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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 15:27

Pierre Bouteiller nous a quittés...

C’est le titre du communiqué de TSF,  radio où il anima "Si bémol et fadaises", reçu ce matin dans ma messagerie, au moment même où j’apprenais la nouvelle sur « sa » radio, France Inter.

Nous n’entendrons plus son « Bonjour » désinvolte . Une voix majuscule de la radio s’est éteinte. Lui qui fit ajouter un "s" à France Musiques, quand il fut appelé à la direction de la maison. Preuve d'un éclectisme inspiré pour ce formidable dilettante, qui savait improviser.

Un peu plus tard, toujours sur France Inter, Jean Lebrun, dans son excellente émission La Marche de l’Histoire, rend hommage à un autre disparu de la radio (« les Cinglés du music hall » sur France Inter) et de la télévision, Jean Christophe Averty ( «Les raisins verts » ) que l’on enterre aujourd’hui à 15h, à Montrouge, dans son 14 ème natal.

Ces deux professionnels avaient en commun un amour sincère du jazz ( Bouteiller venu à la radio en écoutant "Pour ceux qui aiment le jazz" de Ténot et Filipacchi sur Europe numéro 1), et un humour très caustique qui leur a valu pas mal de déboires. Et de se faire virer pour un bon mot ou une émission trop dérangeante. "Les ennuis​​​​​, il faut les commencer très tôt" avouait en badinant Pierre Bouteiller.

Pourquoi suis-je émue ? Sans doute par une nostalgie compréhensible, car tous deux me renvoient à l’enfance, à l’enfance de la télé, aux années soixante, aux concerts de jazz de Juan les Pins et à la radio. Quand je rentrais du lycée, maman, assidue de l’émission de 9h de Pierre Bouteiller, me distillait les précieuses informations de son magazine culturel, les anecdotes souvent vachardes du génial persifleur.

Question jazz, Bouteiller n’était pas franchement d’avant-garde à cette époque, il aimait inconditionnellement Sinatra,  le piano et les pianistes, les jazzmen Art Tatum, Errol Garner, Count Basie, Oscar Peterson, Bud Powell, Stan Kenton, Chet Baker, le jazz vocal et sa triade Ella, Billie, Sarah ... Rien que du bon, du très bon, des valeurs sûres. Et si je ne connaissais pas encore Neal Hefti et son « Girl Talk » qui était l’indicatif de son émission, je l’ai très vite associé à la version française de Claude Nougaro, « Dansez sur moi » avec Maurice Vander au piano. 

Ces professionnels ont fait office de passeurs pour le "grand public" comme aimait à le désigner Averty, partageant dans leur "playlist" leur amour de Trénet, Montand, Nougaro, Brel, Gréco, de la variété de qualité, du jazz, du cinéma....mélangeant toutes les disciplines avec talent, déplaçant les lignes sur le grand échiquier de notre mémoire collective.

Voilà pourquoi, la do mi sol, j’aimerai toujours le music hall, toujours, toujours, toujours, le music hall... et  aussi Radio Days,  qui fut très longtemps mon film préféré de Woody Allen.

Sophie Chambon

 

 

 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:30

Jean-Marie Machado (piano), Didier Ithurssary (accordéon)

Pernes-les-Fontaines, juin 2016

Cantabile 06 / L'Autre Distribution

 

Éloge de la mélancolie : ce pourrait être le sous-titre de ce disque, comme d'ailleurs celui de cette chronique. Jean-Marie Machado et Didier Ithurssary excellent dans ce registre, nourri de mémoire, d'émois anciens, et de passions musicales enfouies. Mélancolique souvent par le choix des tonalités, par l'évocation des lieux, et par les reprises : Perseguição, immortalisé voici plus de 50 ans par Ester de Abreu, ou le premier Nocturne de Chopin, rajeuni par une accentuation rythmique marquée, avant de revenir à sa nostalgie foncière, et de nourrir une improvisation très ouverte. Mélancolique aussi par l'évocation chaleureuse d'un ami disparu voici tout juste un an, le batteur-chanteur-compositeur Jacques Mahieux, avec un titre qui lui ressemble : No church but songs. Mais le répertoire fait aussi une place au tempo vif : Vuelta, sorte de danse hypnotique 'à la Bartók', ou Broussailles, escapade cursive 'à la Tristano'. Dans tous les cas, le lyrisme est intense, le degré d'élaboration musicale élevé, et le feeling omniprésent. Lunaire en somme, comme le suggère son titre, «Lua» : la lune, en portugais, la langue de ses origines pour Jean-Marie Machado, qui signe une fois de plus, et en belle compagnie, une beau disque d'artiste.

Xavier Prévost

En concert le 11 mars 2017 à Savigny-le-Temple, Espace Prévert, et le 13 mars à Paris au Café de la Danse

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 16:24

Rose Kroner, Anne-Marie Jean, Chloé Cailleton, Solange Vergara,

Manu Inacio, Larry Browne, Sylvain Belgarde, Pierre Bodson (voix)

Sylvain Bellegarde (guitare), Larry Browne (trompette)

Rapahël Dever (contrebasse), Frédéric Delestré (batterie), Thierry Lalo (piano, arrangements & direction musicale)

Villefontaine (Isère), 20-21mai 2015

DVD Black & Blue BB 854 2 / Socadisc (PAL, zone 2)

 

Pour fêter leurs vingt ans, les Voice Messengers s'étaient offert une tournée de printemps en 2015, et les concerts de Villefontaine, entre Lyon et Grenoble, ont été captés en vidéo, ce qui permet d'apprécier, en plus de la musique, la mise en espace chorégraphiée. Le groupe vocal, à l'origine de 11 chanteurs, puis de 14, est depuis quelques années composé de 8 chanteuses et chanteurs (4 femmes et 4 hommes). Je crois savoir qu'il fixe pour l'avenir son effectif à 6 vocalistes. Une section rythmique, avec le directeur musical au piano, complète le groupe. L'éloge de Thierry Lalo, pianiste, arrangeur et âme de ce groupe, n'est plus à faire. Sa connaissance du jazz est profonde (se rappeler son livre sur John Lewis) et son engagement dans ce groupe total, depuis 1994. Des standards de Broadway bien sûr, mais aussi de la chanson française (Que reste-t-il de nos amours) ; de standards du jazz (Billy's Bounce de Charlie Parker, Sail Away de Tom Harrell, et Stolen Moments d'Oliver Nelson, avec un texte original en français de Cécile Rigazio) ; et des poèmes de Paul Verlaine, Marguerite Yourcenar et Guillaume Apollinaire, sur des musiques de Thierry Lalo. Voilà pour le répertoire, qui culmine certainement par l'acrobatique Mimi Medley, en hommage à la grande prêtresse du jazz vocal en France, la très regrettée Mimi Perrin, et au répertoire vertigineux (vertige de la musique et du texte francophone) des Double Six. Tout le concert respire la vitalité, le bonheur de chanter. Chloé Cailleton s'offre le luxe de faire reprendre ses riffs improvisés par un public plein de verve, et de talent. Et les inévitables très minimes imperfections du live n'oblitèrent nullement l'excellence de la prestation. Soyons chauvins : un groupe vocal de jazz d'un tel effectif ne semble pas avoir de rival dans la jazzosphère. Alors il convient d'écouter-voir ce trésor national !

Xavier Prévost

 

En concert le 10 mars 2017 à Aulnay-sous-Bois, théâtre Jacques Prévert, et le 31 mars à Paris au Sunside (2 concerts : 20h & 22h)

 

Sur Youtube, un extrait du DVD

https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=KT6XDqM5BME

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:08

Arnaud Roulin (piano, synthétiseur, électroniuqe, accordéon, percussions),Frédéric Galiay (guitare basse, voix), Edward Perraud (batterie, voix, électronique), Laurent Bardainne (saxophone ténor, voix, synthétiseur), Fabrice Martinez (trompette, bugle, voix, percussions), Thomas de Pourquery (saxophone alto, voix, électronique, percussions, composition)

La Frette-sur-Seine, juillet 2016

Label Bleu LBLC 6723 / L'Autre Distribution

 

Après «Thomas de Pourquery & Supersonic Play Sun Ra», publié en 2014, on guette dans cette nouvelle mouture l'ombre du Mage interstellaire. Et si la troisième plage est bien un thème d'icelui (WeTravel The Space Ways), il semble que l'on puisse écouter ce disque sans le subordonner à cette référence, hormis peut-être le goût d'une liberté sans limites (fussent-elles inter-galactiques). L'énergie est folle, à n'en pas douter, mais elle n'oblitère ni le talent de composition/arrangement, ni l'irrépressible groove, et moins encore cette faculté de chanter avec douceur ou violence, d'improviser en toute liberté sans perdre de vue les sources plurielles du langage choisi à l'instant ''T''. Tout se mêle ici, dans un état de conscience comme décuplé qui semble viser le pur bonheur de jouer, l'horizon d'une jouissance musicale sans frein. Tous les musiciens sont impeccables d'engagement et de pertinence. C'est une fête de l'oreille et de l'esprit, l'occasion de se rappeler que l'on pense aussi avec ses oreilles (et même avec ses pieds, quand la danse s'en mêle). Jouissif ? Alors jouissons, une fois libérés de nos entraves stylistiques !

Xavier Prévost

 

Le groupe fait l'ouverture du festival Tendance Jazz d'Amiens  le 8 mars 2017. Et il donnera un concert de sortie du disque à Paris, à la Gaîté Lyrique, le 25 avril.

 

 

Un des thèmes du disque, dans une version de scène, sur Youtube

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 09:39

Après un disque en quartette («Mikado», Grand Prix Jazz de l'Académie Charles Cros 2014), le pianiste revient en trio, ou plutôt en trios : deux CD, deux combinaisons trianguliares suscitées par deux approches musicales distinctes ; et deux incontestables réussites.

 

«The Party»

Paul Lay (piano, composition), Clemens Van Der Feen (contrebasse), Dré Pallemaerts (batterie)

Malakoff, 6-10 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 41 / Socadisc

 

Avec «The Party», c'est le trio de jazz dans sa forme canonique, avec contrebasse et batterie, et le choix du jazz tel qu'on l'identifie généralement. Mais ce trio-là ne ronronne pas. Le piano du studio Sextan est d'une qualité rare. Paul avoue avoir mis quelque temps à en apprivoiser les ressources, mais le résultat vaut le détour : précis, soyeux, l'instrument délivre du pur cristal, des harmoniques très riches, mais aussi des grondements telluriques. Le pianiste a scénarisé le répertoire d'une manière programmatique, comme le ferait un album concept. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la richesse d'inspiration des compositions (très variées dans leur conception), et dans la parfaite coïncidence avec une idée du jazz qui englobe l'esprit des standards (alors qu'il s'agit exclusivement de compositions originales, excepté le magnifique I Fall In Love Too Easily conclusif, en solo). La grande aisance du pianiste n'a rien d'ostentatoire, et les phrases qui jaillissent sont d'une pertinence qui n'exclut pas la surprise. La connivence est parfaite avec Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts, déjà présents sur le disque en quartette : Paul Lay a manifestement trouvé les partenaires qui conviennent idéalement à son approche du trio, la structure de ses compositions leur laisse tout l'espace pour s'exprimer, et ils maintiennent dans le déroulement de la musique une effervescence permanente. Décidément, ce disque est une totale réussite !

 

 

«Alcazar Memories»

Pauyl Lay (piano), Isabel Sörling (voix), Simon Tailleu (contrebasse)

Malakoff, 30 mai-3 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 40 / Socadisc

 

L'autre trio, c'est celui du disque «Alcazar Memories», avec la chanteuse suédoise (et souvent parisienne : elle a étudié au Conservatoire de Paris) Isabel Sörling. L'idée maîtresse de ce trio, c'est de relire en toute liberté la chanson populaire, qu'elle soit suédoise ; française.... ou américaine. Le contrebassiste du trio, Simon Tailleu, était membre du premier trio de Paul Lay, pour le disque «Unveiling», en 2010. Simon Tailleu est de Martigues, presque marseillais donc : quoi de plus naturel que de le retrouver dans une évocation de l'Alcazar de Marseille ? Quoi qu'il en soit, Vincent Scotto (Adieu Venise provençale) revit dans une version très singulière, au côté d'Amour et Printemps, valse qui fut très populaire, signée par le Strasbourgeois Émile Waldteufel, (que l'on appelait à la fin du XIXème siècle le Wagner français ! ). Il y a place aussi pour des chansons originales, composées par le pianiste. La chanteuse a signé nombre de textes ; elle traverse les langues et les langages musicaux avec un naturel confondant, incarnant chaque chanson dans un registre différent, et réinventant dans l'ultime plage The Man I Love. Ce trio-là est aussi une vraie réussite. Un an après le prix Django Reinhardt de l'Académie du jazz, l'année 2017 pourrait bien être encore marquée par le talent de Paul Lay.

Xavier Prévost

 

Les deux CD sont également disponibles en un coffret Laborie Jazz LC 24585 / Socadisc

 

Les deux trios joueront le 15 mars à Paris au Café de la Danse

 

Le trio «The Party» se produira le 7 mars à Charleville-Mézières, le 16 à Agen, le 17 à Limoges, le 18 à Marciac, le 19 à Orthez et le 30 à la Criée de Marseille

 

Le trio «Alcazar Memories» jouera au Château de Maintenon (Eure-et-Loir) le 12 mars, et les 6 & 7 avril à Guebwiller

 

Découvrir «The Party» sur Youtube

 

Découvrir «Alcazar Memories» sur Youtube

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 22:13

Vincent Bourgeyx (piano), Matt Pennman (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)

Invités : David Prez (saxophones ténor & soprano), Sara Lazarus (voix)

Meudon, mai 2016

Fresh Sound New Talent FSNT 516 / Socadisc

 

Un nouveau disque de Vincent Bourgeyx, c'est toujours une bonne nouvelle. Le Bordelais, formé au Berklee College de Boston, a fait un début de carrière aux U.S.A., et la scène française a de ce fait peiné à l'identifier jusqu'à l'orée des années 2000. C'est pourtant son cinquième disque en leader, et une fois encore une magnifique preuve de jazzité, de swing et de partage artistique. À la basse, son ancien condisciple de Boston, Matt Pennman. À la batterie, Obed Calvaire, Américain de Miami originaire d'Haïti, entendu avec Wynton Marsalis comme avec Ambrose Akinmusire, Mark Murphy ou Jacques Schwarz-Bart. Les compositions originales sont sinueuses à souhait, car le musicien aime musarder entre les tonalités (tonuler comme disent certains, pour évoquer ce qu'improprement on qualifierait de modulation). Les thèmes sont motivants, la rythmique est d'une qualité extrême, David Prez au ténor sur six plages (et sur une seule au soprano) est d'une pertinence musicale constante, et dans un évident plaisir de jouer. Sara Lazarus, magnifique d'interprétation et de diction, comme toujours, nous régale de standards peu visités (I Got Lost In His Arms, d'Irving Berlin, et I've Grown Accustomed To His Face, de Lerner & Loewe). Les plages en trio sont épatantes de swing et d'inventivité : l'idiome est maîtrisé, magnifié même, et les clichés sont gaiement contournés : Tune Up, de Miles Davis, est de ce point de vue plus qu'éloquent. En solo ce sera une courte valse sur un thème original, et un standard (For All We Know), phrasé avec une ferveur presque vocale après une intro tissée de méandres. On se précipite, surtout si l'on a pas encore eu le plaisir de découvrir ce très bon pianiste.

Xavier Prévost

Un aperçu sur Youtube en suivant ce lien

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:14

Bruno Chevillon (guitare basse, contrebasse, électronique, tambourin, voix), Éric Échampard (batterie, voix), Benjamin de la Fuente (violon, guitare ténor, électronique, slide guitar, voix), Samuel Sighicelli (orgue, échantillonneur, synthétiseur analogique, piano électrique, piano, voix)

Pernes-les-Fontaines, juillet et novembre 2015

La Buissonne RJAL 397027 / PIAS

 

Troisième disque du groupe, et toujours une musique de tous les paradoxes. On entre dans l'objet phonographique par une longue plage qui mêle les rêves fusionnels des années soixante finissantes, entre Pink Floyd et Led Zeppelin, où pop expérimentale, rock dur, musique électroacoustique et électronique s'entrelaçaient dans un horizon prospectif légèrement psychotropique. L'aventure se poursuit, de plage en plage, en convoquant toutes les ressources artistiques, qu'elles soient instrumentales, stylistiques, théoriques ou technologiques. Ce qui frappe pourtant, au-delà de tout, c'est la puissante énergie vitale qui se dégage d'une telle rencontre : l'improvisation interactive, et la liberté offerte au pulsionnel, semblent se sublimer dans un indiscutable sens de la forme. Forme mouvante et instable, et qui pourtant se donne à lire comme telle. Certaines plages (I Wonder...) offrent un déroulement d'apparence plus linéaire, selon une sorte de crescendo dramatique amorti par l'étrangeté de l'espace sonore. La plage suivante, 1064° C (point de fusion de l'or), nous ramène en plein rock psychédélique. Et ainsi de suite.... Chaque étape défie toute taxinomie fiable pour un tel objet musical. C'est totalement fascinant, d'une netteté sonore incroyable, et l'on se dit que cette musique parlera forcément à ceux qui aiment le jazz. On est loin d'Armstrong et de Parker, mais pas si loin de l'espace ouvert en 1969 par Miles Davis avec «Bitches Brew». Non que la musique de Caravaggio ressemble en quelque manière à celle de Miles, mais parce qu'on y trouve une sorte de liberté insolente, d'aspiration à la métamorphose, qui habite le jazz dans son meilleur. C'est indiscutablement une musique de l'avenir, et pourquoi pas l'avenir de la musique (en tout cas l'un de ses possibles).

Xavier Prévost

 

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 05:55

La beauté de Bud Powell

Jean-Baptiste Fichet

Editions Bartillat

 

C'est un paradoxe. Même s'il fut l'une des têtes d'affiche d'un prestigieux club pari sien (le Blue Note, quartier des Champs-Elysées) des années durant, Bud Powell (1924-66)n'aura guère inspiré les auteurs français. Signé Francis Paudras, La danse des infidèles (1986), reste comme l'ouvrage de référence et de révérence, reflétant toute l'admiration que portait son auteur au pianiste qu'il protégea tout au long de son séjour parisien

On retrouve sous la plume de Jean-Baptiste Fichet, dans La beauté de Bud Powell, ce même sentiment admiratif : « la lumière émise par Bud Powell, la beauté qu'il a cherchée continuent de balayer l'univers-au présent. Le pianiste a laissé derrière lui cette floraison de bourgeons, milliers de buds portant pollen, graines disséminées aux vents du jazz ».

Jugeant au départ le jazz plutôt « hermétique », Jean-Baptiste Fichet (34 ans, de formation commerciale) a finalement ressenti un choc, un « coup de foudre » à l'écoute d'Off Minor, thème de Monk dans sa version de Bud. Il écrit (page 31) : « Off Minor : dix fois, cent fois, mille fois. Moulin à prières. Sourate. Mantra ». On l'aura compris. Plutôt qu'une biographie- les fans de Bud pourront se reporter au volumineux ouvrage de Peter Pullman, Wail-The Life of Bud Powell, 2012, disponible sur le site de l'auteur new yorkais), c'est un portrait très personnel que nous propose Jean-Baptiste Fichet. Le livre a toute la fraîcheur d'un premier ouvrage avec ses envolées lyriques et ses multiples évocations littéraires. N'y cherchez pas-et c'est tout à l'honneur de l'auteur, d'anecdotes croustillantes ou sordides qui sont le lot commun des biographies destinées au grand public. L'homme décrit en 200 pages «  a une aptitude extraordinaire pour la musique, une inaptitude féroce pour tout le reste ». En lui, analyse Jean-Baptiste Fichet « cohabitent toute beauté et toute douleur ». Un bien beau livre tout en sensibilité, un hommage littéraire au jazzman tourmenté qualifié de « génie » par Duke Ellington et Charlie Parker.

 

Jean-Louis Lemarchand

Jean-Baptiste Fichet présente son livre ce vendredi 3 mars à 19 h à la librairie Les Traversées (2, rue Edouard Quenu. 75005).

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 22:25

 

Roy Nahanson (saxophones, voix), Curtis Fowlkes (trombone, voix), Bill Ware (vibraphone, piano électrique, voix), Brad Jones (contrebasse, voix), Sam Bardfeld (violon), E.J. Rodriguez (percussions, batterie, voix), Ben Perowsky (batterie). Invité : Marc Ribot (guitare)

Brookyn, sans date

Enja yellowbird YEB-7766 / L'Autre Distribution

 

La suite des aventures de ce groupe hors norme, toujours décalé, mais solidement implanté dans les sources du jazz, quitte à les détourner avec force barrages, dérivations et autres captations. Dès l'abord, il y a cette nostalgie de Mingus, avec un groove obstiné, survolé de multiples incantations improvisées et hyper expressives (Paris, le premier titre, un hommage au festival Banlieues Bleues, dont le groupe est un hôte quasi permanent). Roy Nathanson parcourt la gamme des saxophones, du soprano au sax basse, et son compère (et comparse) Curtis Fowlkes n'est jamais en reste d'une improvisation exacerbée. Et pourtant, sous cet apparent désordre des sentiments, la musique est millimétrée, pleine de surpises et autres rebonds. On caracole ainsi d'un presque classique du Rhythm'n'Blues à une espèce de jazz fusion tendance soul, mais le jazz est partout, dans les solos, dans l'esprit (un peu punk aussi, héritage de leur proximité avec les Lounge Lizards). Et parfois même carrément pop. Et pourtant on marche, on court même, tant l'énergie et l'engagement sont au rendez-vous. Le groupe fête son trentième anniversaire : cinq des membres d'origine sont au rendez vous de plage en plage, et Marc Ribot, qui fut aussi de l'aventure originelle, se joint à eux pour un titre. À certains égards on reste fidèle au jazz des origines, quand art singulier et divertissement se confondaient en un langage émergeant qui partait dans les années 20 à la conquête du vingtième siècle. Déconcertant, corrosif, abouti et jouissif : que demander de plus ?

Xavier Prévost

 

Le groupe sera une fois encore au programme du festival Banlieues Bleues, à la Dynamo de Banlieues Bleues le 14 mars. Programme détaillé – du 3 mars au 31 mars- en suivant ce lien 

 

THE JAZZ PASSENGERS «Still Life With Trouble»
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 22:12

Pierre Bœspflug (piano, composition), René Dagognet (trompette & bugle)

Strasbourg, octobre 2016

Cristal Records – Latitudes 5.1 LAT 6 / dist. numérique Believe Digital

 

Deux musiciens de Lorraine que l'on a aussi entendus hors de leur région, séparément ou ensemble, notamment dans l'Ensemble Bernica, auquel s'est associé François Jeanneau. Deux orfèvres sur leur instrument, et deux chercheurs de voies singulières. Le disque fait suite, 10 ans après, à un premier duo, «Matinale». On oscille ici entre jazz de chambre contemporain, valses mélancoliques et langoureux vertiges improvisés. Le jazz et les musiques savantes de la première moitié du XXème siècle dialoguent dans les compositions du pianiste, et les énergies libertaires se glissent dans les trois plages totalement improvisées, qui pourtant gardent en vue l'horizon d'autres langages musicaux. Très beaux son et phrasé du souffleur, à la trompette comme au bugle, lyrisme de tous les instants chez les deux partenaires, le pianiste soignant tout spécialement le perlé, la netteté autant que la profondeur des résonances. Bref une vraiment belle musique, inclassable : son caractère irréductible en fait le prix. Au programme une seule pièce exogène : Zipper'teaseuse, composée par François Jeanneau et Daniel Humair au temps béni du trio Humair-Jeanneau-Texier. L'entente entre les deux musiciens est de parfaite connivence, dans les nuances comme dans les coups d'éclats. Le disque s'est produit en financement participatif, un tiers reste à pourvoir, et on peut encore s'y associer (et ainsi l'acquérir en support physique) sur Ulule jusqu'au 3 mars 2017 en suivant ce lien.

Xavier Prévost

 

Le duo donnera un concert pour la sortie du CD, le vendredi 3 mars 2017 à la MJC Desforges de Nancy

 

 

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