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Laura LITTARDI / Alain JEAN-MARIE au 9JAZZ CLUB (Paris)

Concert du 29.04.2010


C'est un beau, un grand duo qui vient de se constituer entre la chanteuse Laura Littardi et le pianiste Alain Jean-Marie au 9Jazz Club (prochaines dates : 13 juin ; 7juillet ; 8 septembre 2010, etc.), l'un des très rares lieux à continuer à promouvoir la formule de la « résidence » comprise comme véritable laboratoire de musique (et d'écoute amoureuse de la musique, dans ses révélations chaque fois imprévues, on n'y insistera jamais assez).


Partons du site, cristal improbable de l'émotion. Entre Ménilmontant et Oberkampf, en plein Est parisien, loin de la dégoulination sur-urbaine des Halles mais avec la même électricité qu'on leur connut jadis, s'est créé et se développe un club de jazz , un vrai : pas branché sur les circuits internationaux ni servilement sur les sorties de disques des labels, mais bien sur une une échelle de goûts qui lui est propre et, surtout, sur une offrande dont les musiciens connaissent la juste valeur : le temps de la maturation des projets, de la complicité devenue télépathie. Sous l'impulsion de Cathie Fichelle, ex-Petit Opportun, ex-7Lézards, ce sont ainsi Nelson Veras et Gilda Boclé, Rick Margitza et Peter Giron, Deborah Tanguy et Laura Littardi et désormais Laura Littardi et Alain Jean-Marie qui viennent exposer chaque quinzaine, chaque mois, l'état renouvelé de leurs études et de leurs échanges. Il faudra bien, un jour ou l'autre, rendre grâce, comme il se doit, à celles et ceux qui continuent de croire et d'ouvrir leurs portes à ce type d'aventure.


Le 29 avril, c'est Alain qui m'accueille, quasiment en maître de cérémonie. J'aime Alain, profondément....sa présence me met toujours à l'aise. Depuis quoi ? 15, 20 ans, nous échangeons des poignées de mains aussi furtives que chaleureuses, des regards complices et des dedolinnements, et surtout des absences de discours et de questions inutiles, car je sais qu'il sera le premier à réagir si l'on entre dans la sphère des enjeux décisifs...Avec Laura, on plonge dans l'italien d'emblée, elle est radieuse, Cecilia Bertolini a tenu à être là aussi, Morena Fattorini viendra plus tard, et des apprentis chanteuses se pressent autour du piano. Aucun critique comme d'habitude, trop englués, trop désabusés, trop businessisés, plus du tout enamourés....


Deux, trois thèmes, bon le répertoire c'est Laura, mais Alain sait tellement TOUT jouer....Il est le seul à faire résonner le beau piano du 9Jazz en accords nourris qui sont à la fois une confirmation et un tremplin pour elle. Ressourcée d'Italie (elle en revient), elle ne force pas sa voix, préférant jouer avec une suavité qui n'appartient qu'à elle sur les nuances oscillant entre la confidentialité et l'assurance. Surtout, elle trouve dans cet espace du duo la liberté vibrante qui sied à ses improvisations qui frappent autant par leur force émotionnelle que par leur construction formelle. Combien de fois l'ai-je écouté, ébahi, scatter « Jeannine » de Cannonball Adderley ? Et pourtant je n'hésite pas à dire qu'elle aura donné ce soir-là, de la manière la mieux maîtrisée et la plus discrète qui soit, l'un de ses choruses les plus sereinement aboutis. Et tout est à la même aune : des standards superbement choisis, et surtout superbement réinterprétés (de « Baubles, Bangles and Beans » à une version remarquablement posée, dans sa sentimentalité propre, de « I'll Remember April ») aux séquences de musique brésilienne dont Laura est l'une des plus sensuelles interprètes.


Au fil des sets, je perçois combien cette association est à sa mesure : elle ne renonce à rien (elle n'est pas là pour ça !), elle est est entière, concentrée, très belle, attentive et admirative vis-à-vis d'Alain, subtile et juste dans l'usage de ses ressources : bodyrythm, scat insolent, souffle sussuré, émission de la voix en cette imaginaire trompette davisienne qu'elle adore - et ses doigts qui pianotent le micro comme pour en sculpter l'instrument manquant ….


Beaucoup plus que de lui répondre, le jeu d'Alain Jean-Marie lui correspond parfaitement, dans sa plénitude et ses harmoniques, dans le travail de l'espace et de la trame des accords, plaçant ses relances comme de discrètes flammèches et jouant des choruses qui, comme à l'accoutumée, disent à la fois l'incertitude subtile de l'énonciation et la quintessence émerveillée du discours.



Je dirai bientôt doctement à Laura combien Alain connaît une masse de ces « blue light songs » dont il avait composé son chef d'oeuvre « Afterblue » et dont elle pourrait se laisser bercer.... On se parle souvent, elle qui pourtant ne se pose jamais, entre ses concerts, ses cours de chant, ses traductions de poésies...



With love, to both of you. Saluti a fata turchina (1) !




 

Stéphane Carini.




  1. « fata turchina » : référence à un « private joke » avec Laura. C'est une autre de mes amies italiennes qui m'a rappelé qui était ce personnage: « Fata Turchina ? C'est la Fée aux cheveux turquoise (turquoise = azur), c'est le très beau personnage issu du conte de Pinocchio, qui tenait un peu lieu de maman vis-à-vis de Pinocchio pour le guider vers les choix adéquats....tu connais l'histoire, non ? » Cette amie, l'une de mes ivresses vénitiennes, c'est : Maria Ferraro.



 

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