Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 07:50

ECM 2011

Enrico Rava (tp), Giovanni Guidi (p), Fabrizio Sferra (dm), Gianluca Petrella (tb), Gabirele Evangelista (cb), GIacomo Ancilotto (g)

Rava-tribe.jpg

 

Enrico Rava a la sérénité des vieux sages. De ceux qui ont tout fait ou à peu près, et qui gardent de la révolte le goût d’une certaine mélancolie désenchantée et une grande tendresse pour les jeunes cadets bien plus fougueux. Sa relation avec le jeune tromboniste Gianluca Petrella est de cet acabit.

Avec l’âge, Enrico Rava sait que l’essentiel est dans l’épure. Il sait que l’on dit parfois plus en disant moins à l’image de cet « Incognito » où Rava donne du temps au temps, maîtrise l’expression de ses propres sentiments. Ce faisant, bien sûr il se fond dans l’esthétique (obligée) de son label. Il y a dans les allures du maître quelque chose de Miles. Cet art de retirer tout le superflus pour parvenir en quelques notes à la vérité intrinsèque de la musique. Quelques notes à peine pour faire s’envoler la mélodie. Comme sur Choctaw où il fait respirer la rythmique dans une sorte de danse tribale presque chamanique.

Ces mélodies sont un peu tristes parfois jusqu’à l’insondable ( Tears for neda, bouleversant). Mélodies porteuses d’un regret irréparable. La cause en est souvent la terre avec un «  T », la planète sur le sort de laquelle Rava semble s’être résigné malgré quelques salutaires bouillonnements ( Planet earth, Song tree, Garbage blues).


Ce quintet parle d’une même voix. Profonde. Inspirée. Presque mystique ( comme ce Song tree d’une beauté zen, sublime !). Et Giovanni Guidi y est aussi étincelant dans la clarté lunaire de l’album. Il faut entendre aussi les ponctuations qui viennent de Fabrizio Sferra à fleur de peaux, au drumming tout en frôlement sensuel ( Paris Baguette). Last but not least, Gianluca Petrella, apaisé fait sortir de son trombone des couleurs sombres nimbées de trames épaisses, ecrin de velours hyper sensuel. Un album simple et juste beau.

Jean-marc Gelin

Partager cet article
Repost0
1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 07:42

Sunnyside 2011

Adam Kolker (ts,clb, fl, cl), John Hébert (cb) , Billy Mintz (dms), John Abercrombie (g), Russ Lossing (p), Judi Silvano (vc), Kay Matsukawa (vc)

kokler.jpg

 On le sait bien, en jazz tout est question de feeling et de son. Il suffirait, pour ceux qui en ont une vague idée d'entendre le duo de ce saxophoniste américain avec le guitariste John Abercrombie pour s'en rendre compte. Adam Kokler fait partie de ces inconnus de ce côté-ci de l’Atlantique qui risque de n’intéresser qu’une petite poignée d’aficionados qui viendront s’échouer un soir au bar d’un club parisien et qui repartiront content d’avoir pu entendre le prodige. Pourtant le garçon a ses titres de noblesse : Gunther Schuller, John Abercrombie, Maria Schneider, Kenny Wheeler, Rick Margitza, Billy Hart. 

Dans l'arbre généalogique, Adam Kokler vient de Stan Getz qui vient lui même de Lester Young. Ce qu'il faut entendre par là : le souffle, la colonne d'air qui fait que chaque note est comme une caresse. Il y a des saxophonistes ténors pour qui l'instrument est une fine lame tranchante, il y en a d'autres pour qui le sax ténor est une sorte de velours soyeux.

Pas énervé pour deux sous, Adam Kokler donne l'impression de tout maîtriser et de s'affranchir de toutes les difficultés avec une aisance qui frôle l'élégante insolence.

Il peut jouer un bop (Boscarbob) et doubler à l'instrument le scat chantè, tout cela semble d'une légèreté déconcertante. Idem lorsqu'il joue de la flûte avec une inspiration magnifique sur Nature Boy, inspiration hélas pas très partagée par la chanteuse qui l'accompagne.

Le format n’est pas très original par les temps qui courent où tous les saxs ténors de la planète semblent avoir oublié l’existence du piano. Heureusement Russ Lossing vient prêter son clavier sur quelques titres. Mais sans révolutionner le genre , il y a là l’art et la manière.

Pas radical mais totalement convaincant.

A découvrir.

Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 07:27

Microcidi 003

Produit par ZOONE LIBRE et CIRCUM DISC

Distribution Anticraft /MVS Distribution, les Allumés du Jazz

 vazytouille.jpg

 

www.circum-disc.com

www.zoonelibre.com

www.zoonelibre.com/les-groupes/vazytouille

 

Voilà un premier album épatant, excellent aperçu de ces musiques actuelles qui savent intelligemment fédérer amateurs de rock, jazzeux, amoureux de groupes vocaux ou inconditionnels de musique de chambre : le Vazytouille au nom sans ambiguïté, nous plonge dans une cuisine roborative, un délicieux mesclun de sons et d’ambiances. Ce jeune orchestre regroupe 14 musiciens (formidables) du collectif lillois Zoone Libre, lié au label nordiste Circum, que l’on suit de près aux DNJ. Ils n’ont pas peur de remuer diverses combinaisons, parfois au sein d’un même titre : on entend un trio rock progressif, des cordes (Nahisa Abdou au violon et Sureya Abdou au violoncelle), des vents (Audrey George et Marylin Pruvost à la flûte), mais aussi des parties a cappella. Cette fine équipe marie à l’envie cette variété de thèmes et de climats en alternant, superposant et redistribuant les timbres au sein de compositions comme « Orgiak Suite » ou « Masay Christo » proprement réjouissantes. Ces alliages, sans être inouïs, sont assez insolites pour nous surprendre. Si on ne sait où ces musiciens nous conduisent, on leur fait volontiers confiance, portés au large de cette musique  sérieuse et ludique, énergique et ambiante. Cet album combine des tentatives d’improvisation collectives et/ou dirigées tout à fait  réussies  qui côtoient les règles de l’écriture la plus précise. On ressent la plénitude et l’intensité des sonorités, le sens de la construction dans ces pièces longues, difficiles à tenir. L’enchaînement des titres, cohérent, alterne des climats différents, tel ce « Dégel » peu apaisant,où la flûte apparaît inquiétante, après le crescendo intensément enjoué du morceau précédent. Voilà des musiciens qui ont tiré parti des collages de Zappa, dans la joyeuse cacophonie très orchestrée de « Si…Si », dans le drive d’une section rythmique attentive et efficace. La deuxième partie de « Masay Christo », proprement «emballante», dominée par la guitare électrique de Jean Louis Morais, (ré)sonne avec le plus bel effet. Comment ne pas être saisi par les sons qui sortent du pavillon du baryton (Vincent Debaets), des saxhorns (Michael Potier et Luze Grazilly), de la trompette (Christian Pruvost) dans « La chute », qui s’achève en berceuse, « nursery rhyme » pour boîte à musique ?

Pour un coup d’essai, l’album est un coup de maître, révélant une complicité originale et exigeante de tous les instants. Chaque nouvel échange complète et éclaire différemment le tableau de ces variations en série. Le final, « Bill » qui se développe entre voix, trompette et piano, est tout simplement superbe. Avec Vazytouille, formation qui s’active en région, voilà des Nordistes qui exaltent saveurs et savoirs dans des histoires impossibles que l’on se délecte pourtant à suivre, entre conte et rêve éveillé. Réjouissant !

 

NB : Encore un mot sur la pochette joliment colorée, au graphisme enfantin et délicat, entre « Donjon et Dragon » et Dubuffet !

 

Sophie CHAMBON 

·     

 

 

Partager cet article
Repost0
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 18:21

J.D ALLEN : “ Victory”

Sunnyside 2011

JD-ALLEN.jpg

JD Allen (ts), Gregg August (cb), Rudy Roston (dm)

 

David Weiss & Point of departure:” Snuck out”

Sunnyside  2011

David-Weiss---Point-of-Departure-Snuck-Out.jpg

David Weiss (tp), JD Allen (ts), Nir Felder (g), Matt Clohesy (cb), Jamire Williams (dm)

 

 

 

Deux disques sortis récemment chez Sunnyside nous donnent l'occasion de faire connaissance avec un magnifique ténor totalement méconnu en France, JD Allen.

Les meilleurs observateurs du jazz n'auront pourtant pas manqué les apparitions de ce ténor de Detroit (Michigan) qui à près de 39 ans a fait déjà des apparitions remarquées aux côtés des plus grands que ce soit dans le big band de Franck Foster, de Dave Douglas, Lester Bowie, George Cables, Betty Carter, Ron Carter, Jack DeJohnette, Me'shell Ndegeocello etc... Excusez du peu. On le voit, ce gars-là qui roule sa bosse depuis pas mal de temps a de quoi se faire la réputation d’être un sérieux client.

 

Dans la tradition des grands ténors de l'après-bop entre Sonny Rollins, John Coltrane ou encore Joe Henderson, Jd Allen c'est d'abord une formidable densité du son et un placement rythmique exceptionnel alliés à une parfaite maîtrise du langage harmonique des maîtres de l’après bop. Et JD Allen a suffisamment de métier en tout cas pour tenir la baraque en trio à la façon du colosse du sax en formation pianoless ( dans l'album "Victory") ou alors pour s’imposer dans un quintet de pure facture hard bop aux côtés d'un autre fameux, le trompettiste David Weiss qui, quant à lui n'est pas sans évoquer Lee Morgan.

Deux occasions d'assister non pas à la réinvention du jazz mais juste l'occasion d'y entendre la marque d'un jazz aussi vif hier qu'aujourd'hui. C'est un peu la maqie de ce qui ne s'apprend pas mais se forge nuit après nuit dans les meilleurs clubs de l'autre coté de l'Atlantique.

Dans « Victory » on est tout d'abord saisi par la force du discours et par la cohérence de ce trio dans cette formule pianoless magnifiée jadis par Sonny Rollins. Trois éléments en marche qui se propulsent l'un l'autre. Et s'élevant au-dessus, la voix du sax de JD Allen dont le grain est d'une densité bien palpable, fort et massif, viril et lyrique à la fois. Aussi sensuel que viril d’ailleurs.

Dans « Snuck Out » de David Weiss où JD Allen partage l’essentiel des soli avec le trompettiste, on croit voir renaître de leurs cendres, les messagers du jazz dans la période Wayne Shorter. C’esy grisant et admirablement bien fait. On s’y croirait.

 

 

Alors, si vous passez à New-York, jetez un oeil sur la programmation. Il y a de fortes chances que vous ayez l’opportunité de découvrir ces musiciens qui inlassablement perpétuent un certain geste du jazz. Avec un peu de chance JD Allen sera de la partie et vous donnera de quoi, définitivement tomber amoureux de cette musique si toutefois vous ne l’étiez pas encore.

Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 08:19

 

Nicolas Parent Trio : « Moments »

2011

Nicolas Parent (Gt), Tommaso Montagnani (Cb), Guillaume Arbonville (Dms)

 

 parent1.jpg

Construit à part entière comme un passionnant Road-movie, ce premier opus du guitariste français Nicolas Parent est une remarquable réussite. Un projet audacieux, aux doux reflets d’ambre et de palissandre. Dès le début du disque, entre les musiciens s’installent fréquemment avec folie des joutes rythmiques interactives. Le timbre boisé des guitares entremêlées provoque un irrésistible appel au voyage des sens. Une incommensurable poésie émane de chacune des envolées mélodiques. Par le biais de sa contrebasse, Tommaso Montagnani offre à l’ensemble une assise d’une étonnante solidité, en permanence relié aux autres par la précision de son jeu. Ce trio use de l’honorable héritage du Jazz par le biais de cadences reconnaissables, ainsi que l’utilisation de codes rythmiques, comme par exemple dans Sunday Afternoon ou bien Bang in Blue. Harmonieuse succession d’accords teintés d’un profond onirisme. Chez le batteur et percussionniste Guillaume Arbonville demeure un sage accompagnateur à l’écoute des autres, sachant aussi bien contrôler avec finesse les nuances que donner la réplique aux appels rythmiques de ses comparses, variant le plus souvent l’utilisation de différents timbres. Largeur du son, lenteur des effluves, la correspondance des sujets sonores abordés est totale. Dans When Dreams come True s’immisce aussi un brin d’Afrique, résonnant dans le claquement des cordes en nylon, ainsi qu’un certain lyrisme évoquant un court instant la culture musicale sub-saharienne. L’ivresse improvisatrice de l’introduction de Zyryab évoque aussi une part culturelle de ce continent. Définir un tel ouvrage dans son ensemble comme une merveilleuse bande son d’un film mélancolique serait sans doute réduire l’importance de ce projet artistique. Il va de soi que la découverte d’un tel album ne laisse pas indifférent. Tristan Loriaut

 

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 07:43

ECM – 2011

Gianluigi Trovesi (Clarinette Alto/Piccolo), Gianni Coscia (Accordéon)

 trovesi.jpg

 

Après « Cerca in cibo » et « Round about Weill », c’est au tour de l’œuvre de Jacques Offenbach d’être revisité par l’infatigable duo italien. Ce compositeur français d’origine allemande fût au 19e siècle le compositeur de pièces aussi pétillantes qu’espiègles, souvent dédiées à différentes danses telles que la polka, le quadrille, la valse ou encore le tango… Les arrangements des œuvres d’Offenbach présentes sur ce disque sont le fruit du travail des interprètes milanais Gianluigi Trovesi aux clarinettes et Gianni Coscia à l’accordéon. Cette revisite se fait évidemment sous l’égide du Jazz et de l’improvisation, et une fois n’est pas coutume, orienté vers la légèreté de la danse. Ce duo retranscrit à merveille toute la poésie de l’œuvre du « Frère Jacques », ornée pour l’occasion de plages d’improvisations. C’est dans ce registre que Gianluigi Trovesi trouve un remarquable moyen d’expression, par le biais du timbre limpide de ses clarinettes, accompagné de la plus belle des manières par Gianni Coscia et son accordéon, emprunt d’une sincère simplicité. D’ailleurs, il faut rappeler qu’Offenbach était bien insouciant du fait que l’on considère son œuvre comme faisant partie d’un certain intellectualisme. En outre, il ne cachait pas sa frivolité au sein de ses compositions, et avait une certaine indifférence pour les raisonnements complexe. Ce qui ne l’empêchait pas de jouer avec la sincérité et le sérieux qui le caractérisent, notamment en tant que contemporain au 19e siècle. Trovesi et Coscia veulent justement rendre hommage à cette légèreté au travers de cette forme d’art considérée à l’époque comme mineure, l’opérette.

Tristan Loriaut

 

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 07:39

Act - 2011

Rudresh Mahanthappa (Alto Sx), David Gilmore (Gt), Rich Brown (Bs), Damion Reid (Dms), Anantha Krishnan (Perc) 

 rudresh-mahanthappa-samdhi.jpg

 

 

A la fois rageusement rock, sophistiquée, ornée de mélodies indiennes, la Musique de ce power quartet est produite avec originalité. Cette fraicheur se ressent aussi bien dans la qualité des compositions que dans la fougue de l’improvisation. Rudresh Mahanthappa y est d’une vivacité d’esprit incroyable, voguant en permanence sur les limites de la folie. L’inaltérable David Gilmore évolue toujours de façon éclectique en mêlant le tricotage du manche au son trituré de sa guitare rugissante.  Et les fondations de cet édifice sont tenues par les mains de maîtres tel que Rich Brown à la basse électrique et Damion Reid à la batterie. A noter aussi la présence d’Anantha Krishnan usant de Mridangam et de Kanjira, qui ne sont autres que des percussions, accentuant un peu plus l’influence de la Musique indienne dans ce recueil Jazz-Rock psychédélique. Souvent s’installent des dialogues écrits entre chaque instrument, avec une dose incommensurable de malice. Dans certains morceaux, les introductions d’une guitare planante offre un aperçu plus onirique de ce répertoire si contrasté, dans par exemple Richard’s Game ou encore Rune. On peut y trouver aussi des pans entiers de compositions découpés dans le swing le plus profond, juste le temps de quelques mesures, comme dans Breakfastlunchanddinner. Mais aussi, et surtout, l’omniprésence de l’utilisation d’effets multiples et divers, issu d’une catégorie bizarroïde, parfois à la limite du mauvais goût, en témoigne l’ouverture du disque avec ces Parakram # 1 et Parakram # 2. On y ressent très fortement les influences de Steve Reich, John Zorn, Steve Coleman... Tout en tenant compte des origines de ce leader charismatique qui s’amuse à mélanger les esthétiques contemporaines, dans « Samdhi », disque très réussi. Tristan Loriaut

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:08

Enja 2011

Rez Abassi (g), Rudresh Mahantappa (as), Vijay Iyer (p), Johannes Qeindenmuller (cb), Dan Weiss (dm)

 rez-abbasi-invocation-cd-cover-art.jpg Il n’y a pas si longtemps nous nous intéressions déjà au sort de ce jeune guitariste pakistanais de New York, à l’occasion d’un précédent album ( REZ ABASSI : " Natural selection " )  


Un an plus tard Rez Abassi nous revient avec une nouvelle formation, un power quintet métissé qui réunit un pianiste (Vijay Iyer) et un saxophoniste (Rudresh Manhatappa) indiens un contrebassiste allemand (Johannes Weindemuller) et un batteur américain (Dan Weiss) comme l’illustration éclatante de ce que le jazz New-Yorkais peut fusionner de cultures dans un melting pot des plus foisonnant.

Avec un quintet de ce calibre là, on se dit que Rez Abassi tient quelque chose d’assez fort et puissant dans son expression. 5 talents exceptionnels et convergents dont on entend perceptiblement qu’au-delà de leur énergie fusionnée il affirme très nettement le dessin contrasté de 5 personnalités affirmées et musicalement fortes.La musique peut alors s’y faire torrentielle portée par le flux carnatique du saxophoniste ou par la puissance une nouvelle fois exceptionnelles de Vijay Iyer, maître dans l’art de faire exploser les codes de l’improvisation, donnant à la musique du guitariste une nervure et une expressivité rare. Ajouter à cela le travail immense d’un Johannes Weindemuller , lourd, prégnant, à la limite du rock, ancrant la musique dans une sorte de force tellurique.

Malheureusement si tout les ingrédients semblent réunis, la musique quand à elle n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances et les compositions peinent parfois à emporter l’adhésion. Ca joue grave mais ça joue parfois à vide. Ces compositions , pour certaines longues, très longues, peinent à embarquer et il faut que les solistes sortent leurs tripes et réalisent chacun un vrai tour de force pour animer et insuffler la flamme sacrée.

Chacun semle se passer le relais un peu à la manière des cadavres exquis, tous tournés vers le sens du groove.

 

Avec ce groupe-là c’est sur le guitariste tient quelque chose de précieux, qui pourrait bien marquer de son empreinte les prochaines années du jazz New-Yorkais …. Et d’ailleurs.

Jean-marc Gelin

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 22:07

« Classics, Originals, Standards& Pop Songs »

Label Durance/ Distribution Orkhestra

www.atelier-de-musiques-improvisées.com

www.label-durance.com

www.orkhestra.fr

larry.jpg

Voilà un album réjouissant qui montre  les limites des chapelles en musique comme dans d’autres sphères d’activités. Ce n’est pas tant le discours que la forme, la façon de jouer qui  importe en jazz. Et  c’est le son qui donne son identité au musicien ! Instructif, ce programme décliné en deux Cds que le titre décrit parfaitement, dévoile un répertoire des « favorite songs » du trio composé de Larry Schneider aux saxophones ténor et soprano, Alain Soler à la guitare électrique, Lionel d’Hauenens à la basse électrique fretless. Ils jouent à se faire plaisir et pour notre plus grand plaisir, dès ce « Waltzing Mathilda » qui inaugure la longue liste de toutes ces mélodies aimées, perles de nostalgie…Le premier album fait plutôt la part belle aux compositions intimistes des guitariste et bassiste, avec la restitution de leur univers irrigué de blues et d’une mélancolie sourde ; comme dans le prenant « Au fond » que l’on préfère dans sa version lente, avec ce thème au saxophone  qui revient toujours nous étreindre, fonctionnant comme un point d’ancrage. On a une petite préférence pour le deuxième Cd, illustrant les standards de l’American Song Book comme l’inoxydable « They All Laughed » des frères Gershwin qui  évoque le couple Astaire Rogers et le final masqué de Swing Time. Un standard est fait pour être joué, rejoué et déjoué, le fredon reste et ensuite, on suit ou pas les modulations : rien à dire sur « Ain’t misbehaving » très fidèle à la version « princeps ». « Skylark » est plus original dans la version du trio, exercice de style réussi, où Larry Schneider se montre dans la plénitude de son talent merveilleux accompagné délicatement par la guitare fine d’Alain Soler. Des mélodies accrocheuses, un parfum, une couleur que l’on aime retrouver. Le concerto pour clarinette de Mozart auquel s’est essayé plusieurs fois notre Michel PORTAL a de curieux accents d’hymne religieux avec les nuances folk de la basse électrique fretless de Lionel d’Hauenens. Quant à « O Caroline » de Robert Wyatt, voilà une façon bien agréable de terminer ce nouvel opus des éditions du label Durance dans le beau département des Alpes de Haute Provence.

Sophie Chambon 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:11

VidalJacques_FablesOfMingus.jpgCristal Records/ Harmonia mundi


 Voilà un titre bien trouvé, en écho à l’une des plus célèbres compositions du contrebassiste, visant l’horrible politicien, le raciste gouverneur de l’Arkansas. On sait que le contrebassiste  Jacques Vidal  a un rapport passionné à l’homme et au musicien génial que fut Charles Mingus. Comment réussir le portrait éclaté d’un grand du jazz ?  En donnant une évocation lyrique et  convaincue de cet « ogre fâché », contrebassiste et pianiste, compositeur  furieusement ellingtonien dans  « Duke Ellington’s Sound of Love », mais aussi un Jelly Roll Morton du jazz moderne dans le portrait réussi intitulé simplement «Jelly Roll». Le tendre mélodiste, catalyseur d’énergie, toujours sur le fil du rasoir mais inquiet pour de bonnes raisons, était véritablement enragé contre toutes les injustices raciales et sociales, rebelle à vif pour une véritable cause. Dans une prose sensible, écrite et lue parIsabelle Carpentier, qui sait aussi scater avec sensualité,  se dessine en contrepoint  le portrait de celui qui se considérait  comme moins qu’un chien « Beneath the Underdog » (c’est le titre de son autobiographie, parue en 1971), de celui «bigger than life» qui se démultipliait en trois « moi » au moins ! Jacques Vidal, contrebassiste et arrangeur doué, est l’homme orchestre de ce nouveau projet. Il réussit en quelque sorte à prolonger l’esprit du fameux Jazz Workshop, en une plus petite formation certes mais qui fait vivre et revivre la musique mingusienne. Un hommage volcanique  que lui rendent, avec  cette acuité de passionnés également  spécialistes, l’altiste Pierrick Pedron,  le tromboniste (et tubiste) Daniel Zimmerman et le percussionniste Xavier Desandre Navarre. Une formation qui sait mélanger tradition et respect de cette musique généreuse, émotionnelle et physique avec une réelle  liberté : pour preuve, un éblouissant «Boogie Stop Shuffle» où chacun choruse avec incandescence, un swingant « Nostalgia in Times Square ». On songe qu’ils doivent être drôlement heureux de pouvoir jouer cette musique aujourd’hui encore. En tous les cas, nous sommes  sûrs d’entendre  un sacré moment de musique, une petite illusion de bonheur  dans ce Winter of (our) discontent. Avec raison,  Jacques Vidal reprend des titres phares du maître (Moanin’, Pithecanthropus Erectus) qu’il déjoue à sa manière, arrange sans déranger. Toujours dans l’esprit, il ajoute deux compositions de son cru qui introduisent et soulignent l’intérêt du projet.

Enfin, nous avons été sensible au livret soigné, évoquant le Grand Concert de Nicolas de Staël, à moins que ce ne soit simplement la magnifique teinte d’ « Orange was the colour of her dress ».Fabuleux !

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0