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"Nous sommes tous des fils d'Abraham"

 


Nous avons rencontré l’époustouflant clarinettiste américain de passage à Paris, pour la sortie de « Tweet Tweet », un album signé sous le nom de groupe : « Abraham Inc » (regroupant David Krakauer, Fred Wesley et So Called). Cette formation sera en concert le 03 décembre aux Transmusicales de Rennes et le 04 décembre à Amiens.

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi, le 03 novembre 2009.

 

- DNJ : Vous parlez couramment le français, vous avez eu l’occasion d’étudier au conservatoire à Paris. Parlez-nous de votre amour pour cette ville et plus généralement pour la France.

 

-D.K : J’ai passé le concours du conservatoire de Paris et j’ai pu obtenir une bourse pour venir étudier la clarinette pendant un an, c’était durant l’année scolaire 1976-1977. Je parlais déjà un peu le français et j’ai pu ainsi améliorer à la fois mon apprentissage de la langue et ma pratique instrumentale. Depuis j’éprouve toujours une sensation particulière, très sentimentale, quand j’arrive près de la gare de Lyon, car je me rappelle de mon arrivée avec ma grosse valise, j’avais 20 ans et je portais en moi toute la fragilité et l’espoir que l’on éprouve à cet âge crucial où l’on quitte l’enfance pour rentrer dans l’âge adulte.

 

- DNJ : A l’époque vous ne jouiez que de la musique classique ?

 

- D.K : Oui, j’avais renoncé au jazz, que j’avais commencé à pratiquer vers l’âge de 15 ans, car je n’avais pas trouvé ma propre voie. J’ai traversé une crise où je n’avais plus confiance dans mon jeu, je me disais que le jazz, ce n’était pas ma culture et que je n’y arriverais pas. Mes idoles étaient Sydney Bechet et Coleman Hawkins et à côté de ces génies, je ne trouvais pas mon style assez original et assez intéressant. Je me suis donc réfugié pendant de nombreuses années dans la musique classique et contemporaine.

 

- DNJ : Jusqu’au jour où vous avez renoué avec l’improvisation en découvrant la musique klezmer !

 

- D.K : Oui, c’était au milieu des années 1980 et ça a été un tournant décisif dans ma carrière, car en pratiquant cette musique (qui curieusement ne faisait pas partie de ma culture familiale), j’ai enfin trouvé mon style et ma propre voie. En rejoignant les Klezmatics, j’ai pu à la fois utiliser ma pratique du classique, renouer avec l’improvisation, ce qui me rapprochait du jazz, retrouver mes racines juives et surtout nous avions envie de jouer avec l’énergie des groupes de rock (la violoniste Alicia Svigals était passionné par Jimi Hendrix !). Ça ne s’est pas fait tout seul car au début, ils voulaient que je joue dans le style klezmer des années 1930, mais très vite j’ai pu trouver et imposer mon propre style : j’ai joué le rôle de l’allumette au milieu de bûches de bois et ça a été assez explosif !

 

- DNJ : Ce mélange de plusieurs musiques est un élément essentiel de votre travail et il est tout à fait représentatif  de vos disques chez Label Bleu avec le Klezmer Madness. Je voudrais que vous me racontiez comment s’est passée votre signature chez Label Bleu, il y a maintenant 10 ans. Il me semble que c’est tout à fait dans la continuité de l’histoire d’amour que vous entretenez avec la France.

 

- D.K : Oui c’est une belle histoire. Il se trouve que vers 1999, il y au un engouement en France pour cette nouvelle musique klezmer. Alex Dutilh y a contribué en écrivant une très bonne chronique sur mon deuxième album paru chez Tzadik : « Klezmer, NY », puis j’ai été invité à un festival à Amiens où Michel Orier m’a très vite proposé de signer pour Label Bleu. J’étais très heureux de revenir en France près de vingt ans après et il a fallut que je me remette très vite à parler en français, car du jour au lendemain, j’ai dû donner près de quatre heures d’interview !

 

- DNJ : Venons-en maintenant à votre nouveau projet « Tweet Tweet » sous le nom de Abraham Inc, qui sort chez Label Bleu, où vous n’aviez pas sorti de disque depuis quatre ans !

 

- D.K : C’est un projet particulier qui me tenait spécialement à cœur et j’ai voulu le produire moi-même à travers mon propre label « Table Pounding Records ». Label bleu n’intervient en fait qu’en licence. Je n’ai pas voulu que cet album soit sous mon nom car il s’agit d’un projet triangulaire qui associe à part égale SoCalled, Fred Wesley et moi-même.

 

- DNJ : Comment s’est passé votre rencontre avec Fred Wesley, qui je le rappelle, a été pendant de nombreuses années le tromboniste de James Brown.

 

-D.K : C’est au cours d’une discussion après un concert, que notre batteur Michael Sarin nous a appris qu’un de ses copains pianiste jouait avec Fred Wesley. On ne savait pas qu’il était toujours en activité et comme nous nous demandions justement à ce moment là, comment on pouvait avancer et faire quelque chose de différent, l’idée de contacter Fred Wesley nous a excitée ! La rencontre s’est très bien passé et dès le premier jour, on a fait un bœuf sur une boucle de SoCalled et ça a donné l’ébauche du septième morceau de l’album : « Babeloste : A Beautiful Picture ». Fred Wesley a été fantastique, car sur chaque riff que je jouais à la clarinette, il a trouvé un contrechant et nos instruments respectifs sont entrés en symbiose. Cette rencontre avec Fred Wesley, qui vient d’une autre culture et d’une autre génération, est l’une des plus grande aventure de ma vie, je lui ai d’ailleurs dédié un morceau de ma composition : « Fred the Tzadik », ce qui veut dire en hébreu « Fred le Sage ».

 

- DNJ : J’aimerais que l’on parle du formidable travail de mixage qu’il y a sur cet album. Il s’agit d’un véritable bijou d’orfèvrerie où chaque instrument, chaque voix et chaque style musical : klezmer, jazz, funk et hip-hop, s’entremêlent avec bonheur et dans une parfaite harmonie.

 

- D.K : C’est en fait surtout Socalled qui est le magicien sur ce disque et qui a véritablement produit l’album. J’étais évidemment présent à toutes les étapes du mixage et j’ai joué si vous voulez, le rôle de producteur exécutif. On peut dire que cet album est l’aboutissement logique de huit années de collaboration entre moi et SoCalled.

 

- DNJ : Parlez-nous des différents chanteurs(euses) qui interviennent sur le disque.

 

- D.K : Sur le titre « Tweet-Tweet » tirée d’une mélodie klezmer de Goldenshteyn, il y a un rap complètement déjanté, interprété par C Rays Walz. On ne sait pas bien ce qu’il raconte, car son texte s’apparente à de la poésie surréaliste, mais il fait en tous les cas référence au cartoon « Titi et Gros Minet » avec son leitmotiv « Tweet-Tweet » (qui veut dire « cui-cui »). Sur « It’s not the Same », on a toujours la présence du même rappeur et le refrain est chanté par Katie Moore. Sur « Hava Nagila », le chanteur est Matthew Flowers et la chanteuse Joshie Armstead, qui est une ancienne Ikette (choriste de l’orchestre de Ike and Tina Turner, dont faisait partie Fred Wesley avant qu’il n’intègre la formation de James Brown). Et sur « Push », c’est ma fille Alicia Krakauer, qui chante le refrain en duo avec Matthew Flowers.

 

- DNJ : Les chanteurs seront-ils présents sur scène pendant votre tournée ?

 

- D.K : Non ça ne sera pas possible, ça sera SoCalled qui s’occupera des voix, mais nous serons tout de même dix sur scène, avec outre nous trois et une section rythmique, un saxophone, une trompette et deux guitares (ce qui n’est pas évident à faire tourner de nos jours).

 

- DNJ : Pour quelles raisons, votre projet, ainsi que le nom du groupe s’intitule : « Abraham Inc » ?

 

- D.K : Tout simplement parce que nous sommes tous des enfants d’Abraham. Le concept d’Abraham est très fort car il réunit les trois religions monothéistes (juive, chrétienne et musulmane). Il parle à la fois aux juifs, aux afro-américains et aux protestants blancs. C’est pour moi une histoire très importante, un projet humaniste. Une façon de réellement parler du melting-pot,  de réconcilier les différentes races et religion, de se battre ensemble pour construire un avenir meilleur et de prendre du plaisir à faire de la musique ensemble.

 

Lionel Eskenazi

 


 

 

 

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