des yeux pétillants, une mine gourmande… à lui seul une institution »). C’est d’ailleurs dans un club de la Rue Saint Benoît (Chez Papa), au cœur de St Germain, que Liliane Rovere fêta le 15 avril dernier la sortie de son autobiographie sur des airs de jazz.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

*Liliane Rovere. La folle vie de Lili. Editions Robert Laffont.310 pages. 20 euros. Avril 2019.

 

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 13:06

Marc Ducret (guitares, composition), Léa Trommenschlager (soprane), Rodrigo Ferreira (contreténor), Sylvain Bardiau (trompette, bugle), Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Régis Huby (violon, violon ténor), Liudas Mockunas (saxophones, clarinette contrebasse), Samuel Blaser (trombone), Bruno Ducret (violoncelle), Joachim Florent (contrebasse, guitare basse), Sylvain Darrifourcq (batterie, percussions)

Villetaneuse, octobre 2018

[Illusions] ILL 313010 / l'autre distribution

 

Produit par Marc Ducret et l'Association Seven Songs, avec le concours de Stéphane Berland et Philippe Ghielmetti, ce disque est l'aboutissement d'une aventure musicale qui avait commencé en janvier 2017 par une résidence de création au Sax d'Achères, puis des concerts à la Dynamo de Pantin, au Petit Faucheux de Tours et à l'Opéra de Lille. La version phonographique s'est étoffée puisque la nomenclature est passée de 8 à 11 interprètes. Le disque était prévu pour parution sous le label de Stéphane Berland qui a publié, de Marc Ducret, les cinq volumes de «Tower», ainsi que «Métatonal». Mais Stéphane a renoncé à toute nouvelle parution sous son label Ayler Records (dont il continue cependant de diffuser les références existantes), et c'est son ami Philippe Ghielmetti qui prend le relais sous étiquette [Illusions], où il avait accueilli naguère «Le Sens de la Marche» du même Marc Ducret. Bref la parution de ce disque doit beaucoup à l'engagement esthétique, artistique et donc, d'une certaine manière, politique, de tous ces acteurs.

Lady M de Marc Ducret est une œuvre magnifiquement hybride et inclassable, surgie de l'imagination d'un poète du son et du texte, qui a montré au fil des ans son goût de l'évocation (pas l'illustration !) de l'objet littéraire (je devrais peut-être écrire du fait littéraire) : Robbe-Grillet et Michaux naguère, puis Nabokov pour «Le Sens de la Marche», et surtout le monumental pentaptyque (ou la monumentale pentalogie) «Tower». Le guitariste-compositeur-improvisateur (je ne sais lequel de ces trois mots mettre en tête de liste, et quel est l'ordre pertinent) nous convie à scruter «le nom des mots» comme on dit chez Molière (Les Femmes savantes, II, 6). Et la meilleure manière, c'est peut-être la musique. Dans une grande forme parfaitement maîtrisée, mais qui cependant laisse libre cours à chacun(e) des solistes pour dire sa part d'autonomie, Marc Ducret révèle des moments du texte de Lady Macbeth dans le Macbeth de Shakespeare. Voix de contreténor, puis voix de soprane, et dans la troisième partie les deux mêlées, inscrites dans un déroulement de moments instrumentaux écrits ou improvisés, c'est un jeu permanent entre texte et musique, souvent (mais pas toujours) dans un rapport de tension entre prosodie du texte et phrasé musical. Tous les langages musicaux paraissent avoir ici droit de cité, d'une bribe de musique écossaise (Macbeth fut un roi d'Écosse moins éphémère dans la réalité historique que chez Shakespeare) à tous les éclats de la musique d'aujourd'hui en passant par le jazz et le rock. L'expressivité des voix fait écho à celle des instruments, dans une sorte de ballet virtuose qui tutoie le sublime, expressivité servie par une prise de son (Céline Grangey) qui magnifie le propos. Les mots me manquent, et le goût de détailler chaque séquence en géomètre me fait défaut. Alors précipitez-vous vers cette œuvre majeure, et comme moi (à l'écoute d'un concert en 2017, et aujourd'hui à l'audition de ce disque) succombez à sa puissance esthétique !

Xavier Prévost

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Le concert de sortie de disque aura lieu le samedi 4 mai 2019 à Paris au Pan Piper. L'œuvre sera également donnée le 21 septembre à Marseille au festival 'Les Émouvantes', et le 7 décembre à Paris, Maison de Radio France, dans la série 'Jazz sur le Vif'

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Sur Youtube, extraits des séances d'enregistrement

https://www.youtube.com/watch?v=QaEDZurPrt4&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=2UL98M3T2cQ&list=RDQaEDZurPrt4&index=2

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 10:11

Jean-Christophe Cholet (piano), Matthieu Michel (trompette, bugle)

Invités : Didier Ithursarry (accordéon), Heiri Känzig (contrebasse), Ramon Lopez (batterie)

Ludwigsburg, 22-23 août 2018

Neuklang NCD 4209/ Pias

 

Après «Benji» (1998) et «Whispers» (2016), encore en duo avec extension : duo exceptionnel, qui associe le pianiste Jean-Christophe Cholet et le trompettiste-bugliste Matthieu Michel, deux fortes personnalités musicales qui ont en commun, entre autres choses, d'avoir collaboré avec Mathias Rüegg, le magicien du Vienna Art Orchestra. Et pour les extensions ce sont, sur une grande partie des plages, les apports inspirés de trois personnalités musicalement denses : Didier Ithurssary, Heiri Känzig et Ramon Lopez. Le pianiste et le trompettiste signent une bonne part du répertoire, empreint d'une certaine mélancolie, mélancolie profonde, exempte des clichés dont la musique nous gratifie parfois dans ce choix d'atmosphère. C'est sensible dès la première plage, où sur un ostinato de piano, tabla et basse (puis accordéon), le bugle nous saisit pour nous entraîner loin, du côté de l'imaginaire et de l'émoi, avec un thème aux accents balkaniques signé Matthieu Michel. Le thème suivant va chercher ailleurs sa source, du côté des rêveries de la gemmologie. Au fil des plages c'est un voyage tout en nuances, où le temps prend son temps, même sur tempo medium fast, comme pour nous dire que la musique requiert cet étirement bienveillant de la durée, pour permettre à la beauté de s'installer. Il suffit de se laisser porter, et même de s'abandonner. Après un échange en duo entre piano et batterie, un thème véhément du trompettiste fait émerger des obsessions rythmiques qui, au delà du jazz, convoquent le souvenir de Bartók ou Stravinski. Et le voyage revient en douceur avec une composition du bassiste (encore une connexion commune avec le Vienna Art Orchestra....), en duo. Je vous laisse poursuivre la découverte, car ce disque mérite vraiment le détour, et mes vaines tentatives pour en révéler la substance ne valent pas une écoute personnelle, alors précipitez-vous !

Xavier Prévost

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Le duo se produira le 2 mai à Lyon au Jazz Club Bémol 5, et le 22 juin à l'Abbaye de Noirlac (Cher)

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:15

Marc Ducret (guitare), Benjamin Moussay (piano électrique), Guillaume Orti (saxophone alto), Bo Van der Werf (saxophone baryton), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie), Sylvain Cathala (saxophone ténor)

Les Lilas, 30 juin 2016

Connexe Records CR-006 / Muséa & https://sylvaincathala.bandcamp.com/

 

Le septette de Sylvain Cathala poursuit une aventure commencée voici près de 5 ans, avec à nouveau un enregistrement 'sur le vif' réalisé au Triton, en fait apparemment le complément de la soirée du 30 juin 2016 dont une première partie avait été publiée en 2017 sous le titre «Hope» (Connexe CR-005). Même énergie, même liberté, même complexité rendue lisible par la clarté rythmique, harmonique et mélodique de l'ensemble. Les titres tournent autour des noms de diamants célèbres, et les musiques sont autant de pépites recueillies dans le flux généreux du concert. Après un dialogue entre la guitare, puis le piano Fender, et la rythmique, c'est le sax baryton qui prend son envol, rejoint par l'alto et le ténor. C'est une effervescence de chaque instant, mais peuplée de nuances, d'esquives, et servie en permanence par l'extrême qualité de chacun (et chacune), improvisateurs/trice de haut vol qui se meuvent avec délices dans cet univers sinueux où s'ouvrent à chaque instant des portes de liberté. Bref c'est une réussite, un présent intense qui désigne aussi l'horizon de ce que cette musique (ce jazz, obstinons nous à l'appeler encore ainsi) peut nous offrir de meilleur.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 2 mai au Triton, près de la Mairie des Lilas, avec Gilles Coronado à la guitare

 

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 19:10

Andy Emler (orgue), Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle)

Paris, Auditorium de Radio France, 19 & 20 février 2018

Signature Radio France SIG 11116 / Outhere

 

Une rencontre musicale qui vient à point nommé, dans une sorte de logique propre aux parcours des deux musiciens. Andy Emler a travaillé très jeune le piano, et la musique, avec Marie-Louise Böellman-Gigout, digne héritière d'une famille de compositeurs et d'organistes, avant de s'orienter vers le rock, puis le jazz, tout en étudiant l'écriture musicale au Conservatoire National Supérieur. Après plusieurs décennies de fécondes créations de jazz, il a pris contact avec l'orgue à la faveur d'une invitation de l'Abbaye de Royaumont, en 2011, et a découvert ainsi le goût des duos d'orgue avec les jazzmen. En conviant Dave Liebman, il prolonge ses rencontres antérieures avec le saxophoniste, rencontres qui se sont déroulées depuis près d'une trentaine d'années. L'organiste-pianiste a multiplié les expériences du côté du monde classique et contemporain : un concerto créé avec l'Orchestre National de Lille, une œuvre mémorable écrite pour la confrontation amicale du MegaOctet et des Percussions de Strasbourg.... Quant à Dave Liebman, il a parfois trouvé sa place aux côtés d'un quatuor à cordes (notamment pour une version étonnante de l'Adagio pour cordes de Samuel Barber) ou de l'Ensemble intercontemporain ; et on trouvera en juin dans les bacs des disquaires un duo («Eternal Voices», enregistré en 2016-2107 en Allemagne) où Liebman et le pianiste Richie Beirach donnent des versions inattendues d'œuvres de Bach, Mozart, Beethoven, Fauré, Bartók, Scriabine, Schönberg.... Bref ces deux musiciens franchissent allègrement, et en tous sens, les cloisons souvent trop étanches du monde musical.

L'occasion d'une telle rencontre, c'est d'abord un instrument d'exception : l'orgue Gerhard Grenzing du nouvel auditorium de la Maison de la Radio. Andy Emler, familier du Cavaillé-Coll de Royaumont, a passé de nombreuses soirées à explorer les possibilités de ce nouveau joujou, et dans les compositions qu'il a élaborées pour la circonstance il prend un malin plaisir à solliciter les innombrables palettes de l'instrument. Le dernier des 4 jours de répétitions / enregistrements, et aussi le concert lui-même (le 20 février 2018), fourniront la matière de ce disque. J'ai eu le plaisir (et le privilège!) d'assister la veille du concert à une séance de pré-montage et de pré-mixage des titres enregistrés en studio, et j'ai été impressionné par la densité de l'écoute des duettistes, et par l'esprit symbiotique qui présidait à leurs choix communs.

Séance d'écoute la veille du concert : à la console l'Ami Pierre Bornard 

Le disque commence par A Step in the Field, une exploration des jeux, des modes de jeu, des ressources propres à l'orgue. On sent la jubilation d'Andy Emler à scruter l'univers sonore, jusqu'à ce que des trilles insistants, vers deux minutes et trente secondes, n'appellent le saxophone soprano, qui s'engouffre d'emblée en plein lyrisme. Et c'est parti pour une aventure humaine et musicale qui ne nous lâchera pas avant 57 minutes, soit le terme du disque. Au fil des plages on entendra le souvenir des conversations des deux musiciens autour de Wayne Shorter, qu'ils aiment passionnément, et l'influence de Maurice Duruflé, décelée lors des répétitions par le saxophoniste Jean-Charles Richard, ami de l'un et de l'autre, et qui prendra part en trio au rappel du concert, rappel qui ne figure pas sur le disque. Sans détailler les plages successives, on peut dire que l'intensité du dialogue, humain autant que musical, est confondante, de bout en bout. Que le choix de l'instant soit hyper sophistiqué (chromatismes, vertiges du contrepoint improvisé, unissons acrobatiques) ou simple comme une mélodie venue du fond des temps (la plage 5, où Dave Liebman s'est saisi d'une petite flûte traditionnelle), l'urgence artistique ne désarme pas. Et cela se poursuit jusqu'à la plage conclusive, où c'est un festval : ça groove, c'est un dialogue tantôt vif, tantôt recueilli, les unissons sont d'autant plus incroyables que l'inertie propre à l'orgue rend l'exercice funambulesque.... À découvrir donc, dans le plus vif du sujet, comme un cadeau !

Xavier Prévost

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Le duo jouera à la Cathédrale de Coutances le 1er juin pour le festival 'Jazz sous les Pommiers'

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=LHan-eOld4g

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Andy Emler parle de ce disque dans l'émission 'Open Jazz' sur France Musique, en réécoute par le lien ci-dessous

https://www.francemusique.fr/emissions/open-jazz/andy-emler-david-liebman-chercheurs-d-orgue-70988

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 09:53

La personnalité de Francis Paudras s’est dévoilée au grand public sous les traits de François Cluzet dans l’un des films les plus authentiques dédié à l’univers du jazz : ‘Autour de Minuit’ de Bertrand Tavernier. Fan inconditionnel de Bud Powell (rôle tenu à l’écran par Dexter Gordon) le jeune illustrateur racontait cette même année 1986 dans « La Danse des Infidèles » (titre d’une composition de son idole) son amitié pour Earl « Bud » Powell et son engagement de tous les instants entre 1959 et 1966 auprès d’un des maîtres du be-bop totalement perdu dans la vie quotidienne.


Réédité aujourd’hui, cet ouvrage n’a rien perdu de sa force émotionnelle et de sa puissance évocatrice du milieu du jazz à Paris -où Bud résida de 1959 à 1965- et à New-York, où il décéda à 42 ans le 31 juillet 1966.


Ange gardien de Bud, Francis Paudras qui l’hébergea chez lui, « aime tout chez Bud ». Ce long récit de plus de 500 pages constitue aux dires de son auteur, une impérieuse nécessité (« Réaliser cet hommage à Bud Powell est le plus grand privilège que la vie m’ait offert »). Paudras laisse parler son cœur et décrit « la troublante personnalité de Bud… "Son génie musical associé à son comportement infantile créait une ambigüité qui demeure même pour moi qui l’ai côtoyé pendant plusieurs années un bien étrange et unique phénomène ".

 

Soumis à des traitements lourds lors de séjours en hôpitaux psychiatriques, Bud Powell surprenait dans la vie par un comportement où le mutisme le disputait à l’humour. Tout au long de ses années parisiennes, Francis Paudras (1935-1997) aura contribué à sa renaissance artistique qui sera couronnée par son retour au Birdland de New-York. La lecture ou relecture pour les amateurs de jazz de ce classique de la littérature documentée met en lumière un artiste rare, qui a inspiré des centaines de pianistes dont Keith Jarrett ou Mc Coy Tyner, et dont Kenny Clarke disait « Bud fait sur le piano tout ce que Monk voulait faire sans le pouvoir ».


Riche en informations, témoignages, anecdotes, La ‘Danse des Infidèles’ nous apporte aussi un éclairage pertinent sur les tribulations de Bud Powell, ses « exploiteurs » (patrons de clubs, sa compagne Buttercup), ses amis musiciens (Ornette Coleman, Art Taylor, Johnny Griffin…) et ses fidèles de la première heure, Elmo Hope et surtout Thelonious Monk (« Jamais je n’avais vu deux êtres aussi proches, aussi complices, aussi frères »).

 

Jean-Louis Lemarchand.


 
* Francis Paudras, ‘La danse des infidèles, Bud Powell à Paris’. Editions Le Mot et le Reste. Avril 2019 528 pages. 29 euros. (Réédition, première publication en 1986).

 

 

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 00:05

La famille Brown entretient des relations suivies avec le label Space Time Records de Xavier Felgeyrolles, par ailleurs cheville ouvrière du « Festival automnal Jazz en Tête » de Clermont-Ferrand.

 

Donald, pianiste, pilier des Jazz Messengers des années 80, a insufflé l’esprit du hard bop à ses fils  Keith L. (également pianiste) et Kenneth (batteur). Ce dernier nous présente son deuxième album (après 3 Down enregistré en 2016) où il a invité deux stars Chris Potter (saxophones) et Nicholas Payton (trompette) à se joindre à sa formation habituelle**.


 
Rythme soutenu, « duels » de saxophones, trompette vigoureuse, l’album où les compositions du leader sont majoritaires (7 titres sur 11) constitue un cocktail efficace contre la morosité ambiante. L’amateur devrait aussi apprécier la petite incursion dans les temps modernes avec cet air de rap dû à Donald Brown Jr, -le troisième fils de Donald-qui donne son titre au disque (2nd Chances), un hommage alertement enlevé à Roy Hargrove et une reprise d’un standard (Softly As a Morning Sunrise, de Romberg & Hammerstein), signe que Kenneth connaît ses classiques et sait les honorer.

 

* Kenneth BROWN, « 2nd CHANCES ». 2019. Space Time Records - BG 1946 / Socadisc. (Samouraï/Systems Studios. Enr. Les 22 et 23 septembre 2018).


**Kenneth Brown (batterie),Nicholas Payton (trompette),Chris Potter (saxophone ténor et soprano), Jamel Mitchell (saxophone ténor),Will Boyd (saxophone soprano et clarinette), Steve Kovalcheck (guitare), Keith L. Brown (piano, keys), Darryl Hall (contrebasse),Ashlee Varner(vocal), Donald Brown Jr (rap)

 

°Concerts les 25 & 26 avril 2019 à 21 h au Sunside, 60 rue des Lombards, 75001-Paris (01 40 26 46 60). Kenneth Brown Trio invite Baptiste Herbin (saxophones), prix Django Reinhardt 2018 de l’Académie du Jazz.

 

(par Jean-Louis Lemarchand)

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 23:26

GONAM CITY

QUENTIN GHOMARI (trompette, bugle, trompette à coulisse), MARC BENHAM (piano)

Paris, Mairie du 6ème arrondissement, 16 avril 2019, 18h30

 

Double surprise : non seulement ce concert gratuit a lieu sous les ors (enfin, sous les dorures) de la mairie d'arrondissement, et il est de surcroît organisé par la Société des membres de la Légion d'Honneur, section du 6ème arrondissement. Mais la mairie accueille régulièrement des concerts de jazz, et elle héberge aussi les bureaux de l'association du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés.

Le concert a bien eu lieu le mardi 16 avril 2019. La date qui figure sur le programme est erronée….

 

Au verso du programme, dans les trois courts paragraphes qui résument les 3 missions de la Société, on lit ceci : «Promouvoir, dans la société française, les valeurs incarnées par la Légion d'honneur et contribuer au développement de l'esprit civique et patriotique....». Ce soir ce seront plutôt les valeurs de la musique afro-américaine, si chères aux musiciens et au public présents. 

 

Le duo commence par un medley : une compo originale, enchaînée à Pithecanthropus Erectus de Mingus, puis à Celia de Bud Powell avec accompagnement de piano genre free stride ! On est déjà dans le plus vif du sujet : ces deux gaillards conjuguent à merveille précision et liberté, rigueur et folie. Vient ensuite Petite Fleur de Bechet, à la trompette à coulisse, dont Quentin Ghomari tire des trésors d'expressivité tandis que Marc Benham déroule un tapis harmonique d'accords sur-altérés : jouissif ! Après une intro lente de trompette wah-wah, des notes de trompes de chasse et des esquisses de gammes par tons, on débouche sur Bye-Ya de Thelonious Monk. Du jazz très moderne avec la frénésie du Vieux Style. Une compo du trompettiste sera prélude à Tin Tin Deo de Gillespie, avant un Bistrology majestueux au bugle, puis une intro contemporaine pour un Blueberry Hill sauvagement entraîné hors des clous. Encore un petit coup de bugle en douceur, avant un tempo d'enfer sur les harmonies de I Got Rhythm, et en rappel un Stardust qui commence comme Jitterbug Waltz et bifurque vers un tempo d'enfer : waouh, quel pied !

Xavier Prévost

 

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 21:16

GALACTIC : " Already ready"
Tchoup-Zillia records 2019
Ben Ellman (ts), Robert Mercurio (b), Stanton Moore (g), Jeff Raines (g) et Rich Vogel (claviers)


Les puristes du jazz vont être bien désappointés en découvrant le nouvel album de ce groupe qui depuis plus de 10 ans fait le bonheur de la Nouvelle Orleans.
Car ceux qui s’attendent à entendre des clichés de la cité du Croissant n’y retrouverons pas leur compte tant il s'agit bien d'un album totalement iconoclaste et inclassable. Prolixe et jouissif, Galactic est en effet un groupe touche-à-tout capable de faire exploser les frontières.
Pas une minute de monotonie dans cet album qui saute du coq à l’âne : on passe allègrement du rock à la pop ( joyeux Going straight crazy feat Princess Shaw), au funk (Everlasting light) en passant par le R'nB ( avec ce vivifiant Claps your hands feat Miss Charm Taylor ou encore Touch get cut avec Erica falls), la bounce music ( épileptique Dance at my funerals) voire, tenez vous bien, par un jazz un peu trash et noisy (Ready already).
Et c'est la fête chez les Galactic ! Leur album c'est un peu la maison du bonheur avec plusieurs célébrités de la scène neo orleanaise invitées à partager le festin en guest stars. Il fat dire qu’os s’agit plutôt de membre de la grande famille Noe-Orléanaise où tout le monde est régulièment invité à monter sur scène façon jam session. 20 que les Galactic côtéoient les Princess Shaw, Cham Taylor et autres. Forcément, ça crée des liens.

Et ces liens se sont d’autant plus renforcés depuis que ce groupe de Nola vient de mettre la main sur une des scènes mythiques du Croissant , le Tipitina's, scène mythique du Croissant où l’illustre Professor Longhair avait son rond de serviette et sur laquelle les Galactic avaient l’habitude de jouer durant des deux dernières décennies ( les péripéties de ce rachat sont bien racontées dans le dernier numéro du célèbre magazine américain Downbeat).

Galactique est groupe festif, open (jazz) et fédérateur d’énergies. Le résultat est à la fois décoiffant et bourré d'optimisme appuyé par un groupe au taquet à l'image de l'orgue superlatif de Rich Voguel ou du sax nerveux et survitaminé de Ben Ellman.
De ce véritable travail collectif où chacun des membres du groupe a apporté sa pierre à l’édifice et malgré une production particulièrement soignée (parfois avec de grosses ficelles dont la démagogie n’a d’égal que le sens aigu du commerce) ressort une absolue évidence : cet album est avant tout fait pour la scène. Pour le live.

« Already ready" n'est pas une devise scout mais avant tout une injonction. Celle de prendre du plaisir. ET c’est carrément jouissif.
Jean-Marc Gelin

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 08:45

Alexandra Grimal (composition, texte, saxophones ténor, soprano & sopranino, voix), Lynn Cassiers (textes, voix, électronique), Marc Ducret (guitares, voix), Nelson Veras (guitare), Jozef Dumoulin (piano électrique & effets, piano), Benoît Delbecq (piano), Stéphane Galland (batterie)

Lieu non précisé, 2018

Ovni OVN 0002 / Orkhêstra

 

La concrétisation phonographique, en un double CD, d'une œuvre (le terme n'est pas usurpé !) créée en 2014 dans le cadre de Jazzdor à Strasbourg, puis reprise aux Rendez-vous de l'Erdre, et dans les festivals Banlieues Bleues, Europa Jazz, et à Musiques au Comptoir de Fontenay-sous-Bois. Œuvre ambitieuse (ambition assumée jusquà l'excellence) qui mêle écriture serrée et improvisation ouverte, voix et instruments, textes et musiques. Pour situer la source, il faut dire que le Nāga est un serpent-dragon khmer à sept têtes (d'où le choix de jouer.... en septette !), sorte de pont entre les hommes et les dieux, et protecteur du Bouddha (découvrir le Nāga en suivant ce lien vers le site du musée Guimet)

http://www.guimet.fr/anglais/collections-anglais/southeast-asia/ornamented-buddha-protected-by-the-naga/?lang=en

 

Dès la première plage la densité du projet est révélée : la voix chantée déroge à la prosodie 'naturelle' d'un texte qui est en tension permanente avec la musique ; puis dans cette même plage la voix parlée de Marc Ducret, sur un texte de Bruno Schultz, se double du phrasé du guitariste épousant les inflexions du texte. Jeu formel qui dévoile d'entrée l'horizon des possibles, sans nous en livrer les clés : c'est tout le charme d'une démarche qu'il nous faut suivre, avec l'attention et la passion qui s'imposent, pour en goûter les méandres comme autant de mystères. Le vieux jazzophile rêveur que je suis pense simultanément à Joyce selon André Hodeir et aux phrasés des œuvres vocales du rock progressif. Chaque plage apporte son lot de surprises, où se mêlent l'inouï et les souvenirs. La complémentarité entre l'ambition formelle et la liberté des instrumentistes est un bonheur permanent. De plage en plage, et d'un disque à l'autre, on avance dans un territoire mouvant dont la découverte fascine. Quatre textes en anglais de Lynn Cassiers, et un en français d'Alexandra Grimal. Ici les lignes se mêlent sans s'emmêler. Je n'en dirai pas plus : le bonheur est au bout du chemin !

Xavier Prévost

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En réécoute une version de cette musique, en concert, le 6 janvier 2017 au Théâtre d'Orléans dans l'émission 'Jazz Club' de France Musique, précédé d'un entretien d'Yvan Amar avec Alexandra Grimal

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-club/alexandra-grimal-naga-au-theatre-d-orleans-31062

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