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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:14

Ramberto ciammarughi (p), Miroslav Vitous (cb), Gerald Cleaver (dms)

Enregistré 6-9 juin 2006

Cam Jazz 2013

 

 ramberto.jpg

 

Même si elle n'est pas révélatrice de la suite de l'album, l'ouverture absolument magistrale et bouleversante, en solo de Bye Bye Blackbird nous fait entrer de plain pied dans l’univers très sensible de ce jeune pianiste jusqu’ici inconnu. Pour un coup d’essai Ramberto Ciammarughi signe un coup de maître en s’entourait, lorsque ce disque a été réalisé en 2006 de Miroslav Vitous à la contrebasse et Gérald Cleaver à la batterie. Excusez du peu. De quoi en tout cas donner des armes à l’émergence d’un nouveau power trio que l’on pressent et qui se révèle effectivement dans la suite de l’album. Car la suite est en effet bien plus tempétueuse et admirablement construite. Dès le 2eme morceau, Anabasys, c'est l’énergie décapante qui circule au sein du trio qui impressionne. Flot tumultueux empreint d'un groove furieux. Le pianiste s’y fait inventif, déstructurant voire un peu déconcertant parfois. Sa musique, prise ici en live en 2006 n’est pas facile. Elle plonge dans certaines racines d’un jazz moderne à l’instar de ce B-loose où le pianiste martèle les accords dans le grave à coups de block chords auxquels succèdent des silences et des syncopes puis des envolées lyriques. Tout sauf linéaire. Le swing et le groove côtoient des inspirations plus rocks tout en affirmant ses références classiques dans ce Joannes B, hommage à Brahms dont on retrouve à certains égards le caractère parfois sombre et symphonique.

Ramberto Ciammarughi est de toute évidence un pianiste fascinant, intéressant et captivant dans ses constructions musicales. Il faut écouter aussi ce Come sempre (bâti sur le même mode que I remember you), en clair obscur, en mode mineur assez sombre. Où le pianiste affiche une musicalité très introvertie, très dense sur le plan émotionnel. Toujours à la recherche d’une nouvelle formule du trio piano-basse-batterie. Avec une sensibilité, une forme de nostalgie et de noirceur qui émane parfois de son jeu. Refusant de déployer un jeu linéaire, refusant les lignes droites ou les courbes pour privilégier les digressions harmoniques et rythmiques.

Fascinant et intelligent.

Jean-Marc Gelin

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 14:13

 jazzsurseine.jpeg

 

Toute l’année, ils animent les nuits de Paris et des alentours avec le jazz qu’ils aiment et défendent, les patrons (et patronnes) des clubs et autres lieux. Taisant leur concurrence et leurs sensibilités artistiques, ils se sont regroupés dans l’Association Paris Jazz Club qui prend une nouvelle initiative en organisant un festival au cœur de l’automne, le Festival Jazz sur Seine, du 12 au 24 octobre.

Une dizaine de jours –le soir naturellement mais aussi pendant la journée- dix-huit lieux, clubs et scènes vont accueillir des concerts, showcases d’artistes (et contacts potentiels avec des agents, tourneurs, programmateurs…) et ateliers de sensibilisation pour les jeunes de quartiers prioritaires.


Le plateau artistique s’annonce riche avec 450 interprètes représentant tous les styles- défenseurs de la tradition, avant-gardistes…- et les amateurs pourront aussi découvrir ces caves, clubs et scènes de Paris – à commencer par les « Big Three » de la Rue des Lombards, le Duc-le Sunset-Sunside-le Baiser Salé- mais aussi au-delà du périphérique l’Espace Daniel Sorano (Vincennes) ou Le Triton, récemment rénové (Les Lilas).

Désireux de séduire un nouveau public, l’Association a décidé également de jouer la carte budgétaire en créant un Pass, à 40 euros, qui ouvre la porte à trois concerts, à condition qu’ils se tiennent dans trois endroits différents. Vivent la découverte et le voyage !

Jean-Louis Lemarchand 

Toutes informations sur le site www.jazzsurseine.fr

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 08:29

 

Richard Turegano (p), Yoni Zelnik : Contrebasse, Frédéric Chapperon : batterie, Jan Schumacher : Trompette, Bugle, composition, Emilie Lesbros : chant expérimental, Guéorgui Kornazov : Trombone, Issa Mourad : Oud

 

schumacher.jpg

Jan Schumacher est un jeune trompettiste allemand que nous avions, aux DNJ découvert à l’occasion  de  son précédent album, « Windstille ». Il nous avait alors littéralement bluffé  par  la  brillance  de son jeu. Le musicien avait ensuite  un  peu  disparu  des radars,  en  marge des formations de la scène parisienne où l’on ne le retrouve que rarement en sideman.

Plusieurs  années après cet album, le trompettiste nous revient aujourd’hui avec  «Trapèze  »  pour  une nouvelle proposition totalement décoiffante. Celui  qui se catalogue lui-même dans la catégorie «  jazz oriental » donne ici  un grand pied dans la fourmilière des clichés pour bousculer pas mal de frontières et  pas  mal  de formats collés  souvent  à  cette musique. Car le jazz d’orient dont il parle brass(e) large allant des pays slaves au pays arabes avec un ancrage dans une rythmique qui groove. Imaginez un peu l’incroyable Boban  Markovic,  star  des fanfares serbes soufflant aux côtés d’un joueur d’oud  avec  un esprit de swing et de danse et vous aurez un idée du climat de  cet  album. Pari impossible mais trait d’union pourtant réalisé par Jan Schumacher avec techniquement, le même brio que son aîné serbe.

Et  le  lien  entre  ces  différents univers c’est avant tout cette énergie que déploie ce groupe dans lequel le trompettiste-compositeur, éclate,  rutile  et étincelle brillamment. Quel mordant dans l’embouchure ! Quelle  urgence  à dire ! Il faut écouter ces aigus qu’il sort sur un thème comme  Fenouil où l’on entend justement la marque des frères Markovic. Il faut l’entendre se jouer des quarts de tons, enchaîner les trilles avec une formidable  puissance de son. Avec une telle étendue de registre. Et quelle maîtrise dans les graves sur Zweifel par exemple ! L’on pense à quelques héros  de  l’instrument comme Freddie Hubbard notamment ou, plus près  de  nous  Avishai  Cohen  (pas  le  contrebassiste, le trompettiste israélien).

« Multicolore feeling bandas » pourrait on dire !

Il  y  a  du  cirque et de la fanfare réunies dans l’idée de cet album mais avec  un  profond  ancrage au jazz. Gueorgi Kornazov, empreint de cette  culture de l’Est de  l’Europe et du jazz européen qu’il cultivait jusqu’à il y a peu avec Henri Texier  y apporte toute la folie de son jeu au trombone avec la même  rutilance,  repoussant sans  cesse  les  limites de son instrument ( Fenouil,  ou  encore  Unwege). Totalement déjanté dans le jeu avec un growl impressionnant.  Le  cocktail  de ces deux cuivres y est alors littéralement explosif.

Emilie  Lesbros  pose sa voix de vestale sur quelques thèmes un peu décalés qui  viennent  adoucir  les  angles  pointus  et  acérés.  Mais  comme  Jan Schumacher semble avoir demandé à chacun des musiciens de jouer en parfaite liberté,  la chanteuse est elle aussi invitée à pousser ses limites vocales dans un exercice assez iconoclaste ( Etoile polaire ,Trapèze).

Quant à la rythmique, sous les coups de boutoirs de Zelnik ( gros gros son) et  de Frederic  Chapperon,  elle insuffle la pulse permanente, binaire le plus souvent, de manière assez irrésistible.

Que les programmateurs n’hésitent pas une seconde : ce groupe là nous offre une musique  incandescente. Le public ne demandera qu’à s’y brûler avec délectation.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 10:03

logo-tsf-jazz.png

Musique de l'improvisation, le jazz donne le meilleur de lui-même en direct. TSF Jazz le démontre dans les programmes de sa 14 ème saison. La radio qui compte 300 000 auditeurs quotidiens confie les rênes d'un créneau horaire très prisé-le 19-20 h- à deux interprètes spectaculaires experts dans l'art de la scène, Jamie Cullum, pour sa troisième saison, le mardi, et Marcus Miller, le jeudi, avec démarrage le 26 septembre.

Sur TSF Jazz, la soirée reste dédiée au Live avec la retransmission de concerts de 21 h à minuit, en direct des clubs et salles de France et aussi du monde (Montréal pour le festival de l'été, mais aussi l'an dernier l'Afrique du Sud et l'année prochaine New York pour une semaine spéciale prévue en janvier).

Seule radio 100 % jazz, diffusée 24 h sur 24, où les femmes font entendre leur voix et leurs choix ( Nathalie Piolé, Laure Albernhe, Caroline Fontanieu) TSF Jazz a sensiblement modifié sa grille de programmes pour 2013-2014 pour confier désormais une émission hebdomadaire, le dimanche de 19 h à 20 H 30 à Pierre Bouteiller, l'animateur de Si Bémol & Fadaises. L'homme de radio et d'humour recevait ainsi dimanche dernier Marcel Zanini,  jeune nonagénaire et clarinettiste.

Directeur de l'antenne et des programmes, Sébastien Vidal anime la tranche quotidienne du 17-19 h en semaine, dédiée à l'actualité, et  présente chaque lundi avec Laurent Sapir de 19 h à 20 h une heure d'actualité en direct du Duc des Lombards, club dont il assume également la direction artistique (350 concerts /an et 35.000 spectateurs). TSF Jazz prépare également son rendez-vous annuel avec le concert You & The Night and The Music le 16 décembre à l'Olympia.

Jean-Louis Lemarchand

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:41

 

Blue Note 2013

 

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui étaient l'autre soir au concert de Gregory Porter à la Villette, cela ne fait aucun doute : ce chanteur a l'étoffe des monstres sacrés comme on en produit peu. Très peu. De fait Grégory Porter est énorme ! (Et l'on ne parle pas ici de sa corpulence toute pavarotienne). Ne serait-ce que par sa présence scénique, ne serait-ce aussi que par cette voix et ce feeling incroyables, ne serait-ce encore que par les racines qui l'ancrent aussi bien du côté de Marvin Gaye que de Curtis Mayfield, Gregory Porter est phénoménal.

Soulman totalement revendiqué jusqu'à composer lui-même, dans cette pure veine des héritiers de la Motown le matériau de son dernier album ( "Liquid Spirit"), Gregory Porter sait y faire ! En star américaine hyper charismatique il se montre capable de mettre le feu à la scène d'un simple claquement de mains, d'un simple geste de l'épaule tout simplement par le charisme  qu'il dégage.  Mais avant tout Gregory Porter est un chanteur exceptionnel. De ceux qui sont capables de tout transcender et de donner une dimension hallucinante à la plus insignifiante des chansons. Et c'est bien pour cela que l'on est prêt à tout lui pardonner. Tenez prenez par exemple Water under bridges. Dans un autre contexte, avec un autre chanteur, le thème un peu insipide, prendrait des allures de chanson pour gala de milliardaires américains venu soutenir une fondation théodule. Mais avec Gregory Porter, on chavire, transpercés de part en part par le timbre d'une voix crooneuse à souhait et par un feeling hallucinant qui, quelque soit le tempo, peut faire fondre n'importe quel auditeur. En jazz il y avait bien des gars comme Sinatra qui étaient capables de cela. Dans la soul il y avait aussi Marvin Gaye.

Alors oui, on est prêt, à la 179 ème écoute à lui pardonner cette soul-soupe qui l'entraîne parfois vers des rivages un peu faciles d'autant plus que le chanteur colossal a le mérite de se coltiner les compos lui-même. Et ces compos sont la preuve de la grande générosité d’un chanteur qui se livre, aussi sensible qu'engagé. Et puis finalement, quel mal y a t-il à faire de l'easy listening lorsque cela est fait avec autant de talent ? Tenez, autre exemple : écoutez Hey Laura. Là encore une compo un peu facile, mais alors quel sens du groove ! quelle sensualité ! et quelle classe !

En signant sur le label Blue Note il fallait bien s'attendre à ce que le chanteur crooner fasse quelques concessions et passe un peu dans la machine à formater. Et pourtant on marche à la sincérité de l'artiste, on a envie d'y croire. Gregory Porter parle de ses racines musicales. Dans le jazz par exemple avec sa relecture de Lonesome lover d'Abbey Licoln et Max Roach. Ou encore avec un standard comme I fall in love too easily. On le croit aussi dans son engagement contre la musique de recup comme dans ce Musical Genocide. Il y a de la conviction chez Porter. Sur scène il lui en faut peu pour faire vibrer le public. Il peut prendre un thème archi rebattu comme Worksong pour se faire alors interprète d'une cause noire comme si les champs de coton d’hier étaient bien ceux d'aujourd'hui. Avec ce qu'il faut de conviction, de force et violence, mais toujours avec la hauteur qui le place à des années lumières de ceux qui essaieraient bien de le suivre, voire de l'imiter.

 

 

 

De loin Liquid Spirit est le meilleur disque de Gregory Porter. Le plus personnel aussi. Celui dans lequel le chanteur semble se livrer avec sincérité et générosité. Mais avec toujours un art sous parfaite maîtrise. Du grand professionnalisme dont on fait les héros, les bêtes de scène et les monstres sacrés. Sur scène on l'entend chanter : can I be a jazz singer ? can I be soul ? can I be funk ? can I be gospel ? A toutes ces questions on répond oui en applaudissant des deux mains et en lui réservant une longue standing ovation. Car nous sommes définitivement un public sous le charme d'un chanteur généreux et nous coulant avec délice dans cette musique un peu revival et vintage.

Jean-Marc Gelin

 Liquid-Spirit.jpg

 

Ps : en live petite mention toute spéciale pour  pianiste et directeur musical. En revanche mention moins pour le saxophoniste Yosuke Satoce saxophoniste répétitif et spectaculaire qui mériterait d'apprendre du maître une leçon de feeling.

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 17:52

Sunnyside 2013

Laurent Coq (p), Ralph Lavital (g), Nicolas Pelage (vc)

 laurent-coq.jpg

Cet album de Laurent Coq aurait pu s'entendre comme dialogue à deux tant il repose avant tout sur la belle rencontre entre le pianiste et, découverte totale, le jeune guitariste Ralph Lavital que beaucoup entendront ici pour la première fois.

On connaît le goût de Laurent Coq pour les belles rencontres harmoniques. On se souvient aussi du travail d'orfèvre qu'il faisait il y a peu avec le saxophoniste Olivier Zanot ou encore avec Miguel Zenon autour de l'œuvre de Cortazar. Ici, le pianiste place la rencontre sous le signe des grands duos piano-guitare, l'une des formules les plus exigeantes qui soit tant les résonances harmoniques des deux instruments supposent aux musiciens d'être dans l'écoute permanente, dans la recherche de l'intention juste, pour toujours se compléter sans jamais se gêner. Dans les références absolues de tout ceux qui entreprennent de faire cohabiter ces deux instruments à cordes, il y a celle qui jadis réunissait Bill Evans et Jim hall et qui demeure en la matière le summum de ce type de réunion.

Ici la musique que propose Laurent Coq  est une musique à la fois fluide et d'une grande fraîcheur.  Une musique qui circule entre les deux, avec la légèreté de l'eau, et l'agilité d'un cours sinueux. La complémentarité du pianiste et du guitariste s’y fait exemplaire et empathique. Il y a des monuments d’infinie délicatesse sous les doigts du pianiste comme dans Carroussel où jamais l'élan pianistique ne déborde, jamais exubérant toujours avec un incroyable feeling tout en installant le groove. Il y a  aussi des moments où l'on assiste à une sorte de danse entre les deux protagonistes. Écouter Prêchotin sur lequel l'aisance de Laurent Coq séduit.

Laurent Coq s’y révèle plus que jamais comme un admirable compositeur. Les très beaux thèmes exhalent ici des pépites mélodiques et harmoniques au point même d’en faire parfois des chansons interprétées sur 4 titres par Nicolas Pelage. Même si cette voix un peu détimbrée dénote parfois, il faut souligner ces très beaux moments comme cette jolie petite ritournelle, Souvenirs Ti Manmay qui m'a ému ou encore ce morceau d'ouverture Mwen two Kontan qui donne le ton d'un album à la créolité joyeuse et légère, comme un moment d'exaltation de musique. On marche dans l’histoire, on a envie de danser et de chanter. On suit Laurent Coq dans ce discours.

Mais il y a aussi cette sacrée découverte du feeling de ce nouveau guitariste, Ralph Lavital qui fut un temps l’élève du pianiste à l‘EDIM. Il faut l'écouter et se laisser embarquer par le lyrisme de ses improvisations sur Mwen Two Kontant pour comprendre d'emblée que l'on a affaire à un guitariste rare tout en feeling et en élégance du dire. Quel souplesse dans le jeu ! quel son ! quelle richesse des improvisations et, pour tout dire, quelle maturité dans le jeu !

Avec une science de l’équilibre parfait les deux musiciens jouent comme s’ils se connaissaient d’avant le déluge. Jouent entre la musique et les silences dans une parfaite osmose. Un peu comme une conversation entre deux musiciens totalement en phase.

Il y a de l’enthousiasme à dire et à jouer. Et c’est cet enthousiasme-là, si communicatif qui fait que cet album tourne en boucle depuis plus d’une semaine dans mes écouteurs et m’accompagne au petit matin, le cœur léger. Très léger.
Dans les liners note, Laurent Coq dédie cet album à ceux qui « regardent le ciel à travers la fenêtre de leur chambre d’hôpital et à ceux qui les accompagnent ».

Il leur fait là un magnifique cadeau du ciel.

Jean-Marc Gelin

 

 

 


 

 

 


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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 22:18

 

UNIT RECORDS 2013

Yael Miller (vc), Julie Campiche (harpe), Manu Hagmann (cb), Roland Merlinc (dms)

 orioxy.jpg

C'est un quartet genevois intéressant. Pas transcendant loin de là, mais intéressant. D’abord par son instrumentuum qui associe deux instruments à cordes ( harpe et contrebasse) , une batterie et une voix. C'est une pièce théâtrale qui se déroule comme une sorte d'oeuvre antique. La chanteuse israélienne Yael Miller vocalise ou chante en hébreu. Le quartet installe une musique parfois étrange et fantomatique, parfois roots et wild. On est prêts à se laisser prendre la main par une vestale flottante sans savoir vraiment où et dans quel but. La harpe de Julie Campiche apporte cette couleur céleste et poétique alors que la basse de Manu Hagmann donne la pulse jazz avec les frottements de peaux délicats de Roland Merlinc. Quant à la chanteuse, c'est vers des rivages marins qu'elle ne laisse de nous entraîner. Voyage onirique, méditérannéen ou africain ( Imtamouti, Zmam) dans un métissage heureux. Vapeurs ensoleillées. World musique apaisée.

Parfois le groupe voudrait donner une intensité plus sauvage, plus rock tout en restant quand même en dedans sans véritablement impulser une quelconque énergie ( We're done - May 21). Ou alors blues à l'image de ce Wise man.

Mais l'ensemble nous a donné le sentiment d'une musique hésitante quant au choix à prendre, jouant la carte de la chanteuse sans savoir véritablement dans quelle direction aller. Un peu inaboutie parfois, la musique nous donne un peu le sentiment d’une certaine préciosité à l'image de The Others strangers qui sur le plan vocal nous laisse spectateur d'une performance qui n'en est pas vraiment une. L'émotion n'effleure jamais vraiment. Un peu comme un exercice pour tremplin de jeunes talents. Bien qu'elle ne manque pas d'une certain charme, voire d'un charme certain.

 

Jean-Marc Gelin 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 20:54

 

New Amsterdam 2013

 darcy-james-argue-brooklyn-babylon.jpg

 

 

Nous nous étions complètement enflammés en 2009 lorsque le jeune compositeur canadien Darcy James Argue avait sorti sur le label New Amsterdam, son « Infernal machine ».http://www.lesdnj.com/article-darcy-james-argue-secret-society--41608651.html 

Nous parlions de révélation à l’époque et n’hésitions pas à le comparer à des compositeurs de la dimension d’une Maria Schneider tant son intelligence d’écriture pour big band nous avait frappé.

Darcy James récidive et nous surprend encore avec ce nouvel album totalement iconoclaste, sorte d’OVNI dans ce qui se fait de mieux en matière de big band. Car pour alimenter son écriture, le compositeur, installé à Brooklyn est allé y puiser la source de son inspiration, s’appuyant notamment sur les travaux du plasticien Daniel Zezlj qui avait imaginé une sorte de tour de babel des temps modernes.

 

Fantasque parfois mais jamais foutraque. Décalé toujours, Darcy James dynamite les big band de jazz en en bousculant tous les codes. Evoquant parfois le talent d'écriture de Maria Schneider par la richesse des pages écrites pour les solistes et par l’évocation de climats très expressionnistes, Darcy James en revanche la dépasse en provocation.

L ‘écriture de Darcy James parfois très classique connaît aussi de brusques inflexions rock, pop mais puise aussi avec une certaine allégresse dans le creuset folklorique que l’on trouve dans le faubourg brooklynien de New York. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'ouverture de ce mini-opéra. Une ouverture qui prend des allures de marche dans les rues et les quartiers bigarrés de ce district, oú des fenêtres s'ouvrent, des musiques s'échappent, des balkans, des ashkenazes ici, de little italy là bas en un long travelling étonnant, déconcertant, fascinant. Et puisque Darcy James est provocateur pourquoi ne pas aller jusqu'au mauvais goût d'une fanfare pas assumée du tout qui tourne en rock noisy puis en bandas trompetantes Rarement entendu en jazz !

Quelques pages de l’album laissent de superbes solistes s'exprimer avec brio. Mais jamais bien longtemps car vite détournés par ce diable de Darcy James.

Parfois ce jeu de piste peut être usant a force de déstabiliser l'écoute. Mais il est a l'image de ce Brooklyn labyrinthique, moderne et classique, jazz ou pas, acoustique ou électrique, creuset de la créativité new yorkaise. Melting pot musical et culturel. La vocation de NY serait-elle décentrée a Brooklyn ?

Ce que fait Darcy James c’est écrire en fait un vrai film sur Brooklyn en utilisant son écriture comme une caméra, multipliant les plans séquence, les travellings, les zooms et les dezooms.

Et c’est absolument formidable.

Jen-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:01

Sortie du Duc des Lombards. Nous rencontrons Alexandra Grimal qui venait de présenter son dernier album ( « Heliopolis ») enregistré avec son groupe, Dragons. Nous prenons date avec la saxophoniste que nous recevons quelques jours plus tard dans les locaux d’ Aligre FM.

Car Alexandra Grimal ne cesse de surprendre. Né il y a 33 ans au Caire, la saxophoniste a multiplié déjà tant d’expériences un peu partout dans le monde, enregistré avec tant de grands jazzmen et participé à tant de projets différents qu’on a le sentiment qu’elle a déjà une longue carrière derrière elle.

Si Alexandra Grimal semble parfois un peu fermée sur elle-même et donne finalement peu d’interviews, ce jour-là en revanche, rayonnante, elle se prête avec plaisir et grâce à nos questions, visiblement heureuse de pouvoir parler de son travail qu’elle défend comme une quête toujours inachevée.

Alexandra_Grimal.jpg 

Nous avons eu un choc aux DNJ pour ton dernier album ( « Heliopolis »). Pourtant, ce n’est pas un album qui se livre au premier abord, il y a un chemin à faire. N’est ce pas volontaire de ta part : faire une musique qui se mérite, qui nécessite l’effort de l’écoute ? 

 AG : Je crois que c’est une musique par paliers. Il y a des gens qui peuvent mettre des années pour entrer dans cette musique. Mais une fois que tu y es, tu peux t’y laisser entraîner. En tous cas, ce n’est pas un choix conscient.  Ça se trouve comme cela et il a fallu beaucoup de temps pour que cette musique se structure. Notamment parce qu’elle est très différente de celle que j’avais l’habitude de jouer avant ou encore en sideman notamment avec d’autres leaders que j’admire. Il m’a fallu du temps pour admettre que la forme de la musique que je voulais créer est celle-là et pas une autre. Du coup il m’a fallu moi-même des paliers pour arriver à la prendre telle qu’elle.

 

Sur le dernier album as tu composé en pensant à tes camarades ou bien surtout aux structures ?

 AG : A la base c’est surtout un travail que je faisais autour de Nelson Veras. On s’est rencontré en 2005 et nous ne nous sommes jamais vraiment quittés. On a fait beaucoup de choses ensemble. C’est une muse. J’ai rencontré aussi Jozef Dumoulin et Dré Pallemaerts en 2005 et là encore ce sont des rencontres très fortes. Il m’a fallu du temps pour comprendre que ces deux rencontres devaient et pouvaient s’assembler sans qu’il y ait besoin d’y adjoindre une basse. C'est devenu une nécessité

 

 

 

Avec Nelson nous avons beaucoup joué en duo depuis l’époque de l’Olympic Café. J’ai notamment écrit la musique d’un film d’Ozu de 1928 ( NDR « Où sont les rêves de jeunesse ») que nous allons rejouer au Balzac en duo à Paris le 12 novembre 2013. Avec Jozef et Dré il s’est passé aussi beaucoup de choses et c’est donc naturellement que les ramifications se sont faites. La première fois que l’on a joué cette musique c’était avec une contrebasse (Joachim Florent), Patrick Goraguer à labatterie et avec la voix de Jeanne Added. Mais en fait je suis revenue à cette formule parce que je recherchais ce que j’avais trouvé dans mon premier groupe avec Emmanuel Scarpa et Antonin Rayon où l’on improvisait en contrepoint continu. On avait beaucoup travaillé cela. J’ai retrouvé ce même concept qui et inhérent à Nelson et que Jozef a pu développer dans d’autres groupes comme Octurn : avoir  plusieurs contrepoints permanents avec tout à coup un soliste qui ressort. Une sorte de masse mouvante. C’est quelque chose que je retrouve aussi chez Steve Coleman par exemple.

 

Dans ces tramages, il est surprenant que tu n’utilises pas Jozef au fender ?

AG : Oui mais justement au début lorsque l’on a monté ce groupe, il était au fender et c’était génial. Dans Dragons il a essayé le fender mais le registre médium de l’instrument faisait disparaître la guitare en live. C’est compliqué au niveau des équilibres. Comme ma musique est faite de strates et de superposition, c’est dangereux d’avoir ces deux registres ensemble. Jozef Dumoulin est un immense pianiste, et je suis heureuse de pouvoir utiliser son touché pianistique. Dans le Naga, il sera au fender rhodes à nouveau, et Benoît Delbecq sera au piano. J'aurai ainsi toute la palette de Jozef au sein de ces deux projets. L'un étant la continuité naturelle de l'autre.

 

Tu parlais de Steve Coleman vous êtes vraiment d’une génération pour qui il est une référence absolue.

AG : C’est d’ailleurs pour cela que j’étais partie à New York, pour pouvoir étudier avec lui. Ce qui m’a amené à suivre ses master classes à la Jazz Gallery. Toutes les ramifications de Steve Coleman en Europe sont énormes. Je me sens très en résonance avec ces musiques-là comme avec celle de Marc Ducret. Cela étant lorsque je suis allé à NY c’était aussi dans un autre but : comme celui de rencontrer Motian par exemple, et tous les jeunes musiciens si actifs sur la scène des musiques créatives.

 

Tu es quelqu’un d’un peu insaisissable. Tu donnes peu d’interviews alors que tu as un parcours qui t’a conduit à traverser les frontières, à t’ouvrir au monde. Ta carrière est faite de grands coups d’accélérateurs mais et dans le même temps tu sembles donner à ta musique le temps au temps…..

AG : Mon rapport au temps… Vaste question. Il y a chez moi quelque chose d’important, c’est d’être en relation intergénérationnelle avec les musiciens de jazz quel que soit leur âge et quel que soit le lieu où ils évoluent. J’ai des projets qui mettent un certain temps à arriver à maturité Mais lorsqu’ils aboutissent tout s’enchaîne effectivement très vite. Ce qui me motive c’est moins de me livrer moi-même que de m’attacher à des collaborations sur un très long terme. Comme par exemple avec Giovani Di Domenico ( le pianiste) avec qui nous avions enregistré sur le label Sans Bruit ( « Ghibli ») et avec qui je viens d’enregistrer un nouveau duo qui sortira en 2014. Je travaille avec lui depuis 2002. C’est un peu comme avec Nelson, nous participons ensemble à pas mal de projets dans des formats différents et depuis pas mal de temps. Il y a une permanence dans notre travail, quelque chose qui traverse le temps dans ce duo et qui vient de nos affinités très profondes. Je l’ai rencontré au Conservatoire de La Haye. Mon rapport au temps est fait de hasard et de nécessité.

 

Quand tu fais ce disque avec Gary Peacock et Paul Motian, ce n’est justement pas un hasard ?

Lire la suite : Alexandra Grimal ou celle qui cherchait de l’or dans les étoiles

 

 

 

 

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Interviews
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 22:08

 

Amis vacanciers ou ce qu’il en reste

Si vous avez encore quelques loisirs et un ou deux week end parisien, ne perdez pas un seul instant : courez au Parc Floral voir l’exposition photo de Jean-Baptiste Millot

« L’échapée Belle »

 

Jean-Baptiste, pour ceux qui ne le connaissent pas est un photographe ultra doué qui officie notamment tous les mois dans les pages interviews de Jazzmagazine.

 

Jean-Baptisite Millot est surtout un de ces photographes qui réhabilite la couleur dans le portrait jazz. Peut importe chez lui le contexte, la scène , les instruments, chez lui tout est «simplement » question de lumière, de grain de peau, d’angle de vue.

Et qui d’autre peut exprimer autant sans avoir à capter forcement le regard de son sujet. A l’image de ce magnifique portrait du contrebassiste Butch Warren.

On dirait de la peinture flamande à cette façon de faire de ces musiciens, dans cette pose figée et mouvante à la fois, des êtres de lumière, des hérauts magnifiques qui la capte par leur simple présence.

Et quand il capte le regard, quel regard ! regardez ce simple portrait de Jacques Coursil pour vous en convancre.

 

Vous pourrez retrouver quelques uns de ces clichés sur le site du photographe

http://www.jean-baptistemillot.com/

 

ou mieux, vous rendre directement au parc Floral.

L’expo est ouverte jusqu’au 15 septembre.

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz
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