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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 00:09

 

Nonesuch Records - East West 2014

 mehliana-taming-the-dragon-450.jpg

C'est un album totalement iconoclaste auquel on était bien loin de s'attendre. Brad Mehldau décoiffe et trublionne. Bien loin des chemins sages, le garçon prend ici la tangente vers des horizons bien plus taquins, plus crades, plus voyous.

Voilà quelque chose qui vous réveille les écoutillles, assurément.

On sait que Brad aime bien les duos ainsi qu'il en avait témoigné avec son magnifique album avec Kevin Hays. Ici c'est un corpus fender/ batterie sur un répertoire très original et très électrique sur lequel le génial pianiste de Floride prend visiblement un malin plaisir à créer du son, à créer des formes musicales et à les faire évoluer. Totalement déroutant au premier abord.

 

 

 

Si l’album s’y fait parfois un peu rock (and beyond), Brad Melhdau invente surtout son propre langage et se fixe ses propres codes. Ici la fusée Meldhau se met à décoller avec son double (ou triple voire quadruple) clavier, devant lequel il semble se transformer en gourou lunaire. Meldhau se démultiplie, comme s'il recréait un orchestre à lui tout seul comme sur ce Hungry ghost totalement dévastateur. On y entend un Taming the dragon, le morceau éponyme très sale où le travail sur le son, disons plutôt les mille feuilles sonores est incroyable et très dense.

On y entend aussi des résonances jazz-fusion des années 70 comme Sleeping giant qui sonne comme un blues lunaire à la Zawinul. Dans le même mouvement très spatial, Meldhau ne se contente pas de créer de la musique, il crée aussi des images dérivant dans l'espace (Elegy for amelia E). On connaît les liens d’amitié très fort qui lient le pianiste à Charlotte Gainsbourg. Peut être faut il y voir cet hommage-caméléon qu’il y rend à son chanteur de père.

London Gloaming, magnifique morceau éthéré porteur d’une sourde angoisse révèle toute la richesse de cette association Mehldau-Giuliana.

 

 

Meldhau ouvre alors des voies à un jazz électrique en pleine mutation. On aime, on est totalement sous hypnose de cette musique aux formes nouvelles et incertaines, aux contours flous. Fantomatique et onirique ce jazz là nous emmène loin. Il en ouvre en tout cas de nouvelles brèches.

Passionnant !

Jean-Marc Gelin

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:43

 

Film de Per Fly- sortie le 19 mars 2014.

 

waltzformonica.jpg

Cette suédoise eut son heure de gloire en 1964 quand Bill Evans la convia à chanter sur "Waltz for Debby" (Universal).  Un demi-siècle après, Monica Zetterlund  (1938-2005) se rappelle au bon souvenir des jazzophiles à la faveur d'une biographie romancée filmée, ou biopic selon l'expression (malheureusement) consacrée.

Le cinéaste Per Fly a centré son travail sur une courte période-quelques années- de la vie de Monica Z (le titre original du film). Celle où la chanteuse ambitieuse rêve de percer dans le jazz. Remarquée par Leonard Feather à Stockholm, invitée à New-York pour se produire avec le trio de Tommy Flanagan, elle ne passe pas la première soirée (trop blanche dans un milieu de jazzmen noirs, selon l'explication avancée par le scénario). Le déclic viendra quand  Monica décide de chanter le jazz dans sa langue natale. L'enregistrement avec Bill Evans marquera l'apogée de sa carrière internationale jazzistique. Monica Zetterlund participera à de nombreuses comédies musicales et fera des apparitions dans quelques films avant de disparaître tragiquement dans l'incendie de son appartement.

 

 

 

 

Valse pour Monica ne déroge pas aux règles d'or du biopic en développant largement (longuement) les aspects personnels de la vie de l'héroïne, ses addictions à l'alcool et aux médicaments, ses relations difficiles avec son père, ses amants…. Amateurs de mélos et d’atmosphère rétro (mention au cinéaste intello proche de Bergman), vous serez aux anges. On passera sur les raccourcis simplificateurs et sur cette attitude désagréable prêtée à Ella Fitzgerald (réputée pourtant pour sa gentillesse) pour retenir la performance de la chanteuse Edda Magnason (déjà deux albums à son actif) qui fait ses débuts au cinéma dans le rôle-titre. Edda fait (re)vivre avec son ambition, sa fraîcheur, son caractère Monica, icône suédoise au destin en dents de scie. Le film-bien accueilli en Suède avec 500.000 entrées en trois mois- lui donne l'occasion de reprendre quelques standards américains (Paul Desmond, Bill Evans, Ray Charles) dont plusieurs adaptations en suédois signées Beppe Wolgers, l'homme qui contribua largement au succès de Monica Zetterlund.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:34

 

Sortie le 3 mars 2014-03-10

Concerts : 21&22 avril au Duc des Lombards ....

www.anteprimaproductions.com 

www.naive.fr

sophie-alour-shaker.jpg

On en rêvait elle l’a fait... Il fallait oser reprendre la bluette  «  My favorite things »de La Mélodie du bonheur, sublimée, on le sait par Coltrane et en donner une version décomplexée, librement chaloupée, à la flûte. Comme en son temps Willy de Ville qui avait osé s’attaquer à «Hey Joe » en proposant  une relecture « caliente », des plus exotiques avec mariachis.

C’était plus que risqué mais le résultat est réussi. D’ailleurs, à voir le sourire mutin sur la pochette de son dernier opus, on sent que l’espiègle saxophoniste Sophie Alour s’est amusée à nous secouer dans son Shaker personnel. Alors, ajustez votre casque et montez derrière elle dans une équipée pas sauvage mais des plus agréables, pour une virée dans les années soixante, au cœur du funk avec ce son qui caractérise la décennie, celui de l’orgue Hammond. C’est Fred Nardin qui tient l’orgue admirablement mais Sophie Alour a travaillé avec la grande Rhoda Scott, la prêtresse de l’instrument, aux pieds nus. Les musiciens dont  Sophie Alour s’entoure sont des amis et la rejoignent dans cette exaltation d’une musique heureuse, fraternelle et généreuse. Fred Pasqua  tient la batterie et sur certains titres, interviennent des «guests» formidables, Julien Alour au bugle, Hugo Lippi à la guitare (« Shaker»). Ça groove formidablement tout au long du disque, et on apprécie cette mise en jeu du corps dans une musique régénératrice.  « I wanna move my body » donne le ton de ce programme efficace avec Julie Saury, autre complice inspirée à la batterie.

Sophie Alour a  ce « quelque chose » qui vous fait chavirer, un « son » que l’on aime à retrouver dans ses solos précis, lyriques et  chaleureux :  si, dans cet album, elle reprend quelques unes de ses propres compositions écrites depuis plusieurs années, elle prouve qu’elle joue aussi (fort bien) du soprano. Elle a su multiplier les expériences convaincantes et sa musique nous atteint en plein cœur... Comme le disque est bien conçu, il existe aussi des plages plus élégiaques, des ballades  nostalgiques comme le délicat  « Comptine » ou encore  le poignant « En ton absence » repris en final par la saxophoniste sur un orgue électronique. Elle a raison une fois encore de terminer ainsi son album car le bleu est assurément la couleur du jazz.

Sophie Chambon

 


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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 20:47

 acapumco.jpg

Guitar electric only

Simon HENOCQ : enregistrement, mixage, mastering
Coproduction : Cartons Records & Coax Records | Distribution : Muséa | Graphisme : Heureux les Cailloux |

 
www.facebook.com/ACAPULCOJulienDesprez 


 
http://juliendesprez.blogspot.fr/ 


 
www.cartoncartoncarton.com/acapulco.html 


 
www.collectifcoax.com/acapulco

 

Acapulco ! Avec un tel titre, on pense s’envoler vers un petit paradis à l’exotisme plus ou moins frelaté mais aux rythmes assurément  tropicaux. Un coup d’œil sur la pochette kraft  du label Carton des Coax records vous en dissuade vite. On penche ensuite  pour Haïti avec ses figures crayonnées, colorées à la « Basquiat », qui, au passage, aimait infiniment le jazz et Charlie Parker...

Fausse piste encore quand on lit le nom du guitariste solo qui nous offre ce petit bibelot sonique, cet objet sonore sans cesse en évolution, cet happening  détonant de 18’, en trois titres,  c’est Julien Desprez du collectif Coax, pilier de « Q » que nos oreilles (pourtant rodées) n’avaient pas franchement adoré en live (terribles infrabasses), membre de l’étonnant  Radiation 10,  bien plus « aimable » dans la mutation, ne serait-ce qu’au seul niveau de l’émission sonore. On se retrouve dans les terres foulées par certains collectifs nordistes comme Muzzix, le label Circum, Olivier Benoît, une scène musicale actuelle, complexe et très active que l’on pourrait, s’il faut absolument la définir, apparenter à une recherche protéiforme « industrialo-bruitiste »,  noisy mais pas seulement... Un drôle de magma sonore,  une matière en mouvement qui vous emporte avec un développement  organique, une construction certaine même si elle nous échappe ; pas vraiment de repères  en effet mais en même temps, c’est trop court pour se perdre.

Alors Acapulco ? Un solo électrique plus qu’électrisant, avec des effets recherchés, travaillés, étranges, des trafics d’influence sonores, des fulgurances dans les accélérations, des dérives jamais brutales, des bruits saturés, grésillant doucement, sans véritable fureur ou rage qui font que l’oreille s’habitue vite à ces variations sonores très acceptables sur une chaîne (quid en live ?). Alors, il est un peu inquiétant cet univers dans lequel nous plonge le guitariste, loin des jolies mélodies suraigües où excellaient autrefois les hardeux, métalleux  avec ces envolées juvéniles de guitares électriques.  Times are changin’... Ici, une guitare bien préparée nous fait entrer de plein pied dans un univers personnel vibrant, insolite, post post-moderne, où les décharges électriques d’un arc tendu à l’extrême (bow)  vous accompagnent dans une errance créative, un ailleurs indécis. Des variations actuelles sur le son qui atteignent une dimension poétique, originale et intense. Sans véritable tsunami. Allez, ce n’est pas la fin du monde !  Juste « une sculpture sonore en jaillissement » comme l’écrit fort joliment le batteur  Edouard Perraud : «L’esprit, les mains, l’instrument, l’amplificateur, les traitements, les câbles et le corps ne sont qu’une seule et même chose dans ce solo fulgurant. Ici la musique est inventée/découverte, comme un mécanisme secret qui cache les lois d’un monde encore inconnu, une terra incognita qui surgit d’un coin de ciel en coruscation. »

NB : Fascinant de regarder le « teaser » du musicien en action, sec et précis. Les sons produits vous installent paradoxalement plutôt confortablement dans ce matelas sonore, chaud et douillet au final....

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 23:13

 (23 titres de 1962 à 1991).Universal Jazz. Mars 2014.

 

claude-nougaro-quand-le-jazz-est-l.jpg

Le boxeur de mots, le petit taureau toulousain aura, chacun le sait,  réussi à réconcilier jazz et java dans une chanson mais aussi fait découvrir le jazz à des générations d’amateurs de chansons populaires, à une époque dominée par les yé-yé « matraqués » à longueur de journée sur les ondes dites alors « périphériques ».  Dix ans jour pour jour après sa disparition, le 4 mars, replonger dans l’œuvre de Claude Nougaro (1929-2004), c’est retrouver aussi une série de standards de jazz signés Dave Brubeck (Blue Rondo a la turk devenu A bout de souffle), Sonny Rollins (St Thomas, A tes seins), Gerry Mulligan (Jeru, Le piano de mauvaise vie), Dizzy Gillespie (Con Alma, Hymne), Wayne Shorter (Beauty and the Beast, Comme une Piaf), Nat Adderley (Work Song, Sing Sing Song), Neal Hefti (Girl Talk, Dansez sur moi)…

S’il avait découvert le jazz à l’écoute d’émissions d’Hugues Panassié, Nougaro avait les oreilles ouvertes sur les courants les plus contemporains et offrit même, en 1976,une « pige » à Ornette Coleman dans Gloria, composition de Don Byas, où l’altiste texan partageait la vedette avec Maurice Vander, pianiste et directeur musical, Luigi Trussardi (basse) et Charles Bellonzi (batterie). « Il abordait le phrasé comme un jazzman, avec cette capacité de prendre des libertés avec la mesure », relève dans le livret Richard Galliano.  L’accordéoniste était en bonne compagnie dans les formations de Nougaro, Eddy Louiss, Bernard Lubat, Pierre Cullaz (qui vient de disparaître), Daniel Humair, André Ceccarelli (1), Aldo Romano (un très proche), Michel Portal, Pierre Michelot, Michel Gaudry…. On regrettera au passage que le livret ne fournisse que des informations parcellaires sur la composition des groupes. Qu’importe, c’est un vrai bonheur de retrouver ces jazzmen de premier plan en petite formation ou en grand orchestre.  Et, surtout, comment ne pas épouser le point de vue du signataire du livret, Bruno Guemonprez : « Nougaro se révèle être un chanteur de jazz remarquablement technique et à son aise dans tous les tempi et dans tous les registres de l’émotion musicale ».

Jean-Louis Lemarchand


(1)  André Ceccarelli rend hommage de belle façon à Nougaro dans Anousgaro (Just Looking Production/Harmonia Mundi) avec David Linx (voix), Diego Imbert(basse) et Pierre-Alain Goualch (piano). Le groupe est en concert ce mois de mars à Blagnac(31) les 21 et 22, Le Thor (84) le 23 et Marcq-en-Baroeul (59) le 25.

Jean-Louis Lemarchand

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 22:00

 

Act 2014

Michael Woolny (p), Tim Lefebvre (cb), , Eric Schaeffer (dms)

 wollny.jpg

 

La France, avec un peu de retard à l’allumage commence à céder à la Wollnymania.

Il est vrai que depuis ces 10 dernières années le jeune pianiste allemand est ce qui nous est arrivé de mieux sur la scène du jazz ces dernières années. Il y a une décennie qu’on le découvrait notamment au travers un album enregistré en duo avec le saxophoniste Heinz Sauer ( « Melancholia » en 2004) puis avec son superbe trio Em composé de la contre-bassiste Eva Kruse et de Eric Schaefer.

A peine âgé aujourd’hui de 36 ans, Michael Wollny s’est donc totalement imposé dans le paysage jusqu’à devenir un des éléments incontournables du label ACT au sein duquel il a signé quelques collaboration notables avec entre autre Vincent Peirani ou Joachim Khun.

Dans l’album qu’il signe aujourd’hui, Eva Kruse a laissé la place au contrebassiste Tim Lefebvre. Ce qui n’empêche pas l’émergence d’un véritable trio soudé et homogène. Les afficionados de Em  seront peut-être un peu déconcertés par l’allure très sage de l’album que certains n’hésiterons pas à qualifier ( un peu stupidement je pense) de l’album de la maturité. Car il n’est pas question ici de bouleverser les codes du trio, ni même question de virtuosité pianistique, mais juste d’un trio bâti autour d’un album construit sur des chansons dont Wollny parvient à tisser une sorte de trame unique. Dans un même mouvement assez mélancolique, Wollny s’inspire de chansons allemandes, de Lieds ou encore de pop musique (en conviant notamment Pink sur un morceau chanté par Théo Bleckman et dont la théâtralité m’évoque les scénographies de  Joel Pommerat) pour livrer un album très inspiré par le thème de la nuit et du rêve. Se côtoient ainsi des thème d’Alban Berg, de Charlie Kaufman de David Lynch, d’Hindemith, de Varèse ou encore des inspirations Nietzchéeenes.

Tout en maîtrise, Wollny privilégie le son du trio, échappant largement aux inspirations rock ou pop qui avaient pu nourrir sa musique pour se raccrocher à une forme de tradition du jazz trio. Et dans cet exercice le pianiste met en avant la force du collectif avec une noirceur très douce. Il faut ainsi écouter When the sleeper wakes comme l’illustration parfaite de ce power trio. Tout en retenue, en non-dit, en exaltation discrète des mélodies autour desquels le pianiste tourne avec un art consommé de la digression, Michael Wollny dessine un climat sombre comme un ciel aux lourds nuages gris se déplaçant lentement dans un espace ténébreux. Une sorte de romantisme allemand qui trouverait son expression dans une forme jazzistique très européenne. A l'image de cette mélancolique déambulation sur Lasse, il livre ici un album aux couleurs automnales.

Du très grand art.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 12:04

 

Francis Le Bras (piano), Daniel Erdmann (saxophone), Claude Tchamitchian (contrebasse)

Sortie du disque en mars 2014 sur  Vents d’EST, label et collectif artistique

iwww.ventsdest.com

Distribution  Allumés du Jazz www.allumesdujazz.com

 ESTAQUE-GOUDES-490x331.jpg

 

Ça commence comme un chant d’amour, d’abandon au désir ou à la plainte, c’est tout comme. Avec ses formidables complices, le contrebassiste Claude Tchamitchian, particulièrement en forme, le saxophoniste imperturbable et néanmoins follement réactif Daniel Erdmann, Francis Le Bras engage une conversation subtile, drôle et mélodique. Voilà tout un art du trio qui se réinvente sous nos yeux, une façon de réarranger, et de faire virevolter la musique autour d’une contrebasse  très active, d’un «allumé» du saxophone et d’un pianiste qui harmonise ses propres déséquilibres, à la recherche  non pas d’un enfermement protecteur mais d’élans lumineux, d’horizons éclatés. On assiste à une mise en jeu du corps  avec ce concert réjouissant qui préfigure la sortie d’un album enregistré cet été à la Buissonne ...

Aucun des trois n’est marseillais mais cette ville a su  devenir incontournable dans  leur parcours personnel et artistique. Ceci dit, malgré le titre, le concert  de ce samedi 8 février n’a pas donné lieu à une série de pièces folkloriques, une galéjade arrosée au  pastis, avec vue dégagée sur la Grande Bleue. C’est autrement plus original et intimiste. Le pianiste Francis Le Bras, à l’origine de ce projet, est parvenu à transposer sa vision de la cité phocéenne avec humour et sensibilité,  jusqu’à nous régaler d’un gospel, réécrit en l’honneur de la Bonne Mère (!) « Holy Mother ». Et  ça colle, peuchère.

Cette musique a une profondeur émerveillée, une qualité de sérieux immédiatement palpable, avec des pièces plus atmosphériques comme cette «Corniche JFK» qui ne sera  peut-être pas le nom définitif  de la composition. De toute façon, le pianiste a su recréer un itinéraire particulier, une géographie décomplexée qui emprunte le chemin des écoliers, jamais les transports en commun (marseillais). Une vision  qui se matérialise dès le premier titre, la déambulation de  «Saturday night au Panier» en évoquant une nouvelle narration, une enquête sur un rythme dense et syncopé, tel un polar d’Izzo, Chourmo ou Total Chéops, et qui va voir également du côté du cinéma : le ciel et l’obscurité sont réconciliés dans ces échappées nocturnes,  ces travelling avant sur l’asphalte luisante... Bande-son d’un film noir imaginaire, un extérieur nuitdont la mise en scène joue du décor urbain aux images contrastées en noir et blanc.

le-bras.jpeg

Le saxophoniste Daniel Erdmann a laissé aussi quelques traces de sa réflexion et l’on retiendra ce « Igor on the Autobahn », une pièce au titre décalé, qui lui sied comme un gant. On aime la diversité des couleurs proposées, ces valeurs douces où viennent se couler les sonorités du saxophone. On vous le disait, une création libre à plus d’un titre mais pas free, avec même, le plaisir d’une ballade au cœur de la mélancolie. C’est que Francis Le Bras paraît fasciné par une certaine qualité de sombre qu’il déjoue en vitesse, comme s’il se défendait d’une pente naturelle méditative et recueillie. Le trio se livre avec bonheur au jeu d’un texte ouvert : toutes les pièces prennent un relief particulier qui les rend actuelles sans autre référence que le seul désir qui s’y trouve engagé. Un parcours initiatique qui renouvelle notre vision de la cité phocéenne. Vivement recommandé.

 

©sophie chambon

 

NB : Précisons pour les Marseillais que ce concert se déroulait dans un nouveau lieu branché, L’U.percut,  127 rue Sainte, bar à tapas à deux pas de la puissante abbaye fortifiée de St Victor (Vème siècle avant J.C ),  là où l’on bénit les navettes pour la Chandeleur ....

 

Sophie Chambon

 

 

 


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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 08:37

 

Cristal records 2014

Nicolas Folmer (tp), Dave Liebman ( ts, ss, fl), Michel Portal (clb, ss), Daniel Humair (dms), Emil Spanyi (p), Laurent Vernery (cb)

 folmer.nicolasspherelive_w.jpg

 

Nicolas aurait pu dire : «  Entre moi et Daniel, c’est du sérieux ». Notre national trompettiste et notre helvétique et génial drummer ne se quittent plus, enchaînant concert après concert et variant les plaisirs et les formations.

Pour ce nouvel album pris en live, les deux musiciens convient à leur table une formation de rêve, invitant au passage et à l’Opera de Lyon Dave Liebman et Michel Portal. Excusez du peu.

Stratosphère, un premier morceau de l’album met en place les différents acteurs. Où il est question surtout de chercher le son, de faire tourner dans l’espace. Après ce premier morceau le groupe commence véritablement à entrer dans le vif avec un Daniel Humair qui fait office de plaque tournante. Et puis lancé sur orbite par un Dave Liebman toujours aussi impressionnant, Nicolas Folmer prend le relais avec une envergure et une densité qu'on lui a rarement connu. Il faut l'entendre sur ce Volcano tout en maîtrise et en puissance. C'est du lourd. La musique exigeante se joue à très haut niveau quel qu'en soient les acteurs. Écouter Emil Spanyi sur Tumulte et Fracas, héroïque Spanyi, sorte de rythmique à lui tout seul qui entraîne basse et batterie dans un même mouvement où se confondent Cecil Taylor et Andrew Hill. A la suite, il y a un Dave Liebman qui prend le relais et donne au tumulte et au fracas toutes leur raisons d'être. La partie " Lunaire" vient un peu casser cette dynamique avec notamment une partie jouée à la flûte qui ne s'imposait pas réellement mais qui laisse place à quelques moments de flottements à la Miles, dans une sorte de vapeur modale sur laquelle les brumes de Nicolas Folmer font merveilles dans une ambiance très shorterienne. Un peu plus loin c'est une explosion de gnaque et de mordant acéré sur Bulles d'amour où Nicolas Folmer jette tous les habits du garçon gentil pour se faire bad boy avec un sacré mordant. Mordant dans le vif, mordant dans le lard du son, mordant dans le vif du groove.

Car cet album est avant tout et surtout un album remarquable du trompettiste que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Galvanisé par l’événement, Nicolas Folmer montre et démontre si besoin en était qu’il est un très grand.

Il nous a ici littéralement scotchés !

Jean-marc Gelin

 

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 12:02

la-rage-de-vivre.jpg

Buchet Chastel rééd 2014

 474p; 24 euros

 

C’est un classique de la littérature jazz. Le classique des classiques. Le livre incontournable que tout amateur de jazz se doit d’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Je dis bien au moins une fois car il faut en effet régulièrement revenir à cette autobiographie écrite par le clarinettiste Mezz Mezzrow pour en découvrir toute son incroyable richesse. Non pas seulement pour ce qu’il raconte sur le jazz.

Car «  La rage de Vivre » que les éditions Buchet Chastel viennent de rééditer, n’est pas seulement un livre de jazz, c’est aussi tout simplement une grande oeuvre littéraire.

Editée pour la première fois en 1972 sous le titre original “ Really the blues” et avec la traduction de Maurice Duhamel, cette oeuvre a certainement inspiré pas mal d’écrivains au premier titre desquels Henry Miller qui en signait la préface.

Pas la peine de vous raconter ici la vie du clarinettiste qui participa à la Nouvelle Orléans mais surtout à Chicago à l’émergence de cette révolution musicale que fut le jazz. Pas besoin de vous raconter non plus par le menu ce que fut la ville dans les années 20, ce que furent les relations très troubles des musiciens avec la prohibition et les bordels de Capone. Pas besoin de vos raconter cette rage de jouer «  jazz ». Cette rage d’exploser la musique comme celle de Louis Armstrong dont Mezz Mezzrow en fit assurément son idole avant qu'il ne devienne son ami. Pas besoin non plus de vous raconter la découverte de ces drogue venues de Chine ou du Mexique. L’expérience de la muta mais surtout celle de l’Opium qui donne à ce livre l’une des plus belles expériences psychédélique qu’il m’ait été donné de lire .

Pas besoin de vous le raconter, car il vous faut le lire.

 

La rage de vivre c'est aussi la rage de survivre chez Mezzrow. La rage de vivre sa musique, cette musique qui le prit un jour en entendant la grande Bessie Smith. C'est aussi la rage de devenir noir. La rage de se savoir blanc dans ce pays de "Jim Crow". Et Mezz Mezzrow dans son désir d'oublier sa condition de blanc comme s'il s'agissait d'une préalable pour acquérir le sens de swing, frôle la folie d'un racisme à l'envers, rigolant presque du bon tour fait à ses geôliers en leur demandant d'être incarcéré dans les cellules des noirs !

 

Il faut lire la "Rage de vivre" comme l'un des témoignages les plus poignants sur la condition de musicien, sur le désir de vivre sans limite et sans concession aucune son rêve de musicien d'un jazz des origines. La vie de Mezz Mzzrow nous prend aux tripes et à la gorge.

La rage au cœur.

Il faut lire " La Rage de vivre"

Jean-Marc Gelin

 

PS : il faut saluer les éditions Buchet Chastel pour leur excellent travail sur le jazz. C’est à eux notamment que l’on doit le sublime “ les musiciens et les trois voeux”, encore un magnifique témoignage sur la diffciile condition des musiciens de jazz noirs américains.

 

 

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 19:31

Pierre Millet ( tp, cnt, flgh...), Yann Letort (ts), François Chesnel ( p, clesta), Antoine Simoni (cb), Guillaume Dommartin (dms)

Le Petit Label 2014


l_amicale_des_sphinx.jpg

On s'était précdemment enflammés pour cette formation au sein de ces colonnes ( RENZA BO 2011).

Car ces garçons ont un talent fou et ce nouvel album ne fait que confirmer ce que nous savions déjà.

On aime en effet cette formation originale qui flirte autour de grands classiques, avec l'esprit du quartet d'Ornette Coleman autant que de Mingus.

Il faut écouter comment un thème comme Pour Thomas évolue de l'épure au trop plein, du silence à l'afflux mingussien dans une sorte de folie collective.  Evoluant entre hard bop , free jazz et jazz moderne voire contemporain.

Mais Renza Bô est surtout devenu avec le temps un vrai groupe. De ceux qui se connaissent depuis plus de 10 ans et qui ont pris le temps de façonner cette belle pâte homogène et cette énergie circulaire avec cet enthousiasme jamais altéré dans leur façon de concevoir la musique. On sent la liberté d'improvisation bien présente. A fleur de peau. Elle s'exprime dans l'explosion des énergies savamment encadrée. Encore une fois, comme sur le précédent album on est bluffés par les éclats de Pierre Millet absolument époustouflant à la trompette, dans un registre aigu à faire pâlir un Booker Little par exemple. Trompettiste de la gnaque et du mordant, de ces trompettistes de la Nouvelle-Orléans à l'image de ce I remember I qui sied bien au trompettiste qui se livre là à un numéro exceptionnel d'une technique ébouriffante sur une rythmique de marching band presque funky.

On ne peut pas dire que Renza Bô cultive véritablement sa marque de fabrique, tant cet album est différent du précédent. Ils arrivent iciavec un gros travail et de très belles idées de compositions. Ce que l'on aime chez eux c'est qu'ils ne sacrifient jamais la joie de jouer à la qualité de ce qu'ils jouent.

On pourrait juste leur reprocher de ne pas toujours savoir se tenir à une idée, comme s'ils se sentaient obligés presque à chaque fois de faire évoluer le morceau en passant du vide au plein, de l'explosion au calme absolu. Le procédé d'écriture devient un peu répétitf et que sur ce I Rembember I par exemple où l'on se serait bien contentés de l'idée de base sans avoir à en rajouter. Idem sur Célèbre inconnu où ils zappent d'une idée musicale à une autre. C'est qu'ils cherchent à surprendre, à créer du son, à créer de la musique, des pêches inattendues, des progressions harmoniques et rythmiques, des musiques à tiroirs qui s'ouvrent et se renferment, comme la déambulation dans un vaste espace où se nichent plusieurs pièces plus ou moins étranges (Belak). On assiste aussi à un superbe moment modal à la Miles sur Fur Ray. Mais messieurs les jeunes musiciens, ayez le sens de la synthèse car à mi-parcours de l'album on a parfois le sentiment d'avoir déjà achevé un cycle. C'est long. Comme un roman qui se perdrait dans quelques méandres en plein milieu au risque de lâcher son lecteur.

Comme dirait mon ami Alex, il manque certainement à Renza Bô une vraie direction artistique.

Jean-Marc Gelin

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