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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 20:37

 

Cristal records 2013

Sébastien Texier ( as,cl) ;  Alain vankenhove (tp), Fréderic Chiffoleau(cb), Bruno Angelini (p), Guillaumme Domartin (dms)

 

sebtexier.jpg 

C’est l’album de la maturité pour Sébastien Texier. Le saxophoniste rompt ici avec une esthétique très poétique qui était un peu sa marque de fabrique ( voir le magnifique album consacré il y a quelques années au facteur Cheval, enregsitré avec Edouard Bineau, « L’Obsessioniste ») mais qui lui donnait aussi une image un peu lisse. Avec sa nouvelle équipe et des compositions ultra-efficaces et magnifiquement écrites, il crée au contraire ici une sorte de sound unit, un groupe ultra homogène fait de personnalités musicales affirmées qui, chacunes, trouvent leur place dans cette mécanique impressionnante. Car Texier affirme ici son caractère. Bien trempé. Une sorte de virilité dans le jeu, à la fois puissant et incroyable de maîtrise, associé à une belle sensualité. Il faut entendre ce Mumble Blues qu’il porte à haut niveau d’incandescence en déchirant le son de sa clarinette comme pour aborder ce thème dans le crade et le poisseux d‘un blues qui colle aux basques. Car derrière le travail compositionnel il y a aussi tout un travail sur le son. Ecoutez Song for Paul Motian, morceau sublime, éthéré et flottant dans une brume sensuelle qui enveloppe ! Quel plus bel hommage à Motian que ce thème ou encore cet autre thème : Le courage ne fait pas toutqui a aussi cette même façon de marier la structure formelle avec la liberté du presque free. Il y a du jazz là-dedans. Du qui puise aux racines. Sébastien Texier entre dans son sujet sans fioritures. Compose admirablement. S’entoure de vrais guerriers à l’âme sensible. Il y a par ailleurs de belles envolées hard bop sur lesquelles le saxophoniste fait montre d’une belle agilité et prouve, qu’à bon escient, mais à bon escient seulement, il sait emballer le tempo.

Au fil d’un album complet et cohérent Sébastien Texier impose un groupe et un collectif. Au fil de cet album on découvre plusieurs facettes de son jeu, plusieurs inspirations et des climats différents. Sébastien Texier est pluriel et son talent fait de lui un  saxophoniste aussi prolixe que tendre, aussi viril que sensuel. Au fil de cet album Sébastien Texier s’impose petit à petit non seulement comme un saxophoniste de grand talent mais aussi comme un vrai leader d’un groupe épatant.

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 14:15

Remi-CHARMASSON-quintet--The-Wind-cries-Jimi.jpgAjmi series

Voilà un  titre astucieux et poétique pour un hommage au génial gaucher de Seattle. On pouvait néanmoins avoir quelque inquiétude à l'idée d'entendre une nouvelle  version des tubes hendrixiens, plus ou moins remaniés. C'est compter sans le talent du guitariste Rémi Charmasson qui a attendu  longtemps avant de créer un projet personnel, en quintet, à  partir de l'univers si créatif du guitariste.
C'est " Little wing " qui commence l'album, l'une des ballades lyriques en diable de Jimi Hendrix,  portrait fantasmé d'une jeune femme, plutôt  éthérée. Après la longue introduction au piano de Perrine Mansuy vraiment troublante, Laure Donnat continue à nous désorienter, en étirant les mots très sensuellement et ce n'est qu'ensuite que l'accompagnement " classique " guitare-basse-batterie joue vraiment la mélodie, le nerf rythmique du quintet étant merveilleusement assuré par le (contre)bassiste Bernard Santacruz et le jeune batteur Bruno Bertrand.
En effet le parti pris de l'album n'est pas de rivaliser en riffs de guitare saturée, en  distorsions déchaînées, en effets de la wah wah dont Hendrix tira des sons insoupçonnés des créateurs même ou premiers utilisateurs que furent Cream et Zappa . Il est certain qu'on  ne pourra jamais  ressentir l'onde de choc déclenchée par  les strates d'électricité du jeu tourbillonnant d'Hendrix. Mais Rémi Charmasson  connaît tout ou presque de son instrument. Donc, il ne voulait pas trop la jouer " guitar hero " sauf sur quelques moments judicieusement choisis (on peut tout de même se faire  plaisir)  comme sur " Voodoo Chile ", ou " Wait until tomorrow ", qu'Hendrix considérait  bizarrement comme une chanson commerciale ! Nul doute que Charmasson sait faire chanter ses guitares.
Pour le reste, il fait confiance aux femmes du groupe, la pianiste Perrine Mansuy à l'univers singulier et la chanteuse Laure Donnat (on se souvient de son dernier projet sur Billie Holiday) pour rehausser ses arrangements  du répertoire hendrixien. Certaines versions se rapprochent de l'original  comme le délicieux " The wind cries Mary " qui finit pourtant dans un crescendo de " Hey Jude ",  single de McCartney sorti en 68. Ce qui souligne un aspect intéressant des compositions qui tirent sur le versant pop. Le répertoire choisi par Rémi Charmasson permet en effet de couvrir plusieurs aspects de la personnalité d'Hendrix et de saisir l'évolution d'une carrière courte, mouvementée, incandescente. Ainsi " Burning of the Midnight Lamp " a un statut particulier dans la discographie hendrixienne, puisque ce single de 1967 " illustre l'évolution musicale d'Hendrix, en six mois d' Are you experienced ? à  Axis : Bold as Love, avec une orchestration chargée, clavecin, chœurs et guitare jouée comme une mandoline ", nous rappelle l'un des spécialistes les plus sérieux du sujet,  Régis Canselier, dans Jimi HENDRIX, le rêve inachevé, remarquable  travail aux éditions du Mot et du Reste. Dans "One Rainy Wish", de  Axis : Bold as Love, Hendrix a conçu ses parties de guitare (Fender Stratocaster et Octavia) plus comme un compositeur que comme un simple guitariste. Hendrix se livrant à des séances d'improvisation épiques, à des tentatives constantes d'exploration, voilà pourquoi, sans doute, plus de quarante ans après sa mort, il nous bouleverse encore.


The Wind cries Jimi n'est  donc pas un tribut à l'intention des fans, des collectionneurs, des amateurs perdus devant la profusion d'albums qui ressortent. C'est le "Labour of Love  de quelqu'un qui a grandi avec Jimi Hendrix, qui s'est nourri de l'époque et de sa formidable richesse, et qui tente joliment ses propres variations avec une autre instrumentation et des musiciennes. De  "Them Changes", l'une des compositions les plus célèbres de Buddy Miles dans le  dernier groupe  Band of Gypsies, avec des improvisations du batteur d'inspiration soul, voire gospel et un solo funky d'Hendrix, la version du quintet en fait autre chose d'absolument  moderne et de très différent. De l'intérêt des variations autour de " standards " qui constitue l'esprit même du jazz, se réapproprier et adapter des mélodies et compositions aimées sans en faire des " remakes ". Le final  "People get ready  n'est pas d' Hendrix mais de Curtis Mayfield, très engagé à l'époque dans les luttes raciales. Sans que cela ne soit trop décalé, ce choix éclaire la vision plurielle du quintet.

Sophie Chambon

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:31



rusconi-revolution.jpgBee Jazz/ Abeille Musique Distribution
Voilà un trio étranger qui sait très vite imposer son style étrange, à la lisière du rock et du jazz, dans les marges. Hypnotique, les boucles et autres effets, distorsions et sons trafiqués,  feed backs, space echo, les chœurs lancinants et cristallins  entraînent vite dans une transe bienvenue. Un piano lyrique mais aussi insidieusement répétitif ( le long et fascinant « Alice in the sky » bénéficie en outre de la guitare acérée du grand  Fred Frith), une contrebasse excitante, une batterie nerveuse, souvent fracassante à la façon de « The Bad Plus », tout cela produit une matière très rock, plus que jazz (avouons-le), aux climats souvent planants, parfois sous tension, subtilement  inquiétants. Prônant une esthétique de dandys décontractés et  quelque peu irrévérencieux, le trio est en plus adepte de vidéos et d’art contemporain. Hélas le sampler proposé ne nous donne pas l’occasion de vérifier si leur vision de l’art « total » s’adapte aux ambiances décalées et insolites de leur musique. Mais le véritable album en propose des exemples. Intéressant donc de vérifier par vous même cette conception transversale de pratiques artistiques.
Au fait qui est Rusconi ? Un trio de  Suisses trentenaires qui répondent aux noms de Stefan Rusconi ( piano, Space Echo....), Fabian Gisler (contrebasse), Claudio Strüby  (batterie, glockenspiel) qui jouent ensemble depuis huit ans.
Leur cinquième album Revolution (pourquoi ce titre, d’ailleurs ?) comporte 9 titres dont « Tempelhof »  est déjà un single qui passe à la radio suisse ou allemande, dans ces pays où le groupe joue tout naturellement. « Kaonashi » aux voix éthérées et le contrasté « False awakening » ne sont jamais âpres, rudes, mais intenses et persistants, leur musique fait son effet en dépit de tout, et l’on s’abandonne à cette ritournelle sous l’emprise des sons exacerbés.
Evidemment, les influences sont multiples, même si Sonic Youth est une référence favorite : les deux derniers titres en live, reprises de «Hits of sunshine » et « Theresa’s sound-world » font émerger un groove fiévreux, sauvage et stylé.  Sans être la révolution musicale annoncée, le trio est assurément à suivre...
Sophie Chambon

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:10

 

Le Triton / Musea 2013

Christophe Monniot : saxophones alto, baryton et sopranino / Didier Ithursarry : accordéon / Guillaume Roy : alto / Atsushi Sakaï : violoncelle sur 1, 3, 5, 9, 10.

 station-mir-christophe-monniot-932964373_ML-copie-1.jpg

Que Christophe Monniot ne nous en veuille pas d'être si tardifs à chroniquer cet album. Qu'il nous pardonne d'avoir été si longs à l'allumage de ce magnifique spoutnik et si peu prompt a rattraper au vol cet ovni musical. Car cet album paru il y a une 10 aine de mois est un rare moment de brillance, d'intelligence. Toujours inattendu et iconoclaste, Christophe Monniot y défriche des territoires musicaux en s'affranchissant de tous les codes ou plutôt en les embrassant tous.

Monniot y joue comme un dieu. Feu follet insaisissable. Prolixe, dynamitant les lignes, l'ex baby boomer de Daniel Humair n'entre dans aucun code et nous emporte dans une musique qui stimule l'intelligence, le plaisir et la curiosité. Jeu incroyable de force, de vélocité, de richesse d'expression. Sur la base d'un instrumentum original qui lui permet d'associer plusieurs timbres et plusieurs univers musicaux, il nous emporte loin dans une aventure musicale sans frontière. La musique de Monniot est remarquable.

Syncrétique. Puisant a d'innombrables sources musicales. Jusqu'a Brassens admirablement visité ! Au delà de la musique, ce qui frappe chez Monniot c'est cette une sorte de théâtralité où le saxophoniste fait un peu office de directeur d'une troupe. Une troupe de théâtre où la musique est presque comme parlée, déclamée, racontée. Monniot est alors un acteur qui tient dans cette pièce, le premier rôle. En habit de lumière. Prenant, captivant, saisissant. Intense musique où ce qui est sous-jacent est toujours fort et puissant.

La musique sait s'y faire généreuse et s'offrir immédiatement. Il faut la parcourir sans cesse pour la redécouvrir sous cette forme kaléidoscopique qui, à chaque écoute donne un nouvel éclairage, une nouvelle facette captivante et fascinante.

Passionnant. A découvrir d'urgence.

jean-Marc Gelin

 

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 09:03

 

Sylvain Cathala ( ts), Sarah Murcia (cb), Christophe Lavergne (dms)

 cathala.jpg

Enfin le grand disque que l'on attendait de Sylvain Cathala. Juste énorme.

Il y a dans cet album une dimension colemanienne (entendez Steve Coleman) avec cette formidable puissance du son, cette musique exigeante propulsée par une dynamique rythmique dans laquelle Sarah Murcia à la contrebasse prend enfin son envol pour s'imposer dans le registre des contrebassistes de talent ( ce que pour ma part je me refusais à admettre lorsqu'elle s'exprimait dans d'autres groupes mais qui constitute une évidence à laquelle je me range avec ravissement).

Oui, la musique de Sylvain Cathala est excitante. Il y a comme des leçons d'Anthony Braxton dans cette architecture musicale basée sur le perfection  rythmique et harmonique qui flirte ave  l’agencement et les codes mathématiques.

Dans ce jeu à trois, l'énergie circule, passe de l'un à l’autre comme une fluide vital et peut s'écouter comme autant de combinaisons de solos, duos ou trios. C'est dire ce qu'il y a de compréhension partagée de l'instant, de fusion des intentions.

Sylvain Cathala n'aime pas la facilité et la musique qu'il propose est tout sauf simple. Et pourtant c'est le talent des grands musiciens que de donner à cette musique non-easy cette sorte d'évidence à l'écoute, de rendre limpide les structures harmoniques et rythmiques les plus complexes pour en faire finalement une musique qui s'offre à tous. Il suffit d'écouter ce 3ème thème pour se convaincre de la force du discours. Il y a dans cette musique une puissance du groove qui dépasse les clichés du jazz ternaire pour faire la démonstration que des structures rythmiques savantes savent groover de manière irresistible (je me souviens de cette discussion avec Sylvain où il était question de la musique Aka dont d’une manière ou d’une autre il revient ). Ce groove que ces trois-là impulsent emporte tout. Un flot irrépressible porté par Sylvain Cathala véritablement impressionnant dans à peu près tous les registres. Car le saxophoniste franchit une nouvelle étape dans son jeu pour s’imposer totalement dans cet album où le lyrisme de son discours, son phrasé, son sens de l’improvisation, sa maîtrise du son et son placement rythmique l’imposent comme l’un des meilleurs. Dans ses maîtres on imagine qu’un Tony Malaby ne doit pas être loin. Il est vrai que dans les deux cas c’est l’intelligence du jazz qui explose. Avec brio.

Jean-Marc Gelin

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 10:06

Mise en scène Anne Marie- LAZARINI

Musique originale Andy Emler

Création Les Athévains

Coproduction La Compagnie aime l’air et Théâtre 95

Du 27 mars au 05 mai 2013

 

Etrange expérience vraiment que de parler d’une musique conçue pour un spectacle de théâtre (que je ne pourrai voir) mais dont je peux lire le texte qui a inspiré la pièce. Il s’agit du Ravel de Jean Echenoz paru aux éditions de Minuit en 2006. Jusqu’au 5 mai, au théâtre Artistic Athévains, dans le 11ème à Paris, ce RAVEL (interprété par Michel Ouimet ) retrace les dix dernières années de la vie du compositeur (1875-1937) depuis sa folle tournée aux Etats Unis en 1927. Ce spectacle, mis en scène par Anne Marie Lazarini, est joué par le pianiste Andy Emler qui a composét «quelques pages musicales à la manière de... », dans le même esprit que l’écrivain dont l’écriture, toute musicale, est faite de brisures, de changements de tempos. Dans ses pages se joue une vie, sa fin plutôt, « celle de Ravel qui fuit sous ses doigts ». On pourrait reprendre en effet une formule d’un autre livre d’Echenoz, Cherokee, pour qualifier Ravel, dandy « un peu absent de lui même».

Sans voir l’acteur interpréter le compositeur au caractère singulièrement difficile, je relis le texte épuré, élégamment ironique, tout en écoutant la musique. L’écrivain a composé une partition imaginaire, immergé dans l’univers ravélien. « Ravel serait donc une biographie romancée du musicien ? Non plutôt une vie réinventée, avec ses sinuosités, ses failles, ses absences, ses incertitudes... » lit-on dans les liner notes de cet album que l’on peut se procurer au spectacle. Un récit sans fioritures, retransmis en version quasi-intégrale sur cet homme dont on connaît si peu de la vie privée, qui semble n’avoir eu comme passion que la seule musique. Le spectacle lui redonne vie, incarné par les comédiens et la musique jouée, improvisée sur un piano peint en bleu.

Alors pourquoi ne pas avoir pris la musique de Ravel elle-même, des fragments des œuvres évoquées, à savoir le Concerto en sol, « conçu non pas pour le piano mais contre lui », le Concerto en ré, et surtout le fameux Boléro dont Echenoz nous explique si bien la genèse : « Il sait très bien ce qu’il a fait, il n’y a pas de forme à proprement parler, pas de développement ni de modulation, juste du rythme et de l’arrangement... Phrase ressassée, chose sans espoir, c’est seulement fait pour être dansé. » La tentative serait, dans ce cas, purement illustrative. Avec le choix d’ Andy Emler, leparti-pris tout à fait réussi, fait plus qu’ évoquer, s’inscrit tout contre la figure ravélienne. Quand on aime Ravel, on ne peut pas ne pas aimer le jazz, à moins que ce ne soit l’inverse. Sans vraiment le savoir, Ravel a créé un système, ouvert une voie aux jazzmen à venir. Attiré par « cet art neuf et périssable », Ravel a découragé néanmoins Gershwin, venu lui demander des cours de composition. La réponse fut sans appel, « lui représentant qu’il risquerait de perdre sa spontanéité mélodique, et pour faire quoi, que du mauvais Ravel ... Et puis bon Gershwin, son succès universel ne lui suffit plus, il vise plus haut mais les moyens lui manquent, on ne va pas quand même l’écraser en les lui donnant. »

L’ influence de Ravel a irrigué nombre de musiques plus contemporaines, y compris des musiques de films. Andy Emler s’en est souvenu dans cet exercice de style qui n’en manque pas, à la manière d’un pastiche littéraire, au sens le plus noble du terme. Pas de caricature dans ce « labour of love », mais au contraire une version originale de « my own Ravel », une extrême fidélité au mot, au signe près, de la chose écrite, des partitions. Savoir recréer l’univers, les couleurs, le raffinement complexe de cet écrivain de musique, solitaire, distant, immense orchestrateur et arrangeur minutieux. Sous le charme de l’écriture superbement distante d’Echenoz, Andy Emler s‘est prêté à son tour au jeu de faire revivre lui aussi le compositeur, et comme il connaît son Ravel « de mémoire vive », il en est ressorti avec 9 pièces écrites et cinq improvisations.

« Ravel préfère considérer le plus longtemps possible la surface blanche et grise...dans l’idée d’en extraire une ligne mélodique, un rythme, un leitmotiv, pourquoi pas. Il sait bien que cela ne se passe jamais ainsi, que l’inspiration n’existe pas, qu’on ne compose que sur le clavier. »

Voilà une expérience intégrale passionnante, finement transversale qui unit littérature, théâtre et musique. Un portrait littéraire et musical dont, on ose l’espérer, Ravel aurait aimé la justesse dans la recréation même.

Sophie Chambon

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 15:57


J-7 pour la Journée Internationale du Jazz


N’attendez pas le dernier moment pour vous inscrire sur le site www.jazzdayparis.com afin d’assister aux multiples manifestations-gratuites- organisées par l’Association Paris Jazz Club le 30 avril de 14 heures à 2 heures du matin dans les quatre clubs de la Rue des Lombards : Le Baiser Salé – Le Duc des Lombards - Sunside – Sunset.
Ce sont 48 évènements qui sont programmés –détail sur www.parisjazzclub.net avec concerts, master classes et débats sur des thèmes comme la production discographique, la programmation (en clubs et en festivals), l’histoire du jazz….La liste des participants met en appétit : Laurent de Wilde, Gregory Porter, Tony Tixier, Géraldine Laurent, Leila Martial, Pierre Christophe, Vincent Peirani, Mario Canonge…

 

 Journee-Internationale-du-Jazz.JPG

Initiée par l’UNESCO et le Thelonious Monk Institute of Jazz, la Journée Internationale du Jazz, qui célèbre sa deuxième édition cette année, comprend des manifestations dans une centaine de villes dans le monde ce dernier jour du mois d’avril.
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Jean-Louis Lemarchand

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:06

 

OKEH 2013

Michel Camilo ( piano solo)

camilo.jpg 

C’est le deuxième album pour la renaissance du célèbre label Okeh. Label légendaire s'il en est, qui a publié dans les heures glorieuses et primitives du jazz les célébrissimes enregistrements de Louis Armstrong et de bien d’autres. Si le premier album de ce label ressuscité est signé du pianiste John  Medeski, en solo (pianiste notamment du célèbre trio Martin, Medeski & Wood") on se réjouit que le suivant laisse encore la part belle à l’exercice solitaire du piano en y accueillant le grand Michel Camilo.

Un démarrage sur des chapeaux de roues ragtime histoire de montrer qu'il est bien un maître plasticien rythmicien et un clin d’œil à ceux qui l’ont précédé sur le mythique label. Aussi une très respectueuse version de Take Five de Paul Desmond en hommage peut être à la disparition de Dave Brubeck. Où l'on voit l'incroyable agilité du pianiste, la souplesse de son phrasé et la parfaite maîtrise des intentions. Dans l'exercice souvent introspectif du piano solo, Michel Camilo fait ici exception par

sa générosité. Qunad il joue, il donne. Aussi swinguant que tendre ou émouvant il sait se faire percussif ou rechercher des harmonies graves et belles. Ecoutez A sandra serenade, belle déclaration d'amour.

Il y a chez Camilo quelque chose de certains maîtres classiques. Erroll Garner pour quoi pas quand à son sens de la mélodie, ou Bill Evans ( Alone together) par son art de la sublimer. Petrucciani encore, avec sa précision rythmique exceptionnelle. Bien sur chez lui, prennent parfois le dessus ses airs de pianiste « latino » avec ce sens de la rumba et de la danse ( formidables Island beat, Paprika ou On fire) qui lui donnent cette capacité à groover. On n’est pas originaire de République Dominiquaine sans en garder quelques ADN du swing.

Et cette version de Chan Chande Compay Segundo dont la chanson est ici sauvegardée et nous renvoie au Buena Vista Social Club de Ry Cooder sans être dénaturée.

Michel Camilo sait donner de l'air à sa musique par surcroît de légèreté et de fluidité du langage. Prodigieuse main gauche, aussi alerte dans la puissance percussive que dans les renversements d'accord. Il faut l'entendre sur Alone Together, entendre son hommage aux mâitres du piano jazz pour comprendre quelle maestria ils lui ont transmise. Un peu d'Art Tatum dans son jeu quand il emprunte la vélocité des fioritures. Fort !

Toute l'affirmation de son identité de pianiste de jazz et de blues enfin dans cette version de Love Forsale aussi où derrière le reprise du thème, c'est toute l'inventivité de son discours qui éclate .

Et c'est au final une sorte de parenthèse enchantée dans l'avalanche des publications actuelles. Une façon de se ressourcer à un jazz bel et bien enraciné dont certains, comme Michel Camilo sont de flamboyants porteurs de flamme. Porteurs de grâce.

Jean-Marc Gelin

 

 

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:32


unknown-pleasures-joy-division-de-l-interieur-de-peter-hook.jpgTraduction de Suzy Borello
Editions Le Mot et le Reste
Collection Attitudes
www.atheles.org/lemotetlereste

 A la fin des années soixante dix, Peter Hook (Hooky) est l’un des membres fondateurs de Joy Division avec Bernard Sumner, Ian Curtis et Stephen Morris. Après son précédent ouvrage, déjà publié aux éditions Le Mot et le Reste, l’Hacienda, la meilleure façon de couler un club, il raconte, dans le même style simple, direct, alerte (impeccablement traduit par Suzy Borello), l’histoire trop courte du groupe qui allait révolutionner le visage de la musique, en revitalisant le rock à l’ère du post punk, élaborant un son nouveau, sombre, halluciné, hypnotique et si intensément juste qu’il déterminera l’engagement de groupes comme The Cure, Echo & the Bunnymen, Wire et Radiohead.
Rappelons que le mot punk était déjà employé dès le milieu des années soixante pour des groupes amateurs jouant un rock primaire aux Usa. Le mot réapparaît et se démocratise avec les SEX PISTOLS...le sexe comme éloge de la transgression rock...Un groupe adulé par les gothiques dont les deux albums sortis entre juillet 79 et juin 80, Unknown pleasures et  Closer  forment un testament aussi monochrome que leur pochette.
 Quatre garçons pas vraiment dans le vent, des  prolétaires qui avaient une certaine vision artistique, sans en avoir toujours les moyens techniques. Fantasque, jovial, le bassiste de Joy Division, Peter Hook raconte ses souvenirs sans trop enjoliver, avouant ses turpitudes avec une bonhommie confondante et beaucoup d’humour. On s’amuse énormément dans les premiers chapitres qui racontent l’enfance. Et puis il y a ce noir et blanc des souvenirs de ce groupe composé de sales gosses, de ces lads du nord de l’Angleterre, des Mancs  toujours prêts à en découdre avec les cockneys ou ceux de Chelsea. Ils passent leur temps à se faire de sales blagues, à boire, à déconner... « Du vin, des femmes et des chansons ». Ils vivent encore chez leurs parents, à l’exception du chanteur Ian Curtis, marié et bientôt père de deux enfants.  Ils mènent une vie très dure, travaillant le jour et faisant leur gig le soir, conduisant, rangeant, plaçant et déplaçant leur matos, ne touchant que des sommes dérisoires,  les conditions des concerts étant  très différentes de celles d’aujourd’hui. Aucun confort et souvent le froid glacial. Des instruments rassemblés à la-va-vite, bricolés et un van pourri que conduit  Hook en ronchonnant, car il doit en plus, payer l’entretien et  les réparations. Aucune solidarité dans la bande !
Le groupe se laissa manœuvrer et manager par le producteur fou Martin Hannett, remodelant à sa guise les enregistrements de ces gamins qui ne comprenaient rien à ce qui se passait. Leur seul plaisir était de jouer, d’en découdre sur scène, de se laisser aller à l’ alchimie de cette formation, relégant par exemple, dans Unknown Pleasures, les guitares au fond du mix pour mieux capter les échos hantés, la voix sépulcrale d’Ian Curtis. La vie du groupe et de son chanteur devient une étrange balade, avec comme décor, une ville qui se délite sous les coups du thatchérisme, tout en donnant naissance à un son résolument nouveau, imprégné d’une sourde révolte, une résignation hurlée.
 Le suicide d’Ian Curtis marque la fin du groupe. Curtis ne fait même pas partie du club des 27, puisque mort à 24 ans ! Miné par son divorce, ses crises d’épilepsie de plus en plus sérieuses -elles augmentent avec le succès et le rythme infernal des concerts- il convulse sur scène. Il  finra par se pendre au matin dans la cuisine de son petit appartement de Macclesfield, près de Manchester, juste avant  le départ pour une tournée aux USA.
Peter Hook  le répète souvent, et on ne peut que tenter d’imaginer comme lui , ce qui aurait pu être. On sent bien toute la peine du bassiste et son remords actuel de n’avoir rien compris à la détresse morale, physique du chanteur et d’avoir laissé faire.  Un soir par exemple, il retrouve le chanteur inconscient,  dans les toilettes, blessé. Une fois ses esprits retrouvés, Curtis fera quand même son concert. A sa mort, ses camarades, s’ils ont continué et créé NEW ORDER dans le prolongement de JOY DIVISION, n’ont voulu ni pu remplacer le lead singer. Et c’est tout à leur honneur...
Le très beau film Control d’Anton Corbijn réalisé en 2007 avec Sam Riley (lui même rocker) dans le rôle d’Ian Curtis traduit cette vie en circuit fermé, qui, très vite,  saisi d’une accélération folle, conduit à une impasse. Fatale. Peter Hook y fait souvent référence, soulignant  juste quelques différences. Il corrige ainsi quelque peu l’image d’Ian Curtis, protéiforme et caméléon, épris d’absolu, très « arty » mais aussi semblable aux autres membres du groupe, dans certaines frasques ou délires  très imbibés. « Il avait le projet et nous on était ses outils pour le mettre en œuvre ». Pas vraiment de tiraillement entre sensibilités musicales distinctes. Du moins sur scène. « La plupart des batteurs se contentent de taper comme des sourds. Steve, lui jouait de la batterie. Cela se voyait qu’il avait été dans un trio jazz, parce qu’on aurait dit qu’il avait fusionne le ressenti et la subtilité du jazz avec la puissance et l’énergie du rock et du punk ». Car curieusement, en dehors des concerts, chacun retrouve ses petites mesquineries, son égoïsme.
Les éditions marseillaises Le mot et le reste ont fait un excellent travail, avec une mise en page astucieuse, des chronologies intercalées, les titres de chapitres qui reprennent quelques formules choc. Un graphisme intrigant de lignes diffractées. Une lecture plus que plaisante, puisqu’on prend le livre et on ne le lâche plus. On retient l’excellente suggestion  que nous propose Peter Hook d’écouter chaque album piste par piste, en suivant son décryptage. D’intelligentes « liner notes » après coup.  Des titres qui sautent à la gorge  dont la liste montre l’ambiance délétère de ce groupe qui pâtit au début, de leur nom tiré de l’histoire nazie. Et pourtant, il n’y eut jamais aucun engagement ou fascination envers les nazis.
Enlevé, percutant et instructif, voilà un témoignage sur une époque pas si lointaine et pourtant déjà révolue, un portrait à l’acide d’une certaine Angleterre que l’on retrouve dans les films de Mike Leigh ou Ken Loach, une  balade nocturne et froide. Ce groupe météorite a marqué une page de l’histoire du rock. C’est aussi un peu de notre histoire personnelle et la nostalgie fait le reste.
Unknown pleasures/Joy Division vu de l’intérieur(382 pages- broché  26 euros)
Sophie Chambon

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 08:38


C’est un genre qui se fait rare, la première partie. Cette chance de se produire en public a été donnée à quatre jeunes formations lors de l’Avoriaz Jazz Up (6-12 avril). Issus de centres de formation-APEJS à Chambéry, IMFP à Salon-de-Provence, Jazz à Tours et Music’Halle de Toulouse-ces groupes-Welder Bee 4, TLG Trio, Made In (photo) et Tastty Granny-ont offert à Avoriaz avec leurs propres compositions un panorama de la scène contemporaine du jazz hexagonal, qui trouve son inspiration aussi bien dans la West Coast des années 50 que dans le free et le rock (1).

Les festivaliers de la station alpestre piétonne ont également pu découvrir, au hasard des concerts dans les six restaurants proposant des concerts en soirée, d’autres jeunes formations comme le Jazz à Tours 4 tet construit autour d’un tromboniste ou le quartet de la chanteuse Aurélie-Claire Prost, formée au Centre des Musiques Improvisées de Didier Lockwood à Dammarie-les-Lys (77) et spécialement à l’aise dans un répertoire de bossa-nova.

Avoriaz.JPG

crédit émilie labourey.

La carte jeunes sera encore de la partie lors de la version estivale de Jazz Up qui est lancée cette année et présentera des concerts gratuits en plein air chaque soir (18 h) entre le 11 et  17 août. Directeur de la station, Stéphane Lerendu compte ainsi ancrer la culture jazz dans la station de haute montagne (18 .000 lits) qui compte une clientèle de plus en plus internationale (60 %), les britanniques, belges et scandinaves étant désormais rejoints par des japonais, chinois et indiens.

Se déclarant satisfait du pouvoir d’attraction de Jazz Up, Stéphane Lerendu dresse un bilan positif de ce 6 ème festival au programme (Méderic Collignon, Shaï Maestro, Denise King-Olivier Hutman, Didier Lockwood….) concocté par Gilles Labourey (directeur de l’IMFP de Salon-de-Provence) en bonne intelligence avec le parrain de cette édition, Didier Lockwood. Proposé depuis deux ans sur une semaine –un grand week-end à l’origine- Avoriaz Jazz Up dispose d’un budget de 100.000 euros, financé à 60 % par la commune de Morzine-Avoriaz, la billetterie couvrant 20 % et les sociétés civiles (SPEDIDAM et SACEM) apportant le solde des 20 %. Le festival, également soutenu par le Conseil général de Haute-Savoie, bénéficie aussi de partenariats, au premier rang desquels le Groupe Pierre & Vacances Center Parcs (qui vient d’ouvrir ici une nouvelle résidence), la SNCF, mais aussi le Champagne Barons de Rothschild ou encore TSF Jazz qui retransmet des concerts en direct.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

(1)Les amateurs auront le loisir de retrouver ces groupes participant à l’initiative Jazz Emergence montée par le réseau Métis en partenariat avec le Centre National des Variétés et du Jazz et de la SPEDIDAM dans quatre autres festivals au long de l’année : Jazz à Vannes (22-27 juillet), Jazz in Marciac (26 juillet-4 août), Savoie D’Jazz Festival (8-18 octobre) et Festival Emergences à Tours (8-24 novembre).

Le groupe Made In avec Flore Gallais (basse), Sammy Ben Malek et Ronan Devaux (guitares) et Alexandre Lantieri (saxophone et clarinette).

    

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Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
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