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La première édition du festival de musiques improvisées "RENCONTRES IMPROVISÉES DU PRIEURÉ " de Saint Sulpice s'est tenue les 25 et 26 juillet 2009.
Sous l'égide d'Agathe Lebelle, le prieuré de Saint Sulpice s'est prêté au jeu d'un festival en accueillant les passionnés et curieux désireux d'apprécier, souvent avec passion, une musique
imprégnée par la magie de ce lieu privé. Situé en Indre et Loire près de Châtellerault, c'est un havre de paix et de tranquillité et ces murs nous content leur histoire. Dans le prieuré, le public est assis en face d'un grand vitrail où le bleu de la nuit le fascine. En dessous, la scène acoustique des rencontres raconte une autre toute histoire, sonore celle-ci. D'autant que l'acoustique est naturelle et sans amplification. Avec un environnement simple mais hors du commun, la musique est d'ors et déjà dans un contexte enchanteur et souriant.
Ces rencontres improvisées comptent trois moment forts: deux après midi et la soirée du samedi 25 juillet.
Joëlle Léandre (cb), Géraldine Keller (voc), Daunik Lazro (bs), Didier Lasserre (dr), Benjamin Duboc (cb), Sylvain Guérineau (ts) et Rasul Siddik (tp) sont présents pour mêler leur talent au fil des envies. Puisqu'elles sont improvisées mais pas fortuites, ces rencontres se concrétisent en duo, trio ou quartet au gré d'un sourire entre protagonistes, de quelques impressions partagées autour d'un verre ou d'une caresse du soleil au rendez vous.
J'ai eu la chance d'assister à quelques concert dont je vous faire de quelques impressions. Pour les autres, il m'a semblé intéressant de les citer; histoire de vous mettre l'eau à la bouche.


Samedi après midi:
Trio Benjamin Duboc, Didier Lasserre, Sylvain Guérineau
Duo Géraldine Keller, Joelle Léandre
Quartet Rasul Siddik, Daunik Lazro, Benjamin Duboc, Didier Lasserre


Samedi soir:
Solos Sylvain Guérineau, Joëlle Léandre puis duo
C'est un peu la rencontre qu'on n'attendait pas, voire qu'on redoutait. Ces deux artistes qui font partie d'un même monde tout en étant très éloignés l'un de l'autre.
Assez rapidement le contact se fait après une courte passe d'armes pour jauger un peu. Chacun commet un solo, puis les deux se lancent ensemble. C'est Léandre la plus impressionnante; très à l'écoute, elle transcende le discours de Guérineau, le rend plus beau. Devant une bonne soixantaine de personnes, elle est tout aussi investie que devant une grande salle de concerts parisienne. Guérineau durcit ou assouplit la musique en alternant son discours très improvisé à une douceur jazz voluptueuse. Jeux de contrastes pour scène de contrastes où l'on sent une tension et un enjeu important pour les deux musiciens. Cette tension prend la forme d'un chamanisme musical, surtout quand Léandre s'exprime par chuintements et sifflements, rythme son univers par tapotements sur son instrument et respirations fortes. Ce qui fera dire à une jeune fille "Depuis quand elle parle la langue des serpents?". Comme le chaman, Léandre semble avoir du mal à retrouver ses esprits à la fin du duo. Elle sourit, respire vite, semble perdue et remercie son instrument pour ce qu'elle su lui donner. Quelle prestation en duo!

Trio Rasul Siddik, Benjamin Duboc, Didier Lasserre
Voici un trio minimaliste où l'on ne fait presque rien sauf l'essentiel: faire voguer l'âme des spectateurs.
Habitués à jouer ensemble, Lasserre et Duboc forme un duo solide qui va se fondre avec l'univers du trompettiste Siddik.
Duboc chatouille sa "grand-mère", la fait couiner et gronder doucement en début de concert alors que Lasserre bruisse sa batterie. Toujours étonnant voire imprévisible, Siddik siffle dans sa trompette-sourdine, émouvante de timidité ou souffle dans des instruments traditionnelles type flûte ou un ersatz de biniou.
L'atmosphère créée évoque les grands espaces comme le désert de Gobi où on s'entend respirer, gargouiller ou grincer; lorsque le corps devient un élément sonore. Vibrant. Si le duo Duboc/Lasserre a une sonorité spatiale parfois austère, Siddik apporte les criquets, les vents de chaleur et le ciel étoilé.

Quartet Daunik Lazro, Géraldine Keller, Joelle Léandre, Didier Lasserre

Dimanche midi:
Ode maritime, F. Pessoa, mis en voix par P. Bertrand

Dimanche après-midi:
Trio Rasul Siddik, Daunik Lazro, Sylvain Guérineau

Duo Joelle Léandre, Benjamin Duboc
C'est une "première mondiale" que de voir sur scène ces deux contrebassistes éminemment talentueux de la musique improvisée française.
Ils ne se sont jamais produits ensemble auparavant. Léandre joue à l'archet, exclusivement et chante d'une voix grave pour rentrer en communion avec sa deuxième voix. Ce grand moment est unique: plus que deux musiciens improvisteurs, on entend deux concertistes à qui on demande impatiemment de réitérer leure partage sur scène.

Duo Daunik Lazro, Didier Lasserre
Intimistes et chamans, les deux musiciens n'ont pas joué. Plutôt, leurs instruments sont rentrés en communion pour deux duos courts où chacun parlait avec la voix de l'autre. Subjuguant

Le festival se termine par le Trio Géraldine Keller, Benjamin Duboc, Didier Lasserre où la chanteuse a mené une prestation très libre.

Si le prieuré est un petit lieu avec une petite jauge, c'est pour un grand public qui a su écouter avec respect et passion des improvisations improbables dans d'autres contextes. Ce petit festival nous a présenté des collaborations et rencontres uniques - des premières mondiales comme disait Joëlle Léandre avec humour - qu'on souhaite retrouver, approfondir et multiplier pour une seconde édition ... on l'espère du fond du coeur.

Jérôme Gransac

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