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PHILIPPE GONIN

MAGMA Décryptage d’un Mythe et d’une Musique

Editions LE MOT ET LE RESTE

Collections FORMES

289 pages

2010

Le Mot et Le Reste
Diffusion/distribution: Vilo

 

S’attaquer à Magma… l’idée est séduisante certes mais le sujet est périlleux. Comment évoquer ce groupe mythique hors norme, cet Ovni du paysage musical français des quarante dernières années, qui doit beaucoup à la réputation de son « créateur », l’étonnant Christian Vander ?

Amateur éclairé, musicologue et musicien lui même, Philippe Gonin  suit avec minutie l’histoire du collectif protéiforme dans un ouvrage au titre explicite : Magma, Décryptage d’un Mythe et d’une Musique.

Ce livre document de la très sérieuse maison d’édition marseillaise LE MOT ET LE RESTE fera date.

 

Les fans, les amateurs (le mot est faible), voire «les adorateurs» n’ont aucun besoin d’un tel ouvrage sur l’univers Kobaïen. Ce livre s’adresse plutôt à tous ceux qui aiment les musiques des seventies, qui s’intéressent à l’histoire épique « pleine de bruit et de fureur » de Magma, qui voudraient comprendre quelque chose au phénomène, connaissant par ailleurs les musiciens qui ont fait partie  (même un temps) de la galaxie vanderienne,  car «tout, ou presque, de ce que le monde du rock expérimental, mâtiné de jazz, compte de musiciens en France est passé par la case Vander ».

Si Philippe Gonin reconnaît sa dette envers Antoine de Caunes, véritable « enfant du rock » qui écrivit un premier livre très admiratif, en 1978 aux éditions Albin Michel, il est allé aussi interroger ceux qui ont participé à cette expérience, avec par exemple le témoignage marquant, vécu de « l’intérieur » de Klaus Blasquiz, chanteur présent dès l’origine du groupe.

 

Le phénomène MAGMA :

« Une érudition rock aussi, aussi profonde soit-elle ne suffit pas à comprendre, à entendre cette musique, et Vander semble tenir à ce que soit l’essence de sa musique qui soit d’abord saisie, perçue ».

 

Dès l’avant-propos, l’auteur nous situe précisément le contexte : « Au dessus de la masse, Magma fut sans doute le seul groupe à avoir su tirer son épingle du jeu et jouer une musique à la fois résolument innovante…recréant un univers, un esprit allant de pair avec une image, une réputation simultanément mystérieuse et sulfureuse ».

 

Un peu d’histoire

«  Un groupe de rock c’est un peu comme une famille qui se construit , se brise, se recompose »

Ian Gillan  à propos de Deep Purple, 1969.

 

En 1969, les Anglais reprenaient les vieux bluesmen, la musique noire crue et gonflée dominait. L’autre courant était le Rock progressif. On a vu arriver en même temps Led Zep et Jethro Tull, Thin Lizzy et King Crimson. Et quelques extra-terrestres comme MAGMA et son alter ego, l’autre groupe phare, GONG, les deux groupes qui tournaient en France, dans les maisons de la culture.

Cette aventure extra-ordinaire demandait un investissement démesuré de la part de ses membres, qui pour vivre, furent souvent amenés à faire autre chose, à jouer les requins de studio. La démarche du groupe est en effet sans concession et d’une exigence qui explique peut-être les brefs séjours magmaïens de la plupart des musiciens . Magma, tel le phoenix, a disparu, pour toujours réapparaître sous une autre forme.

Mais le passage demeure initiatique et donc inoubliable : le tout jeune violoniste Didier Lockwood s’en souvient encore avec émotion. Le pianiste de jazz Michel Graillier fit un temps aussi partie de ce groupe. Il faudrait bien évidemment citer le pianiste  François « Faton » Cahen à l’origine de Zao avec le saxophoniste d’origine hongroise Jeff « Yochk’o » Seffer, et tous les satellites de l’underground. Car c’est là que la musique se fait avec ses groupes dingues aux morceaux tenant sur une face, avec pédales d’effets, amplis trafiqués, et un son qui évolue…

Philippe Gonin souligne le rôle prépondérant du bassiste (à forte personnalité) JannicK Top qui, à plusieurs reprises, fit partie de Magma, contribua à transformer le son du groupe par un jeu « terrien » complémentaire de celui du batteur fait de « brillances, d’élans vers le ciel ». Magma était une machine à deux têtes, mais un esprit collectif résistait à la main-mise et à l’emprise du maître Vander.

A travers les nombreux avatars qui jalonnent les quarante ans d’existence du groupe, on sent bien les préférences de l’auteur mais certaines périodes sont d’évidence plus fécondes :

la fondation du groupe « pour jouer une musique nouvelle » avec l’enregistrement de « Kobaïa » , un  album concept ou la naissance du mythe en avril  1970.

Années 1971-1973 : 1.001°centigrades enregistré aux studios de Michel Magne avec à la production Patrice Blanc-Francard 

Années 1973-74 avec Vander Top première époque (Köhntarkösz)

Années 1975-76 Lockwood, Paganotti, Vander –Top deuxième époque avec le LIVE

1977-1985 : Entre bilan et renouveau

1985- 1992 Points de suspension

1992-1996 : Nouvel élan

2009 : quarante d’ans d’évolution musicale

 

 

L’intérêt du livre réside notamment dans le dévoilement de la construction d’une œuvre puissante, élaborée patiemment . Philippe Gonin évoque l’ influence  majeure,  la révélation de la musique de John Coltrane  pour le jeune Christian Vander, mais aussi d’autres sources non contradictoires qui se surimposent, la musique africaine, les musiques de l’Europe de l’Est, Igor Stravinski, Carl Orff, Wagner, la soul et le gospel…

Bien que passionné par le sujet, l’auteur trace un portrait subjectif mais juste, n’évitant pas d’indiquer les inmanquables dérives et autres reproches : assimilation à une secte, tentation fascisante, cosmogonie proche de la bande dessinée.

Car la  cosmogonie très vaste de Magma inclut nombre de thématiques plus ou moins « folkloriques », de l’épopée égyptienne à la geste médiévale, assorties d’un art unique de la mise en scène dans une époque qui privilégiait pourtant  la théâtralisation des concerts. Cet univers tout de spiritualité, d’ésotérisme et de magie noire fait une large place à la transe, au corps et aux rites initiatiques.  Les deux trilogies Theusz Hamtaahk, composée de Theusz Hamtaahk, Wurdah Ïtah et Mëkanïk Destruktïw Kommandöh et la trilogie Köhntarkösz, elle-même composée de K.A, Köhntarkösz et Ëmëhntëhtt-Ré sont sans doute les morceaux de bravoure, qui resteront.

Le contexte philosophique, linguistique même est développé et expliqué dans l’ouvrage puisque le kobaïen est une langue originale, complètement imaginée.  Car la vocalité est l’un des moteurs de l’œuvre : l’importance accrue du chant au fil des albums et l’introduction de choeur féminin avec la « figure » féminine essentielle de Stella Vander, muse, femme soeur…

 

Classer Magma ?

Absolument impossible :

« Incontestablement Magma, n’est pas du jazz. Du moins dans ses enregistrements studio »
Il n’en va pas de même en live où la longueur des morceaux, le goût et la prise de risque dégénèrent souvent en trames amples et imagées qui se développent  sur deux, trois, voire quatre faces d’un album. Magma c’est un embarquement pour une contrée indéfinie. De plus le groupe est aussi apprécié par les amateurs de jazz, peut-être parce que beaucoup de musiciens de jazz ont gravité ou se sont approchés de sa sphère d’influence, comme le batteur Simon Goubert dans  la période (intéressante au demeurant ) d’Offering (années 80).

 

Le livre de Philippe Gonin  est donc absolument indispensable pour appréhender l’histoire chaotique  du groupe et ses diverses formations, la replacer dans le contexte passionnant de l’époque.

La dernière partie du livre, la plus longue, commente la discographie avec soin : chaque album a été traité, non sous forme de chronique mais  analysé efficacement avec une mise en perspective des plus pertinentes qui n’omet pas de larges extraits de la critique de l’époque.

Un travail d’historien-chercheur, de biographe, plus encore que de journaliste ou /et de critique, indispensable d’autant que la lecture en est facile. On s’immerge dans ces pages qui racontent  l’ aventure imprévue vers des  « terra incognita », à une époque où la musique abolissait les frontières, l’ «expérience des marges» étant le maître-mot de voyages prometteurs.

 

Sophie Chambon

Les albums de Magma se trouvent tous sur le site de Seventh Records


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