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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 12:54

 

Laborie Jazz 2012

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dm)

shai-maestro.jpg

 

En regardant l’autre soir, aun Duc des Lombards Jean-Michel Leygonie ( le patron  et producteur de LABORIE jazz), regarder avec autant de tendresse que de fierté et d’admiration le nouveau pianiste qu’il vient de prendre sur son label, je me disait que ce garçon avait un amour sans borne pour les pianistes et que ces derniers le lui rendaient bien. Au centuple même. Car après Yaron Herman, Murat Ozturk ou encore Perrine Mansuy, voilà qu’il présente aujourd’hui un nouveau venu dans notre paysage, le pianiste israélien Shai Maestro qui signe par la même occasion son premier album.

 

Lorsqu’il m’en a parlé, j’ai d’abord cru qu’avec un nom aussi prédestiné ( « Maestro », voyons Jean-Michel ça ne fait pas très sérieux !) cela devait être un hoak !

J’ai donc voulu voir de quoi en retournait ce prodige annoncé puisque, juré craché, il paraît que j’allais voir ce que j’allais voir et que j’allais être terrassé par la découverte de ce pianiste exceptionnel.

Et force est de constater qu’on ne m’avait alors qu’à moitié menti. Juste à moitié. Car non seulement j’ai effectivement découvert un nouveau talent immense du piano, pas loin de ce prodige proclamé mais, ce que l’on avait oublié de me dire, c’est que j’allais en prime me prendre en pleine poire la puissance exceptionnelle d’un power trio de très haute, très très haute volée. Car ces trois-là prennent en effet la musique à bras le corps, avec une générosité et une passion capable de dégager autant d ‘émotion, de poésie mais aussi de puissance radicale dans l’expression forte du flow de musique, courant torrentiel qui emporte tout.

 

A 25 ans à peine, Shai a déjà du métier. Songez qu’il accompagnait à 19 ans à peine son coreligionnaire et contre bassiste Avishai Cohen dont on le sent d’ailleurs très proche musicalement. Influence assurément très prégnante pour le tout jeune pianiste. Si l’on ajoute le fait que Shai Maestro a apprit le piano en Israël avec  Opher Bayer, le même professeur que Yaron Herman, on a tout de suite bouclé la boucle. Mais pas de quoi prendre des raccourcis qui en feraient un Yaron Herman bis. Car les deux hommes ont leur propre expression et une musicalité totalement différente. La musique de Shai Maestro suit moins les traces de Keith Jarrett. On pourrait plutôt dire qu’elle s’inspire un peu de Brad Meldhau pour le trio jazz moderne, un peu de pop jazzifié ( façon Svensson) et, point commun avec Yaron Herman, de la musique traditionnelle que l’on retrouve parfois. Une forme donc très syncrétique de sa musique. La technique de Shai Maestro impressionne dans sa façon de délier ses improvisations où sa puissance et sa vélocité s’expriment dans une sorte d’élan musical irrépressible. Et en revanche lorsqu’il ralentit le tempo, le pianiste avec  une impressionnante maîtrise du temps, laisse l’espace à la musique et lui donne de la profondeur. Feeling rare !

Mais la force tellurique de cette musique est aussi le fait, on l’a dit, de ce formidable trio (écouter One for AC !!) et cette énergie collective qui se dégage. Ziv Ravitz apporte le talent d’un surdoué de la polyrythmie qui fait se mouvoir la musique de Shai Maestro. Avec Ravitz, la musique danse naturellement et vit en rythmes démultipliés, défragmentés. Ravitz est une déesse aux 100 bras. Quant au péruvien Jorge Roeder beaucoup moins connu, il en impose avec un son ENORME et une présence qui rappelle justement celle d’Avishai Cohen.

 

De quoi en faire pour un premier disque un véritable petit événement sur la planète du jazz. De ce trio, c’est sûr, on va entendre parler longtemps. Gageons qu’il saura convaincre tous les patrons de festivals. Car ce trio-là gorgé de vie et de passion a tout pour transmettre la flamme.

Jean-Marc Gelin

 

 


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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:10

 

Daniel Filipacchi.

Editions Bernard Fixot. Février 2012.


Brother Daniel, Billie, Art, Charlie, Django et les autres

ceci-n-est-pas-une-autobio_FILIPACCHI_Mise-en-page-1.jpg

Pour toute une génération –la mienne, les natifs de l’immédiat après-guerre (la seconde)- son nom équivaut à la découverte du jazz sous toutes ses formes : le sérieux avec Jazz Magazine, le ludique avec Pour ceux qui aiment le jazz, émission radio quotidienne. Un marqueur de ces années 50-60 où le jazz était populaire et faisait danser dans les « surprise-parties ».

Associé dans cette croisade avec son compère Frank Ténot, Daniel Filipacchi passe aujourd’hui en revue sa vie, sans tambour ni trompette, avec humour et franchise dans « Ceci n’est pas une autobiographie ». Un titre en forme de clin d’œil à l’œuvre de Magritte, lui, le collectionneur érudit des peintres surréalistes, qui reflète bien l’esprit de cette « brique » de quelque 400 pages, souvenirs sous forme de chroniques jetées au fil de la plume, ou plutôt de l’ipad par l’ex-magnat de la presse magazine (40 publications, Paris Match, Lui, Salut les Copains, Photo, Woman’s Day, les Cahiers du Cinéma…).   

En feuilletant ce livre curieusement (encore un clin d’œil) qualifié de roman, l’amateur de jazz découvrira comment le jeune Daniel, né en 1928, grande année pour Armstrong et Duke, se prit de passion pour la musique syncopée. Son père, Henri, natif de Smyrne, futur créateur de la collection Livre de Poche, en était fan et recevait moult disques envoyés par son frère Charles émigré à New York. Habitant Saint Germain des Prés, Daniel rencontre Django Reinhardt, se trouve à Pleyel en 48 pour « le » concert de Dizzy Gillespie et retrouve le trompettiste dans une petite boîte du New Jersey avec Charlie Parker. Grand choc et premier entretien pour le jeune photographe avec un « Bird » dont la disparition en 1955 conduira à la naissance de « Pour ceux qui aiment le jazz ». Invité à présenter en catastrophe sur Europe n°1 quelques disques du saxophoniste, Filipacchi se voit dès le lendemain confié une émission de jazz…S’ensuit l’organisation de concerts, la production de disques… et la reconnaissance des jazzmen dont témoignent « Brother Daniel » de l’organiste Lou Bennett ou « Blues March for Europe n°1 » d’Art Blakey, gros succès chez les disquaires.

Au milieu de dizaines de rencontres avec des célébrités du monde des arts et des lettres qui émaillent cet ouvrage –Céline(en exil au Danemark), Cocteau, Georges Pompidou, Marlene Dietrich (qu’il invite à danser), Jean Genet (qui le voit comme un « jeune Citizen Kane ») André Masson…- les jazzmen tiennent une place, modeste mais marquante. On retiendra pour l’émotion une journée parisienne avec une Billie Holiday à la dérive, ou une soirée dans un club new yorkais désert avec un Art Blakey qui s’adresse au producteur : « Daniel Filipacchi vient d’un pays où le mot jazz n’a pas la même signification qu’ici où toutes les excuses sont bonne pour ignorer notre musique.(…) Le jazz est pourtant l’une des seules choses valables que nous autres pauvres américains avons à donner au monde ».

Aujourd’hui encore figurant à l’ours de Jazz Magazine-Jazzman avec le titre de Chairman emeritus, Daniel Filipacchi a bien mérité du jazz. Et dans « Ceci n’est pas une autobiographie » l’éditeur évoque avec cœur ce jazz, l’une des grandes passions de sa vie avec le surréalisme et la bibliophilie.

 Jean-Louis Lemarchand

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 11:23

Hildegard-Lernt-Fliegen_Cinema_w018.jpgSortie en France jeudi 29 mars 2012-03-07 Unit records /Abeille
En concert Mercredi 28 mars au Centre culturel suisse

 


Andreas Schaerer: voice, human beats, compositions; Mathias Wenger: alto& soprano saxophones
Marco Muller: bass; Benedikt Reising : baritone & alto saxophone, bass clarinet
Andreas Tschopp: trombone, tuba& sousaphone; Christoph Steiner: drums, typewriter, glockenspiel

 

On reçoit tout d’abord un étonnant objet pour qui est sensible à l’emballage : Cinema Hildegard, ce sont deux rondelles de disque (1 CD « Live in Moscow » et 1 DVD «Tales Wander» ) dans un coffret boîte,  à la couverture de BD fantastique, un livret de photographies et un poster. Le DVD couvre une tournée européenne dans divers clubs : Dresden, Berlin, Vienne et enfin Moscou, où le concert sera filmé en live avec une guest singer du cru, Marina Sobyanina. On se retrouve  au sein du  public, dans l’intimité de  petites salles, partageant  les conversations de bar en russe, assez impayables. Les Russes que l’on sait mélomanes semblent apprécier le mélange libre des genres. Totalement ébahi, dès le premier titre de l’album,  on assiste au show de ce groupe au nom totalement improbable et invendable en France du moins, Hildegard lernt fliegen. Hildegard, fait référence à  « Helden Jungfrau », la jeune fille vierge et héroïque... Appellation amusante  d’autant que le groupe est composé de jeunes mâles bien velus... C’est enjoué, suffisamment décalé, délirant. Mais comme le remarque fort justement un spectateur russe, ils sont loin d’être fous, même si leur musique paraît dérangée : évidemment, le disque seul ne saurait rendre justice à cette joyeuse équipée, même s’il est suffisamment plaisant pour  nous embarquer dans le voyage. Le spectacle  tient du cabaret berlinois à la Kurt Weil, de la comédie musicale et des collages hyper précis et mesurés à la baguette (de pain !) comme Zappa. On ne peut s’empêcher de penser au génial moustachu en regardant le chef, totalement incontrôlable, qui compose et conduit en vrai directeur de troupe. Il raconte d’ailleurs l’anecdote célèbre du concert de Montreux où le feu prit, sans toutefois préciser que cela allait inspirer le mythique «Smoke on the water» de Deep purple.
Les commentaires sont en français, en allemand (les musiciens sont Bernois), et même baragouinés en quelques mots de russe. Les  chansons,  en anglais ou en dialecte, racontent la Suisse  par monts et vallées  comme dans « Vom fernem Kern des Sache » en schwitzer dutsch, souvent hermétique aux germanistes. La musique survole une vaste géographie, des sommets alpins à l’immensité désertique de la steppe ou de la toundra, avec rythmes balkaniques, Europe de l’est oblige. Les musiciens sont épatants et font le spectacle : du trombone fou, bien délirant qui growle et grogne, s’énerve ou jubile aux autres soufflants parfaitement en place, tout en ne se prenant jamais au sérieux. Ecoutez les grommeler dans  « Rimze  khala rimze ». On ne comprend pas mais  ça ne fait rien. La section rythmique est au diapason, ils dérapent et changent d’axe constamment, d’autant que le public répond à ce feu d’artifice. « Are you in the mood ? »
 Et puis... il y a  le leader, dont on se dit très vite qu’avec Andreas Scherer, Méderic Collignon a trouvé mieux qu’un émule, un alter ego, voire un maître, un véritable funambule capable de sortir tous les sons, boîte à rythme vivante mais aussi crooner digne de Sinatra. Histrion fou, comédien capable de tenir en haleine en racontant des histoires absurdes, un personnage de cartoons, un Screaming Jay Hawkins, qui ne se prend pas au sérieux. Dès «Suite for murderers and drinkers », on ne s’ennuie pas une seconde à ce théâtre baroque, à cette représentation farfelue mais parfaitement réglée. Et une fois encore, on envie les Parisiens qui auront pu  les voir au Centre Culturel Suisse ces jours ci...
Sophie Chambon 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:12

 

Outnote records/ Distribution Harmonia Mundi

www.outhere-music.com/outnote

DANCEFLOOR_Leila_martial_pochetteok.jpg

 

Dans les bacs le 20 Mars 2012 et en concert  le 23 mars au Sunset, rue des Lombards

Il  y a tellement de chanteuses qui sont lancées tous les jours sur le marché  du disque que l’on avoue une certaine réserve. Ça glisse.

 Il en est, par contre, comme Youn Sun Nah, dont on aime immédiatement la voix, le phrasé et tout ce qui sort de son instrument vocal ! Aussi quand certains experts du mundillo jazzistique ont évoqué leur intérêt pour le travail d’une certaine Leila MARTIAL, je n’ai pas hésité à me procurer l’album.

Avec son alter ego, le batteur Eric Pérez qu’elle connaît depuis cinq ans, elle a composé les chansons de l’album, chacun essayant de mettre en valeur le talent singulier de l’autre. Du «sur mesure » donc sauf la reprise de Mal Waldron «Left alone», choix intéressant qui convient à leur esthétique.

Mais revenons au parcours de la jeune chanteuse : née en 84, elle est passée par le collège de Marciac et diverses écoles pour être stimulée, se fixer des objectifs et des comptes à rendre. Elle avoue dans le « portrait éclaté » des notes de pochette qu’elle a comme référent le saxophone, et qu’elle ne s’est pas identifiée aux vocalistes pendant son apprentissage. Ce qui n’est pas gênant en soi pour nous. Elle avoue qu’elle n’ambitionne plus de révolutionner le chant, qu’elle préfère consacrer sa belle énergie sans fragiliser sa voix, au chant pur et à l’émotion. Elle aime la scène, l’improvisation (cela s’entend),  invente un langage imaginaire sans paroles, entre cri et mélopée, favorisant  tout un travail intérieur. Elle s’analyse enfin avec lucidité : j’ai une voix très fluette, en somme sans beaucoup de volume...une tessiture de soprano colorature aiguë, là où je me fantasmais une voix profonde et grave.  Le chant et sa pratique nous révèlent en fait à nous même plus sûrement parfois qu’une analyse. La jeune Leila a réussi son pari d’apparaître comme une musicienne au sein du quartet composé, en plus du batteur qui fait aussi des voix, d’un saxophoniste ténor et soprano Jean Christophe Jacques, d’un contrebassiste Laurent Chavoit.

Dance Floor est le drôle nom de cet album qui,  pour mélodique et rythmé, n’est pas pour autant  praticable sur une piste de danse. Leila n’est pas souvent en avant comme la chanteuse de jazz classique mais s’intègre en arrière plan dans le mélodique « Matin d’automne », le délicat « Petite fêlure », se lance dans le remuant « Dance Floor» bien nommé ou encore le final surprenant « Voyageur... ».

Refusant les classifications, souvent étroites dans le jazz vocal, Leila Martial s’affirme « chanteuse tout terrain ». Boutade ou affirmation guerrière, la chanteuse et son groupe ont fait, si ce n’est notre conquête,  suffisamment impression pour qu’on ait envie de les entendre live et ...de les suivre. Album prometteur.

Sophie Chambon

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:29

 

BLUE NOTE 2012

Robert Glasper: piano, Fender Rhodes, keyboards; Casey Benjamin: vocoder, alto saxophone, flute (1, 2, 4-6, 8-12); Derrick Hodge: bass; Chris Dave: drums; Jahi Sundance: turntables (1, 10); Eykah Badu: vocals (2); Lalah Hathaway (3, 12); Mos Def: vocals (10); Shafiq Husayn: vocals (1); Bilal (4, 11); Stokley Williams: vocals, percussion (9, 12); Chrisette Michele: vocals (7); Musiq Soulchild: vocals, sampling (7); Meshell Ndegeocello: vocals (8); Amber Strother: vocal (6), Anita Bias: vocals (6); Ledisi: vocals (5); Lupe Fiasco: vocal (4).

 ROBERT-GLASPER.jpg

Après nous être fait l’écho du dernier album de la bassiste Esoperanza Spalding, il nous est paru intéressant de nous pencher sur une autre superproduction à l’américaine avec le dernier album de Robert Glasper.

Pourquoi les mettre tous les deux sur le même plan ? Tour d’abord parce que l’un comme l’autre, malgré les 6 ans qui les séparent illustrent bien cette nouvelle scène du jazz outre-atlantique. La bassiste a 28 ans alors que  Robert Glasper en a 36. Et c’est pourtant le pianiste qui semble s’imprégner de références plus modernes associant à son album des chanteurs de Hip hop comme Bilal ( always shine) ou des chanteuses de la trempe de Meschell Ndegeocello ou encore le rappeur Lupe Fiasco. Un foison d’invités. Pareil chez Esperaneza Spalding qui ouvre les portes en grand mais qui se montre plus classique dans ses choix affirmant son attachement à une certaine forme de jazz et allant chercher soit du côté d’un funk revival soit du côté de Wayne Shorter qui, on le sait son terrain de prédilection.

 

Dans un cas Esperanza Spalding retrousse les manches et fait à peu près tout ce que l’on peut faire pour réaliser un disque se mettant volontairement très en devant, soit par son jeu d’instrimentiste soit en tant que chanteuse. Dans l’autre Robert Glasper joue un rôle énomre dans l’album mais se fait beaucoup plus discret et néanmoins très présent à la fois, refusant pour autant de faire un nième disque classé jazzy et dans lequel où on l’entendrait prendre des chorus ( il l’explique dans jazzmag). C’est moins lui que l’on entend ( quoique), que ses invités qui se relaient à tout de rôle.

 

Dans un cas, avec la jeune chanteuse, l’album est groovy et invite à la pulse. C’est un album que l’on sait pouvoir exporter sur scène.

Dans l’autre, il s’agit plus d’un album à climat lounge, assez fascinant par son univers entre-deux, entre chien et loup et qui ne manque pas de charme et de sensualité. Mais de cette forme de smooth jazz on a un peu de mal à imaginer qu’elle puisse passer le cap du live sans provoquer à la longue une pointe de lassitude.

Car autant Esperanza Spalding nous surprend chaque fois au détour de ses compositions, autant après être rentré dans l’album de Glasper, on est saisi par son caractère très linéaire jouant sur une esthétique un peu monotone mais néanmoins totalement captivante. Des moments émergent parfois comme cette façon très R’n B avec laquelle la chanteuse Ledisi ( Gonna be allright) apporte son énergie et l’on est totalement dans ce charme vaporeux de Bilal sur letter to Hermione. Moins conaicus en revanche par ces deux tubes coltraniens , Love Supreme et Afro Blue (qui n’est d’ailleurs pas un thème de Coltrane).

 

Les deux jeunes artistes savent aussi que tout se cache dans les détails et dans l’art de la post production qui devient de plus en plus la partie, sinon la plus importante, du moins majeure dans la production d’un album au même titre que le studio. La leçon de Miles peut être.

Il faut ainsi entendre la version  très surprenante et décalée de Smells like teens spirit tiré de l’album « Nevermind » de Nirvana où, indépendamment du traitement assez spectaculaire du son au vocoder, les rajouts hors studio sont assez stupéfiants.

Jean-Marc  Gelin


 Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

 

Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

RETROUVEZ ICI LA CHRONIQUE DE ESPERANZA SPALDING : « Radio Music Society

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 15:22

 

Fantasy Concord 2012

 esperanza-spalding.jpg

Voilà bien de quoi faire taire une fois pour toute les grincheux qui ne voient dans la jeune bassiste qu’une sorte de poupée jolie, faiseuse de scène, une show woman qui serait bien mignonne mais sans talent. Combien de fois avons-nous entendu cette même et vieille histoire. Esperanza Spalding ne serait donc qu’un pur produit marketing ?

Songez pourtant que tous se pressent autour d’elle, soit pour jouer dans son dernier album (et la liste est longue :  Jack de Johnette, Joe Lovano, Terry Line Carrington, Gretchen Parlato, Lionel Loueke, Lalah Hattaway – la fille de Donny, Jeff Lee Johnson…), soit juste pour venir en studio lui prodiguer des conseils (Wayne Shorter, ¨Prince, rien moins que ceux-là). En seraient-ils réduits à faire le pied de grue devant le phénomène du moment ?

Mais là n’est pas l’essentiel car si l’on ne dit que cela, on ne fait finalement que du name dropping, en oubliant l’essentiel.

Revenons à l’essentiel.  Esperanza Spalding démontre ici avec ce nouvel album qu’elle est à elle seule un concentré de talents. Incroyable instrumentiste bien sûr ( une ligne de basse à tomber par terre comme sur Endangered species ou sur Crowned and kissed ou Let her) , une compositrice au talent fou ( Cinnamon trees, Radio songs, vague suspicions) où elle allie des chansons aux lignes mélodiques simples à une complexité harmonique qui tire tous les enseignements de Shorter. Ajoutez qu’elle est une chanteuse d’une joyeuse candeur, remarquable de fraîcheur et une arrangeuse qui, avec l’aide de Gil Godstein, fait de véritables prodiges en post prod. Mélangez tout ça, mettez-y un groove terrible dans une veine funky avec une pointe de revival 80’s et vous en faites un album au plaisir absolument délectable. Et tout cela sans jamais céder à la moindre facilité commerciale. Car si le plaisir est évident, la musique ne cède en effet jamais à la facilité d’un easy listening. Au contraire la musique d’Esperanza Spalding séduit aussi bien les amoureux du groove que ceux d’une musique exigeante. Rare opportunité, Wayne Shorter l’a même autorisée à mettre des paroles sur Endangered species tiré de l’album Atlantis ( ce qu’il refuse toujours par principe). Mais parfois, elle se limite à l’essentiel comme sur I can help it morceau chanté par Michael Jackson ( dans « The Wall ») et écrit par Stevie Wonder, où la bassiste choisit d’adopter finalement la version récente chantée par Gretchen Parlato avec l’accord (et même les voicing) de la chanteuse. Comment ne pas voir aussi les hommages qu’elle rend parfois à Herbie Hancok dans ces contours mouvants, déconcertante au point que parfois sa musique peut perdre en lisibilité pour les distraits, ceux qui n’ont qu’une oreille un peu zappeuse.

 

C’est groovy en diable, c’est foisonnant de milles richesses. Et dans ce parfum revival, c’est aussi terriblement moderne. Esperanza Spalding ré-enchante le funk !

 

Et voilà bien un album remarquable d’un optimisme décapant. Tous les musiciens qui l’accompagne se donnent à fond avec juste ce qu’il faut de savoir faire. Ensemble ils créent le « son ». A 28 ans la chanteuse de Portland, après avoir signé un album un peu décevant (Chamber Music Society) montre ici une autre facette de son talent, impose ses choix et sa vison du jazz d’aujourd’hui. À découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin photos-2010-2011 0951

 

Attention quand même à ne pas se laisser abuser par ce clip de démo ridicule qui ferait plutôt penser à une pub américaine pour une compagnie d'assurance vie !

Ou comment détruire l'image d'une artiste avec une comm' inepte

 

 


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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:52

tocanne roger 2011aPetit label  031


Le batteur Bruno Tocanne et le multi-instrumentiste Henri Roger créent un duo inédit dans ce Remedios la Belle, au titre mystérieux et peu jazz assurément, qui fait référence aux personnages du roman fleuve Cent ans de Solitude du sud américain Gabriel García Márquez. Ces deux musiciens combattifs et combattants, tendres et joyeux, mais libres avant toute chose, ont imaginé une succession de quatorze petites pièces, pas faciles, pour illustrer sur le Petit label  normand leur nouvelle entreprise. Soixante minutes pour cent ans, la tâche est ardue…
Batteur exemplaire que l’on suit depuis son trio Résistance, Tocanne ne pouvait que se réjouir de faire une autre belle rencontre, de tenter un nouvel échange, sans soufflants cette fois. Un dialogue intime, attentif, jamais conflictuel, un appariement généreux allait s’établir avec Henri Roger, pianiste-guitariste,  improvisateur, jamais en mal d’avant-garde, qui compose sous la fascination du chant et de l’expression libre. La palette des sons et des timbres s’enrichit des combinaisons guitare-batterie, plus aériennes et ciselées que celles du piano et de la batterie, volontiers rugueuses, exacerbées. Sans relâche, l’un accompagne l’autre, et l’autre l’un, le guitariste poursuit l’échange avec une énergie frémissante, sans que la batterie ne le couvre. Au piano, il martèle plus allègrement, s’imposant en égal. Car tous deux, rythmiciens sans pareil, intègrent avec souplesse les imprévus de cette musique qui pourrait être dérangeante, qu’on écoute pourtant d’un trait, sensibles aux frôlements, effleurements, aux brusques éclats de free. Comme des voix irréelles, des rêves non moins étranges se répondent tout au long de l’album, ces pièces-paysages ou plutôt personnages, totalement ouvertes, laissent le temps s’y dilater.
On se laisse porter par la fluidité de ces lignes mélodiques faites de surprises, de couleurs exaltantes, appliquées en fines touches. Cette improvisation qu’ils maîtrisent pour en libérer tout le chant, jaillit sous nos yeux, déployant une fresque bigarrée qui traduit le mouvement et l’amplitude du bouquin culte dont les musiciens s’inspirent. Et pourtant, il n’y a pas de correspondance à rechercher, la musique du duo n’est pas une illustration mais une libre re-création, un voyage onirique dans l’arrrière-pays de la création, une promenade sans facilité qui conduit aux limites du son, du chant et du rêve. Le timing est rempli, la mission accomplie.

Sophie Chambon

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:42

 

ROMANO SCLAVIS TEXIER + RAVA, NGUYEN LE, BOJAN Z

" 3 + 3"

Label Bleu 2012

Louis Sclavis (clb), Henri Texier (cb), Aldo Romano (dm), Enrico Rava (tp), Nguyen Lê (g), Bojan Z (p)

 romano-sclavis-texier.jpg

Ces trois là auront signé en trois albums, parmi les plus belles plages du jazz moderne français. On a tous en tête "Carnets de Route" (1995), "Suite Africaine" (1999) et "African flashback" (2005). Ce trio, Romano-Sclavis-Texier, avec ces trois albums mythiques est ainsi entré dans notre légende. Mais ce trio n'est pas non plus du genre à se laisser enfermer dans sa propre histoire. Il serait même plutôt du genre à la multiplier....par deux.

Et c'est sur ce principe que le trio s'est élargi à trois nouveaux invités choisis séparément par chaque membre du trio : Enrico Rava par Romano, Nguyen Lê par Sclavis et Bojan Z par Texier. A charge aussi pour chacun des impétrants de venir avec une de ses composition.

Et le résultat est absolument formidable. On pourrait les appeler : "multicolor feeling sextet polymorphe". Car il y a chez Romano-Sclavis-Texier, un goût du melting pot, une vraie transversalitè de la musique qui se nourrit à tous les continents. RST c'est transcontinental ! Il y a bien sûr l'ancrage dans l'héritage, dans l'esprit d'Ornette Coleman comme sur Ravage (Enrico Rava) ou Bayou ( Henri Texier), il y a aussi les idiomes venus d'Asie et portés par la guitare de Nguyen Lê sur Idoma. Et ce jazz si "europèen" portè par le son de Sclavis qui donne à la mélodie autant de profondeur que de légèreté. Sclavis ( retrouvez l'interview événement dans Jazzmag de mars 2012) qui parvient à tirer la lumière des climats ténébreux comme dans Moins qu'une ombre. Il faut entendre la formidable puissance de Texier avec une intervention de très haut vol sur Valse à l'âme, morceau de sa composition. Et le drumming si riche en sons de Romano ou les interventions toujours juste de Bojan Z sur Griot Oe.

 Avec cette patte qui est marquée du sceau d'un jazz qui va chercher au-delà des canons du jazz américain, avec cette écriture qui plonge dans sa propre histoire et dans la lignée de sa propre esthétique, ces 3+3 propose dans des formats à géométrie variable, un jazz multicolor où les influences de chacun se mêlent et se confondent avec une sorte de jubilation de jouer ensemble. A la générosité de cette ouverture du trio, les nouveaux venus répondent avec force passion et engagement.

Et le plus frappant c'est l'énergie qui circule, cette puissance du dire, cette urgence de l'expression et surtout cette belle poésie entre chiens et loups qui se dégage parfois de l'album au gré du répertoire propre au trio.

Jean-Marc Gelin

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 00:18

 

Naim Jazz – 2011

Neil Cowley (Pno, key), Rex Horan (Bass), Evan Jenkins (dms) 

 neil-cowley-trio-the-face-of-mount-molehill.jpg

  

Cet album est le quatrième opus du trio du pianiste et génial compositeur anglais Neil Cowley. Faite de sonorités diverses, la Musique de ce power trio est d’un éclectisme sans équivalent, teintée à la fois d’humour noir « so british » et d’onirisme décalé. Outre ses influences premières qui furent Chostakovitch et Debussy entre autres, Neil Cowley se révèle être depuis de nombreuses années comme étant l’un des principaux acteurs de la scène britannique par le biais d’un Jazz résolument moderne, à la fois ancré dans la Pop, le Rock, et d’autres influences aussi diverses qu’actuelles. On pourrait y entrevoir une certaine filiation avec E.S.T ou bien encore The Bad Plus tant la manière est audacieuse. C’est dans un certain sens de la même façon que Neil Cowley eut imaginé son propre trio, composé aujourd’hui du contrebassiste Rex Horan et du batteur Evan Jenkins. Lorsque ces compositions défilent les unes après les autres, on ressent aussi chez ce trio un certain goût pour la Musique écrite, en témoigne la présence presque perpétuelle d’un ensemble de cordes (non cité sur la pochette du disque ?). N’étant jamais au bout de nos surprises à l’écoute du disque d’un tel créateur, il fallait aussi souligner l’utilisation progressive d’éléments samplés, par exemple dans Mini Ha Ha où le thème est construit sur les intonations du rire répétitif d’un enfant. Ce qui rappellera sans doute les expériences passés d’un certain Jason Moran. Cet album nous offre de jolies ballades interprétées comme de majestueux folk songs, de lentes méditations autour de résonnances noyées dans une immensité acoustique. Ces poétiques effluves sonores de l’outre-manche résonnent en nous comme un romantisme incommensurable. Même si cette œuvre est définitivement hors de tous sentiers battus, dommage que l’absence flagrante d’improvisation reflète en quelque sorte un certain manque de prise de risque, malgré un sens aigu du détail sonore. Quoi de plus normal que de vérifier cela en allant assister à un concert du trio de Neil Cowley ! Tristan Loriaut

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:35

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© Pascal Bouclier

 

 


Quand Duke Ellington foula pour la première fois le sol parisien, en 1933, il aurait très bien pu jouer sur la scène du Palace qui venait de se refaire une beauté grâce à un architecte dénommé Rabussier. Ce ne fut pas le cas, mais le « Duc » était bien présent ce 12 mars 2012 pour le concert-ou plutôt le spectacle- donné par le Duke Orchestra de Laurent Mignard.

Tout au l ong des deux bonnes heures de cette soirée, on a pu revivre, sans jamais se lasser, l’histoire d’amour du Duke avec la France. Laurent Mignard avait concocté un spectacle complet qui permettait de retrouver quelques-unes des musiques composées par Ellington lors de ses nombreux voyages dans l’hexagone tandis qu’un écran proposait des extraits d’interviews, de répétitions, de concerts du Duke dans les années 50-60. Les fans du Maître pouvaient découvrir des pièces rares –et même pour certaines inédites- telles que la Goutelas suite, la musique composée (avec le fidèle Billy Strayhorn) pour Turcaret de Lesage (1709) à la demande de Jean Vilar, le patron du TNP, ou encore des compositions pour un film finalement jamais sorti sur Degas.

Cet hommage musical –repris dans « Ellington French Touch », album enregistré lors d’un concert de décembre 2011- s’inscrit parfaitement dans le travail engagé depuis 2003 par Laurent Mignard et de son Duke Orchestra, big band de quinze instrumentistes, pour faire vivre le répertoire du génial et prolifique compositeur et le porter à la connaissance de tous les publics. Objectif atteint ce12 mars au Palace notamment grâce à Aurélie Tropez (alto sax et flute), Nicolas Montier et Fred Couderc (ténor sax), François Biensan (trompette), Bruno Rousselet (basse) et Julie Saury (batterie).

Jean-Louis Lemarchand

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Ellington French Touch , Duke Orchestra de Laurent Mignard (Juste une trace-Columbia-Sony Music) .

 

 

AGENDA
 
12 mars   Duke  Orchestra Théâtre Le  Palace (75) - 20h30
28 avril    Pocket  Quartet Villerville  (14)
2 mai       Duke  Orchestra Bayonne  (64) 
3 mai       Duke  Orchestra Arcachon  (33)
5 mai       Pocket  Quartet Auvers-sur-Oise  (95)
11 mai     Duke  Orchestra Chevilly-Larue  (94)

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Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
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