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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 08:20

Laura Littardi (vc), Carine Bonnefoy (p), Francesco Bearzatti (ts,ss), Mauro Gargano (cb), Fabrice Moreau (dm) Guillaume Dommartin (dm)

 littardi.jpg

Voilà bien un projet que l’on attendait, celui de la chanteuse Laura Littardi. Pensez, tout ce temps à animer les clubs et les scènes de la capitale, à tenir en haleine ses élèves de l’ACEM ou de l’Ariam et rien pas la moindre petite galette à se mettre entre les oreilles depuis Senza Paura paru il y a 10 ans.

C’est qu’elle le peaufinait Laura son nouveau projet que ceux qui sont allé la voir ces derniers temps  avaient pu découvrir sur scène en primeur. Il fallait franchir la porte du studio et c’est maintenant chose faite et, croyez nous sur parole, sacrément bien faite. Car si Laura Littardi a pris son temps c’est qu’elle nous a concocté un vrai petit bijou.

Laissant un peu derrière elle sa passion du funk, de la bossa et du scat, Laura Littardi entreprend de revisiter ici ces chansons de la pop music, ces chansons de notre enfance quand, guitare dans le dos et cheveux long, ignorant un peu le jazz, on se prenaient tous pour des folks singers en chantonnant au coin du feu Creedance, Crosby, Still and Nash ou le cultissime Harvest de Neil Young. Inscrits dans notre patrimoine musical. Il fallait donc de l’audace et une bonne dose de passion pour pouvoir comme elle le fait, avec son sens si naturel du groove, s’approprier de tels monuments, les emmener sur son terrain sans les dénaturer.

Et avec ce matériel sacré, Laura en fait des standards (de jazz ou d’autre chose peu importe) avec cette douceur, cette chaleur de voix et ce balancement si léger, cette pulse si élégante qui n’appartient qu’aux grands dans la lignées des Ben Sidran par exemple.

C‘est subtil, jamais exubérant et toujours relâché. La « classe » sur Hold the Line au groove subtil !  ou encore sur ce Higher ground tout en retenue où sur 4 notes à peine la chanteuse fait monter la température inexorablement. Groove terrible ! Et Carried away devient un thème presque shorterien aidé en cela par la belle complicité que la chanteuse affiche avec ce très grand saxophoniste, Francesco Bearzatti d’ailleurs récemment nommé par l’Académie du Jazz au rang de musicien européen de l’année. Le groove suave.

Alors oui Groove, pourtant toujours si galvaudé, utilisé à toutes les sauces mais qui ici devient une réalité palpable, omniprésente. Laura Littardi donne corps à ce simple mot qui devient chez elle dansant, balançant, fusionnant le binaire et le ternaire dans un même geste.

On pourra certes faire les grincheux et s’étonner que n’ayant pas fait d’album depuis 10 ans, la chanteuse s’offre le luxe un peu inutile d’inscrire un alternate take de Sunny Days et regretter une version un peu «  jam session » de Isn’t She lovely.

Pour le reste tendez l’oreille écouter et fondez littéralement en mettant Another Star, thème le plus jazzy de l’album où l’entente entre la chanteuse et le saxophoniste ici si Lesterien  fait merveille.

C’est assurément un grand album. Un album sincère d’une très grande chanteuse malheureusement trop peu entendue. Ce qu’elle fait là réconcilie les genres et les générations.

Laura Littardi transcende ici par son amour du chant, les genres et les figures de style. Et ce qu’elle dit là est au final un pur moment d’amour.

Jean-Marc Gelin

 

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 23:04

PealaAngeliniBearzatti_MoveIs_w.jpgRE: think-art records/ Musea

Sortie française 15 novembre 2011

Concerts de sortie de l’album : 18 janvier 2012 au NEW MORNING

Bruno ANGELINI (p) Francesco BEARZATTI (cl, sax) Thierry PEALA (voix)

 

La musique au cinéma... une histoire d’amour passionnée,  car cinéma et  musique entretiennent des rapports complexes, complices, toujours intenses. Je me souviens d’avoir entendu ébaucher le projet de ce Move is par le pianiste Bruno Angelini  à Cluny, il y a 3 ans déjà.Cette nouvelle aventure a été proposée par le chanteur Thierry PEALA à ses amis. Le trio, sans contrebasse ni batterie, a eu très vite l’envie de composer une musique en relation directe avec des films culte A bout de souffle, Mulholland Drive, Umberto D,  Il Sorpasso  (Le Fanfaron), L’important c’est d’aimer , Gloria,  Marnie, et des metteurs en scène non moins mythiques  comme John Cassavetes, Spike Lee,  Ettore Scola, Mario Monicelli. Les portraits en filigrane sont ceux de comédiens disparus, Romy Schneider, Vittorio Gassman, Jean Seberg.  Qu’évoquent ces  douze films  sélectionnés et visionnés par le trio ? Ils mettent  en partage des histoires et des émotions  dans un film imaginaire (24 images/ seconde) qui dure le temps de douze chansons, en hommage au cinéma de toujours, à celui de nos vies. Projet original et singulier à plus d’un titre...  C’est une histoire libre où les sentiments sont  à transcrire dans le langage musical de l’improvisation que nos trois compères possèdent merveilleusement. Une musique très ouverte au partage, sans souci de se replacer dans le temps ou l’histoire du film. C’est en suivant la voix sensuelle de Thierry Péala et en lisant les paroles (en français, anglais, italien), que l’on a un retour, un écho, même lointain. On revoit alors certaines images, on repense au scénario, au story telling, on confronte sa propre mémoire du film à la vision des musiciens. Seuls les textes peuvent obliquement nous mettre sur la voie, puisque la musique ne s’inspire pas du tout de celle qui irrigue les films choisis.  A l’inverse du travail d’un Stephan Oliva qui recompose, improvise, part et revient sans cesse aux  thèmes de Bernard Herrmann dans son voyage imaginaire de Ghosts of Bernard Herrman.  

Move is est donc un véritable travail de création dont la source est méconnaissable, transformée. De quoi franchement dérouter à la première écoute, puis on comprend et on s’éloigne de ses propres souvenirs musicaux , suivant enfin le cheminement du trio.  C’est Bruno Angelini qui a composé la plupart des musiques avec le romantisme dans « Mulholland », l’ardeur dans « Gena », qu’on lui connaissait déjà, à sa manière emportée et rythmique. Il accompagne divinement, suit constamment le jeu, relance ; il est  partout à la fois et pourtant, il reste toujours discret, ne souhaitant pas se distinguer par des solos échevelés. Cheville ouvrière, il assume pleinement le rôle percussif.  Thierry Péala  dont la flexibilité de la voix est rare, a un phrasé implicitement swing et la clarté de son élocution n’a d’égal que la justesse de son interprétation. Il s’enflamme, s’emballe quand il scate,  ce qui va bien au thème espiègle du fanfaron que sous tendent une clarinette au klaxon allègre et un  piano prêt lui aussi aux embardées. On sait qu’il aime prendre des risques depuis son album consacré au trompettiste canadien Kenny Wheeler. Péala n’est jamais autant meilleur que quand la musique suit son fort potentiel émotionnel. On le préfère dans l’ émouvant hommage « See Berg » ou dans ces mots « Tout seul » qui commencent « Face à l’inconnu »  du film-errance de Sean Penn Into the Wild : la musique vrille les nerfs, suit le crescendo tragique de cette histoire terrible. Sa voix est instrument au même titre que la clarinette ou le piano, les suivant ou s’en détachant pour improviser de son côté. Francesco Bearzatti est le petit diable agité, remuant, virevoltant, moqueur (Guardieladri) tel le « Puck » du Songe d’une nuit d’été. Toujours remarquable à la clarinette,  il est le soliste du trio, imprimant sa couleur, un goût très vif du détail dans des traits qu’il veut fantaisistes ou plus sombres.

Voilà un album bien attachant et ce, dès sa pochette astucieuse, aux dessins-esquissés au fusain d’Alberto Locatelli,  qui font penser au story-board du film du trio, et au mini poster (format du Cd oblige) qui rappelle la grande époque des vinyles.

Sophie Chambon

 

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 21:48

Circum/Anticraft-MVS distribution

Mahieux.jpg

 

 Le  batteur nordiste Jacques Mahieux qui n’a pas toujours eu la reconnaissance qu’il méritait - il a pourtant accompagné Henri Texier et Claude Barthélémy dans bon nombre d’aventures - est devenu au fil des ans un habile constructeur de sons et un catalyseur de talents. Il  sort sur le label Circum que l’on suit avec plaisir aux DNJ, un album au  titre poétique Peaux d’âmes, sous le signe d’une certaine nostalgie envers tous ses batteurs qu’il a dans la peau et sur les peaux. Ce n’est pas du Demy mais cet hommage en neuf titres, singulièrement personnel, à des musiciens mythiques, est en un sens enchanteur. Le répertoire met en valeur des compositions de batteurs, musiciens parmi les plus mal aimés et les plus sous-estimés. Après tout, «ce sont aussi des musiciens» qui ne plaisent vraiment que quand ils se livrent à des démonstrations spectaculaires, solos ébouriffants, tonitruants, longs et rageurs. Et encore ils se font voler la vedette et l’admiration populaire par leurs confrères rockers, particulièrement exhibitionnistes. Ou donc, à cet éloge de la batterie, et profond respect à cet instrument qui fit le jazz, et dont l’histoire vaut bien quelques tom(e)s ! Merci de ressusciter ainsi Shelly Manne (formidable « Flip »), Tony Williams (« Pee Wee »),  Denzil Best («45°angle» ), Joe Chambers [1] (« Mirrors ») et le moins jazz - encore que ça swingue drôlement- Robert Wyatt, avec un Jacques Mahieux  chanteur dans « Be serious ». Le batteur offre à son quartet des thèmes virevoltants ou désolés, toujours lyriques et talentueusement interprétés par ses potes. Car ce « Mahieux Family Life » est un disque fraternel qui invite la famille de musiciens-amis, le clan (rien à voir avec le terrible titre « Family life » de  Ken Loach) : ça tourne rond et même rondement avec le fougueux Olivier Benoît (La pieuvre...), le délicat  Jérémy Ternoy ( sur trois titres ) dont on parlait récemment ici aux DNJ, ne serait ce que pour Vazytouille. Une belle et véritable histoire familiale, au sens propre, avec le fiston Nicolas qui est partie prenante du Circum Grand Orchestra. Seule invitée, nouvelle au groupe et à cet univers, la saxophoniste alto Géraldine Laurent  prouve qu’elle peut être à l’aise partout et même qu’elle est absolument nécessaire. Dès qu’elle empoigne son alto, ça jazze que ce soit dans « Flip » ou le superbe « Mirrors ».  De beaux moments  tout au long de l’album du quartet, avec ce  « Mank de Monk », composition rythmée de Jacques Mahieux, où s’envole Olivier Benoît dans un solo très mélodique ; quand le rejoint la saxophoniste, il s’enroule autour des volutes plus énervées de l’altiste, lui plantant bien volontiers quelques épines, alors que la rythmique des Mahieux fonce à train d’enfer. « Station Debout Pénible » de Manuel Denizet est il le climax de l’album ? « Punt » d’après Joey Baron n’est pas mal non plus avec cette fin à la batterie particulièrement mélodique.

 La seule certitude est qu’une musique permanente traverse cette histoire de peaux, à cœur, à cor et à cri : on participe entièrement à ce ballet tournoyant, où tous s’ajointent généreusement, formant un ensemble organique, complet. L’enchaînement des titres est  établi avec soin et intelligence, sans effet de répétition : une alternance calculée subtilement et des surprises constantes comme dans ce  dernier « Jack’s blues ».

Avec ce bel album, nos amis nordistes ont réussi à réunir diverses tendances, à réconcilier ciel et terre, musique actuelle improvisée et jazz, c’est tout simplement superbe. Rien à jeter, c’est le meilleur album de ces dernières semaines, enregistré par Boris Darley, qui plus est. Si vous deviez encore expliquer ce qu’est le jazz autour de vous, sans remonter aux calendes..grecques ou autres, n’hésitez plus et faites entendre ce Peaux d’âmes... Et si vous n’arrivez pas à convaincre avec cela,  il faudra leur conseiller vivement  de consulter. 



[1] A ne pas confondre avec Paul Chambers contrebassiste, ni Dennis Chambers également batteur !

 

Sophie Chambon



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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 11:37

gregory_porter_water.jpgMotema music/ Integral classic
Un nouveau chanteur se présente sur le label Motema music, il se nomme Gregory Porter. Et la liste des jazz singers mâles est assez réduite pour que l’on prête l’oreille.  Il a un bel organe, disait-on avant, une voix grave et chaude, profonde, posée et juste. Evidemment, on l’attend au tournant des standards, on va directement à la plage « Skylark » et à celle de « But not for me ».  Sans faute. Il s’en sort bien, il a la technique, la puissance sur tempo lent ou plus rapide. Il a passé le test, et pourtant quelque chose résiste. On essaie encore  « Blue Nile » de Wayne Shorter, où il rugit de belle manière. Et après ce sont ses propres musiques et textes que l’on entend, eh oui, c’est rare ça, un auteur-compositeur-interprète.
D’où vient cet oiseau rare dont on ne peut savoir exactement l’âge d’après la photo de pochette en contrejour, où il marche sur une plage ? Il est New-Yorkais à présent après une enfance en Californie, et  il a travaillé à Broadway, ce qui s’entend. Voilà, il ne swingue pas , il vient plutôt du chant classique, avec des influences fortes : sa voix puise sa force du blues, mais on entend aussi toute la musique noire, la soul, le gospel  comme le dernier a capella, « Feeling good » magnifique. Ce qui est vraiment jazz, c’est la musique du trio qui swingue, devenant l’écrin de cette voix puissante où domine un pianiste vibrant Chip Crawford, très bien accompagné par Aaron James à la contrebasse, Emanuel Harold et  Chuck Mcpherson à la batterie. Sans oublier quelques belles interventions musclées des trompettistes Melvin Vines, Curtis Taylor, Kafele Bandele, des altistes Yoske Sato et James Spaulding (splendide sur Black Nile et Wisdom) et du tromboniste Robert Stringer qui impulsent des rythmes cuivrés.
Le disque commence avec un thème « Illusion », une romance chagrine (piano-voix ). L’album, que l’on peut ranger dans la catégorie «  love and protest » évoque des complaintes d’amour déçus, perdus, puis de façon plus universelle, remonte aux sources : « Water » est quand même le titre de l’album .
Mais la révélation  vient plus tard …à qui sait attendre avec ce drôle de titre  « 1960 What ?», énergique, vibrant. C’est de la soul, du R&B. En fait, il y a une couleur d’ensemble même si les chansons n’ont pas toutes été composées à la même époque. Porter ne rappele pas le velours de la voix de King Cole, mais il sait imposer son rythme quand il chante.
On est plus qu’agréablement surpris par ce premier album, fluide et prometteur et dans un contexte où les voix mâles ne font pas recette, on ne peut qu’attendre la suite !

Sophie Chambon

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:20

Gael Horellou (as), David Sauzay (ts), Michael Joussein (tb), Etienne Deconfin (p), Géraud Portal (cb), Philippe Soirat (dm) enregistré au Sunside le 28/02/2011

DTC records

dtcrecords.org


gaelhorellou.jpg

 

C’est vrai que l’on a hâte que ce garçon ( Gael Horellou), bourré de talent qu’il est et avec un tel groupe, passe le cap du studio. Qu’il aille peut-être un peu plus dans le sens de la concision.

Mais en attendant, que le ciel soit loué de conserver et de livrer à nous les traces de ce concert pris en live au Sunside comme un vrai moment de jubilation absolue. Un régal des papilles jazzistiques, une effervescence des sens groovistiques. Le jeu atteint des sommets qui semblent nous propulser dans une sorte de jam des années 50 du côté de Kansas City. Un truc de gros durs qui s’engouffrent dans des standards boppiens ou dans leurs propres compositions non moins boppiennes avec la faim des accros de la gamme pentatonique, des affamés du swing et des enchaînements harmoniques de tous les diables. Ça déroule les gammes à toute allure, ça respire à peine, c’est dense et ça met le feu.

Le public ne feint plus son orgasme et laisse échapper en plein milieu des chorus des petits cris étouffés de donzelle comblée. Parfois ça part un peu free ( Le Fœtus) et l’on se croirait brûlés au feu vif de Mingus ou de Roland Kirk.

Il y a des battles, une vraie émulation des soufflants qui se passent le relais avec gourmandise. Chacun son moment de gloire comme sur Dreaming the Blues où toute la sensualité de Michael Joussein au trombone s’étend sur du velours côtelé.

Dans un moment d’apaisement quasi mystique sur Berchida’s song , le sextet trouve la nappe sonore, la tetxure d’un unisson qui nous ferait, pour un peu, croire que l’on est chez les soufflants de Basie et quand il se pose ainsi Gael Horellou est bouleversant et David Sauzay avec ce grain de son si Lesterien, lui emboîte le pas à merveille.

Et que dire de cette rythmique qui porte ces héros sur quelques fonts baptismaux, leur donne l’onction suprême avec un Géraud Portal énaurme, solide comme le roc sur lequel ces volutes ne s’écrasent pas, bien au contraire mais au sommet duquel elles prennent un envol absolument irrésistible.

Jean-Marc Gelin

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 13:58

 

BLASER_BOUNDLESS.jpg

 

www.samuelblaser.com 

Hat Hut records

www.hathut.com

 

D’une urgence brûlée et brûlante, intense et néanmoins cohérent, ainsi nous apparaît ce « Boundless » paru sur le label suisse Hatology de Werner X.Uehlinger. Le trombone incandescent  de Samuel Blaser accepte les échardes de la guitare électrique de Marc Ducret que l’on retrouve avec plaisir dans cette formation à l’élégance subversive donc précieuse. Samuel Blaser est un  musicien dans l’éclat de la jeunesse qui continue la tradition apprise dans le creuset de La Chaux-de-Fonds, perfectionnée aux Usa, après un passage au sein du Vienna Art Orchestra. Un parcours tout indiqué pour se frotter à diverses influences et formations. Avec ce  nouveau quartet, le tromboniste a enregistré «live»  cet album intrigant durant une tournée en Suisse : il y retrouve le batteur Gerald Cleaver, déjà présent dans son premier album, paru en 2008, 7th Heaven. Il a rencontré depuis le contrebassiste suisse  Bänz Oester et le Frenchy Marc Ducret. Il en résulte une solide formation mettant en valeur  une musique construite en équilibre, jouant et déjouant les pièges de l’improvisation. Malgré certains effets spectaculaires, la technique n’est jamais prétexte à virtuosité. Blaser est un rythmicien hors pair, qui part du jazz et y revient sans cesse : extrême dans un élan continu, il peut tout obtenir de son instrument, du growl le plus classique aux stridences atonales. Constituée de quatre mouvements conçus de façon indépendante au départ, cette Boundless Suite a fini par développer une partition originale enrichie des apports de la tournée, avec des compositions qui résonnent en nous, tant elles sont aériennes et puissantes. Pour ces arpenteurs de nouveaux territoires, repoussant toujours plus loin la frontière de l’expérimentation, il s’agit de se porter mutuellement, faisant exulter les fulgurances communes. La suite démarre dans un espace à la fois électrique et acoustique, rendu géométrique par l’expansion du souffle et du rythme, dilatation lucide, dans un rapport au temps des plus exacts, qui évoque parfois le Second Quintet (historique) de Miles Davis, car le quartet jette musique et corps en avant. La partie 2 commence avec une exposition assez longue de trombone, joliment décrite dans les notes de pochette[i] comme de « languid glissandos and ethereal tendrils of melody », tout à fait passionnante pour les amateurs de trombone. Il est certain que Samuel Blaser n’oublie pas son héritage, tant il est traversé de toute l’histoire du trombone. Un virage abrupt dans la troisième partie de la suite entraîne un étonnant dialogue, un vif échange entre guitare et trombone où notre « non guitar hero » (qui l’est pourtant !) Marc Ducret affirme une fois encore sa personnalité,  soliste aussi bien qu’accompagnateur, n’étant jamais autant à l’aise dans les relances vives, entre digressions et distorsions, transgressions et dissonances. Un duo splendide que la rythmique non seulement soutient mais propulse. Aux commandes de cette machine racée, Gerald Cleaver et son acolyte Bänz Oester insufflent une cadence furieusement continue et  toujours souple, comme dans le final, impertinent, « quintessential » jusqu’au dernier hoquet de trombone. Voilà une formation inédite de haut niveau que l’on prendra plaisir à écouter en live, évidemment, tant l’expression collective est irrésistible. S’ils passent à côté de chez vous, n’hésitez pas...

NB : On aime enfin l’objet Hatology, à la présentation minimaliste, précisément essentielle : des notes de pochette sérieuses, une photo noir et blanc insolite, illuminée par l’éclat vif orange de la tranche si fine ! Faciles à ranger dans votre discothèque, et aisément repérables, encore un argument, s’il en était besoin, pour adhérer à l’esthétique du label suisse…

Sophie Chambon



[i][i]  Des glissandis délicatement  languissants et des filaments mélodiques  aériens

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 17:34

DUMOULIN_rainbow_body.jpg

BEEJAZZ/Abeille Musique

 

 Voilà un trio curieux et délicat qui entraîne dans une musique surréaliste (avec nos amis belges, rien d’étonnant), une sorte d’happening poétique, du aux effets des keyboards et Fender dont Jozef Dumoulin use en maître. Nous sommes invités à entrer, un peu à notre insu, dans une boîte à musique, rythmée par la pulse invariable, métronomique d’Eric Thielmans (« Fuga X »). Il n’est pas pour rien dans le sentiment d’inquiétante étrangeté  de ce « Mei » que suit le bruitiste « Shinji» où le bassiste Trevor Dunn ferraille vaillamment avant d’enchaîner sur l’enjoué et lyrique «The Dragon Warrior». Tendues et atmosphériques, les compositions du claviériste-compositeur découpent des  tranches d’une électro pop sombre mais toujours intrigante, comme  dans « Sosuke ». Ce Rainbow Body aux titres qui concassent les rythmes, aventure un pied dans le lunaire  tout en squattant notre salon, avec ce « Volkan » presque mystique, comme si Dumoulin s’était mis à l’orgue. Une musique enfantine « For The Monsters Under Our Bed » et  spectrale, une électro sinueuse qui suit le son d’un clavier, fragmenté dans l’acier des machines. Si on avoue ne pas comprendre grand chose à l’écriture des titres, ni à l’inspiration « exotique » venue d’un est lointain , on se laisse faire (comme dans certains films) sans trop savoir pourquoi ni comment par ce spleen électro rock. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir pour nos oreilles formatées plus classiquement ( ?) mais on sent néanmoins que les musiciens s’en sont donnés à cœur joie, mixés et supervisés par le grand Dré Pallemaert ! C’est souvent du hors piste, sautillant et triste, frémissant et léger, protéiforme : la musique du trio respire, chante toujours et domine le tempo avec aisance. On s’approche des nuages dans une langueur enveloppante avant de redescendre brusquement... entre envolée réjouissante, electro « ambient » et même new age…Décidément ce Rainbow body (douce allitération ) a quelque chose de dérangeant et de diablement envoûtant !

Sophie CHAMBON

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 22:06

 

Songline 2011

Benoit Delbecq (p), François Houle (cl)

 delbecq-houle.jpg

La révélation dont nous parlait récemment le tromboniste Samuel blaser c'est François Houle, clarinettiste canadien encore trop peu connu ici.

Dans une formule ultra-exigeante ( piano/clarinette), ou les thèmes ont été pour partie enregistre en « live » et pour partie en studio, proche parfois de la musique de chambre, les deux instruments se livrent à une démarche exploratoire de sons, de rythmes et de polyphonies africaines.

 

 

François Houle semble réinventer constamment l'instrument et en exploite toutes les possibilités. Non, la clarinette n'est pas figée dans les concertos de Mozart ( qu’il affectionne au demeurant) ni dans les mariages klezmer où quelques excités pensent que pour jouer bien il faut jouer vite et fort. François Houle c’est une synthèse à lui tout seul. On pense a Giuffre, à Hodges, à Buddy de Franco ou à Eddie Daniels (réentendre justement ses duos cl/p avec Roger Kellaway). Tout est exprimé dans ce son-là avec parfois beaucoup d’air dans le son et parfois au contraire le tranchant d’une lame affûtée et puissante. La clarinette a ce niveau demande une maîtrise d'une exigence incroyable.

Et là où les bois se rencontrent, là où les résonances harmoniques du piano enveloppent les lignes sinueuses et précises de la clarinette, le son touche au sublime. Et l'accompagnement de Benoît Delbecq d'une rare intelligence. Jamais vraiment soliste et pourtant.... Il donne à la fois le tempo et les harmonies, semblant déployer a lui seul un vrai orchestre.

Les deux hommes se sont rencontrés en 1995 et jouent régulièrement ensemble. Plusieurs titres de cet album sont tirés de leurs précdents duos ( Dice Thrown en 2002 et Nancali) en 1997. C'est dire si leur entente touche à une certaine intimité de la musique. Une proximité sensible et évidente.


Brillants, jamais à court d’idée les deux musiciens semblent prendre un plaisir communicatif à la création de cette musique, entre dialogue écrit et improvisation.

Et c’est juste et simplement beau.

Jean-marc Gelin

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 23:06

Criss Cross 2011

John Escreet (p), David Binney (as), Eivind Opsvik (cb) , Nasheet Waits (dm)

john-escreet-.jpg John Escreet jeune pianiste anglais, pour le moment un peu hors de portée des radars des critiques français ( à l’exception de quelques uns) signe un nouvel album totalement décomplexé. Qu’il joue en trio ou en quartet avec le saxophoniste David Binney, Escreet fait passer un sérieux coup de jeune sur l’art du piano jazz.

On l’entend plus héritier de Jason Moran (dont i a d’ailleurs été l’élève – que voulez-vous les chiens ne font pas des chats), références monkiennes en moins ; ou de Dave King, le batteur pianiste de Bad Plus, qu’en successeur de Keith Meldhau.

Car son  travail est pianistique mais pas que. Pour preuve Restless, morceau totalement flippant où les bruitages nous balaient d’un souffle cauchemardesque. On se croirait dans la bande son d’Amytiville ! On ne voit d’ailleurs pas bien ce que cela vient faire là et c’est un peu décousu mais finalement pourquoi pas. Créations sonores aussi lorsqu’il manie subtilement l’électro pour créer des espaces musicaux parfois étranges  (Electrotherapy, Red Eye), souvent très cinématographique, à la limite des comics d’anticipation. C’est dire combien le pianiste avec l’énergie de son jeune âge, a à cœur de bousculer les conventions du genre.

Très percussif ( parfois un  peu trop) on l’entend malmener son clavier avec la rage des morts de faim et avec derrière lui, un Nasheet Waits génial ( comme d’hab’) qui ne se fait pas prier pour en surajouter dans le survoltage ( sur le titre éponyme notamment). L’apport de David Binney est aussi essentiel. Le plus prolifique des saxophonistes New Yorkais fait ici parler la poudre et y affirme une formidable présence rythmique.

Sur le fond, le pianiste, remarquable technicien explose les conventions, on l’a dit. Inutile de chercher à se raccrocher à des idées mélodiques simples. John  Escreet malmène les atonalités et les structures rythmiques comme Steve Coleman ou parfois Threadgill.

Les idées neuves et l’énergie de ce jeune pianiste d’à peine 27 ans ne suffisent pourtant pas à se convaincre qu’il est d’ores et déjà un pianiste «  essentiel ». Ses trouvailles sonores et les interventions aussi brillantes soient-elles de Binney pourraient tout aussi bien être interprétées comme signe d’une difficulté à tenir le discours, seul sur la durée.

Il n’empêche, Escreet est assurément une valeur montante du jazz transfrontalier ( jazz métissé de pop-rock) dont les apparitions  sur la scène promettent d’être de vrais feux d’artifice.

A ne pas manquer. On est prêts à en prendre le pari.

Jean-marc Gelin

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 21:43

Olivier Laisney (tp), Yacine Boulares (ts), Benjamin Rando (p), Simon Tailleu (cb), Cédric Be k (dm).

La Fabrique 2011

 dress-cde.jpg L’émergence constante de nouveaux groupes sur la scène du jazz donne parfois à Paris des airs de Big Apple. Là aussi foisonnent les talents et la passion de la musique bien faite . Et lorsque l’on écoute par exemple celui-là on prend conscience d’une certaine universalité  de cette musique dont les codes franchissent allègrment les frontières et les océans. Des codes qi viennent bien souvent de quelques prestigieux aînés et qui ne laissent de perpétuer l’héritage de Miles et de Wayne Shorter, au point que la forme du quintet trompette/ ténor/ Piano / Basse/ Batterie  ramène bien souvent de nos jours à cette période bénie des dieux du jazz.

Attentionnés à faire sonner des harmoniques très Shorteriennes (Far away), à créer une spatialité de la musique et au final à faire émerger l'homogénéité du groupe, ces jeunes-là affichent un réel savoir faire artistique qui épate. Au point aussi de reter un peu figé dans cette forme envoutante où le jazz s’évapore dans quelques volutes bleutées. On le voudrait parfois pmlus sauvage, un peu plus libre et moins concentré à faire sonner.

Mais n’empêche, les éléments organiques se mettent en place et d’auytres émergent. Comme par exemple Olivier Laisney dont chaque note est une boule d’énergie capable de porter le groupe très haut ( Dear Emma). Si Yacine Boulares semble parfois bien sage, très concentré sur son sujet, c’est pour y affirmer un son superbe, un son d'un grain aussi suave que voluptueux, entre l'héritage Lesterien et les promesse d'un Mark Turner.  L'ecole de Chris Cheek oubde David Biney (pour moderniser les références)  ne sont d’ailleurs  pas très loin.

Quand à Simon Tailleu, qui prend désormais sur la scène du jazz une importance considérable et justement reconnue il a compris, à la mnière d’un Charlie Haden l'alliance

parvient depuis quelques années Les compos portent la marque d'un réel savoir faire qui emprunte à leurs aînés et modèles mais tournent cependant un peu à vide.

Cependant dans ce jazz très intimiste, aucune fièvre mais juste la patience de l'artisan qui fignole et cisèle, qui travaille la pâte, harmonise les chants et les contre chants, dessine une aire de jeu. Everyting's under control.

Et au final  un vrai plaisir à l'écoute de ce groupe qui possède la belle fluidité d'un geste assuré. A la manière d'un calligraphe,ou d' un maître zen.

Jean-Marc Gelin

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