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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 21:39

 par le label allemand Moosicus

 

 Brubeck       gillespie koller   Grappelli.jpg

 

La célèbre radio allemande de Hambourg  ( Nord Deutscher Rundfunk) anime environ 450 émissions de jazz par an.  Depuis 1946 elle a accumulé, au gré des concerts enregistrés dans le « Studio 10 », aujourd’hui appelé «  Studio Rolf Lieberman » des captations exceptionnelles. Plusieurs concerts historiques ont ainsi pu être enregistrés et constituent aujourd’hui une base de 2000 enregistrements.

La NDR a choisi aujourd’hui de lancer sa 60 Years Jazz Edition avec 3 albums édités par le label allemand Moosicus.

Le premier a été enregistré le 9 mars 1953 en studio. On y retrouve le quintet de Dizzy Gillespie séparé de Charlie Parker ( mais pris quelques temps avant les grandes retrouvailles du Massey Hall de Toronto) accompagné de Bill Graham au baryton, Wade Legge au piano, Lon Hackney à la contrebasse et Al Jones à la batterie. Ces enregistrements ont été réalisés un mois après l’accident qui valu à John Birks l’utilisation de sa célèbre trompette coudée. Ces 5 titres-là ont  a priori été enregistrés sur une trompette de remplacement ( si l’on en juge par les photos prises sur place). ON notera un magnifique Manteca préfigurant le tournant cubain que le trompettiste prendra par la suite.

 

Le même jour se produisait un quintet allemand mené par le saxophoniste ténor Hans Koller qui aligne ici 4 standards accompagné de la plus célèbre (et jolie) des pianistes bop allemande, Jutta Hipp dont l’histoire retiendra notamment les beaux enregistrements qu’elle réalisa aux côtés de Zoot Sims. L’occasion d’entendre ici un beau quartet tout en finesse jouer avec subtilité un All the Things you areparticulièrement réussi.

 

 

Un deuxième album enregistré en studio en 1957 accueilli Stéphane Grapelli venu spécialement pour cette prise de son avec une formation franco-allemande. Maurice Vander l’accompagnait au piano tandis que Hans James Last tenait la contrebasse et Rolf Ahrens la batterie. Un répertoire exclusivement tiré du great songbook américain + quelques thèmes du répertoire du HCF comme Nuagesou Manoir de mes rêves. Toute la sensibilité émouvante du pianiste est là, intacte. Et le swing malgré tout bien présent dans ces séances en studio. Un poil conventionnel mais terriblement attachant.

 

 

Un an plus tard s’était produit le quartet de Dave Brubeck qui commençait à conquérir un public Européen et même au-delà, tournant tout autour du monde comme de véritables ambassadeurs américains. C’est l’heure de la consécration et presque de l’apogée (celle-ci viendra un an plus tard avec le fameux « Time Out »). C’est d’ailleurs l’année où, présenté par Paul Desmond, le contrebassiste Eugène Wright intègrera le quartet de Dave Brubeck. Il y restera pendant 10 ans. Le groupe tourne ici plutôt autour de grands standards comme Someday my prince will come ou Gone with the wind mais aussi avec quelques «  tubes » de Brubeck lui même comme The Duke qu’il composa en hommage à Duke Ellington. La machine, ce formidable ensemble à huit mains est décidemment en route et tous les ingrédients sont bien là pour en faire l’un des groupe les plus exceptionnels que le jazz ait connu.

 

 

Choisir c’est renoncer. Ces quatre sessions offertes en trois CD laissent entières toutes les promesses de voir ressurgir quelques inédits et pourquoi pas des perles rares lorsque l’on sait que les plus grands se sont succédé à la NDR. À quand la suite avec Miles Davis, Oscar Peterson, Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald ? Et pourquoi pas l’exhumation de ce qui fut le jazz allemand d’après guerre que, par ici nous connaissons moins.

 

C’est en tout cas à l’honneur de la NDR de rendre public ces enregistrements. Prenons en de la graine…..

Jean-Marc Gelin

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 16:38

 

Jazz Village2013. Distr Harmonia Mundi

Ahmad Jamal (p), Reginald Veal (cb) , Herlin Riley (dms), Manolo Badrena (perc)

Enr. Fev. 2013

 

 Ahmad-Jamal-page-couv-Saturday.jpg

Tous les ingrédients du jeu de Jamal sont là. Un sens de l'économie de moyens, une utilisation du silence comme partie intégrante de la phrase musicale, le sens du suspens musical autant que du groove et l'appui d'une rythmique fine où Manolo Badrena continue de jouer le rôle d'axe central. Jamal joue swing. Jamal joue funky. Jamal joue straight. Jamal joue surtout et avant tout Jamal. Comme aux plus belles heures du Pershing sa musique garde la même fraîcheur exactement intacte.

Car à 83 ans le pianiste de Pittsbug n’a jamais cessé de faire briller son piano avec espièglerie. Les mêmes idées mélodiques et rythmiques jamais égalées avec cette façon de diriger son groupe exactement là où il veut l'emmener, suffisent à en faire un maître. Un maestro comme on dit parfois. Un thème comme Saturday Morning, quintessence du savoir jamalienest assez bluffant à ce sujet. Derrière le motif répétitif donnant l'impression que le sujet n'évolue pas, Jamal procède en impressionniste, par petites touches comme pour libérer la musique. Ahmad Jamal nous montre que la valeur essentielle de la musique est de laisser du temps au temps. Ne jamais rien précipiter. Ahmad Jamal nous enseigne ici toute la suavité des préliminaires. Du grand art avec, dans le phrasé les mêmes révérences aux grands pianistes de son histoire du jazz. Comment ne pas penser à l'écoute de ce morceau à Erroll Garner dont Ahmad Jamal a pu dire autrefois qu’il fut lui-même son propre maître ( écouter Edith’s cake).

Oui Jamal est toujours unique. Toujours mutin.

Quelques standards comme I'm in the mood for love montrent combien Jamal aime

se réapproprier, réinventer les thèmes du songbook pour en faire des thèmes qui semblent lui appartenir en propre tant il possède haut l’art de la récréation. Quelle audace dans son utilisation du clavier qui ne rechigne pas à cogner les graves en block chords ou à aligner les triolets dans toute la largeur du clavier. Jamal sait tourner autour du thème, le réécrire en quelque sorte avec autant de liberté que d'audace harmonique , rythmique, mélodique.

Même si le pianiste de Pittsburgh s'y montre un peu moins pétulant que dans « Blue

Moon » son précédent album, il s’y montre aussi un peu plus sombre mais aussi plus apaisé, libéré de tout égo, libéré de tout paraître. La musique de Jamal avance à pas feutrés. Dans la retenue volontaire du geste et dans sa libération maîtrisée. Ahmad Jamal est un constructeur de lego. Ecouter le magnifique The line et ce sens du blues absolument irrésistible. Ou encore sur Silver, morceau composé de pièces encastrables sur un fond de groove ultra-efficace. Et quel bel hommage à Duke et Strayhorn que ce I got it badbourré de références (take the A train , Just squeeze me etc...). Une vraie déclaration d'amour au Duke où toute la sensibilité de Jamal ressort avec autant de passion que d'intelligence du jazz. Où le thème se dévoile parfaitement à la fin, après moult digressions mélodiques.  

Le disque a été réalisé à l'ancienne. Tous dans le même espace en prise live comme en concert. Reginald Veal à la contrebasse y est énorme comme à son habitude.

Jamal y est mutin. Jamal sait s'affranchir de toutes les bonnes manières et de toutes les règles d'usage du clavier pour le mater comme bon lui semble avec autant de bonnes que de mauvaises manières, n'hésitant pas à aller frapper et marteler dans les graves et à « maltraiter son piano autant qu’à le caresser quand bon lui semble.

Il y a chez Jamal une école toute buissonnière.

Digression disions-nous ? C’est bien le thème qui convient à Jamal. Car dans sa façon de prendre son temps, il y a celle aussi de musarder et de flâner en chemin (Saturday Morning). A nous de lui emboîter le pas pour le suivre au bout du monde.

Jean-marc Gelin

 

 

 
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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:14

Ramberto ciammarughi (p), Miroslav Vitous (cb), Gerald Cleaver (dms)

Enregistré 6-9 juin 2006

Cam Jazz 2013

 

 ramberto.jpg

 

Même si elle n'est pas révélatrice de la suite de l'album, l'ouverture absolument magistrale et bouleversante, en solo de Bye Bye Blackbird nous fait entrer de plain pied dans l’univers très sensible de ce jeune pianiste jusqu’ici inconnu. Pour un coup d’essai Ramberto Ciammarughi signe un coup de maître en s’entourait, lorsque ce disque a été réalisé en 2006 de Miroslav Vitous à la contrebasse et Gérald Cleaver à la batterie. Excusez du peu. De quoi en tout cas donner des armes à l’émergence d’un nouveau power trio que l’on pressent et qui se révèle effectivement dans la suite de l’album. Car la suite est en effet bien plus tempétueuse et admirablement construite. Dès le 2eme morceau, Anabasys, c'est l’énergie décapante qui circule au sein du trio qui impressionne. Flot tumultueux empreint d'un groove furieux. Le pianiste s’y fait inventif, déstructurant voire un peu déconcertant parfois. Sa musique, prise ici en live en 2006 n’est pas facile. Elle plonge dans certaines racines d’un jazz moderne à l’instar de ce B-loose où le pianiste martèle les accords dans le grave à coups de block chords auxquels succèdent des silences et des syncopes puis des envolées lyriques. Tout sauf linéaire. Le swing et le groove côtoient des inspirations plus rocks tout en affirmant ses références classiques dans ce Joannes B, hommage à Brahms dont on retrouve à certains égards le caractère parfois sombre et symphonique.

Ramberto Ciammarughi est de toute évidence un pianiste fascinant, intéressant et captivant dans ses constructions musicales. Il faut écouter aussi ce Come sempre (bâti sur le même mode que I remember you), en clair obscur, en mode mineur assez sombre. Où le pianiste affiche une musicalité très introvertie, très dense sur le plan émotionnel. Toujours à la recherche d’une nouvelle formule du trio piano-basse-batterie. Avec une sensibilité, une forme de nostalgie et de noirceur qui émane parfois de son jeu. Refusant de déployer un jeu linéaire, refusant les lignes droites ou les courbes pour privilégier les digressions harmoniques et rythmiques.

Fascinant et intelligent.

Jean-Marc Gelin

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 14:13

 jazzsurseine.jpeg

 

Toute l’année, ils animent les nuits de Paris et des alentours avec le jazz qu’ils aiment et défendent, les patrons (et patronnes) des clubs et autres lieux. Taisant leur concurrence et leurs sensibilités artistiques, ils se sont regroupés dans l’Association Paris Jazz Club qui prend une nouvelle initiative en organisant un festival au cœur de l’automne, le Festival Jazz sur Seine, du 12 au 24 octobre.

Une dizaine de jours –le soir naturellement mais aussi pendant la journée- dix-huit lieux, clubs et scènes vont accueillir des concerts, showcases d’artistes (et contacts potentiels avec des agents, tourneurs, programmateurs…) et ateliers de sensibilisation pour les jeunes de quartiers prioritaires.


Le plateau artistique s’annonce riche avec 450 interprètes représentant tous les styles- défenseurs de la tradition, avant-gardistes…- et les amateurs pourront aussi découvrir ces caves, clubs et scènes de Paris – à commencer par les « Big Three » de la Rue des Lombards, le Duc-le Sunset-Sunside-le Baiser Salé- mais aussi au-delà du périphérique l’Espace Daniel Sorano (Vincennes) ou Le Triton, récemment rénové (Les Lilas).

Désireux de séduire un nouveau public, l’Association a décidé également de jouer la carte budgétaire en créant un Pass, à 40 euros, qui ouvre la porte à trois concerts, à condition qu’ils se tiennent dans trois endroits différents. Vivent la découverte et le voyage !

Jean-Louis Lemarchand 

Toutes informations sur le site www.jazzsurseine.fr

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:29

 

Richard Turegano (p), Yoni Zelnik : Contrebasse, Frédéric Chapperon : batterie, Jan Schumacher : Trompette, Bugle, composition, Emilie Lesbros : chant expérimental, Guéorgui Kornazov : Trombone, Issa Mourad : Oud

 

schumacher.jpg

Jan Schumacher est un jeune trompettiste allemand que nous avions, aux DNJ découvert à l’occasion  de  son précédent album, « Windstille ». Il nous avait alors littéralement bluffé  par  la  brillance  de son jeu. Le musicien avait ensuite  un  peu  disparu  des radars,  en  marge des formations de la scène parisienne où l’on ne le retrouve que rarement en sideman.

Plusieurs  années après cet album, le trompettiste nous revient aujourd’hui avec  «Trapèze  »  pour  une nouvelle proposition totalement décoiffante. Celui  qui se catalogue lui-même dans la catégorie «  jazz oriental » donne ici  un grand pied dans la fourmilière des clichés pour bousculer pas mal de frontières et  pas  mal  de formats collés  souvent  à  cette musique. Car le jazz d’orient dont il parle brass(e) large allant des pays slaves au pays arabes avec un ancrage dans une rythmique qui groove. Imaginez un peu l’incroyable Boban  Markovic,  star  des fanfares serbes soufflant aux côtés d’un joueur d’oud  avec  un esprit de swing et de danse et vous aurez un idée du climat de  cet  album. Pari impossible mais trait d’union pourtant réalisé par Jan Schumacher avec techniquement, le même brio que son aîné serbe.

Et  le  lien  entre  ces  différents univers c’est avant tout cette énergie que déploie ce groupe dans lequel le trompettiste-compositeur, éclate,  rutile  et étincelle brillamment. Quel mordant dans l’embouchure ! Quelle  urgence  à dire ! Il faut écouter ces aigus qu’il sort sur un thème comme  Fenouil où l’on entend justement la marque des frères Markovic. Il faut l’entendre se jouer des quarts de tons, enchaîner les trilles avec une formidable  puissance de son. Avec une telle étendue de registre. Et quelle maîtrise dans les graves sur Zweifel par exemple ! L’on pense à quelques héros  de  l’instrument comme Freddie Hubbard notamment ou, plus près  de  nous  Avishai  Cohen  (pas  le  contrebassiste, le trompettiste israélien).

« Multicolore feeling bandas » pourrait on dire !

Il  y  a  du  cirque et de la fanfare réunies dans l’idée de cet album mais avec  un  profond  ancrage au jazz. Gueorgi Kornazov, empreint de cette  culture de l’Est de  l’Europe et du jazz européen qu’il cultivait jusqu’à il y a peu avec Henri Texier  y apporte toute la folie de son jeu au trombone avec la même  rutilance,  repoussant sans  cesse  les  limites de son instrument ( Fenouil,  ou  encore  Unwege). Totalement déjanté dans le jeu avec un growl impressionnant.  Le  cocktail  de ces deux cuivres y est alors littéralement explosif.

Emilie  Lesbros  pose sa voix de vestale sur quelques thèmes un peu décalés qui  viennent  adoucir  les  angles  pointus  et  acérés.  Mais  comme  Jan Schumacher semble avoir demandé à chacun des musiciens de jouer en parfaite liberté,  la chanteuse est elle aussi invitée à pousser ses limites vocales dans un exercice assez iconoclaste ( Etoile polaire ,Trapèze).

Quant à la rythmique, sous les coups de boutoirs de Zelnik ( gros gros son) et  de Frederic  Chapperon,  elle insuffle la pulse permanente, binaire le plus souvent, de manière assez irrésistible.

Que les programmateurs n’hésitent pas une seconde : ce groupe là nous offre une musique  incandescente. Le public ne demandera qu’à s’y brûler avec délectation.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 10:03

logo-tsf-jazz.png

Musique de l'improvisation, le jazz donne le meilleur de lui-même en direct. TSF Jazz le démontre dans les programmes de sa 14 ème saison. La radio qui compte 300 000 auditeurs quotidiens confie les rênes d'un créneau horaire très prisé-le 19-20 h- à deux interprètes spectaculaires experts dans l'art de la scène, Jamie Cullum, pour sa troisième saison, le mardi, et Marcus Miller, le jeudi, avec démarrage le 26 septembre.

Sur TSF Jazz, la soirée reste dédiée au Live avec la retransmission de concerts de 21 h à minuit, en direct des clubs et salles de France et aussi du monde (Montréal pour le festival de l'été, mais aussi l'an dernier l'Afrique du Sud et l'année prochaine New York pour une semaine spéciale prévue en janvier).

Seule radio 100 % jazz, diffusée 24 h sur 24, où les femmes font entendre leur voix et leurs choix ( Nathalie Piolé, Laure Albernhe, Caroline Fontanieu) TSF Jazz a sensiblement modifié sa grille de programmes pour 2013-2014 pour confier désormais une émission hebdomadaire, le dimanche de 19 h à 20 H 30 à Pierre Bouteiller, l'animateur de Si Bémol & Fadaises. L'homme de radio et d'humour recevait ainsi dimanche dernier Marcel Zanini,  jeune nonagénaire et clarinettiste.

Directeur de l'antenne et des programmes, Sébastien Vidal anime la tranche quotidienne du 17-19 h en semaine, dédiée à l'actualité, et  présente chaque lundi avec Laurent Sapir de 19 h à 20 h une heure d'actualité en direct du Duc des Lombards, club dont il assume également la direction artistique (350 concerts /an et 35.000 spectateurs). TSF Jazz prépare également son rendez-vous annuel avec le concert You & The Night and The Music le 16 décembre à l'Olympia.

Jean-Louis Lemarchand

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:41

 

Blue Note 2013

 

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui étaient l'autre soir au concert de Gregory Porter à la Villette, cela ne fait aucun doute : ce chanteur a l'étoffe des monstres sacrés comme on en produit peu. Très peu. De fait Grégory Porter est énorme ! (Et l'on ne parle pas ici de sa corpulence toute pavarotienne). Ne serait-ce que par sa présence scénique, ne serait-ce aussi que par cette voix et ce feeling incroyables, ne serait-ce encore que par les racines qui l'ancrent aussi bien du côté de Marvin Gaye que de Curtis Mayfield, Gregory Porter est phénoménal.

Soulman totalement revendiqué jusqu'à composer lui-même, dans cette pure veine des héritiers de la Motown le matériau de son dernier album ( "Liquid Spirit"), Gregory Porter sait y faire ! En star américaine hyper charismatique il se montre capable de mettre le feu à la scène d'un simple claquement de mains, d'un simple geste de l'épaule tout simplement par le charisme  qu'il dégage.  Mais avant tout Gregory Porter est un chanteur exceptionnel. De ceux qui sont capables de tout transcender et de donner une dimension hallucinante à la plus insignifiante des chansons. Et c'est bien pour cela que l'on est prêt à tout lui pardonner. Tenez prenez par exemple Water under bridges. Dans un autre contexte, avec un autre chanteur, le thème un peu insipide, prendrait des allures de chanson pour gala de milliardaires américains venu soutenir une fondation théodule. Mais avec Gregory Porter, on chavire, transpercés de part en part par le timbre d'une voix crooneuse à souhait et par un feeling hallucinant qui, quelque soit le tempo, peut faire fondre n'importe quel auditeur. En jazz il y avait bien des gars comme Sinatra qui étaient capables de cela. Dans la soul il y avait aussi Marvin Gaye.

Alors oui, on est prêt, à la 179 ème écoute à lui pardonner cette soul-soupe qui l'entraîne parfois vers des rivages un peu faciles d'autant plus que le chanteur colossal a le mérite de se coltiner les compos lui-même. Et ces compos sont la preuve de la grande générosité d’un chanteur qui se livre, aussi sensible qu'engagé. Et puis finalement, quel mal y a t-il à faire de l'easy listening lorsque cela est fait avec autant de talent ? Tenez, autre exemple : écoutez Hey Laura. Là encore une compo un peu facile, mais alors quel sens du groove ! quelle sensualité ! et quelle classe !

En signant sur le label Blue Note il fallait bien s'attendre à ce que le chanteur crooner fasse quelques concessions et passe un peu dans la machine à formater. Et pourtant on marche à la sincérité de l'artiste, on a envie d'y croire. Gregory Porter parle de ses racines musicales. Dans le jazz par exemple avec sa relecture de Lonesome lover d'Abbey Licoln et Max Roach. Ou encore avec un standard comme I fall in love too easily. On le croit aussi dans son engagement contre la musique de recup comme dans ce Musical Genocide. Il y a de la conviction chez Porter. Sur scène il lui en faut peu pour faire vibrer le public. Il peut prendre un thème archi rebattu comme Worksong pour se faire alors interprète d'une cause noire comme si les champs de coton d’hier étaient bien ceux d'aujourd'hui. Avec ce qu'il faut de conviction, de force et violence, mais toujours avec la hauteur qui le place à des années lumières de ceux qui essaieraient bien de le suivre, voire de l'imiter.

 

 

 

De loin Liquid Spirit est le meilleur disque de Gregory Porter. Le plus personnel aussi. Celui dans lequel le chanteur semble se livrer avec sincérité et générosité. Mais avec toujours un art sous parfaite maîtrise. Du grand professionnalisme dont on fait les héros, les bêtes de scène et les monstres sacrés. Sur scène on l'entend chanter : can I be a jazz singer ? can I be soul ? can I be funk ? can I be gospel ? A toutes ces questions on répond oui en applaudissant des deux mains et en lui réservant une longue standing ovation. Car nous sommes définitivement un public sous le charme d'un chanteur généreux et nous coulant avec délice dans cette musique un peu revival et vintage.

Jean-Marc Gelin

 Liquid-Spirit.jpg

 

Ps : en live petite mention toute spéciale pour  pianiste et directeur musical. En revanche mention moins pour le saxophoniste Yosuke Satoce saxophoniste répétitif et spectaculaire qui mériterait d'apprendre du maître une leçon de feeling.

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 17:52

Sunnyside 2013

Laurent Coq (p), Ralph Lavital (g), Nicolas Pelage (vc)

 laurent-coq.jpg

Cet album de Laurent Coq aurait pu s'entendre comme dialogue à deux tant il repose avant tout sur la belle rencontre entre le pianiste et, découverte totale, le jeune guitariste Ralph Lavital que beaucoup entendront ici pour la première fois.

On connaît le goût de Laurent Coq pour les belles rencontres harmoniques. On se souvient aussi du travail d'orfèvre qu'il faisait il y a peu avec le saxophoniste Olivier Zanot ou encore avec Miguel Zenon autour de l'œuvre de Cortazar. Ici, le pianiste place la rencontre sous le signe des grands duos piano-guitare, l'une des formules les plus exigeantes qui soit tant les résonances harmoniques des deux instruments supposent aux musiciens d'être dans l'écoute permanente, dans la recherche de l'intention juste, pour toujours se compléter sans jamais se gêner. Dans les références absolues de tout ceux qui entreprennent de faire cohabiter ces deux instruments à cordes, il y a celle qui jadis réunissait Bill Evans et Jim hall et qui demeure en la matière le summum de ce type de réunion.

Ici la musique que propose Laurent Coq  est une musique à la fois fluide et d'une grande fraîcheur.  Une musique qui circule entre les deux, avec la légèreté de l'eau, et l'agilité d'un cours sinueux. La complémentarité du pianiste et du guitariste s’y fait exemplaire et empathique. Il y a des monuments d’infinie délicatesse sous les doigts du pianiste comme dans Carroussel où jamais l'élan pianistique ne déborde, jamais exubérant toujours avec un incroyable feeling tout en installant le groove. Il y a  aussi des moments où l'on assiste à une sorte de danse entre les deux protagonistes. Écouter Prêchotin sur lequel l'aisance de Laurent Coq séduit.

Laurent Coq s’y révèle plus que jamais comme un admirable compositeur. Les très beaux thèmes exhalent ici des pépites mélodiques et harmoniques au point même d’en faire parfois des chansons interprétées sur 4 titres par Nicolas Pelage. Même si cette voix un peu détimbrée dénote parfois, il faut souligner ces très beaux moments comme cette jolie petite ritournelle, Souvenirs Ti Manmay qui m'a ému ou encore ce morceau d'ouverture Mwen two Kontan qui donne le ton d'un album à la créolité joyeuse et légère, comme un moment d'exaltation de musique. On marche dans l’histoire, on a envie de danser et de chanter. On suit Laurent Coq dans ce discours.

Mais il y a aussi cette sacrée découverte du feeling de ce nouveau guitariste, Ralph Lavital qui fut un temps l’élève du pianiste à l‘EDIM. Il faut l'écouter et se laisser embarquer par le lyrisme de ses improvisations sur Mwen Two Kontant pour comprendre d'emblée que l'on a affaire à un guitariste rare tout en feeling et en élégance du dire. Quel souplesse dans le jeu ! quel son ! quelle richesse des improvisations et, pour tout dire, quelle maturité dans le jeu !

Avec une science de l’équilibre parfait les deux musiciens jouent comme s’ils se connaissaient d’avant le déluge. Jouent entre la musique et les silences dans une parfaite osmose. Un peu comme une conversation entre deux musiciens totalement en phase.

Il y a de l’enthousiasme à dire et à jouer. Et c’est cet enthousiasme-là, si communicatif qui fait que cet album tourne en boucle depuis plus d’une semaine dans mes écouteurs et m’accompagne au petit matin, le cœur léger. Très léger.
Dans les liners note, Laurent Coq dédie cet album à ceux qui « regardent le ciel à travers la fenêtre de leur chambre d’hôpital et à ceux qui les accompagnent ».

Il leur fait là un magnifique cadeau du ciel.

Jean-Marc Gelin

 

 

 


 

 

 


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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 22:18

 

UNIT RECORDS 2013

Yael Miller (vc), Julie Campiche (harpe), Manu Hagmann (cb), Roland Merlinc (dms)

 orioxy.jpg

C'est un quartet genevois intéressant. Pas transcendant loin de là, mais intéressant. D’abord par son instrumentuum qui associe deux instruments à cordes ( harpe et contrebasse) , une batterie et une voix. C'est une pièce théâtrale qui se déroule comme une sorte d'oeuvre antique. La chanteuse israélienne Yael Miller vocalise ou chante en hébreu. Le quartet installe une musique parfois étrange et fantomatique, parfois roots et wild. On est prêts à se laisser prendre la main par une vestale flottante sans savoir vraiment où et dans quel but. La harpe de Julie Campiche apporte cette couleur céleste et poétique alors que la basse de Manu Hagmann donne la pulse jazz avec les frottements de peaux délicats de Roland Merlinc. Quant à la chanteuse, c'est vers des rivages marins qu'elle ne laisse de nous entraîner. Voyage onirique, méditérannéen ou africain ( Imtamouti, Zmam) dans un métissage heureux. Vapeurs ensoleillées. World musique apaisée.

Parfois le groupe voudrait donner une intensité plus sauvage, plus rock tout en restant quand même en dedans sans véritablement impulser une quelconque énergie ( We're done - May 21). Ou alors blues à l'image de ce Wise man.

Mais l'ensemble nous a donné le sentiment d'une musique hésitante quant au choix à prendre, jouant la carte de la chanteuse sans savoir véritablement dans quelle direction aller. Un peu inaboutie parfois, la musique nous donne un peu le sentiment d’une certaine préciosité à l'image de The Others strangers qui sur le plan vocal nous laisse spectateur d'une performance qui n'en est pas vraiment une. L'émotion n'effleure jamais vraiment. Un peu comme un exercice pour tremplin de jeunes talents. Bien qu'elle ne manque pas d'une certain charme, voire d'un charme certain.

 

Jean-Marc Gelin 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 20:54

 

New Amsterdam 2013

 darcy-james-argue-brooklyn-babylon.jpg

 

 

Nous nous étions complètement enflammés en 2009 lorsque le jeune compositeur canadien Darcy James Argue avait sorti sur le label New Amsterdam, son « Infernal machine ».http://www.lesdnj.com/article-darcy-james-argue-secret-society--41608651.html 

Nous parlions de révélation à l’époque et n’hésitions pas à le comparer à des compositeurs de la dimension d’une Maria Schneider tant son intelligence d’écriture pour big band nous avait frappé.

Darcy James récidive et nous surprend encore avec ce nouvel album totalement iconoclaste, sorte d’OVNI dans ce qui se fait de mieux en matière de big band. Car pour alimenter son écriture, le compositeur, installé à Brooklyn est allé y puiser la source de son inspiration, s’appuyant notamment sur les travaux du plasticien Daniel Zezlj qui avait imaginé une sorte de tour de babel des temps modernes.

 

Fantasque parfois mais jamais foutraque. Décalé toujours, Darcy James dynamite les big band de jazz en en bousculant tous les codes. Evoquant parfois le talent d'écriture de Maria Schneider par la richesse des pages écrites pour les solistes et par l’évocation de climats très expressionnistes, Darcy James en revanche la dépasse en provocation.

L ‘écriture de Darcy James parfois très classique connaît aussi de brusques inflexions rock, pop mais puise aussi avec une certaine allégresse dans le creuset folklorique que l’on trouve dans le faubourg brooklynien de New York. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'ouverture de ce mini-opéra. Une ouverture qui prend des allures de marche dans les rues et les quartiers bigarrés de ce district, oú des fenêtres s'ouvrent, des musiques s'échappent, des balkans, des ashkenazes ici, de little italy là bas en un long travelling étonnant, déconcertant, fascinant. Et puisque Darcy James est provocateur pourquoi ne pas aller jusqu'au mauvais goût d'une fanfare pas assumée du tout qui tourne en rock noisy puis en bandas trompetantes Rarement entendu en jazz !

Quelques pages de l’album laissent de superbes solistes s'exprimer avec brio. Mais jamais bien longtemps car vite détournés par ce diable de Darcy James.

Parfois ce jeu de piste peut être usant a force de déstabiliser l'écoute. Mais il est a l'image de ce Brooklyn labyrinthique, moderne et classique, jazz ou pas, acoustique ou électrique, creuset de la créativité new yorkaise. Melting pot musical et culturel. La vocation de NY serait-elle décentrée a Brooklyn ?

Ce que fait Darcy James c’est écrire en fait un vrai film sur Brooklyn en utilisant son écriture comme une caméra, multipliant les plans séquence, les travellings, les zooms et les dezooms.

Et c’est absolument formidable.

Jen-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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