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27-Mai-2010

Festival Jazz à St-Germain-des-Prés.

Concert en solo à l’Eglise de St-Germain-des-Prés.

 

Les DNJ : Le concert de ce soir dure approximativement une heure et demi, et la tension reste à son comble du début à la fin. Comment un musicien, seul sur scène, prépare-t-il physiquement et mentalement une telle prestation ?

 

Bojan Z : Quand tu sais qu’il va y avoir un concert comme ça, il y a évidemment en amont une préparation mentale. Tu essaye un petit peu d’envisager comment te surprendre toi même, comment organiser les choses sans qu’elles soient trop organisées. Et ensuite, le reste est assez simple, il faut surtout se détendre l’esprit, et c’est plutôt là que cela se situe. Les idées et la Musique qui sont en permanence autour de ma tête ont besoin d’une pensée détendue, afin d’être apte à jouer, à les transmettre comme il faut. Donc, au final, je me suis juste « réchauffé » les doigts ce matin au réveil pour être en état de disponibilité totale pour la Musique qui sera là quelques heures après. Evidemment, il faut que quotidiennement soit effectué un travail rigoureux de la technique, cela va de soi pour un soliste. Il y a des moments où on est en bonne communication avec l’instrument et d’autres où on l’est moins. Peu importe, de toute façon je ne suis pas quelqu’un qui est dépendant de la technique pour pouvoir exprimer la Musique que je veux.

 

 

Les DNJ : Sans aborder maladroitement le débat du profane dans un lieu sacré, chacun conviendra que l’acoustique d’un lieu reste avant tout essentielle à la magie sonore. Mais il faut quand même reconnaître la difficulté à maîtriser la volatilité du son dans une église. Quels avantages et quels inconvénients retires-tu de l’acoustique d’un tel lieu ? Et précisément ici ce soir, dans l’église de Saint-Germain-des-Prés ?

 

Bojan Z : Je ne connais pas encore cette église. Je pourrais mieux en parler après. Mais ce n’est pas la première fois que j’ai eu l’occasion de jouer dans un édifice sacré ou, disons-le, dans un lieu à l’acoustique large et profonde. Lorsqu’on entreprend de jouer dans ce type de volume, je pense qu’il faut essayer d’occuper entièrement ce lieu avec soi-même. Etant aux commandes du piano, il faut avoir pour objectif de contrôler le son dans toute la salle, du premier au dernier rang. Globalement, lorsqu’il y a beaucoup de résonnances, il faut clarifier les choses. Notamment lorsque le débit de notes et le nombre d’évènements s’intensifient, l’intention risque de se retrouver noyée. Cela ne me permet pas de planer mais de clarifier les choses. Je suis préparé à tout ceci, mais ce processus va aussi se mettre en place naturellement.

 

Les DNJ : Chez un musicien improvisateur, la conception d’une personnalité est certainement le premier objectif. Aussi, les plus talentueux comme toi connaissent quotidiennement la remise en question du langage improvisé. Comment nourris-tu chaque jour concrètement la subtilité de ce phrasé si personnel ?

 

Bojan Z : J’ai plutôt du mal à m’entendre « me faire moi-même ». Lorsque tu prends conscience de ton style, de ton phrasé ou de ta personnalité,  il va sans dire que tu passes par une sorte de « roue de secours ». C’est en tout cas ce qui se passe pour moi. Je ne conçois pas spécialement l’improvisation comme une suite d’idées pré-établies et recrachées à l’infini, je pense que lorsque cela se fait, c’est toujours au détriment de la Musique. C’est d’ailleurs parfois une source de crispation pour moi lorsque je m’aperçois en jouant que mon cerveau utilise quelque chose de déjà-vu. En fin de compte, je m’oblige à m’intéresser à une tierce partie, autre que moi-même et ce que je travaille chaque jour, afin de m’éloigner de ces « acquis sociaux » que je trouve si peu inspirants.

 

Les DNJ : Tout le monde connait et reconnait le mélange de tes origines slaves avec le Pop-Rock et le Jazz. Nous avons pu lire ici et là que ta relation avec le folklore de tes origines ne s’était en fait construite que très tardivement, longtemps après avoir complètement assimilé la technique de ton instrument. Quel a été le déclic qui a permis au jeune musicien que tu étais de mélanger les styles et de s’en approprier l’alliage ?

 

Bojan Z : J’étais à l’époque très encouragé par un de mes mentors, Vojin Draskoci, qui fut un grand contrebassiste, m’accompagnant notamment sur le disque « Koreni ». C’était quand même un visionnaire en ce qui concerne ce subtil mélange entre cette force musicale qui existe dans les balkans et la chose qui nous différencie des musiciens folkloriques. Nous nous approprions le son populaire pour le rediriger vers des directions X ou Y en le mélangeant à d’autres Musique vivantes, et toujours en fond, cette approche de l’improvisation qui est propre au Jazz. C’était quand même courageux à l’époque. Mais tout s’est confirmé une fois en France, surtout encouragé par les musiciens avec lesquelles je jouais. Aujourd’hui c’est différent, je me concentre plutôt sur autre chose avec l’enregistrement de « Humus ». J’imagine qu’il y a surement quelques personnes un peu déçues de ce revirement, mais je ne m’éloigne jamais complètement de ce qui m’a construit.

 

Les DNJ : Ce n’est pas la première fois que tu es invité à jouer au festival de Saint-Germain-des-Prés. Et aujourd’hui, ton agenda n’a jamais été aussi rempli, avec notamment ce fameux Tetraband que tous les festivaliers attendent. Que pourrais-tu témoigner de l’état actuel de la profession de musicien de Jazz en France et à l’étranger ?

 

Bojan Z : Ce que l’on peut affirmer, c’est que c’est beaucoup plus dur qu’il y a une dizaine d’année. Plusieurs raisons l’expliquent. Il y a tout d’abord une avalanche de jeunes musiciens, et même si c’est très sain en soi, cela nuit gravement au niveau des salaires et des conditions de travail. Mais cette génération a un avantage certain, elle a assimilé naturellement toutes les nouvelles technologies de communications. Ce qui permet à chacun de mieux promouvoir sa Musique, de se mettre en contact plus facilement avec les bonnes personnes. Mais au train où tout évolue, il y aurait déjà, là aussi, sur internet, une trop forte affluence de l’offre.  La seconde chose est aussi très dommageable, puisqu’il s’agit de l’effondrement de l’industrie ayant pour produit le support sonore. Mais là aussi, je pense qu’il y a de bonnes choses à en tirer. Personnellement, au niveau du marché du disque, je suis très content d’être là avant la révolution, pour tout simplement pouvoir assister à ce qu’il y aura après.

 

Les DNJ : Après tous ces concerts, tous ces festivals, toutes ces expériences et ces récompenses. Après avoir posé les bases de ton œuvre avec « Yopla ! » et « Koreni », après l’acoustique « Transpacifik », l’électrique « Xénophonia » et ce soir ce magique retour au solo (après « Solobsession » en 2003). Le  Tetraband est-il un point culminant dans ta carrière ou bien un simple accomplissement avant un autre ?

 

Bojan Z : Ils sont tous liés. « Xénophonia » m’a orienté clairement vers le Tetraband… « Koreni » vers Transpacifik… etc... Si on remonte jusqu’au début, on peut parler de fil conducteur. Mais chaque album est différent et détient sa propre personnalité puisque très souvent des gens viennent me voir pour me demander de refaire ce que je faisais dans un disque précédent. On peut évidemment prendre un truc qui a marché et en faire l’industrie, un « fond de commerce » en quelque sorte. Mais personnellement, j’ai toujours entrepris de faire mes disques avec en tête quelque chose de frais, de nouveau. Certains artistes ont cette capacité à se renouveler, ce qui leur permet de faire 2 disques par an. Ce n’est pas vraiment mon cas, je préfère retrouver plus sagement cette urgence de créer, ce besoin naturel d’avoir des choses à dire, et logiquement, ce besoin de faire un disque.

 

Les DNJ : Si tu avais un vœu à formuler, quel serait-il ?

 

Bojan Z : Avoir un bon piano chez moi... (rires)

 

Propos recueillis par Tristan Loriaut au Festival Jazz de Saint-Germain-des-Prés, Jeudi 27 Mai 2010, sacristie de l’église de Saint-Germain-des-Prés.

 

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