Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

 

  pierrick pedron

Deux ans après « Omry », le cinquième album de Pierrick Pédron « Cheerleaders »  propose  une direction musicale aux confins du rock avec une production qui privilégie un véritable son de groupe. Une belle unité sonore où le saxophone ne domine pas mais se mêle habilement aux autres instruments, proposant une musique originale et novatrice. Un album qui a divisé la rédaction des DNJ et qui nous prouve que le saxophoniste breton sait prendre des risques, qu’il cherche, évolue, et ne reproduit jamais le même disque. Nous avons voulu le rencontrer pour qu’il nous parle de ce nouveau virage musical où le jazz se mêle aux sonorités du rock et aussi pour qu’il dresse un bilan de ses dix dernières années avec ses cinq albums passionnants et résolument différents.

 


Pierrick Pédron se produira au Sunset avec ce nouveau répertoire du 03 au 05 novembre 2011.

 

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi le 12 septembre 2011.

 

-       DNJ : « Cheerleaders «  est ton cinquième album et force est de constater qu’au fil de ta carrière tu n’as jamais reproduit le même disque !

 

-       P.P : Oui, car tout simplement parmi les artistes que j’apprécie, je n’aime pas qu’ils fassent deux fois le même disque ! Je trouve que ça ne sert à rien. J’ai fait cinq albums en dix ans, ce qui fait une belle moyenne d’un disque tous les deux ans et j’ai à chaque fois ressenti le besoin de changer de direction et de proposer autre chose. Ce n’est pas un calcul de ma part mais un procédé créatif très naturel, sincère et évident pour moi.

 

-       DNJ : Parle-nous de la genèse de « Cheerleaders » et des différents collaborateurs qui t’ont entouré.

    

      - P.P : Il fallait d’abord digérer « Omry » et savoir comment rebondir après ça ! pierrick-pedron-deep-in-a-dreamIl y a eu plusieurs rencontres décisives et déterminantes comme celles de deux êtres exceptionnels que sont Michele Simon et Alain Denizo qui sont tombés amoureux de ma musique et qui me suivent à tous mes concerts depuis « Deep in a Dream » ! 


 

      

      pierrick-pedron-omryIls ont beaucoup apprécié « Omry » et m’ont demandé ce que je comptais faire après ça. Je leur ai fait part de quelques envies qui me trottaient dans la tête comme celle d’effectuer un gros travail d’une semaine en studio dans l’esprit des productions rock des années 1970 sur un projet qui mêle des musiques de fanfare et des nouvelles compositions que je voulais développer avec les musiciens d’Omry. Ils ont accepté de devenir mes mécènes et de financer ce travail en studio.


      pierrick-pedron-cherokeeEnsuite il y avait l’envie de retravailler avec mon vieux copain Ludovic Bource qui avait déjà produit mon premier disque « Cherokee ». Ludovic, c’est un ami d’enfance en Bretagne, il jouait de l’accordéon et du piano et son prof de musique était ami avec mon prof de musique. On s’est rencontré comme ça puis on a été au CIM ensemble lorsqu’on avait 18 ans et on a beaucoup joué ensemble notamment dans des groupes de funk. Après la vie nous a séparé, j’ai mené ma carrière et lui a travaillé avec Bashung et a composé des musiques de films (dont les « OSS 117 » et « The Artist  » de Michel Hazanavicius).


     pierrick-pedron-cheerleaders-112124260Ludovic avait adoré « Omry » et avait envie de retravailler avec moi, je l’ai donc naturellement contacté pour qu’il dirige les séances de studio de « Cheerleaders ». On est parti de thèmes de fanfare que j’ai écrit et que j’ai fait arranger par Vincent Artaud. On a organisé une séance de studio où l’on a enregistré sept courts morceaux de fanfare avec 16 musiciens chevronnés qui venaient du classique avec quelques instruments incroyables comme le cor de chasse ! Puis j’ai mis de côté les morceaux de fanfare et j’ai écrit des nouveaux morceaux pour le groupe qui avait déjà fait « Omry » avec moi. On a travaillé avec Laurent Coq et tous les musiciens sur ces nouvelles compositions en studio de répétition et on a très vite bloqué des dates pour l’enregistrement. Ludovic m’a conseillé de travailler avec Jean Lamoot au studio ICP de Bruxelles car il s’était très bien entendu avec lui lors de l’enregistrement de « l’Imprudence » de Bashung. Jean Lamoot  n’avait pas d’expérience dans le domaine du jazz, il est très connu dans les milieux du rock et pour Ludovic, il ne faisait aucun doute qu’il était l’homme de la situation et je leur ai fait une totale confiance. Après une semaine intense d’enregistrement, j’ai retravaillé avec Vincent les séquences de fanfare que j’ai envoyées à Jean Lamoot pour qu’il les incorpore au mixage. Le résultat final  a dépassé nos espérances et nous littéralement bluffé !

 

-       DNJ : Comment est venu le fil conducteur de l’histoire avec ce personnage de la majorette ainsi que les titres des morceaux ?

 

-       P.P : Au départ il n’y avait que de la musique et je n’avais pas spécialement d’histoire à raconter, d’ailleurs les morceaux n’avaient pas de titre, je les avais appelé « Coupe 1 », « Coupe 2 », etc…

    Puis Elise Dutartre qui est photographe et vidéaste a eu l’idée de ce personnage de majorette (cheerleader) qui ferait le lien émotionnel entre la musique produite et l’ambiance de fanfare. Elle a réalisé la photo à l’intérieur de la pochette du disque avec sa propre sœur déguisée en majorette qui pose à côté de moi en s’inspirant du photographe Tim Walker.

 

CheerleadersPhoto ©Elise Dutratre


    Cette majorette est vite devenue le fil conducteur du disque et nous avons construit ensemble une narration cohérente qui nous a permis d’identifier chaque morceau en lui donnant un titre (un seul morceau n’a pas de titre : « Coupe 3 » et rend ainsi hommage à l’identification initiale des différentes plages !).

timwalker1 637Photo ©Tim Walker

    

 

-       DNJ : Si tu le veux bien, rentrons dans le détail de chaque morceau au fil de la narration que tu as construite.

 

-       P.P : Attention ! Ce ne sont que des bribes d’idées qui doivent laisser une grande part d’imaginaire, comme lorsqu’on rêvait adolescent devant les pochettes de nos vinyles préférés : les disques de Pink Floyd par exemple, d’ailleurs j’ai été inspiré par l’album « Atom Heart Mother » de 1970 avec sa fanfare et ses chœurs symphoniques. En gros, l’idée est que cette majorette rêve beaucoup et a envie de vivre une autre vie, comme par exemple de devenir une grande danseuse, d’où le titre « Toshiko » qui clôt l’album et qui est en référence à une danseuse contemporaine qui vit à New-York et qui est une amie de Laurent Coq. Je voulais que chaque morceau corresponde à un imaginaire visuel, « Esox-Lucius » veut dire « brochet » en latin, on peut imaginer que notre majorette fait un cauchemar où elle se transforme en brochet. « The Cloud » c’est aussi un rêve, mais beaucoup plus apaisant et planant. « Miss Falk’s Dog » est tiré de la musique qu’Henri Mancini avait composé pour la série « Columbo », en regardant par hasard un épisode de cette série, j’ai été séduit par la musique et j’ai immédiatement relevé ce thème d’oreille puis on l’a par la suite complètement réarrangé. « The Mists of Time » est une respiration dans l’album avec un son différent, beaucoup plus pur et moins produit, plus jazz aussi. Le guitariste Chris de Paw a joué quelques accords à la guitare acoustique, j’ai pris mon sax et j’ai improvisé la mélodie naturellement dessus, c’est venu tout seul et on l’a gardé tel quel. « Nonagon’s Dance » est un morceau en 9/8 avec des mesures asymétriques, il correspond à l’idée que la majorette jonglerait avec un nonagone, qui est un objet à neuf faces. « 2010 White Boots », c’est à la fois l’année de l’enregistrement du disque et les bottes blanches de la majorette. « The Cheerleaders NDE » est un morceau de Vincent Artaud, il s’agit d’une expérience aux frontières de la mort (NDE veut dire : Near-Death Experience), on peut imaginer que notre majorette est tombé dans le coma suite à un coup de sabot donné par un cheval.

 

 

-       DNJ : Comment vas-tu intégrer la fanfare pour les concerts de sortie de disques ?

  

      PedronP.P : Avec mon agent Pascal Pilorget, on a eu l’idée d’intégrer les harmonies municipales des villes où nous nous produiront. Il s’agit de fanfares composées  de musiciens qui ne sont pas forcément professionnels et qui joueront avec nous sur scène. Bien sûr, on ne pourra le faire que pour les grandes scènes car dans les clubs (comme le Sunset où nous joueront les 03, 04 et 05 novembre), j’utiliserai des samplers de la fanfare sur lesquels nous joueront.

 

-       DNJ : Ce qui m’a séduit dans « Cheerleaders », par rapport à « Omry », c’est qu’il y a un vrai son de groupe, le saxophone n’est pas spécialement en avant, et à l’image du titre « Cheerleaders » (qui est au pluriel), tout le monde est un peu leader et participe à ce groupe. Ce n’est pas un disque de Pierre Pédron avec des musiciens qui l’accompagnent, mais il s’agit surtout d’un album des « Cheerleaders ».

 

-       P.P : Ça me fait plaisir ce que tu me dis, car c’est une volonté de départ. Il s’agit des mêmes musiciens qu’Omry, on joue ensemble depuis plus de deux ans et on a fait pas mal de concert. Il s’agit effectivement d’un véritable groupe, dans l’esprit des groupes de rock, et Jean Lamoot l’a très bien compris en ne mettant pas spécialement en avant le saxophone dans son mix final et en privilégiant la sonorité globale du groupe.

 

-       DNJ : Tu es d’ailleurs très fidèle à tes musiciens et à tes collaborateurs car sur ton premier album « Cherokee », il y a dix ans, il y avait déjà Vincent Artaud, Franck Agulhon et Ludovic Bource !

 

-       P.P : Oui, c’est vrai, dix ans ça passe vite, mais si l’on compare « Cherookee «  et « Cheerleaders », on comprend bien que la musique et l’état d’esprit ont franchement eu le temps d’évoluer ! C’est vrai que j’aime bien jouer avec des musiciens que je connais, surtout lorsque ça fonctionne bien ! Il y a un esprit de famille qui ne me déplaît pas ! J’ai juste fait une exception dans ma carrière pour « Deep in a Dream », car j’ai enregistré l’album aux Etats-Unis et je voulais sur ce projet précis des musiciens américains.

 pierrick-pedron dr

-       DNJ : Je trouve que ta sonorité au saxophone alto a évolué et est assez différente de celle de «  Deep in a Dream ». Est-ce lié au fait que la musique soit différente, est-ce lié aux phrasés qui ne sont plus ceux du jazz, à l’articulation du jeu, ou au travail de la prise de son ?

 

-       P.P : C’est difficile de répondre à cette question et d’avoir conscience d’une évolution de sonorité dans l’utilisation du saxophone. Tout cela est subjectif et dépend de l’oreille interne, c’est le style de musique qui nous guide inconsciemment et qui a le pouvoir de nous faire changer de son. Ce qui est sûr c’est que sur « Cheerleaders », j’ai obtenu exactement le son de saxophone que je voulais. J’ai volontairement travaillé là-dessus car je n’étais pas satisfait du son du sax sur « Omry ». Sur « Cheerleaders », le son est plus plein, plus chaleureux, il y a plus d’harmoniques. Quand je joue en sideman un répertoire plus orienté vers le jazz, comme en ce moment avec Jacques Vidal sur « Fables of Mingus », il est évident que mon oreille interne va intégrer cette musique et la retranscrire dans la sonorité de mon jeu de saxophone.

 

-        PierrickDNJ : Parle-moi maintenant de cette signature chez Act, tu es l’un des rares musiciens de nationalité française à faire partie du célèbre label allemand de Siggi Loch

 

-       P.P : Oui les français ne sont pas nombreux, mais il y a tout de même Nguyen Lê et la saxophoniste Céline Bonacina, puis Yaron Herman et Youn Sun Nah qui, bien qu’ils ne soient pas de nationalité française, vivent en France. J’ai envoyé le projet chez Act et Siggi Loch ainsi que tous ses collaborateurs, ont beaucoup aimé l’ambiance du disque, l’originalité du propos et ma démarche. Act a donc accepté de prendre l’album en licence et j’ai signé avec eux un contrat d’artistes pour cinq disques à venir.

 

-       DNJ : As-tu eu un droit de regard sur la pochette du CD qui ne correspond pas vraiment à l’ambiance de l’album ?

 

-       P.P : Non, pas du tout, c’est le problème chez Act, ils nous imposent le design des pochettes. En fait j’avais le choix entre la photo d’une sculpture représentant ce gros bonhomme vert qui avale le monde « The Artist who Swallowed the World » ou un éléphant jaune bizarre avec des plumes. Ça n’a pas vraiment été un choix, car l’éléphant jaune, ça ne le faisait vraiment pas ! J’aurais nettement préféré que la pochette corresponde à la photo d’Elise Dutartre  publiée à l’intérieur du disque, mais ce n’était pas négociable !

 

Lionel Eskenazi

 

 


Partager cette page

Repost 0
Published by

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj