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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 19:02
BOBBY PREVITE sextet        RHAPSODY
BOBBY PREVITE sextet
RHAPSODY

 
Sortie vinyle Cd le 23 février 2018
 
Compositeur prolifique, le multi-instrumentiste Bobby Previte nous entraîne  avec ce dernier opus de sa trilogie Terminals dans un périple hypnotique  au-dessus des nuages. Rhapsody qui est le titre de cette oeuvre soigneusement agencée, ouvre des passages entre les genres et les instruments qui échangent leurs rôles, s'accouplent et se séparent. En transit vers un ailleurs, non décidé et peut-être improbable. Où la couleur sonore décide des choix de composition. Pas vraiment des ballades alanguies et planantes. Previte impose sa griffe singulière, un univers d'un lyrisme contenu qui réussit à fusionner géographies et époques.  
Cet album, outre le fait qu'il donne à des instrumentistes talentueux l'occasion de s'exprimer largement, est le premier essai de Previte en tant qu'auteur. Qu' il transforme, son texte étant porté par la voix généreuse, toute en modulation, genre "quiet storm" de Jen Shyu pour laquelle il a composé ce projet. Elle est d'autant plus impressionnante qu'elle s'accompagne d'un instrument chinois emblématique, à corde, le er hu dont elle tire sons et effets surprenants. Une autre figure féminine tire l'équipage vers le haut, c'est Zeena Parkins, harpiste, acoustique pour le plus grand plaisir de l'écoute, qui nous fait partir momentanément vers des rivages plus celtes. Previte a également casté John Medeski (du fameux trio Medeski, Martin &Wood), cette fois au piano. Nels Cline (Wilco) joue aussi en acoustique sur une douze cordes et varie les climats avec la slide. D'où un ensemble qui se tient sur la crête, entre jazz, pop et rock,  parfois proche d'un rock progressif délicat. Mais ces impressions sont fugitives car très vite la musique tourne autrement, vire, se tord, rompt le rythme engagé avec les interventions free, rugueuses du saxophone alto de Fabian Rucker. Décidément, le voyage est envoûtant de bout en bout : on aime beaucoup le travail de Bobby Previte, infatigable: il conduit, se replace derrière sa batterie, joue de l'auto harp, du trap drum, de l'harmonica, explorant avec une rigueur patiente les terminaisons de ces instruments pour en extraire des sons insolites que l'acoustique révèle. C'est sans doute le triomphe des cordes sans que l'aspect percussif ne perde de la force de l'engagement de tous les membres du sextet, qui conjuguent élégance et violence, rythmes appuyés et sophistication. Un groupe plus que construit qui tourne à plein régime. A suivre absolument. 

Sophie Chambon
 
 
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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 07:44
@jean-louis Lemarchand

 

« Stéphane aura été l'exemple du musicien qui fait de la musique jusqu'au dernier souffle. » nous confiait en 2000 Didier Lockwood à la sortie d’un album-hommage (chez Dreyfus Music) à celui qu’il considérait comme son maître, Stéphane Grappelli. Un propos admiratif que l’on peut reprendre aujourd’hui pour le violoniste, virtuose généreux et éclectique, disparu le 19 février à Paris à 62 ans, victime d’une crise cardiaque. La veille au soir, il régalait le public du club parisien Le Bal Blomet (75015) dans un duo avec un autre as du violon (Sanya Kroitor) lors d’un programme intitulé « Du klezmer au jazz ».

Infatigable artiste, Didier Lockwood  préparait un nouvel album où le jazz rencontrait la musique classique en compagnie de la chanteuse lyrique Patricia Petibon, son épouse depuis 2015. Fin janvier, il avait présenté au Duc des Lombards son tout dernier disque  « Open Doors » (Okeh-Sony Music) où il renouait avec le jazz dans toute sa splendeur ,  avec un trio formé d’Antoine Farao (piano), Daryl Hall (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie).
Il était comme cela, Didier Lockwood, n’aimant rien que les échappées libres, refusant les classifications, quitte à brusquer et choquer les puristes. Un trait de caractère qui remonte à sa jeunesse. Né à Calais le 12 février 1956 dans une famille de musiciens (un père professeur de conservatoire), il n’a pas 17 ans quand, jeune Premier prix de violon du conservatoire de Calais, il fonde un groupe de jazz-rock avec Francis, son frère aîné pianiste.  Dès lors  le jeune violoniste, interprète brillant,  va témoigner d’un éclectisme rare, naviguant entre le jazz le plus classique, le jazz-fusion (au sein du groupe Magma), le style manouche, la musique symphonique (compositeur d’un concerto, «Les Mouettes», en 1996 avec l’Orchestre National de Lille)  et n’hésitant pas à  « croiser le fer » avec d’autres musiques du monde  comme dans le spectacle Omkara (2001) en compagnie du danseur indien Raghunath Manet et du percussionniste Ri Murugan .  
« Globe Trotter », pour reprendre le titre d’un de ses disques (2003), Didier Lockwood  éprouvait un réel plaisir à improviser : il avait d’ailleurs intitulé l’un de ses spectacles, one man show grand public, « L’improvisible » (2014), où, sans partition aucune, il passait du jazz au classique (un pot-pourri de Mozart) et aux musiques du monde (Brésil, Europe centrale aux accents tziganes…).
Homme de scène, auteur également de musiques de films (Abus de faiblesse de Catherine Breillat en 2012, Victor Young Perez de Jacques Ouaniche  en 2013), Didier Lockwood nourrissait une autre forte passion, l’enseignement.  Il avait  fondé en 2000 un centre de musique, le CIMDL (Centre international des musiques improvisées Didier Lockwood) à Dammarie-les-Lys (Seine et Marne), commune dont il fut adjoint à la culture.  Mais la musique ne devait pas à ses yeux être réservée aux seuls musiciens. Dans un rapport au gouvernement en 2016, il défendait un apprentissage de la musique par plus d’oralité et moins de solfège. «  La connaissance artistique, confiait-il, doit faire partie intégrante des savoirs fondamentaux au même titre que la lecture ou l'écriture. » Ses préconisations seront-elles entendues post mortem ? Toujours est-il que dans son hommage, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a salué l’«immense violoniste de jazz français», qui «s’est investi avec passion dans la promotion de l’éducation artistique et culturelle.».

Virtuose et généreux, sensible (cf son livre Questions d’âme, Ed Blow & Bow.2014), Didier Lockwood n’avait pas son pareil pour séduire le public, tous les publics (plus de 4000 concerts en 45 ans de carrière). Elégant, éclectique, enchanteur, il exprimait avec légèreté cette classe qui est la marque des véritables artistes. Une quarantaine de disques en atteste.
Jean-Louis Lemarchand

 

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 15:57

Fredrik Ljungkvist (saxophone ténor & clarinette), Magnus Broo (trompette), Håvard Wiik (piano), Ingebrigt Håker Flaten (contrebasse), Hans Hulbækmo (batterie)

Vienne (Autriche), 13-14 avril 2016

Odin ODINCD 9564 / Outhere distribution

 

Après une longue fidélité au label Jazzland du pianiste norvégien Bugge Wesseltoft, le groupe suédo-norvégien 'Atomic' atterrit, pour son onzième album, dans le giron du label Odin. C'est aussi le deuxième disque avec le batteur qui, en 2014, a remplacé Paal Nilssen Love, lequel s'est recentré sur ses projets personnels, et notamment sur son 'Large Unit', orchestre scandinave de plus de dix membres. Les « six pièces faciles » d'Atomic cachent bien leur jeu, car on vogue entre les territoires du jazz libre et les aspirations à toujours imaginer la musique de demain. Centre de tonalité flottant, atmosphère sombre, éclats libertaires, fulgurante vitalité, tout se mêle pour emporter l'amateur de musique vivante vers un horizon qui se dévoile sans se livrer prématurément. On retrouve dans ce quintette cet esprit éminemment collectif qui préside à bien des groupes de l'ARFI de Lyon, depuis son origine et jusqu'à aujourd'hui. Un jazz contemporain résolument européen et qui pourtant, dans son langage, ne renie rien des sources afro-américaines.

Xavier Prévost

 

Le label publie également un vinyle en édition limitée, augmenté du double CD d'un concert au Pit-Inn de Tokyo en 2016

 

Un avant-ouïr du CD sur Bandcamp

https://atomicjazz.bandcamp.com/album/six-easy-pieces

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 16:50

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûtes, piri, piano électrique), Tatsuya Nakatani (batterie, percussions), Adam Rudolph (percussions, instruments traditionnels, électronique, piano électrique)

Orange (New jersey), juin 2016

Rare Noise Records RNR 089 /Differ Ant (existe en vinyle)

 

Dave Liebman avait déjà croisé l'un et l'autre de ses partenaires dans d'autres contextes. Les voici rassemblés, pour un trio d'improvisation où les amarres sont larguées, et le cap fixé par les hasards de l'horizon. Un conversation préalable semble avoir précédé l'enregistrement de chacune des treize pièces, et ce sont ensuite les pensées et sensations communes qui tracent le chemin où chacun va trouver sa place, son parcours, et sa puissance de dialogue avec les partenaires, et avec la direction dans laquelle la musique s'est engagée. Tantôt la musique électronique va servir de balise, tantôt le jazz, tantôt les rythmes empruntés à toutes les cultures du monde. Liebman déploie librement son lyrisme, et l'architecture exigeante de ses phrases ; Tatsuya Nakatani joue du set de batterie comme si c'était un instrument traditionnel ; et Adam Rudolph façonne des espaces avec toutes les ressources de son instrumentarium éclectique. C'est très ouvert, libre et varié. Chaque plage installe un univers sonore différent. Il suffit de se laisser embarquer : le voyage en vaut vraiment la peine....

Xavier Prévost

 

Un aperçu sur le site du label

https://www.rarenoiserecords.com/liebman-rudolph-nakatani

 

Dave Liebman donnera un concert, en duo avec Andy Emler au grand orgue de l'Auditorium de la Maison de la Radio, le mercredi 21 février 2018. Andy Emler a composé pour l'occasion une pièce, commande de Radio France, qui sera enregistrée pour le label Signature

http://www.maisondelaradio.fr/evenement/recital/recital-dorgue-andy-emler


 

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 09:27

Théo Ceccaldi (violon, claviers, voix), Benjamin Dousteyssier (saxophones alto et bayton), Quentin Biardeau (saxophone ténor, claviers), Giani Caseritto (guitare), Valentin Ceccaldi (violoncelle, horizoncelle), Étienne Ziemniak (batterie) + Dom Farkas (voix) sur un titre

Villetaneuse, 6-9 février 2017

Tricollectif TRICO 15 / l'autre distribution

 

On peut aborder cette musique en énumérant des références comme le fait le dossier de presse (Zappa, Zorn, Mingus, Patti Smith, Carla Bley, Brigitte Fontaine....) et en y ajoutant d'autres sources putatives comme le font certaines chroniques parues dans la presse (Albert Marcoeur, Odeurs, l'Art Ensemble de Chicago....). Mais ces jetages de noms disent assez peu ce qu'est cette musique, dans son for le plus intérieur (et dans ses extérieurs aussi !) : une expression virtuose de la liberté, liberté de créer la musique, de penser le monde jusque dans ses contradictions, en les embrassant tout en leur infligeant un traitement critique des plus décapants. Il y a beaucoup de musique(s) dans ce disque, et autant de surprises. Sur le plan du son, la production balaie tout le spectre du possible, tel qu'il apparaît des rives lointaines de la pop jusqu'aux radicalismes punk, technologique ou futuriste. Les improvisations traversent les styles, enchâssées dans des séquences plus que contrastées, et qui sont précisément un défi permanent à toute idée de style. La composition se promène d'un art naïf jusqu'aux extrêmes de la sophistication. Classificateurs, taxinomistes et autres censeurs à casquettes, passez votre chemin : ce disque n'est pas pour vous. Curieux forcenés, inconscients déjantés et autres militants d'une future révolution anthropologique, précipitez-vous !

Xavier Prévost


 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Ukq9FAcJ9gc

 

FREAKS est en concert le 23 février à Nantes au Pannonica, puis en mars le 2 à Toulouse (Le Rex), le 7 à Paris (La Maroquinerie), le 9 à Lyon (Le Périscope) & le 24 à Orléans (L'Astrolabe)


 

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 19:16

Malik Mezzadri, Fanny Ménégoz (flûtes, voix), Maciek Lasserre (saxophone soprano), Pascal Mabit & Denis Guivarc'h (saxophones altos), Olivier Laisney (trompette, voix), Johan Blanc (trombone), Maïlys Maronne (mélodica), Alexandre Herer (piano électrique), Daniel Moreau (synthétiseur), Jonathan Joubert & Kevin Lam (guitares), Nicolas Bauer (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)

Villetaneuse, avril 2017

Onze Heures Onze ONZ 028 / Absilone

 

Une fois encore, Magic Malik étonne (et enchante) par l'originalité féconde de son univers. Avec ce groupe issu de sa rencontre, à la Fondation Royaumont dans le cadre d'une résidence, avec Olivier Laisney et Pascal Mabit, le flûtiste-compositeur-improvisateur développe un travail qui, selon ses propres termes «est un rassemblement de musiciens autour d'une expression musicale à forte identité formelle et pédagogique». Il propose à ses partenaires une charte, laquelle sert de cadre à un travail qui associe composition et improvisation. Sur des pulsations rythmiques dont la combinaison engendre un support d'une riche complexité, arrangements établis et improvisation dessinent un développement d'une liberté saisissante. Les compositions sont signées par plusieurs membres de la Fanfare, dans le respect de la charte. La musique chemine par mouvements successifs ou simultanés, empreints d'un grand naturel, comme le serait une respiration. La sensualité sonore et le plaisir du jeu exsudent dans un cadre qui aurait pu être corsetant s'il avait basculé dans la rigidité formaliste. Et c'est la grande force de Magic Malik, dans tous ses travaux au fil des années, d'avoir toujours concilié l'exigence formelle et le caractère profondément vivant des musiques qu'il pratique. Et loin de se tailler la part du lion comme soliste, il laisse à ses partenaires un véritable espace d'expression, qui confirme le côté éminemment collectif de ce beau projet. À écouter avec l'intensité qui convient, pour en savourer, écoute après écoute, la richesse.

Xavier Prévost

 

Concert de sortie du disque le jeudi 15 février à Paris, au Studio de l'Ermitage. Un autre concert est prévu le 26 mai aux Cuizines de Chelles (Seine-et-Marne).

 

Pour un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=LvMWkWZzkWo

https://www.youtube.com/watch?v=YL0XF9e15L0

https://www.youtube.com/watch?v=5v2dfe-hwQI

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 17:21

Steve Argüelles (batterie), Benoît Delbecq (piano), Christophe 'Disco' Minck (guitare basse, synthétiseur, n'goni, harpe) , invité sur une plage : Antoni-Tri Hoang (saxophone)

Paris, juin 2015

dStream 104 / l'autre distribution


 

Le retour phonographique des 'Recyclers', entité à forme et effectif variables qui s'épanouit à la marge des musiques inclassables depuis plus de 25 ans, autour du batteur Steve Argüelles et du pianiste Benoît Delbecq, cette fois associés à Christophe Minck, lequel a souvent croisé la route du jazz, au sens large et décalé, depuis la 'Trash Corporation' (avec Julien Lourau, Bojan Z, Noël Akchoté....) voici près de 30 ans jusqu'au groupe de Hugh Coltman ces dernières années. C'est un disque en trio, que l'on pourrait croire fidèle aux règles canoniques du jazz : piano, basse, batterie. C'est évidemment plus que cela, même si les premières plages, avec leurs intervalles distendus, leurs harmonies plus que tendues, rappellent au vieil amateur que je suis les trios de Paul Bley au tout début des années 60. La pulsation se révèle rapidement différente, faussement binaire, car des mondes rythmiques souterrains s'y déploient, entraînant la propos musical ailleurs ; d'ailleurs cet ailleurs est le Maître-mot, qui pourrait tenter de résumer (mais je doute que cela soit possible) le parcours musical/esthétique d'un tel projet. Et l'on revient pourtant parfois à l'entour de Paul Bley, mais aussi de Ligeti, et d'autres horizons qui s'estompent à mesure que l'on tente de les identifier.... C'est encore plus flagrant quand surgit, au fil de la dernière plage, et comme enfoui dans le mixage tel un passager clandestin, le saxophone d'Antonin-Tri Hoang. Le disque est intitulé ''Davout'' car il a été conçu dans ce mythique studio (aujourd'hui fermé après cinq décennies d'activité), et il revendique à sa manière les fantômes des musiques qui se sont croisées dans ce lieu (Stockhausen, Gainsbourg, Jarrett, Miles, Dexter, Shepp, Nico, Abbey Lincoln, The Talking Heads.... liste évidemment loin d'être exhaustive). Le disque, produit par le Bureau de Son (Steve Argüelles, Nicolas Becker, Benoît Delbecq) sous son label dStream, est à l'exacte mesure du cadre qui l'a vu naître : une aventure sonore, à vivre, à explorer, à partager, en reléguant pour un instant étiquettes, références et autres balises.

Xavier Prévost


 

Le CD paraîtra le 4 mars, mais un concert de sortie est prévu le mercredi 14 février à 21h, à Paris, au Studio de l'Ermitage 

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=c68UqXovMho

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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 14:38

SOPHIE ALOUR  : « A time for love »
Music from the source  2018 - L’autre distribution
Sophie Alour (ts, ss), Sandro Zerafa (g), Sylvain Romano (cb), André Ceccarelli (dms) +
Stéphane Belmondo (fchn), Glenn Ferris (tb),Rhoda Scott (orhue), David El Malek (ts), Alain Jean-Marie (p), Laurent Coq (p), + quintet à vent , Arrgts pour le quintet François Théberge, Direc. artistique (David El Malek)

 

Voilà l'album que l'on attendait de Sophie Alour ! Parce qu'il s'agit de jouer, de dire, de vivre une histoire d’amour, qui d’autre qu’elle ? Il y est question d'amour du jazz et de ces magnifiques standards, d’amour fou pour ces superbes mélodies aussi intemporelles que l’amour lui-même, et enfin dire son amour pour cette histoire du jazz marquée par l’empreinte des grands saxophonistes doux qui lorsque des notes sortaient de leur hanches disaient là aussi des mots d’amour. Dans cette lignée Lester Young, Coleman Hawkins, Ben Webster, Guy Laffitte mais aussi sur un autre registre, sur un autre ton Art Pepper, Warne Marshe ou Lee Konitz.
Parce que c’est sur ces terres fertiles que Sophie Alour a grandi.
Porgy and Bess, Skylark, Everytime we sau goodbye, Star fell on Alabama sont des hommages, beaux à tirer des larmes. Beaux comme le frôlement d’un souffle amoureux, indicible et sensuel.
Tout respire l’amour ici. La finesse des arrangements dont François Théberge signe les moments où Sophie Alour joue avec un quitte à vent, est une sorte de modèle. Tout ici est calme et volupté. La saxophoniste n’est pas vraiment le genre à rentrer de dedans à l’arrache ou à se lancer dans de longs solos fumeux. Tout est ici affaire de souffle et de son. Avec grâce et avec ce son de ténor ou de soprano qui est comme un tapis de velours. Un tapis volant.
Sophie Alour est bien entourée, par des musiciens qui font depuis longtemps partie de sa propre histoire.
Puisqu’il y est question d’amour il était normal que le saxophoniste David El Malek soit à la direction artistique. Et ce n’est pas de mots vains que de dire qu’ils sont parvenus ensemble à signer un moment extatique et de de réunion des âmes. C’est ça le contre-chant. Une réunion des âmes.
Sophie Alour est une passeuse d’amour. Et sa déclaration est une des plus belles qui soit.
Une grande saxophoniste !
Jean-Marc Gelin

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 20:34

 

 

Le jazz n’a jamais quitté Melody Gardot. La chanteuse du New Jersey l’a rappelé à ses fans (et aux autres) en participant à un disque-hommage à Charlie Parker l’an passé. Son tout dernier album, une sélection de ses concerts donnés en Europe de 2012 à 2016 (dont Paris en 2012 et 2015) confirme sa présence sur scène et sa capacité à improviser sur des standards (Over the Rainbow) et sur ses propres compositions (Baby I’m a Fool, proposé en deux versions, ou encore March for Mingus, morceau de 11 minutes avec force intervention instrumentale et des accents de saxophone « à la Roland Kirk »). Passionnée par la France, où elle réside régulièrement, Melody Gardot s’est confiée aux DNJ dans la langue de Victor Hugo.

Les DNJ : -Comment vous est venue l’idée de sortir un album reprenant le meilleur de vos concerts en Europe ?
 

Melody Gardot : Chaque concert est tellement différent. Les artistes qui font exactement la même chose sur scène, c’est ennuyeux. C’est comme quelqu’un qui répète les mêmes blagues (rires). Je suis très sensible à l’esprit de chacune des scènes, à la possibilité de faire quelque chose de différent à chaque fois, d’improviser, de totalement abandonner la chanson et de faire une jam, comme dans ce morceau dédié à Mingus (ndlr March for Mingus, qui figurait déjà dans son album de 2015, Currency of a Man).

Les DNJ : Que vous apporte le public ?
 

MG : Je suis née (sic) grâce au public. C’est lui qui m’a permis de relever tous les défis. Quand j’ai commencé à chanter, il y a dix ans, après un terrible accident de la route, j’étais en chaise roulante. Maintenant je peux prendre le micro sans aucune aide, sans devoir recourir à une canne .

Les DNJ : Avoir des origines européennes et même françaises, cela influence votre façon de chanter ?
 

MG : Il y a des choses qui sont dans le sang. Moi je suis white. J’ai écouté Chopin, Debussy. Mais j’ai aussi le côté américain, je peux oser.

Les DNJ : Après dix ans de carrière, vous n’avez pas envie de faire une pause ?
 

MG : Ces derniers temps j’ai pris le temps de voyager, mais aussi d’aller au spectacle, notamment de danse, comme la compagnie de Pina Bausch, assister à des concerts de musique classique. J’aime la musique classique parce qu’il n’y a pas de paroles et que tu peux imaginer ce que tu veux.
P

ropos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Melody Gardot , Live in Europe. 2 cd. Decca-Universal. Février 2018.
En concert à l’Olympia, Paris, les 1er et 2 juillet.

 

 

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 09:13

Remi Masanuga (piano), David Patrois (vibraphone, marimba)

Paris, 1-3 décembre 2016

Arts et Spectacles ASCD 161204 / Socadisc


 

Il faut une bonne dose d'audace, et de talent, pour affronter de manière diagonale l'illustrissime partition de Bach, et ses 30 variations sur une aria composée, dit-on, par le tout jeune Johann Gottlieb Goldberg, élève du grand Jean-Sébastien, puis de ses fils. Le pianiste Dan Tepfer s'y était risqué («Goldberg Variations, Variations», Sunnyside), et brillamment, en faisant alterner chaque variation jouée à la lettre avec une improvisation qu'elle suscitait. Le parti pris de la pianiste Remi Masanuga est différent : pianiste classique, et qui avait enregistré ces Variations Goldberg voici quelques années, elle a désiré en 2012 rencontrer un musicien de jazz qui lui donnerait sur cette matière musicale une réplique improvisée. David Patrois a fait plus qu'improviser : il a conçu quelques arrangements qui entraînent certaines de ces variations vers d'autres univers musicaux, ici un boléro, là une rencontre fantasmée entre Bach et Steve Reich, ailleurs un tropisme africain, où le marimba sonne comme un balafon en liberté, tandis que le piano, imperturbable, trace sa route au plus près de la partition originelle, ou de l'arrangement élaboré pour l'occasion. Sans parler d'autres facéties qui bouleversent le rythme, révisent l'harmonie ou entraînent le vibraphone, seul, vers le hors piste. L'instant d'après la pianiste, seule, va donner une séquence telle qu'elle fut écrite. On trouve aussi plusieurs variations originales sur l'aria originelle. Tout se joue entre rigueur et fantaisie, mais manifestement dans un amour exclusif pour cette musique. Pas un disque de jazz au sens strict bien sûr, mais un disque empreint des libertés du jazz : un disque qui mérite vraiment le détour.

Xavier Prévost

Le duo jouera au Triton (Les Lilas, Seine-Saint-Denis) le 9 février à 20h


 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=qJEoY3km8KE

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