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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 18:03
CÉLINE BONACINA CRYSTAL QUARTET « Crystal Rain »

Céline Bonacina (saxophones baryton & soprano), Gwilym Simcock (piano), Chris Jennings (contrebasse), Asaf Sirkis (batterie) & percussions

Meudon, 25-27 août 2015

Cristal Records CR 245 / Harmonia Mundi

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Ce objet concrétise, sur le plan phonographique, un projet né de la rencontre entre la saxophoniste et le pianiste britannique Gwilyn Simcock en 2013, en trio avec Michel Benita, lors d'une résidence à l'opéra de Lyon. Le quartette, dans sa composition définitive, s'est formé à la radio publique de Hambourg (NDR) fin 2014, avant d'apparaître au grand jour à l'Europa Jazz Festival du Mans en mai 2015. Très belle équipe, qui donne le sentiment d'avoir d'emblée accédé à un niveau de connivence plus qu'enviable. Réunion cosmopolite aussi : outre le pianiste gallois (prochainement en tournée mondiale avec.... Pat Metheny), un batteur israélien de Londres, et un contrebassiste canadien de Paris. Le disque s'ouvre sur une composition où s'opposent le soprano et la baryton, pour édifier une forme élaborée dont la genèse s'accomplit à nos oreilles ravies. Énergie et mélancolie s'affrontent et se complètent, de plage en plage, sur un drive infernal ou dans des climats à damner un aspirant poète néo-romantique. La saxophoniste conjugue toujours à merveille une expressivité sans faille et une science accomplie, mais sans ostentation, du choix des notes et de leur placement. Le pianiste, qui suscite l'admiration de ses confrères états-uniens (au point que Chick Corea l'a adoubé), n'aurait certainement pas déplu à Lennie Tristano, et au jeune Bill Evans de All About Rosie (l'écouter dans la plage 7, Crossing Flow ). Le bassiste et le batteur sont de la même eau : maîtrise et musicalité, tout uniment. Autant dire que, de la vitalité la plus exubérante jusqu'au recueillement le plus extrême, ce disque est un régal, de bout en bout.

Xavier Prévost

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Le quartette jouera à Paris, au Petit Journal Montparnasse, le lundi 11 avril, puis à Rouen le 19, et à Angers le 20

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Un avant-ouïr Youtube :

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 21:28
Music is my mistress, Mémoires inédits


Duke Ellington. Préface Claude Carrière.
590 pages, 25 €. Editions Slatkine & Cie
Traduit par Clément Boqué, Françoise Jackson avec Christian Bonnet, président de la Maison du Duke

Elle était attendue par les lecteurs français depuis plus de 40 ans. La biographie de Duke Ellington, écrite par le maître lui-même, Music is my mistress, publié en 1973, un an avant le décès d’Edward Kennedy Ellington, sort ce printemps. La version française a connu des tribulations qui ont été surmontées par quelques gardiens de la flamme ellingtonienne dont la Maison du Duke. Le pavé de près de 600 pages offre l’avantage par rapport à l’original de disposer de notes de bas de page très documentées et d’un index favorisant la lecture.
L’aspect brut de décoffrage de ces mémoires a été conservé, ce qui est à saluer même si l’on peut passer sur certains passages tels que les remerciements du Duke à tous les hôtes des réceptions données dans les ambassades US tout au long de ses tournées. La structure du livre, ou plutôt l’absence de structure classique, déroutera les amateurs de biographies léchées et reconstituées par thèmes. Claude Carrière, « ellingtologue » respecté, l’explique dans sa préface : Duke notait ses idées sur tout papier blanc disponible et confiait ses courtes pièces à un ami journaliste Stanley Dance qui déchiffrait et retranscrivait.
Music is my mistress se présente donc sous la forme de réflexions générales sur la musique, de souvenirs familiaux, d’opinions sur ses musiciens, d’impressions de voyages…même si Duke avoue ne pas avoir l’âme d’un touriste. C’est savoureux, détaillé, sensible. Avec ce carnet écrit à la première personne, chacun peut faire plus ample connaissance avec cet infatigable compositeur et chef d’orchestre qui donna quelque vingt mille concerts tout au long de sa carrière et un homme passionné de la vie, admirant sa mère, Daisy (« la personne la plus sensible et gentille que j’ai connue »), et la musique (« ma maîtresse, je vis avec elle » ).
Jean-Louis Lemarchand

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 10:14
JOËLLE LÉANDRE 10 «  Can you hear me ? »

Guillaume Aknine (guitare), Florent Stache (batterie, percussions), Jean-Brice Godet (clarinettes), Théo Ceccaldi (violon), Christiane Bopp (trombone), Jean-Luc Cappozzo (trompette), Séverine Morin (violon alto), Alexandra Grimal (saxophones), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Joëlle Léandre (contrebasse, voix, composition).

Metz, 29 janvier 2015

Ayler Records AYLCD-146 / http://www.ayler.com

Cette pièce évolutive (work in progress en bon franglais) a une histoire. Donnée en avril 2009 au Festival Kaleidophon d'Ulricshberg, en Autriche), avec des musiciennes et musiciens du monde germanique (et l'Américain Kevin Norton aux percussions), elle avait été enregistrée par la radio publique allemande de Baden Baden (Südwestrundfunk), et diffusée sur les ondes des radios européennes (dont un extrait sur France Musique). Après la publication sur CD, en 2011 chez Leo Records, de ce premier enregistrement public, la contrebassiste-compositrice-improvisatrice a eu le désir de remonter ce programme, avec une nouvelle équipe, dont chaque membre est choisi à la fois pour ses qualités d'interprète et celles d'improvisateur. Ce fut fait en 2014 au festival Musica de Strasbourg, et ensuite en janvier 2015 à Tours, au Petit Faucheux, puis à l'Arsenal de Metz où a été réalisée cette nouvelle captation. De l'ancien enregistrement à celui-ci, des constantes : les parties composées/agencées ; et des écarts, liés à la personnalité des interprètes-improvisateurs/trices, donnée essentielle d'un tel projet musical. Et grâce à la communauté de pensée musicale, et de communication humaine, de cette nouvelle équipe, la pièce est très vivante, et ce dès le brouhaha initial d'où surgit la forme en cours d'élaboration. On circule de l'écrit à l'improvisé sans toujours se soucier de savoir ce qui distinguerait l'un de l'autre. Lorsque l'on écoute un enregistrement de musique improvisée (celle-ci l'est en partie) on a souvent le regret de n'avoir pas été présent lors de sa captation, pour mieux percevoir l'intensité de l'instant. Ici nulle frustration. On est immergé, ça coule de source, et l'on sait pourtant qu'une prochaine écoute dévoilera d'autres horizons. Bref c'est une très belle réussite !

Xavier Prévost

Toute l'équipe sera le jeudi 7 avril 2016 sur la scène de la Dynamo, dans le cadre du festival Banlieues Bleues, pour faire renaître à nouveau cet instant privilégié.

À noter la réédition chez Fou Records de deux solos de la contrebassiste, en 1994 à Raguse (Italie) et 1995 à Vancouver (Canada). « No Comment », Fou Records FR-CD 14 :

http://fourecords.com/FR-CD14.htm

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 18:20
DIDIER VERNA : «  Roots and leaves »

DIDIER VERNA : « Roots and leaves »
Didier Verna (g,fl), Laurent Epstein (p), Yoni Zelnik (cb), David Georgelet (dms)
www.didierverna.com

Didier Verna ? Connais pas. Informaticien et scientifique de son état je crois. Chercheur aussi.
Oui c’est cela. Pas un garçon qui a l’habitude d’évoluer dans les sphères habituelles connues et reconnues du jazz officiel. Sauf que ce Bordelais monté à Paris à l’âge de 21 ans a pu rapidement faire valoir ses 16 années de conservatoire et surtout son talent fou. Et c’est d’abord en tant que chanteur qu’il s’est illustré à Paris où cet amoureux de Bobby Mc Ferrin a rencontré Thierry Lalo et intégré le groupe des Voice Messengers dont on connaît l’exigence du recrutement.

Si l’on parle chez ce musicien polyinstrumentiste de ses influences, à l’écouter on pense aux guitaristes très classiques ( Wes Montgomery p.ex) mais aussi à Pat Metheny ou ceux de la trempe de Mike Stern et de tout ceux qui fricotent et tricotent à la lisière du jazz rock. On entend aussi chez lui quelques connivences guitaristiques avec John Scofield dont il aime le jeu de reverbe.
De son passé de chanteur, Didier Verna a gardé un vrai sens de la mélodie et un lyrisme très naturel qui le ferait presque passer pour un chanteur de la six cordes. C’est aussi que le garçon compose magnifiquement bien et joue avec cette facilité qui fait couler chez lui la musique de source avec une grâce aussi évidente que naturelle.
Il a à peu près tout pour lui Didier Verna. Outre le fait qu’il s’agit d’un garçon éminemment sympathique et pas prise de tête du tout, il a aussi pour lui une maitrise sans esbroufe de son jazz sur le bout des doigts qu’il affiche avec l’élégance des modestes.
Dans cet album Didier Verna s’entoure d’une bande de copains, trio infernal qui depuis des lustres a l’habitude de tourner ensemble ( Epstein - Zelnik - Georgelet) ( les habitués des jam Autour de Minuit s’en souvienne encore) et qui fonctionne à merveille.

L’album de Didier Verna sorti il y plus d’un an est encore confidentiel parce que le garçon ne bénéficie ni d’agent ni des gros moyens de com. Et pourtant croyez moi il y aurait matière à vous ruer sur cette petite galette qui fait fichetrement du bien par où elle passe.
En tout cas moi j’y reviens régulièrement, voire e le passe en boucle.
Du pur bonheur.
Jean-Marc Gelin

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:28
PLUMES QUARTET

Nicolas Rousserie (guitare), Pierrick Menuau (saxophone ténor), Cédric Piromalli (orgue), Arnaud Lechantre (batterie).

Rocheservière (Vendée), 12-14 novembre 2015

Black & Blue BB 808 2 / Socadisc

Dans la plus pure tradition des groupes soul jazz qui firent merveille à la fin des années cinquante et dans les années soixante. À l'époque en effet, parallèlement aux combos de Horace Silver, Art Blakey, des frères Adderley, de Junior Mance ou Les Mc Cann, s'étaient épanouis beaucoup de groupes de cette instrumentation : guitare, sax ténor, orgue et batterie. Les héros du genre s'appelaient Brother Jack McDuff, Shirley Scott, Jimmy Smith ou Jimmy McGriff.... Ce n'est pas par hasard si Stanley Turrentine, dont le groupe détourne, en un aveu admiratif, deux compositions, fut le partenaire des trois derniers cités. Et avant de se nommer « Plumes Quartet », ce groupe avait eu une première vie sous l'intitulé « The Stanley Turrentine Organ Project ». Ces quatre musiciens du Grand Ouest connaissent manifestement sur le bout des doigts cet idiome qui convoque tout à la fois le blues et le boogaloo. À l'orgue Hammond, Cédric Piromalli fait oublier qu'il est aussi un passionnant pianiste de jazz de style très contemporain, tant il maîtrise le langage spécifique de l'instrument, qu'il ne se contente pas de traiter à la manière des références citées plus haut : sa mémoire sait aussi le souvenir, plus proche, de Larry Young, et son imagination lui permet souvent de se passer de références. Le guitariste Nicolas Rousserie, qui signe le répertoire, est familier de cet univers, qu'il a pratiqué dans le groupe de Rhoda Scott ; tout comme le saxophoniste Pierrick Menuau (un secret angevin bien gardé, mais que l'on entendit naguère au Petit Opportun, avant de le retrouver au côté du regretté Butch Warren....) : leur complicité est parfaite, fondée sur une ancienne connivence qui leur permet de jouer ce style (en fait plusieurs styles mitoyens, de la fin des années 40 jusqu'au début des années 70), style pourtant connoté, avec la fraîcheur d'une première fois. Quant au batteur Arnaud Lechantre, entendu en d'autres occasions avec Alain Jean-Marie.... Éric Le Lann ou Benny Golson, il est en parfaite cohérence avec la lettre et l'esprit de ce projet, qui n'est pas revivaliste, mais simplement intègre !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 6 avril 2016 à Paris au Sunset, le 13 mai à Bouchemaine (Maine-et-Loire) pour le festival « Bouche à Oreille », le 4 juin à Caen sur le Camion Jazz, et le 14 juin à Chemillé (Maine-et-Loire), pour le « Camilliacus Jazz Festival ».

UN EXTRAIT SUR YOUTUBE :

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 15:44
FLORIAN PELLISSIER QUINTET  «Cap de Bonne Espérance»

Christophe Panzani (saxophone ténor), Yoann Loustalot (trompette & bugle), Florian Pellissier (piano), Yoni Zelnik (contrebasse), David Georgelet (batterie) + un invité sur une plage : Leron Thomas (voix, trompette)

Heavenly Sweetness / www.heavenly-sweetness.com

Le disque se présente comme inspiré par le souvenir d'une soirée de jazz sud-africain au festival Jazz à Vienne, mais la source la plus probable de son inspiration paraît être le courant qui s'est dessiné sous le label Blue Note à l'orée des années soixante, avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, Joe Henderson, Sam Rivers, Tony Williams, Bobby Hutcherson, Grachan Moncur III, et quelques autres. Pulsation affirmée, indiscutable sens mélodique, harmonies raffinées, délicate décontraction des interprètes.... tout ici rappelle à l'amateur un brin nostalgique cette période féconde. Et c'est manifestement une qualité, car ce choix esthétique, assumé avec cohérence, produit de beaux moments. Les thèmes sont signés par le pianiste, mais plusieurs sont aussi déclarés collectivement. À quoi s'ajoute une reprise d'un thème latino devenu un tube de Dinah Washington (What a Difference a Day Makes) chanté et joué à la trompette par l'invité, et une composition du saxophoniste-flûtiste jamaïcain Harold McNair (The Hipster, souvent échantillonné par la scène acid-jazz britannique). À signaler, entre autres belles plages, Almeria, magnifique ballade co-signée par le leader et le contrebassiste. Noter aussi une longue plage, composition collective, La Forêt des biches bleues, qui prend sa source dans une rêveuse intro du pianiste, et qui évoque musicalement l'Afrique (celle de l'Ouest plutôt que celle du Sud, semble-t-il). L'Afrique se profile encore discrètement sur certaines des plages suivantes, mais l'essentiel est ailleurs, dans une certaine unité stylistique, servie par de beaux solistes, et une rythmique féline. Recommandable, et même plus !

Xavier Prévost

Le groupe jouera à Paris, au New Morning, le 5 avril 2016

Un extrait sur Youtube

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 22:44
PIERRE PERCHAUD/NICOLAS MOREAUX/JORGE ROSSY «Fox»

Pierre Perchaud (guitare électrique & acoustique, clavier sur la première plage), Nicolas Moreaux (contrebasse), Jorge Rossy (batterie)

Poitiers, 17-18 février 2015

Jazz & People JPCD 816001/ Harmonia Mundi

Accords déroulés en arpèges et chemin harmonique sinueux : on part pour une sorte de voyage ambiant qui bifurque, vers une minute et vingt-cinq secondes, sur un tempo de jazz, et le doux balancement d'une pulsation irrépressible. Le cycle harmonique est une longue boucle qui rappelle un peu Silence de Charlie Haden, mais aucune lassitude ne s'installe, car chaque nouvelle phrase donne vie à un nouvel espace. Contrebasse et batterie ont une grande part dans la vitalité de ce déroulement, qui transforme en ductilité ce qui aurait pu n'être qu'hypnose. Et c'est la grande force de tout ce disque, qui chemine entre les compositions du guitariste et celles du contrebassiste (avec une reprise finement revisitée de And I Love Her de Lennon et McCartney) : tout se joue entre le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, dans un territoire de raffinement sans préciosité, de subtilité sans ostentation. Du grand art en quelque sorte. La troisième plage du disque, celle qui donne son titre à l'ensemble, procède d'un jeu rythmique extrêmement élaboré, mais qui jamais ne dévoile la moindre pesanteur. On est entre orfèvres : le guitariste étonne depuis quelques années maintenant par sa maturité, sa science du son et de l'harmonie ; le contrebassiste, remarqué en 2013 pour un Grand Prix de l'Académie Charles Cros, a le goût des lignes élaborées, équilibrées, et sans tapage ; quant au batteur, Catalan longtemps exilé aux USA, faut-il rappeler qu'il a longuement accompagné Brad Mehldau avant de regagner ses pénates barcelonaises, et tâter du piano sans renoncer pour autant à la batterie. Tout cela donne un trio de très haut vol, qui nous entraîne en douceur (mais sans résistance possible) vers les confins du bonheur musical. Ce disque a vu le jour, selon la démarche du label Jazz & People, grâce au financement participatif : il est heureux que la passion des amateurs rende possible une telle réussite. En ces temps trop moroses, tous les espoirs demeurent permis !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 2 avril 2016 au Bravo de Bruxelles, et le 3 avril à Bouray-sur-Juine (Essonne) dans le cadre du festival « Au Sud du Nord »

Découvrir sur Youtube

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 00:04
CORONADO « Au pire, un bien »

CORONADO : Gilles Coronado (guitare), Matthieu Metzger (saxophone alto, effets électroniques), Antonin Rayon (orgue et autres claviers), Franck Vaillant (batterie, percussions électroniques). Invité sur une plage : Philippe Katerine (voix)

Pernes-les-Fontaines, 9-11 mars 2015

La Buissonne RJAL 397026 / Harmonia Mundi

L'un des traits saillants de Gilles Coronado, c'est certainement son absolue singularité. Leader de son propre groupe, Urban Mood, voici plus de 20 ans, il a parcouru tous les territoires du jazz contemporain en une quête perpétuelle d'écart, d'altérité, voire d'altération du discours musical ambiant. Ses affinités multiples et électives l'ont conduit aux côtés de Louis Sclavis mais aussi du collectif Hask, et des groupes de cette mouvance (Thôt, Print, et les alliés d'Outre Quiévrain que sont Aka Moon). Formé comme beaucoup de musiciens de cette nébuleuse par les académies d'été du Banff Center for Fine Arts, dans l'Ouest canadien, il garde trace des libertés conquises dans ce contexte, sur le plan des rythmes, des structures, et d'une farouche revendication d'autonomie artistique. Une renaissance d'Urban Mood, voici deux ans, l'avait associé à Matthieu Metzger (lui aussi passé par un groupe de Louis Sclavis), Jozef Dumoulin (auquel succède désormais Antonin Rayon), et un complice de longue date, croisé dans bien des aventures : le batteur Franck Vaillant. Et c'est encore un nouveau départ à la faveur du changement de clavier : le groupe s'intitule tout simplement Coronado, et c'est bien un groupe, plutôt que l'identité d'un leader. On croit reconnaître ici et là des influences multiples, venues du rock progressif-ou du rock tout court-, de la musique répétitive, de la musique sérielle, et des aventures surgies depuis trois décennies des prolongement du mouvement M'Base. Mais aucune adhésion à nulle chapelle, rien que la revendication radicale d'une pulsation complexe, un sens confondant de la dramaturgie musicale, et une liberté de chacun des membres dans ce très collectif dispositif. Les thèmes (dont quelques uns appartenaient déjà à la récente mouture d'Urban Mood) sont à la mesure de l'humour inventif de leurs titres (Des bas débits des eaux, La fin justifie le début....) ; et l'intervention du chanteur Katerine (complice en d'autres aventures du guitariste, du côté du Gros Cube d'Alban Darche, et du groupe « Francis et ses peintres ») apporte une note supplémentaire de fraîcheur décalée. Au pire, un bien, la chanson qui donne son titre à l'album, éclaire de son humour légèrement pataphysique un objet artistique d'une grande richesse. Décidément le guitariste signe une fois encore une œuvre originale, qui ravira tous ceux qui aiment les empêcheurs de jouer en rond, ou de penser en boucle.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 30 mars au Vauban de Brest ; le 31 mars Aux Anges, à Guern dans le Morbihan ; le 1er avril au Pannonica de Nantes, et le 5 avril à Paris au Studio de l'Ermitage.

Des extraits sur Bandcamp :

https://labellabuissonne.bandcamp.com/album/au-pire-un-bien

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:46
GRAND PRIX JAZZ de l'ACADÉMIE CHARLES CROS 2015 et Prix ADAMI : le Roi René adoube  la Princesse Géraldine

Le samedi 26 mars 2016, René Urtreger, pour la première de ses deux soirées au Sunside, avait pour invitée la saxophoniste Géraldine Laurent. À la reprise du deuxième set Claude Carrière, qui représentait la « commission jazz » de l'Académie Charles Cros (Arnaud Merlin, Jean-Michel Proust, Claude Carrière, Philippe Carles, Alex Dutilh, Daniel Yvinec, Reza Ackbaraly…. et votre serviteur), remettait à Géraldine Laurent le Grand prix jazz 2015 et le prix ADAMI pour son disque «At Work» (Gazebo / L'Autre Distribution).

La remise des prix, initialement prévue le 18 novembre 2015 en public, dans le grand studio 104 de Radio France, avait été annulée comme toute les manifestations de la Maison de la Radio suite aux attentats du 13 novembre.

Grâce à l'hospitalité de Stéphane Portet qui dirige le Sunside, et à celle de René Urtreger qui avait invité la saxophoniste à se joindre à son trio régulier (Yves Torchinsky à la contrebasse & Éric Dervieu à la batterie) , la proclamation publique a pu avoir lieu dans l'enthousiasme du public, très nombreux, et conquis par le talent de Géraldine.

Une proclamation avait eu lieu avec les artistes sur les ondes de France Musique le 18 novembre, dans l'émission « Open Jazz » d'Alex Dutilh. Le faire en public quand Géraldine est l'invitée de René Urtreger prend tout son sens : en 2014, René avait reçu le Prix in Honorem Jazz de l'Académie Charles Cros pour l'ensemble de sa carrière, et c'était donc le Roi René qui adoubait la Princesse Géraldine.

Le Roi René, c'est le titre du roman vrai, dont René Urtreger est le héros, que la romancière Agnès Desarthe va publier fin avril chez Odile Jacob.

Xavier Prévost

Le palmarès 2015 de l'Académie Charles Cros

http://www.charlescros.org/palmares/index.php?annee=2015

GRAND PRIX JAZZ de l'ACADÉMIE CHARLES CROS 2015 et Prix ADAMI : le Roi René adoube  la Princesse Géraldine
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 13:17
Machado/ Ithursary un duo voyageur

Uppercut : rue Sainte, Marseille (7ème)
Jeudi 24 mars, 21heures
https://www.youtube.com/watch?v=oaeGdcz8QW0
www.didierithursarry.com
www.jeanmariemachado.com

C’est à Marseille, au bout de la rue Sainte dans le quartier historique de l’abbaye de St Victor (Vème siècle de la chrétienté) et du four aux navettes, encore plus célèbre dans la cité phocéenne, que se déroule cette scène. Un quartier ou plutôt un lacis de ruelles qui se « boboisent», centre nocturne de la jeunesse qui sort à Marseille. Le club de jazz, l’Uppercut n’est sans doute pas pour rien dans cette initiation. La salle du haut donne dans une restauration rapide, pas toujours rapidement servie, avec à la carte, une sélection intéressante de bons vins. La cave accueille des concerts en première partie de soirée avant que les DJs ne s’installent pour continuer la fête.
En ce jeudi soir, l’une des soirées actives en semaine, se produisait le duo Jean Marie MACHADO/ Didier ITHURSARRY dans un programme de reprises et de créations, rodant leur prochain album. En une vingtaine d’années, Jean-Marie Machado a enchaîné des projets très différents, tout en suivant le fil de sa propre histoire musicale. Vivant la musique plus comme un passeur qui compose que comme un chercheur, il intègre les musiques, et leur intime poésie dans une direction nouvelle, plus personnelle, effectuant sa propre synthèse. Difficile de renier ses origines, il y a également du chant dans la musique du basque Didier Ithursarry, le «kantuz» qui exprime dans cette langue difficile et mystérieuse, « l’instant présent où l’on chante». Du lyrisme, il y en aura donc dans leur musique commune. Et de la danse encore et toujours, les deux hommes ne se sont-ils pas connus dans l’orchestre de Jean-Marie Machado DANZAS, il y a près de dix ans ?
Une invitation à la danse avec des rythmes vifs, comme cette valse « Little Dog Waltz » qui sans faire forcément écho à Ravel, rappelle qu’elle n’est pas synonyme des seuls plaisirs bourgeois. L’accordéoniste vient aussi du bal et de cette tradition populaire, qui n’est pas un folklore imaginaire. Le fado a une place particulière dans le cœur de JM Machado. Rappelez-vous de ce superbe album Sœurs de sang (Le Chant du Monde, 2007) où il réunissait le blues de Billie Holiday et la « saudade » d’Amalia Rodriguez, pour faire vite. Il disait alors souhaiter trouver «entre les rives du fado et du jazz un endroit sensible et commun».Le dernier morceau sera donc un fado (qui ne figurait pas dans le disque cependant), pour restituer le mystère du fado et la nostalgie du blues.
Ainsi, partant de ce socle qui les constitue, de leurs racines, le pianiste et l’accordéoniste nous emmènent fort loin. Ils font leur jazz, pour nous, un jazz de rêve, avec cette faculté de changer à chaque nouvel album, car cette musique accepte dérives et courants. S’ils se connaissent, ces deux musiciens ne tombent pas dans les chausse-trappes de l’habitude, même quand ils recyclent des compositions plus anciennes, comme ce «Blue Spice» du CD Eternal Moments de 2010 (Dave Liebman/ JM Machado) très monkien. Quand ils « arrangent», reconstruisent avec humour et une réelle habileté dans l’improvisation, le jazz revient toujours d’une façon ou d’une autre, se déjouant de toutes les formes classiques, revisité dans « JSB » en hommage au Cantor de Leipzig, ou prenant autrement qu’en si bémol mineur, le célèbre Nocturne de Chopin opus 9 n°1, qui devient alors une mélodie de film noir, une ritournelle lancinante. Leurs propres compositions renvoient elles aussi des échos, prélude à la découverte de leur imaginaire. Jean Marie Machado a un univers mélodique, vif et énergique, que ce soit dans ce bel « Aspirez la lumière» plein d’espoir ou dans le plus tourmenté et rageur «Broussailles» qui évoque les ravages de la tondeuse à gazon, « serial killer » des plantes et herbes folles....Quant à la «Berceuse» de Didier Irthussary, d’une douceur élégiaque, elle me renvoie, allez savoir pourquoi, à ce délicieux « Song of India », plus du côté de Chris Cheek que de Tommy Dorsey ?
Le jazz est la musique choisie pour être libre et apporter des couleurs nouvelles, un certain swing, osons le mot ! Piano et accordéon s’accordent bien : une affaire de matières, de textures qui souligne le caractère original de l’accordéon, loin des clichés qui lui sont associés. Ithursarry n’a-t-il pas tenté d’ailleurs avec succès, un autre alliage inusité cette fois, avec le hautboïste Jean Luc Fillon ?
Virevoltants, mélancoliques, toujours lyriques, ces thèmes, construits avec délicatesse et intelligence entraînent sur le versant d’une intimité que l’on partage chez soi ou que l’on savoure en club entre amis. Le set qui s’ouvre sur tempo vif, se conclut sur un rappel, une valse samba, tout aussi intense.
L’enregistrement de ce duo se fera à la Buissonne chez l’ami Gérard de Haro, en juin prochain et la sortie du CD en janvier prochain. Qu’on se le dise !
Sophie Chambon

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