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akalewubealbum Clap son / Mosaic Music- Sortie le 3 mai 2010

 

Etienne de la Sayette (ts, fl), Paul Bouclier (tp, mélodica, perc), Loïc Réchard (g), Oliver Degabriele (elb), David Georgelet (dr), Etienne Raguenel (bougarabou, bongos) sur deux titres.

 

Akalé Wubé ("ma jolie" en Amahrique) est un groupe parisien, né en 2009, qui s'est donné pour mission d'explorer les trésors du jazz-groove éthiopien des années 60/70. En France, la découverte de la musique abyssienne s’est faite grâce aux trente volumes de la collection « Ethiopiques ». Produite par Francis Falceto et le label Buda Musique, elle a été réalisée à partir des meilleurs enregistrements des majors éthiopiennes (Amha Records, Kaifa Records, Philips-Ethiopia) datés de 1960 aux années 2000. De grands noms de la musique éthiopienne et érythréenne nous sont arrivés aux oreilles tels Getatchew Mekuria – surnommé le negus du saxophone éthiopien ou encore le « Albert Ayler du jazz éthiopien » sans qu’on sache vraiment pourquoi – Mulatu Astatke, Aster Aweké, Alèmayèhu Eshèté ou encore les chanteurs Mohammad Jimmy Mohammad – décédé en 2006 - et Mahmoud Ahmed qui se produit chaque année dans la région parisienne (dernièrement à Nanterre dans les Hauts de Seine).

Ces artistes éthiopiens, en particulier à Addis Abeba,  ont su développer une musique inattendue et fascinante, sans égale. Elle se situe étonnamment aux confins improbables de trois cultures : africaine, orientale et occidentale (les premières influences musicales européennes en Ethiopie remonte au 17ième siècle avec l’évangélisation par les jésuites). Son groove primal, un swing hypnotique et son échelle musicale nous font oublier le peu de place offert à l’improvisation. Cette musique s’appuie largement sur les cuivres (sax compris), emploie essentiellement la gamme pentatonique et est en général basée sur des rythmes 6/8. Ces caractéristiques lui confèrent un arrière-goût funky, un côté entêtant, voire obsédant, agrémenté d’une certaine mélancolie joyeuse. Enfin, la musique est propulsée par l’énergie des chanteurs – qui parfois hurlent plus qu’ils ne chantent -  et les variations des instrumentistes traditionnels.

On comprend alors l’intérêt tout naturel que peuvent porter de jeunes musiciens comme ceux d’Akalé Wubé. Le groupe puise dans le champ sonore -  Paul Bouclier et Etienne de la Sayette jouent  respectivement de l’orgue Philicorda et de l’orgue Farfisa, très utilisés à Addis Abeba dès les années 60, et du mélodica sur  « Ragalé » - et le répertoire éthiopien en réinterprétant et réarrangeant largement. Et c’est tant mieux. En partant du sillon ethio-jazz purement instrumental, Akalé Wubé élargit le champ d’expression éthio-jazz à une palette de textures d’origine afro. Ainsi la flûte d’Etienne de la Sayette rappelle celle du flutiste sud-africain King Kwela (« Ayalqem Tèdèngo ») ; la flamboyance des cuivres de « Nèstanet » et sa construction rappellent l’idiome afro-beat de Fela ; « Kokob » - à l’origine composé par Mulatu Astatke - devient un reggae à l’européenne balancé par une flûte candide.  Toujours sur « Kokob », les samples de voix éthiopiennes et la sonorité rock et trafiquée de la guitare de Loïc Réchard sur « Nebyat » et « Nèstanet » nous rappelle que les musiciens d’Akalé Wubé – dont certains membres font partie du groupe Frix, dont le dernier opus a été recensé ici même – sont de  jeunes musiciens créatifs et toujours dans le vent.

Mais ne vous méprenez pas ! Akalé Wubé ne vous propose pas un ersatz d’ « ethio-jazz » mais fait fi des clichés. Il vous prend même à contre pied, particulièrement en deuxième partie de disque : « Jawa Jawa », composé par le groupe, est un petit bijou du genre, la richesse rythmique de « Bazay » est renversante, « Mètché New » nous amène directement à Addis Abeba et « Ragalé » nous rappelle que la musique éthiopienne n’est pas toujours enflammée.

Avec beaucoup de sincérité et en mélangeant tradition éthiopienne et idiomes afro, Akalé prend le risque d’inventer l’« ethio-parisian-jazz » et y réussit parfaitement.


Jérôme Gransac

 

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Voir et écouter "Nèstanet" sur youtube.



 


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