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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:08

dedierlabbe.jpgCompagnie Messieurs Mesdames/Mosaïc Music


 

 

 

Découvert à la dernière Fête de l’Huma sur la scène Jazz Hum’ Ah !, le quartet de Didier Labbé fit à juste titre, une forte impression et l’album correspondant au programme Le Cap, nous fait entendre un magnifique groupe entraîné par le saxophoniste qui aime à se jouer des modes et du temps, dans ce voyage en terres australes. On est immédiatement plongé dans le bain, du Cap dans une Afrique imaginée, imaginaire (?),  une Afrique bigarrée, festive, frémissante et inquiète, sur des rythmes chaloupés qui swinguent sans retenue. Ça chante aussi  avec ce merveilleux accordéoniste Grégory Daltin ( l’instrument revient en force - il faut s’en réjouir quand il est aussi bien joué - sur la scène du jazz hexagonal ), entouré d’un tubiste brillant  dans ses rugosités même, Laurent Guitton, que soutient et renforce un batteur des plus attentifs Jean Denis Rivaleau . Une rencontre fusionnelle entre ces quatre musiciens, un échange sensible et rayonnant sur scène et sur l’album. Chacun prend à l’aise de puissants solos, accordéon et tuba se répondant sur le « Did you hear that sound »? de  l’emblématique Abdullah Ibrahim, fil conducteur, inspirateur de l’album, auquel Didier Labbé rend hommage dans un émouvant  «Merci Monsieur Abdullah Ibrahim». Comme si les compères voulaient faire allégeance au piano absent, dernier élément, virtuel, de leur groupe. Une aventure collective avec une instrumentation aux timbres originaux qui force l’écoute, pour une musique simple mais forte, toujours en mouvement. Qui surprend et attache. Ça commence de fort belle manière dès l’entraînant « Le cap », rejouant des traditions millénaires. «Pas cap» est troublant  avec la plainte vive du saxophone sur fond de tambours et  grognement du tuba, et en arrière plan, un accordéon menaçant. Comme si chacun jouait sa peau, à moins que ce ne soit avec nos nerfs. Enfin, à la flûte et aux divers saxophones, le leader de ce groupe épatant  conduit son discours explicitement, avec générosité, lyrisme, mélancolie parfois, en dépit de l’énergie déployée constamment. L’Africanité dans tout ça ? Le disque se réclame, on l’ a dit, du grand pianiste converti  depuis à l’Islam et devenu Abdullah Ibrahim.  Notre ancien Dollar Brand  composait des mélodies chatoyantes, plus vives et épanouies bizarrement, issues du blues, des ballades du répertoire populaire, où dominait le chant profond des graves. Si vous ne dansez pas sur l’hypnotique « Imam »  où tuba et flûte s’enroulent, vous méritez de demeurer à jamais cloué sur votre siège. «The Wedding », hymne tendre et prometteur, en miroir au premier titre, conclut le disque,  exaltant le phrasé du saxophone. Traversé de fulgurances, l’album fait entendre un chant mélodique profond.  Absolument ensorcelant !

Sophie Chambon

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 21:34

 

BRAD MELDHAU & KEVIN HAYS (Nonesuch 2011)

CHICK COREA & STEFANO BOLLANI ( ECM 2011)

 

 BRAD_MEHLDAU-_KEVIN_HAYES-_PATRICK_ZIMMERLI_Modern_Music-13.jpg                                   Chick-Corea-and-Stefano-Bollani-Orvieto.jpg

 

 

A quelques semaines d'intervalles sont sortis dans les bacs deux duos exceptionnels de pianistes : d'un côté Brad Mehldau avec Kevin Hays pour un enregistrement en studio et d'autre part Chick Corea et Stefano Bollani pour une série de concerts enregistrés en public.

Deux approches radicalement différentes de la rencontre. Deux exigences différentes. Et pourtant, dans les deux cas, une même magie qui opère, un art de la fusion qui se crée sous les doigts de ces immenses musiciens.

 

Chez Brad Mehldau et Kevin Hays ( tous deux anciens pianistes chez Joshua Redman), c'est d'un travail construit de longue haleine, envisagé depuis 2007 qu'il s'agit. Un désir de faire quelque chose ensemble qui taraudait les deux pianistes . S'ils avaient d'abord en tête un projet autour des "Métamorphoses" de Richard Strauss c'est finalement autour de leur rencontre avec Patrick Zimmerli, compositeur oeuvrant plus dans la musique contemporaine-classique que dans le jazz que ce projet prit finalement forme. L'inspiration de celui-ci (et en partie le matériau de cet album) lui vient de Steve Reich ou de Philipp Glass (Music for 18 musiciens pour le premier ou le Quatuor à cordes no 5 pour l'autre), Zimmerli ayant pour ce projet composé 4 titres, Mehldau et Hays étant venus chacun avec un thème. Et c'est une rencontre extrêmement construite qui en résulte. Où les deux pianistes se partagent le travail sur l'écriture et l'improvisation dans un ensemble complexe où chacun des deux parvient à porter sa part de musique sans empiéter sur l'autre. Bien sur il y a ces lignes naturelles de partage quand l'un improvise alors que l'autre joue les parties écrites. Il y a aussi cette autre ligne qui donne à l'un la parties mélodique et à l'autre la rythmique. Mais il y a aussi quelques tours de forces, selon l'aveu même de Mehldau, comme par exemple cet exercice consistant pour les deux pianistes en même temps à jouer ce qui est écrit de ma main gauche et à improviser de la main droite.

Et l'ensemble fonctionne à merveille. La musique passe, entre musique classique et musique répétitive de Reich, Glass ou Riley. La complicité de Brad Mehldau et de Kevin Hays y est évidente et élève cette musique à quelques sommets. La rencontre de deux pianistes d'exception produit ainsi le résultat que l'on attendait ( redécouvrir absolument ce magnifique pianiste, Kevin Hays de quelques petites années, aîné de Brad Mehldau, trop méconnu ici). De cette rencontre On perçoit cette intelligence commune de la musique, cette sensibilité partagée fruit d'une longue collaboration et d'un intense travail à la table.

La musique y est sérieuse et empreinte de gravité. Peut être même un peu trop, dirons quelques esprits chagrins.

 

Tout le contraire avec cette formidable série de concerts donnés par Chick Corea et Stefano Bollani dans le cadre de L'Umbria Jazz Festival. Ici une sorte d'explosion d'enthousiasme, un feu d'artifice des énergies fusionnées. Entre Chick Corea, adepte des duos pianistiques ( notamment avec Herbie Hancock) et Stefano Bollani, pas moins de 32 ans d'écart. Et pourtant là rien ne les oppose, tout les réunit, emportés ensemble dans un mouvement irrépressible. L'un joue avec l'énergie de l'autre, s'en nourrit, joue avec l'autre dans les deux sens du terme, s'amuse et joue avec l'autre. Avec ce placement rythmique hallucinant de Chick Corea et cette fraîcheur du jeu de Bollani. C'est un peu comme si Art Tatum rencontrait Bud Powell. Ou comme si Oscar Peterson jouait avec Martial Solal. Imaginez un peu ! Un flot que rien n'arrête comme ce Doralicede Joao Gilberto, percussif en diable. Une version sublime de Retrato em branco ( Portrait en noir et blanc) qui égale à mes yeux un autre duo magnifique, celui de Michel Grailler et Alain Jean-Marie.

Dans ce duo là, pas de question d'ego, pas question non plus d'y abandonner son identité au profit dont ne sait quel dénominateur commun. Chacun affirme son jeu et pourtant tous les deux fusionnent. Il se crée alors de ces moments rares et absolument exceptionnels en musique où la musique elle même semble transcender ses créateurs. Affirmation intrinsèque de la musique. Ontologique. Dans If I should loose you, Corea et Bollani se jettent a corps et à coeurs perdus dans l'improvisation, alternent les jeux de rôles, la main gauche de l'un libérant les facéties du haut de clavier de l'autre. C'est génial de bout en bout. Et toujours cette magie de la coda qui à chaque morceau montre que ces deux là se comprennent parfaitement, on beaucoup travaillé et savent que trop en faire serait aussi mal faire. Ce que font ces deux là est incroyable de technique, de liberté et d'audace harmonique, rythmique. Ces deux là peuvent tout jouer, car Corea à près de 70 ans (!) et Bollani à 40, en connaissent tous les détours. Ils peuvent rè-animer Jitterburg Waltz de Fats Waller ou encore faire du bouche à bouche à ce vieux standard comme Darn that dreamou jouer leurs propres compositions comme le superbe A valsa da pauladu pianiste milanais, tout est empreint de la même flamme. Avec deux musiciens comme ceux-là, la technique libère tout et permet d'aller loin. Très loin. Comme sur cette double improvisation déroutante et presque facétieuse de Nardis recrée sur l'instant. Mais s'ils peuvent tout embarquer avec eux et renverser le public au passage ce n'est pas seulement parce que ce sont deux techniciens de très haute volée qui se rejoignent ici mais deux âmes à l'unisson, en totale fusion. Et l'on meurt de n'avoir assisté à aucun de ces concerts tout bonnement exceptionnels.

Jean-Marc Gelin

 

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 21:55

Cristal records 2011

www.cristalrecords.com

COUDERC_96X96.jpg

On ne peut qu’être intrigué puis séduit à l’écoute de ce formidable instrumentiste-collectionneur qu’est Frédéric COUDERC. Non content de jouer de divers clarinettes, saxophones, flûtes, cor anglais et taragot (instrument en bois d’origine hongroise, proche du soprano et /ou du cor anglais sur « Déjà demain »), il a trouvé le moyen de penser à un nouveau prototype, le coudophone, à savoir un saxophone ténor en ut droit (sur deux titres). Diable d’homme évidemment passionné par Roland Kirk, qui se promène à l’aise dans la Kirkophonie, a su faire sa place dans le Paris Jazz Big Band, qui réunit la fine fleur des musiciens de jazz français, orchestre de Pierre Bertrand et Nicolas Folmer qui choruse sur un titre « Preludio nazarresco ».  Mais Couderc va voir aussi du côté des expérimentations de Vincent ARTAUD(Music from early times) . Quand on est sensible à la beauté et l’alliage des timbres, comment résister à ce délicat « C’est pas grave » (cor anglais et violon) sur lequel Frédéric Couderc a su s’entourer d’une rythmique de rêve,  André Cecarelli  qu’on ne présente plus  et le Vénézuélien Juan Sébastien Gimenez,bassiste et contrebassiste, auteur de la plupart des compositions et des arrangements de ce disque. Le pianiste est Vincent Bourgeyx, Bordelais émigré aux States, familier du Japon, revenu enfin au pays. Sur une de ses compositions « While she sleeps » faussement mélancolique, Frédéric Couderc joue du saxophone mezzo soprano.  La musique de cet album est festive, colorée, chatoyante, rythmée : elle invite réellement au voyage et ce n’est pas une image, par le déploiement de tous ces sons convenablement arrangés. Chaque nouvelle composition assortit des sonorités différentes,  soprano et kayamb du Réunionnais Olivier Ker Ourio sur « La didonade » du pianiste du PJBB Alfio Origlio. C’est bien une histoire de sax et de famille musicale  où la couleur est partout. Comme si Klee, qui mania l’archet avant le pinceau l’avait inspiré. Klee qui transcrivait ses partitions en géomètre aventureux, déroulant la représentation plastique des mesures d’une sonate de Bach, dans des lignes de rêve. D’ailleurs l’une des définitions possibles de la Coudophonie serait « l’art d’appliquer aux sonorités les règles de couleur du peintre ». Et l’on se perd volontiers dans la peinture de la couverture de Philippe Conord qui tangue entre de Kooning et Bram van Velde, ouvrant des fenêtres sur cet univers passionnant des correspondances.

Sophie Chambon

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 17:37

Label Manivelle – 2011

Etienne Lecomte (Flûte traversière), Laurent Guitton (Tuba), Oriol Roca (Dms), Radek Knop (A. Sx), Jaime Pantaleon (Gt & Electronic)

 vrak.jpg

 

Un projet complètement fou. Une osmose volontairement désorganisée, faite de paradoxes, de faux semblants sonores. Un foutoir incommensurable, au service de la plus intense des créativités. Vrak’Trio est un groupe (dés)articulé autour de trois malicieux artistes, en la personne de Laurent Guitton au tuba, Etienne Lecomte à la flûte traversière et Oriol Roca à la batterie. Ce trio arbitre les débats par son assise rythmique et le lyrisme des mélodies distillées avec sagesse. Dans le rôle du trublion, le guitariste Jaime Pantaleon utilise une palette d’effets électronique aussi bizzaroïdes que dérangeants, Ring Modulator et Distorsion synthétique à l’appui. Cette série de Crossroads, apatride de tout acte d’esthétisme préétabli et politiquement correcte, se veut être une suite de rêveries parfois satirique, parfois faussement naïve. Il s’agit là d’une création Live en 2008 pour le Festival « Musiques au présent » de Narbonne. La présence de Mia Makela à la video témoigne de l’ampleur artistique d’un tel projet. Par ailleurs, le saxophoniste Radek Knop y évolue avec sagesse, sachant allier spontanéité avec audace. Lors de quelques accalmies, la Musique de ce projet dingue s’organise en Groove monstrueusement envahissant, communicatif. Malicieux unissons opposés à de rugissants effluves sonores, les solistes occupent l’espace de façon onirique. Les fréquentes mises en place témoignent d’ailleurs de l’incroyable talent de compositeurs de ces interprètes, notamment Etienne Lecomte. Ce n’est pas sans rappeler l’influence bienfaitrice d’un John Zorn ou d’un Steve Reich, desquels les musiciens de ce disque sont les dignes héritiers. Tristan Loriaut

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:28

 

clarinet-masters-original-sound-deluxe.jpgCLARINET MASTERS

Original  Sound Deluxe

Cristal records/Harmonia mundi


 

Pour ce 34 ème numéro de la série Original Sound de Luxe, la clarinette est à l’honneur. Et ce n’est que justice, car si le saxophone est associée au jazz dans l’imaginaire collectif, la clarinette fut  historiquement  un des instruments privilégiés des débuts de cette musique. A la Nouvelle Orléans. C’est ainsi que les deux premiers morceaux rendent hommage aux pionniers de l’instrument,  Jimmy Dodds dans « Blue Piano Stomp » et Jimmy Noone dans un éblouissant « I know that you know », en 1928. Et si vous n’avez toujours pas compris  après ça ce qu’est le swing, consultez ! Figure ensuite  Sidney Bechet qui s’illustra surtout au saxophone soprano mais que l’on entend ici dans un émouvant « Blues in thirds » du pianiste Earl Hines.  Rien qu’avec ces trois premiers titres, on goûte la quintessence du jazz et de cet instrument difficile.  On ne sait pas toujours que, dans les sections de saxophones, les instrumentistes devaient être capables de jouer de la clarinette pour rendre certains effets. On en aura des exemples avec des saxophonistes devenus pour la circonstance  clarinettistes d’un soir  comme  Al Cohn,  Zoot Sims, ou encore  Art Pepper.  Et pourtant de grands orchestres à la grande époque  furent conduits par des clarinettistes souvent rivaux, le roi du swing Bennie Goodman que l’on entend dans un éblouissant et véloce « Clarinade » avec des acrobaties dans les aigus et le séduisant Artie Shaw dont le nom en français  a de quoi faire sourire, mais qui rencontra un grand succès auprès de ces dames, on le comprend  aisément avec  ce  « Lady Day » qui rend  galamment hommage  à Billie Holiday qu’il engagea  un temps dans son orchestre au plus fort de la ségrégation raciale. On retrouve avec plaisir  le trop méconnu (aujourd’hui), Hubert Rostaing avec Django et le quintette du Hot Club de France en 1947 dans « I Love You » : il remplace très avantageusement (pour nous) Stéphane Grappelli. Et puis Jimmy Giuffre en trio en 1959, quand il ne jouait pas encore free,  dans ce « Princess » intense, enregistré au plus près, dans le souffle : du jazz de chambre dans sa plus belle expression avec Jim Hall (g) et Red Mitchell (b). Suivent ensuite quelques  perles rares, Lester Young qui ne fit que quelques enregistrements avec l’instrument  en métal (se référer à la collection amie Cabu jazz et au numéro chroniqué dans les DNJ  sous ce thème des curiosités) livre ici un fondant «  I want a little girl » avec Buck Clayton à la trompette, qui vaut bien « These Foolish Things ».Vous l’aurez compris, la liste des instrumentistes géniaux, oubliés ou non est grande et le mérite de cette série est de nous permettre de (re)découvrir ces joyaux qui devraient figurer dans toute discothèque éclairée. Pour les non connaisseurs, comment ne pas venir au jazz en écoutant pareille sélection, justifiée par de vraies notes de pochette ? Les titres s’enchaînent,  peut-on rester insensible  devant Stan Hasselgard,  Buddy de Franco, la clarinette jouée de toutes les façons, de tous les styles possibles ? Pour terminer ce tour de l’instrument  des origines aux années soixante, quoi de plus indiqué qu’Eric Dolphy qui contribua au succès de la clarinette basse ? Il est en quartet avec Jaky Byard (p), Ron Carter  (b), et Ray Bryant (d)  dans « It’s magic » ! On ne saurait mieux dire !

Ce numéro est tout simplement enthousiasmant !

Sophie Chambon

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:20

Love-songs-Original-Sound-Deluxe.jpgLOVE SONGS

Original Sound Deluxe

CRISTAL RECORDS/ HARMONIA MUNDI


Sélection musicale/Réalisation artistique Claude Carrière et Illustrations originale de Christian Cailleaux.

Dans la pile de disques qui attendent à être chroniqués, quand figurent les albums Original Sound De luxe,  on sait que la chronique sera assortie d’un plaisir sans précédent d’écoute. Témoin la dernière livraison de cette impeccable collection qui propose une brassée de petits chefs d’oeuvre  de l’histoire du jazz tombés dans le domaine public….et souvent dans l’oubli. Pour l’amateur, le plaisir de découvrir dans la suite ainsi compilée avec amour et érudition par Claude Carrière quelques pépites et de chercher quels autres titres, quels interprètes manquent à l‘appel. Mais  tout compte fait, la sélection est  une fois encore parfaite, variant  les interprètes et les styles, choisissant dans le grand « American Songbook »  les meilleurs  compositeurs  comme Cole Porter, Ira& George Gershwin, Irving Berlin, Rodgers & Hart ou Rodgers& Hammerstein,  ou le plus méconnu Victor Young qui fit beaucoup de musiques de films pour la Paramount. Extrêmement séduisant, le thème consacré à l’amour dans tous ses états et  ses formes part  des interrogations sur la nature de ce sentiment (un formidable « What is this thing called love? » par un ensemble  West Coast comprenant Mel  Tormé et l’orchestre de Marty Paich ), détaille la rencontre -des premiers battements de cœur à la déclaration- avec la solaire ELLA dans  « Love you madly » en 1957 avec Ben Webster et Oscar Peterson sur une composition de Duke Ellington, suit les transports amoureux avec le suave et inimitable Nat King Cole dans « Almost like being in love », passe du bonheur sans nuage  aux affres de la séparation (« When your lover has gone » par un émouvant Ray Charles with the Quincy Jones orchestra en 1959), et déclare la rupture sans appel  dans  I’m Thru With Love,  chanté  par Carmen McRae dont l’ interprétation  vaut bien celle de Marylin ! Enfin une curiosité flattera notre chauvinisme,  la version américaine (une fois n’est pas coutume) de  « I wish you love »  c’est à dire « Que reste-t-il de nos amours ? » par Nat King Cole sans la mélancolie de l’original de Charles Trenet. De très grandes interprètes se sont emparés de ces mélodies : quel  frisson troublant dès  l’introduction avec  Billie Holiday, grande amoureuse toujours déçue et meurtrie dans  « The man I love ». Elle est vraiment l’équivalent de notre Piaf nationale. Suit ensuite une galerie d’interprètes formidables aux voix superbes comme  Anita O’ Day, Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Peggy Lee… On écoutera avec intérêt même les voix plus « faibles »,  la belle Lena Horne dans « Love » avec  l’orchestre de la MGM en 1944,  celles qui ont quelque chose de particulier, le grain acidulé de Blossom Dearie

Encore un numéro réussi de cette collection que nous retrouvons toujours avec le même intêrêt !  For (jazz) music lovers !

Sophie Chambon

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 12:06
tamdevilliers.png Double Moon records - 2011
Tam de Villiers (g), David Prez (ts), Bruno Schorp (cb), Karl Jannuska(dr) - David Linx (voc) sur deux pièces.

 

Après Alba Lux en 2008, le quartet de Tam de Villiers réitère l'expérience avec Motion Unfolding. Le quartet a inconstestablement muri sa musique, le guitariste et compositeur met ici à profit tout son apprentissage lors de ses diverses expériences tissées aussi bien dans les clubs les plus petits de Paris, méconnus et souvent éphémères, que de plus grands lieux de jazz de la capitale. Motion Unfolding est "une" suite d'Alba Lux sans aucun doute, parmi d'autres possibles tellement le premier album  avait ouvert de portes à Tam de Villiers. La musique s'est départie des stigmates d'Alba Lux, déjà très prometteur et envoutant, pour se concentrer sur une écriture soignée plutôt rythmique et une execution implacable toujours orientée vers le haut. Les sonorités rock d'Alba Lux se sont très nettement matifiés et Motion Unfolded navigue ouvertement entre progressive rock et jazz pour des discours aériens et des thèmes groovy, retenus ou pas. Le saxophone de David Prez se fond dans les sonorités naturelles ou saturées de la guitare de Tam de Villiers alors que la paire rythmique Bruno Schorp et Karl jannuska produit un tapis rythmique impeccable et propice aux échanges sax et guitare. Un David Linx transcendé se joint au quartet en début et fin d'album sur deux titres cohésifs et compacts et boucle la boucle.
Authentique et reconnaissable entre mille, Tam de Villiers développe son propre univers et va droit sur la voie des meilleurs talents d'un futur qu'on espère le plus proche.
Jérôme Gransac
 
 
Concert de sortie de disque vendredi 28 octobre au Sunset jazz club, paris.
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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 13:34

schorp.pngYes or No production - 2011

 

Bruno schorp (cb), Leonardo Montana (p), Antoine Paganotti (dr), Christophe Panzani (ss, ts), Roland Seilhes (as, fl), Olivier Caron (tb), Ousmane Daedjo (voc), Tam de Villiers (g)

 

Pour son premier album, Bruno Schorp dévoile un horizon artistique qu'on n'aurait pas soupçonné chez ce personnage facétieux. Avec un sextet très en verve, il écrase le poncif du contrebassiste "qui joue la musique des autres". Instrumentiste reconnu, il joue dans de nombreux groupes à Paris, aux styles variés - on pense entre autres au quartet du tromboniste Sébastien Llado, Rictus de Mathieu Rosso, Tam de Villiers qui est présent sur une pièce de ce disque - et se révèle aujourd'hui avec "Eveil", son premier cd qui porte bien son titre.
Emmené par une locomotive rythmique, composée de l'excellent batteur Antoine Paganotti et de l'inventif Leonardo Montana au piano, Bruno Schorp joue le jeu de la musique avec dévouement et grande probité en suggérant les espaces à ses instrumentistes. Avec acuité, il ouvre le champ de son jazz à la modernité, aux couleurs world grâce au chanteur Ousmane Daedjo sur "Guediawaye" et aux accents rock avec le guitariste Tam de Villiers sur le très beau "Rupture". Enfin, son écriture large laisse la part belle aux saxophones soprano, alto et ténor et flutes (Christophe Panzani et Roland Seilhes) et au trombone d'Olivier Caron; les trois musiciens font de beaux libre-échanges dans leurs envolées au gré de métriques variées. Et c'est là que l'arrangeur Schorp se distingue en jouant sur les timbres et les tessitures des instruments à vents sur une large moitié des sept plages du disque. Eveil est un disque qui en dit long sur une musique qu'on imagine à la fois explosive et envoutante sur scène.

Jérôme Gransac

 

Sortie de disque : BRUNO SCHORP COLORS SEXTET AU SUNSIDE (Paris) le 27 octobre 2011 à 21h00

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 12:47

Portraet_eines_Anachronisten_vignette_1482.pngSortie septembre 2011
Petit label 030
www.petitlabel.com


Chic, voilà encore un groupe qui fait partie du label associatif Petit label, me suis-je dit, en ouvrant l’enveloppe de Das KAFF, sous titré « Porträt eines Anachronisten ». Enregistré en studio, dans une salle de spectacle de St Germain d’Ectot au cœur du Calvados ( « das Kaff » signifie le « bled »?) voilà un trio classiquement et (merveilleusement)  jazz (saxophones-contrebasse- batterie) qui revisite quelques fondamentaux de cette musique, avec la simple et lumineuse évidence d’une alternance réussie de thèmes et solos. Point d’expérimentations radicales, juste des poussées régulières de free qui ne provoquent aucune démangeaison, car le trio fait parler la mélodie, souvent entêtante, lancée par un saxophone songeur ou rageur, toujours convaincant, que soutient une rythmique attentive, dans une confiance partagée et instinctive. On s’abandonne vite à ce groupe étranger : mais qui sont-ils ? Il y a donc le saxophoniste Ralf Altrieth, originaire de Forêt Noire qui compose quatre des dix titres de l’album, le batteur Mike Surguy qui en écrit trois et le contrebassiste Nicolas Talbot. Deux invités Samuel Belhomme à la trompette et Emmanuel Piquery au Fender rhodes complètent l’ensemble sur quelques titres. Un équilibre collectif avec de l’énergie, bien sûr, mais aussi des nuances, une approche ouverte de la musique…du free au rock, des standards revisités tout différemment avec un art consommé des ruptures, sans oublier le fil de la mélodie.  Rien de révolutionnaire, mais pourquoi  faudrait-il absolument faire neuf ? La partition est suffisamment équilibrée pour faire entendre pleinement chacun des musiciens seul et en interaction. Vous voulez des ballades ? La reprise de « First Song [for Ruth] de Charlie Haden fait dresser l’oreille où que vous soyez dans votre appartement. Mais le duo trompette-saxophone dans « A Lullaby For Two » n’est pas mal non plus.  Il y a aussi des morceaux plus énervés, ébouriffés comme la reprise du blues déjanté de Led Zep, « Misty Mountain Hop », dans l’esprit de ce titre d’anthologie, la translation s‘opèrant à merveille. Le fluide passe, et le trio arrive à transposer l’alliage inouï de blues irisé de violentes et mystiques envolées. Voilà un disque étonnamment abouti pour un jeune groupe avec  un bel espace de jeu, un son enregistré au plus près, un travail des textures sonores autant que des motifs mélodiques. Das Kaff  résonne déjà  avec plénitude. Dix titres qui s’étirent comme s’ils n’en faisaient qu’un, des mélodies qui s’enchaînent et filent plus vite qu’on ne s’y attendrait. Le final est à l’image du disque, aussi envoûtant que sophistiqué, intense et pourtant sobre ! Plus que prometteur, cette musique du bled, passe sans message. Rien à craindre, même de là-bas, on vous entend, les gars ! Le jazz est là, plus que jamais magnifiquement présent, totalement actualisé.
Sophie Chambon

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 08:03

Ajmi series 2011

Sylvia VERSINI-CAMPINCHI (compos, adaptations, arrangements, direction, piano, claviers); Emil SPANYI (p, kyb), Joe QUITZKE (dm), Éric SURMENIAN (cb, b), David LEWIS (tp, fch), Daniel ZIMMERMANN (tb), Lionel SEGUI (tuba), Hugues MAYOT (saxophone ténor, clarinette), Ganesh GEYMEIER (saxophones soprano, ténor) - Invité : François JEANNEAU  (flûte, saxophone soprano)

 versini-mary-lou.jpg “With Mary Lou with my heart ». Le titre n'est pas une figure de style. Car c'est en effet  d'une vraie histoire d'amour qu'il s'agit. Sylvia Versini a depuis longtemps déclaré sa flamme pour la pianiste et compositrice d'Atlanta. Au point d'en avoir fait l'axe de sa candidature à l'ONJ il y a quelques années. Au point aussi que Jean-Paul Ricard en faisait celui de ses liners notes lorsque notre compositrice publia "Broken Heart" sur le même label en 2006. Au point aussi que Sylvia s'en alla traverser l'Atlantique il y a quelques temps pour mener un travail de recherche poussé sur les terres de la compositrice américaine, à la recherche de pépites, d’inédits et surtout du coeur de l'âme de Mary Lou Williams.

On aurait pu alors craindre que Sylvia Versini qui a tant donné pour ce projet, n'en perde un peu de distance. Et c'est tout justement tout le contraire qu'elle nous propose. La démonstration apportée par Sylvia Versini sur la formidable modernité de la pianiste, est ici éclatante. Il y a bien sûr la modernité d’hier, lorsque celle-ci apportait ses compositions à Duke Ellington. Mais ce que démontre par la lecture très personnelle de Sylvia, ses arrangements, sa compréhension du texte et du contexte c’est aussi la modernité d’aujourd’hui.

Il faut reprendre l'original de Walkin ans Swingin, fameux thème Ellingtonien composé par Mary Lou Williams pour voir comment Sylvia Versini se l'approprie, laissant la place aux soufflants ( seul comme dans cette introduction) ou portés par la dynamique de ce formidable tentet. Un autre chemin du swing. Jamais de paraphrase chez Sylvia Versini ( ou alors juste un clin d'œil comme sur New Musical Express), mais toujours une relecture à l'aune de sa propre modernité.

Mais c'est surtout lorsqu'elle s'aventure sur les terres de « The Zodiac Suite », album génial de Mary Lou Williams (1945) qu'il faut écouter et dont il faut reconnaître qu'il avait alors 10 longueurs d'avance à l’époque, que Sylvia Versini y trouve la matière d'un contexte harmonique aussi complexe qu'évolutif ( Taurusou Capricorne)

Sylvia Versini, évitant comme on l'a dit, toute paraphrase intègre aussi, comme de belles incises des morceaux de sa propre composition qu'elle dédie à MLW.

La musique de Sylvia Versini est vivante. Elle embrase tout le jazz dans un même mouvement où certains reconnaîtrons ses dévotions au Duke, à Mingus ou même , ce que j’ai cru déceler, à Weather report pour donner dans le plus contemporain. Les thèmes évoluent, jamais linéaires, créent des mouvements, des césures, partent sur une intention pour revenir ensuite à l’idée première. Le sens du swing, cette essence du jazz, n’est jamais étranger à la compositrice comme dans ce Clifford, thème de Versini au groove presque funky.  Musique vivante !

Un peu comme si elle avait pu conquérir tous ses musiciens dans cet ambitieux projet, ceux-ci font littéralement corps avec lui. Ça joue terrible. On ne se lasse pas des trouvailles du jeu d'Emil Spanyi qui trouve en Sylvia Versini aux claviers, une compagne de jeu et de jeux. On y découvre quelques jeunes talents comme cette belle clarinette de Hugues Mayot ou encore la trompette de David Lewis ou encore le ténor de Ganesh Geymeier.


Sylvia Versini, on le notait déjà sur Broken Heart, a cette façon de faire sonner son tentet comme un véritable big band. Le souffle qu’elle donne à cette musique est ample. C'est à la fois beau et émouvant, ça swing beaucoup et ça nous ramène finalement à une sorte de vérité du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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