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Laurie Pepper a été la dernière compagne du grand saxophoniste Art Pepper.

Ils s’étaient rencontrés au centre de désintoxication de Synanon en Californie en 1969 et ne se sont plus quittés jusqu’aux derniers souffles du saxophoniste en juin 1982. Si Laurie Pepper avait largement contribué à aider Art dans l’écriture de sa célèbre autobiographie ( Straight Life), c’este elle qui aujourd’hui raconte la sienne, sans fard et sans pudeur dans un livre aussi passionnant qu’émouvant.

 

Rencontre avec Laurie Pepper......

 

 

 

 

 

JMG : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ( Why I stuck with a junkie jazzman) ?

 

LP :  En fait c'est un livre que j'ai commencé il y a environ 12 ans. J'y ai donc travaillé dessus sur une période assez longue.

 

JMG :  Vous pensiez que c'était le bon moment pour écrire ce livre ?

 

LP : Oui mais vous savez ce que c'est. Lorsque vous n'êtes pas vous même un écrivain et que vous n'écrivez pas tout le temps, cela prend beaucoup de temps pour arriver à en faire quelque chose de présentable et surtout pour commencer ce travail que bien sûr j'avais en tête depuis la mort d'Art en 1982.

 

JMG : Est ce une sorte de renaissance après tout le travail que vous aviez fait sur « Straight Life » (*) ?

 

LP : Oui, absolument.

 

JMG : Comment vous sentez vous après avoir écrit ce livre ?

 

LP : Je ne peux pas avoir le même sentiment que celui que j'avais après avoir écrit Straight LIfe. Lorsque j'ai écrit ce livre avec Art, j'avais le sentiment d'une petite mort lorsqu'il est sorti parce que, comme je le dis dans mon livre " c'était le meilleur job que j'ai jamais eu dans ma vie". Avec " Why I stuck" c'est autre chose. Je n'ai pas la même impression. D'abord parce que lorsque j'ai écrit Straight Life avec Art, je pensais que ce serait la seule et unique fois que j'écrirais un livre comme celui-là.

 

JMG : Quand vous l'avez rencontré à Synanon, pensez vous avoir sauvé sa vie ?

 

LP : Non, je ne sais pas, je ne peux pas le dire. J'écris dans le livre que si cela n'avait pas été moi cela aurait très bien pu être quelqu'un d'autre. Parce que tout simplement il cherchait quelqu'un qui pouvait sauver sa vie. Mais en fait il a toujours cherché, tout au long de sa vie quelqu'un qui pourrait le sauver. Mais je pense que lorsqu'il m'a rencontré il a pensé que je pourrai le sauver. je ne savais pas à l'époque que c'était le job qu'il avait en tête pour moi. J'ai réalisé cela plus tard.

 

JMG : Pouvez vous nous expliquer l'influence que vous avez eu sur la musique d'Art Pepper après que vous l'ayez rencontré à Synanon pour vivre ensuite près de 20 ans avec lui ?

 

LP :  Je ne sais pas si c'était une bonne chose ou non mais, oui effectivement j'ai eu une grande influence sur la musique d' Art. D'abord parce qu'il y avait certains types de musiques que j'aime et que je lui ai fait partager. Je l'ai influencé aussi au travers de mes encouragements. Je voulais qu'il joue plus de blues et de ballades que j'aimais. Vous savez il était très influencé par Coltrane. Mais de mon côté je trouvais que cette art-1.jpgmusique était dure à suivre. Art etait dans un état d'esprit où il voulait me plaire. Il savait que j'aimais les choses un peu funky, les jolies mélodies et il a répondu à cela.

 

DNJ :Vous pensez donc qu'après votre rencontre, sa façon de jouer a changé ?

 

LP : Je vous l'ai dit je pense que j'ai eu une influence. Maintenant je ne saurai jamais ce qui se serait passé dans l'évolution de sa musique si nous ne nous étions pas rencontrés. Peut être aurait elle été la même. Ce que je sais c'est que Art était très attentif aux goûts de ceux qu'il côtoyait. Particulièrement les femmes à qui il voulait plaire. Et à ce moment là cette femme c'était moi. Je ne sais pas quelle a été mon influence mais je sais bien qu'il a alors commencé à jouer beaucoup plus de blues et de ballades. Dans les albums que j'ai récemment édité, il y en a un en live au Ronnie Scott en 1980. A un moment, à la fin de l'album on entend une femme dans la salle qui crie " joue du blues !". C'était moi.

 

JMG : en fait vous êtes devenue le vrai manager d'Art Pepper

 

LP : Oui. Il demandait cela. Que je prenne ses affaires en main.

 

 

JMG : Etait ce difficile de manager Art Pepper ?

 

LP : ( grand éclat de rire) C'était même impossible ! Il était incontrôlable. Chaque fois que les choses n'allait pas comme il voulait, quand quelque chose l'embêtait ou qu'il était malheureux il partait se camer. C'était sa nature de fuir les problèmes. A chaque fois que nous partions en tournée c'était l'angoisse parce que l'on ne savait jamais s'il allait être en état de le faire. Il était très bordélique.

c'était la même chose lorsqu'il s'agissait d'une séance d'enregistrement. Donc, oui c'était vraiment très très dur d'essayer de le manager.

 

 

JMG : Vous avez pris une part très importante dans les choix musicaux d'Art. Par exemple pour l'enregistrement de Winter Moon, c'est vous qui choisissez les morceaux qu'il va jouer ! Vous étiez plus qu'un manager, un vrai directeur artistique ?

 

 

LP : Parfois oui. Il y a des moments où il n'était pas conscient de l'importance de ce qui allait se produire. Je devais être là derrière lui pour le lui rappeler et l'aider dans ses choix. Il y avait dans cet album un morceau qui ne me plaisait pas ( The Prisonner). Je ne l'aimais pas, il n'avait aucun punch. On a vraiment eu une discussion très intense à ce sujet, c'est allé très loin. Beaucoup plus que l'aurait fait un producteur habituel.

 

JMG : Quelles étaient vos relations avec les autres musiciens ? Vous étiez Madame Art Pepper ou bien étiez vous considérée comme son manager.

 

LP : Un peu les deux. On ne peut pas catégoriser. Parfois c'était vraiment moi le boss. Mais parfois j'avais l'impression de faire partie du groupe, d'être totalement intégrée. Avec des gens merveilleux comme Georges Cables par exemple , nous étions très proches. C'était des gars formidables.

 

 

JMG : Au début de votre relation avec Art, il prend l'engagement de ne plus se droguer. Mais ensuite vous le découvrez un jour complètement défoncé. Vous êtes vous sentie trahie ?

 

LP : Oui cela m'a profondément choquée. Ensuite j'ai décidé de l'ignorer autant que je le pouvais.Et puis j'ai compris qu'il n'y avait aucun moyen de le faire arrêter.

 

 

JMG : Quand vous viviez avec Art, vous l'avez vi constamment se shooter et être complètement down. Pourtant vous racontez que vous avez vous même commencé à vous droguer. Pourquoi ?

 

LP : Vous savez j'ai été à Synanon parce que je me droguais. Ensuite j'ai été longtemps sans me shooter. Et puis à un moment, lorsque j'étais avec Art, j'au découvert la cocaïne et j'ai vraiment, vraiment adoré ça !

 

 

 

JMG : Vous dites dans le livre qu'Art n'écoutait jamais de musique. C'était vous qui lui faisait découvrir de nouvelles choses ?

 

LP : Oui, de temps en temps. Notamment lorsque nous étions en voiture je lui faisais écouter ce que j'aimais.

 

 

JMG : Vous dites que vous étiez partenaire. C'est un grand moment de vraie complicité d'écrire ensemble la bio de Art ( "Straight Life") ?

 

LP : Oh oui ! C'était merveilleux.  C'était un peu comme faire une analyse. Dans le cas de Straight Life c'était celle d'Art. Dans Why I stuck, c'est plus vers moi même qu'elle est tournée. J'ai passée des années et des années à y penser avant de commencer à écrire et d'accoucher tout ce que j'avais ressassé. Ecrire la façon dont j'avais vécu et ressenti cette période de ma vie a été pour moi un grand moment d'introspection bien sûr.

 

 

JMG : Mais alors finalement , pourquoi êtes vous restée collée avec un jazzman junkie ?

 

LP : Parce que je l'aimais. Parce qu'il n'a jamais cessé de me surprendre, dans un sens ou dans un autre. Ce n'était pas quelqu'un d'ennuyeux, au contraire. Il était passionnant. Même dans les moments difficiles. je suis restée avec lui parce qu'il me respectait et qu'il m'aimait comme personne. Il me considérait comme sa partenaire dans la vie.  ET puis, il y a sa musique. Chaque fois qu'il jouait, chaque fois qu'il donnait un concert ou une séance d'enregistrement, peu importait les difficultés que nous pouvions rencontrer à ce moment là,  je me disait à chaque fois " oh yeah, c'est pour ça que je suis là !". Parce que la musique est comme une religion pour moi. Je ne peux pas vous expliquer combien ces moments où il jouait étaient importants pour moi.Ils ont changé ma vision du monde, ils m'ont rendu heureuse, ils m'ont donné de la joie.

 

 

 

JMG : Comment Art jugeait il l'évolution du jazz dans les années 80 ?

 

LP : On en parlait peu mais je me souviens d'un jour où nous étions allés écouter Ornette Coleman à New-York (Art jouait dans le même festival). Nous etions assis au premier rang et à un moment je me suis tourné vers Art et je lui ai demandé " mais tu comprends quelque chose à cette musique". Et il m'a répondu " non je n'y comprends rien mais je peux te dire que pour jouer ça il faut avoir des couilles !"

 

JMG : Vous restez un peu en contact avec la scène du jazz, avec ce qui se joue du côté de LA ?

 

LP : Non, pas du tout. Vous savez comme la plupart des gens de mon âge, je suis plutôt intéressée par la musique de ma jeunesse. Je passerai le restant de ma vie à écouter Lester Young. mais la surproduction actuelle de nouveaux musiciens ne me passionne pas vraiment.

 

JMG : Quel est l'album d'Art Pepper que vous préférez ?

 

LP : Question difficile. Il y en a deux en fait. Celui que je préfère par dessus tout c'est "Winter Moon". C'était d'ailleurs celui qu'Art préférait. Ensuite il y a "Straight life" enregistré chez Galaxy. Ce n'est pas un album très bop, mais j'aime chacune des pistes.

 

JMG : et votre morceau préféré ?

 

LP : En fait il n'est pas enregistré sur l'un de ces disques. art-2.jpgMon morceau préféré c'est Everything happens to me. C'est sur l'un des trois disques de "Maiden Voyage". Art joue avec Georges ( Cables) et Carl Burnett (cb). Vous pouvez l'écouter sur mon site. Mais il y a aussi sa version de Goodbye enregistré en live au Village Vanguard.

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin en octobre 2014

 

 ART: Why I Stuck with a Junkie Jazzman
Laurie Pepper
358 Pages
ISBN: # 978-1494297572
Art Pepper Music Corporation
2014

 

 

 

 

 

 

 

(*) Laurie Pepper est en fait celle qui avait largement contribué aux côtés d'Art Pepper à écrire l'autobiographie du saxophoniste, "Straight Life"

 

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