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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:40

Ô Jazz 2011

Benoît Lavolée ( vib, mba), Nicolas Larmignat (dm), Baptiste Dubreuil ( p, fder)

 

Lavollee-Dubreuil-Larmignat-Le-Symptome.jpg

 

Entame d'album mortel avec ce son "énorme" du fender.  Ça n'hésite pas un seul instant : ça rentre dedans. Émotions fortes . Les trois en emphase parfaite pour une création captivante d'une sorte de jazz-pop lunaire. Une fusion des énergies. C'est le parti pris esthétique qui s'impose. Les trames sonores se superposent et forment des nappes de son entre ing Crimson et les sonorités d'un Larry Golding. Il y a un sens du jeu partagé qui crée cette atmosphère cosmique intéressante. Univers passionnant qui va de l'étirement des sons à une percussion rock affirmée. C'est un alliage subtil entre ces trois instruments qui tirent le meilleur parti de ce trio.  Le clavier de Baptiste Dubreuil  est  énorme: à la fois inventif et prolixe (Minuit) il dessine la toile de fond.  Dubreuil peut ainsi passer dans une même logique d'un clavier électrique au piano dans un même discours sombre et puissant.  La rondeur du son ne perd pas l'énergie, au contraire. Celle-ci est en fusion. Nicolas Larmignat quant à lui montre les incroyables facettes de son talent en démultipliant un jeu tout en bruitisime, en respirations, en pulse irrégulières ou en beat rock et pop.En écho des sonorités du fender, Benoît Lavolée alterne vibraphone et Marimba avec là encore un incroyable talent d'orfèvre, doux dans sa sonorité, évitant le jeu percussif pour au contraire venir arrondir les angles.

De l'électricité dans l'air, palpable qui pourrait bien dessiner les contours d'un jazz d'après pop. On pense à quelques groupes mythiques dont on imagine qu'ils ont dû influencer ces jeunes musiciens : Radiohead ou Bowie par exemple autant que Robert Fripp.  Et si l'on peut regretter que les compositions se perdent parfois dans quelques méandres planants, une atmosphère se dégage pourtant, à la fois envoûtante et hypnotique comme une sorte d'opiacée à effet calmant immédiat. Hallucinogène doucement.

Leur univers est d'une incroyable richesse musicale. Ce groupe distingué au Concours de la Defense en 2010 nous embarque dans une rêverie futuriste qui convoque tous les imaginaires possibles.

Jean-marc Gelin

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 08:53
Soleart

  padoleocouv.jpg

Un nouvel album de Jean Marc Padovani  s’écoute toujours avec plaisir. C’est comme un ami qui reviendrait avec sa moisson de mélodies légères et graves, envolées lyriques et un sens indubitable de ce qui fait la musique, un modelage de la matière, avec ce « son » ferme et unique .

Le saxophoniste a multiplié les expériences artistiques, croisant cultures du monde et autres pratiques artistiques, théâtrales avec Enzo Cormann.

Il a su se détacher cependant de ces courants, et ici, voilà encore autre chose : tout est exquis dans cet album à deux voix qui se cherchent et se répondent en un savoureux échange. Frôlement et battements d’ailes, « musique des sphères » où piano et saxophones suffisent ; point besoin d‘un troisième larron pour s’immiscer dans cet accord parfait !

Jean Marc Padovani a trouvé le plus approprié des partenaires en  la personne de Philippe Léogé, pianiste aux effluves debussystes et à la fermeté d’un jazz ardent et swingant. A parité, chacun jouant son rôle dans cette petite entreprise !  Souffle poétique et toucher doux, soyeux et profond à la fois ! C’est le piano qui assure d’ailleurs la cohérence de cette bande-son dont il nous appartient de trouver les images. Les nuances et dynamiques apportées réalisent cette synthèse de musiques aimées, entre valse « valse tard », musiques du monde (« La vespre de la noça », un traditionnel occitan), musique classique (clin d’oeil gymnopédique à Satie, si proche du jazz), musique de film. Tous deux servent au mieux les compositions, selon le style voulu, la sonorité recherchée-élégance rauque au soprano et grain charnu au ténor.

Le plus beau compliment qu’on peut leur faire est de remarquer que toutes leurs compositions ressemblent, sonnent comme des standards. Les deux titres, l’un de Keith Jarrett « Spiral dance » et le standard « Angel Eyes » ne dénotent donc pas et s’intègrent  parfaitement en final, d’où la cohérence, essentielle à nos yeux, de cette suite de mélodies qui s’enchaînent sans à coup.

Un univers obsessionnel, souvent mélancolique avec des fulgurances, des ardeurs non restreintes « Soléart », une certaine poésie comme dans ce « Lucky loser », composition du bassiste belge Nicolas Thys. Le duo s’emploie à construire une musique d’un pays à la fois lointain et familier. En douceur la plupart du temps, en rythme aussi mais sans hâte, ils gardent une dimension humaine, avec des airs de charme et de caractère. Avis subjectif certes, mais ici, une histoire nous est contée dans un rapport impeccable entre forme et matière. Tout à fait à notre goût.

 

Sophie Chambon

 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 08:21

 

Marc Ducret (g, compos), Kasper Tranberg (tp), Mathias Malher (tb), Fred Gastard (sax basse), Peter Bruun (dm)

Ayler records 2011 - Dist Orhêstra

ducret.jpg 

Il s'agit tout d'abord d'une oeuvre supposée s'entendre comme une suite orchestrale. Cet opus constitue le premier volet d’un triptyque constitué autour du roman de Nobokov, «  Ada ou l’ardeur » qui devra être interprété par trois formations différentes.

Assez complexe dans son écriture, elle renvoie à des univers post free comme ceux que Braxton aime à composer. Les systèmes d'écriture s'imbriquent, entre codes et espaces improvisés, contre-chants et réponses rythmiques.

On est bien sur aux antipodes de toute accroche mélodique. Ducret abandonne ici un peu de son background rock-jazz tel qu'on le lui connaissait avec Tim Berne pour s'orienter plus résolument dans un jazz contemporain structuré et moderne. On peut s'y perdre mais on reste assez captivés par la fusion des énergies.

Chacune des pièces est longue et se montre très exigeante pour les musiciens à qui il est demandé une concentration de tous les instants. Et à l'auditeur aussi sans cesse relancé dans son écoute par l'émergence de propositions musicales nouvelles. Tout sauf linéaire.

Les cuivres sont éclatants, trublionesques et jouent en réponse les uns des autres.

Reste que dans ce rôle de catalyseur des énergies, de fédérateur du groupe, Ducret laisse un peu de coté sa volubilité sauf sur le dernier titre oú il fait a nouveau parler la poudre et déchaîne les éléments.

Malgré ce surcroît d'énergie qui ne faiblit jamais il y a néanmoins un coté austère et quasi monacal (presque Steve Colemanien) qui pourra en rebuter certains. Ceux qui feront l'effort de pénétrer cet espace musical en revanche s'émerveilleront de ses pépites et de ses trouvailles. Il y a quelque chose d'organique dans cette musique-là. Un corps en mouvement, l'adjonction de cellules qui donnent un tout biologique.

Ces Real Things ( 1 et 2) sont un peu Ducret in wonderland.

Jean-marc Gelin

 

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 21:25

Concord 2011

Kurt Elling (voc), Laurence Hobgood (p), Bob Mintzer (sax), John Mc Lean (g), John Pattitucci (cb), Terron Gulley , Kobie Watkins (dm), Lenny Castro (perc)

 kurt-elling-the-gate-2011-cd-cover-fl  photos-2010-2011 0951Du grand, voire du très grand Kurt Elling ! La publication de son dernier album «  the Gate » pourrait bien être une vraie référence dans la carrière du chanteur de Chicago. Ceux qui, depuis « Man in the Air », pensaient l’avoir un peu perdu lors de ses dernières productions vont retrouver là un grand Kurt Elling. Un Kurt Elling qui délaisse les standards américains et qui s’attaque là à des thèmes sublimes de la pop, du jazz, de la soul et du funk. À la manière d’un Franck Sinatra qui pouvait donner l’impression que les standards de Broadway avaient été inventés pour lui seul, Kurt Elling s’approprie avec beaucoup de respect et un sens incroyable de l’interprétation quelques-uns de ces monuments. Même pas peur ! Certains de ces thèmes de l’album sont peu connus et même presque introuvables comme le Matte Kudasai  de King Crimson tiré de l’album « Discipline » de 1981 ou (moins rare) le Come Running to me de l’album « Sunlight » de Herbie Hancock. Chaque fois Kurt Elling se délecte de ces thèmes aux arrangements raffinés et aux orchestrations subtiles pour les emmener sur son propre terrain et en exhaler toutes les saveurs mélodiques. Avec une approche de vrai musicien, Kurt Elling parvient alors à donner à ces thèmes une autre existence musicale tout en restant au plus près de l’intention originale. Je ne peux m’empêcher de penser à Miles et à cette notion d’espace en musique que Kurt Elling fait sienne en donnant au temps et aux silences des couleurs bleutées. Son Kind of blue à lui.  Alors les vapeurs crimsoniennes restent là et la sensualité érotique de la soul et du funk aussi lorsqu’il s’agit de reprendre le thème de Herbie Hancock ou le After your love has gone de Earth Wind and fire génialement réarrangé, sans trahir d’une virgule l’intention initiale. Avec ses airs de crooner, Kurt Elling donne à ces thèmes un surcroît de sensualité à faire rougir un chœur de nones carmélites à l’heure vespérale. Normal avec un producteur qui y sait y faire comme Don Was aux manettes à qui l’on doit notamment les Stones, Elton John,  George Clinton et tant d’autres.

 

 

 

Quelques tubes émaillent l’album comme le Stepping out de Joe Jackson rendu à des airs jazzy ou Golden lady de Stevie Wonder ( le moins réussi des 9 titres) ou encore le Norvegian Wood des Beatles ( de l’album Rubber Soul de 1965). Mais Kurt Elling s’attaque aussi à des sommets infranchissables. Du jazz modal comme Blue in green ( tiens , « Kind of Blue » ….) mais encore des thèmes difficiles comme Samourai Cowboy thème tiré du Samourai Hee-Hawdu bassiste Marc Johnson et de son groupe mythique Bass Desires et sur lequel Kurt Elling a mis des paroles qui viennent illustrer parfaitement le thème. Et sur Nightown Lady Bright Kurt Elling met là encore des paroles sur le thème de Don Grolnick pianiste mythique du jazz rock west coast. En parlé-chanté, Kurt Elling nous transporte alors dans ses nuits, dans son univers où le bleu et le noir se confondent. Et le fantôme de Duke Ellington de passer rapidement dans les effluves de la voix du chanteur.

Le charme ne se rompt pas, il vous poursuit au-delà de la dernière note chantée. Alors que la mode est à le reprise des thèmes de la pop, Kurt Elling en fait bien autre chose que de simples reprises. Il les incarne et les fais revivre. Avec cet album-là, c’est sûr Kurt Elling n’atteint pas des sommets, il les dépasse.

Jean-Marc Gelin

  

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 07:18

  

Zig Zag Territoires-Outhere

Distribution Harmonia Mundi

www.stephanekerecki.com

www.johntaylorjazz.com

www.outhere-music.com

 Stephane-Kerecki-Patience-CD-album_z.jpg

 

Cet album marque une rencontre inédite, des plus réussies, entre un pianiste (l’Anglais John Taylor) et un contrebassiste français (Stéphane Kerecki). « Entre ces deux là, l’osmose a été immédiate, évidente…de cette contrebasse vivace et de ce piano coloriste, naît une musique qui brûle d’un feu paisible ; une musique pour traverser la nuit ». Voilà bien un juste hommage de Guillaume de Chassy, un autre pianiste qui connaît bien le contrebassiste.

Variant les nuances, Stéphane Kerecki croise mystère, instantanés d’émotion, exigence d’un musicien accompli, pour faire entendre une basse puissante, résolue, souvent chantante comme dans « Kung Fu ».

L’intégration audacieuse du silence, l’appréhension d’un certain vide qui demeure musique ne lui fait pas peur, puisqu’il s’adosse au piano lyrique, tendre, mais aussi engagé de John Taylor « Manarola ». Le duo captive littéralement, nous immergeant dans ces pièces vibrantes, enlevées, rythmées : « La source », « Bad drummer », « Valse pour John »  se combinent à d’autres pièces, aux cadences moins rapides  comme « Patience », « Gary », « Luminescence » . Ainsi, tout le long de cet album d’échanges, leur conversation raconte presque toujours une histoire, installant une forme ouverte, laissant libre court à l’intuition, au sens inné de l’improvisation des deux musiciens.

Dès la pochette, le ton est donné :  l’ambiance mauve, propice à la rêverie introspective, à l’ouverture de l’espace sur l’imaginaire, est zébrée par des biffures de lumière traversant les nuages. Est ainsi restituée la belle couleur de l’album, intitulé « Patience », d’après une des compositions  de Stéphane Kerecki.

Les deux musiciens se partagent une fluidité mélancolique, que parcourt pourtant une énergie rythmique souterraine. Par ses harmoniques et couleurs, Patiencedistille une secrète nostalgie, intense, liée à un art et une pratique musicale poétiques, comme dans  « Gary ». Car, dans ce dialogue fervent, sont invitées les figures de Bill Evans, Paul Bley, Gary Peacock … en hommages fugitifs, brèves rencontres, échos délicats où le jazz revient, superbe comme dans la reprise de « Jade visions » du regretté Scott La Faro.
Les irisations de cette musique qui renvoient à de délicates impressions ne doivent pas faire oublier les ramifications, les sinuosités et cette douce violence qui envahit l’espace de jeu. 

Sensibilité romantique, engagement romanesque ? En assistant à cette rencontre vespérale, où l’imprévu s’impose souvent comme seule réalité, on se sent troublé. Délicieusement. 

Un album contrasté donc, intense :  l’échange vif, immédiatement complice  réussit à nous entraîner dans une aventure esthétique des plus réussies.

 

Sophie Chambon

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:38

« Live at Birdland »

Lee Konitz (as), Brad Meldhau (p), Charlie Haden (cb), Paul Motian (dm)

 Lee-Konitz-Brad-Mehldau-Charlie-Haden-Paul-Motian-Live-At-B.jpg

Le Birdland a toujours été un de ces lieux magiques dans l’histoire du jazz. Il s’y est tenu des concerts mémorables. Petit club mythique s’il en est, le club après avoir été situé tout proche de la fameuse 52ème rue, a réouvert en 2008 dans la 44ème. Le club a toujours inspiré les plus grands et certains ont notamment en mémoire le légendaire Live at Birdland enregistré par Coltrane en 1963 ou encore les non moins légendaires sessions animées par Art Blakey e ses Messengers.

Et c’est dans ce temple sacré de la musique qu’ont été réunis ce soir de décembre 2009, 4 légendes absolues du jazz : Lee Konitz (84 ans), Charlie Haden (74 ans), Paul Motian (80 ans) et le tout petit dernier, Brad Meldhau (41 ans) pour une de ces rencontres au sommet dont on se dit qu’une telle brochette de all-stars, sans réel projet commun, (mais avec une même histoire en partage) peut donner leu au meilleur comme au pire. Peut aboutir à une rencontre sublimée ou à un simple gig.

Et c’est la première solution qui s’inscrit définitivement dans le marbre. Sur un matériau basique, celui des grands standards du real book, Konitz rencontre Meldhau et réciproquement. Tout y est certes très formaté, très, trop certainement. Les structures s’enchaînent  et chacun prend son chorus à tour de rôle montrant l’un après l’autre sa science incroyable de l’harmonie que le pianiste dispute à l’alto. Les thèmes sont issus d’un répertoire archi connu et rebattu. Et pourtant, la magie opère immanquablement. Dans cette forme, dans ce format dont on n’attend aucune révélation, la musique se révèle avec sa part d’inattendu, de surprise, affichant de la part des musiciens une inattendue et  fantastique liberté.

Au-dessus de tout Il y a (malgré parfois quelques défaillances de justesse) le « son » de Lee Konitz. Celui qui me fait passer en boucle depuis des années ce disque qu’il enregistrait en avec Warne Marsh. Lee Konitz : cette forme de clarté limpide, ce soyeux du verbe et cette maîtrise de l’harmonie qui depuis Tristano ne le quitte pas. Et Meldhau qui, justement, endosse à merveille ce rôle Tristanien qui lui était tendu comme sur un plateau d’argent et qui rejoint Lee Konitz exactement sur ce terrain-là où le thème reste le thème, la mélodie reste la mélodie alors que tout, autour, semble réinventé. Et c’est là où la magie de ces rencontres au sommet opère : dans cet art de la re-création qui devient pour l’auditeur celui de la révélation. Loverman sublimé, Lullbay of Birdland magnifié, I Fall in love too easily bouleversant, touché par la grâce ou encore un Solar qui au-delà de son exploration modale va chercher dans les moindres recoins harmoniques des atonalités surprenantes. C’est qu’il y a pour les 4 musiciens, dans ces thèmes-là matière à jeu, matière à réflexion, matière à communion.

Et dans cette rencontre, il y a aussi un événement dans l’événement : les retrouvailles émouvantes de Haden et Motian, là encore une question de « son » : deux sonorités qui ont marqué à jamais l’histoire de leur instrument, deux timbres exceptionnels qui se retrouvent.

Aux DNJ nous avons failli faire un débat autour de cet album-là qui ne parvenait pas à me convaincre à la première écoute. Nous avions le préjugé d’un album un peu trop marketé. Trop encadré dans sa forme. Le sentiment que parfois chacun joue pour lui-même. Et puis réécoute. Et puis non, pas possible de dire cela. C’est finalement tout le contraire qui se passe. L’art de chacun emporte l’ensemble dans ce formidable paradoxe du jazz qui place l’individu dans l’ensemble qu’il constitue ou qui LE constitue. Et c’est la définition même de l’osmose. A moins qu’il ne faille aller chercher, pour le comprendre, celle de l’empathie(*)

Jean-Marc Gelin

 

 

(*) (du grec ancien ν, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu'on éprouve), notion complexe désignant le mécanisme par lequel un individu  peut « comprendre » les sentiments et les émotions d'une autre personne voire, dans un sens plus général, ses états mentaux non-émotionnels.

 

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 06:56

borey-lines.jpg

Fresh Sound New Talent
Site
Myspace

Frédéric Borey (ts, ss), Camelia BenNaceur (p), Nolwenn Leizour (b), Stefano Lucchini (dm)

Détachement. C'est ce qu'a gagné le saxophoniste français Frédéric Borey depuis Maria en 2007, aussi publié sur Fresh Sound. Du détachement face au formatage ambiant, du détachement face à la performance devenue nécessaire pour faire partir des "bons". Borey joue ses compositions, élaborées, pas du tout influencées par la pop rock, mode obligatoire parfois à contrecœur. Sa musique sereine est faite de respiration et d'espace, encore plus sentis que sur Maria,  et des mélodies directes, parfois lumineuses comme ce "Dward Steps" qui nous fait irrésistiblement à "Line on Love" de Marty Ehrlich, le saxophoniste allemand qui ne doit pas déplaire à Borey.
Une esthétique juste sophistiquée, point trop n'en faut, avec un accent mis sur le son. D'abord celui du saxophone: à la fois suave et parait incisif car il est straight et sincère. Des lignes pour Kodaly, Bartok, Debussy et Warne Marsh qui mettent en exergue le talent du compositeur  précis et subtil, ses influences pour le moins hétéroclites. Une fois encore, Borey a su fondé un jeu de groupe très cohésif, convaincant et nuancé. Borey est talentueux - l'écouter jouer ses compositions est une évidence pour l'oreille - et audacieux et il le fait savoir avec ce groupe composé complètement renouvelé depuis Maria avec de parfaits inconnus, vu de ma fenêtre parisienne,  dont deux musiciennes. Ils en ont du talent nos musiciens! Chapeau Monsieur Borey, votre musique est vraie et authentique.

 

Jérôme Gransac

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 15:34

Discograph 2011

Christophe Dal sasso ( dir, fl), Juliee Alour (tp), Vincent Echard (tp, fchn), Dominique Mandin (as,, fl), Sophie Alour (ts, cl), David El Malek (ts,ss), Thomas Savy (clb), Merrill Jerry Edwards (tb), Fidel Fourneyron( tb, fl), Franck Aghulon (dm), Manuel Marches (cb), Pierre de Bethmann (p, fder), Romain Ponsot (htb)

 dal-sasso.jpg

 Lorsque l’on met l’album de Christophe Dal Sasso dans la platine, on a d’abord quelques (agréables) appréhensions. On connaît tout le travail d’arrangement du musicien et notamment ses collaborations avec les frères Belmondo et l’on craint juste un peu de réentendre les influences qu’il revendique à savoir celles du classique français du début de siècle (dernier) arrangés pour orchestre d’harmonie dans un album qu’il aurait déjà fait. Je suis assurément un fan absolu d’ « Hymne au Soleil » et aussi du précédent album de Chistophe mais je craignais quand même de le voir encore tourner autour du même sujet. Le format de l’orchestre s’y prête clairement et d’ailleurs la première plage (Rondo) qui s’inscrit dans la continuité de ce travail ne résout pas totalement ces craintes. Sauf que dans la plage suivante (Potomac River) et tout au long de l’album Dal Sasso démontre que son art de l’écriture est protéiforme et que l’étendue de sa palette de compositions et d’arrangement sort des idiomes attendus dans une sorte de syncrétisme remarquable. On revient parfois au jazz, celui de Maria Schneider, de Gil Evans parfois ou de Thad Jones voire même quelques clin d’œil à Mingus. Remarquablement écrit, l’ensemble fonctionne à merveille dans une écriture concise.  Les solistes sont tous excellents et l’on se délecte d’y entendre un David El Malek maître dans la façon de faire monter les sauces, Sophie Alour ou encore son frère Julien qui à la trompette s’aventure sur des terrains un poil plus trash  (sur Tourbillon). Quelques moments de grâce particulièrement émouvants comme cette Côte de Lumière justement éclairée par la saxophoniste alors que la section de cuivre, derrière elle se fait particulièrement soyeuse.

Il y a  dans cet album quelque chose qui le situe entre ciel et terre. Entre la grâce aérienne des harmonies qui s’envolent gracieusement et une sorte d’enracinement tellurique qui vient des rythmes d’Afrique ici délicatement suggérés. Qu’il s’agisse de Pluie de Cendre, moment particulièrement fort et dense avec une vraie évolution thématique qui traverse de crépusculaires accalmies sur lesquelles le soprano de David El Malek, porté par un ostinato rythmique saisissant se fait au contraire particulièrement sombre. Ou alors qu’il s’agisse d’un hommage dédié à John Coltrane et Yusef Lateef ( que Dal Sasso avait rencontré avec les frères Belmondo à l’occasion de l’enregistrement de «  Influence »). Si l’on est moins convaincu par le prélude et sa mise en ambiance « africanisante », en revanche la suite est plus convaincante avec une couleur que le trublion Jerry Edward parvient à décaler pour le tirer hors des modalités coltraniennes stéréotypées.

Très encadré l’album repose beaucoup sur l’écriture et donne le sentiment que les solistes sont entièrement concentrés sur l’exécution d’une oeuvre réglée au millimètre. Les solis et les contre chants sont ainsi savamment imbriqués dans un agencement parfait qui donne à l’orchestre une sage épaisseur.

 

L’album trouve alors son équilibre entre deux fondements : l’un rythmique où Christophe dal Sasso met en évidence la pulse comme sur ce « Prétexte » où Thomas Savy et Franck Aghulon rivalisent dans le groove.  L’autre pilier est l’harmonie ainsi q’une témoigne cet Aube magnifique qui vient clôturer l’album un peu comme Rondo l’avait entamé, par un rappel des trames qui évoquent la musique de  Boulanger et de Fauré. ET la boucle est ainsi bouclée avec une infinie élégance. Un geste de maître en art zen. Comme le dessin d’un calligraphe. Entre ciel et terre.

Jean-Marc Gelin

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 12:32

U suite

 

Les raisons –nances d’un territoire

Sortie le 17 mars 2011

 

www.zigzag-territoires.com

www.outhere-music.com

 

 

Raphael Imbert sur le net

www.ninespirit.org

www.raphaelimbert.com


www.myspace.com/raphaelimbert

www.facebook.com/raphaelimbert

 

 Raphael-Imbert-Live-au-Tracteur-CD-album_z.jpg

Installé en Haute Provence entre Durance et Verdon, le saxophoniste Raphael IMBERT a su créer un réseau, rencontrer utile, créer des liens dans un contexte rural et montagneux ; pour un musicien jouer est essentiel, et pour cela, il faut trouver des lieux utiles de diffusion, des scènes comme ces bistrots de pays, ou encore la scène voisine de l’AMI à château Arnoux (on connaît bien aux DNJ le travail de cette structure), qui organisent rencontres, concerts événements…

 

LE TRACTEUR, restaurant à Puimoisson , tout près des lavandes du plateau de Valensole,  (04), accueille autant les locaux que les amateurs venus de loin. « Ce territoire entre Oraison et Riez, chargé de mystères, de vécus, de paysans mystiques et d’ésotéristes terriens » ne pouvait qu’ inspirer le saxophoniste, toujours en verve. Ce projet est mené avec le label Zig Zag Territoires, qui suit son travail depuis longtemps : après un voyage dans le Dixieland des origines du jazz, en juin 2010, pour un projet Improtech autour du dévelopement du logiciel Omax, Raphael Imbert a composé une suite la USuite en 5 parties, transposées dans son Sud à lui. Il était donc totalement légitime de créer au Tracteur cette musique jouée par un quartet mixte, composé d’une rythmique américaine Gerard Cleaver à la batterie et Joe Martin à la contrebasse, déjà sur son précédent New York Project, et le fidèle Stéphan Caracci , vibraphoniste doué de la jeune génération.

 

« Le jazz est le geste musical qui me permet de jouer, avec qui je veux, quand je le veux »

dit Raphael Imbert, qui a vécu à Marseille, connaît bien Paris, s’est installé en Haute  Provence dans une démarche de néo-rural, de développement local.

Sous-tendant ses différents projets depuis le début de son histoire, toujours intelligemment menés, on le retrouve plus mystique encore que cool…  vers une quête de l’essence des choses, de la spiritualité dans l’art et la musique. 

Il définit les différentes parties de sa suite dans un carnet bien conçu : les vertus pédagogiques de l’artiste ne sont plus à démontrer :

1-    Shared suite (4’35)

2-    Ecosystem of Citybirds (12’03 ) : hommage à tous ces « birds » fameux de l’histoire du jazz, du sax, de la muique urbaine

3-    Poboy : echo sur un rythme de valse, cajun, Blue grass, gospel

4-    Jamin’ with jamin

 

 

 

 

 

Intensément lyrique, immédiatement accrocheur, le groupe nous plonge au cœur de sa musique. L’idée de génie est d’intégrer au trio vibrant et bondissant, le travail inventif et subtil sur les lames de Stephan Caracci . Le résultat ne se fait pas attendre : ça joue vite et bien, entraînant dans un tourbillon de sons. Le vibraphoniste tapisse de nappes sonores l’arrière plan sur lequel brode lyriquement le saxophoniste qui joue de tout son corps et des saxes, corps à cœur, sans souffler pourrait-on dire paradoxalement.

Sensible et pourtant ardente, irriguée d’une énergie souterraine, la rythmique pilonne en continu et nous lance dans une poursuite infernale que relève le développement plus léger du vibraphone.

Voilà un vrai « live » ponctué  des cris et clameurs pour une structure classique lisible, qui s’écouterait en boucle, avec infiniment de  plaisir. Un voyage spirituel et sensible, frémissant et sensuel. C’est l’esprit d’un jazz résistant, militant qui demeure, éblouissant dans chacun des chorus que prennent égalitairement les musiciens du quartet.

 

Sophie CHAMBON         

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 22:41

Laurent Stoutzer (g), Bruno Angelini (p), Arnault Cuisinier (cb), Luc Isenmann (dm)

 

 Stoutzerorphee.jpg

 

Il y a déjà quelques années, notre chroniqueur-guitariste Tristan Loriaut s'était extasié à propos d'un album de Laurent Stoutzer (Praxis, paru en 2008). C'était à l’époque Benjamin Moussay qui tenait les claviers. C'est ici Bruno Angelini qui a pris sa place. Jadis c'était Yaron Herman ou c’etait aussi Eve Risser. C'est dire combien le guitariste strasbourgeois aime à se confronter aux pianistes de haute volée dans cet exercice cordes contre cordes particulièrement difficile par la complexité harmonique qu'elle engendre. Et d'entrée de jeu, la confrontation ou plutôt la complémentarité des deux musiciens fait merveille dans cette musique admirablement construite, hors des repères classifiant habituels.

De cette rencontre, appuyée par la fidèle et magnifique rythmique de Stoutzer naît une réelle densité musicale. Le pianiste et le guitariste se complètent lorsqu'il s'agit de dessiner des contours musicaux, de faire sonner des harmonies sombres ou de construire le son. On entend bien chez Stoutzer les nappes Metheniennes. Et ce sont celles-là dont s'empare Bruno Angelini pour y inscrire des contrastes en eaux-fortes. Explosant les frontières habituelles du jazz et du rock, la guitariste qui signe ici toutes les compositions navigue entre nappes électriques, les vapeurs harmoniques et les explosion qui surgissent dans une construction delinearisèe des thèmes.

Dans le partage de l'espace entre piano acoustique et guitare électrique Bruno Angelini affirme sa présence tant dans son rôle d'accompagnateur que de soliste où chacune de ses interventions vient apporter un son plus mordant, taillant dans la masse sonore. 

Tous deux, ou plutôt tous les quatre sont des créateurs de sons et partagent l'intelligence de la musique qu’ils créent en studio. Ils peuvent partir d'un climat très acoustique et très apaisé pour parvenir finalement à quelque chose de très puissant dans un parfait agencement des trames. Car Laurent Stoutzer sait travailler le mariage des sonorités comme dans ce thème, Ostraca où l’halluciant chorus de Arnault Cuisinier à l’archet se prolonge dans le même gémissement de la guitare dans une continuité parfaite. Parfois ce mariage des sonorités se fait de manière un peu brutale avec des ruptures qui permettent  le passage de relais entre l’éléctrique de la guitare et l’acoutisque du piano. Mais jamais au détriment de la cohérence artsitique marquée par cette couleur noire « polar ».

Chacun des musiciens semble varier les rôles et changer d'approche stylistique avec une cohérence absolue.

Et la variété du jeu de Stoutzer est impressionnante, inclassable et ne se départit pas de cette couleur crépusculaire et sombre qui imprime a sa musique une ténébreuse densité.

Jean-Marc Gelin

  

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