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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 21:45


Album de 144 pages, réalisé par Reporters sans frontières avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, 9,90 €  vente en kiosque.

La liberté d’expression n’est-elle pas une vertu cardinale du jazz ? On ne s’étonnera pas que Reporters sans frontières ait choisi le jazz comme thème central pour un album de photos dédié à la liberté de la presse. Couvrant toute l’histoire du jazz, ce reportage présente sous la signature des photographes de Magnum Photos –au premier rang desquels Guy Le Querrec (dont la couverture avec Miles Davis à Pleyel en 1969), mais aussi Philippe Halsman, Robert Capa (un seul cliché) et l’extraordinaire collection de Frank Driggs- le gotha des musiciens : Armstrong, Parker, Ellington, Holiday, Fitzgerald, Portal, Shepp, Hawkins, Rollins… Que des photos en noir et blanc révélant la personnalité des artistes sur scène, dans les loges, dans leurs chambres d’hôtel, servies avec des légendes précises. A signaler aussi des textes dus à Toni Morrison, Jacques Gamblin, Francis Marmande, Jean-Pierre Marielle et (remis quelques jours avant son décès) Michel Butor.
La Fondation BNP Paribas qui soutient cette initiative et s’est engagée depuis deux décennies auprès des musiciens de jazz, organise pour la sortie du livre un grand concert avec le all stars des artistes Fondation BNP Paribas au profit de Reporters sans frontières.


Jean-Louis Lemarchand

Concert mardi 6 décembre, Maison de la Radio (75016) à 19.45. Première partie : All Stars de musiciens de Jazz soutenus par la Fondation BNP Paribas, sous la direction musicale de Pierre Bertrand : Airelle Besson, Pierre Bertrand, Sylvain Beuf, Emanuel Bex, Julien Charlet, Ablaye Cissoko, Jean-Pierre Como, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Thomas Enhco, Stéphane Guillaume, Stéphane Huchard, François Moutin, Louis Moutin, Murat Öztürk, Anne Paceo, Manuel Rocheman, Olivier Temime, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Christophe Wallemme et Louis Winsberg. Deuxième partie  Shai Maestro Trio à l'occasion du lancement du nouvel album The Stone Skipper Diffusion en direct sur France Musique. : http://www.maisondelaradio.fr/evenement/jazz-pour-rsf
La maison de la radio accueille en son hall du 5 au 23 décembre une exposition de Guy Le Querrec et Patrick Zachmann de Magnum Photos consacrée au jazz.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 22:36

Pierre de Bethmann (piano, piano électrique, composition), Chloé Cailleton (voix), Stéphane Guillaume (flûte, flûte alto), David El-Malek (saxophone ténor), Sylvain Beuf (saxophone alto), Thomas Savy (clarinette basse), Sylvain Gontard (trompette, bugle), Baptiste Germser (cor), Denis Leloup (trombone), Bastien Stil (tuba), Simon Tailleu (contrebasse), Kar Jannuska (batterie)

Paris, 8-10 juin 2016

Aléa 008 / Socadisc

 

Pierre de Bethmann poursuit l'aventure de son Medium Ensemble, commencée en 2013 lors d'une résidence à L'Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise. Douze musiciens, douze solistes hors de pairs, au service d'un projet un peu fou : jouer un jazz qui ne se soucie ni de l'air du temps, ni de l'impératif transgressif, ni de la duplication du passé, mais qui souhaite « persister à s'intéresser au swing, au son, à l'harmonie et à la mélodie en assumant ne faire que de la musique, en croyant encore au pouvoir d'émotion de celle-ci ». C'est ainsi que, dans un assez long texte très bien écrit, en forme de manifeste d'artiste, Pierre de Bethmann nous révèle, dans le livret de ce double CD, ce qu'il croit, ce qu'il fait, ce qu'il réussit, pourquoi et avec qui. Il le fait sous son propre label, et il en profite pour rééditer le premier opus de cet orchestre, Medium Ensemble / Volume 1 « Sisyphe », paru au défunt catalogue Plus Loin. De l'artisanat de Grand Art, en quelque sorte, sur une tonalité légèrement mélancolique qui rappelle parfois l'écriture de Carla Bley, avec un savant tissage des voix qui produit, hors de tout académisme, un son neuf, où la voix de Chloé Cailleton, utilisée comme un instrument, apporte une touche inimitable. C'est comme un très beau voyage dans les lointains, une incursion dans le rêve : réussite absolue. L'Académie Charles Cros lui a décerné son Grand Prix Jazz 2106 : ce n'est que justice, car cet ensemble moyen, comme le suggère son intitulé de Medium Ensemble (entre le combo et le big band), est très, très au-dessus de la moyenne !

Xavier Prévost

 

Des extraits en écoute

http://pierredebethmann.fr/audio-player/54

 

L'orchestre jouera le samedi 3 décembre 2016 à 17h30 à Paris, Maison de la Radio, pour un concert « Jazz sur le Vif », puis le 21 janvier 2017 au New Morning, et le 22 avril à Vincennes, au Théâtre Sorano.

 

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 21:24

Le Palmarès 2106 de l'Académie Charles Cros a été proclamés jeudi 24 novembre à 11h au studio 105 de la Maison de la Radio

 

Prix in honorem Jazz

Henri Texier, pour l'ensemble de sa carrière, à l'occasion de la publication de "Sky Dancers"  Label bleu / L'Autre Distribution

 

Grand Prix Jazz

Pierre de Bethmann Medium Ensemble / vol. 2 "Exo"  Alea / Socadisc

 

Grand Prix Blues


Michael Kiwanuka   "Love & Hate"    Polydor / Socadisc

 

Au cours d'une cérémonie qui accueillait les artistes primés, issus de la musique classique et contemporaine, de la chanson, du jazz et des musiques du Monde, Henri Texier a joué en duo avec son fils Sébastien Texier au saxophone alto, et Pierre de Bethmann a joué en solo. Le lauréat du grand prix blues était retenu aux Pays-Bas pour un concert, et n'était pas représenté.

 

Coups de cœur Jazz et Blues

Les Coups de cœur Jazz & Blues ont été proclamés à 18h sur France Musique dans l'émission Open Jazz d'Alex Dutilh

https://www.francemusique.fr/emissions/open-jazz/l-actualite-du-jazz-academie-charles-cros-69eme-palmares-jazz-et-blues-les-prix-et-coups-de-coeur-29919

 

Coups de cœur Jazz

  • Pierre de Bethmann Medium Ensemble / vol. 2 "Exo" Aléa / Socadisc
  •  
  • Avishai Cohen "Into the Silence" ECM / Universal
  •  
  • Das Kapital et Royal Symphonic Wind Orchestra Vooruit "Eisler Explosion" Das Kapital Records / L’Autre Distribution
  •  
  • Flash Pig invite Pierre de Bethmann, Emile Parisien, Manu Codjia Nome / L’Autre Distribution
  •  
  • Tord Gustavsen "What was said" ECM / Universal
  •  
  • Dominique Pifarély Quartet "Tracé Provisoire" ECM / Universal
  •  
  • Ping Machine "Easy Listening" / "Ubik" (2 CD) Neuklang Future / Harmonia Mundi
  •  
  • François Rilhac "It's only a paper moon" Black and Blue / Socadisc
  •  
  • Shabakaand the Ancestors "Wisdom of Elders" Brownswood Recordings / La Baleine
  •  
  • Umlaut Big Band "Euro Swing volume 2" Umlaut Records / http://www.umlaut\-bigband.com
  •  
  • Ben Wendel "What we bring" Motéma / Membran

 

Coups de cœur Blues

  • William Bell "This Is Where I Live" Stax / Universal
  •  
  • Guy King "Truth" Delmark / Socadisc
  •  
  • Michael Kiwanuka "Love and Hate" Polydor / Universal

 

 

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:23

Tout va monter
Joëlle Léandre-Benoît Delbecq-Carnage The Executioner-
Joëlle Léandre     (contrebasse, voix), Benoît Delbecq (piano, piano préparé, claviers), Carnage « The Executioner » (beatbox, voix, percussions). Enregistré au théâtre Dunois (75013) le 18 février 2013. Nato –L’autre distribution

« Je suis constamment en partance », nous confiait en 2009 Joëlle Léandre. Une constante chez la contrebassiste aujourd’hui encore au moment où ses maisons de disques célèbrent ses 40 ans d’un parcours jamais rectiligne. Inclassable, entre jazz et musique contemporaine, improvisatrice permanente. « Quand tu improvises, tu ne penses à rien. Plus tu as la tête vide, plus l’improvisation est réussie », disait-elle aussi à l’époque. Un dernier exemple en est donné avec cet enregistrement réalisé dans un de ses lieux préférés, le théâtre Dunois, à proximité de la gare d’Austerlitz, voici trois ans. Sur scène, Joëlle Léandre retrouvait un autre as de l’impro, le pianiste Benoît Delbecque, spécialiste du piano préparé, et le beat-boxer etatsunien Carnage « The Executioner », partenaire de la rappeuse Desdamona dans le groupe hip-hop de Minneapolis Ill Chemistry. Une rencontre inédite entre plusieurs mondes où chacun, relève dans le livret de présentation Stéphane Ollivier, « en consentant à se déplacer sur le territoire de l’autre, fit ce trajet hors de soi, sans quoi aucune vie commune n’est possible ». Là est l’esprit, la conviction profonde de Joëlle Léandre qui se manifeste à son zénith sur scène où, comme le remarquait Xavier Prévost, témoin de son concert en duo au récent festival de Nevers le 8 novembre, « la force d'expression passe la rampe ». Vous l’avez compris, il ne faut pas manquer ce corps à corps de Joëlle Léandre avec sa contrebasse.
Jean-Louis Lemarchand

Joëlle Léandre sera en concert le 28 novembre à l’Eglise St Eustache (75001) à 20 h30 avec « 40 ans de tribulations » à l’initiative de trois labels (Fou Records, Nato, RogueArt) en compagnie de Christiane Bopp, Mat Maneri et Maggie Nicols. Places en prévente sur le site web.roguart.com

 

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 13:04

Mathilde Febrer (violon), Elisabeth Keledjian (batterie), Max Robin (guitare, composition)

invités :

Antonin-Tri Hoang (clarinettes, saxophones alto), Blaise Chevallier (contrebasse)

Montreuil, 2014

Label Ouest 304 040.2 / L'Autre distribution

 

J'apprécie beaucoup Max Robin. Pas seulement parce qu'il partage avec moi le goût d'un écrivain un peu obscur de la seconde moitié du XXème siècle. Ni parce qu'il m'a fait découvrir, voici près de 20 ans, Angelo Debarre (ce qui n'est pas rien ! ). Mais parce qu'il est un musicien sans œillères, pratiquant le jazz manouche comme le jazz moderne, goûtant la sinuosité des grilles harmoniquement serrées comme la douce dérive du jazz modal. Et ce disque est un peu le manifeste de ce qu'il aime, et de ce qu'il est. Un peu chambriste, swinguant beaucoup, aimant la guitare qui chante à chaque note, et les partenaires qui mettent de la mélodie dans l'improvisation. Ici pas de prouesses, mais le sentiment de l'artisanat d'art qui peaufine sans esbroufe, qui joue le lyrisme sans l'emphase. L'album est dédié au regretté Frédéric Sylvestre, orfèvre lui aussi en mélodies qui savent chanter. Compositions du guitariste, sauf Max et les ferrailleurs, clin d'œil au film de Claude Sautet et à ce thème de Philippe Sarde. Les Ferrailleuses : une très bonne violoniste (qui caresse le son plutôt qu'elle ne ferraille....) et un batteriste (j'ai un peu de mal avec batteuse) qui place juste, à l'endroit du rebond, la pulsation porteuse. Et pour invités, le très musicien Antonin-Tri Hoang, qui met de l'âme à toutes les musiques qu'il effleure, ainsi que Blaise Chevallier, déjà vieux routier de la contrebasse qui choisit toujours très bien les groupes auxquels il collabore. Au total une musique qui traverse les cloisons stylistique au nom de l'universel désir de chanter, de swinguer, et d'improviser sur de belles compositions originales. On aime !

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera le jeudi 17 novembre 2016 à Paris au Sunset

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 10:13

Kurt Elling (voix, percussions), John McLean (guitares), Stuart Mindeman (claviers), Clark Sommers (contrebasse), Jill Kaeding (violoncelle), Jim Gailloreto (saxophone soprano), Tito Carillo (trompette), Kendrick Scott (batterie), Kalyan Pathak (percussions), Luiza Elling (voix)

Chicago, date non précisée

Okeh Masterworks 88985346772/ Sony

En sacrifiant au rite du disque de Noël (sous-titré « Kurt Elling Sings Christmas »), le baryton de Chicago fait bien davantage que d'offrir un objet de saison négociable sur le marché du disque. Il propose un disque de jazz, avec son groupe régulier, augmenté de quelques contributions complémentaires, dont celle de sa toute jeune fille Luiza pour l'ultime plage. Et il n'a pas sacrifié à tous les choix obligés des scies de saison (White Chritsmas, Jingle Bells.....). On avait beaucoup aimé sa participation au disque « Upward Spiral » de Branford Marsalis sous le même label. Et là on continue d'adhérer à ce vrai talent de jazzman (voir la plage 8, Little Drummer Boy, formidable trio voix-basse-batterie). Kurt Elling se fend aussi d'un texte original sur l'une des pièces pour piano d'Eward Grieg. Beau disque de jazz, vraiment, où l'amateur chenu aurait aimé voir figurer Blue Christmas, de et par Bob Dorough, parodie acide du chant de Noël gravée en 1962 avec Miles Davis, Wayne Shorter, et arrangement de Gil Evans (sessions « Quiet Nights »). Bref c'est Noël pour tous les jazzfans, sans distinction de culture, de religion ou d'irréligion !

Xavier Prévost

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Kurt Elling est en tournée européenne : le 15 novembre à Paris au New Morning, le 17 à Fontainebleau (festival Jazz au Théâtre), le 18 à Bordeaux (Rocher de Palmer)

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 09:25

Avant le concert Portal/Kühn/Humair/Chevillon, le 10 novembre

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Jeudi 10 novembre 2016

J'ai manqué le solo de Joachim Florent au Palais Ducal, mais j'ai pu assister, à l'Auditorium Jean-Jaurès, au concert du quartette de Nils Wogram « Root 70 ». Le groupe du tromboniste allemand existe depuis 15 ans, mais c'est la première fois qu'il vient en France. Musique très élaborée, qui évoque l'esprit des années 50-60 (Mingus, Ornette Coleman, la West Coast....) pulsation et raffinement mêlés ; et esprit contemporain qui construit d'assez grandes formes, sophistiquées. Belle brochette : un formidable saxophoniste néo-zélandais, Hayden Chisholm, formé à Cologne, et qui peut sonner comme Paul Desmond ou Hal McKusick, tout en visant l'horizon de demain ; un contrebassiste britannique, Phil Donkin, qui navigue de l'Allemagne aux USA ; et un batteur allemand de Brooklyn, Jochen Rückert, qui forme avec le précédent un très belle, et subtile, assise rythmique. Vraie découverte !

 

D'JAZZ NEVERS : trois journées conclusives

En début de soirée, dans la grande salle de la Maison de la Culture, « Regards de Breizh », autour des photos de Guy Le Querrec. Le grand orchestre Nautilis accompagne les images du photographe, fils de Bretagne qui portait alors (années 60 à 80) un regard sur son cher territoire. Sur un grand écran, les photos parlent de ce monde authentique, parfois oublié de l'histoire, des personnages singuliers, et de cette vie quotidienne, ou festive, telle qu'elle ne se vit pas ailleurs. On aimerait que les photos soient offertes plus longtemps à notre regard : certaines sont connues, d'autres à découvrir. Cela va trop vite, mais nous gardons intact notre émerveillement, porté par une musique un peu illustrative, que l'on aurait aimée, peut-être, davantage en contrepoint. Mais le plaisir est là.

Puis la scène sera investie par Michel Portal et ses partenaires. Tous quatre étaient là en 1987 pour le premier festival ; c'est le 30ème, 29 ans plus tard. La passion de jouer n'a pas faibli. Joachim Kühn est à la fête avec ses complices, Portal et Daniel Humair, avec qui il a tant partagé. Et le contrebassiste Bruno Chevillon, familier des trois depuis quelques années déjà, est un aiguillon qui fait rebondir, ou qui détourne, la connivence bien établie. Principalement des thèmes de Portal et de Kühn, de facture assez proche : segmentée, anguleuse, sur des unissons rigoureux. Ces compositions sont surtout des tremplins, et ça décolle. Bel instant, très présent, qui caresse aussi nos souvenirs d'auditeurs.

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Vendredi 11 novembre2016

Autour de midi, dans la petite salle de la Maison de la Culture, l'incroyable quartette « La Scala ». Quatre musiciens de la nouvelle génération, qui explorent les chemins de traverse : Bartók, les musiques populaires, le jazz, les musiques répétitives, voire le rock progressif. Roberto Negro au piano, Théo Ceccaldi au violon, Valentin Ceccaldi au violoncelle et Adrien Chennebaut à la batterie sont des virtuoses de la pensée musicale autant que de l'aisance instrumentale. C'est vivant, décapant, enthousiasmant !

 

En fin d'après-midi, à l'écart du centre ville, dans le nouvel Espace Stéphane Hessel, le contrebassiste Claude Tchamitchian présente la nouvelle mouture de son grand ensemble, Acoustic Lousadzak. Deux violons, deux clarinettes, trompette, guitare, piano et batterie, avec des orfèvres du jazz écrit et improvisé, et Géraldine Keller, voix de la musique contemporaine qui s'égare volontiers du côté du jazz et de l'impro. Jazz de chambre, où l'écrit et l'improvisé alternent, parfois se mêlent, avec de grands emportements lyriques. Sur un texte adapté d'Agota Kristof, le grand poème de la vie se déploie dans une forme ambitieuse. Un disque intitulé « Need Eden » est d'ores et déjà enregistré, qui paraîtra en début d'année chez émouvance/Harmonia Mundi.

D'JAZZ NEVERS : trois journées conclusives

En répétition, de gauche à droite, Ramon Lopez, François Raulin, Anne Alvaro et François Corneloup, pour le concert-récit « Restez, je m'en vais »

 

Le soir, dans la grande salle Philippe-Genty de la Maison de la Culture, concert avec récitante. Le pianiste François Raulin a composé une musique inspirée par l'histoire d'Ishi, un Amérindien dernier survivant d'une tribu exterminée au début du XXème siècle par les colons de Californie. Son témoignage, enregistré sur des rouleauxde phonographe avant sa mort en 1916, a été transcrit dans un livre, dont la comédienne Anne Alvaro a choisi des extraits. Elle les profère avec une formidable expression, calant sa diction sur les mouvements la musique. François Corneloup aux saxophones, et Ramon Lopez à la batterie, étaient les partenaires de ce requiem-poing levé pour le dernier vivant d'un peuple anéanti. Beauté intense d'une sorte de poème tragique.

D'JAZZ NEVERS : trois journées conclusives

En seconde partie du même concert,

le quartette du trompettiste Avishai Cohen, avec le répertoire du disque « Into The Silence » , paru en début d'année chez ECM. Musique méditative, belle expression du trompettiste, soutien complice du pianiste Yonathan Avishai. En début de concert leurs partenaires, deux remplaçants, tardent à trouver leurs marques. Puis tout se délie : Yoni Zelnik, à la contrebasse, entre pleinement dans le jeu, et le batteur Jonathan Blake rebondit sur les climats avec un drumming parfois un peu trop appuyé. Mais le public est embarqué, et en rappel Art Deco de Don Cherry donne à entendre un autre climat. Beau concert, en définitive.

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Samedi 12 novembre 2016

Midi et quinze minutes. Le pianiste Stéphan Oliva entame une intro-mystère pour ce duo avec Jean-Marc Foltz. Gershwin est au programme, et c'est The Man I Love qui se révèle, à la clarinette. Développements recueillis, avec des réharmonisations tendues, et coda sur Fascinating Rhythm en version plus que lente, pour rester dans la tonalité du programme. Variations autour de Porgy and Bess et de Rhapsody in Blue, standards inoxydables (I Can't Get Started, Summertime....), nous sommes comblés. Ces versions sont résolument neuves, et c'est magnifique d'intensité.

D'JAZZ NEVERS : trois journées conclusives

Changement de décor à 18h30 à l'Auditorium Jean-Jaurès

 avec Coronado : musique aux rythmes fracturés, développés en de longs flux asymétriques. Le guitariste Gilles Coronado édifie des dialogues élaborés, et vifs, avec ses partenaires : Matthieu Metzger au saxophone alto, Antonin Rayon à l'orgue (et autres claviers) et Franck Vaillant à la batterie. Ils suivent des cycles rythmiques audacieux, mais ne s'égarent nullement, et n'hésitent pas à se rejoindre sur une énergie très rock. Un son neuf, une musique d'ailleurs : le rêve en quelques sorte.

D'JAZZ NEVERS : trois journées conclusives

Et pour conclure, à 20h30 dans la grande salle de la Maison de la Culture, l'apothéose du festival, avec John Scofield, qui aurait dû jouer le 14 novembre 2015, et s'était trouvé retenu à l'étranger en raison des attentats de la veille. Le voici, heureux de pouvoir enfin honorer le rendez-vous. Il parle avec tact de ces événements douloureux, et nous offre un concert bâti sur le répertoire de son dernier disque, « Country For Old Men » (Impulse/Universal). Musique country certes, mais jouée avec l'âme du blues. Extraordinaire expression à la guitare, qui chante, gronde et pleure. Pas de clichés, toujours des chemins neufs : une merveille ; et un groupe de rêve : Steve Swallow à la guitare basse acoustique, Bill Stewart à la batterie, et Larry Goldings à l'orgue (et au piano). Concert mémorable, où l'on entend une chanson de Dolly Parton devenir le tremplin d'une envolée en 6/8 digne de Coltrane sur Chim Chim Cheree !

Xavier Prévost

 

Liens pour les vidéos de Culture Box

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/d-jazz-nevers-festival/anne-alvaro-trio-raulincornelouplopez-au-d-jazz-nevers-247977

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/d-jazz-nevers-festival/avishai-cohen-quartet-au-d-jazz-nevers-247979

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/d-jazz-nevers-festival/john-scofield-au-d-jazz-nevers-247981

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/d-jazz-nevers-festival/magnetic-ensemble-feat-francois-corneloup-au-d-jazz-nevers-247983

 

Lien pour le Jazz Club de France Musique

http://www.francemusique.fr/emission/jazz-club/2016-2017/anne-alvaro-le-trio-de-raulin-corneloup-lopez-nevers-11-12-2016-19-00

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 17:42

Sylvain Kassap, Benjamin Duboc, Hamid Drake, le 9 novembre

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Lundi 7 novembre 2016

Le festival a commencé samedi en fantaisie multiforme : Fanfare orléanaise à fort tempérament hispanique, power trio helvète, Brotherhood Heritage (hommage vivant au regretté Chris Mc Gregor, voir le festival Europa du Mans)  http://www.lesdnj.com/2016/05/europa-jazz-une-journee-mancelle.html  et Truffaz pour conclure. Dimanche après-midi c'était recueillement de rigueur, avec John Surman en solo dans la Cathédrale. Les amis présents m'ont raconté ces deux journées, dont ils étaient plutôt contents. Arrivé dimanche soir sur le tard, je ne pourrai tenter de vous faire revivre, en forme de panorama, que les jours suivants.

Lundi, à l'heure de l'Angélus, dans la petite salle de la Maison de la Culture, c'était « Between », duo improvisé de musique et de danse, avec la danseuse-chorégraphe Héla Fattoumi et le violoncelliste Gaspar Claus. Plusieurs tableaux enchaînés dans une grande fluidité, mais en toute urgence, avec des images fortes, une prise de pouvoir du corps dans l'espace, et une poésie d'une belle expressivité.

Puis, à l'heure des Vêpres, à l'Auditorium Jean Jaurès, voici le Quatuor Ixi, formidable lancer de syncopes dans l'univers des cordes, avec un savant tuilage de l'improvisé dans l'écrit, des compositions inscrites dans des formes inventives (signées par le violoniste Régis Huby, l'altiste Guillaume Roy, et le violoncelliste Atsushi Sakaï), et de fulgurantes interventions du violoniste Théo Ceccaldi. Après 20 ans d'expérience commune des deux fondateurs, Régis et Guillaume, une belle confirmation du fait que, sans négliger l'histoire de cette instrumentation, notamment au vingtième siècle, on peut envisager autrement le son d'ensemble et l'interaction des voix.

Et à Complies, dans la grande salle de ma Maison de la Culture, la soirée commence avec le trio de Gary Peacock, annoncé en seconde partie. Il ouvre le spectacle car un probème d'annulations de vols internationaux affecte l'un des membres du trio qui va suivre. Le contrebassiste joue une longue introduction, et l'on se demande un instant où elle va aboutir. Vient le piano de Marc Copland, qui révèle le standard choisi, Estate. Ce début est un peu hésitant, voire laborieux. Tout s'éclaire ensuite, avec Jade Vision, Footprints et Watch What Happens. Le pianiste excelle dans l'art de poser des harmonies très riches, parfois audacieuses, et cela nourrit le cheminement du trio. Le batteur Mark Ferber montre une certaine subtilité, et une richesse de timbres. On est en vitesse de croisière. On aura ensuite des compositions originales, dont Vignette de Peacock, qui figurait sur le disque « Tales of Another » en 1977, sous le nom du contrebassiste avec pour pianiste un certain.... Keith Jarrett. Et après I Loves You Porgy, le rappel conclura pour de bon avec Doxy, de Sonny Rollins. Un beau moment de trio, avec cependant quelques baisses de régime.

Un trio devait suivre, vers 22h : Sclavis / Courtois / Pifarély. Mais Vincent Cortois, retenu à Sarajevo depuis la veille en soirée par plusieurs annulations successives de vol, pour mauvais temps et avec leurs conséquences en terme de saturation des vols suivants, n'a pas pu rallier Nevers dans les délais. C'est donc en duo que Dominique Pifarély au violon, et Louis Sclavis aux clarinettes, vont jouer une partie du répertoire de ce nouveau trio (qui fera l'objet prochainement d'un disque ECM). Pour avoir entendu ce trio à Paris à l'Atelier du Plateau, je peux témoigner que les versions étaient très différentes, mais pas moins vivantes. Les deux musiciens se sont stimulés, entre soubassement et solos, à tour de rôle, donnant à ce concert une densité mémorable. Quelques compositions d'un autre répertoire sont venues compléter ce programme qui a séduit toute l'assistance, et fait oublier le désagrément de cette défection très involontaire.

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Mardi 8 novembre 2016

Départ en impro totale, dès midi et quart, avec le duo Joëlle Léandre / Serge Teyssot-Gay. Ils jouent régulièrement ensemble, et ont aussi enregistré, mais le concert garde la fraîcheur d'un commencement. Le guitariste enfouit d'abord son énergie rock dans de longues tenues, sans attaque, auxquelles la contrebassiste répond à l'archet, en circonvolutions soyeuses. Puis le débat s'anime. Le pizzicato s'installe, l'expression se fait plus vive, les modes de jeu plus hétérodoxes : on entre dans le vif du sujet. Joëlle élabore un groove puissant, sur lequel elle pose, de sa belle voix, des profondeurs venues du gospel et des révoltes afro-américaines. Plus loin elle inventera une langue de fantaisie. Et toujours la force d'expression passe la rampe, soutenue en écho par le guitariste. Et la boucle de l'improvisation se refermera en douceur, quand la connivence des improvisateurs indiquera le terme, naturel et cohérent, d'une nouvelle page d'improvisation.

À 18h30, au Café Charbon, concert de Voodoo, rassemblé par le guitariste lyonnais Philippe Gordiani. Une très belle idée : réveiller l'imaginaire d'une rencontre musicale manquée entre Miles Davis et Jimi Hendrix. Le groupe a enregistré durant plusieurs jours dans le lieu en vue d'un prochain disque, qui sera complété par l'enregistrement du concert. Le trompettiste Antoine Berjeaut ne se réfère pas directement à Miles Davis, et cela participe à la force du projet. Le but est de composer, à partir des thèmes de Miles, période électrique, et de Hendrix, un ensemble qui restitue l'énergie de groupe, le groove, l'engagement des musiciens dans l'unité d'ensemble. Alice Perret aux claviers, Joachim Florent à la guitare basse, et Emmanuel Scarpa à la batterie, ont exactement le profil de la situation. C'est d'une grande effervescence collective, les solos se fondent dans la texture du groupe : belle réussite. On attend le disque avec une certaine impatience.

À 20h30, dans la grande salle de la Maison de la Culture, la soirée commence avec Equal Crossings, le groupe de Régis Huby. Grande suite en trois mouvements (publiée sur le disque éponyme chez Abalone / L'Autre distribution), c'est une œuvre qui traverse les territoires du jazz, de la musique improvisée, et de la musique contemporaine, voire du rock progressif. On glisse en permanence de l'écrit à l'improvisé, avec des interprètes-improvisateurs de haut vol : Marc Ducret, Bruno Angelini, et Michele Rabbia. Les échanges improvisés sont vifs et impressionnants, les parties écrites affichent une densité indéniable, avec des successions de tensions et de détentes qui donnent à la grande forme son armature. Une fois encore (après le quatuor Ixi), Régis Huby impose la qualité de son travail comme une évidence.

Vers 22h15, au même endroit, c'est la conclusion de la journée, avec le duo trompette-piano Paolo FresuUri Caine. C'est un duo régulier, qui s'est produit dans beaucoup de pays, depuis une dizaine d'années. Son matériau musical ? Les standards (de Broadway, et ceux du jazz), et sur l'autre versant la musique classique, et plutôt la période baroque. On va de Bach à Monteverdi et Barbara Strozzi, en passant par Gershwin, Miles Davis, Charlie Haden, Dizzy Gillespie, Sonny Rollins.... Le trompettiste impose son extraordinaire sens mélodique, en douceur, et devient véhément dans l'improvisation, glissant en permanence de la trompette au bugle. Uri Caine affiche un jeu nourri, fébrile mais d'une grande précision, et fait sonner le piano (ou le piano électrique) comme un orchestre. Parfois ils improvisent simultanément, croisant leurs lignes dans un dialogue vertigineux. Parfois un peu chargé côté piano, mais quand même, quelle joute !

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Mercredi 9 novembre 2016

Tout commence autour de midi, dans la salle Lauberty de la Maison de la Culture, avec le duo Busking, qui associe la guitariste Hasse Poulsen à la contrebassiste Hélène Labarrière. Comme ils l'ont fait sur leur disque éponyme (Innacor / L'Autre distribution), ils vont improviser à partir de chansons pop anglaises, danoises... ou francophones. La matière musicale est traitée avec la plus grande liberté d'improvisation, mais en passant souvent par un exposé fidèle, en appuyant si nécessaire sur le côté folky. De Phantom of the Paradise à Starmania en passant par Formidable, tous ces thèmes populaires sont visités avec une liberté confondante. Et sur Lucy In The Sky With Diamonds, le guitariste part dans un délire psychédélique sous acide, lequel atterrira en douceur sur une réexposition sereine par la contrebassiste. Belle pirouette qui révèle l'essence du projet.

Vers18h30, à l'Auditorium Jean-Jaurès, le groupe « Ethics » du contrebassiste Michel Benita fait entendre sa musique de mélanges sans frontières. On part souvent d'une base apaisée, d'un matériau musical d'une simplicité apparente, plutôt folky, et les éléments s'agrègent autour de la contrebasse, qui délivre la pulsation matricielle, et de la batterie de Philippe « Pipon » Garcia, doublée d'effets électro-acoustique qui balisent le terrain. Le bugle de Matthieu Michel trace des lignes claires, avec ce timbre inimitable, souvent en unisson ou en dialogue avec le koto de Mieko Miyazaki. Et la guitare de N'Guyên Lê joue tous les rôles, atmosphérique autant que soliste. On se laisse porter par une sorte d'envoûtement, jusqu'à une tension dans les improvisations qui parfois atteint un paroxysme rock, version fusion, ou encore progressif, attisé par la voix de Mieko Miyazaki. Le tout sur un répertoire où le disque récent, « River Silver » (ECM) ; prend une belle place, mais dans une approche attisée par le contexte de musique vivante.

 

D'JAZZ NEVERS : trois journées panoramiques

©Maxim François

À 20h30 la salle Philippe-Genty de la Maison de la Culture accueille en première partie un concert spectacle, J'ai horreur du printemps, inspiré par la bande dessinée Le Petit Cirque, de Fred. Mélange d'images de la BD, de musique originale (Stéphan Oliva, avec Christophe Monniot, Claude Tchamitchian et Ramon Lopez) et de poésie acrobatique. Conceptrice avec Stéphan Oliva de ce beau projet, Mélissa Von Vépy se présente comme artiste aérienne. Elle surgit de dessus l'écran, sur lequel elle évolue de son agilité acrobate (qui lui vient de sa pratique du trapèze) et le spectacle s'intègre aux images de la BD, mises en mouvement. C'est d'une infinie poésie, comme une parfaite réussite d'un spectacle pluri-disciplinaire qui aurait vraiment trouvé son accomplissement.

Vers 22h30 ce sera un trio d'improvisation, qui rassemble le clarinettiste Sylvain Kassap, le batteur Hamid Drake, et le contrebassiste Benjamin Duboc. Une phrase de clarinette basse installe un espace où la contrebasse, furtive, et la batterie, bruissante, vont s'insérer. Puis le dialogue s'installe, l'échange s'intensifie, et l'effervescence bat son plein. Une autre clarinette, petite, et démontée en deux segments joués simultanément, va introduire un autre climat, et de nouveaux emportements. Et ainsi de suite, dans un concert où le fil de l'improvisation défie le fil du temps, de surprise en égarement, d'incertitude en affirmation fougueuse. Tout le charme de la musique improvisée tient dans ce cheminement, magnifiquement erratique. Son charme, et sa beauté.

Xavier Prévost

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:38

« Dans le prolongement »

Régis Huby (violon, composition), Théo Ceccaldi (violon), Guillaume Roy (alto), Atsushi Sakaï (violoncelle), François Couturier (piano)

Théâtre 71, Malakoff, 3 novembre 2016, 20h30

Le violoniste-compositeur-improvisateur Régis Huby est en résidence artistique pour deux saisons au Théâtre 71 de Malakoff, lequel a eu la bonne idée d'accueillir cette production du Centre culturel de rencontre de l'Abbaye de Noirac. Le Quatuor ixi, piloté depuis 20 ans par le binôme Régis Huby – Guillaume Roy, navigue avec audace entre le jazz, la musique improvisée et l'histoire récente du quatuor à cordes. Et pour l'occasion le quatuor convie un pianiste qui partage avec lui le goût des chemins de traverse, entre les idiomes et les styles.

En guise de bienvenue à l'invité, le quatuor choisit de commencer avec une composition du pianiste, tirée du répertoire de son « Tarkovsky Quartet » : recueillement, ascèse et lyrisme. Puis viennent les compositions de Régis Huby, objet de cette création. Le langage du quatuor porte toutes les traces de son histoire : tropisme jazz, goût de l'improvisation, écriture exigeante, marquée par l'histoire musicale du vingtième siècle. Le mélomane moyen mais attentif que je suis pense parfois à Alban Berg pour l'expressivité, à Bartók pour les intervalles tendus et les réminiscences traditionnelles (ici, un court instant, la musique celtique), pour les rythmes aussi ; et à Stravinski pour les séquences rythmiques lancinantes, les syncopes et l'incantation ; et quelques instants, dans un solo, furtivement, le souvenir de Tzigane de Ravel.. Les compositions sont construites pour accueillir, par tuilage discret, des cadences improvisées de chacun. Les deux violonistes font un instant cadence commune, où leur musicalité et leur énergie font merveille. Régis Huby me confie, à la fin du concert, qu'il ressent chez Théo Ceccaldi la fougue du violoniste qu'il était lui-même voici vingt ans, et me dit que Guillaume Roy éprouve en les écoutant la même sensation. La musique est bâtie sur des contrastes parfois violents, mais les nuances sont palpables, et ce quintette avec piano respire l'harmonie jusque dans les dissonances : au-delà de l'harmonie purement musicale, une adéquation humaine, reflet du rythme qui régit le vivant. Les improvisations de chacun insèrent dans le déroulement cette tension, et cette mise en suspens, nécessaires à toute expression artistique. Vient une composition de Guillaume Roy, qui prolonge la pièce centrale qui donne son titre à cette création : Dans le prolongement. Communauté de langage, même liberté, même densité. Conclusion du concert avec à nouveau une pièce signée Régis Huby, et en rappel un thème du répertoire du Quatuor Ixi, réarrangé pour accueillir l'invité de la soirée, qui a magnifiquement tenu sa place dans ce Quintette à cordes pas tout à fait éphémère puisqu'il revivra, notamment en janvier à la Maison de la Culture de Grenoble, et en mars à Sceaux, aux Gémeaux.

Xavier Prévost

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Le quatuor IXI dans l'émission À l'Improviste d'Anne Montaron sur France Musique le 21 février 2015

http://www.francemusique.fr/player/resource/74633-85783

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 11:07
MARTIAL SOLAL et DAVE LIEBMAN en duo à la Maison de la Radio

    En arrivant vers 18h, pour la fin de la balance, je croise près des coulisses Jean-Jacques Quesada, saxophoniste élève et ami de Dave Liebman. Il m'invite à me faire discret en traversant le plateau, car Martial et Dave sont en train d'enregistrer quelques pièces pour compléter un disque qui pourrait paraître, avec des extraits du concert à venir, et de la seconde soirée de décembre 2015, au Sunside, captée par France Musique pour le Jazz Club. Les deux musiciens sont très concentrés, et leur plaisir de jouer est palpable. Après la balance, retour dans les loges pour un tête-à-tête studieux : les deux compères veulent choisir quelques standards, en privilégiant ceux qu'ils n'ont joués ni en décembre dernier, ni cet été au festival Jazz and Wine, à Sauternes.

   Exceptionnellement, ce Jazz sur le Vif est à 20h, et au grand studio 104. Après Invitation, au ténor, Liebman passe au soprano pour Stella by Starlight. Solal, dans ses intros comme dans ses exposés, batifole au large du thème (il effleure à nouveau Invitation, et il y reviendra plus tard dans le concert....), quand son partenaire choisit souvent un énoncé presque littéral, avant de s'aventurer loin des bases. Retour au ténor pour une composition du pianiste, In and Out. Un peu de mélancolie, des intervalles distendus, l'esquisse d'un autre monde. Puis standard à nouveau, avec Just Friends, que Martial aime beaucoup jouer en duo. Envolée du pianiste, arrêt surprise, et enchaînement de Liebman pour un stop chorus qui tutoie l'horizon. Dave passe au soprano pour Small One, une de ses compositions, qu'il avait jouée avec Elvin Jones. Petite valse sentimentale (et assez noble) qui explose très vite en saillies pyrotechniques. Et pour conclure la première partie, un inoxydable standard du jazz, A Night in Tunisia, que Martial décortique avec science et humour dans l'intro, avant de laisser Dave jouer le thème en toute liberté.

   La reprise, pour le second set, se joue sur une version très cubiste de Night and Day. Les deux complices s'en donnent à cœur joie dans cet espace de liberté que constitue un standard tellement ressassé qu'il est une injonction majeure de liberté. Et ils ne s'en privent pas. Comme sur Satin Doll qui suivra, pour un chassé-croisé du meilleur aloi. Vient le moment où la saxophoniste, délaissant les saxophones, opte pour cette toute petite flûte indienne qu'il adore, et dont il extrait un thème de son cru, Cosmos. Martial Solal procure les accords et les arpèges requis, en ouvrant çà et là des portes secrètes. Retour au soprano pour Summertime : Martial dynamite l'intro, et Dave expose fidèlement, avec une belle expressivité, avant de s'aventurer vers le grand large. Martial posera une coda abrupte, comme pour dire que l'on s'est assez amusé avec cette vieille scie. Car le moment est venu d'une autre composition du pianiste, Coming Yesterday, inaugurée en 1978 pour le disque « Suite for Trio » : thème sinueux, suspendu, qui débouchera sur de torrides envolées de Liebman au soprano. Un standard encore, et quel, avec Body and Soul, traité avec toutes les libertés qu'autorise le talent : un monument si souvent visité vaut bien quelques détours dans les méandres de la mémoire, et les duettistes ne se privent d'aucune audace. Pour le rappel, un bon vieil anatole (mais semble-t-il pas en Si bémol), et What Is This Thing Called Love pour vraiment conclure, par une pirouette qui s'impose sur Hot House. Quel voyage, une fois de plus ! Un voyage organisé par Arnaud Merlin pour la série « Jazz sur le vif », qui donne rendez-vous le samedi 19 novembre à l'horaire coutumier, 17h30, et dans le lieu habituel, le studio 105, pour écouter le quartet du saxophoniste néerlandais Barend Middelhoff, et celui du tromboniste suisse Samuel Blaser. Encore une très belle affiche.

Xavier Prévost

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France Musique n'a pour le moment pas indiqué de date de diffusion pour le très beau concert Solal-Liebman

 

 

 

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