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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 23:00

 

Académie du Jazz : les chanteuses et Monk trustent le palmarès

 

@jmgelin


 

Académie du Jazz : les chanteuses et Monk trustent le palmarès
Signe des temps, les chanteuses ont trusté les prix au palmarès 2017 de l’Académie du Jazz dévoilé le 21 janvier : la récompense la plus prisée, le prix  Django Reinhardt (avec le soutien de la Fondation BNP Paribas) est allé à Cécile McLorin Salvant déjà lauréate du Prix du jazz vocal en 2015. La vocaliste franco-américaine devient ainsi la première chanteuse à inscrire son nom au palmarès du Prix du musicien français de l’année depuis sa création en 1954. En tournée actuellement en France pour présenter son dernier album «  Dreams and Daggers » (Mack Avenue), Cécile McLorin Salvant s’est produite à guichets fermés à la Seine Musicale le 15 janvier dernier.
En attribuant le prix du jazz vocal à Karin Krog, l’Académie du Jazz, présidée par François Lacharme, salue une carrière exemplaire qui est résumée dans un coffret de six albums (The Many Faces of Karin Krog. Recordings 1967-2017. Odin) sorti à l’occasion des 80 printemps de la chanteuse norvégienne.
Le vieux continent est aussi récompensé par la voie d’une voix particulière, celle de Susanne Abbuehl, qui obtient le Prix du Musicien européen, au terme d’une compétition qui l’a vue devancer deux autres artistes suisses, Samuel Blaser et Andreas Schaerer. Une des voix du label ECM, Susanne Abbuehl a participé en 2017 à un album Princess (du label français Vision Fugitive) avec le pianiste Stephan Oliva et le batteur Oyvind Hegg-Lunde.
Le tableau vocal féminin du palmarès est complété par « la reine du blues de Detroit », Thornetta Davis, récompensée par le prix du Blues. En activité depuis trois décennies, ayant assuré les premières parties notamment de Ray Charles, Thornetta Davis vient de sortir Honest Woman. (Sweet Mama Music).
L’autre fait marquant de ce palmarès de l’Académie du Jazz, c’est l’hommage à Thelonious Monk, dont on célébrait l’an passé le centième anniversaire de la naissance. Le pianiste Laurent de Wilde, auteur d’une biographie de référence de Monk (Folio), a décroché le prix du disque français avec New Monk Trio (Gazebo) tandis que l’inédite bande-son du film Les Liaisons Dangereuses 1960, publiée par Sam Records et Saga, enregistrée par TM à New-York (avec entre autres musiciens Barney Wilen) obtenait le prix de la Meilleure Réédition ou Inédit (récompense partagée avec un album de Lucky Thompson. Complete Parisian Small Group Session. 1956-59. Fresh Sound).
L’Académie a joué également la carte de la nostalgie en attribuant, à l’unanimité des membres de la commission spécialisée, le prix du Livre à André Hodeir, le jazz et son double, biographie exhaustive (740 pages) de Pierre Fargeton (éditions Symétrie). Premier président de l’Académie du Jazz, André Hodeir (1921-2011), rédacteur en chef de Jazz Hot (1947-51), restera comme un compositeur hors du commun (Essais. Swing. 1955 avec le Jazz Groupe de Paris).
Jean-Louis Lemarchand

 

Le Palmarès


Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) :
CÉCILE McLORIN SALVANT

Finalistes : Vincent Bourgeyx, Théo Ceccaldi

 

 

 

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :
CHRISTIAN McBRIDE BIG BAND « Bringin’It » (Mack Avenue / Pias)

Finalistes : Martial Solal & Dave Liebman « Masters in Bordeaux » (Sunnyside / Socadisc), Vijay Iyer Sextet « Far From Over » (ECM / Universal)

@jmgelin

 

 

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :
LAURENT DE WILDE  « New Monk Trio » (Gazebo / L’Autre Distribution)

Finalistes : André Villéger / Philippe Milanta / Thomas Bramerie « Strictly Strayhorn » (Camille Productions / Socadisc), Hervé Sellin Quartet « Always Too Soon » (Cristal / Sony Music)

 

 

Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :
SUSANNE ABBUEHL

Finalistes : Samuel Blaser, Andreas Schaerer

@jmgelin

 

 


 

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :
THELONIOUS MONK : « Les liaisons dangereuses 1960 » (Sam Records - Saga / Pias) & LUCKY THOMPSON « Complete Parisian Small Group Sessions 1956-1959 » (Fresh Sound / Socadisc)

Finaliste : Woody Shaw & Louis Hayes « The Tour Volume Two » (HighNote)

 

Prix du Jazz Classique :
MICHEL PASTRE 5tet Featuring DANY DORIZ & KEN PEPLOWSKI « Tribute to Lionel Hampton » (Autoproduction)

Finalistes : Pierre Christophe 4tet « Tribute to Erroll Garner » (Camille Productions / Socadisc), Bill Charlap Trio « Uptown, Downtown » (Impulse ! / Universal)

 

Prix du Jazz Vocal :
KARIN KROG « The Many Faces of Karin Krog, Recordings 1967-2017 » (Odin / Outhere)

Finalistes : Mélanie De Biasio « Lilies » (Le Label / Pias), Lizz Wright « Grace » (Concord / Universal)

 

@jmgelin

 

 

 

 

Prix Soul :
THE COMO MAMAS « Move Upstairs » (Daptone / Differ-Ant)

Finalistes : Don Bryant « Don’t Give Up On Love » (Fat Possum / Differ-Ant), Daniel Caesar « Freudian » (Golden Child)

 

Prix Blues :
THORNETTA DAVIS « Honest Woman » (Sweet Mama Music)

Finalistes : John Blues Boyd « The Real Deal » (Little Village Foundation), Monster Mike Welch & Mike Ledbetter « Right Place, Right Time » (Delta Groove)
 

@jmgelin

 

 

Prix du Livre de Jazz :
PIERRE FARGETON « André Hodeir, le jazz et son double » (Éditions Symétrie)

Finalistes : Ray Celestin « Mascarade » (Le Cherche Midi), Jacques Ponzio « Abécédaire Thelonious Monk / ABC-Book » (Lenka Lente)

@jmgelin

 

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 11:41
Jean Michel Bernard plays Lalo Schiffrin
Jean Michel Bernard plays Lalo Schiffrin
Cristal Records / Sony Records Entertainment
sortie 19 janvier 2018
www.cristalrecords.com
 
 
Cristal records réunit deux passions, le jazz et le cinéma via la musique de films. Le nom de Stéphane Lerouge, l'auteur de notes de pochette très substantielles, comme on les aime, n'est pas inconnu de ceux qui s'intéressent aux bandes originales et aux compositeurs au cinéma. Il faudrait aussi rendre hommage à l'infatigable Thierry Jousse qui ne perd jamais une occasion de parler de cinéma à la radio, sur France Musiques, dans Ciné tempo actuellement, le samedi à 13h.  C'est dans une autre émission disparue aujourd'hui, sur cette même chaîne, Cinéma Song que j'ai entendu la musique de Jean Michel Bernard pour la première fois. Ce talentueux pianiste/compositeur/orchestrateur  est reconnu par ses pairs,  de Ray Charles avec lequel il a tourné en quintet de 2000 à 2003 et évidemment  de Lalo Schifrin qui le considère comme un "soul brother", ce qui n'est pas rien. En France, c'est avec les films de Michel Gondry qu'il a commencé à se faire entendre ( La Science des Rêves et le formidable Soyez sympas, rembobinez, dont le générique trotte encore dans ma tête).
Vous saurez tout en allant sur le site de ce musicien pour musiciens, quasiment inconnu du grand public.
 
Pour l'heure, ce CD porte essentiellement sur un projet visant à reprendre en les réinterprétant les thèmes fameux de Lalo Schifrin, son idole et modèle. Il arrange les orchestrations des musiques de film composées par le pianiste argentin, l'un des plus importants compositeurs d'Hollywood, élève de Messiaen. On entend donc les thèmes de Bullitt, L'inspecteur Harry, Luke la Main froide, les Félins, Le Kid de Cincinnati, car Schifrin a entretenu des liens étroits avec Don Siegel, Clint Eastwood, John Boorman, Norman Jewison, Sam Peckinpah... Puisque les séries tendent à supplanter les films dans le coeur du public, rappelons-nous des génériques de séries-culte des années soixante et soixante dix : le survitaminé Mannix avec son roulement de tambours et timbales dès l'ouverture sur split screen.http://www.bing.com/videos/search?q=jean+michel+bernard+youtube+mannix&view=detail&mid=2F6B23DEEA2013517B072F6B23DEEA2013517B07&FORM=VIRE
 JM BERNARD reprendra en clôture ce thème si énergique, au piano seul, dans une relecture intimiste, ballade à quatre temps. Mission Impossible est incontournable. Avec Mannix, voilà bien "deux Everest d'efficacité et de sophistication mêlées". 
Egalement musicien de jazz, Lalo Schifrin a été l'un des accompagnateurs privilégiés du grand Dizzy Gillespie pour lequel il a composé la suite "Gillespiana" en 1961. On retrouvera avec plaisir les thèmes "Manteca" et "Chano" en hommage au percussionniste cubain des années quarante, à l'énergie atomique, Chano Pozo, pour veiller au respect de la note afro-cubaine. Quand Schifrin parle de JM Bernard comme de son "double", c'est que, chez ses musiciens, n'existe aucune ségrégation entre les styles de musiques mais un éclectisme savant, une interpénétration ludique et jouissive.  Des surprises aussi comme cette version vocale de The Fox, "the Night", chantée par l'épouse de JM Bernard, Kimiko. Pour réaliser ce CD, Jean Michel Bernard a fait appel à une belle et fine équipe, des musiciens classiques, d'orchestre (dont un corniste), des jazzmen formant "un combo abrasif" avec Pierre Boussaguet et François Laizeau en section rythmique. De nombreux invités dont Lalo Schiffrin lui même sur 3 titres, Kyle Eastwood sur "The Dirty Harry Suite" évidemment, le violoniste Laurent Korcia sur un tango épicé... la crème de la crème...
Point besoin de faire de longs discours, mettez ce disque dans votre lecteur et vous embarquez pour une heure de musiques et d'images qui ont bercé notre imaginaire. Une musique lumineuse ancrée dans l'harmonie jazz et dans les rythmes latins, ainsi que la tradition classique. Une vision de la musique joyeuse et réfléchie. Tout ce qu'on aime...
 
Sophie Chambon   
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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 10:15
Laurent CUGNY HUGUES PANASSIE L'oeuvre panassiéenne et sa réception
 
 

Laurent CUGNY
HUGUES PANASSIE L'oeuvre panassiéenne et sa réception
Editions Outre mesure, 2017.
Collection Jazz en France
166p. 17euros.
 
 
Si la France occupe une place particulière dans l'histoire du jazz, un jour ou l'autre le cas Panassié devait être abordé. Laurent Cugny était tout indiqué pour traiter de ce sujet passionnant : musicien, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre, musicologue, il s'est attelé à l'écriture d'une histoire générale du jazz en France dont le premier tome est paru en 2014.http://lesdnj.over-blog.com/laurent-cugny-une-histoire-du-jazz-en-france-du-milieu-du-xixe-siecle-a-1929

La personnalité de Panassié, l'impact de son discours jusqu'à aujourdhui, exigeait une exploration plus approfondie et il fut donc décidé de lui consacrer un volume séparé. L'objectif de cette publication sérieuse et quasi-définitive aux éditions Outre mesure de Claude Fabre, est de revenir d'une façon scientifique, sur les textes fondateurs de sa doctrine, de les analyser et de comprendre la réception d'une oeuvre écrite immense.
Hugues Panassié (1912-1974), le pape de Montauban, est reconnu comme le premier critique de jazz dans notre pays, le gardien farouche et intégriste d'un jazz "authentique", organisateur de concerts et producteur de disques, souvent condamné pour ses positions idéologiques, au-delà même de la musique pendant la deuxième guerre mondiale. Ce personnage hors norme, sans conteste réactionnaire, antipathique, a entretenu lui même le conflit avec Charles Delaunay, avec lequel il créa pourtant JAZZ HOT en 1935. On connaît le schisme, la guerre des Anciens contre les Modernes, "entre raisins verts et figues moisies".
 En 2018, on peut se demander, avec l'auteur lui même, si travailler sur un tel personnage est encore utile: ses jugements outrés et définitifs, son idéologie douteuse n'ont-ils pas contribué à régler son cas ? Or existe tout de même la passion absolue, dévorante pour une musique qu'il allait contribuer à faire connaître. On connaît au fond peu de choses sur Panassié et le mérite de cet ouvrage est de raviver certaines couleurs, de donner à voir et donc comprendre que le contexte historique, ses affiliations politiques, son attitude pendant l'Occupation n'expliquent pas tout. D'autres facteurs plus personnels, psychologiques éclairent une personnalité des plus singulières.
Panassié commence à publier sur le jazz en 1930 et devient vite la référence française en ce domaine. Laurent Cugny travaille sur l'analyse de trois textes fondateurs: l'article "Le jazz hot" de 1930, le livre Le jazz Hot paru en 1934, et La véritable musique de jazz, paru en 1942 aux Etats Unis et en France en 1946 et 1952. Dès son premier texte, "Le Jazz Hot" en 1930, il raconte, explique volontiers avec une réelle pédagogie mais expose aussi en moraliste des idées qu'il déclinera tout au long de sa vie. Il s'acharnera à vouloir convaincre le monde qu'un goût particulier, le sien, ne peut être qu'universel! Et évidemment suivre tous ceux qui peuvent justifier les fondements de sa "doctrine".
Laurent Cugny essaie de rétablir certaines "vérités" qui permettent de mieux comprendre, et peut être de ne pas condamner sans appel celui qui fut le défenseur de vrais talents blancs ou noirs, sans aucun racisme, Louis Armstrong, Coleman Hawkins, Earl Hines, Bix Beiderbecke, Jack Teagarden, Peewee Russell, Bud Freeman, les frères Dorsey...
Panassié établit des listes de musiciens qui swinguent ( critère absolu pour lui), qui savent interpréter plus qu'exécuter...."dépouillement, sincérité, émotion", telles sont les valeurs fortes de son credo, qui qualifie le "hot". Ceux qui aiment le jazz, tel qu'il s'est joué avant 1930 et jusqu'en 1944, rien de condamnable évidemment, accèdent selon lui à la vérité du "vrai jazz"! Si on pouvait s'arrêter là, il serait alors considéré comme un "bon" historien du jazz, car sa vision du jazz de cette période est juste .
 
Ce travail soigné de musicologue, certes, mais aussi d'historien, se lit avec intérêt comme une enquête, et permet grâce aux nombreuses citations de (re)découvrir un pan de l'histoire du jazz tout à fait passionnant. Ajoutons à cela un livre parfait dans sa mise en page, avec des annexes soignées et précises et une bibliographie, la plus exhaustive possible. Une des qualités spécifiques de cette formidable maison d'édition.
Vous saurez tout sur ce personnage devenu mythique dans l'histoire du jazz après avoir lu ce livre.

Sophie Chambon
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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 20:13

Disparition de l’auteur Richard Havers (Sinatra, Verve, Blue Note...)

 


Spécialiste de la musique Pop et du Jazz, Richard Havers est décédé le 4 janvier. Le britannique avait retracé l’histoire de deux labels prestigieux, Blue Note “Uncompromising Expression » (Thames & Hudson 2014, publié la même année en France (1)sous le titre Blue Note, le meilleur du jazz depuis 1939” Textuel. Traduction de Christian Gauffre ) et Verve “The sound of America (Thames & Hudson). Il laisse également une biographie de Frank Sinatra (DK.2007) et plusieurs ouvrages consacrés aux Rolling Stones (Rolling with the Stones, Bill Wyman’ Blues Odyssey et en 2017 Rolling Stones on Air with the Sixties). Consultant auprès d’Universal et rédacteur en chef du site www.udiscoveredmusic.com, on doit également à Richard Havers des sélections discographiques de Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Nat King Cole.
Jean-Louis Lemarchand
Rendant compte de la sortie de cette « brique » (416 pages, 450 photos et fac-similés, 59 euros), les DNJ écrivaient : « Voilà un livre qui vaut son pesant de savoirs et d’émotions et justifie amplement de casser sa tirelire. C’est un pavé et pas seulement de bonnes intentions. »

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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 10:55

Enrico Pieranunzi (piano), Mads Vinding (contrebasse), Alex Riel (batterie)

Copenhague, Jazzhouse, 11 novembre 1997

Stunt STUCD 17072 / Una Volta Music


 

Sous titré «Mads Vinding Trio Live in Copenhagen 1997», c'est un enregistrement de concert contemporain du disque publié par le même label sous le nom de Mads Vinding et intitulé «The Kingdom (Where Nobody Dies)», disque qui avait connu une belle reconnaissance. Ce trio est en effet exceptionnel, qui associe le pianiste italien à deux figures danoises de la scène européenne : Mads Vinding, l'un des contrebassistes favoris de Martial Solal, et de bien d'autres ; et Alex Riel, qui a joué avec plusieurs générations de jazzmen américains, de Don Byas et Ben Webster à John Scofield en passant par Bill Evans, Kenny Drew, Dexter Gordon, Jackie McLean, Wayne Shorter.... C'est dire que l'on est en présence de Maîtres de l'idiome, qui pourtant ne se contentent pas de rejouer l'histoire dans sa version formolisée. C'est très vivant, dès les premières secondes, avec une version de Yesterdays qu'inaugure une introduction mystère et qui prouve, une fois de plus, que l'on peut jouer les standards sans redonder. C'est un enregistrement sur le vif, avec la liberté que procure ce type de circonstance, et les trois partenaires ne se privent pas de l'espace offert par ce contexte. Standards, oui, mais au sens large, avec ce standard du jazz créé par son compositeur, Gary Peacock, dans l'un de ses premiers disques en leader («Tales of Another», 1977) dont le pianiste était.... Keith Jarrett : il s'agit de Vignette, dans une vision renouvelée qui n'a rien à envier à la version princeps. Après une relecture incroyablement inventive de Jitterburg Waltz, le trio s'offre un détour par une très belle composition de Pieranunzi, avant de replonger dans les classiques : My Funny Valentine (version revisitée, et avec de beaux contrepoints) , My Foolish Heart (métamorphosé aussi), et de conclure sur une chanson assez peu jouée par les jazzmen (parmi lesquels Coltrane, Tal Farlow, Laurent Coq.... et Pieranunzi déjà en 1984), If There Is Something Lovelier Than You, de Howard Dietz et Arthur Schwartz (et non de Howard Schwartz comme l'indique le verso du CD....). Tout cela respire l'invention, avec de beaux solos de basse, des improvisations inspirées du pianiste, et une pertinence du jeu de batterie qui fait regretter que, parfois, l'enregistrement ne lui donne pas davantage de présence. Beau trio, et un enregistrement qu'il aurait été vraiment dommage de condamner aux outrages de l'oubli.

Xavier Prévost

 

Enrico Pieranunzi sera présent à Paris, avec un autre trio (Diego Imbert & André Ceccarelli) le samedi 13 janvier 2018 à Radio France (20h, au studio 104) pour un concert 'Jazz sur le Vif' ; en première partie du concert le duo Claudia Solal-Benjamin Moussay

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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:51

THE WEST LINES « The Eye »

Cédric Piromalli (orgue Hammond B3), Antoine Polin (guitare), Étienne Ziemniak (batterie)

Tours, 2017

Bruit Chic BC 009 / http://www.bruitchic.com/

Dans la profusion automnale de parutions, ce disque était à remarquer, et à plus d'un titre : d'abord parce que ce groupe régulier, peu enclin à multiplier les enregistrements, frappe par la qualité de sa musique, dans le format (abondamment illustré dans les années 50 à 70) du trio orgue-guitare-batterie ; et aussi parce que c'est une nouvelle occasion d'entendre à l'orgue l'un des pianistes les plus originaux des deux décennies écoulées, hélas mal connu et reconnu, en dépit de ses très grandes qualités.

Les compositions sont signées par le guitariste et le pianiste, et c'est ce dernier qui ouvre le CD avec une sorte de choral justement intitulé Vieille Europe, qui respire la nostalgie des marches harmoniques de la musique sacrée des siècles passés telle que la chérissait le Vieux Continent. Après une intro de batterie qui installe le balancement, pour planter le décor, l'orgue pose des accords très ecclésiaux et la guitare, gommant les attaques, surgit comme une pure vocalité. Évidemment cela tourne immédiatement plein jazz, mais avec cette forme de lyrisme élaboré qui échappe aux clichés. Le son de l'orgue ne renie pas la tradition du genre, mais l'entraîne volontiers vers d'autres horizons, comme le fit naguère Larry Young. Pour le thème suivant le guitariste, signataire de la composition, s'offre une intro qui respire le cheminement sinueux des standards, avant un exposé en trio qui explore des intervalles peu convenus, comme aimait à le faire Thelonious Monk : et l'on débouche sur un blues tourmenté qui ne lésine pas sur les altérations. Bref il y a de la (très bonne) musique à écouter, suivre et vivre dans l'intensité de l'instant. Le thème qui lui succède, encore signé par Antoine Polin, résonne comme un clin d'œil dissonant aux Nuages de Django Reinhardt. Et ainsi de suite. Cette musique, pratiquée dans une instrumentation canonique, se garde bien de l'enfermement dans les codes, codes qu'elle traite, à distance, avec la liberté qui sied au geste artistique. Bref, si vous êtes curieux de savoir ce que l'on peut, encore aujourd'hui, extraire de cette formule instrumentale adoubée par l'histoire, tendez l'oreille !

Xavier Prévost 

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 10:41
KAMI OCTET SPRING PARTY
 
KAMI OCTET
Spring Party
Pascal Charrier(g), Julien Soro (as), Léo Pellet (tb),Yann Lecollaire (cl,bcl), Christine Bertochi (voc),Bruno Ruder (p), Frederic B.Briet (cb), Nicolas Pointard (dms) 

Nouvelle aventure ou aventure qui se poursuit pour Pascal Charrier qui présente avec ce Spring Party sorti chez Neuklang records, un nouvel et excitant répertoire?
Formation en évolution continuelle, créée en 2004 sous forme de quintet http://lesdnj.over-blog.com/article-kami-quintet-human-spirals-102849717.html
par le guitariste Pascal Charrier, Kami est devenu octet et s'est donc étoffé avec des solistes venus enrichir la palette sonore. Les climats voulus par le compositeur, les thèmes choisis voient dominer orchestration et direction d'ensemble. Kami , c'est moi, mon ressenti, ma pensée politique , mon histoire.
Si Kami a suivi un certain chemin en quatorze ans, la marche est au centre des préoccupations actuelles de son auteur qui lie l'écriture musicale à une pensée politique et poétique. L'image de la pochette prend alors sens, s'anime de pieds en action qui marchent sur des galets tout en étant frôlés, caressés de papillons. Exils, migrations, quête désirée ou forcée d'un "ailleurs", tel est le fil conducteur de cet album pour nouvelle formation. Une marche répétitive qui conduit à la transe, un parcours transitoire qui correspond aux mouvements amples, amplifiés, soulignés par la voix, les cris  "qui apportent de l'air" de Christine Bertochi, instrumentiste à part entière. On ressent très bien la force qui décline, l'épuisement des corps dans ces envolées lyriques et dures de l'orchestre dans le justement nommé "la marche". Un son massif, lourd et rageur qui peut aussi se faire léger, aérien au sein d'un même titre, comme dans ce "spring party" qui fonce droit vers le drame avec un sens du mystère qui transmet excitation et frissons...
Tous les musiciens partagent un beau sens du collectif : on apprécie les interventions solistes très équilibrées, "essentielles" et jamais solitaires des trombone, clarinette et sax alto, au cœur de cette construction sonore; le piano subtil est toujours bienvenu pour créer une tension frémissante dans cette narration, la rythmique s'adaptant finement selon le climat voulu de profondeur, densité. Le leader ne se taille pas la part du lion mais ses interventions soulignent les effets recherchés de jeux sur les timbres et les couleurs créant des tableaux sonores différents pour chaque titre.  Le dernier "Fleurs" en bonus, va nous laisser une impression décisive.
Saluons une réelle réussite dû au travail abouti du compositeur et au choix d'une belle équipe qui joue un jazz actuel, vif et brillant.  ( A noter que Fred Maurin est de la partie, en coulisse).
 
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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 18:18

« La beauté Bud Powell » - Jean-Baptiste FICHET
Ed. Bartllat 2017
204 p. 17€


Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Un inconnu des milieux avisés du jazz, débarquant de nulle part nous livre un premier livre en forme d’hommage au pianiste Bud Powell. Un chant d’amour devrait t-on dire. Pas un ouvrage érudit qui aurait la vocation d’ouvrage des sachants, assommants à force d’encyclopédisme. Plutôt un livre qui aurait des allures et des styles d’Alain gerber ou de Marc-Edouard Nabe. Une vraie forme littéraire pour parler du pianiste de génie qui n’aura connu pour l’heure que deux ouvrages en langue française : le célèbre «  Danse des Infidèles » de Françis Paudras et… celui-ci.
Pas question avec Jean-Baptiste Fichet de parcourir exhaustivement le parcours discographique de Bud Powell mais plutôt de nous faire comprendre, la beauté Bud Powell dans une sorte d’exploration fascinée par le personnage autant que par le musicien. Pour autant Jean-Baptiste Fichet ne se livre pas à une hagiographie insipide mais fouille dans les différents aspects de la personnalité du pianiste dans un (dé)ordre qui refuse toute logique chronologique linéaire.Très bien écrit, ce petit ouvrage digresse, imagine et extrapole tout en restant très fidèle à ses sources et à la vérité trouble du maitre du be-bop qui traverse livre tel un fantôme tourmenté.
Ne lui manque pourtant qu’une sélection discographique et peut être un crédit photo. Mais l’auteur nous livre pourtant des pistes, nous invite à la danse ( des infidèles), parvient à s’extraire des volumes bleutées qui enfumaient le superbe film de Bertrand Tavernier et vous invite à voir autrement le petit film qu’un réalisateur danois avait réalisé en 1963 sur le pianiste ( Stopforburd - Jørgen Leth -https://www.youtube.com/watch?v=WITCt7IHcEU). Le liens ne sont pas occultés. ceux qui unissent Bud Powell au maître Art Tatum et ses conviennes avec deux autres grands, Monk et le trop méconnu Elmo Hope.
En lisant ce livre, bien sur transparaît l’amour de l’auteur pour son sujet. Il est évident et touchant.
Il se pourrait bien alors être, au sujet de Bud Powell l’exact pendant du fameux livre que Laurent Dewilde avait consacré à son compère, Thélonious Monk. Ce qui n’est pas peu dire.
Jean-Marc Gelin

 

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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 14:25

Alexandra Grimal (saxophone ténor, voix, appeaux, composition), Sylvain Daniel (guitare basse), Éric Échampard (batterie)

Orléans, 2017

ONJ Records JF005 /l'autre distribution


 

Cette suite d'environ 55 minutes est une sorte d'opéra de poche pour trois musicien(ne)s, issu(e)s de l'Orchestre National de Jazz dirigé par Olivier Benoit. Elle avait été créée en avril 2016 dans le cadre du festival 'Jazz Or Jazz' d'Orléans, et commandée par la scène Nationale d'Orléans, dans les locaux de laquelle elle a été enregistrée l'année suivante pour ce disque (publié avec le concours du label MFA-Musique Française d'Aujord'hui). La forme générale mêle des espaces écrits et des plages improvisées, entre lesquels le tuilage se fait en une sorte de fondu-enchaîné. La voix d'Alexandra Grimal paraît être à la fois le déclencheur du discours et de la forme, tandis que les appeaux, les effets électroniques, et surtout le saxophone en seraient la substance matérielle, l'horizon concret où l'abstraction prend corps. Le dialogue entre les trois instrumentistes est primordial, même si le projet d'ensemble et le matériau composé sont l'apport de la saxophoniste-vocaliste-compositrice. C'est une sorte de glissement progressif vers un horizon mobile, présumé insaisissable, et que pourtant rejoint la cohérence de la forme en mouvement. Le(s) langage(s) est (sont) celui du jazz contemporain envisagé comme une forme de la musique dite contemporaine. Il suffit de saisir le fil : plus que de narration, il est ici question d'élan(s), de dérive(s), d'aventure perceptive et émotionnelle. Le titre Kankū fait référence à une figure d'art martial qui signifie 'contempler le ciel'. C'est à la fois un geste, une action, et une sorte de chemin de vie dont cette musique pourrait être l'expression, si exprimer était le but. Mais l'enjeu paraît autre : simplement susciter une forme inédite de la beauté ; une beauté faite de sérénité et de tension mêlées. En progressant vers le terme, on rencontre la mémoire d'un jazz libre, ouvert, pétri d'urgence et de références, qui se résoudra en une mélopée chromatique et tendue, jusqu'à un silence brutal. Et après 3 minutes et 33 secondes de ce silence mystérieux surgira la voix d'Alexandra Grimal, décrivant ce qu'est une supernova : en l'occurrence ce qui n'est déjà plus à l'instant où les yeux le découvrent. Beauté fugitive en somme, presque le projet d'un art idéal....

Xavier Prévost

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 19:00

Bernard Santacruz (contrebasse solo)

Rouen, 21 novembre 2015

Juju Works #2 / 2017 / Absilone-Socadisc

 

Gardé sous le coude durant plusieurs semaines après une première écoute, ce CD attendait que vinssent les mots pour dire ce que j'avais perçu, ressenti (compris ?) de ce solo absolu, livré dans le dépouillement le plus brut de la 'Salle des Nus' de l'École des Beaux-Arts de Rouen, dans le cadre du festival Jazz À Part. Un son relativement mat, pas de ces réverbérations exagérées pour planeries formatées : juste la pureté du son, dans sa rondeur essentielle, comme un défi. La première plage est comme un long poème (un poème de novembre qui peut rappeler à quelques amateurs de contrebasse certains poèmes de décembre....), où l'on chemine d'aspiration mélodique en foucades imprévues, mais toujours en parfaite maîtrise du son, du timbre, de la hauteur, de la matérialité constitutive de la musique dans ce qu'elle a de plus concret. On croit progresser par vagues successives, et c'est pourtant l'unité d'un mouvement qui nous porte, l'esprit d'un 'sujet improvisant' qui s'incarne dans l'épaisseur de l'objet musical, qui est cette vibration modulée, pour nous qui l'écoutons porteuse de sens : est-ce le sens qu'insuffle celui qui joue ? Là est le mystère de toute musique. Et l'on se laisse porter jusqu'au terme de la première séquence, à 26 minutes et 35 secondes, quand surviennent les applaudissements provisoirement conclusifs. C'est ensuite un pizzicato caracolant, qui se résoudra en procession mélodique, puis en percussions bruitistes, avant de livrer les secrets de l'archet. Et la troisième séquence, ouverte en majesté comme un mélodie médiévale, va se poursuivre en boucles obstinées jusqu'à la résolution finale. En bref, c'est une forme qui s'est donnée à entendre, pas à pas, mesure pour mesure, dans une sorte de rituel (celui du concert) où nous sommes invités, par l'effraction douce de l'enregistrement. Belle expérience, vraiment.

Xavier Prévost

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