Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 16:20

Kavita Shah (voix, ukulélé), François Moutin (contrebasse)

Invités : Sheila Jordan (voix), Martial Solal (piano)

New York 22 & 23 février, 6 avril, 26 & 27 septembre 2016 & Meudon, 21 juin 2016

Dot Time DT 9077 / Socadisc

 

Formule inusitée que ce duo voix-contrebasse ; on ne sera donc pas surpris de découvrir que Sheila Jordan est de la partie : dès les années 50 elle s'est livrée à cet exercice, et elle a porté la formule au disque dès la fin des années 70 avec Arild Andersen puis Harvie Swarz. Aussi quand, après s'être rencontrés au sein d'un orchestre, ils ont décidé de monter un duo, Kavita Shah a naturellement choisi pour mentor Sheila Jordan, tandis que François Moutin sollicitait comme invité Martial Solal, qu'il a si souvent accompagné, à Paris, à New York, et ailleurs. Le répertoire est très ouvert : trois compositions originales, des standards de Broadway, mais aussi de France (La Vie en Rose, remaniée quelque part entre Caraïbes et Brésil), des thèmes de Bill Evans, Horace Silver, du batteur cubain Dafnis Prieto, et deux très belles compositions de Martial Solal, rarement jouées.

 

Le disque commence avec You Go To My Head : la voix seule d'abord, dans une fragilité assumée qui fait sa force expressive, vite rejointe par la contrebasse. Le dialogue est subtil, le temps comme suspendu, et dès cette première plage le miracle opère, ce qui n'est pas évident avec cette instrumentation si périlleuse. Les deux thèmes de Martial Solal sont traités différemment. Coming Yesterday est chanté sans paroles, la voix épousant les intervalles périlleux parfois sans filet, parfois en unisson avec le piano ou la contrebasse. Le dialogue entre Martial et la chanteuse est ludique, musicalement raffiné, et le contrebassiste profite de sa longue connivence avec le pianiste pour enrichir encore la conversation. Sur Aigue Marine, Kavita Shah a écrit des paroles dont le sens fait merveilleusement écho à la mélancolique sophistication du thème. Bliss, composé par François Moutin, est l'occasion d'une escapade enjouée entre voix et contrebasse, musicalement riche, en pleine béatitude comme le suggère son titre. Utopian Visions, co-signé par la chanteuse et le bassiste résonne d'échos folky qui nous entraînent encore ailleurs. The Provider's Gone, signé par la chanteuse, avec l'exotique ukulélé, et son rythme valsé, nous maintient pourtant au cœur du jazz. On n'oublie pas le bel échange improvisé sur Blah Blah (de Dafnis Prieto), la liberté de phrasé sur Falling In Love With Love, et un émouvant dialogue avec Sheila Jordan (qui avait enregistré ce titre sur son premier disque, en 1962), ni cet autre échange entre les deux chanteuses sur Peace (signé Horace Silver). Que dire enfin du dialogue sans paroles entre la chanteuse et le bassiste sur Interplay, de Bill Evans, sinon qu'il est, comme l'ensemble de ce disque, porteur d'une intense émotion, et proche de la perfection.

Xavier Prévost

Le duo sera en concert à Paris, au Sunside, le jeudi 29 et le vendredi 30 mars, à 19h30 précise.

 

Les artistes parlent de leur projet sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=m2b6rFmng_Q

La Vie en Rose

https://www.youtube.com/watch?v=KSJgovzGqp4

Partager cet article
Repost0
22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 15:07

Bruno Ruder (piano, compositions), Rémi Dumoulin (saxophones ténor & soprano, compositions), Aymeric Avice (trompette, bugle), Guido Zorn (contrebasse), Billy Hart (batterie)

Lyon, 14 & 15 janvier 2017

Assosiciation du Hajeton HAJ 0001 / Absilone-Socadisc

 

Un projet singulier, concocté par deux musiciens qui ont eu en commun, en plus de leur formation au Conservatoire de Paris (CNSMDP), d'avoir croisé dans leurs expériences scéniques le batteur Billy Hart. Pour Bruno Ruder, ce fut dans le groupe de Riccardo Del Fra, et pour Rémi Dumoulin à l'occasion d'un programme de l'ONJ Daniel Yvinec qui associait le musicien américain en soliste. Marqués par cette double expérience, ils ont élaboré une musique sur mesure, destinée à accueillir Billy Hart en batteur-créateur de sa propre partie. L'expérience s'est déroulée à l'Amphi Opéra de Lyon, et elle s'est conclue par deux concerts, lesquels ont été enregistrés. Et les deux leaders ont ensuite élaboré, à partir de ces enregistrements, un objet musical autonome, qui a repris les éléments de ce concert sous forme d'un montage scénarisé. Il en résulte une œuvre singulière, habitée à la fois par la magie vivante du concert et par la construction d'une univers fictionnel. Autant le dire tout net : la réussite est totale. Tout ce que draine l'irremplaçable vécu du jazz est là, avec la part spontanée (stimulée encore par la totale latitude laissée au batteur), la magie de l'instant. Et cette précieuse matière est mise en forme par l'élaboration phonographique. On dépasse ainsi la problématique de Walter Benjamin, pour qui la reproduction mécanique frustrait l'œuvre d'art de son aura, cette part insaisissable qui résulte de l'exécution unique et incarnée. Ici l'enregistrement et sa post-production participent de l'aura. Chacune des plages du disque constitue en fait un élément d'un tout (puzzle ou suite ?) totalement cohérent. À Billy Hart qui lui demandait ce qu'il attendait d'un batteur, Stan Getz avait laconiquement répondu «undulate». Onduler dans et autour de la musique écrite pour qu'il y trouve sa place, c'est ce qu'a fait le batteur dans cette œuvre singulière, ou plutôt pour et par lui singularisée. Le résultat est étonnant, presque magique. Les deux musiciens, dans le livret du CD, écrivent ceci : «Billy semble littéralement appliquer depuis sa batterie des oscillations aux courbures de notre espace-temps. Il donne pour ainsi dire une réalité à ce phénomène prédit par Albert Einstein il y a un siècle et observé tout récemment pour la première fois : les ondes gravitationnelles» : d'où le titre de l'album. Même si comme ceux qui ont étudié l'histoire des sciences je me défie des analogies qui tentent de figurer la réalité scientifique, je trouve l'image appropriée, d'autant qu'elle est ici inversée par une sorte de renversement poétique. Les solistes-compositeurs et leurs partenaires habitent cet espace fictionnel avec une pertinence qui ne déflore jamais totalement le mystère : la forme, les sons, les timbres et les improvisations touchent à la perfection ; une vraie grande réussite artistique ; une œuvre d'art, en somme.

Xavier Prévost


 

Le groupe est en concert à Paris, au Sunside, les 23 & 24 mars.


 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Q467loRS7A0

Partager cet article
Repost0
21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 12:29
SYLVAIN DANIEL PALIMPSESTE Voyage imaginaire dans les ruines de Détroit

 

SYLVAIN DANIEL PALIMPSESTE

Voyage imaginaire dans les ruines de Détroit

ONJ RECORDS JF006/ L' AUTRE DISTRIBUTION

http://www.onj.org/record-label/sylvain-daniel-palimpseste/

 

 

CONCERT 3 AVRIL FESTIVAL BANLIEUES BLEUES
LA MARBRERIE / MONTREUIL

 

Sans être jamais allé à Détroit, le bassiste actuel de l'ONJ Benoît, Sylvain Daniel (corniste par ailleurs) nous livre ses réflexions musicales sur la ville sinistrée, dans un exaltant voyage imaginaire sur des photos de Romain Meffre et Yves Marchand, tirées du livre Ruins of Detroit.

Si on a regardé des témoignages filmés sur le déclin de la ville, autrefois phare de l'industrie automobile, aujourd'hui cité fantomatique, le contraste est  navrant. La gloire de la capitale du Michigan ne fut pas seulement industrielle, Detroit fut aussi le siège d'une des plus grandes compagnies de disques, le label de la  Motown, (contraction de "motor town", surnom de Detroit), célébrant les musiques noires, la soul triomphante des années soixante. Sylvain Daniel s'attaque à la poésie des ruines, dévoilant  la splendeur architecturale passée, travaille au déchiffrage, à la redécouverte de ces lieux d'où le titre de Palimpseste. Il est donc question de mémoire, de "réminiscence" comme dans l'une des compositions du leader. Dans cette ambiance sinistrée, les artistes résistent encore. Les musiciens actuels n'ont pas quitté la scène pour autant : grâce à eux, la ville continue à être un foyer actif de hip hop, d'électro minimaliste.

Une équipe de choc entoure le bassiste avec le saxophoniste Laurent Bardainne (inoubliable Limousine, mais aussi Poni Hoax ...), le claviériste et pianiste Manuel Peskine et Mathieu Pénot à la batterie. On leur fait confiance pour injecter des sons saturés et nous plonger dans ce chaos minéral. Voilà un jazz mutant qui ne tient plus à affirmer à tout prix son identité, ce qui n'est pas forcément pour déplaire : il condense et retraite la matière musicale, fait une synthèse des plus actuelles, avec une instrumentation tout terrain, sans rejouer les musiques comme si elles venaient d'être créées. Injectant une étrangeté inquiétante dans "Hotel fantastic" et du jazz rock  "historique" dans "Vanity Ballroom", sans rappeler pour autant, les orchestres rétro de la "golden room" de Shining.

S'ensuit une histoire vraie, au sens de vécue, faite de pas mal de bruit et de rage, dès le haletant "Game on", de souvenirs ouatés et de ballades tristes dans "Réminiscence" ou le délicat "Colchiques" : le saxophone délivre sa plainte bleutée jusqu' à une explosion de violence sourde. Extérieur, nuit. C'est qu'il ne s'agit plus, comme en 2006 dans le Limousine, sorti chez Chief Inspector, de rock post-moderne glauque et de blues urbain chic. Times are changin'.... là encore. Une batterie furieuse cogne et martèle en cadence comme le marteau-pilon de forges, aujourd'hui arrêtées, dans une ambiance compulsive et lancinante. Des effets plus trash peut-être, des hurlements surgissent après les cliquetis insistants de "Fisherbody Party". Dans "Jazz investigation", c'est plutôt l'énergie qui l'emporte jusqu'à ce que l'élan de la rythmique se casse dans cet univers de robots désaffectés. La narration continue à dériver avec de douloureuses "Réminiscences" jusqu'au tendre mais lucide "Recueillement final". En tous les cas, le groupe impose une vision cinématographique avec une écriture qui lie l'ensemble en 11 séquences avec travellings oniriques ou assourdissants, plans fixes hypnotiques.

Pour réaliser ce projet plutôt spectaculaire, Sylvain Daniel est épaulé par le dispositif bien nommé de l'ONJ FABRIC, car il s'agit bien de présenter un spectacle pluridisciplinaire, qui brasse d'une belle façon sensations, sentiments, actualité et passé. Il est évident que cette musique résonnera d'autant plus fort dans notre mémoire collective, à la vision du triptyque d'images et de vidéos, accompagnant sur scène, la musique du quartet en concert. Voir le teaser http://www.onj.org/palimpseste/

Plus que jamais la musique est à vivre en live... L'oeil écoute évidemment.

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 10:08

FABIEN MARY OCTET 

« Left Arm Blues (and Other New York Stories) »

Fabien Mary (trompette, compositions, arrangements), Pierrick Pedron (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Thomas Savy (saxophone baryton, clarinette basse), Jerry Edwards (trombone), Hugo Lippi (guitare), Fabien Marcoz (contrebasse), Mourad Benhamou (batterie).

Meudon, 21 mars 2017

Jazz & People JPCD 818002 / Pias

 

Une chute, et une fracture de la clavicule droite, à New York : voilà comment le trompettiste s'est trouvé privé de jouer, mais pas de composer.... de la main gauche. Dans cette ville où il avait déjà fait un séjour de trois ans voici une dizaine d'années, les sources d'inspirations sont pour lui nombreuses, notamment les petits clubs où il a joué maintes fois, en concert ou en jam session. Son bref séjour de 2015 sera donc un séjour d'écriture, de composition et d'arrangements : huit thèmes originaux, plus un standard (l'inoxydable All the Things You Are, dans une harmonisation très tendue), car il faut se frotter au répertoire. A ses côtés, ceux pour qui le hard bop et le bop sont une langue familière : des orfèvres de ce jazz qui affirme son histoire, versant fifties (et plus si affinités). Le texte qui défendait le projet de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank évoquait, pour la composition et l'arrangement, les influences de Benny Golson, Jimmy Heath, Thad Jones, Gigi Gryce, Bill Holman et Teddy Charles : je retiendrai volontiers Gigi Gryce, parce que c'est une passion personnelle, sans nier la pertinence des autres mentions, et j'ajouterai peut-être Oliver Nelson, pour le blues dévoyé intitulé Quercus Robur , et parfois aussi Gerry Mulligan. On connaît références plus ingrates.... Les arrangements sont peaufinés : cet octette sonne comme un big band, et les sidemen ont aussi loisir de s'exprimer (et c'est tant mieux, car ils sont la fine fleur du métier). Fabien Mary fait merveille, dans le registre retenu comme dans les phrasés les plus hardis. Certaines plages m'ont rappelé des souvenirs musicaux, mais en jazz (comme dans d'autres domaines) peu d'écritures peuvent s'exonérer d'un brin de nostalgie (et c'est heureux!). Bref c'est un p..... de bon disque, pour ceux qui (comme votre serviteur) aiment le jazz.

Xavier Prévost

 

L'octette se produira à Paris, au Sunset les 23 et 24 mars, et le 24 juillet au festival de Foix.

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=J28EwDtJZYI

Partager cet article
Repost0
20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 10:25

Bruno Angelini (piano, composition), Régis Huby (violon, violon ténor, effets électroniques), Claude Tchamitchian (contrebasse), Edward Perraud (batterie, percussion)

Pernes-les-Fontaines 19-21 juin 2017

Label La Buissonne RJAL 397031 / Pias

 

Trois ans après l'enregistrement du disque 'Instant Sharings' (cliquer pour lire la chronique sur le site), et un an après le très beau concert de 'Jazz in Arles' (chronique itou), le quartette récidivait en studio dans son rôle de pourvoyeur de beauté. Contrairement aux canons fixés par André Breton, cette beauté-là n'est pas convulsive, et pourtant elle est belle et bien là. Beauté singulière, inquiète parfois, mais d'une grande quiétude aussi. Cela commence par un hommage profond et recueilli au pianiste John Taylor, disparu quelques semaines après la parution du disque 'Instant Sharings' : entre requiem et lamento, une lente procession vers l'inaccessible, une quête de l'impalpable, où chaque note est pesée, posée à sa juste place, chaque son dosé, chaque timbre ouvragé. Je ne doute pas une seule seconde que John Taylor aurait accueilli cette dédicace comme une offrande. Puis vient, avec Perfumes of quietness, une mélodie simple sous laquelle l'harmonie bouillonne de tensions, mais sans une once d'ostentation : l'art est à ce prix. Et le chorus de piano s'évade, avant qu'un dialogue ne renaisse entre les protagonistes. La magie continue d'opérer, de plage en plage, entre exposés hiératiques et profusion maîtrisée, mélodies évidentes et surgissement d'intervalles inattendus. Le degré d'implication de chaque musicien est perceptible, jusque dans la plus infime nuance, et l'on se laisse porter, de dérive en surprise, avec la curiosité gourmande d'une promesse de bonheur musical qui n'avoue pas trop ostensiblement son projet, ses ressorts et son horizon. Et pourtant l'horizon est une promesse : les trois dernières plages en forme de suite, comme une cérémonie secrète offerte à l'aventure. A propos du premier disque de ce quartette j'invoquais le tutoiement du sublime : je persiste, et je signe !

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert le 23 mars au Théâtre 71, à Malakoff. Et aussi en Arles, à la Chapelle du Méjan le 6 avril, pour célébrer les 30 ans du Studio de La Buissonne

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=sIGVbP0dLLg&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=TK3CE59DEcc&feature=youtu.be

Partager cet article
Repost0
19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 15:09

 ''Imaginer demain''  : ce pourrait être le slogan, le mot d'ordre, que sais-je, bref l'ambition de ce nouveau label qui sort simultanément deux CD, assez différents l'un de l'autre, mais qui ont en commun ce pas de côté qui reconsidère le passé récent dans une désir de différence, d'alternative, de libre métamorphose. Vérification à l'écoute, et aussi sur scène le 20 mars à Paris au Studio de l'Ermitage

 

Clément Janinet «O.U.R.S. [Ornette Under The Repetitive Skies]»

Clément Janinet (violon, composition), Hugues Mayot (clarinette basse, saxophone ténor), Joachim Florent (contrebasse), Emmanuel Scarpa (batterie). Invités : Gille Coronado (guitare), Mario Boisseau (violoncelle)

Yerres (Essonne), sans date

GIG 002 OUR 1/ https://www.gigantonium.com/label

 

Ça commence avec des accents mélancoliques et déchirés qui rappellent Lonely Woman. Puis on glisse vers des escapades en pizzicato, avant retour à la mélancolie. La plage suivante procède de la même liberté, du lyrisme aux développements cursifs et segmentés. Belle cohésion, sens de la forme et goût de l'échappée. On scrute ensuite l'étrange, le goût des sonorités profondes, des timbres incarnés (charnels même). Puis le voyage nous entraîne vers les horizons de la musique répétitive (Ornette Under The Repetitive Skies), et très vite ailleurs, plus loin, là où l'imaginaire rend caduques les vieilles étiquettes : musique de chambre ensauvagée, mélodies intenses sur un ostinato que l'on croirait tout droit venu de Laurie Anderson, tandis qu'autour la batterie gronde et la tension survolte, comme un souvenir d'hier, plongé sans excès de nostalgie dans le paysage de demain. Sans chercher à détailler chaque item, on peut dire que, sur le plan de la composition comme de la cohésion du groupe, de l'inspiration des solistes comme de la suprême liberté qui consiste à se nourrir sans piller, à se souvenir sans rabâcher, c'est vraiment impeccable. Le violoniste signe l'essentiel des compositions, mais celles qui ne sont pas de sa plume sont en parfaite cohérence avec l'ensemble : beau travail d'artiste(s), à découvrir d'urgence.

Découvrir «O.U.R.S.» Sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=2xaPI9J5-AI

 

Camarasa-Mahler «TbPn»

Xavier Camarasa (piano, piano préparé), Matthias Mahler (trombone)

Toulouse, 4 novembre 2017

GIG 003 TBP 1/ https://www.gigantonium.com/label

 

Avec ce duo trombone (abréviation Tb) -piano (Pn....), le propos est différent. Non plus partir du passé très proche pour le plonger dans un bain d'avenir, mais scruter le potentiel sonore d'un alliage radical : le piano (et son double préparé) et le trombone (dans toutes les métamorphoses de son timbre et de son expression). C'est ce que fait la première plage, sans concessions, ouvrant ainsi les portes de l'imaginaire perceptif autant que musical. Puis c'est un envol progressif vers les escapades harmoniques, une mélodie aux intervalles tendus, avec effractions, déflagrations, effervescence puis accalmie, quand la mélodie triomphe. Les compositions sont signées du pianiste, et le trombone se les approprie par la force de son expressivité (Matthias Mahler, dans ce domaine, est un orfèvre). L'exploration sonore reprend ensuite ses droits, et le discours son mystère, avant que l'expérimentation ne rejoigne l'expression mélodique, et les surprises de l'improvisation. Et en coda de nouveau sons brossent un autre portrait d'un dialogue en perpétuel devenir : une expérience à vivre et revivre, comme une descente dans les abysses d'où surgissent et le son, et l'expression.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr de TbPn

https://xaviercamarasa.bandcamp.com/album/camarasa-mahler-tbpn

https://www.gigantonium.com/label


 

Les deux groupes sont en concert pour la sortie des CD le 20 mars, à Paris, au Studio de l'Ermitage

Partager cet article
Repost0
18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 11:00

Clovis Nicolas (contrebasse), Brandon Lee, Bruce Harris (trompette), Grant Stewart (saxophones ténor), Kenny Washington (batterie)

Brooklyn, 23 novembre 2016

Sunnyside SSC 1495 / Socadisc

 

Cela fait 15 ans que Clovis Nicolas a choisi de vivre à New York sa vie de contrebassiste, et il nous envoie ce message phonographique, qui fait suite à «Nine Stories», enregistré en 2012 pour le même label. Le précédent CD comportait une grosse moitié de compositions personnelles, et c'est le cas cette fois encore ; mais les reprises comportent un morceau de choix (presque un défi !) : la Freedom Suite de Sonny Rollins (millésime 1958, avec Oscar Pettiford et Max Roach). Clovis Nicolas a choisi de donner, de cette célèbre pièce en trio, une version de quartette, avec saxophone et trompette (le trompettiste pour la suite, comme sur la majorité de l'album, est Brandon Lee). De ce changement d'instrumentation procède une nouvelle approche : on pense (notamment dans l'harmonisation des exposés) aux rencontres de Rollins (ou de Coltrane) avec Don Cherry. Le contrebassiste intercale deux courts interludes entre les parties, confirmant ainsi son désir d'un éclairage personnel sur une œuvre abordée avec amour et enthousiasme ; et le résultat en valait la peine. Les compositions du contrebassiste révèlent (ou plutôt confirment) un sens aigu de l'idiome, maîtrisé comme il se doit, mais surtout servi par un désir de faire chaque fois un pas supplémentaire (de côté, ou vers l'avant, selon les plages), comme le firent les compositeurs solistes des années 50 et 60, recevant un langage en héritage, mais s'efforçant de conquérir une vraie singularité. La plage 8, Nichols and Nicolas, est à cet égard très éloquente : son caractère sinueux, et ses bifurcations subtiles, montrent à quel point on peut encore labourer les territoires du jazz de stricte obédience en quête de nouvelles sensations. Les standards (Fine and Dandy, en quartette, puis Little Girl Blue, en solo), viennent à propos rappeler que le jazz ne dédaigne pas le répertoire, pourvu que l'on pose sur l'objet sacralisé une regard neuf. Et cela nous prouve que décidément, et notamment par la réussite de ce disque, Clovis Nicolas confirme son importance, comme leader autant que comme sideman, ou comme soliste, sur les deux rives de l'Atlantique.

Xavier Prévost

 

Clovis Nicolas sera en quartette (avec Bruce Harris, Dmitry Baevsky & Steve Brown) le 19 mars à Paris au Duc des Lombard, à 19h30 et à 21h30, mais les deux concerts sont complets. Le lendemain, 20 mars, le groupe jouera au «Jazz Fola Live Club», dans le Quartier de Luynes, à Aix-en-Provence.

Partager cet article
Repost0
16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 07:42
INTIMATIONS   Denis FOURNIER / Denman MARONEY

 

 

INTIMATIONS

 

Musique improvisée et composée par Denis Fournier et Denman Maroney

Vents du Sud/Allumés du Jazz

www.denisfournier.fr

 

 

Pochette d'un paysage à l'austère beauté où les oiseaux sur leur perchoir ne ressemblent pas aux volatiles hitchcockiens même si la musique parfois rugueuse, inquiétante, semble vriller nos tympans. Non que le volume sonore soit trop fort mais l'alliance des textures et timbres du piano préparé de Denman Maroney (qu'il appelle "hyperpiano" ) et la batterie également accommodée de Denis Fournier, surprend sans agresser et plonge très vite dans un questionnement accepté jusqu'au final hypnotique et énigmatique "Calm Weather".
Les titres à compter de celui de l'album sont inspirés de l'une des odes les plus célèbres (pour les Anglo-saxons du moins) "Intimations of Immortality" issue du recueil Recollections From Early Childhood du romantique William Wordsworth, le poète du Lake District... Le metteur en scène Elia Kazan y a pioché le nom de son film d'apprentissage Splendor In The Grass, vite devenu culte, sur les rêves et espoirs brisés de ces jeunes protagonistes.

 

La création, à savoir l'imagination et ici plus précisément l'improvisation prennent le dessus sur la composition réfléchie. Néanmoins, l'expérience revient sans nostalgie régressive, avec une forme de lucidité sur la nécessaire et injuste violence du temps qui passe.

Jamais tonitruante, la musique avance avec une tranquille assurance, dévoilant fluidité et cohérence.

Denis Fournier tisse une oeuvre intime et singulière, et Intimations en sera une nouvelle étape tant ce duo foisonne d'idées abouties pour étoffer une riche palette de sons : ainsi, les "Shadowy recollections" sont, de par leur durée, le morceau le plus représentatif de cet art des climats, tout en variations subtiles, où la musique prend son temps. Le batteur a trouvé en ce pianiste épatant un partenaire avec lequel il peut compter, qui ne se préoccupe de rien d'autre que de l'instinct, de l'instant. Cela peut être irritant "Obstinate questionings", surprenant, envoûtant, joli même. Incarné en tous les cas.

 

Sophie CHAMBON

Partager cet article
Repost0
15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 21:30

Joachim Florent (contrebasse), Denis Fournier (batterie, percussions), Ben Lamar Gay (cornet, effets électroniques, objets, voix), Jeff Parker (guitare électrique)

Port-Louis (Morbihan), 29 janvier 2017

  Vent du Sud VDS 114    (vinyle )   /  https://www.lesallumesdujazz.com/

 

Après une première rencontre en 2014 pour une tournée dont le trompettiste était alors Marquis Hill, et un premier CD («Escape Lane», The Bridge Sessions 06), revoici le groupe, avec cette fois Ben Lamar Gay au cornet, lors d'une tournée française en janvier-février 2017, et ce concert du festival Jazz Miniatures publié sur vinyle (couplé avec un téléchargement mp3). Le projet avait germé dans l'esprit de Denis Fournier, suite à sa rencontre avec Jeff Parker, qui n'avait pu se libérer pour une aventure précédente, Watershed (avec Nicole Mitchell, Tomeka Reid, Bernard Santacruz, et Hanah Jon Taylor). On est ici en territoire d'improvisation, fondée sur le dialogue, l'interaction, l'expressivité et aussi la mémoire d'un langage, un langage brassé depuis maintenant des lustres, sur les deux rives de l'Atlantique. Les fils se tissent, à mesure que les pelotes s'étirent, et si d'aventure la chaîne vient à se rompre, un rétablissement mystérieux renoue le fil de la conversation : ainsi va la musique improvisée quand la magie s'opère, et là, manifestement, c'est un jour faste. Aux développements mélodiques succèdent des ruptures, des incises, des échappées, comme s'il s'agissait de composer sur le vif de l'instant une sorte de poème de l'extase. Parfois les dialogues se font en diagonale, et à la faveur d'un changement de climat, de timbre (le surgissement de la voix de Ben Lamar Gay) ou de tempo, l'improvisation collective se renoue, ici autour d'une ligne de contrebasse à l'archet, ailleurs à la faveur d'un riff de guitare. Bref c'est une véritable expérience de musique improvisée, plus que concluante, à vivre, à déguster, au fil de ces quelque 44 minutes de concert enregistré.

Xavier Prévost

 

Infos, extraits et entretien en suivant ces liens

http://www.denisfournier.fr/escape-lane.htm

http://www.clap.coop/d-fournier-2-nouveautes-sur-cd/

http://wordpress.acrossthebridges.org/fr/

Partager cet article
Repost0
13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 21:04

Bill Frisell (g).

Attention : grand disque du guitariste en solo.

Bill Frisell réalise son premeier album solo depuis 20 ans. S'appuyant en grande partie sur une reprise des thèmes de son répertoire et pour partie sur de nouvelles compositions, le guitariste livre une oeuvre très personnelle mais jamais introspective. Au contraire.
Comme toujours chez Frisell cette inspiration, cette respiration des grands espaces américains, son  regard un pei fantasmé sur une Amérique lointaine et perdue.
Avec Frisell, grand maître de la mélodie, de la phrase belle, de la note chargée d'émotion, c'est comme prendre place dans un greyhound et traverser le pays le nez collé à la fenêtre pour voir defiler des paysages, des grandes plaines, des villages et des visages.

Chez le guitariste de Baltimore l'improvisation coule de source, au plus près de la ligne mélodique et des effets qui tapissent le son.Le voyage est alors captivant, riche en couleurs.

Poursuivant l'exploration de cet univers qui lui est si propre, syncretisme entre le jazz, le blues, la country et la folk music, Bill Frisell ecrit là un nouveau chapitre de son histoire musicale .

A découvrir absolument

 

Partager cet article
Repost0