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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 21:45

 

Universal 2012

Malia (vc), Alexandre Saada (p, orgue, kaimba), Jean-Daniel Botta (g, cb), Laurent Sériès (dm), Danile Yvinec ( vibphonette)

 

 Malia_BlackOrchid.jpg

A priori, sur le papier c’est suicidaire. Pour une chanteuse, c’est comme d’entrer sur un terrain interdit, forbidden, chasse gardée avec des panneaux gros comme ça «  défense d’entrer, on tire à vue ».  Car en choisissant de reprendre le répertoire de son idole, Nina Simone dont chacune des chansons est chargée d’une histoire personnelle de la chanteuse américaine, elle sait que d’emblée elle s’expose au modèle original. Mais Malia que l’on n’avait pas entendu depuis près de 5 ans n’en a cure et décide de s’approprier ce répertoire qui confine au sacré. Pensez : My baby Just Care for me, Don’t explain ( que pour ma part j’associe plus à Billie),   Four women,I Love you porgy, I put a spell on you etc….rien de moins que ça !

Mais avec brio, petit à petit , plus on avance dans le disque plus on comprend que Malia est  parvenue à apprivoiser ces thèmes sur son propre terrain. Soyons francs, pas toujours. Le début de l’album en effet relève un peu de l’imitation quant au registre de sa voix emenée un peu trop du côté de Billie Holiday. Mais petit à petit cette voix, magnifique, cassée, cette voix qui dompte l’émotion toujours au bord des lèvres prend le dessus et conquiert son public. La direction artistique du projet, confiée à Daniel Yvinec est formidable. La chanteuse prend alors ses aises , ralentit à l’envie le tempo de My Baby Just Careou s’appuie simplement sur des couleurs crépusculaires sur Feeling good aux accents d’une pop moderne alors que sur Four Women Malia incarne ces quatre figure avec une autre féminité moins empreinte de colère que dans la version de Nina Simone. Malia parle d’amour avec une presque candeur et I Love you porgy parvient à nous émouvoir d’une autre façon. Il y a chez Malia une nonchalance de la voix, une façon de laisser traîner les mots dans un sillage envoûtant. Son duo avec Alexandre Saada sur He ain’t comin’ home no more redonne vie à ce titre enregistré en 1967 sur High Priestless of Soul où, débarrassée des violons de l’original Malia s’impose aussi dans le registre soul avec un extrême dénuement.

 

malia-baby.jpg

voir la vidéo de My baby just care for me

 

On pourra penser que ces reprises sont, du coup débarrassé de la rage et de la colère de Nina Simone. Mais Malia n’en chante pas moins avec une très grande plénitude. On croit à la sincérité de sa démarche et de son hommage tant elle parvient à nous livrer ce que l’on décèle être une influence déterminante dans sa carrière. La chanteuse fille d’une mère originaire du Malawi et d’un père britannique rend alors cet hommage avec sa propre histoire. Qui allie sa fémininité et sa condition de femme noire dans un monde d’un autre siècle. Et à sa manière ce qu’elle revendique ne manque pas de passion brûlante.

Jean-Marc Gelin

 

Ps : et comment ne pas succomber au charme de ces divines coiffures de Malia !!!

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:25

 

Ahmad Jamal (p), Reginald Veal (cb), Herlin Riley (dms), Manolo Badrena (percus) 

ahmad_jamal_blue-moon_feb2012.jpg

Le secret de jeunesse du pianiste de Pittsburgh de 81 ans n'est il pas dans cet art de prendre son temps. Cette façon de ne jamais précipiter le tempo tout en le chahutant avec facétie. Cest en tous cas la première remarque qui mest venue à lesprit en écoutant le nouvel album de ce monstre sacré sur ce nouveau label avec cette nouvelle rythmique. Cette permanence.

Dans la musique de Jamal il y a toujours cette façon de se donner le temps et l'espace avec une maitrise et une respiration jubilatoire. Il y a du Eroll Garner en lui.

Laurapar exemple. Ele lui appartient et il peut la faire attendre, tourner autour d'elle et décider de son sort avec cet art du suspens, cette façon de suspendre la note, de créer la surprise harmonique, bref d'enchanter. Et si tout cela avec un sens du groove incroyable. Jamal peut s'arrêter, jouer les silences et reprendre sur le temps, le groove lui reste chevillé. C'est un art absolument magistral. Il faut entendre son groove sur This is the life. C'est le ternaire presque binarisé, presque funk . Du funk chez Debussy.

Ou encore cette magistrale interprétation de Blue Moon où le pianiste parvient à donner vie et âme à son quartet. On l'imagine à désigner d'un doigt pointé, ses accompagnateurs portés alors à se transcender au gré de la réinvention, du réenchantement du thème.

Il y a aussi quelque chose de bouleversant dans I remember Italy, cette balade qui, sous les doigts de Jamal prend ses deux sens. Une déambulation dans des souvenirs que l' on sait au coeur de l'intime. Non seulement à 81 ans cest sûr, on ne triche ps mais de surcroit Jamal évite le piège de tous les vieux pianistes qui avec l’âge devinnent  minimalistes. Jamal est au contraire d'une jeunesse hallucinante. Toujours fidèle à son propre style Jamal bouillonne d'idées et d'inventions harmoniques. Voire un poil facétieux avec ces petites incises décalées comme sur Gipsy.

Porté aux nues par sa nouvelle rythmique ( on y retrouve nénamoins le formidable Manolo Badrena aux percussions) Jamal s'affranchit de tout et de toute contrainte quelle pourrait lui apporter. Au contraire, en homme libre il survole son clavier avec une légèreté qui est comme un defi aux lois les plus élémentaires de l'apesanteur. A la fois puissant dans ses attaques et dune délicatesse aérienne dans son lyrisime. On retrouve du parfois du Jamal comme au temps du Pershing. Jamal, la maitrise de soi, l'art du silence ou du suspens. Du grand Jamal. Immense !

Jean-Marc Gelin

  Ahmad Jamal, le magicien, le compte rendu du concert au Chatelet

 


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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:06

 

Socadisc – 2011

 

Jean My Truong (dms), Sylvain Gontard (Tmp), Irving Acao (Sax), Leandro Aconcha (Pno, Key.), Pascal Sarton (Bass),Didier Lockwood (violon),Mike Stern (Guitar).

 

my-truong.jpg 

 

Il s’agit là d’un énième hommage au plus grand et au plus énigmatique des musiciens du siècle que nous venons de quitter, Miles Davis l’insaisissable. Cet honorable hommage intitulé « The Blue Light » est l’œuvre du batteur et compositeur français d’origine vietnamienne, Jean My Truong, devenu incontournable depuis les années 80 avec des groupes comme Zao, Indochine ou Surya, accompagnant entre autres des artistes aussi divers qu’Alain Bashung, Christian Escoudé ou bien encore Chuck Berry. Lorsque l’on choisit de rendre hommage à Miles, il faut malheureusement se limiter en choisissant une seule esthétique, une seule instrumentation. C’est principalement dans le Jazz-Rock que le batteur décide de frapper un grand coup, et cela entouré de remarquables talents en la personne du trompettiste Sylvain Gontard, du saxophoniste Irving Acao, du claviériste Leandro Aconcha et du bassiste Pascal Sarton. Il fallait aussi la présence d’incontournables du genre en tant qu’invité : le guitariste Mike Stern répond évidemment présent à l’invitation sur Decoy, tout comme le violoniste et ami de 30 ans, Didier Lockwood. Difficile de rendre hommage à l’œuvre d’un esthète aussi gourmand de nouveauté que fut Miles Davis. Comment interpréter Mademoiselle Mabry en négligeant All Blues. Pourquoi rendre hommage au Blue In Greensi cher à Bill Evans, en oubliant le Pee Wee de Tony Williams. Le célèbre Catembe de Marcus Miller fait partie aussi de la fête, sans faire offense au légendaire Joshua, interprété là aussi avec l’intelligence de l’arrangement. Il fallait bien le talent de Jean My Truong pour réunir tous ces chefs-d’œuvre avec autant d’audace. Chaque arrangement est d’ailleurs empli d’une sensibilité hors du commun, le plus souvent axés sur une fantaisie rythmique millimétrée, comme par exemple le thème de Milestone, s’il ne fallait en citer qu’un. La folie improvisatrice existe en chacun des interprètes et le quintet use d’une homogénéité sans pareil. Entendons-nous bien là : il s’agit dans ce disque de la continuation d’un mouvement de pensée, d’une philosophie. Jean My Truong et les siens y partagent leur immortelle passion pour cet idéal musical légendaire et... éternel. Tristan Loriaut

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 13:46

 

PLUS LOIN MUSIC/ JAZZ aux ECLUSES production

www.plusloin.net

Distribution Harmonia mundi

Sortie le 8 février 2012

jazzarium.jpg

 

 

Guillaume St James n’en est pas à son coup d’essai avec ce Polis, même s’il a quelque peu renouvellé le personnel de son sextet JAZZARIUM, créé en 2005  autour d’un trio de soufflants. D’une modernité métissée comme il se doit d’effets électroniques, de funk porté par une mini section de cuivres (Geoffrey Tamisier à la trompette et Jean Louis Pommier au trombone)  brillamment frottés, polis,  la musique du saxophoniste tisse une toile étonnamment mouvante et fluide : on se déplace sur l’échiquier de la cité, sans autre souci que d’observer la vie qui va... dans le sillage véloce de cette symphonie ou de ce concerto urbains. La musique qui résonne dans cette ville irréelle est joyeuse, effervescente, totalement imaginée par Guillaume St James : ça bouillonne et palpite un peu comme dans un film noir style « Asphalt jungle » ou dans la série « Les rues de San Francisco » : klaxons, alarmes new yorkaises, sirènes d’ambulances, tout le folklore bruitiste urbain y passe jusque dans les derniers morceaux !  Mais on  ne respire pas que des gaz d’échappement : sans doute, l’accordéon de Didier Ithurssary  y est pour quelque chose, adoucissant  la dure ambiance urbaine de nuances du musette ou de tonalités du folklore basque. On l’aura compris, le saxophoniste Guillaume St James est dans cet album du moins, un urbain convaincu, déterminé à affronter cette jungle, peu déterminé à s’enfermer dans le silence des bois, pour vivre en harmonie avec la nature. Ce qui l’intéresse (le titre en est la preuve) est la cité qui bruisse et bruit, la « polis » civique et politique : on est aspiré dans le tumulte urbain et sa folie créative, sans temps mort ni volonté contemplative, au cœur du spectacle actuel de la misère  dans Ceux qui restent et Social Climber. Et puis, on aime  la Polis Phonic Map qui séduira les amateurs de cartes et de plans de ville, qui a tout du jeu de l’oie. Il faut tout de suite déplier la cartographie de Clément Aubry composée ingénieusement sur des indications de Saint-James. A contre jour, les silhouettes des musiciens photographiées au verso apparaissent en filigrane sur le tracé de la carte. On démarre à la Balkanic station où personne ne s’entend, on se laisse porter sur un second titre romantique, bal(l)ade vive sans effet papillon, on entreprend une course en taxi, à la découverte des Basques bondissants et de leur folklore Iruten ari nazu, à moins que la poursuite en Mustang évoquant Bullit, et bien sûr Steve MacQueen , ne vous plonge dans la nostalgie. Une fausse  vraie rumba pour libérer les animaux du zoo entre le Père Noelet un vieux tube de Simon and Garfunkel et toujours un arrière-plan politique, Speed for Spike en hommage au metteur en scène Spike Lee auteur de l’emblématique Do the right thing. Le cinéma, le jazz, le polar, la ville ont partie liée, on le sait et on le ressent, la musique étant en tous les cas, propice à réveiller en images notre propre imaginaire urbain. Une fois encore, l’Amérique resurgit dans cette suite de tableaux musicaux,  car ne l’oublions jamais, cette musique aimée, le jazz, vient de là-bas... Même si  le festival  Jazz aux écluses à Hédé, en Ille et Vilaine, est l’antre, l’autre point d’ancrage, la terre de repli du saxophoniste.

Sophie Chambon

 

NB : Pour peu que l’on connaisse les musiciens, on peut aussi s‘amuser, en suivant la légende, à rechercher en quoi les animaux qui les représentent, leur correspondent.

 

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 21:42

 

Dave Brubeck (p), Paul Desmond (as), Eugène Wright (cb), Joe Morello (dm))

Sony Music 2012

dave-brubeck-their-last-time-out.jpg

 

Le 26 décembre 1967 est assurément un jour qui fait date dans l'histoire de ce quartet mythique. Et savez vous pourquoi cette date devait être gravée dans le marbre ? Figurez vous que ce jour-là, il s'agissait ni plus ni moins du jour de leur tout dernier concert. L'ultime, the very last one, le "encore un petit dernier pour la route", le " encore un et après j'y vais". Car le quartet sous l'impulsion du pianiste avait décidé qu'il s'agirait de leur toute dernière fois après quoi ils iraient chacun vivre leur vie ailleurs. Apres 10 ans à avoir sillonné le monde ensemble ils s'en iraient une fois le public rentré chez lui et les instruments rangés dans leur housse, suivre tous les quatre une route différente.

Il y avait donc ce soir là tout pour faire un événement inoubliable. Les 4 compères font tourner le répertoire, le best of, les tubes : " Three t get ready, Take five etc…" ainsi qu’un certain nombre de standards ( These Follish THings, you go to my head, St Louis Blues etc….).

On fera silence sur la qualité de l’enregistrement qui n’est pas forcément optimale. Il faut dire que ces bandes dormaient quelque part sur une étagère du pianiste  ( il a aujourd’hui 90 ans) qui les a en quelque sorte exhumé pour le plus grand plaisir des collectionneurs.

Il y a dans ces prises en live enregistrées le 26 décembre 1967 à Pittsburg un vrai plaisir, une joie de jouer ensemble pour cette dernière fois. Dave Brubeck au piano est une mine d’invention et Joe Morello, l’incroyable batteur qui nous a quitté l’an dernier est véritablement à son apogée dans cette science de la polyrythmie dont on ne dira jamais assez combien elle a contribué à révolutionner l’histoire de la batterie en jazz. Une fois n’est pas coutume, Paul Desmond semble légèrement un retrait, un poil moins inspiré que d’habitude, un poil moins puissant dans la pureté de son son. Peut-être les prémisses de sa maladie qui rendront à partir de cette année 67 ses apparitions plus épisodiques ( Paul Desmond était en effet atteint d’un cancer au poumon). N'empêche, une seule note de l'altiste et tout le monde succombe. Alain Gerber le disait bien : Paul Desmond et le côté féminin du monde ! Quand à Eugène Wright il est malheureusement victime d’une prise de son qui le relègue bien loin derrière.

Le public ( on ne sait pas s'il est avisé de cette ultime réunion) est aux anges. Le quartet peut bien lancer La Paloma, le public jubile parce que ce quartet-là n'en fait qu'à sa tête, réinvente tout toujours.

 

Aucune pointe de nostalgie, aucune tristesse, pas la moindre effusion lors de ce dernier set qui ressemble à beaucoup d'autres.Juste l'ultime trace d'un groupe exceptionnel.

Jean-Marc GELIN


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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 08:05

 

Eric Bibb : "deeper in the well"

Dixiefrog 2012

Eric Bibb (vc, g),  Grant Dermody (hmca), Dirk Powell (bjo, mandoline, accordeon), cedric watson (vlon, vc), Danny DeVillier (dm), Christine Balfa ( cajun tgle)

 eric-bibb-deeper-in-the-well.jpg Plongée en Louisiane pour le nouvel album du bluesman au chapeau. Avec une équipe de magnifiques musiciens du cru, Eric Bibb nous propose en effet 13 chansons placées sous le signe du blues efficace avec un art consommé des arrangement simples.

Il y a un charme évident dans cet album que l'on aime se passer en boucle. Ca sent le bayou à plein nez, ça tourne au blues groovy (Sinner Man), ca sent la moiteur d'une Louisianne sacrement rafraichissante.

Avec le violon très folk de Cedric Watson et l'harmonica plaintif et  virtuose de Grant Dermody, Eric Bibb n'a juste qu'à poser sa voix, sa guitare ou son banjo sur chacune des chansons pour faire mouche à tous les coups. Pas une seule seconde d'ennui. On se croirait installés sous la véranda, dans un fauteuil à bascule, une citronnade à la main.

Totalement acculturé (*),  Eric Bibb le chanteur de New-York exilè en Suède est en immersion dans ce studio de Pont-Breaux en plein coeur du pays cajun, en osmose totale avec ses musiciens qu'ils soient indiens ou créoles.

Impossible de résister au charme. Ca se chante, ça se danse, ça tape du pied et dodeline de la tête. Idéal pour prolonger le dernier épisode de Trémé.

Impossible de résister au charme.

Jean-Marc Gelin

  

 


(*) L'acculturation est l'ensemble des phénomènes qui résultent d'un contact continu et direct entre des groupes d'individus de cultures différentes et qui entraînent des modifications dans les modèles culturels initiaux de l'un ou des deux groupes. Il faut bien distinguer « acculturation » et « assimilation »

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 16:19

Tore Brunborg (ts), Tord Gustavssen (p), Mat Elertsen (cb), Jarle Vespestad (dm)

ECM 2012

tord-gustavsen.png

Admettons, soit, les clartés crépusculaires qui donnent à cet album le charme de ces mélopées nordiques aussi beau et chaud que le soir qui tombe sur les rivages de la Baltique.

Le pianiste norvégien, avec son quartet se coule en effet dans le moule de son label et de son propre univers. Prisonnier de son esthétique minimaliste, le pianiste s’auto-plagie, semble tourner en rond autour d’un climat mais sans réelles idée neuve. On la guette pourtant cette idée qui nous ferait un peu sortir de cette torpeur éthérée. Mais elle ne vient pas la bougresse. On n’en voit même pas les prémisses.

Ce climat entre névrose et mélancolie nous assomme un peu.

L’émotion parvient parfois, de très rares fois, à surgir du trio ( lorsque Tore Brunborg se rassoit) sur quelques morceaux comme «  Playin » justement bien nommé où le pianiste dit effectivement avec peu. Mais là encore le pianiste offre une sorte de modèle de non jeu tournant autour des mêmes principes harmoniques et sans réelle conviction.

Au 6ème titre on se dit que la nuit va commencer à tomber, que l’on en voit à peu près le bout ; que le pianiste va bien finir par quitter le studio parce que sa femme, ses enfants, son copain l’attendent pour aller voir un film au ciné et que c’est pas tout ça mais y faut que j’y aille. Et bien non chers amis car au 6ème titre, vous n’en êtes là qu’à la moitié de l’album qui n’en finit plus de s’étirer. C’est un peu comme lorsque l’on invite des amis à la maison et que vers la fin de la soirée ils se lancent dans un monologue ennuyeux dont vos n’arrivez plus à les extraire alors que quand même vous iriez bien vous coucher parce que c’est pas le tout mais demain y a « usine » !

« The well », mauvais titre en l’occurrence dans ce cas où le bien se fait justement l’ennemi du mieux.

 

Alors qu’est ce qui justifie pour le label de publier ce disque ni bon ni mauvais mais sans accroche et dont on sait qu’une fois écouté il rentera bien sagement dans notre discothèque pour certainement ne plus en sortir avant longtemps ?  Mystère et nimbes boréales !

Jean-marc Gelin


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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 10:20

BACCARINI.jpgFURROW - A COLE PORTER TRIBUTE
ABALONE

 

Régis Huby (v), Eric Echampard (dr), Guillaume Séguron (cb), Roland Pinsard (cl), Olivier Benoît (g), Maria Laura Baccarini (voc)


Cole Porter, ça dit encore quelque chose en 2012 ? A part les nostalgiques de la 42ème rue et des comédies musicales américaines d’avant-guerre, les jazzmen actuels ne reprennent plus guère ce type de standards. Quant aux chanteuses, après avoir écouté Ella Fitzgerald dans son American Songbook (pour ne citer que l’une parmi les plus brillantes), elles ne se hasardent guère à se lancer dans pareille entreprise. Chaque standard a été repris tellement de fois que nous en avons tous une idée préconçue.  Difficile de passer après « My heart belongs to Daddy » ou « I’ve got you under my skin » marqués immanquablement par une Marylin ou un Sinatra à la voix de velours. Maria Laura Baccarini  qui n’a peur de rien, s’est jeté dans le projet un peu fou mais très jazz, dans le fond, de revoir les plus belles pages de Cole Porter, à sa façon. C’est qu’elle connaît et aime tout particulièrement cet auteur, elle a déjà chanté son répertoire dans une vie (artistique) antérieure, quand elle faisait carrière dans  la comédie musicale. Quand elle est arrivée en France, elle a participé à la belle aventure de La nuit américaine, avec le comédien-baryton Lambert Wilson, à l’opéra Comique. Maria Laura Baccarini (meneuse de revue, danseuse, actrice et chanteuse dans les reprises de Cabaret, Chorus Line, Chicago) allait trouver un partenaire de prédilection en la personne du violoniste Régis Huby qui a signé les arrangements de cette évocation très réussie.
Cet hommage à Cole Porter est une aventure nouvelle, après ALL AROUND, une tentative réussie, même si surprenante au premier abord, de chanter ce répertoire autrement. Ce n’est donc pas un disque de standards, ni du Cole Porter tel qu’on a coutume de l’entendre,  joyeux, léger, aérien et dansant. Laura Maria Baccarini ne renie rien de son passé artistique mais elle aspirait à sortir d’un genre parfaitement balisé, sans place pour l’expérimentation. Elle désirait se mesurer à  quelque chose de plus personnel et créatif qui modifierait également l’approche que nous pouvons avoir de Cole Porter. « What is this thing called love ? » dont les premières minutes sont inquiétantes comme dans un film de genre, jusqu’à la rupture de rythme quand Maria Laura commence à chanter « sprech gesang » sur la question existentielle du titre, en rapport avec le désespoir masculin de son auteur ; la chanteuse  rejoint obliquement le « bitter sweet » de Cole Porter. La démarche de la chanteuse  rend hommage à une personnalité humaine et musicale complexe. Cole Porter qui écrivait toujours paroles et musiques, a écrit des chansons faussement simples ou naïves,  à la rythmique très particulière. Quant aux textes, très modernes, ils résument toute l’inadaptation à la chose amoureuse, la douleur cachée, le désarroi et la mélancolie véritables, l’humour teinté de cynisme parfois, la lucidité que cache l’élégance d’un sourire, ces traits qui résument son art. La musique de Régis Huby fait émerger « la part de l’ombre », remonter le malaise profond, la fragilité de tout discours amoureux, l’impossibilité d’un amour abouti. Ce serait donc une erreur de n’y voir que la légèreté apportée par Broadway.  Maria Laura est une mezzo soprano qui arrive à gommer certains effets spécifiques du lyrique, que l’on pourrait nommer « clichés », se mettant en danger par exemple auprès de puristes qui attendraient les effets de vibrato qu’elle a volontairement  écarté, alors qu’elle le maîtrise et sait en jouer à merveille. Elle tire les chansons vers la pop, douce sans être jamais sucrée, le rock progressif, énergisée par l’équipe de choc qui l’entoure, autour de Régis Huby où l’on retrouve le batteur Eric Echampard, le  contrebassiste Guillaume Séguron, le clarinettiste Roland Pinsard, le guitariste Olivier Benoît (actif dans de nombreux contextes, on est loin de Serendipity chez Circum ). Les ruptures de rythme, de ton s’enchaînent rapidement  et la chanteuse a fort affaire pour résister au raz de marée de l’orchestre. Un désir vibrant parcourt toutes les interprétations de cet album réussi qui estompe les frontières, rend vraiment ténue la ligne de démarcation entre les styles de musique, tous étant adeptes de la fusion des genres... Ainsi ce Furrow qui creuse son sillon n’est  pas un écho  à Broadway, mais une expérience autrement complexe, où le choix des musiques s'est fait sur de nombreux  titres, des heures d'écoute et de partage pour « réinventer » ces mélodies. Régis Huby a étudié toutes les versions imaginables des titres choisis et, pour interpréter ses arrangements et s’adapter à son esthétique, s’est entouré  de musiciens que l’on aime tout particulièrement, qui officient sur les scènes de musiques plus « actuelles », a priori éloignés de la comédie musicale, mais qui rendent leur « partie » avec conviction. Son écriture ne va pas pour autant flirter avec les clichés des chanteurs de rock, mais elle souligne subtilement la tension, toujours en équilibre acrobatique. Régis Huby aime cet état instable, sur le fil entre « major and  minor » comme dans l’admirable « Everytime we say goodbye ». L’énergie qui se dégage d'une telle session est de nature à réconcilier les anciens et les modernes avec une section rythmique superlative, des cordes et des anches raffinées. Le résultat est assez stupéfiant : tout en conservant la mélodie -le fredon est toujours là, parfaitement identifiable- la couleur est changée, les métriques différentes détournent, décalent  les harmonies.
Tout est différent en restant fidèle à la mélodie d’origine : « Anything goes »  démarre sur les chapeaux de roue avec la batterie qui la joue « Kashmere », on suit la pulse, et si ça déménage, on retrouve très vite le fredon, la mélodie de la chanson que fredonne  Michael Caine dans The Sleuth de Joseph L. Mankiecwicz,  plus encore dans mon souvenir que la comédie musicale éponyme qui fit fureur à l’époque. « So in love » devrait vous bouleverser avec au début, le duo si subtil de la voix et de la guitare avec de la puissance et des aigus droits. Toute la partie violon est en pizz sur ce titre : ainsi, la guitare et le violon ont deux parties qui se complètent et marchent ensemble... à l'exception de la partie centrale, instrumentale où la guitare tient effectivement le "chant" ou le lead ... Ecoutez encore le début de « It’s de lovely » avec voix et violon seul. C’est cela qui importe, tout le monde peut s’approprier la musique de Cole Porter. Ainsi en va-t-il du tube « Night and Day » qui aurait pu être un piège, dont se tire fort bien Maria Laura, et devient une petite symphonie, en tout point inoubliable.
Les amateurs de Porter seront surpris, décontenancés parfois,  et ce sont tous les autres qui devraient tendre l’oreille et se montrer plus curieux car il s’agit d’un rendez vous musical singulier, d’une proposition musicale originale, impeccablement rendue. Travail, talent engagement  sont au rendez-vous d'un spectacle complet qui mérite toute notre attention... et notre admiration.
Sophie Chambon

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 07:15

Universal 2012

Hank Jones (p), Charlie Haden (cb)

jones-haden.jpg

 

Forcement il y a la charge émotionnelle, omniprésente à l'écoute de Hank Jones jouer ces thèmes du "gospel book" à 90 ans. Émotion vive lorsque l'on sait que la conscience de la mort et de Dieu n'ont certainement jamais été aussi présents chez le légendaire pianiste disparu quelques semaines plus tard.

Pour ceux qui ont eu la chance de croiser le regard vif et malicieux  du pianiste, cette émotion est d'autant plus intense et forte. (Dans ma très jeune carrière de journaliste en herbe, avoir croisé ce regard-là aura d'ailleurs été l'un des moments les plus inoubliables qu'il m'ait été donné de connaître). Alors, en entendant ces thèmes simples qui sont ceux que l'on entend dans toutes les églises tous les dimanches de l'autre côté de l'Atlantique, on repense à ce qu'il disait en interview en 2008 lorsqu'il évoquait sa maman l'emmenant à l'église du côté de Pontiac :

DNJ : Quels ont été les moments les plus importants de votre vie, musicalement ?

 

Mais il y a eu tant de choses dans ma vie musicale. J’ai grandi dans une communauté près de Pontiac  où chacun était très religieux. On allait chanter à l’église. On adorait chanter tous ces gospels. Et il y avait des groupes qui venaient de Detroit chanter Swing low swing Chariot et tout ces bons vieux trucs. C’est ça mon background et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué, au départ.

 

retouver l'interview sur http://www.lesdnj.com/article-35852525.html

 

 

 

Sauf qu'ici c'est Hank Jones qui nous prend par la main et nous emmène dans cette petite église en bois. Et ce qui est frappant c'est qu'au delà de tout pathos, au delà de cette émotion qui pourrait être triste, Hank Jones a une sorte de légèreté poignante comme si, à l'approche de la mort, il rendait simplement grâce à ce Dieu à qui il annonce ici sa venue prochaine. Neerer my God to Thee, thème si éculé résonne ici avec cette vérité déchirante. Il faut redire que ce disque a une certaine légèreté. On peut dire "mélo" si l'on est grincheux mais il y a dans le jeu de Hank Jones quelque chose d'extraordinairement impliqué et détaché à la fois. Parfois même presque joyeux dans cette façon de caresser son piano avec une infinie tendresse. A Hank Jones la légèreté du vent de l'âme, du souffle d'un poète inspiré, à Charlie Haden de nous rappeler la gravité de la mort.

Et ce dernier a sa part d'émotion dans ce duo, même si, après son duo récent avec Keith Jarrett, on pense le concernant à de motivations moins "essentielles".

 

On pourra, et certains le feront sûrement, tordre le nez à cette superproduction un peu "tire-larme" mais on pourra aussi accorder au pianiste la générosité de ce dernier témoignage. Il nous fait complice de cette ultime confidence dans ce dernier beau et très simple moment de musique. Un dernier moment dépouillé de tout pour celui dont la vie musicale aura été si riche. L'entendre venir ainsi dénudé à l'aube de sa vie, est en soi un moment de vérité saisissant.

Jean-Marc Gelin

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 22:43

 

Enrico Pieranunzi (p), Scott Colley (cb), Antonio Sanchez (dm)

Cam Jazz 2012

 pieranunzi-permutation.png

Voilà une façon choc de commencer l’année. Car si le pianiste transalpin nous a habitué à  la production d’une abondante d’une discographie dont en suivait l’évolution d’une oreille pour tout dire un peu distraite, il est clair qu’à peine ouvert ce nouvel album en trio du pianiste italien avec deux sérieux clients, Scott Colley à la contrebasse et Antonio Sanchez à la batterie, on est convaincu qu’il s’est décidément passé quelque chose lors de cet enregistrement.

Car là c’est, comment dire…. la force d'un trio qui jaillit, qui explose, qui achève de vous achever. C'est la force des émotions, c’est l’intensité de leur expression et c'est ce qui doit constituer ce que l'on nomme communément un “Power trio”.

Avec Scott Colley et Antonio Sanchez, Enrico Pieranunzi sort ici de ses tropismes qui l'amènent souvent vers Bill Evans, pour aller vers une autre musique, puissante et plus personnelle. Il vous suffit juste de mettre la galette dans votre platine et la machine de ces trois-là se met alors en route pour vous embarquer.  Ils ne vous lâcheront pas durant près d’une heure vous faisant passer par à peu près tous les états d’un jazz moderne et classique à la fois. Car Pieranunzi est l'antithèse du pianiste blasé. C'est l'invention au bout de ses doigts qui donne la couleur des thèmes. Ces impros qui chevauchent allègrement les renversements d'accords les plus complexes et qui ont pour fière monture une rythmique déconcertante d’agilité et de puissance. Dans ce sens du rythme qu’ils partagent à trois, on en vient à se demander si le pianiste italien ne serait pas fait naturaliser Cubain !

A eux trois ils parlent d'enthousiasme, véhiculent un vrai plaisir à jouer. C'est de cela qu'ils tirent l'énergie, de l'art de se surpasser à chaque instant et au détour de chaque phrase, de chaque thème. Toujours portés au delà de la simple intention. Une sorte d'over play. Il n'est que d'écouter Permutation, magnifique composition où le jeu prend une vraie densité palpable. Scott Colley y est magistral de force tellurique, puissant métronome, pilier indestructible. Quant à Antonio Sanchez que, pour ma part, je prends comme l’un des batteur majeur de sa génération, il s’y montre capable de toutes les métamorphoses polymorhes ( écouter sur Distance of Departure).

C’est un trio magnifique et flamboyant qui s’exprime là sur des compositions superbes du pinaiste qui affiche là une belle liberté. Sans jamais vouloir tout recréeer, sans jamais renier ses propres racines jazzistiques, Enrico Pieranunzi affiche une modernité que beaucoup de jeunes pianistes doivent lui envier.

Jean-Marc Gelin

 

 

A retrouver en concert le vendredi 3 mars à Jazz à Roland garros !!

 

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