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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 17:42
BENOIT MOREAU TRIO          REVE PARTY

 

BENOIT MOREAU TRIO REVE PARTY

 

Sortie 21 janvier 2022

Inouïe Distribution

 

Benoît Moreau guitare/compositions  Olivier Pinto contrebasse Raphaël Sonntag batterie

Issus du Conservatoire National à Rayonnement Régional Pierre Barbizet de la cité phocéenne, les musiciens du trio du guitariste Benoît Moreau, connus de la scène Marseillaise, sont les acteurs d’un premier album prometteur Rêve Party.

On est vite frappé par l’homogénéité du son, l’équilibre constant des voix, le souci d’un chant mélodieux, dans ce triangle équilatéral parfait (guitare,contrebasse, batterie ) dès le “Stellar” originel qui prend jusqu’au crescendo final. Tout semble couler de source sous les doigts du guitariste qui sait doser les effets de réverb et de saturation, ne jouant jamais d’éclats trop tranchants ni de riffs torturés fréquents avec l’électrique.

Benoît Moreau installe avec cette suite de huit morceaux qui évoluent sans se perdre comme dans cet “Encore” qui débute pop pour virer à un rock plus énergique, ou flottant comme dans la ballade étrange, suspendue “Aurinko”. “Day Fever” est contre toute attente plutôt raisonnable, alors que le titre qui sonne résolument jazz est ce “Blues boppers” dansant de façon plus endiablée.

Si le guitariste est un passionné et virtuose du skate, il semble loin des acrobates-joueurs un peu trop impulsifs. Peut-être compulsif dans l’utilisation de tout un jeu de figures dans l’espace sonore ( l’équivalent des “tricks”du skate), il exploite les silences, occupant l’espace sonore avec des variations subtiles d’intensité.

La musique de ce Rêve Party a un style certain, une  qualité introspective traversée d’un souffle original. C'est une épure accrocheuse par la clarté des plans et des traits, les articulations soigneusement amenées, la fluidité et sophistication du phrasé.

Ce disque d’une juste durée, cohérent dans l’enchaînement des titres, creuse une veine souvent instrospective, jamais froide, ni sentimentale, distillant un climat onirique, aux effets souvent hypnotiques. La rythmique n’y est pas étrangère : jamais dans l’énergie brute, elle suit, soutient, relance en parfait accord. La pulse est tenue vigoureusement mais avec finesse tout du long, le tempo se nourrit d’un groove moelleux, délicieusement triste parfois (“5321”), la contrebasse sinue souterrainement sans précipitation avec une intensité palpable, magnétisante.

Doté d’une musicalité certaine jouant de l' alliage heureux des timbres, cette première réalisation est une réussite. L’album se referme avec une douceur et une grâce qui détourne astucieusement le titre “She says I talk too much about my music”.

 

 

Sophie Chambon

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28 janvier 2022 5 28 /01 /janvier /2022 09:44

Fred Hersch (piano, compositions), Drew Gress (contrebasse), Jochen Rueckert (batterie), Regento Boccato (percussions) et le Crosby Street String Quartet (Joyce Hammann, Laura Seaton, violons; Lois Martin, alto; Jody Redhage Ferber, violoncelle).
Samuraï Hotel. Astoria (NY) août 2021.
Palmetto Records/L’autre distribution.
Sortie le 28 janvier en cd et vinyl.
En concert au Bal Blomet (75015) du 11 au 14 mai.


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Nous étions en novembre 2017. Fred Hersch nous confiait : « J’ai 62 ans. Je n’ai plus rien à prouver à qui que ce soit. Je fais seulement ce que je fais ». Serein, épanoui, le pianiste américain n’a rien perdu de son état d’âme durant la (trop) longue période de confinement entamée voici deux ans.


Seul à son domicile rural de l’état de New York, Fred Hersch avait donné rendez-vous chaque soir à ses fans sur la toile pour un concert intime, enregistrements publiés en 2020 ("Songs from Home" -Palmetto). Un exercice qui passe aujourd’hui pour une mise en oreille quand sort une suite composée dans le même environnement bénéficiant d’un quatuor à cordes. Le pianiste se souvient de ses jeunes années où à Cincinnati il écoutait le prestigieux Quatuor Lassalle et de sa formation initiale qui le conduisit plus tard à consacrer un album ("The French Collection : Jazz Impressions of French Classics". Angel/EMI) à Ravel, Debussy, Fauré ou encore Satie.

Que le lecteur-auditeur ne se méprenne pas. The Sati Suite ne constitue pas un hommage au compositeur des Gymnopédies et autres Enfantillages pittoresques. Fred Hersch a trouvé son inspiration dans la méditation bouddhique Vipassana où le terme sati correspond à la pleine conscience. Les huit mouvements proposés, de sa propre main, sont autant d’incitations à la réflexion, à la méthode nécessaire pour y parvenir, en contrôlant notamment sa respiration dans le titre « Breath by Breath ». Cette introspection à laquelle nous invite Fred Hersch se conclut par un hommage à Robert Schumann, titré Pastorale.

Inclassable, aérien, intime, d’un charme par moment suranné, « Breath by Breath » révèle une autre facette de la personnalité de Fred Hersch, musicien rare.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

En concert au Bal Blomet (75015) du 11 au 14 mai.
Artiste en résidence en mars à Leuven (Belgique) www.leuvenjazz.be, Fred Hersch se produira également en Italie notamment en duo avec le trompettiste Enrico Rava en mars (Bergame, le 18 et Rome le 20).

 

©photo X. (D.R.)

 

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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 17:00
RHODA SCOTT   LADY ALL STARS
RHODA SCOTT   LADY ALL STARS

RHODA SCOTT LADY ALL STARS

 

Sortie d’album le 15 janvier 2022

Label SUNSET RECORDS/ BACO

 

Un septet féminin qui entoure la célèbre organiste? On croit rêver, la chose est assez rare pour qu’on s’interroge une fois encore sur la place des femmes dans le jazz. Les musiciens de jazz ont toujours aimé les femmes auxquelles ils ont consacré fort aimablement de nombreuses compositions, cherchant celles qui font rêver ou qui sont inspiratrices. Sans vraiment leur laisser une autre place. Dans l’histoire du jazz, il y eut pourtant des femmes formidables, souvent pianistes, car il faut bien l’admettre, les anches et les cuivres n’étaient pas prédominantes. Si on admet que la femme est un homme comme les autres, dans cet univers masculin pour ne pas dire machiste, les choses évoluent et les jazzwomen n’ont rien à envier à leur petits camarades.

L’organiste aux pieds nus, Rhoda Scott, plus de quatre vingt ans, installée en France depuis 1968, est l’une de ces pionnières qui continua d’innover en créant dès 2004 un premier Lady Quartet, avec Sophie Alour au saxophone tenor, Airelle Besson à la trompette et Julie Saury à la batterie. Puis l’arrivée de la saxophoniste alto Lisa Cat Berro, se substituant à Airelle Besson, transforma le groupe en un quartet à deux saxophones. Ces musiciennes ayant l’étoffe de leaders, avec des projets définis et leur propre groupe, la formation devint un collectif selon les disponibilités de chacune, accueillant de nouvelles venues, Géraldine Laurent et Anne Pacéo, puisque l’idée était de garder un personnel exclusivement féminin. Du souffle et une puissante rythmique! Cet septet girl power accompagnant une véritable lady du jazz, qui prit des leçons d’harmonie et de contrepoint auprès de la grande Nadia Boulanger, fut nommé Lady All Star par Stéphane Portet, le patron du club Sunset/ Sunside de la mythique rue des Lombards. Ce club ouvert en 1982, essentiel à la jazzosphère, pas simplement hexagonale, ouvert 7 jours sur 7, fête fin janvier ses 40 ans au Châtelet, et dans ce qui sera une fête illuminant comme dans le standard (sublimé par Fred Astaire, Chet Baker) "the night and the music", le groupe de Rhoda Scott a sa place!

Rhoda Scott qui a toujours ses entrées au club a d’aillleurs joué en quartet le 31 décembre dernier. Et c’est sur le label du Sunset que fut enregistré en live cette formation cuivrée et musclée, qui ne manque pas de charme, tant il est vrai que cet équipage a toutes les qualités, bousculant joyeusement un certain ordre établi sans renoncer à la tradition du jazz dans l’interplay et l’improvisation collective.

Ecoutons donc cette wild party de  HUIT musiciennes qui font le jazz français actuel. L’album est emblématique de sensibilités et de jeux différents et complémentaires qui concourent à une mise en oeuvre collective autour de huit compositions sans recyclage, un matériau neuf pour cette rencontre au sommet de musiciennes aguerries, Rhoda Scott et Lisa Cat-Berro apportant deux titres, Julie Saury, Sophie Alour, Airelle Besson et Paceo Anne un seul, sans oublier les interventions décisives des saxophonistes baryton et alto, Céline Bonacina et Géraldine Laurent. Un mariage des timbres des plus heureux que tous ces cuivres, anches donc bois qui se réajustent en permanence. Les musiciennes surgissent, se glissent et se fondent, plus qu’elles ne s’effacent dans la masse orchestrale. Nous ayant définitivement conquis, elles emmènent sans effort, partageant l’affiche de la barefoot contessa, avec une complicité et un respect mutuels concourant à la réussite musicale de l’ensemble. Du lyrisme certes mais du rythme et de la vigueur impulsée aussi par nos deux batteuses, complétée par les ponctuations du baryton et le jeu de la ligne de basse de l’orgue Hammond grâce au pédalier. Pas vraiment de ballades sentimentales, seuls “Les châteaux de sable” d’Anne Paceo introduisent un climat délectable mais élégiaque. Les thèmes, accrocheurs, sont d’une efficacité certaine, mélodies lumineuses à la tension très moderne, que l’on a envie très vite de retenir et de fredonner. On aime toutes ces compositions sans distinguo “City of the rising sun”, “Escapade”, “I wanna move” qui contribuent au bel équilibre de l’album. Rhoda Scott ouvre le bal avec un premier thème de son cru, “R&R” où sa vitalité et sa créativité sont intactes, son chant hérité du blues et du gospel privilégiant conviction et urgence qui fusionnent en harmonie. Elle ferme la marche avec un “Short Night Blues”, où elle se déchaîne, soutenue par de subtils unissons et des chorus toujours vifs. C’est enlevé, allègre et ça swingue du tonnerre avec l’orgue qui ronfle de plaisir. Plus que réjouissant et hautement conseillé pour oublier ces temps difficiles!

 

Sophie Chambon

 

 

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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 18:02
OLIVIER RENAULT    JOHN LEE HOOKER Boogie-Woogie anyhow


OLIVIER RENAULT

JOHN LEE HOOKER
Boogie-Woogie anyhow

 

Editions le Mot et le Reste

Harry and Dolly - John Lee Hooker & Miles Davis - Bing video


Grâce à Olivier Renault, on prend le train en marche du blues, en suivant l’itinéraire particulier d’un drôle de hobo, un musicien chantant, voire déchantant qui a éclairé l’histoire du blues, John Lee Hooker :
avec sa façon de prendre la tangente, de foncer sans se retourner... il quitte, a été quitté. Il saura dégager pour se dégager...  en prenant le train en marche…

Dans ce nouvel ouvrage de la collection Musiques du Mot et du Reste -les éditions marseillaises que l’on ne présente plus, d' un éclairage très pertinent, s' appuyant sur une documentation précise, fouillée dans ses sources, l’auteur réussit le portrait saisissant de ce personnage complexe, mystérieux qui a su créer un mythe en brouillant les pistes.
Dès les premières pages de ce qui se lit comme une histoire, on est fasciné par certaines ambiguités et incertitudes dans le parcours du musicien. Une seule chose est sûre, John Lee Hooker s’affranchit de tout dès qu’il comprend qu’il est fait pour autre chose. Cette détermination farouche, il ne s’en départira jamais; c’est ce qui le dirige dès qu'il est sûr de sa vocation de musicien.

Dans cet essai précis et vagabond, sans se lasser comme John Lee Hooker lui même, Olivier Renault commente son parcours, donnant une discographie sélective, car Hook fait partie des bluesmen qui ont le plus enregistré-on comprendra pourquoi il est utile de ne pas se perdre dans le nombre de références. 

On ignore encore à quelle date il vit le jour et le moins que l’on puisse dire est que John Lee Hooker n’a pas rendu la tâche facile à ses rares biographes. Ce n’est pas donc pas une biographie de plus, elle manquait vraiment même si sa vie est moins dramatique que nombre de musiciens, elle mérite d’être racontée, en cinq chapitres, de son enfance dans le Delta jusqu’aux dernières années toujours actives (il est mort  paisiblement dans son sommeil en juin 2001). Il a connu une certaine face du rêve américain mais aussi le racisme, les tromperies de producteurs qui en trafiquant ses contrats ne lui donnèrent jamais accès à ses substantiels droits d’auteur. S’il a fini dans une relative aisance, il a joué sans fin, ne se payant que sur ses concerts!

Ce que l’auteur nous donne à voir et à entendre, c’est la musique de John Lee Hooker : un jeu de guitare original combiné à une voix rauque et âpre, un style inimitable mêlant boogie et blues en ont fait une légende de la musique américaine. Mais que sait-on de lui au juste? Qu’il est né en 1910, ou 1912 ou même en 1923 dans ce Deep South hostile, au Nord Ouest du Mississipi. Bien sûr que tu as le blues quand tu es né là bas”.

Une seule chose est sûre, il sait très vite qu’il ne sera pas métayer comme son père et qu’il vivra de LA musique. Il ravit très tôt son auditoire quand il chante, il est fait pour cette musique du diable, s’opposant à son père preacher. Il fugue à 14 ou 18 ans, prenant la tangente vers le Nord, Memphis, Cincinnati, Detroit et enfin Chicago, la Mecque du blues pour réaliser son rêve. Même à Detroit, la Motor town, il est ouvrier la journée chez Ford pour pouvoir jouer la nuit, et ses premiers enregistrements en 1948 révèlent déjà un style peu académique qu’il cultivera toute sa longue carrière. Il joue un blues poignant et un boogie plus rapide ( pas le boogie woogie qu’on joue au piano dans les honky tonks mais une adaptation à la guitare). Plus tard  dans les années soixante, il s’essaiera au folk, car il sait sentir les changements de tendance. Il chante sa vie, sa misère et celle des autres, de sa voix rauque, persuadé qu’on guérit sa douleur par le blues d’où le titre d’un de ses plus grands succès “The healer” en 1989! Il est l’auteur de thèmes qu’il a joué tout au long de sa carrière dès son tout premier single “Boogie Chillen”,“Crawling King Snake” jusqu'à “Boom Boom” de 1992 .

Il a su donner au blues un son qui lui est propre, en renonçant au traditionnel 12 mesures pour un groove funky intense et profond. Quatre fois lauréat d’un Grammy Award, ce guitariste improbable, ce type analphabète mais rusé a su forger sa légende.
Il connaît assez vite le succès et  dès 1951, “I’ m in the mood” est l’occasion d’une première grande tournée avec le fidèle et dévoué Eddie Kirkland.
Ses premiers succès ne l’ont pas rendu riche, il doit multiplier les enregistrements pour s’en sortir, sous divers pseudonymes, n’ayant jamais pu toucher ses droits d’auteur. Toute sa vie, il jouera, gravera des enregistrements et fera des tournées pour vivre et assurer la matérielle. Il connaîtra une longue suite d’errances, toujours sur les routes en France, en Europe dans les années 70 pour se payer les grosses voitures, les costumes bien taillés qu’il affectionne.   

On reconnaît tout de suite sa signature, son style inimitable, il est l’esprit du blues du delta. Il ne respecte pas les règles, suit son rythme intérieur, chante les accords quand et comme il le sent, s’adapte continuellement, n’hésitant pas à reprendre inlassablement ses titres puisqu’il les joue différemment,  se révélant un grand improvisateur, les “hookerisant”. Il joue sans mediator, à la pulpe des doigts, des riffs bien à lui. S’il n’a pas inventé le blues, il l’a doté d’une grammaire et d’un vocabulaire originaux, une langue assez subtile pour l’assurer que personne ne la maîtrise mieux que lui. Et d’ailleurs, il aime jouer seul. S ’il n’aime pas les groupes, il les utilise de façon originale, laissant ses musiciens libres avant ou après qu’il ne monte sur scène, car alors, ils doivent jouer pour lui et s’adapter!               
Outre ses tubes, son influence fut grande : Miles Davis l’admirait " You are the funkiest man alive” et ils firent la B.O du film de Dennis Hopper The Hot Spot. Hooker fit partie des Blues Brothers de John Landis  chantant  "Boom Boom" et "Boogen Chillen" , sans pour autant être crédités dans l'album qui sortit de la musique du film. Encore une occasion en or qu'il a laissée filer... Admiré de toute la jeune scène britannique rock qui va devenir "blues crazy" en 1962, lors d'une tournée qui passe par Manchester, Eric Clapton, les Animals d'Eric Burdon, le Spencer Davies group, John Mayall, tous reprennent des titres de John Lee quand ils ne jouent pas avec lui. Il inspira autant Canned Heat que Keith Richards et les Stones, Jimmy Page et les Yardbirds, Bowie, Peter Townshend... 

Partageant sa passion pour la littérature, Olivier Renault, libraire dans le 14ème arrondissement parisien, complète en l' élargissant sa recherche en faisant quelques pas de côté, dans des chapitres passionnants comme le Delta où il plante le décor ou celui sur Detroit, la ville où Ford établit son usine en 1903.


Sophie Chambon
 

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16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 16:47

Tim Berne (saxophone alto, composition), Gregg Belisle-Tchi (guitare acoustique)

Woodstock, 15 mai 2021

Intakt Records CD 374 / Orkhêstra

 

Un disque très singulier, et qui frappe dès les premières notes par l'excellence de la composition comme de l'interprétation-improvisation. Le guitariste Gregg Belisle-Tchi avait enregistré en 2020 un disque en solo consacré aux compositions de Tim Berne («Koi», Screwgun Records). Il est cette fois son partenaire pour un duo, sur des compositions du saxophoniste, arrangées conjointement. Comme toujours, les thèmes de Tim Berne nous embarquent dans des lignes vertigineuses d'une absolue rigueur. Et comme toujours on se demande comment cette indiscutable rigueur peut contenir, et produire, autant de liberté : liberté d'interprétation, liberté d'expression, ou plutôt d'expressivité. David Torn, producteur artistique de la séance, commente dans le livret du CD : «Musique de l'espace ? Non. Musique terrienne ? Oui, vraiment. Folk Music ? Je ne sais pas...». Et pourtant à l'écoute, renouvelée, attentive, c'est bien cette dernière hypothèse qui va prévaloir. Une sorte de Folk Music du futur, imprégnée des libertés tonales de la musique dite contemporaine, et irradiée, d'un bout à l'autre, d'un lyrisme qui ne désempare pas. Il y a même une espèce de blues dévoyé. Magnifiquement beau, d'une beauté neuve, comme en distille si souvent Tim Berne. À découvrir avec le degré d'attention et de réceptivité qui s'impose. Et pour ce qui me concerne, avec une sorte d'émerveillement.

Xavier Prévost

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 16:30

Jean Christophe Cholet (piano), Vincent Mascart (saxophones ténor & soprano), Quentin Cholet (batterie)

Sarzeau (Morbihan), 29-30 août & 1-2 septembre 2020

Infigo 120210 / l'autre distribution

 

Si l'on excepte un thème emprunté à Mal Waldron, et une composition du batteur, le CD repose totalement sur l'improvisation. Une improvisation plutôt idiomatique, en l'occurrence faisant fortement référence à l'univers du jazz, mais pas seulement. Une musique ouverte, libre, qui regarde aussi du côté des langages de la musique dite contemporaine, celle née au début du vingtième siècle dans la sphère des 'musiques savantes européennes', et qui a déployé ses métamorphoses jusqu'à ce jour. Une musique qui regarde aussi vers d'autres horizons culturels. Un groupe rodé par les deux années de concerts et de tournées (en France, en Europe, mais aussi en Chine et en Corée) qui ont précédé l'enregistrement. Il en résulte une faculté de faire un saut collectif dans l'inconnu sans se perdre de vue. Ça commence par un déchirant appel de soprano auquel répond une furia de batterie, avant que le piano ne se glisse, avec la même vigueur d'expression, dans un trilogue qui va tourner au lyrisme presque apaisé, avant virage à l'orientale. Bref il se passe sans cesse quelque chose, entre urgence de l'expression et maîtrise d'une forme émergente, d'une plage à l'autre.

L'interaction est fine, permanente. All Alone, de Mal Waldron, sera l'occasion d'une sorte de recueillement collectif très intense. La plage suivante jouera au contraire la carte de la déstructuration, du fragmentaire, qui se résout cependant dans une douce mélodie conclusive. Puis c'est une composition du batteur, mélancolique ballade finement conduite, de tensions harmoniques en mélodie qui bientôt s'exacerbe. Et le voyage continue, de plage en plage, en quête d'une certaine idée de la beauté impromptue. Quête aboutie, et disque très réussi.

Xavier Prévost

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 09:08

40 ans !

Cela fait maintenant 40 ans que Radio Aligre poursuit sa route en affichant sa volonté, contre vents et marées d'offrir une radio libre, sans publicités, proposant des émissions thématiques de qualité et aux thèmes diversifiés tant sur le plan culturel, artistique, musical qu'intellectuel.

Cette radio, faite par des bénévoles engagés et passionnés a besoin de votre soutien pour poursuivre sa route.

Participez, vous aussi au maintien de ce formidable espace public.

La démocratie participative commence ici.

Voici donc le lien qui vous permettra de contribuer à la pluralité du paysage radiophonique.

 

https://www.helloasso.com/associations/aligre%20fm/collectes/engagez-vous-soutenez-aligre-fm-radio-libre-et-independante-depuis-1981

 

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 08:37

Bruno Tocanne (batterie), Didier Frébœuf (piano)

Juillaguet (Charente), 7 mai 2021

IMR 21 / Muséa / Les Allumés du Jazz / https://www.instantmusics.com

 

Enregistré dans le studio du contrebassiste Kent Cater, un disque qui mêle improvisations/compositions des deux partenaires, et Songs For The Whales , de Charlie Haden (Liberation Music Orchestra, «Time/Life»). Le thème-titre, Ça n'empêche pas le vacarme, est signé du seul pianiste, mais le CD respire d'un bout à l'autre l'échange et la création plurielle. Cela commence du côté de crissements de cymbales, notes éparses de piano qui se jouent des tonalités, accord arpégés qui sous-tendent le mystère.... Le dialogue est là, dès les premiers instants. Puis c'est comme un appel au silence, dans des résonnances qui s'attardent, des lignes qui musardent entre les tentations harmoniques, toujours contournées. Et les tambours qui grondent. Le paysage s'éclaircit et se dessine : on est embarqué. Puis c'est un nouveau dialogue, des fûts et des cymbales, surgissant progressivement d'un mouvement tellurique pour prendre langue avec le piano préparé, lequel va chanter ensuite de tout son lyrisme rhapsodique pour le chant des baleines. Retour d'un bruitisme percussif avant cavalcade échevelée du piano (ça s'intitule Saturation et All Over ). Vient la composition de Didier Frébœuf, Ça n'empêche pas le vacarme : comme un cessez-le-feu après les salves. Un crescendo pourtant nous dira que l'accalmie n'était qu'une esquive. Et la plage finale, énigmatiquement titrée Fake News, et qui tend l'oreille du côté de Monk, paraît nous dire pourtant la vérité de cette musique, d'échange et d'intensité. Fin du voyage. Le texte du livret, signé Philippe Alen, fait de cette aventure un autre récit, qui tutoie les hautes sphères. Belle escapade, et beau disque.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=B7JcLK476DM

et sur Bandcamp

https://brunotocanne.bandcamp.com/album/ca-nemp-che-pas-le-vacarme

 

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 21:25

Joëlle Léandre (contrebasse, voix, comprovisations)

Calès (Lot), 18 juillet 2021

Ayler Records AYLCD-169 / Orkhêstra International

 

Un disque issu d'un enregistrement de concert, comme Joëlle Léandre aime le faire, car elle a de longtemps privilégié ces captations 'sur le vif' qui sont essentielles à l'idée même de musique improvisée. Cela se passe dans l'église d'un petit village (moins de 200 habitants), situé entre Rocamadour et Payrac. On n'est pas très loin de Souillac (une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau, un peu plus par la route...), qui inscrit ce concert dans la programmation de son festival (qui va, cette même année 2021, de Michel Portal et Bojan Z à Vincent Peirani-Émile Parisien, en passant par Daniel Erdmann ou Yaron Herman.... et Joëlle Léandre : spectre large!).

Le disque indique, outre les instruments de la musicienne (sa contrebasse, et sa voix), comprovisations. Ce mot valise renvoie très précisément à l'Art singulier pratiqué par Joëlle Léandre et beaucoup d'autres artistes : créer, dans l'urgence de l'instant, une musique qui est plus que le surgissement d'une idée musicale en acte. Ce dont il est ici question, c'est plutôt d'une œuvre en devenir permanent, une construction qui mêle l'expression instantanée, la trace des cultures (musicales, instrumentales-liste non exhaustive-) et le projet en mouvement qui conduit chaque seconde de musique vers un terme qui ne se connaît pas encore. C'est exactement le pari un peu fou qui se joue chaque fois, à chaque concert. Une forme en mouvement s'élabore, et se compose, pas à pas. Et ce jour-là était un jour faste : la magie s'est exercée de manière absolue.

Chaque séquence obéit à une dramaturgie spécifique, presque un rituel. On peut partir d'une ligne extra-tonale, jouée à l'archet, qui s'embarque ensuite dans un emballement vers l'aigu, pour se résoudre en un lent retour vers le silence. Ailleurs la voix, et des sons percutés, viendront en renfort d'un surgissement bruitiste, presque tellurique. L'archet est privilégié au fil du concert, qui laisse le pizzicato en retrait. C'est souvent lyrique, incantatoire, engagé. L'essence de l'Art, en somme.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Bandcamp

https://ayler-records.bandcamp.com/album/at-souillac-en-jazz

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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 18:02
FREDERIC BOREY BUTTERFLIES TRIO

FREDERIC BOREY BUTTERFLIES TRIO

DAMIEN VARAILLON  (cb) STEPHANE ADSUAR (dms)

GUEST LIONEL LOUEKE (g, voc)

FRESH SOUND RECORDS

BUTTERFLIES TRIO | France | Frederic Borey

Frédéric Borey BUTTERFLIES Trio Feat. Lionel Loueke - YouTube

 

Cet album étonne -c’est la première remarque qui vient à l’esprit, tant il est différent de ce que l’on connaît des différents projets de Frédéric Borey. Une manière de se renouveler assurément, même au sein de ce Butterflies Trio dont pour le deuxième album, le saxophoniste s’est assuré la collaboration d’un ami de longue date, le guitariste Lionel Loueke. D’ordinaire, l’invité apporte sa touche, donne une couleur supplémentaire, complète le portrait de groupe. Mais la palette reste la même, The song remains the same.

C’est un peu différent ici, le guitariste, présent sur huit plages sur onze, donne aussi de la voix, même s’il ne la force jamais, elle est plutôt une texture additionnelle qui fait chair. Il fredonne tout en nuances, glisse des bribes de chanson même sur “Camille”, la seule composition qu’il apporte, sans jamais couvrir le chant du saxo, au timbre toujours aussi étincelant, même s’il est volontairement plus voilé. Les univers de ces deux amis ont réussi à se fondre dans une alliance peu commune, à s’ajuster parfaitement.

Des petits bruits, cliquetis des baguettes, friselis de guitare attaquent “Commencement” avant que n’entre en jeu le saxophone qui s’adapte au rythme répétitif adopté de concert. Dans “Dont give up”, chacun s’ajuste, les éclats du saxo ne sont pas tranchants, mais mesurés sans exhaler pour autant leur plainte. La dominante n’est pas vraiment mélancolique ou alors si délicatement qu’il en résulte une douceur entraînante, délicieuse, envoûtante que renforcent nombre ostinatos et autres effets répétitifs comme sur "Do Hwe Wutu" (Grâce à toi en béninois ). Jamais l’expression de jazz de chambre n’aura été plus juste pour décrire cette musique épurée, qui atteint une dimension spirituelle. Une écriture sans gras, précise, très rythmée, celle de véritables auteurs dont les transitions sont tellement habiles qu’elles paraissent naturelles. Les compositions se suivent avec une belle cohérence comme une longue suite tout en gardant leur identité.

On entre par petites touches fines dans le bizarre de la bande-son d’un film imaginaire, une ambiance onirique et flottante, comme en suspens où les nappes mélodieuses de la guitare, les pulsations continues, douces mais fermes de la rythmique, le babil de la voix qui susurre, invitent à se laisser bercer. Pas de longues volutes ciselées au saxophone ténor qui semble chuchoter lui aussi par moment.

Tous entrent dans la danse, se glissent dans le moule d’où sortent des sons inouïs comme dans "Insomnia" qui fait entendre deux batteries et deux guitares enregistrées simultanément. Une force collective irréfutable, à la fois expérimentale et chaleureuse. L’entente palpable favorise l’homogénéité du son, la liberté de l’interprétation, chacun pouvant compter sur le jeu des autres, les appuis des partenaires pour reprendre élan.

A la manière d’une peinture impressionniste des sentiments,   ces plages atmosphériques font sourdre des émotions plus ou moins enfouies ("Lou"). Tout en nuances.

Pour peu que l’on se laisse aller à une écoute attentive, cet album de plus d’une heure de musique est enivrant, jamais insistant. Volontiers persistant, il résonnera longuement à vos oreilles.

 

Sophie Chambon

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