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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 22:28

1 Cd Derry Dol / Soca Disc 2012

 edouard-bineau.jpg

Chaque album est une balise, certaines sont là pour marquer le temps, d’autres pour engager de nouvelles orientations. Wared, qui est le nom du groupe du pianiste Edouard Bineau (anagramme d’Edouard) correspond, non pas à un changement de groupe -on ne change pas une aussi belle équipe qui marche- mais à l’inscritpion de la musique du pianiste dans d’autres formes, un quintet de jazz décomplexé et libre, un label qui s’affirme Derry Dol, à qui l’on souhaite le meilleur dans une conjoncture aussi peu favorable.

A partir du trio existant depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre ( réécoutez L’obsessionniste, dédié au Facteur Cheval, personnage extravagant qu’aime le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine. Ce personnage hors du commun a mis toute sa vie dans son Palais, « Bringing it all back home » comme le dit si bien Dylan, une autre idole du chanteur jurassien. Pourquoi évoquer Thiéfaine ? Parce que Wared reprend un des tubes de ce chanteur si singulier « Lorelei » …Ah les affinités électives…On remarquera aussi une autre reprise, de Brassens, «Mourir pour des idées» où Edouard Bineau se lance à l’harmonica, ce qui  confère une couleur bluesy à la rengaine libertaire de l’ami George. Une fois de plus c’est la preuve que Brassens se prête aux variations du jazz (Les étrangers familiers), qu’il avait du swing dans les veines et un sacré rythme dans le poignet.

Une couleur particulière, un son de groupe pour ce Sextoy, qui devrait donner de bonnes vibrations, à n’en pas douter quand on connaît les musiciens.

Justement, dans le disque précédent c’est le talentueux saxophoniste ténor et soprano allemand Daniel Erdmann qui faisait son entrée, avec une énergie communicative ; le clarinettiste et saxophoniste altiste Sébastien Texier, était invité. Il en est à présent membre à part entière, et ainsi la formation s’étoffe avec des unissons et des contrepoints délicats, une instrumentation plus complexe qui autorise des compositions ouvertes, plus développées. Chacun continue à se donner le temps de construire dans l’échange, à parité, s’appuyant sur le groove persistant de la paire rythmique Cette musique impose sa fluidité dans une succession de titres curieux, aux climats changeants, qui ne contrarie en rien la persistante continuité de l’ensemble. Quelle est la ligne conductrice ? Le goût de la mélodie qui chante, dont la ligne claire se retient, avec autant de variantes que les frémissement passionnés d’une douce violence des soufflants.Un jazz qui ne perd pas ses repères, marqué de la touche « Bineau » qui dose toujours ses interventions, s’intégrant dans le son plein et riche du quintet.  Quand il avance, non masqué, dans toute la poésie du jazz, sensuel et mélancolique, résonne ce « No way back »  émouvant, rauque. Avec son complice Texier, ça chante vraiment comme dans la soyeuse et prenante musique au groove hypnotique de ce « Carousel » de cirque.        

On continue à suivre avec plaisir ce groupe qui se rôde en concerts et festivals. Avec le souhait de les voir passer près de chez nous….    

Sophie Chambon

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 22:31

Laborie Records – 2011

Vincent Mondy (Sx, Clar.), Simon H. Fell (Cb), Richard Comte (gt), Thibault Brandalise (Dms)

 

 mondy-copie-1.jpg

Navigant entre Free-Jazz et Rock alternatif, la Musique du quartet du clarinettiste Vincent Mondy reste, malgré cela, inqualifiable, faite de prises de risque, de libertés volontairement incontrôlées. Le son bourdonnant de la contrebasse de Simon H. Fell y est surement pour beaucoup, offrant une remarquable assise à l’orchestre. La découverte du batteur Thibault Brandalise est par ailleurs une surprise, ce musicien associe avec intelligence une sereine liberté créatrice avec le travail du son de ses peaux et cymbales. Faite aussi d’onirismes multiples, de résonnances aux reflets pourpres, de sombres élucubrations sonores telles des effluves aquatiques, cette Musique divinatoire prend sa source dans la complémentarité des musiciens qui la compose et l’interprète avec sagesse. Le côté explosif d’un tel projet est évidemment impossible à ignorer tant la jouissance à l’entendre et à la ressentir est réelle. L’électricité de l’instrument de prédilection du guitariste Richard Comte ajoute un esprit rageur à l’ensemble, force est de constater son étonnante maîtrise du timbre, comme dans Free Nelson. Vincent Mondy, quant à lui, se retrouve porté par une affluence d’interactions diverses entre ses collègues, provoquant en lui l’envie d’y participer par le biais de l’improvisation, là aussi sans limite de temps et d’ambitus. Les compositions sont le fruit du travail de leurs interprètes, elles sont quelques fois organisées autour de simples ostinatos, dans Sdf par exemple, de mélodies faussement aléatoires, comme dans Over Black & Grey, de violences extrêmes, en témoigne la partie improvisée d’Ethnocentric. Le calme refait surface le temps d’une balade intense de lyrisme (Diaphane), comme pour refermer cet album incommensurable de talent. Une énergie redoutable occupe la majeure partie de ce disque qui se révèle être étonnant de sincérité.

Tristan Loriaut

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 16:49

Nato

Tony Hymas (p), Chris bates (cb), JT Bates (dm)

tony-hymas-blue-door.jpg

Chez Tony Hymas, il y a toujours le blues qui est là, plus ou moins caché derrière le rideau. Que voulez vous, il en y a c’est le bop, d’autres ce sont les grandes introspections solitaires, d’autres encore les rêveries debussiennes, Tony Hymas, c’est le blues. Le blues, oui mais toujours avec cet esprit frondeur, cette rebellion viscérale, ce souflul mind qui porte sa marque. Personne ne joue le blues comme Tony Hymas. Entendre Superhéro.

Il est entourè ici des frères Bates JT et Chris, les kids de Minneapolis que l'on avait entendu au sein de ce jeune groupe, Fat Kid Wednesday, ou encore ( s’agissant de JT) dans le très beau "Birdwatcher" de Michel Portal ou il étrait déjà associé aiu pianiste. Lorsque l’on sait que les gars Bates viennent du même coin qu'un David King ( The Bad Plus) on comprend qu’il ya chez eux le sens d’une rythmique qui ne donne pas vraiment dans la dentelle mais joue plutôt façon rock, ce qui n’est pas forcément pour déplaire au pianiste anglais dont le jeu très viril s’en accomode fort bien.

Hymas reprend quelques uns de ses titres anciens comme l'Origine du Monde ( qui dans un précédent album était magnifiquement entourré de cordes), ouvre l’album par un morceau chanté ( The way back home : ah cette voix bvenue du fond des ténèbres !) et offre même un hommage à Ferré en arrangeant Avec le temps.

Je n’ai pas entendu les références à Erroll Garner dont il est fait référence dans les liners notes. En revanche dans cet album qui replonge dans les racines du pianiste, le clin d’oeil à Red Garland m’a paru plus pertinent et carrément explicité ( Blues for Red Garland). On est loin ici du militantisme de Tony Hymas, aux antipodes de son travail sur les indiens (“Oyaté”), aux antipodes de son travail sur l’esprit résistant de la Commune. Tony Hymas a toujours affiché une immense liberté artistique, inclassifiable, irréductible à tout catalogue et il le démontre là encore à mille lieux de là où on pouvait l’attendre dans cette période pourtant propice à toutes les indignations.

Et pourtant le travail n’est pas non plus dénué d’engagement. Mais il est artistique, là encore échappant à toute figure de stéréotypique de style. Le jeu de Tony Hymas n’est jamais dans sa propre caricature. Mais il est dans un art du ressentir. L’expression fougueuse de Tony Hymas, très “rock” est ici souvent retenue pour laisse s’exprimer un  pianiste à l’extrême délicatesse. Il faut l’entendre sur La chanson du bonhomme porter le thème à haute intensité dramatique ou alors se faire lyrique sur Ferré avec beaucoup d’élégance.

Revenu au jazz , par ses propres moyens, Tony Hymas est ici plus apaisé ce qui ne l'empêche pas de démonter de bout en bout qu'il est véritablement ce que l'on appelle un artiste TOTAL.

Jean-Marc Gelin

 

Il y a quand même quelque cruauté à rééditer aujourd’hui, en même temps que Blue Door, le superbe album en trio avec Jean-François Jenny Clark et Jacques Thollot : « A winter’s tale » qui ne fait finalement que souligner que la rythmique des frères Bates est quand même loin d’être à la hauteur de cette mythique rythmique même si l’on n’est pas forcément insensible aux trésors d’ingéniosité déployés dans le jeu de JT Bates.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:13

 

Olivier Hutman (p), Ya n Martin (tp), Matthias Malher (tb), Michael Nick (vl), Thomas Savy (cl), Pierre Wekstein (sax), Claude Brisset (cb), Philippe Dammais (dm)

 klezmer-nova-l-entre-deux.jpg

Attention, évènement de ce début d’année !

Les anciens de l'Orient Express Moving Shnorers se sont reformés il y a déjà quelque années en un nouveau groupe, une nouvelle forme, un nouvel esprit, un Klezmer Nova que certains (ils ont tort et ils sont de moins en moins nombreux) ne connaissent pas malgré les diverses apparitions du groupe sur la scène de l’Européen à Paris.

Klezmer Nova : on ne saurait mieux dire tant il s’agit d’un bien sérieux coup de neuf dans l'univers de la musique Klezmer trop souvent ancrée dans les archtétypes de la musique ashkenaze et des prodiges de Naftule Brandwein. Au point que bien que l'ancrage Klezmer soit très clairement affirmé et revendiqué comme le marqueur de sa musique, Pierre Wekstein a su néanmoins créer une musique iconoclaste, inventive, créative et hors tout champ stéréotypique puisant à de multiples sources.

Avec un superbe octet de jazzmen et un magnifique travail d'écriture, le groupe sonne autant comme un big band, que comme un combo Klezmer ou une fanfare balkanique. C'est que tout dans cet album relève d'une richesse musicale inouïe. Avec 28 titres regroupés autour de 3 thèmes ( Ladilafé, Takamaka Songe, Aedes Cosmopolites) Pierre Weikstein fait s'enchevêtrer l'humour, la poésie et la philosophie et autant d’influences musicales. Il y a du théâtre, de la danse, des rires et des larmes. Une dramaturgie magnifique comme l'aurait compris Albert Cohen. Et ça danse, parfois un peu genre Bar Mitzvah mais aussi et surtout comme une fanfare baroque où Solal et Mangeclous semblent emmener avec eux Emir Kusturica dans une folle sarabande où la vie s’exulte en jaillissements. Mais dire cela est pour autant réducteur à une configuration dont Pierre Wekstein ne cesse de s’échapper pour s’ouvrir à une écriture bien plus subtile comme Sysiphe 974 par exemple où il est plus question d’influence presque Debussiennes si toutefois l’on osait s’embarquer sur ce terrain. Et pourquoi pas Gorecki ? Oui d’ailleurs pourquoi pas ?

Il y a de l'intelligence dans cette musique là, dans son texte et son contexte. Mais aussi des moments d'émotion pure qui èmergent et nous renvoient à des textes sublimes issus de la culture Yiddish. Le violon, si étroitement lié à la tradition reprend aussi ses droits comme dans ce thème superbe (Le Songe) où il porte à son paroxysme une musique qui n’a dégale que la beauté des toiles de Chagall. Magnifique et déchirant Michael Nick. D’ailleurs c’est bien simple tous les solistes sont sublimes. Il faudrait parler de ce chorus incroyable de Yann Martin sur Bogalusa. Il faudrait parler aussi de Matthias Malher auteur d’un moment d’héroisme rugissant au trombone sur Ladi ou encore des envolées et des melismes sinueux de Thomas Savy. Il faudrait parler aussi de Claude Brisset et de Olivier Hutman qui portent les Déferlantes à un point quasi volcanique. Là encore l’écriture brillante de Pierre Wekstein et  ses arrangement non moins lumineux.

L’orchestre est en marche et fonctionne dans tous ses rouages. Capitivant il ne vous lâche pas et sait vous emmener irrésistiblement.

Que la culture Klezmer soit ou non la notre (moi jusqu’à présent les énervements Klezmero-zorniens avaient plutôt tendance à m’exaspérer), Pierre Wekstein parvient à en décloisonner son enracinement pour la rendre plus universelle. On jubile de bout en bout. On suit la troupe virevoltante et émouvante à la fois.

Cet album est assurément l'un des plus brillants de ce début d'année.

Jean-Marc Gelin

 

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 21:50

 

Universal – 2012

Bojan Z (piano, fender Rhodes).

 

bojan-z-soul-shelter.jpg

 

Voilà une dizaine d’année que le pianiste d’origine serbe n’avait pas produit un disque en solo. Le nouvel opus de Bojan Z a été enregistré en Italie dans l’auditorium implanté au sein même de l’usine de fabrication de piano Fazioli, où sont produits des instruments parmi les plus somptueux du monde. Aussi risquée qu’elle puisse paraître, c’est aussi dans cette démarche que s’inscrit la confluence des cultures, si chère au pianiste. Jouant dans ce disque en permanence sur les dynamiques qu’offrent de tels instruments, Bojan nous transporte à travers les sonorités diverses de ses compositions, alliant liberté et lyrisme comme à son habitude. Il faut bien sûr parler aussi de l’inséparable Fender Rhodes que le claviériste trimbale depuis des années, de plus en plus trafiqué, bricolé, modifié pour ses besoins créatifs. On y retrouve logiquement une sorte de dualité entre acoustique et électrique. Un équilibre entre le son droit, juste et parfait d’un piano imperturbable et la fantaisie du timbre distordu de cet instrument issu des sixties qu’est le Fender Rhodes aux notes fausses (ce qui fait ici tout son charme !). Effets de vibrato et de saturation viennent ajouter encore plus d’étrangeté à la sonorité du piano électrique. Comme si cela n’était pas encore assez, Bojan explore aussi les contours de son instrument, jouant avec le cadre comme l’on se sert de percussions, frappant sur les cordes comme pour revenir aux origines de l’Histoire de la Musique. Poésie frénétique de la balade, introspection d’un musicien dévoué à sa Musique, discours improvisé sans aucune limite de temps et d’ambitus. Reflétant l’âme du musicien, le disque solo est sans doute l’œuvre qui par excellence est la plus similaire à un miroir.

Tristan Loriaut 

 

 

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:26

 

DP-Awakening_recto_full.jpgPJU records 2012 - Sortie en février 2012

Site David Prez

Paris Jazz Underground

 

Voilà le quatrième disque en leader du saxophoniste David Prez, membre éminent du collectif  Paris Jazz Underground, que l’on suit avec intérêt aux Dnj. Awakening  représente vraiment un éveil à cette musique que l’on appelle jazz et que l’on reconnaît sans la moindre ambiguïté. Dans le monde musical actuel, il faut avoir un certain courage pour vouloir jouer et vivre de cette musique dans notre pays et s’en revendiquer mais David Prez creuse son sillon dans la continuité artistique de la démarche de PJU. Tout en étant plus que réactifs à ce qui se fait aujourd’hui, les six musiciens ont une culture commune et une admiration intense pour les grands du jazz[i]. Ils tissent la toile au maillage souple mais solide d’un groupe soudé qui a pour base le formidable quartet en place depuis 8 ans autour de Romain PILON, Yoni ZELNIK et Karl JANNUSKA. David Prez a fait appel au pianiste Laurent Coq qu’il connaissait du "Blowing Trio" et qui a immédiatement intégré le son du groupe. Le trompettiste Yoann Loustalot, apprécié pour sa musicalité frémissante, est "invité" sur 4 titres, se prêtant au duo ténor/trompette, en écho au quintet de Miles avec John Coltrane ou Wayne Shorter,  en référence aussi à Joe Henderson et Freddie Hubbard.  David Prez entraîne son groupe avec un sens réel de la cohésion dans des compositions largement ouvertes au travail d’équipe. Le répertoire est constitué exclusivement de compositions originales de la plume du leader (2 sont de Romain Pilon ) recherchant une instrumentation et des formes musicales plus longues et plus construites, avec par exemple l'association efficace  guitare/piano. Mais chaque instrument est valorisé  dans l’écriture et le jeu. La contrebasse est souterraine mais chantante quand il le faut, comme dans la coda de cet Albatros inaugural, premier morceau écrit pour ce nouveau groupe...Le drumming véloce, sans ambivalence, puissant et contrôlé,  groove et déménage dans le solo qui commence Nerdville,  morceau assez "humoristique", sur un rythme de marche  entre « Blues March » et  « Stablemates» de Benny Golson ... ou le final de Clouds and a Robot qui a tout d’une composition "cinématographique", cinétique, évoquant des nuages dans la première partie,  avec claps  et  gouttes de pluie qui tombent ( au piano, il faut être très précis à 1:31). On entend aussi un robot  avant que l'ensemble ne s’emballe en un beau crescendo très rock'n roll...La guitare perlée (mais pas toujours) devient « folk » dans Four Symbols avec le style très particulier de Romain Pilon, original dans les différents grooves utilisés. La forme portée, soutenue par le son limpide du saxophoniste évolue en un long crescendo doucement "rock".  Les sons s’entrelacent, se tendent dans Blues for Mike, en hommage au regretté Michael Brecker, une composition qui n’a cependant pas la forme traditionnelle en 12 mesures (elle est en 7/4). Elle est sans doute l’une des plus sincèrement jazz du disque . Du jazz, du pur que l’on retrouve dans Sincerity, ballade écrite selon la tradition, avec une belle improvisation au ténor, dès les premiers accords, puis au piano. A l'écoute, on pense à un standard sans pouvoir l’identifier, évidemment. Du grand art et une parfaite maîtrise du vocabulaire et de la syntaxe jazzistiques. Et pourtant  le classique n’est pas en reste : Gabriel est  un hommage au compositeur Gabriel Fauré, inspiré de ses Nocturnes pour piano solo. L'introduction est la partie la plus "classique", jouée comme telle par Laurent Coq, sans improvisation. 

On se rend compte, en décortiquant chaque composition, de la recherche raffinée sous une apparente et réelle fluidité, d’un style que l’on pourrait presque qualifier d’ « intime ». C’est que David Prez fait passer la musique avant la technique et s’amuse avec les variations les plus subtiles ou contrastées :  Awakening, le titre phare, est construit de façon originale, avec une introduction au piano, un long solo de ténor dans la deuxième partie, sans que jamais, les thèmes ne se répètent. Contrairement à l’évident Repeat, pièce hypnotique et groovy, en 12/8 autour de triolets de croches avec plusieurs motifs mélodiques et rythmiques qui se multiplient. Pour ce musicien, le jazz prolonge aujourd’hui une tradition « savante » autorisant une réelle liberté d’écriture et d’interprétation, en se pliant aux diverses contraintes et autres nécessités dynamiques de ce langage : cette musique passe avant la fusion des genres, change la complexité en fluidité et exprime une maîtrise sans effort. Les compositions comportent juste ce qu’il faut de petits décalages, de délicates surprises  dans une mise en scène d’un groupe en totale interaction et non en progression parallèle. Rien n’est aussi simple qu’il le paraît dans cet album. Ce qui prouve que la leçon du jazz a été comprise, qu’elle n’est ni perdue ni oubliée… Et cela est vraiment  bien.

NB : L'enregistrement réalisé au studio de La Buissonne est d'une incroyable qualité acoustique avec la marque de Gérard de Haro toujours exceptionnelle. L'ensemble a été mixé à New York à Avatar Studio par l'ingénieur Katsuhiko Naito, autre référence en la matière. 

 


Pour les nouvelles de PJU: 

A noter que l'équipe du collectif PJU a quelque peu changé récemment. Il est composé actuellement de

Sandro Zerafa, Romain Pilon, Karl Jannuska, David Prez, Olivier Zanot et Yoni Zelnik.

  

Après une résidence au Duc des Lombards en octobre/novembre, la prochaine résidence aura lieu  aux « Disquaires » à Paris.

Le CD vient de sortir en février 2012 sur le label PJU


Il est disponible à la vente (physique) uniquement sur le site web de DAVID PREZ, mais aussi également en téléchargement sur Itunes, Amazon, Fnac et Virgin.

 


[i] David Prez m’a confié qu’il était actuellement en train de travailler des transcriptions de solos de Stan Getz sur "The Way you look Tonight" et Coltrane sur l'album "Milestones" aussi bien que des thèmes et solos de Charlie Parker...

Sophie Chambon
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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:47

 

Chick Corea (p), Steve Davis (tb), Tim Garland (sax), Hans Glawischnig (cb), Marcus Gilmore (dm),

Orchestre de chambre sous la direction de Steve Mercurio avec notamment le Harlem String Quartet et Imani Winds.

 

 chick-corea.jpg

L'année  2011 aura été une année riche pour le pianiste. Elle vient d'ailleurs d'être couronnée par la remise d'un Grammy Award pour son album "Forever". Mais elle avait aussi été marquée par son magnifique duo avec Stefano Bollani ou encore par un enregistrement avec Wynton Marsalis au Lincoln Center qui devrait être édité cette année.

 

Mais cette année 2011 sera aussi marquée par ce magnifique travail pour orchestre de chambre qui nous est ici restitué et qui est publié par Deutsch Gramophon, le label de référence en musique classique qui, une fois n'est pas coutume accueille en son catalogue une icône vivante du jazz. Certains y verront la marque de la consécration..... Ou pas.

Certes le pianiste s'était déjà confronté à l'écriture dite "classique" il y a quelques années pour le compte de Sony Music. Mais il acquiert ici une toute autre dimension. Car c'est un très gros travail de composition mais aussi et surtout d'orchestration qu'il livre ici avec un savoir-faire réellement surprenant où, sur le plan compositionnel on cfoit déceler la marque de Bartok comme influence dominante sur le pianiste. Par son sens des tiroirs ouverts et fermés au gré d'une fantaisie de l'écriture notamment. Il y aurait pourtant pu avoir tous les clichés du monde dans ce thème si éculé des "5 continents". On aurait pu s'attendre à quelques tambours pour évoquer l'Afrique ou des flûtes vietnamiennes pour l'Asie. J'en passe et des pas meilleures. Fort heureusement, on évite ce kitsch là même si astucieusement Corea glisse par-ci par-là quelques petites pastilles évoquant plus explicitement l'ancrage culturel du continent évoqué. L'oeuvre orchestrale est magnifique. Elle imbrique avec une fluidité naturelle les parties "classiques" écrites pour grand orchestre avec les parties improvisées plus "jazz"  souvent amenées par le piano de Corea comme trait d'union entre les deux univers et par ses solistes magnifiques qui viennent éclairer la masse orchestrale. Cela donne un ensemble organique et toujours en mouvement, écrit avec une rare intelligence dans la mise en oeuvre de tous les ressors de l'instrumentum. Sans abuser des cordes ou des vents, Corea parvient à un équilibre passionnant, créant ainsi un mouvement qui ne cesse de nous captiver. Brillant !

 

 

Un deuxième Cd, cette fois totalement jazz est enregistré en quintet autour de quelques standards. Pas forcement obligatoire (plus anecdotique dirons nous) mais assez jubilatoire tout de même dans cet art absolument consommé de faire swinguer les phrases dans un combo acoustique finalement tout aussi inhabituel pour Corea.

A l'heure où l'on a parfois le sentiment que Keith Jarrett ( à qui on l'oppose souvent) tourne toujours inlassablement autour des mêmes principes ( qui font d'ailleurs son génie mais qui surprennent de moins en moins), il y a chez Chick Corea quelque chose de réellement vivifiant à le voir ainsi multiplier les expériences. Soyons franc, je ne suis pas un adorateur du pianiste ( j'ai toujours eu un peu de mal avec Return to Forever .... oui je sais shame on me !) mais depuis quelques temps il se trouve que j'écoute la musique de Chick Corea différemment. Certainement parce qu'elle sait me surprendre et me donner envie de la réécouter.

Jean-Marc Gelin

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 21:53

 

Gaya Music / Abeille Musique – 2011

 sortie le 21 Fevrier

Jean-Philippe Scali (Alto, Bar., Sop. sax), Julien Alour (Tmp), Jerry Edwards (Tmb), Adrien Chicot (Pno, Fender Rh.),Simon Tailleu (Cb),Manu Franchi (dms), François Théberge (Ten. Sax), Thomas Savy (Bass Clar.), Bastien Ballaz (Tmb), Stéphan Carracci (Vibra.)

 scali.jpg

 

 

Encore trop méconnu pour l’immense talent qui l’habite, Jean Philippe Scali nous offre un album en sextet qui fera sans doute référence parmi les plus férus de Jazz. Ce saxophoniste, aussi à l’aise à l’alto qu’au baryton, est ici entouré par une fine équipe de musiciens issus principalement du sud de la France, en la personne du batteur Manu Franchi, du contrebassiste Simon Tailleu, du tromboniste Bastien Ballaz ou encore du vibraphoniste Stéphan Carracci, pour ne citer qu’eux. Une surprise en ouverture de cet album intitulé « Evidence » que l’on aurait à la base plutôt imaginé exclusivement ancré dans la tradition du Jazz. Brother James est une composition rafraichissante faite d’un groove redoutable orné de quelques légers effets sonores modernes. S’en suit un Autoportrait d’un chat sauvage rappelant les belles heures du sextet d’un certain Charles Mingus. Le clin d’œil est peut être un peu grossier, mais la beauté des arrangements est bien là. La liberté, la folie aussi. C’est d’ailleurs dans l’arrangement délirant de Fables of Faubus que respire cette folie, palpable au premier degré dès l’entame du solo de François Théberge au ténor. Lyrisme détonnant de chaque mélodie, chaque envolée, alternant ballades et swings ravageurs, groove efficace et second line festifs, ce sextet au fonctionnement bien huilé regorge de talents individuels, chacun au service de l’équilibre d’un collectif homogène. On notera aussi la sensualité du dialogue entre le baryton et la contrebasse sur le thème Come Sunday. Evidemment, la célèbre composition de Thelonious Monk qui donne le titre à l’album se retrouve ici transfigurée rythmiquement avec une bonne dose d’humour décalé, se balançant intelligemment entre binaire et ternaire. Et comment rester insensible à l’audacieuse revisite d’un When the Saints Go Marching In en deux parties, presque méconnaissable tant sa ré-harmonisation est aussi osée que juste. C’est d’ailleurs l’étonnant Jerry Edwards qui y tire son épingle du jeu dans un solo court et efficace. Que dire aussi du redoutable sens mélodique de l’improvisateur Adrien Chicot au piano sur Hope. Cet album est sans aucun doute une incontournable réussite faite de somptueuses compositions et arrangements, d’interaction permanente.

Tristan Loriaut  

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 19:06

 

Naim label 2012

Nathaniel Facey (as), Lewis Wright (vb), Tom Farmer (cb), Shaney Forbes (dm)

 empirical-.jpg

Pas vraiment surpris puisque l’on ne savait pas trop à quoi s’en tenir avec le nouvel album de ce nouveau groupe britannique qui nous est totalement inconnu.

Et pourtant ces jeunes anglais en sont à leur 3ème rèalisation, parcourent le monde en raflant quelques prix au passage et font se lever les foules lors de leur récente apparition au Festival de Newport (Rhode Island, Usa). C'est dire qu'outre-atlantique, Empirical est bien dans les radars des meilleurs observateurs.

 

Il ne nous reste donc plus, alléchés par une présentation presse un poil racoleuse (c'est normal, c'est le job !), qu'à partir à la découverte de cette nouvelle formation. C'est vrai finalement comme ils disent....., soyons "empiriques".

A l’entame de l’album on comprend très vite que les racines, ou en tous cas les inspirations compositionnelles sont plutôt à rechercher de ce côté ci de l’Atlantique que vers le jazz qui se pratique aux Etats-Unis. Ce qui est plutôt étrange s'agissant d'un groupe qui revendique clairement une filiation avec Andrew Hill, Wayne Shorter, Vijay Iyer ou encore Brandford Marsalis ( dixit le communiqué de presse). J’y ajouterai pour ma part volontiers Steve Coleman dans cette façon qu’ils ont de manier les structures complexes et les rythmiques impaires. Mais surtout ces 4 jeunes font preuve d'un sacré éclectisme naviguant entre plusieurs eaux parfois très post-bop ( Spitting them out), parfois très modern jazz new-yorkais  ( Simple things), parfois très européen (Out of sight).

 empirical2.jpg

Impressionnant de maîtrise, le groupe joue "terrible" sans toutefois bousculer le genre mais avec une réelle concentration sur leur sujet. La musique tourne beaucoup (trop) autour de ce jeune saxophoniste exceptionnel qui, pour le coup nos impressionne littéralement et dont on peut annoncer qu’il s’agira d’un talent à suivre ( écouter Nathaniel Facey sur Cosmos dédié à l’astronome américain Carl Sagan : un son ciselé et une impressionnante maîtrise du flow).  Jeune altiste remarquable, au lyrisme très acéré qui trouve avec les rondeurs du vibraphone un exact pendant. Sa complicité avec Lewis Wright , vibraphoniste tout en délicatesse, est ultra efficace. Les 4 font ainsi tourner la musique avec sens du jouage qui démontre une vraie cohérence de groupe. Jamais dans la facilité, toujours imprévisibles quant aux choix esthétiques, ce quartet porte la musique à haut niveau même si l'écrin offert à l'altiste privilégie la texture au détriment parfois du groove dont Fancey semble avoir seul la charge.

Nous aurons l'occasion de vous parler bientôt du nouvel album de Get the Blessng autre groupe du pays d'Albion qui témoigne lui aussi de la vitalité du jazz anglais. Avec Empirical nous avons c'est sûr un groupe à suivre de près car il confirme ce que l’on savait de la vigueur du jazz britannique qui commence aujourd’hui à produire des jeunes pousses de bien grand talent. Attention déferlante assurée.

Jean-Marc Gelin

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 22:11

 

ECM – 2012

Andy Sheppard (Ten., Sop. sax), Michel Benita (Cb), Sebastian Rochford (dms)

 

TrioLibero.jpg

 Le nouvel album du saxophoniste et compositeur britannique Andy Sheppard ne laisse pas indifférent. Basé sur une orchestration classique du sax-contrebasse-batterie, ce « Trio Libero », composé du contrebassiste français Michel Benita et du batteur écossais Sebastian Rochford, nous offre l’occasion d’entendre des sonorités inédites organisées sous forme de dialogues instrumentaux riches en créativité. Enregistré sous le label mythique ECM à l’Auditorio Radiotelevisione Svizzera de la ville de Lugano en Suisse, cet album raconte une histoire bien particulière. Une histoire profondément ancrée dans un certain lyrisme plein de grâce et d’invention. En témoigne l’absence de tempo dans certaines compositions favorisant l’affluence d’un romantisme débordant de fraicheur, comme par exemple dans Libertino ou bien encore Dia da Liberdade. Alternant soprano et ténor, Andy Sheppard, comme à son habitude, vogue sur les sonorités diverses de son instrument, laissant en permanence libre cours à son imagination. La mélancolie émanant de certaines mélodies dénote une grande intelligence de composition, sans qui l’interprétation ne vaudrait pas grand-chose. Nous sommes bercés à chaque mesure par un onirisme voluptueux car ce projet s’inscrit définitivement dans une grande profondeur émotionnelle. La grande Musique qui en ressort, faite d’espaces excessivement larges, laisse se développer une savante intéraction quasi-perpétuelle entre les membres de l’orchestre. D’ailleurs, la patte sonore ECM ne va pas à l’encontre de cette démarche, en témoigne encore et toujours cette incommensurable passion pour la résonnance à outrance. Tout au long de l’année 2012, le « Trio Libero » entamera une vaste tournée de concerts à travers l’Europe. C’est l’occasion de découvrir la Musique instinctive de ce trio d’audacieux improvisateurs. Tristan Loriaut

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