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Article paru sur
 (Autoproduit / Discograph)



Le visage blanc d'une inconnue – Alison, peut-être bien. Alison K., l'anonyme. Belle silhouette, aperçue de dos dans les couloirs sombre d'un métro, nuit d'ivresse ou de délire. Rayonnante, lumineuse. Visage indistinct dans une foule floue. Les couleurs se noient les unes dans les autres, tout se fond. Existe-t-il quelque chose, autre chose que cette envahissante nausée de l'indistinction et le visage, le visage blanc d'Alison K. ?

Du vacarme permanent de ce monde sans mise au point, le trio parisien Sons of Frida a toujours su tirer le motif de nappes noisy, confinant parfois à l'abstraction. Pour un tiers remanié depuis son premier album (l'excellent et autoproduit Toboggan, 2005), le groupe continue l'exploration musicale de ce chemin avec l'album The white face of Alison K.

Déflagrations sonores entrecoupées / entrecoupant des passages plus mélodiques – sans que l'on sache bien auquel s'attacher vraiment. Lentes atmosphères évocatrices, aux répétitions inquiétantes, qu'hante parfois une trompette fantomatique ("") ou une voix minimaliste, plainte plutôt que chant ("Bad Dream" ou "PKL"). La basse, ronde, gronde soudain, émerge, monstre marin par une nuit sans lune (jeter une oreille attentive à la cinquante et unième seconde de la deuxième minute de "Home").

On se surprendra parfois à rêver, s'imaginant qu'un Sonic Youth aphone a osé un album post-rock ; ou, à la rigueur, qu'Explosions In The Sky s'est offert le luxe d'un album sonic youthien. Mais la réelle nouveauté de ce deuxième album, c'est que Sons of Frida enrichit son univers sonore de quelques touches plus groovy, voire dansantes, se rapprochant parfois dangereusement du Fly Pan Am le plus électrique. C'est assez évident sur "Bad Dream", qui évoquera par ses sonorités l'album Ceux Qui Inventent N'ont Jamais Vécu et son "Sabotaged Distraction Partiellement Sabotée" ; mais c'est également vrai de l'urgence de "Plants & Hot Water" ou des martèlements de "Home".

L'album dessine ainsi avec cette application qui n'exclut pas la fièvre des tableaux sonores (soniques ?) évocateurs. La mélancolie et ses scandales intimes ne sont jamais très loin. Comme des vagues blanches, rêches, désaffectées. Un album impressionniste, habile peintre d'un chaos intérieur. Quelque part entre Picasso et Turner. Au milieu de la tempête, sur la place principale de Guernica, juste là, le visage blanc d'Alison, Alison K.

 

Cédric Chort

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