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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 18:24
Theo Ceccaldi Petite Moutarde

ONJAZZ records

www.onjazz.org www.tricollectif.fr

https://www.youtube.com/watch?v=jSW0mjScJ-I

Théo Ceccaldi (ONJ Benoît) a sorti avec un petit orchestre de chambre, un quartet inspiré, ce délicieux album dont les titres répondent tous à un nom de condiment : Petite moutarde sans vous monter au nez, échauffera vos sens et ravira votre esprit. Né d’une résidence à l’Atelier du Plateau, ce projet du violoniste-compositeur bénéficie du soutien ardent du batteur Florian Satche (Tri Collectif, Marcel et Solange), d’Alexandra Grimal aux divers saxophones et à la voix, et d’Ivan Gélugne (quartet d’Emile Parisien) à la contrebasse. Sans aucun doute cette musique apparaît en concert comme l’exacte BO d’un vrai film projeté sur l’écran, mais chez vous, avec le seul Cd, le mérite de cette musique est de vous rendre compositeur d’un film imaginaire à partir des scènes les plus folles, les plus délirantes, toujours oniriques en diable. Et l’on comprend mieux en apprenant que l’inspiration vient d’un film de René Clair sorti en 1924, Entracte, muet et dadaïste, hommage aux arts du cirque, aux films burlesques, dont la partition fut écrite par Eric Satie. Le scénario part d’un rêve d’enfant, incluant des scènes surréalistes comme la folle poursuite d’un corbillard, une danseuse barbue en contreplongée, un œuf soulevé par un jet d’eau, des ballons à tête de personnage, des allumettes animées. Initialement prévu pour être projeté pendant l’entracte d’un ballet de Francis Picabia et Jean Börlin, c’est la première intervention du cinéma dans une représentation de danse et donc une fusion d’un art total. Transposée aujourd’hui, c’est l’imagination au pouvoir servie par la puissance et l’énergie d’un quartet de choc, plus encore que de charme, qui vous bouscule un peu, beaucoup, tout au long de ces 8 petites pièces. Pas si petites quant à la durée mais petites par le titre qui commence toujours par ce qualificatif qui finalement sied à notre pays : « un p’tit ciné, un p’tit restau, un p’tit weekend », sans l’acrimonie du romancier Nicolas Fargues dont le livre Au pays du P’tit (qu’il faut peut être lire entre les lignes) dresse un portrait de nous, les petits Français. Fantaisie des lignes mélodiques, timbres et couleurs indissociablement mêlés, ruptures de rythmes, du rock à la King Crimson, un groove réel, des improvisations échevelées, la musique est servie dans l’écrin de cette formation épatante : ils sont tous formidables de Satche qui bat comme il respire (écoutez « Petit poivre de Sichuan »), roule, claque, cavalcade, de l’impeccable Grimal aux sons doux et filés ou stridents et emportés –c’est comme vous voulez (« Petit raifort », « petit wasabi »), de Ceccaldi qui vous fait vibrer tout le temps au son de son archet extravagant. Sans oublier le clopin-clopant de Gelugne, le rythme qu’il implique aux élucubrations et autres vociférations sur « Petit chipotl »...

Qualité de l’écriture indéniable, intelligence musicale qui combine styles, formes et sens, brûlante interprétation, humour avec un rien de provocation, voilà des épices qui servent à améliorer drôlement notre ragoût quotidien.

A écouter et surtout à voir sur scène... impérativement. Un spectacle vivant et emporté, fébrile et dynamisant, d’autant plus recommandé en ce moment !

Sophie Chambon

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 16:14

De Camille Saint Saëns

PAR

L’AMAZING KEYSTONE BIG BAND

Une histoire de Taï-Marc Le Tanh illustrée par Rose Poupelain

Et racontée par Edouard Baer

http://www.keystonebigband.com/

Après avoir mis en musique Pierre et le Loup primé l’an dernier par l’Académie du jazz, le formidable Amazing Keystone Big Band s’attaque à l’œuvre de Camille Saint Saëns pour le bonheur de nos chères petites têtes bloandes et aussi ( voire surtout) de leurs parents.

On ne saurait dire mieux que le texte du livret : « l’hémione fait du bebop, les poules et le coq sont funky, les lapins sont plutôt groovy, les oiseaux dansent une samba et les fossiles un lindy hop ». C’est un peu Lalo Schiffrin, Thad Jones et Henri Mancini qui se jouent de Saint Saëns en toute confraternité. Chaque soliste y est remarquable et donne le sentiment de jouer au milieu d’un groupe qui a la banane. Et c’est sacrément communicatif.

Ce carnaval des animaux bouillonnant, survitaminé et hyper inventif, est aussi tr !s sensible et tendre.

Le texte, drôle, est lu par un Edouard Baer qui, dans le rôle du grand méchant ne parvient pas à être vraiment à faire peur.

A côté de l’édition musicale, le livre-CD aux illustrations magnifiques et naïves de Rose Poupelain et un véritable enchantement.

Ici on aime, on adore même. Je me passe la musique en boucle et mon fils en redemande encore, le sourire au coin des lèvres. Il oublie un peu les méchants loups dont il entend parler et ne retient que celui-ci, tendre et jazzy à fond. Ça lui donne une sacrée pêche. Et à moi aussi.

Jean-Marc Gelin

LE CARNAVAL DES ANIMAUX

Ici on aime, on adore même. Je me passe la musique en boucle et mon fils en redemande encore, le sourire au coin des lèvres. Il oublie un peu les méchants loups dont il entend parler et ne retient que celui-ci, tendre et jazzy à fond. Ça lui donne une sacrée pêche. Et à moi aussi.

Jean-Marc Gelin

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 16:06

"Nous, professionnels, artistes, auteurs, syndicats, fédérations et réseaux, organismes de soutien et de ressources, sociétés civiles du monde de la musique et du spectacle vivant, aujourd'hui encore blessés et consternés par l'horreur, sommes debout et déterminés, en mémoire de toutes les victimes et solidaires de toutes les personnes dans leurs pratiques culturelles.

Ces événements tragiques nous rappellent que la liberté, de création, d'expression est fragile. Parce que les spectacles nous font vivre et vibrer ensemble, parce qu'ils incarnent des valeurs d'ouverture et de tolérance, ils sont des cibles mais peuvent également être des remparts à l'obscurantisme et au fanatisme.

Nous continuerons à exercer nos métiers dans les meilleures conditions de sécurité possibles. Nous avons besoin les uns des autres pour partager des moments, des idées et des émotions, dans les salles et dans les festivals comme aux terrasses des cafés ou dans les stades.

Créer, jouer, produire, diffuser la musique et les spectacles, encourager les rencontres : c'est cela que nous défendrons, sans haine et sans crainte.
Les SPECTACLES sont VIVANTS !"

ACT IF, ADAMI, AGI-SON, AJC, APRÈSMAI, ASTP, AVANT-MARDI, BUREAU EXPORT, CD1D, CFTC, CNV, CULTURE BAR-BARS, CSCAD, CSDEM, LE FAIR, FAMDT, FCM, FEDELIMA, FÉDÉRATION DE CONCERT !, LA FELIN, FÉRAROCK, FNEIJMA, FRACA - MA, HORSLESMURS, LA GAM, Le GRADA, Le GRAL, GRANDS FORMATS, IRMA, OPALE, LE PATCH, POLCA, LE PÔLE, PRMA, PRODISS, LE RAMA, LE RIF, RAOUL, RCA , REZO-PARLEUR, SACD, SACEM, SAMUP - FÉDÉRATION SAMUP, SCPP, SFA, SMA, SNAC, SNACOPVA CFE-CGC, SNAM CGT, CGT SPECTACLE (FNSAC CGT), SNDTP, SNEA-UNSA, SNEP, SNES, SNLA-FO, SNSP, SPEDIDAM, SPPF, SYNAVI, TECHNOPOL - TECHNOPARADE, THEMAA, TREMA, UFISC, UPFI, UMJ, ZONE FRANCHE

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:03
BENOÎT DELBECQ 3 « Ink »

Benoît Delbecq (piano), Miles Perkin (contrebasse), Emile Biayenda (batterie, percussion)

Meudon, 2-3 juillet 2014

Clean Feed CF 340 CD / Orkhêstra

Le précédent CD en trio de Benoît Delbecq (« The Sixth Jump », Songlines, publié en 2010), était en compagnie de Jean-Jacques Avenel. Jean-Jacques nous a quittés en août 2014 et, au moment où ce disque s'enregistrait au studio de Meudon, il était au plus mal, et depuis quelque temps déjà, malgré les rémissions, le courage de rejouer qu'il avait manifesté au fil des ans. Le premier titre de l'album, Le Ruisseau, lui est dédié. Et d'une certaine manière il lui ressemble : Jean-Jacques se serait senti à l'aise dans les « boucles étranges » qui conduisent cette composition. Le contrebassiste Miles Perkin, Canadien de Berlin, est à sa place dans ce trio renaissant : force de la pulsation, sonorité ample, liberté d'accent et de commentaire.... Quand au batteur Emile Biayenda, à la polyrythmie profuse et inattendue, il coïncide exactement avec l'univers de Benoît Delbecq, qui ambitionne, légitimement, de réinventer chaque fois la musique. Comme toujours Benoît mêle sur son piano des sons inouïs (issus d'une préparation méticuleuse, avec toute sorte de petits objets glissés dans les cordes pour faire naître des sonorités venues de l'étrange) et le son clair de l'instrument (quels pianos que ceux de Meudon !), travaillé avec la vraie virtuosité, celle du timbre. Dans les lignes de pochette, Fred Hersch écrit ceci : « Sa musique est en apparence un recueil de contradictions : structure / liberté d'improvisation ; jazz / non jazz ; composition à structure mathématique / musique avec un profond feeling ». Plus que de contradictions je serais tenté de parler de tension permanente. La phrase, dans sa progression par intervalles distendus et inattendus ; le rythme, dans son cheminement de labeur et d'évidence tout à la fois ; la structure, qui se dévoile pour mieux se dissimuler l'instant d'après : tout ici paraît suivre les voies du désir qui se déplace à mesure qu'il naît, de la tension sans résolution : la résolution viendra peut-être, mais elle sera différée, comme le mouvement perpétuel d'une « machine désirante », d'une progression organique qui serait indissociable d'une sorte de pensée incarnée. Si l'on était dans l'univers des arts plastiques, où le discours d'escorte prend souvent le pas sur la réalité de l'objet, on parlerait d'une forme de matérialisme abstrait. Mais ici, pas besoin de discours d'accompagnement, le musique parle d'elle-même, la pensée est dans la vibration même du son....

Xavier Prévost

Présentation du CD par Benoît Delbecq

https://vimeo.com/139599481

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 20:08

En raison des évènements –le massacre parisien du 13 novembre- Radio France a annulé la manifestation de présentation du palmarès de l’Académie Charles Cros prévue le 18 novembre à la Maison de la Radio. Une décision accueillie amèrement par l’Académie qui a commenté : « Renoncer à ce grand moment de partage consacré à la culture qu’est la proclamation des Grands prix de l’Académie Charles Cros, c’est se soumettre, c’est « risquer de courber l’échine, d’être moins subversifs ».

C’est donc par la voie d’un simple communiqué que le palmarès aura été porté à la connaissance des férus de la musique, qui, est-il utile de le rappeler, est censée « adoucir les mœurs ». Il n’en reste pas moins que les élus dans la catégorie jazz méritent toute notre attention.

Le Grand Prix In Honorem Jazz est ainsi décerné à Daniel Richard « pour les services rendus au disque, comme disquaire (Lido Musique, Les Mondes du jazz, Virgin....) puis producteur-responsable de label (France et USA) chez Universal, discographe magistral, expert avéré, à l'occasion de la publication du coffret Joe Castro « Lush Life : A Musical Journey » ( Sunnyside / Naïve) ». Nous pouvons ajouter que Daniel Richard se trouve également dans l’actualité pour la co-production avec François Lè Xuàn du coffret « Jazz from America on disques Vogue » (Sony Music), qui propose 41 albums originaux sortis entre 1945 et 1955 et présentés en 20 cd, de Duke Ellington à Lester Young, Miles Davis, Gerry Mulligan, Art Tatum, Erroll Garner,Sidney Bechet, Charlie Parker….

Grands Prix Académie Charles Cros pour Géraldine Laurent et Daniel Richard

Le Grand Prix du Jazz est allé à Géraldine Laurent (saxophoniste alto) pour

At Work, (Gazebo/L'Autre Distribution), dont les mérites n’ont pas besoin d’être vantés dans ces colonnes, elle qui met le feu à la scène française depuis dix ans.

A signaler également le Grand Prix Blues accordé à Harrison Kennedy pour This Is from Here, (Dixiefrog / Harmonia Mundi) et le Grand Prix Disques pour enfants au quintet Oddjob pour Jazzoo, Jazzons avec les animaux (Little Village / Harmonia Mundi).

Jean-Louis Lemarchand

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 07:54
Kevin Norwood Quartet : " Reborn"

Ajmiseries / Les allumés du jazz

https://www.youtube.com/watch?v=-3FFEtrqZX8

www.jazzalajmi.com

www.discogs.com

Adoubé par David Linx, ce qui n’est pas une mince référence, Kevin Norwood est un nouveau venu dans le jazz vocal masculin, moins encombré heureusement que le féminin par des révélations toujours plus sensationnelles qui ne durent pas longtemps... On écoute toujours avec intérêt une nouvelle voix. Dans son texte d’introduction sur le label jazz Ajmiseries, le vocaliste belge décrit «une voix chaudement haut perchée»; on ne saurait mieux dire... et je l’avoue c’est peut-être ce qui « résistait» à mon oreille, au point que j’ai écouté très souvent cet album pour sonder les mystères de cette voix étrange, un peu irréelle, qui rappelle par moment certaines consoeurs, comme Betty Carter, pour le titre éponyme, cette ballade mélancolique, «Reborn». Mais seulement par touches allusives, car le chanteur sait installer dans ses musiques et ses textes originaux -il ne se protège pas derrière le répertoire jazz et se confronte à l’écriture, une atmosphère originale. Influencé peut être par d’autres qui l’ont forcément précédé, comme Joni Mitchell ou Jeff Buckley, il parvient à un syncrétisme de bon goût, nous surprenant agrablement, quand il n’hésite pas à scater avec talent sur «Past dreamers».

Une musique sans aspérité apparente, très cohérente, écrin à cette voix gravement troublante, qui swingue et respire le blues : elle laisse derrière elle un sillage de mélancolie, ravivée par le talent de musiciens aujourd’hui confirmés, sudistes comme Kevin Norwood (originaire d’Avignon malgré un nom très anglo-saxon), Vincent Strazzieri au piano, Cedric Bec à la batterie et Sam Favreau à la contrebasse.

Sophie Chambon

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 22:17
D'JAZZ NEVERS FESTIVAL : LES DEUX DERNIÈRES SOIRÉES

©A.Honhim

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On était heureux et insouciants, le vendredi 13 novembre à 20h30 : heureux de réécouter le duo François Couturier / Anja Lechner entendu à « Jazz in Arles » en mai dernier : (cf. Les DNJ : http://www.lesdnj.com/2015/05/jazz-in-arles.html) ; heureux de découvrir sur scène le nouveau quartette d'Enrico Rava (celui du disque « Wild Dance », paru chez ECM fin août) : cette fois l'invité n'était pas le tromboniste Gianluca Petrella, mais le saxophoniste Stefano Di Battista.

Le duo Lechner/Couturier, en donnant pourtant pratiquement le même programme qu'en mai (celui du CD « Moderato Cantabile », ECM, 2014), en offrait une vision différente, dotée d'une nouvelle énergie et d'une nouvelle fraîcheur : perfection du timbre de la violoncelliste, formidable sens de la nuance et de l'expression chez le pianiste. La musique parcourt tous les territoires, du piano romantique jusqu'au jazz en passant par des bouffées de musiques du monde. Lyrisme absolu, recueillement, et sensualité douce d'un univers sans fracas, mais pas sans intensité.

Le quartette/quintette d'Enrico Rava donne lui aussi un programme nourri du dernier disque. Mais là encore on ne rejoue pas la partie : tout se fait au bonheur de l'instant, au sursaut de l'inspiration, sous le doux empire de la connivence. Enrico Rava est au bugle, et le velouté de l'instrument sied à merveille à son lyrisme exacerbé, à son goût du chant. Stefano Di Battista, au saxophone (alto ou soprano selon les instants), est aussi un grand lyrique. Mais son expression est plus vive, quand celle de Rava joue la retenue, le suspens : la combinaison est superbe. Et la rythmique, timide durant les premières minutes, va ensuite donner sa pleine mesure, expressive et hardie.

Le bonheur est parfait, et quand on sort de la salle de la Maison de la Culture, c'est pour apprendre qu'à Paris, pendant ce temps-là, des dizaines de morts ont endeuillé la France pour longtemps : stupeur et sidération.

Le lendemain, samedi 14 novembre, le concert est privé de sa seconde partie, en l'occurrence le groupe de John Scofield & Joe Lovano, bloqué en Autriche par les incertitudes des transports aériens consécutives aux attentats de Paris. La salle est pleine, le public a refusé la terreur, et répondu présent. Le chanteur Hugh Coltman donne un programme consacré à Nat King Cole (comme son disque paru cette année). Dans le groupe qui l'accompagne le pianiste Paul Lay, qui termine un remplacement d'une dizaine de concerts, brille de mille feux, car le vocaliste a su lui laisser l'espace que justifie son considérable talent. Hugh Coltman a dédié le concert à l'un de ses amis qui était la veille au Bataclan, et fait partie des innombrables victimes. Son concert, magnifique, est un témoignage d'espoir, de tolérance, d'adhésion aux valeurs de la vie. Il en parlera chaleureusement au public vers la fin du concert. Il nous donne tout : la suavité de King Cole, le swing, une escapade vers un thème soul funk qui embrase l'assistance.... et des ballades à tomber, avec l'exquise délicatesse du pianiste pour écrin. Hugh Coltman, malgré sa peine, nous a offert une formidable leçon de vie, de fraternité, d'humanité : chapeau l'artiste, et merci !

Xavier Prévost

Ce concert a été diffusé en direct sur Culture Box ; il sera bientôt disponible en replay à cette adresse :

http://culturebox.francetvinfo.fr/festivals/d-jazz-nevers-festival/hugh-coltman-au-d-jazz-nevers-festival-2015-230427

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 20:35
PANORAMA CIRCUS : « PAINTER OF SOUL »

LIFE STYLE SOUNDS 2015

Mathieu Jérôme (p, wurlitzer, clavinet, synth), Jean-François Blanco (sample, scratch, prog, percus, synth), Jean-Philippe Morel (cb), Philippe Gleizes (dms), David Aknin (dms), Vincent Courtois (cello), Elise Caron (vc, fl), David Neerman (vb), Mederic Collignon (cnt), Thea Hjelmeland (vc), Maxime Delpierre (g)

On hésite à vous parler de musique aujourd’hui. Poster une dérisoire chronique d’album semble totalement incongru, presque déplacé.

Mais voilà nous aimons la musique autant que la vie. Autant qu’elle est honnie par ces fous sanguinaires qui haïssent notre amour du rire, notre désir de joie et du beau et nous pensons qu’il ne faut renoncer en rien. Jamais. Ne pas s’arrêter de vivre heureux, ne pas cesser de vous raconter ce qui nous rend heureux et quoiqu’il arrive partager nos rêves avec vous. Malgré l’horreur.

Alors oui aujourd’hui j’avais envie de vous parler d’un album remarquable et je ne vais surtout pas me gêner.

Avec ce Panorama Circus voilà bien un album conçu avec une énergie décapante par Mathieu Jérôme et Jean-François Blanco. Des moments de groove d'une superbe modernité comme sur ce très electro-hip Retour de Chewbacca avec un Philippe Gleizes totalement décoiffant s’acoquinent avec un gros travail sur les sons venus de nulle part. Ce sont les laptops et les turntables qui virevoltent. C’est parfois rock et c’est parfois free. Parfois sauvage et toujours animé. Dessin animé, presque.

Elise Caron nous emporte de sa voix libre et farouche à moins qu'elle ne se transforme en vestale très pop. Les furies free de Thomas de Pourquery ( Crazy latin suff) à l’alto et les envolées très milesiennes de Collignon ( Free metal morfing) , les salissures rock de Maxime Delpierre (painter of soul) qui laisse traîner ses sons un peu garage et qui s'accouple avec l'acoustique du pianiste et enfin la passion à fleur de mailloche d’un David Nerman juste sublime ( Beyond the blue floyd magnifiquement ecrit ) émaillent cet albul toujours inventif et surprenant.

En l’écoutant j’avais un peu l’impression d’être pris par la main et emmené dans une sorte de Palais des glaces aux miroirs déformants. Un peu halluciné.

Il y a une vraie dynamique dans cet album remarquablement conçu, puissant,

énergique.Vivant. Maginifiquement vivant.

Jean-Marc Gelin

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 19:24
D'JAZZ NEVERS FESTIVAL : D'ALBERT CAMUS à SUSANNE ABBUEHL

Susanne Abbuehl à Nevers ©Maxim François

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L'Étranger « Réminiscences », d'après L'Étranger d'Albert Camus

Pierre-Jean Peters (voix, jeu, idée originale), Guillaume Séguron (contrebasse, guitare basse, direction artistique), Adrien Dennefeld (guitare, violoncelle), Jean-Pierre Jullian (batterie, percussions), Pierre Vandewaeter (son, régie générale), Éric Bellevègue (création lumière), Olivier Malrieu (adaptation)

Nevers, Maison de la Culture, 12 novembre 2015, 20h30

Faire dialoguer le texte de Camus (segmenté, en chronologie bouleversée, incarné par un acteur qui endosse tous les personnages) avec une musique qui épouse les contours ou joue le contrepoint : tel est le pari. Gagné, assurément, dans la mesure où ce spectacle, abouti et cohérent, nous remet en mémoire l'extranéité de Meursault, à l'écart du monde, du sentiment convenu, de la sensation univoque, de la valeur avérée et validée par le consensus. Il nous rappelle aussi les figures du conformisme ordinaire, de la frilosité sociale, et de l'acharnement vertueux. La musique puise à de multiples sources, entre jazz contemporain et rock progressif. Et le tout ravive en nous le souvenir d'un émoi de lecture, voire d'un trouble d'identification.

La présence d'un tel spectacle, en première partie d'une soirée de festival de jazz, avant une chanteuse à la voix de nuit profonde, semble des plus naturelles : la musique et le texte cohabitent légitimement dans tous les arts sonores et musicaux. La question qui demeure, pour le spectateur, mais aussi lecteur, que je suis, est celle de l'adaptation comme création. Et j'attends peut-être l'impossible (que n'autoriserait probablement pas les détenteurs des droits de l'œuvre) : un bouleversement, un détournement, une altération profonde, pour l'élaboration d'un autre objet, transgressif, tout uniment musical et littéraire. Je suis sans doute victime de mon caractère exagérément rêveur, qui me fait adhérer à l'horizon d'un autre étranger, celui des Petits poèmes en prose de Baudelaire « J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages ! »

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Susanne Abbuehl « Gift »

Susanne Abbuehl (voix), Matthieu Michel (bugle), Wolfert Brederode (piano, harmonium indien), Øyvind Hegg-Lunde (batterie, percussions)

Nevers, Maison de la Culture, 12 novembre 2015, 22h45

Après l'éblouissement du soleil d'Algérie qui inonde le roman de Camus, la seconde partie de soirée nous offrait un chant crépusculaire (crépuscule du soir ou du matin ? Baudelaire encore, il faut choisir !) ; ou plutôt un chant nocturne, comme l'annonce d'entrée de jeu Susanne Abbuehl au public. Le répertoire est majoritairement celui de l'album « The Gift », paru en 2013 chez ECM. Le chant est de confidence, la tonalité intimiste, et chaque membre du groupe joue ce jeu à un niveau superlatif : les incroyables nuances du batteur (nouveau venu dans le groupe, il n'était pas sur le dernier disque) qui compose, à chaque mesure, un paysage sonore de touches ténues, d'injonctions pertinentes et souterraines, avec une richesse de timbres extraordinaire, et une gestuelle qui ferait à elle seule entendre l'indicible. Le pianiste lui aussi place chaque note à l'exact moment, à l'intensité la plus appropriée. Quant au bugle, il se fond littéralement dans la voix, ou lui fait un écho magnifique quand leurs chants alternent. Susanne Abbuehl place sa voix comme on parle à l'oreille, et les lents mouvements de son corps souple épousent chaque inflexion de la musique. C'est fascinant, d'une beauté presque irréelle. En plus de l'album le plus récent, elle va aussi chercher une ou deux chansons dans les précédents (« April », « Compass »), dont une magnifique reprise de Carla Bley (A.I.R. - All India Radio), et une version de 'Round about midnight qui se coule ensuite dans un chant d'orient. Elle nous offre aussi la primeur de ce qui viendra pour un futur disque, avec d'autres poèmes, et d'autres auteurs. Moment intense, inoubliable : si l'on ne craignait pas le cliché, on hasarderait : magique !

Xavier Prévost

Susanne Abbuehl donnera un concert "Jazz sur le vif" le samedi 21 novembre 2015 à la Maison de la Radio

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 16:33
D'JAZZ NEVERS FESTIVAL : WORKSHOP DE LYON

Workshop de Lyon (Collectif ARFI)

Jean Aussanaire (saxophones alto & soprano), Jean-Paul Autin (saxophones alto & sopranino, clarinette basse), Jean Bolcato (contrebasse), Christian Rollet (batterie & percussions)

Nevers, Auditorium Jean-Jaurès, 12 novembre 2015, 18h30

Pour le chroniqueur, bonheur de retrouver le Workshop, que je n'avais pas eu l'occasion d'écouter en direct depuis quelques années. Le nouveau programme s'intitule « Lettres à des amis lointains ». Il raconte des rencontres et des souvenirs, et parle d'amis encore présents, ou disparus. Chaque musicien a choisi une évocation, pour laquelle il a composé, ou seulement exhumé une musique naguère partagée. La première pensée émane de Jean Aussanaire, et va vers le regretté Maurice Merle, cofondateur du groupe. Puis Jean Bolcato évoque Colette Magny, avec laquelle le groupe a partagé la scène : pour ce faire il propose une mélodie arabo-andalouse que la chanteuse aimait beaucoup. Jean-Paul Autin adresse ensuite une carte postale sonore à des amis de rencontre, dans un cadre de collectage, qui lui ont fait découvrir des trésors de musique traditionnelle. Vient le tour de Christian Rollet, qui part d'une ambiance sonore de l'Arsenal de Brest, où les musiciens de l'Arfi s'étaient produits.

De paysage sonore en réminiscence chaleureuse, c'est tout une humanité qui défile à nos oreilles ravies : l'humain, l'être humain, est depuis toujours au centre de l'utopie des Arfieux. Comme le dit souvent un des mes amis très chers, batteur et chanteur, c'est « de la musique de musicien, entièrement faite à la main ». Et le miracle demeure : passer des contours familiers d'une mélodie populaire à une esthétique hardie, ou une envolée très free, et très libératrice, tel est toujours et encore le mot d'ordre (et parfois de désordre) du Workshop. Chacun trouve sa place de soliste mais l'enjeu est constamment collectif. Qu'ils évoquent un ami berger de Buis-les Baronnies, ou un court-circuit improbable entre les musiques de Myriam Makeba et Ornette Coleman ; un professeur de musique du Niger ou le saxophoniste Steve Lacy ; ou encore tel ami peintre, ou trois femmes remarquables opérant dans trois univers différents : l'humanité profonde est au centre de chaque moment musical, manière de rappeler, s'il était nécessaire, que pour les membres de l'Arfi, et singulièrement pour le Workshop de Lyon, l'esthétique est aussi (d'abord ?) une éthique.

Xavier Prévost

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