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L'Ina au rythme du jazz

Pascal RozatPascal Rozat, journaliste aux DNJ et Jazzmag, est conseiller d’Emmanuel Hoog, président de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Il a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour nous parler de la nouvelle offre jazz dont il a assuré la coordination à l’INA et qui se décline en deux volets : la parution d’un double CD consacré au Festival de jazz de Cannes 1958, « Jazz sur la Croisette », et la mise à disposition du patrimoine jazz de la radio et de la télévision française sur le site ina.fr.

 

 

 

 

 

 

Pascal ROZAT (Photo J. Gransac)

 

 

 

DNJ – Peux tu situer l’activité de l’INA ?

L’activité principale de l’INA est d’archiver la mémoire audiovisuelle française ; c’est à dire la radio et la TV depuis soixante ans. Voilà une petite dizaine d’années, l’INA a entrepris une politique ambitieuse de numérisation du patrimoine audiovisuel, qui vise avant tout à le sauvegarder. Jusqu’à lors, il était conservé sur des supports d’origine très périssables et qui, à l’horizon de quelques années, seront illisibles. L’utilité de la numérisation est aussi de pouvoir montrer ce patrimoine et de le partager avec le public. C’est ce qui a été fait, en l’occurrence avec le jazz, en essayant de rendre le plus accessible possible ce fonds qui sommeillait.

 

DNJ – L’offre de l’INA consiste en la mise en ligne simultanée, sur le site ina.fr, de documents de jazz à la télé et radio française. Quels étaient les supports d’origine ?

Il faut distinguer la radio et la télévision. Pour les débuts de la radio, on n’archivait quasiment pas ; il y a de rares archives datant des années 30. Puis, dans un premier temps, on a archivé sur des 78 tours, avant de passer à la bande magnétique qui a été utilisée jusqu’à 1990 environ. Par exemple, pour Jazz sur la Croisette en 1958, les supports d’origine sont des bandes magnétiques avec une captation d’excellente qualité.

Du côté de la télévision, ce sont d’abord des films comme au cinéma, le plus souvent du 16 mm. Aux débuts de la télévision, le magnétoscope n’existait pas et pour archiver un direct, la seule solution consistait à filmer un écran de télévision avec une caméra de cinéma. C’est ce qu’on appelle le kinéscope. A la fin des années 60, les premiers magnétoscopes à bandes deux pouces sont apparus. Pour te donner une idée, une bande deux pouces contient 90 minutes d’images et pèse neuf kilos! Pour l’offre jazz, les supports d’origine étaient donc soit du film, soit de la bande deux pouces.

Aujourd’hui, on numérise sur des cassettes qui contiennent deux cents heures d’archives. Au fur et à mesure des évolutions technologiques, l’INA utilise les nouveaux supports les plus performants et migre les enregistrements déjà numérisés. Mais le pas décisif, qui consiste à passer du support analogique au support numérique, a été franchi, la migration sur de nouveaux supports numériques ne présentant pas de difficultés particulières.

 

DNJ – Quelle est la volumétrie des enregistrements jazz dans les archives de l’INA ?

Établir la volumétrie du jazz à l’INA est un « work-in-progress » permanent. Car il s’agit de comptabiliser tous les extraits jazz aussi bien dans les émissions de variétés ou les journaux télévisés que pour –les émissions dédiées au jazz. Un artiste comme Dizzy Gillespie, par exemple, est visible une quinzaine d’heures dans les archives de l’INA, ce qui est beaucoup pour un artiste américain. Les musiciens de jazz les plus représentés dans notre fonds sont plutôt des Français comme Claude Bolling ou Maxim Saury. L’ordre de grandeur pour le jazz est de 600 heures en télévision et plus encore en radio.

 

DNJ – Cette offre propose un double CD « Jazz sur la Croisette », compilation de l’unique édition du festival de jazz de Cannes organisé par Charles Delaunay, et plus de 100 heures de vidéos et d’enregistrements audio consultables et téléchargeables sur ina.fr. Quels critères ont participé à la sélection des vidéos et extraits sonores ?

J’ai d’abord posé des bornes chronologiques, en décidant de démarrer avec les archives jazz les plus anciennes et de m’arrêter vers 1980. Je voulais évoquer l’âge d’or du jazz, faire renaître cette période disparue et proposer les images qui font le plus rêver. A partir de 1980, les archives proposent des artistes qui, souvent, jouent toujours aujourd’hui et dont l’offre audiovisuelle est riche. D’une certaine manière, 1980, c’est déjà le jazz d’aujourd’hui.

Ensuite, j’ai effectué une sélection selon la qualité et la renommée des interprètes à travers un panorama très large de tous les styles de jazz et de tout ce qui constitue l’histoire du jazz à la télévision française : le public y trouvera aussi bien du Dixieland que du Free Jazz, aussi bien des artistes américains majeurs, comme Duke Ellington, que des musiciens français plus confidentiels, mais qui ont participé activement à la vie du jazz en France, comme André Persiany ou Guy Lafitte.

Enfin, il m’a fallut tenir compte de certaines contraintes juridiques.

 

DNJ – Est ce que la qualité de la séquence a été un critère de choix ?

Ina.fr n’a pas les mêmes contraintes financières qu’une édition DVD : j’ai donc pu proposer certains enregistrements qui ont un caractère historique, même si la qualité visuelle ou sonore est moins bonne que la moyenne. Il est évident pour moi qu’une archive de Louis Armstrong ou de Sidney Bechet mérite d’être publiée : même si elle présente certains défauts, elle a toujours, au minimum, un intérêt documentaire. Sans même parler de la qualité de la musique, qui est bien sûr au rendez-vous.

 

DNJ – Quelles ont été les difficultés ?

Pas de difficultés particulières en ce qui concerne la télévision, où le fonds est presque entièrement numérisé et indexé. En revanche, ce n’est pas encore le cas pour les archives de la radio, même si ce sera chose faite à l’horizon 2015. Pour nous y retrouver, nous avons pu nous appuyer sur une base documentaire inhabituelle : les petits carnets d’André Francis.

Sur le plan juridique, il fallait tenir compte de l’obstacle que peuvent représenter les contraintes liées aux ayants droit. Ces dernière années, l’INA a conclu des accords ou des conventions avec les sociétés d’auteurs et les syndicats d’artistes-interprètes, ce qui lui permet d’exploiter les enregistrements sans accord préalable des ayants-droit concernés, mais en leur reversant un pourcentage des recettes. D’ailleurs, cette offre n’aurait jamais pu voir le jour si il avait fallu traiter de manière individuelle avec chaque ayant droit : sur 50 heures de vidéo, j’ai dénombré plus de 400 interprètes différents, à la fois leaders et sidemen, sans compter les auteurs-compositeurs et réalisateurs.

Aujourd’hui, on commence aussi à rencontrer des enregistrements de plus de cinquante ans, qui sont donc tombés dans ce qu’on appelle un peu abusivement le « domaine public ».

 

DNJ – De 1,50 à 6 euros pour une vidéo téléchargée sur ina.fr. On constate que la qualité de certains DVD de jazz est parfois médiocre, à la limite de l’escroquerie. L’offre de l’INA est une bonne alternative, mais qu’est ce que l’INA garantit à l’internaute, amateur de jazz ?

Déjà, le fichier numérique a été créé directement à partir du support original. L’INA propose donc la meilleure qualité possible, compte tenu de l’état du support d’origine. Ce qui n’est pas forcément le cas avec les éditions pirates que tu achètes sur DVD, qui utilisent souvent des copies de copies. Il peut bien sûr arriver que le support d’origine soit en mauvais état, notamment pour le fonds radio ancien, mais dans ce cas, c’est souvent signalé par un commentaire ; de plus, l’internaute a accès à un extrait en streaming de l’enregistrement, il peut ainsi juger par lui-même de la qualité.

(NDLR: pour le téléchargement, ina.fr propose des fichiers MPEG4 SP (mp4), 320x240 pixels, 380 kbits/s (340 kbits/s vidéo + 40 kbits/s audio aac mono) pour la vidéo et des fichiers MPEG2 Layer 3 (mp3), 24 kbits/s CBR, Joint-stereo à 22050 Hz pour l’audio).

 

 

DNJ – Une grande partie des émissions jazz et des concerts proposées n’’e sont jamais ressortis des archives depuis leur première diffusion à la TV ou à la radio. Cela en fait-il des exclusivités ?

Mise à part quelques exceptions, car il y a tout de même des images qui circulent, toutes les vidéos de l’offre sont des exclusivités. Je pense au quartet Circle d’Anthony Braxton dont le CD In Concert a maintenant son alter-ego vidéo sur ina.fr. Il arrive aussi que des enregistrements disponibles dans l’offre soient des émissions qui n’ont jamais été diffusées. Plus généralement, on trouve des vidéos qui ont été diffusées une fois dans les années 50 à minuit, un jeudi soir ! Mis à part pour celui qui était devant sa télé ce soir-là, c’est une exclusivité.

Dans d’autres cas, une vidéo est une exclusivité dans la mesure où il n’existe pas d’autres images de l’artiste à cette époque. Le cas classique, quand on travaille à l’INA et qu’on trouve une vidéo, c’est d’aller sur Youtube, de taper le nom de l’artiste et de ne pas trouver d’images. Par exemple, tape « Jeanne Lee & Ran Blake » ou « Hampton Hawes Trio »… L’INA dispose d’une vidéo de 30 min de Sun Ra, ce qui ne court pas les rues, et des vidéos exclusives sur des artistes comme Bud Powell ou Kenny Clarke, qui sont très bien documentés dans notre fonds.

 

DNJ – Et quelles sont tes préférences ?

J’ai une tendresse particulière pour les duos de Jeanne Lee et Ran Blake. Autrement, il y a des séquences qui m’ont beaucoup marqué parce que c’est moi qui les ai « découvertes », un peu par hasard : dans certaines émissions consacrées à des jazzmen français, on voit soudain apparaître en guest-star des jazzmen américains en fin de show ; comme Jackie McLean dans une émission consacrée à Daniel Humair. Bien sur, les vidéos du Festival de Cannes sont uniques et décrivent bien l’ambiance de l’événement : la bouillabaisse party où tous les musiciens sont en maillots de bain avec Roy Eldridge à la batterie à côté de la marmite de poissons…

 

DNJ – Quelle est la vidéo la plus ancienne ?

C’est une vidéo de Don Byas en 1955, qui est assez amusante : il revient d’une sortie de pêche sous-marine et joue une version de « Tea for Two » en maillot de bain, sur la scène du Tropicana à Saint Tropez.

 

DNJ – En quoi consiste la collaboration ente l’INA et l’éditeur californien Reelin’ In the Years qui édite la collection DVD Jazz Icons ?

Pour diffuser son fonds en DVD, l’INA cherchait un partenaire spécialisé dans le jazz – avec une bonne image de marque, un bon réseau de distribution et la capacité à régler les aspects juridiques avec les ayants-droits. Nous avons contacté cet éditeur américain qui travaille déjà avec différents centres d’archives européens ; comme la télévision américaine a très peu filmé le jazz, les DVD Jazz Icons présentent uniquement des prestations filmées en Europe. Nous nous sommes bien entendus et six mois après le premier contact, Jazz Icons sort le concert à la salle Pleyel de Jimmy Smith en 1969.

Jazz Icons édite un coffret de huit DVD par an. Le prochain est normalement prévu pour octobre 2010 et on devrait y trouver des enregistrements vidéo provenant du fonds de l’INA. Par ailleurs, l’INA dispose d’un fonds exceptionnel sur Thelonious Monk et j’ai bien envie de sortir un DVD Monk chez Jazz Icons.

 

Propos recueillis par Jérôme Gransac

 

En Avant-goût, la bande-annonce:

 

 

 

Et toujours pour vous mettre l'eau à la bouche:

 

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