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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:26
@Anna Webber

Au sommet de son art vocal, Kurt Elling se pose des questions sur l’état du monde, la pauvreté extrême côtoyant la richesse énorme, la montée des extrémismes. Le lauréat de l’Académie du Jazz et des Grammy Awards reste influencé par le diplôme de philosophie de la religion obtenu dans sa ville natale de Chicago. Le baryton admirateur de Jon Hendricks et …Jean Sablon apporte sa réponse au climat général anxiogène avec un répertoire allant de Leonard Bernstein à Bob Dylan. A la veille d’une tournée en France pour présenter « The questions » (Okeh-Sony)-dont Jean-Marc Gélin vous a fait un compte-rendu enchanteur- Kurt Elling se confie aux DNJ.
 

 

Les DNJ: Diplômé à l’Université en philosophie de la religion, êtes vous influencé par vos connaissances dans votre expression artistique ?
Kurt Elling. La philosophie de la religion n’a jamais été aussi présente dans mon univers que maintenant. Ce disque, The Questions, traite de la confrontation à laquelle nous devons faire face dans cette époque effrayante et perplexe. C’est un défi politique, idéologique, financier à relever. Depuis la création du monde, nous n’avons jamais eu autant de pouvoir pour détruire et pour créer, ni jamais autant d’incroyable richesse et en même temps une telle pauvreté. En tant que citoyen, j’ai besoin de comprendre ce que je suis supposé faire. Je ne peux être un homme politique, je ne peux être un roi. Je peux à peine me contrôler moi-même, je peux voir et ressentir la souffrance. Et cela, c’est là une question idéologique.

Les DNJ: Ces questions vous ont motivés dans le choix des titres pour cet album ?
 

KE : Tout ce que je savais, c’est que je voulais faire quelque chose qui vaille la peine en cette époque où se posent les questions de la valeur, du sens, de la moralité dans la relation que nous avons avec nous-mêmes et les autres. Nous devons faire face à cet aspect autodestructeur qui se trouve en chacun de nous et qui se manifeste dans tous les extrémismes et fanatismes ainsi qu’on le constate avec l’émergence du fascisme en Autriche ou encore avec les risques de frappes nucléaires, d’un désastre écologique ou même de guerre civile aux Etats-Unis.

Les DNJ : C’est un album que vous n’auriez peut-être pas fait il y a 20 ans ..
 

KE :  Peut-être ! Je ne sais pas. Cet album a été réalisé avec Branford Marsalis, une deuxième collaboration après Upward Spirals (Okeh-Sony)en 2016, et qui reflète une relation forte entre nous. Le fait est que je ne peux ignorer ce qui se passe dans le monde, comme par exemple (et il montre la « une » d’un quotidien) ces massacres d’enfants en Syrie ou en Floride. Quand vous atteignez la cinquantaine (ndlr : il est né en 1967) et que le monde est horrible et dangereux comme il se trouve maintenant, est ce que je dois en prendre conscience ou passer mon chemin et faire comme si de rien n’était ? Je ne suis pas un bon chanteur engagé (“a good protest singer”), c’est donc un véritable combat pour moi de faire référence à ces questions. C’est un gros défi personnel. Je ne chante pas un Requiem mais je dois chanter ce que je ressens.

Les DNJ: Mais vous restez un chanteur de charme, un crooner …
 

KE : La période actuelle est aussi favorable au romanesque. Une des questions idéologiques les plus graves n’est elle pas, qu’est ce que l’amour ? comment nous trouvons l’amour, comment nous manifestons l’amour ? Je veux également divertir le public. Je veux que les spectateurs prennent du plaisir, qu’ils sortent du concert le plus heureux possible, qu’ils gardent un bon souvenir. Je suis très reconnaissant au public qui vient m’écouter, à Paris ou  Copenhague. Je me sens responsable auprès du public. Je pense que le public attend que je poursuive dans cette voie. Je continue à apprendre autant que je peux, à présenter des chansons qui aient du sens et à progresser. C’est mon job. Je sais que je ne peux changer le monde… j’aimerais bien (rires)

Les DNJ: Avez-vous l’intention d’inscrire d’autres chansons françaises à votre répertoire, après des titres de Claude Nougaro et Jean Sablon ?
 

KE: J’aime beaucoup « Je tire ma révérence » de Jean Sablon, c’est agréable, un peu piquant, c’est ok. Mais avec les chansons en Français, il est difficile de rendre les nuances. Je ne connais pas assez bien le répertoire pour être assez précis dans l’expression. J’aimerais bien connaître toutes les langues. Quand je serai au ciel, je serai polyglotte ! (rires)

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

 

Kurt Elling. The Questions. Kurt Elling (voix, producteur), John McLean (guitares), Stuart Mindeman (claviers), Joey Calderazzo (piano), Clark Sommers (basse), Jeff « Tain » Watts (batterie), Branford Marsalis (producteur, saxophones), Marquis Hill (trompette, bugle). 5-12 octobre 2017. New York. Okeh-Sony.

 

En concert en avril en France, le 10 à Schiltigheim (Cheval Blanc) le 11 à Cholet (Théâtre Saint-Louis), le 13 à Caen (Théâtre), le 14 à Saint Nazaire (Théâtre), le 16 à Nice (Opéra Nice Côte d’Azur)et le 17 à Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale) avec Stuart Mindeman, Clark Sommers, Jeff "Tain" Watts, John McLean et en invité à La Seine Musicale Rick Margitza (saxophones).

 

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 16:18

Oboman, alias Jean-Luc Fillon (hautbois, hautbois d'amour, cor anglais), Didier Ithursarry (accordéon)

Meudon, juillet 2017

Jazz Family JF 039 / Socadisc

 

Récidive discographique du duo, après «Oboréades» (52ème Rue est, en 2012). Des compositions originales, qui évoquent très librement, mais amoureusement, la capitale (avec citation explicite, dans les notes du CD, du Spleen de Paris de Baudelaire ''…. Je t'aime, ô capitale infâme ! ''). Des thèmes signés par Oboman, sauf un de la plume de l'accordéoniste (Moulin Rouge), et aussi une composition de Jo Privat (Rêve Bohémien) que le duo se plaisait depuis quelques années à jouer en rappel des concerts qui suivirent le disque précédent. Sources d'inspirations liées aux lieux emblématiques (République, Pont des Arts, Père Lachaise....), mais sans servilité programmatique : rien qu'une captation d'atmosphère. Casa Pepe évoque un restaurant de la rue Mouffetard qui avait le préférence de Paco de Lucia quand il venait à Paris. C'est l'occasion d'un flamboiement ibérique. Et les lieux se succèdent, parcourus avec un brin de nostalgie : le tout avec une vivacité éloquente, une virtuosité virevoltante, une expressivité et des nuances confondantes. Bref de la belle musique, très vivante (et en plage12, non identifiée, une surprise ! ).

Xavier Prévost

 

Le duo est en concert à Paris le 10 avril au Studio de l'Ermitage

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?2&v=jt-RGtdCNKI

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 09:03
ANA KAP   LA GAZETTE DE LIBOR

 

ANA KAP

La gazette de Libor

Petit label www.petitlabel.com

 

Ana Kap, c'est le nom de ce trio étonnant, créé voici neuf ans, qui sort sur le  Petit L abel caennais, un deuxième album pour 2018, joliment intitulé La Gazette de Libor. http://www.petitlabel.com/pl/disque.php?ref=Pl kraft 056.

Instrumentation qui nous entraîne loin, jouant de divers rythmes et de l'alliage réussi des timbres (accordéon, cornet long, violon), sans oublier les interventions bienvenues, bidouillages un rien loufoques, voix de platine vinyle et effets de Juno 60. Une fois calé, on se laisserait bien aller à suivre la musique imaginée par le talentueux trio composé de Pierre Millet (compositions, cornet long), de Jean Michel Trotoux (accordéon), de Manuel Decocq (violon) ("Prude") : bal musette avec ce "Papa Tango" où dominent les flonflons de la fête foraine, sur un manège emporté par l'accordéon valseur ("La gazette de Libor ).

On pénètre dans l'univers étrange et étranger des compositions du corniste, dans une musique généreuse qui se donne dès le premier thème, orchestral. Audacieux de brûler tous ses vaisseaux, de tirer toutes ses cartouches dès l'ouverture, puisqu'au trio se joint un quatuor à cordes sur ce seul titre "Chien de paille" qui compte aussi sur les claviers de Djizan Emin, qui intervient, par contre sur quatre autres titres. Etonnant voyage très cinématographique-et c'est un compliment, illustration d'une balade virtuelle projetée dans la tête. Ces sonorités travaillées installent un climat surréel parfois, cadence suggestive plutôt que rythmique forcenée, comme un "Teketodo" lancinant, un "Seize torses" qui s'imprime dans la mémoire, un "Mambo" qui fait du bien.

On arrive à la fin de l'album, tourneboulé par ces pièces si différentes, ces changements de rythme incessants. Rien n'est laissé au hasard et le final, loin d'exploser, chante la plainte d'un violon mélancolique. Qu'importe les bricolages, l'album conserve en dépit de tout, son unité, avec une dimension originale et poétique. Epatant!

 

Sophie Chambon

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 08:38
LA RAISON DU MOINS FORT  MÖBIUS RING TRIO

LA RAISON DU MOINS FORT

Petit label 057 Sortie mars 2018

Label associatif caennais distribué par Les Allumés du Jazz, Improjazz et Métamkine.

http://petitlabel.com/

http://www.petitlabel.com/pl/disque.php?ref=Pl%20kraft%20057

 

Une première remarque, annexe qui n'est cependant pas accessoire. Quand je reçois les albums du Petit Label, j'ai toujours un immense plaisir à sortir les cds de leur enveloppe cartonnée, ce sont des beaux objets qui forment une collection comparable à celle d'un autre label indépendant, l'AJMI avignonnais. Un soin particulier est porté à la fabrication, à l'emballage . La pochette par exemple a été imprimée à l'atelier coopératif de sérigraphie L'encrag, à Caen. Un travail artisanal précieux, rare et fait avec amour. Qualité et esthétique, tout ce que l'on apprécie!

Voilà donc le premier album du saxophoniste alto Pascal MABIT, leader et auteur de toutes les compositions de cet épatant MÖBIUS RING TRIO. " Il s'agit du premier vrai disque de mon premier vrai projet et marque donc la naissance de quelque chose, qui, je l'espère, sera fort et durable." C'est tout le mal que l'on souhaite à ce musicien et à son trio composé d' Emmanuel FORSTER à la contrebasse et Kevin LUCETTI à la batterie. Etant donné une rencontre qui marqua le début d'une aventure intéressante, celle de trois camarades du CNSM, venus de différents coins de l'hexagone (Normandie, Toulouse, Chambéry), qui se sont retrouvés autour de l'improvisation, voilà un trio à l'assise solide. Avec un saxophoniste alto, fluide, élégant, au son vigoureux qui a su réconcilier les diverses tendances de la musique jazz, puisqu'il vient du bop, s'intéresse au free et aime le funk, a travaillé avec la fanfare XP du flûtiste Magic Malik. Aime autant écouter Steve Coleman qu'Alban Darche. Plaisir et connivences partagés dans une musique qui vient du jazz, en part sans jamais le quitter, fidèle à cette notion d'imprévus, passant au tamis de l'improvisation les sensations éprouvées dans l'instant. Le résultat ? Une musique qui évolue de climats labyrinthiques et méditatifs " Dabran" en ambiances plus percussives et engagées "La raison du moins fort". A suivre résolument, un jazz chambriste aussi séduisant !

 

Sophie Chambon

 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 19:07

Gildas Boclé (contrebasse), Nelson Veras & Jérôme Barde (guitares), Marcello Pellitteri(batterie)

Vannes, date non précisée

Absilone / Socadisc

 

L'intitulé exacte est en fait : Gildas Boclé plays Cole Porter & Tom Jobim « So in Love ». Autant dire que la revendication est explicite : jouer les standards de ces deux grands compositeurs, frères en mélancolie chantante, et en développements mélodico-harmoniques d'une grande richesse. Pour ce faire, le contrebassiste breton est allé chercher deux de ses anciens condisciples du Berklee College de Boston : le guitariste Jérôme Barde, et le batteur Marcello Pellitteri. Et en renfort un autre forcené mélodiste, d'une génération postérieure, le guitariste Nelson Veras. Cela tombe à pic, car ce jeune brésilien devenu parisien est en osmose idiomatique avec le langage de Tom Jobim, ce qui ne l'empêche nullement de jouer Cole Porter. Et Jérôme Barde, qui a comme Gildas Boclé longtemps séjourné et travaillé aux USA, est aussi à l'aise dans le répertoire du Maître de Broadway que dans celui du Chantre de la beauté Carioca, adopté et adoubé par New York. Les plages alternent quartettes, duos et trios. Tantôt l'on est dans une pure session de jazz (le quartette sur Chega de Saudade, en ouverture du CD, parmi d'autres), et tantôt en quête du graal mélodique, notamment quand le contrebassiste, à l'archet, expose So In Love, I Love Paris, Night And Day, ou encore l'arrangement de Tom Jobim sur I Concentrate On You. Une quête mélodique qui ne révoque évidemment pas le jazz car les guitariste sont choisis précisément pour ce talent de faire chanter les improvisations de leurs instruments. On retiendra au fil des plages que Nelson Veras possède, au degré le plus élevé, la faculté de sortir harmoniquement des clous sans briser le moule, tandis que Jérôme Barde, même sur le fil, semble toujours garder un pied dans la maison-mère, celle qui abrite la mémoire des standards. La délicatesse de How Insensitive, duo de Gildas et Nelson, et le pur plaisir du quartette, sur Night And Day, auront sans doute ma préférence, mais je dois avouer que j'ai passé, à l'écoute de ce disque tout en nuances, un très bon moment.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?2&v=dyCYXtGUt3E

Le groupe est en concert à Paris, au Sunset, le 6 avril 2018

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 12:15

JAZZ FAMILY - ( Dist. Socadisc)

Thomas Ibanez (ts), Patrick Cabon (p), Philippe Maniez (dms), Thomas Posner (cb) + Fabien Mary (tp), David Sauzay (ts)

Et si le jazz, c’était avant tout une question de son ? S’il s’agissait d’en donner toute l’ampleur et toute la densité ? Si le jazz passait d’abord par l’énergie mais aussi par une certaine façon de faire vibrer la note pour que ses ondes parviennent jusqu’à l’âme ?
Dans cet exercice, le saxophoniste Thomas Ibanez se livre à un véritable moment d’héroïsme, portant haut les plus belles heures du sax tenor. De celles qui vous envoient au plexus une façon de faire chanter leur saxophone avec autant d’élégance et de swing que toutes les femmes à ronde ( et les hommes aussi) tombent sur son chemin comme des mouches ivres de sensatione t de liberté.
Il y a chez Thomas Ibanez toute l’histoire de l’instrument et l’on s’épuiserait à citer toutes les références qu’il y a dans son jeu : Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Lester, Ben Webster et tout ceux qui ont écrit au sax ténor les plus belles pages de l’histoire du jazz.
Il faut entendre comment le son de Thomas Ibanez vous enveloppe tout entier sur Embraceable you. Ce n’est plus une caresse, c’est une étreinte. Et Thomas Ibanez avec son gros son au velours  chaleureux touche la cible en plein coeur. OU encore cette version débridée de IfEver I would leave you qui rappelle sans ambage la version de Rollins entendue sur "What's new"
Pour savoir où on va il faut, dit-on savoir d’où l’on vient. La route de Thomas Ibenez est, elle tracée, assurée et sans ambiguité. Il vient du bop et du swing et il y va avec autant de passion que de brio !
Et pour tracer sa route il lui fallait des camarades de jeu qui partagent cet héritage. Et dans ceux-là, il y a Fabien Mary qui livre ici une partition étincelante, brillantissime. Un orfèvre en la matière. Les deux font la paire.
Sur le terrain de ce jazz qui vient des traditions, ceux-là ne jouent pas à faire semblant. ils assument ce qu’ils sont et lorsqu’on les entend on sait comme une évidente évidence pourquoi le jazz nous est chevillé au corps.
Parce que ces moments-là nous sont aussi essentiels que l’air que l’on respire. Et avec eux, on respire fichetrement bien !
Jean-Marc Gelin


Thomas Ibanez sera le 22 avril au Sunside à Paris

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 17:19

Bernard Lubat (piano, batterie, percussions, sons échantillonnés, voix), Louis Sclavis (clarinette basse, voix)

Uzeste, dates non précisées

Cristal Records CR 270/ Sony Music


 

Après la rencontre avec Sylvain Luc, et en attendant celle avec Michel Portal, un nouvel exercice dialogique du poly-instrumentiste et vocaliste-créateur de langages Bernard Lubat. Ici le partenaire est Louis Sclavis, compagnon de route de la Compagnie Lubat depuis plus de trente ans, et musicien issu d'une dynastie reconnue du folklore imaginaire. Le texte de Louis Sclavis sur la pochette du CD dit ceci : «Pendant trois jours à Uzeste, presque en vase clos, on a joué parlé attendu en silence que les mots ou les sons viennent». Dialogue intime conclu par une longue improvisation en public (Net d'impro). Les autres dialogues, plus concis, portent des titres qui sont autant d'invitations à l'escapade verbale ; ces jeux sur le bout de la langue se jouent pour l'essentiel en territoire rugbystique. Ces mots pour le dire encerclent à grand peine une musique qui s'évade par tous les chemins de la liberté. Cheminement mélodique sur des sentiers où la tonalité se perd, et lyrisme d'entre deux guerres – ou d'entre deux mondes musicaux (Essai y est) ; répons en territoire du vingtième siècle (Trois en quatre à deux) ; joute amoureuse entre la clarinette basse et le piano (En tendre l'autre).... Chaque pièce, chaque plage ouvre une porte vers l'inconnu, terrain de jeu favori de l'improvisation. Deux funambules de la musique sont à l'action, et l'on ne perd pas une miette de ce qui se joue là, entre désir d'expression et refus de redire. Sclavis et Lubat sont deux jongleurs de l'éphémère, mais leur musique est faite pour durer, par le truchement du CD, et au-delà. L'échange (tennistique?) de Balle neuve projette jusqu'à l'extrême les vertus du principe action-réaction. Dans Traçage, Sclavis dessine une ligne solitaire où l'on devine l'écoute du partenaire. Voix sans soif est un exercice de poésie sonore et pianistique du seul Lubat, et le dialogue reprend dans Essaie si tu l'oses. Quant au titre conclusif, Net d'impro, il transforme en public les essais concoctés avec, comme l'explique Lubat au public en début de plage «la musique de composition instantanée multimmédiate où on improvise 100% sans papier(s) [....] Une lutte éperdue d'avance....». C'est une sorte de musique de chambre (chambre chaude, pas chambre froide), qui s'égare avec délices dans les méandres de ce que Bernard Lubat appelle «le dépensement de soi», dépense improductive, mais artistiquement féconde. Il ne vous reste plus qu'à vous immerger dans cette aventure humaine autant que musicale.

Xavier Prévost

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 09:43

Kurt Elling (vc), John Mc Lean ( g), Stu Mindeman (p, hammond B-3), Joey Calderazzo (p), Clark Sommers (b), Jeffv « Tain » Watts (dms), Brandford Marsalis (ss), Marquis Hill (tp, buggle)


Kurt Elling est un enchanteur de mélodies !
Pour son dernier album, le chanteur - que l’on a souvent trop tendance à cataloger dans la catégorie des crooners - ne se départi pas de ce qui fait son immense talent : une incroyable musicalité qui l’amène à porter au plus haut quoiqu’il chante. Et peu importe le sous-jacent, peu importe le prétexte, Kurt Elling transforme tout ce qu’il touche en or. L’ouverture de l’album est magistrale. Une claque avec cette ouverture a capella sur Hard rain’s a-gonna fall de Bob Dylan qu’il porte, seul ( avant d’être rejoint par la rythmique) à des sommets que l’on situe bien bien hauts.
Chaque phrase, chaque mot chanté par Elling prend sa réelle intensité. Ce qui fait que dans la voix de Kurt Elling, quelque chose d’indicible touche à tous les coups. Autant de sensibilité, d’intentions, de présence vocale, c’est d’une rareté précieuse.
Et pour cela, et même si Kurt Elling pourrait bien prendre seul l’espace, il s’adjoint les service de celui qui est peut être l’un des plus grands jouer de soprano au monde, Brandford Marsalis qui ajoute de l’enluminure à l’enluminure sur quelques titres ( I have dreamed). (Brandford Marsalis, au demeurant producteur de l’album).
Kurt Elling se situe entre la voix  faite instrument ( dans ses tenues de notes et ses variations) et le story-teller dont la phrase raconte. Il faut entendre cette sublime version de Skylark jamais entendue comme cela auparavant, glissant sur les nappes bleues de John Mc Lean à la guitare. Ce sens du placement, du swing lorsqu’il le faut mais pas trop, de l’envolée comme de la douceur, du grave à l’aigu dans un même geste souple.
Kurt Elling porte très haut l’art du chant dans lequel il est chaque fois engagé à 10.000%.
Jean-Marc Gelin

 

Ps : par pitié, quelqu'un peut il demander à Okeh d'arrêter de faire des pochettes aussi laides !!

En concert le
10/04 : Schiltigheim
11/04 : Cholet
13/04 : Caen
14/04 : St Nazaire
16/04 : Nice
17/04 : Boulogne ( La seine Musicale)

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 16:59
Sylvain Rifflet  Mechanics / Celebrating Moondog

SYLVAIN RIFFLET

 

Mechanics

Celebrating Moondog

2 films inédits

LA HUIT

Collection dédiée au jazz français et européen

Sortie DVD le 27 mars 2018

 

http://www.lahuit.com/fr/content/sylvain-rifflet-2-films

 

 

La huit présente deux films sur le travail du saxophoniste Sylvain Rifflet, révélant son goût des explorations expérimentales. S'il vient du jazz, il n'hésite pas en sortir pour mieux coller à l'époque en développant une véritable mécanique de groupe, aux rythmes cycliques et poétiques.

Le premier film, de Guillaume Dero (48'), intitulé à juste titre MECHANICS, montre un live au Paris Jazz festival du Parc Floral, le 11 juin 2013. S'intercalent aussi trois solos sans décor, où le saxophoniste dans son manteau rouge, actionnant les clés de son sax, nous offre "Double", "Tout dit" (Camille), O grande Amor ( Antonio Carlos Jobim). Les compositions du concert sont aussi interrompues par les propres commentaires du leader qui révèlent un registre large, mixant musique improvisée (l'apport du jazz), répétitive, pop, rock ...

Le concert est filmé au plus près avec de gros plans du flûtiste Joce Menniel, compagnon infatigable du groupe, ou le travail sur les percussions et métaux traités de Benjamin Flament, soutenu par la guitare de Philippe Gordiani.

On s'immerge ainsi dans ce rapport physique à l'instrument, à cette illusion sonore constamment entretenue par l'action réversible des musiciens qui endossent plusieurs rôles. Une véritable dramaturgie de la musique, pas seulement dans l'architecture des solos, mais aussi dans l'art de mener des ruptures franches et surprenantes.

Insolite, toujours imprévisible dans ses intonations, le saxophoniste invente ses pensées, prétendant à une certaine vérité quand tout est imaginé....

 

Si le concert commence par "2nd West 46th Street" de Moondog, ce n'est pas vraiment un hasard et nous passons ainsi tout naturellement, vers le second projet, un autre film d'Arthur Rifflet cette fois (51'), Perpetual Motion, a celebration of Moondog, qui reprend les tutti saccadés, caractéristiques du groupe, cette fois avec des enfants.

 

https://www.rythmes-croises.org/sylvain-rifflet-jon-irabagon-perpetual-motion-a-celebration-of-moondog/

 

Fasciné par la personnalité hors norme de Moondog, autrement dit Louis Thomas Harding, "clochard céleste" qui vécut dans la rue, à New York pendant trois décennies. Aveugle, habillé en Viking, il jouait dans la 6ème rue, et à ce jour, près de 800 partitions sont encore à déchiffrer.

Une quinzaine de morceaux sont repris par les musiciens, mitonnés"à leur sauce" avec des sons contemporains, pour les mettre en une sorte de "mouvement perpétuel" en 2013. Beaucoup de ces titres intemporels sont encore actuels From the JB n°2 Jazz Book avec changements d'accords et harmonies accrocheuses.

Le film bouscule la chronologie : duos en différents lieux, scènes de rue avec des passants, recréant ainsi les conditions véritables de jeu de Moondog. Des fragments saisissants montrent des ouvriers au travail, l'un en particulier déblayant la neige avec une pelle qui frappe en rythme le trottoir; il ya encore un mendiant secouant son gobelet, un Noir qui tape en plein milieu de la rue, sur des bidons en plastique sur un rythme 4/4.

Chaque année le festival de Banlieues Bleues mène des actions pédagogiques en Seine Saint-Denis. D'où l'intervention de plusieurs chorales collégiennes de Bobigny et La Courneuve. On assiste ainsi aux premières et dernières répétitions avant le concert final, qui eut lieu le 12 avril 2013 à Bobigny, salle Pablo Neruda. Histoire de voir le travail en cours, l'évolution et l'implication des participants. Ajoutez à tout cela une interview de Moondog lui-même, en 1971, où il explique comment il écrivait la musique qui lui plaisait, aux rythmes avant-gardistes en 5/4, 7/4, sur des harmonies et mélodies du XIXème siècle. D'où son surnom en Grande Bretagne de "Beethoven du beat".

Un document passionnant, sur le vif, qui donne à entendre "Heat on the Heather", "Askame", "Santa Fe" avec Eve Risser, "Elf dance" avec kalimba, guitare et sacs plastiques. Le groupe est en effet constitué des fidèles auxquels s'ajoute la pianiste Eve Risser et le saxophoniste Jon Irabagon.

 

Un DVD absolument indispensable pour aller au plus près de la façon dont travaille le saxophoniste, investi d'un beau projet de musique, et d'un véritable désir d'oeuvre qu'il est en train de façonner. Pour preuve, rappelons le parcours de DJANGO d'OR 2008, catégorie nouveau talent, à Meilleur Album de l'année 2016 aux Victoires du jazz...

 

Sophie Chambon

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 16:35
Francesco BEARZATTI  Woody Guthrie  / Tina Modotti

 

LA HUIT DVD

Avec Mezzo et Banlieues Bleues

Sortie le 27 mars 2018

 

http://www.lahuit.com/fr/content/francesco-bearzatti-2-films

 

Premier concert capté par Stéphane Jourdain pour la Huit, This Machine Kills Fascists est un projet du Tinissima Quartet, après l'évocation de Tina Modotti et Malcolm X.

Le transalpin Francesco Bearzatti, à la tête d'un extraordinaire quartet, se lance dans l'évocation de Woody Guthrie, à l'origine du "protest song", qui aura une grande influence sur Bob Dylan et nombre de musiciens américains. Le programme célèbre la force de l'engagement de celui qui avait écrit sur sa guitare "THIS MACHINE KILLS FASCISTS". Entre blues et frénésie, le concert commence avec "Okemah"/ "Dust Bowls", retraçant les tempêtes de sable et l'exode des fermiers vers l'ouest chassés par les banques, continue avec un "Hobo Rag" à la rage punk,sur les équipées de ces vagabonds du rail (hobos) menacés par les serre-freins, et se termine par une ode aux anarchistes italiens exécutés "One for Sacco &Vanzetti".

La Huit continue à explorer en musique la biographie d'artistes inspirés et rebelles et le film de Guillaume DERO suit le concert du cinquième album du saxophoniste et clarinettiste italien , consacré à la photographe Tina Modotti (1896-1942), transposant en musique ses "aventures, douleurs et passions"; une suite dont la couleur évolue d'une pièce à l'autre selon que Bearzatti utilise le saxophone ou la clarinette.

Témoin du Mexique post révolutionnaire des années 20, où, après une carrière au théâtre en Californie, elle se réfugie avec le grand photographe Edouard Weston qui a quitté femme et enfants pour elle. Si le studio qu'ils ont créé à Mexico a du succès, elle s'engage auprès du peuple mexicain et continue à oeuvrer jusqu'en URSS avant de rejoindre les rangs des républicains espagnols...Une vie extraordinaire de sacrifices et d'aventures.

Nés tous deux nés dans le Trentin, elle ne pouvait qu'inspirer Francesco Bearzatti. Les deux soufflants de front au premier plan, la caméra tournant autour du leader, le trompettiste Giovanni Falzone, obstinément tourné vers lui.  En fond de scène sur grand écran, les photos de cette artiste révolutionnaire prennent le temps d'exprimer le sujet, l'époque, les pays traversés, le parcours de la militante italienne, du Frioul à la Guerre Civile espagnole, des révolutions sudaméricaines, sans oublier la Russie des années 30. Une suite qui se regarde donc et s'écoute attentivement, une histoire racontée avec ferveur et fougue selon les chapitres ("America" et "Why?"). Les changements de rythme alternent selon les photos de groupes d'ouvriers ou d'enfants, de végétaux, des portraits singuliers aux cadrages surprenants sur des mains, "la femme au drapeau" devenue iconique, ou bien la machine électrique s'emballant au rythme du cliquetis des baguettes... Peu ou pas de temps morts, simplement ralentis avec l'archet de la contrebasse qui s'ajointe au saxophoniste. Du grand live!

 

 

Sophie Chambon

Francesco BEARZATTI  Woody Guthrie  / Tina Modotti
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