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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 20:23

Shed Music 2018
Sonia Cat-Berro (vc), Tony Paelman (p), Pierre Perchaud (g), Christophe Panzani (ts, clb), Nicolas Moreaux (cb) ,Karl Jannuska (dms) + Simon Tailleu (cb), Serena Fisseau ( vc), Baptiste Germser (cor), Guillaume Poncelet ( fchn, euphm)

Il y a des albums qui vous arrivent comme une évidence. Comme un murmure ou une caresse.
Celui-là touche au coeur.
On connaissait Sonia Cat-Berro dans un registre plus funk et plus en lien avec le jazz new-yorkais de ces temps-ci. Avec « Lonely Siren », la chanteuse aborde un tout nouveau registre, plus intime, un peu plus en clair-obscur, teinté de je-ne-sais-quoi de nostalgie douce.
C’est en famille pourrait t-on dire que cet album a été conçu. Ou plutôt devrait on dire, en tribu puisque pour ce nouvel album paru sous le label Shed Music, Sonia Cat-Berro a associé les compagnons artisans créateurs du label fondé sur l’aura de Watershed, formidable groupe qui a récemment marqué les esprits et qui nous avait littéralement conquis. Et pour que cet esprit de famille soit complet, les musiciens de ce collectif ont tous mis la main à la pâte et ont contribué à l’élaboration de ces belles compositions dont l’esthétique reste justement très proche de celle de Watershed. Ce collectif fonctionne si bien que l’on ne sait plus trop d'ailleurs qui sert l’autre, si les musiciens servent la chanteuse ou si c’est le contraire.
Cet album, on l’a dit, touche en plein coeur.
Les mélodies, douces-amères sont toutes sublimes, évidentes mélodies aux harmonies subtiles et parfois complexes. On est sous le charme de ce Very simple song dont les méandres  nous sont offerts en offrande et sur lequel Tony Paelman se montre lumineux dans son accompagnement.
Le chant de Sonia Cat-Berro quand à lui, débarrassé de toute fioriture et de tout effet a quelque chose d’intime parce qu’il est comme dénudé et murmuré au plus près de l’âme. Less is more. Les paroles en anglais (presque) toutes signées par la chanteuse racontent ainsi des histoires d’une sensualité envoûtante. Ainsi la douceur de Scar d’abord en duo avec Simon Tailleu puis rejoint par le contre -chant de Christophe Panzani.
Il y a dans le chant de Sonia quelque chose qui fait penser parfois à Joni Mitchell ( Walls and pieces) ou à Norma Winstone comme dans le climat sombre d’After the storm. En douceur porté par les envolées de Pierre Perchaud ou plus loin celles de Panzani. Ou encore Around my shoulders, ode à l’amitié sublimé par les magnifiques arrangements de Tony Paeleman.

Tout au long de cet album les mélodies sont si fascinantes, si aériennes qu’elles sont comme une invitation à entrer dans l’univers de Sonia Cat-Berro. Un monde qui s’imprègne et ne vous quitte pas. Cette sirène-là vous entraîne loin. Très loin. A vous de vous perdre avec elle.
Jean-Marc Gelin

Sonia Cat-Berro sera le 12 avril au Studio de l’Ermitage. A ne pas manquer.

NB : une mention toute particulière pour les magnifiques phots d'Elodie Winter qui signe une là un superbe cover.

 

 

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 18:30

Le jazz bonifie la chanson populaire. Et vice-versa. Que serait en effet la musique que nous aimons sans les  « standards » qui en font le sel et le miel ? Sans ces mélodies, ces  ballades venues de Broadway ou du répertoire courant, que tout amateur de jazz reconnait instantanément en buvant un gin tonic au Sunside,  au Ronnie Scott’s ou au Village Vanguard ?  Les musiciens de jazz, les jeunes notamment,  ne devraient-ils pas jouer plus régulièrement ces standards, quitte à négliger leurs propres compositions, histoire de se confronter à leurs collègues qui ont travaillé sur ce matériau historique ?
             Il y a mille façons d’interpréter ces mélodies. Au fil des ans, fan de jazz de (très) longue date, je me suis efforcé par curiosité d’identifier  la version la plus « décalée »ou  la plus intéressante de quelques-uns  des  nombreux standards de la planète jazz.  Youtube, Deezer ou Spotify facilitent désormais grandement ces recherches en affichant des listes qui permettent la comparaison.
            L’excellente émission de France Musique,  Repassez-moi l’standard, diffuse de bonnes compilations tous les dimanches, mais l’objectif est ici différent : trouver l’interprétation qui sort vraiment des sentiers battus, celle qu’on conserve précieusement pour l’écouter sans se lasser, toujours et encore.
            L’exercice est forcément subjectif et certainement périlleux, car en jazz, tout autant que dans les  autres domaines musicaux, les avis sont tranchés, les critiques aiguisées. Essayons tout de même ici d’identifier pour une quinzaine de « standards », choisis arbitrairement,  des versions à la fois remarquables et originales.  Quitte à alimenter la discussion, à défaut de faire l’unanimité…
          Satin Doll. Pour ce thème immortalisé par Duke Ellington (son auteur), Ella Fitzgerald ou Oscar Peterson, il existe une version  qui ne cesse de m’enchanter, celle de Terry Callier, l’interprète par trop méconnu de What Color is Love, une des plus belles chansons du répertoire américain.  Ce chanteur multicarte (soul et pop) ralentit à souhait Satin Doll, le jazz vocal dans toute son experte nonchalance.
         April in Paris. Là, c’est tout le contraire. Ce standard sirupeux de Broadway a été repris par tous les grands du jazz, de Count Basie à  Sarah Vaughan, en passant  bien sûr par le duo Ella Fitzgerald – Louis Armstrong.  Mais c’est un remarquable chanteur de jazz – le plus grand en fait – Kurt Elling, qui m’épate avec  une version dynamique, énergique de ce titre amorti. On en sort ragaillardi.
          Body and Soul.  Un standard impérissable venu également de Broadway et que tout le monde a enregistré.  Le  duo Tony Bennett – Amy Winehouse  (Le crooner et la chanteuse pop les plus proches du jazz) en a fait une version intrigante. Mais c’est encore Kurt Elling, lequel  donne un tour original à chacune de ses interprétations,  qui emporte mon adhésion, en triturant à sa façon A new body and soul.

            The Gipsy.  Une chanson moins connue et toute simple, « croonée »  laborieusement par Franck Sinatra et reprise par Louis Armstrong ou Charlie Parker.  C’est Archie Shepp, aussi bon chanteur que saxophoniste, qui en livre de loin la meilleure version (à ne pas confondre avec son Black Gipsy) dans son album Chooldy Chooldy, où il interprète aussi remarquablement This is always.
          My foolish heart. Une ballade sentimentale très populaire malaxée à l’envie par Bill Evans, Keith Jarrett et toujours Kurt Elling. Mais ici, c’est Chet Baker qui emporte la palme, émotion en prime. Tout ce qu’il chante et « trompette » est de toutes façons original.  Parmi ses multiples versions connues de ce standard, j’aime bien – un peu de cocorico ! – celle du Chet avec Michel Graillier aux ivoires.
         Tea for two. Un autre succès de Broadway très apprécié du monde du jazz, parfois en version cha-cha-cha, mais interprété généralement de manière convenue.  Quelques exceptions : Anita O’Day, mais surtout la version enregistrée en studio par Erroll Garner fin 1971. Un rythme époustouflant, combinaison  magique de force et de finesse propre à l’autodidacte du piano jazz. A écouter le matin pour sautiller d’allégresse.
      Poinciana. Fatigués d’entendre pour la nième fois  Ahmad Jamal  jouer ce standard aux racines cubaines, dont il s’est fait le spécialiste ?  Allons voir du côté de Keith Jarrett,  qui « réinterprète » ce titre d’une manière impressionnante, accompagné de Gary Peacock et Jack DeJohnette.  Un groove étourdissant.  Adios Nat King Cole…
     Never let me go.  Le “Ne me quitte pas” américain, chanté superbement par Shirley Horne ou Nancy Wilson. Mais c’est un autre pianiste de génie, Bill Evans, qui me séduit avec sa longue version en solo de cette ballade écrite pour Hollywood. Près d’un quart d’heure  de rêve et de nostalgie
     Giant Steps. Une composition de John Coltrane reprise par les virtuoses du piano. Peut-on jouer différemment ce standard, ou même le chanter ? Oui, et c’est l’imprévisible et géniale  Betty Carter qui le fait, lors d’un concert à Hambourg en 1993, visible sur Youtube. Sa voix comme un instrument. Dix minutes envoûtantes d’improvisation et de scat, avec Geri Allen au piano. Wow !  
      Just friends.  De Charlie Parker à Martial Solal, ils ont tous joué cette entraînante mélodie des années 1930. Une version un peu originale ? Celle de Chet Baker et Stan Getz en 1983 à Stockholm ? Non, plutôt un arrangement ébouriffant du Big Band de la WDR allemande en 2000 (YouTube), avec une superbe intro au piano de Frank Chastenier et un vigoureux solo de James Moody.
    Summertime. Un standard absolu, adapté de George Gershwin (Porgy and Bess), mais souvent repris de manière compassée et grandiloquente, dans le sillage de Paul Robeson. Heureusement, l’ami Albert Ayler a revisité avec bonheur cette mélodie, qu’il  a déconstruite dans son style bien particulier. Un enchantement pour les amateurs de jazz sans concession.
    La vie en rose.  Cette chanson d’Edith Piaf est devenue standard quand Louis Armstrong l’a jouée  au début des années 1950. Elle a ronronné jusqu’à ce que Richard Galliano et Wynton Marsalis en présentent une version intéressante en 2009 à Marciac. Richard Galliano, c’est quand même mieux que Richard Clayderman  (lui aussi joue La vie en rose …).

         Midnight Sun. Le soleil de minuit ne se couchera jamais sur ce grand standard de Lionel Hampton et Johnny Mercer, surtout quand il est chanté par Sarah Vaughan. L’indolente « Divine », celle qui chantait comme si de rien était, était au sommet de son art dans la meilleure interprétation jamais réalisée de ce titre – en 1978 avec Oscar Peterson et Joe Pass.  Sorry, Ella….
         Golden Lady. Une des grandes compositions de Stevie Wonder, adoptée par le jazz.  J’hésite ici entre la superbe version d’Abbey Lincoln accompagnée d’Archie Shepp et une interprétation plus intimiste  du pianiste Robert Glasper, accompagné seulement d’un contrebassiste, visible sur YouTube.  Un bijou d’improvisation en toute décontraction.
          The end of a love affair.  Un dernier titre en hommage à celui qui vient de nous quitter. Didier Lockwood aux côtés de Dee Dee Bridgewater : c’est ma version préférée de ce standard plein d’ironie et de mélancolie, parfait écrin pour un  violoniste sans pareil, trop tôt disparu. La fin d’une histoire  d’amour…

 Gilbert Grellet
Satin Doll - Terry Callier  - I just can’t help myself  ( 1998 - MCA)
The Gipsy – Archie Shepp – Choodly Choodly  (2002 – Azzurra Music)
April in Paris – Kurt Elling – The Messenger (1997 – Blue Note)
A new body and soul – Kurt Elling – Nightmoves  (2007 – Concord)
My foolish heart – Chet Baker/Michel Graillier – Live and rare (2011 – Master Classics Records)
Tea for two - Erroll Garner - Turin Concert   (Remastered 2007 – Gambit)-
Poinciana – Keith Jarrett – Whisper not (2000 – ECM)
Never let me go – Bill Evans – Alone (1968 – Verve)
Giant Steps – Betty Carter – 1993 Youtube
Just friends – Big Band WDR – 2000 Youtube
Summertime –Albert Ayler – My name is Albert Ayler (1964 - Debut )
La vie en rose – Richard Galliano/Wynton Marsalis – From Billie Holiday to Edith Piaf: Live in Marciac (2010 – Futur Acoustic)
Midnight Sun – Sarah Vaughan – How long has this been going on?  (1978 - Pablo Records)
Golden Lady – Abbey Lincoln – Painted Lady (1995 - ITM)
Golden Lady – Robert Glasper – 2013 Youtube  
The end of a love affair – Didier Lockwood/ Dee Dee Bridgewater – For Stéphane (2008 – Ames Production/Frémeaux et Associés)
 

 

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 10:31

Stephan Oliva (piano, piano électrique), Stéphane Oskeritzian (montage)

Pernes-les-Fontaines, 14 novembre 2017

Illusions Music ILL 313008 / http://www.illusionsmusic.fr/invisible.html

 

Un projet issu d'un fantasme, ou plutôt d'un rêve, celui d'un cinéma pour l'oreille. Un rêve partagé avec le producteur Philippe Ghielmetti, du label Illusions Music (les CD sont exclusivement disponibles sur le site). Un rêve ancien et déjà souvent matérialisé par les disques précédents sous la même étiquette : « Ghosts of Bernard Hermann » (2007), « Film Noir » (2011) et « Vaguement Godard » (2013). Un rêve qui prenait peut-être sa source dans un coffret de solos de piano autour de l'image conçu par un autre producteur, Jean-Jacques Pussiau, où Stephan Oliva rejoignait alors Martial Solal, Paul Bley, Steve Kuhn et Alain Jean-Marie : « Jazz'n (e) motion » (1998 BMG/RCA Victor). Une sorte de manifeste musique-image : la galette qui tourne sur nos platines CD porte en grand caractère cette citation de Michel Butor (extraite de son recueil Répertoire II , Seuil, 1964) : «Le son étant dès l'origine avertissement, signe, tout est toujours susceptible, passible d'interprétation, rien n'est plus à l'abri de de la lumière ou de l'intelligence». Et le digipack qui reçoit la galette arbore fièrement une photo extraite d'un film de Minelli, The Bad and the Beautiful (en V.F. Les Ensorcelés). Une sorte de manifeste donc, et un processus d'élaboration très sophistiqué : le pianiste entre au studio de La Buissonne sans connaître exactement le projet, sauf qu'il a trait au cinéma. Philippe Ghielmetti et Stéphane Oskeritzian (également coproducteur de l'enregistrement) donnent au pianiste des mots sur lesquels il improvise, et Gérard de Haro (lui aussi coproducteur) recueille sur sa console et ses machines les sons issus majoritairement du magnifique piano qui trône dans cet étonnant studio-salon. De ces cinq heures d'enregistrement Stéphane Oskeritzian va extraire, par sélection et montage, 24 séquences titrées (Générique sur fond rouge, Arrêt sur image, Musique de film, Ralenti, Fondu au noir, Flashback....). Le coproducteur-monteur écrit «Parler un peu le langage de Stephan, voir avec ses oreilles, regarder son clavier comme une caméra....». On pense, même si le propos est différent, à la manière dont Teo Macero assemblait les extraits des séances de Miles Davis avec la totale confiance de l'artiste. Difficile de décrire ce qui est avant tout une expérience d'écoute pour l'imaginaire, cette faculté qui génère des images, même dans l'obscurité. Une musique pour salles obscures en quelque sorte. Obscurité complète, écouter-voir, dans le noir absolu, il n'y a rien d'autre à faire que de guetter le rêve, éveillé, de cette équipe de doux dingues. Le bonheur sera total, même quand la lumière reviendra, après 45 minutes et 3 secondes d'images mentales.

Xavier Prévost

 

Stephan Oliva jouera son programme « Vaguement Godard », issu du disque éponyme, le samedi 10 mars à 16h, à la Grande Passerelle de Saint Malo, dans le cadre du festival 'Jazz à l'Étage'

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=0S1Ib_1Da0o

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 18:42

 

Jan Schumacher (trompette, bugle, composition), Richard Turegano (piano), Blaise Chevallier), Jean-Pascal Molina (batterie), Gueorgui Kornazov (trombone), Émilie Lesbros (voix), Didier Malherbe (saxophone soprano, flûte, doudouk, oulousi), Jean-Baptiste Renaux (beatbox, tuba)

Malakoff, 2-3 février 2017 & Paris 23 septembre 2017

JAZZENVUE 01 / Bernett Records 

Disponible sur le site du trompettiste

http://janschumacher0.wixsite.com/janschumacher

et sur les plateformes numériques

 

On ne pas dire que Jan Schumacher encombre les bacs des disquaires : sauf erreur, c'est le troisième disque sous son nom, en dix ans, de ce trompettiste allemand établi dans nos parages. Mais la chose est mûrement réfléchie, fondée sur l'évolution d'une équipe plutôt stable, augmentée d'invités soigneusement choisis pour un projet esthétique patiemment élaboré. Ici le vent d'Est domine, peut-être celui des Monts Tara, en Serbie, l'un des lieux où le trompettiste puise son inspiration. Ce qui frappe, c'est qu'il s'agit d'abord d'un disque de compositeur, ou plutôt de dramaturge, qui organise un spectacle sonore dont le déroulement est soigneusement élaboré, et où le trompettiste-leader ne cherche pas le premier rôle mais la place pertinente dans un ensemble très cohérent, où chaque soliste cependant dispose d'espaces de liberté d'expression, et même d'expressivité (le doudouk de Didier Malherbe en ouverture, et plus loin le trombone de Gueorgui Kornazov, la voix d'Émilie Lesbros...). La trompette et le bugle trouvent aussi leur place dans cette scénographie imaginative où l'improvisation modale libérée fait bon ménage avec des changements d'accords sinueux. Une place parfois plus rythmique que mélodique, avec le trombone, comme revendiqué explicitement par Jan Schumacher dans la vidéo ci-après. Ce disque est à écouter comme un voyage sonore dans un imaginaire très intériorisé, où les paysages seraient allusifs. Embarquez : l'aventure en vaut la peine. Après une pénultième plage très jazz sur tempo vif, le disque se conclut par un extrait de concert (avec le renfort de Jean-Baptiste Renaux) à la Maison Heinrich Heine de la Cité Internationale Universitaire de Paris. Belle manière de rappeler que ce jazz, comme tous les jazz(s), est sans frontières.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert le jeudi 8 mars à Paris au Sunside

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=7QhWcWUN2Sk 

 

 

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 16:21

Camille Bertault (voix, compositions, textes, arrangements), Michael Leonhart (arrangements, direction, trompette, bugle, claviers, percussion), Dan Tepfer (piano), Christophe 'Disco' Minck (contrebasse, guitare basse, harpe, synthétiseur), Joe Sanders (contrebasse), Jeff Ballard (batterie), Stéphane Guillaume (saxophones, flûte, clarinette basse), Daniel Mille (accordéon), Mathias Mahler (trombone), François Salque (violoncelle)

Paris, 2-10 mars 2017

Okeh 889854223229 / Sony Music

 

Le grand retour - ou le vrai début? - d'une chanteuse hors-norme. Après un premier disque sous le plus français des labels new-yorkais, Sunnyside («En Vie», 2016), elle revient sous un label au nom historique, Okeh, et la complicité d'un trompettiste-arrangeur, et d'un pianiste, qui sont des compagnons de route du label Sunnyside : Michael Leonhart et Dan Tepfer. L'album est à l'image de cette chanteuse inclassable : très jazz, mais reprenant aussi la chanson (Brassens, Gainsbourg adaptateur pour Françoise Hardy, Michel Legrand, Brigitte Fontaine....), faisant un pot-pourri magistral de Ravel, et du funambulisme vocal sur la première des trente Variations Goldberg de Bach, posant des paroles françaises sur Coltrane- Giant Steps : Mimi Perrin aurait sûrement aimé cette version- ou Bill Evans - Very Early -, et du portugais aux consonances brésiliennes sur Wayne Shorter, composant des mélodies parées de ses textes, teintés d'humour et de mélancolie (Nouvelle York) et de vertigineuse prosodie syncopée (Comptes de fées, Entre les deux immeubles....), osant des ballades francophones aux accents de standard sophistiqué (Tantôt), et enfin évoquant en anglais l'hiver alpin. Bref Camille Bertault joue, chante, interprète, écrit, compose, improvise et arrange avec un talent confondant, une liberté insolente : irréductible, insaisissable, et magnifiquement déjantée !

Xavier Prévost

 

Camille Bertault est en concert le 8 mars à Paris au Café de la Danse, mais c'est COMPLET ! Ensuite elle sera en tournée (Brésil, Italie, Allemagne, New York....), et de retour à Paris le 2 juin pour le Festival Jazz à Saint-Germain


 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=p6w12ecMN54

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 09:41
HARVEST CLOVER TRIO (Argentieri, Lanson, Raffin)

HARVEST

Clover Trio

Green Nose production/ Absilone

Damien Argentieri (orgue), Sébastien Lanson (guitare), Benoist Raffin(batterie)

 

Voilà un album à écouter absolument par un temps gris et pluvieux comme aujourdhui pour éloigner même provisoirement cet hiver qui n'en finit pas de nous tourmenter. Et pas seulement en référence à la pochette mais aussi par exemple pour "Gaby", une composition de l'organiste Damien Argentieri, mélodieuse et douce de 3'40 qui tourne et insensiblement s'accroche, se fixe dans votre mémoire.

Harvest est le premier album d'un trio de musiciens confirmés, le Clover trio (trèfle à seulement trois feuilles ici). Sans révolutionner la planète musicale et la formule connue du trio (guitare,orgue, batterie), ils installent et jouent de cette familiarité due au groove intense qui vous saisit dès l'ouverture. Sans aucun doute, c'est la caractéristique première d'un trio sage qui sait créer une ambiance tournante sur les compositions alternées des trois camarades de jeu. Damien Argentieri impose fluidité et élégance aux commandes de cet orgue dont on a toujours plaisir à retrouver le son (à choisir dans cet éternel retour de certains instruments, je préfère le velouté de l'orgue au fender), le guitariste Sébastien Lanson qui a vécu quelque temps sur la côte Ouest a acquis une clarté ( "lamirémi" ), il constitue aussi un support rythmique, aux côtés du batteur discret mais efficace Benoît Raffin("Taxi").

Trois feuilles qui se régénèrent, en reprenant très joliment, des standards de la pop qui ont marqué notre mémoire affective ( "Isn't She Lovely?", "Imagine") et du jazz "Softly As In A Morning Sunrise" et "Played Twice"de Monk.

Prometteur, cet album au charme certain.

 

Sophie Chambon

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 18:44

Sylvain Gontard (bugle), Laurent Derache (accordéon), Christophe Wallemme (contrebasse), Matthieu Chazarenc (batterie, composition)

4-6 septembre 2017, Pernes-les-Fontaines

Jazz Family JF 043 / Socadisc

 

Le batteur du Sud-Ouest a attendu la quarantaine, après une carrière enviable de sideman (qui lui vaut d'avoir côtoyé beaucoup d'artistes de haut vol : Manuel Rocheman, David Linx, Paolo Fresu, Mark Turner, Rick Margitza, Médéric Collignon, Magic Malik.... parmi beaucoup d'autres), pour enregistrer en leader la musique qu'il avait en tête. Le résultat est un disque de compositions originales (avec parfois des citations nostalgiques), très mélodiques, où les valses mélancoliques dominent, avec un goût prononcé pour les vibrations telluriques, comme on le trouve chez Henri Texier, et aussi dans les valses-jazz qui nous bercent depuis des lustres. S'ajoutent des envolées très enflammées, dignes des cavalcades balkaniques en rythmes impairs, et tout au fil des plages cette savante combinaison sonore qui repose sur l'alliage de l'accordéon et du bugle : beaucoup découvriront ici Laurent Derache, et trouveront confirmation de la finesse de Sylvain Gontard, dans le timbre comme dans le phrasé.. Très belle idée que cette association qui peut engendrer aussi bien des langueurs de spleen que ces tensions acides par quoi la musique sort de ses gonds. La contrebasse se fait volontiers lyrique (c'est dans l'ADN de Christophe Wallemme) et la batterie de Matthieu Chazarenc pousse, pulse et berce, stimule et caresse, au fil des climats et des métamorphoses. Une parfaite réussite dans la quête d'un jazz qui chante : ça tombe bien, le titre annonce clairement la couleur, comme un manifeste.

Xavier Prévost

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=zJcW2sDz7cM

https://www.youtube.com/watch?v=-GqQ4-QbpdA

 

Le groupe sera en concert le 6 mars à Eaubonne, le 18 à Villennes-sur-Seine, le 21 à Toulouse (Le Taquin), le 22 à Saint Créac, le 23 à Condom, le 24 à Tarbes, le 29 à Paris (Studio de l'Ermitage), le 30 à Agen et le 31 à Bordeaux (Le Caillou du jardin botanique)

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 11:10

Patrice Blanc-Francard. 640 pages. 24 euros. Editions Plon. Février 2018.

 

Dictionnaire amoureux : cette collection s’est fait un nom dans le monde de l’édition, approchant aujourd’hui le cap du centième titre. Le principe en est connu : un auteur évoque un sujet cher avec passion et subjectivité. Ces deux qualités se retrouvent dans le Dictionnaire amoureux du jazz, signé Patrice Blanc-Francard. Homme de radio et de télévision, producteur spécialisé dans le rock, il fut également chroniqueur à Jazz Hot. Sa découverte du jazz remonte aux années 60 avec l’écoute de l’émission Pour ceux qui aiment le jazz sur Europe n°1 (l’appellation d’alors). Il a fréquenté les clubs, salles de concerts à Paris mais aussi à New York, collectionné les vinyles. Toute cette culture, PBF la transmet avec sa fibre personnelle dans cet ouvrage qui passe en revue, de A comme Adderley (Julian), Armstrong, Ayler ou encore Atlantic à Z comme Zawinul , interprètes, lieux, labels. Au gré des soixante entrées, le lecteur retrouve les géants (Ellington, Parker, Monk, Davis, Mingus, Evans, Holiday, Reinhardt…) mais aussi Roland Kirk (l’homme-orchestre) et Jacques Schwarz-Bart (le mariage jazz-gwoka) et même Jimi Hendrix (l’esprit du blues). Autant dire que Blanc-Francard nous emmène dans son jardin secret sans œillères. Son dictionnaire amoureux a toute sa place dans la bibliothèque de l’amateur de musique aux côtés du monumental (1472 pages) et œcuménique Dictionnaire du Jazz de Carles-Clergeat-Comolli (Bouquins-Robert Laffont). A garder à proximité de son lecteur de cd et de son ordinateur,  le Blanc Francard s’avère aussi utile en préconisant  pour chacune des entrées des références (disques, vidéos, livres).
Jean-Louis Lemarchand
Dictionnaire amoureux du jazz. Patrice Blanc-Francard. Plon.février 2018. 640 pages. 24 euros.
 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 17:56

Bobo Stenson (piano), Anders Jormin (contrebasse), Jon Fält (batterie)

Lugano, mai 2017

ECM 2582 /Universal

 

Une fois encore ECM s'invite dans le magnifique studio de la RSI, la radio suisse de langue italienne, studio à l'acoustique parfaite pour cette instrumentation, et qui de surcroît recèle des pianos exceptionnels. Ces conditions ne sont probablement pas étrangères au climat d'intensité sereine qui va prévaloir au fil des plages. Après une très chantante version d'une chanson cubaine, le CD parcourt les univers de Bartók, Satie et Federico Mompou, dans un itinéraire qui fait aussi la part belle aux compositions du contrebassiste (partenaire du leader depuis plus de 30 ans), et du pianiste bien sûr, avec en prime une composition collective, tout droit sortie semble-t-il, de l'improvisation. Si les musicien(ne)s de jazz se sont souvent penchés sur le répertoire de la musique classique (au sens large, du baroque jusqu'au vingtième siècle), depuis longtemps et peut-être ces dernières années avec une certaine recrudescence, Bobo Stenson semble entreprendre une démarche d'appropriation spécifique, et très féconde. Sur le chant traditionnel slovaque de mariage repris et magnifié par Bartók il développe très librement l'introduction, expose la mélodie dévolue au chœur avec la même liberté, et entraîne l'improvisation du trio vers un ailleurs qui rejoindra le thème, devenu une pièce pour trio de jazz à part entière. Même subtil dévoiement pour l'Élégie de Satie, bien vite entraînée sur le terrain d'un jazz lyrique où c'est le piano qui chante. Même chose pour Mompou dont la Canción y Danza n° VI passe du statut de ballade romantique à celui de standard que l'on métamorphose pas à pas. Les compositions originales sont de cette même veine, un peu mystérieuse, qui donne à l'ensemble du disque le caractère d'une sorte de cérémonie secrète. Et en réécoutant la première plage, signée dans les années 70 par le chanteur-compositeur-poète cubain Silvio Rodriguez, je me dis qu'il existe une parenté, dans la manière de faire chanter le piano, les phrases et l'harmonie, avec Keith Jarrett : ce n'est pas un hasard, si l'on veut bien se souvenir que, voici une quarantaine d'années, on entendait Bobo Stenson dans le groupe de Jan Garbarek, un groupe qui, en changeant de pianiste, devenait le quartette européen de Jarrett. Mais le lyrisme de Bobo Stenson, moins emphatique, me touche souvent davantage.

Xavier Prévost

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 17:20

Sylvie Courvoiser (piano, composition), Drew Gress (contrebasse), Kenny Wollesen (batterie)

Mont Vernon (État de New York), 22 juin 2017

Intakt CD 300 / Orkhêstra International

 

Une nouvelle occasion d'apprécier la singularité, extrême, de cette musicienne-pianiste-compositrice-improvisatrice qui a quitté sa Suisse natale voici près de 20 ans pour partir à l'assaut de la scène créative new-yorkaise, une scène toujours aux avant-postes, voire à l'avant garde. La pianiste s'y est affirmée sur le plan artistique, au côté de John Zorn comme avec le violoniste Mark Feldman, avec qui elle partage un duo, un quartette, et les multiples aventures de la vie. Et parmi une foule d'autres activités, Sylvie Courvoisier fédère ce trio, qui avait fait ses débuts phonographiques en 2014 sous le label de John Zorn («Double Windsor», Tzadik). Le disque est construit comme une série d'hommages à des personnes qui l'ont influencée, dans sa vie comme dans sa musique, et qu'elle admire. Ce parcours intime la conduit de son père, pianiste amateur féru de jazz traditionnel et de swing, jusqu'à John Abercrombie, en passant par Geri Allen, Ornette Coleman, Irène Schweizer, mais aussi, du côté des arts plastiques, Louise Bourgeois et Martin Puryear. Sans oublier Simone Veil, admirée pour son courage politique comme pour son charisme emblématique de survivante de la Shoa. La structure des compositions est très élaborée, mêlant de multiples éléments, d'une précision infernale, et ouvrant constamment l'espace à la liberté de l'improvisation la plus hardie. Les fondamentaux du jazz sont constamment présents, de manière explicite ou en filigrane, et le souci de la forme jamais n'entame l'autonomie de chaque membre du trio. C'est un festival de connivences croisées, de surgissements audacieux : une espèce d'idéal du trio de jazz, un présent absolu qui paraît déjà jouer la musique du futur.

Xavier Prévost

 

Le trio sera en tournée en mai, en France le 4 mai à Lyon (Le Périscope), et dans la Suisse voisine le 5 mai à Pully, le 6 à Zürich, le 10 à Bâle et le 11 à Biel

 

Avant cela Sylvie Courvoisier participera à une création de Vincent Courtois au Lieu Unique de Nantes, festival 'Variations', le 18 mars à 17h. 

Le même jour au même endroit, à 15h, Dan Tepfer présentera son programme 'Acousic Informatics', sur un piano acoustique à interface numérique pour lequel il a conçu ses propres programmes d'assistance à l'improvisation (première européenne, mais on en avait eu un avant-goût partiel en juillet 2016 au festival de Radio France Montpellier)

Un documentaire sur National Public Radio

 http://www.npr.org/2017/07/24/538677517/fascinating-algorithm-dan-tepfers-player-piano-is-his-composing-partner

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