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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 22:58

Aum Fidelity 2010

Lewis Barnes (t), Sabir Mateen (as, ts, fl), Darryl Foster (ts, ss), Dave Burrell (p), William Parker (cb), Hamid Drake (dms), Leena Conquest (vc), Amiri Baraka (vc), Lafayette Gilchrist (p), Guillermo E. Brown (dms ); New Life Tabernacle Generation of Praise (choir)

 

williamparkeriplantostayabeliever-copie-1.jpg  Ceux qui étaient au festival de la Villette en 2007 se souviennent certainement du concert mémorable que donna le contrebassiste William Parker autour de son projet dédié au chanteur Curtis Mayfield. Concert qui fut donné quelque temps plus tard à Rome et dont l’enregistrement « live » fait l’objet du double CD présenté ici.

Projet cohérent s’il en est, dans la démarche du contrebassiste que l’on sait attaché à la grande musique populaire Noire Américaine et plus précisément à la musique engagée dont le chanteur Curtis Mayfield fut l’une des icônes contestataires mythiques.  Curtis Mayfield qui incarnait dans les années 70 ce tournant de la soul music au-delà de la Motown ( Mayfield signa chez le label Curtom records) fut l’un des tous premiers à mettre sur ces musiques sirupeuses des paroles politiquement et socialement engagées remettant en cause les contours de la société américaine, bien au delà des revendications du mouvement noir. ET C’est cette sorte d’inscription génétique dans le génome de William Parker que l’on sait attaché autant à Duke Ellington quà ce patrimoine de la musique populaire américaine qui trouve ici son terrain d’expression festif.

Car la force du projet de William Parker est de parvenir sur ce terrain-là, à en faire une véritable agape aussi joyeuse qu’explosive dont la subversion vient autant de son message politique que de son ancrage populaire. Et William Parker qui, associé à ses camarades de jeu, fait exploser la joie comprend tout ce que contient chez Curtis Mayfield l’association de la musique et de la force rageuse ou ironique de ces paroles alliées à des chansons  aux mélodies douces et diablement efficaces. Là exactement où la musique populaire devient le support d’un engagement combatif. Et il était donc tout à fait logique de retrouver pour ce projet la chanteuse Leena Conquest (pour les mélodies) et Amiri Baraka (Leroi Jones, autre figure légendaire de la pensée noire Américaine) pour la force des textes ravageurs.

En restant au plus près de l’original, William Parker offre une musique de tous les diables qui groove, qui danse, qui chante la soul qui vire au funk et qui tourne au jazz. Tous les acteurs sont ici ultra galvanisés en commencant par Lewis Barnes intenable à la trompette, Sabir Mateen qui porte l’alto à son paroxysme ou encore Darryl Foster, autre compagnon de toujours de la bande Parkerienne, totalement déchaîné. Les morceaux de près de 20 mn chacun font durer la transe à l’énergie bouillonnante ou, comme toujours quand ils sont associés depuis si longtemps, William Parker et Hamid Drake (certainement l’un des plus grands batteurs de son époque) jouent en totale osmose télépathique. La soul part en free jazz dans une figure pas très nouvelle mais toujours aussi forte. Et il faut entendre le travail des deux saxs sur Freddie’s Dead pour approcher le feu qui couve entre colère et joie du cri. Leena Conquest quant à elle est toujours superbe rendant vie autrement au chanteur disparu au crepuscule de l’an 2000 sur I plan to stay a believer. Il faut entendre cette dynamique galvanisée sur I’m so Proud ou sur If there’s a hell.

Certes les acteurs emportés dans le geste oublient parfois leur justesse comme sur ces intros sur It’s Allright ou sur Move on up. Ce dont on se fiche royalement puisqu’ils ne sont pas là pour sonner juste mais pour tout autre chose. Ils sont là pour faire chanter et danser et puis rire et faire la révolution. De la soul au jazz, les acteurs parviennent toujours à créer des ponts évidents dans une énergie qu’ils prolonge de l’un à l’autre. Le public exulte et William Parker s’offre aussi la participation d’un chœur pour entreprendre un New World orderà la sauce reggea qui tourne définitivement au festif, à la joie de vivre, à l’explosion populaire et bon enfant. Et sur Pepole get ready cette tournure de bacchanale rend la musique à la rue et c’est totalement passionnant et c’est la vie en marche et c’est le moment exalté et c’est l’explosion de joie et de rires , la colère contre un monde injuste qui s’exprime dans un immense tourbillon de gaîté de vivre. La musique et le texte ne prenennt pas une ride et leur force provient aussi de leur acuité. Le jazz est là. Il est bel et fort bien là. Avec nous. Avec les gens. Et le jazz n’a jamais été aussi vivant.

Jean-Marc Gelin


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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 20:03

Home

Universal Jazz Music

moneit.jpg Avec Home, disque cocon, chaleureux, talentueux d'hommage aux standards du jazz, l'Américaine se maintient à un bon niveau. Après une petite dizaine de dsiques cross-over, la vocaliste émule d'Ella Fitzgerald se livre à un hommage aux standards. En dépit de quelques moments de Swing, l'Américaine ne nous fait pas décoller. Comment du reste une limpide voix de jazz qui avoue une influence « très modérée » de Billie Holiday (« pas marquante, trop à part », me dit-elle) pourrait-elle soulever les âmes? Il faut dire que sa vie à elle ne présente pas les stigmates d'un psychodrame ininterrompu. Mais alors pas du tout. Au contraire, la trentenaire poupine jouit d'un background familial encourageant. « J'ai tout appris à la maison », me confie Jane, épanouie, dans les locaux d'Universal, vue sur le Panthéon. Père, mère et soeur chantent l'opéra. Comprennent ses possibilités. Devancent son désir. L'envoient à la Manhattan School Of Music. Lui permettent de tourner dans les salles à seize ans. Jane ne pense que chant. N'a jamais envisagé de s'engager dans autre chose. La seule angoisse qui émane du personnage semble être la fébrilité de me donner des réponses correctes. Sinon, contente d'être heureuse. Jane est douée, genre “tombée dans la marmite quand elle était petite”. On l'aura compris. La fille de l'Est (Oakland, New-York, 1977) clame une déférence sans bornes pour Sarah Vaughan. A passer en revue les titres de “Home”, elle est loin d'en partager les possibilités. Quand elle ne reprend pas le répertoire des comédies musicales, Jane Monheit compose les paroles des morceaux (« mes préférées? Les chansons d'amour »). Jane a confiance dans l'accueil qu'aura "Home".

Son deuxième disque est resté N°1 au Billboard américain pendant plusieurs mois. Les suivants? Succès non démentis. Dont une nomination aux Grammies Awards en 2003. Le groupe de longue date l'accompagne sur Home : Michael Kanan (piano), Neal Miner (basse), et l'époux Rick Montalbano (batterie). Des invités huppés les rejoignent, comme le guitariste John Pizzarelli, et l'organiste Larry Goldings, deux références, « rencontrés au cours de la carrière ». On peut sans risquer des jets de fruits mûrs avancer que la plupart des morceaux fonctionne. Le premier, Shine on your shoes, annonce la couleur. Pureté des ballades. Superbe This is Always. Très bonne artiste. Un disque sans fausse note. On attendra néanmoins le chef d'oeuvre.

Bruno Pfeiffer

 

 

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 11:24

DIMITRY BAEVSKY : « DOWN WITH IT »

Dimitry Baevsky (as), Jeremy Pelt (t), Jeb Patton (p), David Wong (cb), Jason Brown (dm)

Sharp Nine Records 2010

  Baevsky.jpg

Il y a en ce moment dans les clubs de New York un jeune sax alto qui commence très sérieusement à faire parler de lui et à alimenter le buzz. Dimitry Baevsky, jeune musicien russe natif de St Petersburg écume les bars de Big Apple depuis près de 10 ans, naviguant sur des terres bien connues, celle du bebop et du hard bop pur jus. L’album qu’il vient de sortir ne renie pas cet amour de la tradition et va puiser du côté des thèmes de Bud Powell (Webb City), de Clifford Brown (La rue), Gigi Gryce (Shabozz) ou encore Monk ( We See). Ambiance club assurée, du swing et du bop et surtout un gars qui comme on dit, « joue terrible » ! Un alto au timbre sombre au superbe phrasé qui affiche avec assurance la maîtrise harmonique parfaite des grands du sax dans l’improvisation bop. Le garçon ici bien entouré par une rythmique qui fait remarquablement le job, impressionne. Tout est en place. Sans esbroufe. Dans les tempi lent ou rapide, le garçon perpétue cette belle histoire du jazz, qu’il s’est depuis belle lurette bien appropriée (diplômé de l’école de St Petersbourg depuis l’âge de 15 ans !). C’est l’histoire des clubs (jadis) enfumés, de la sueur qui perlait au front des Dexter Gordon et de tout ceux qui alignaient les chorus héroïques à mort. Et si l’on cite ici un ténor, c’est que Baevsky a cette tonalité qui le rapproche parfois de cette autre catégorie. Une sorte de virilité douce et sensuelle. Un lyrisme à tomber à genoux. Sur plusieurs titres le trompettiste Jeremy Pelt entre dans cette danse du jazz retrouvé.

Surtout ne pas s’attendre à une révolution en marche. À moins que la révolution ne se cache dans la redécouverte de ces racines essentielles.

Dimitry baevsky sera au Sunside vendredi 1er octobre. A n’en pas douter d’autres de ses corréligionaires seront présent dans la salle pour ne pas manquer ce nouveau grand sax qui, rallumera la flamme, ressuscitera quelques voix anciennes et en réveillera d’autres.

Jean-Marc Gelin

 
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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 06:08

YOUN And THE NIGHT AND THE MUSIC

 

 

Youn-su-nah.jpgACT/ harmonia mundi

Sortie le 23 septembre


 

 

 

Je n’aime pas beaucoup les chanteuses…actuelles et le formatage que prend le jazz vocal, d’autant que cette musique a eu de formidables Ladies, avec pour chacune, un grain particulier, une fêlure. Les « voix » se font rares, non pas seulement les belles et grandes voix (genre lyrique), j’entends les voix qui ont quelque chose à dire, ou à transmettre, qui déclenchent un sentiment profond de trouble, d’émotion, qui vous font tout interrompre pour …écouter. Cette vulnérabilité, on ne la trouve plus chez les chanteuses en promo à la télé.

 

Youn Sun Nah est une personne rare. Elle nous avait bouleversée dans son « autoportrait» So I Am, sorti en 2004, toute étonnée d’être accueillie avec enthousiasme à notre époque d’ « archipélisation ». Mais c’est que sa musique voyage dans notre monde parcellisé . Quand elle chante « Kangwondo Arirang », un traditionnel coréen, elle donne une éclatante démonstration de ce que peut être le folklore universel.

Dans ce nouvel album qu’elle signe encore sur le label allemand Act, après le précédent « Voyage », elle garde le guitariste suédois Ulf Wakenius, avec qui elle tourna en duo pendant deux ans, compagnon généreux qui entoure d’un écrin de choix, cette voix exceptionnelle, mais aussi le violoncelliste et contrebassiste Lars Danielsson et le percussionniste Xavier Desandre Navarre. Elle a trouvé avec ces compagnons une entente plus que « cordiale », une osmose véritable.

Elle chante toujours, entre souffle et cri, ne ménageant pas les écarts, avec une très grande rigueur, jouant du silence, avec ces fausses suspensions précédant de rauques déchaînements (nouvelle version de « Pancake »). C’est dans ces envolées que sa timidité manifeste s'envole : sa force est sa fragilité même. Sa gestuelle la fait ressembler à une instrumentiste, quand elle s’accompagne d’une trompette imaginaire. C’est qu’elle est, avant tout, musicienne et elle restitue en toute logique (d’instrumentiste), la force de ces "petites" mélodies, ces chansons qui finissent par constituer un répertoire. 

Justement, on pourra lui reprocher de balayer large, mais qu‘elle scate à sa façon dans l’étonnant Breakfast in Baghdad, qu’elle chante le blues fièvreux Moondog de Terry Cox, ou le folk du regretté Terry Cox My name is Carnival, qu’elle reprenne du rock, de la pop ou du jazz, qu’elle transforme en tango avec le violoncelle de Lars Danielsson le « Song of no regrets » de Sergio Mendes (chanté par Lani Hall à l’origine ), Youn SUN NAH peut tout faire.

L’émotion est réelle dès le premier titre My favorite things, cette bluette de Rodgers & Hammerstein II, que Coltrane transcenda. Interprétée avec une seule sanza, achetée dans un magasin de musique parisien, ces paroles insignifiantes prennent soudain un sens autre. Voilà un standard revisité de la plus belle des façons, et nous reprenons espoir quant à l’évolution du jazz vocal.

Le titre de l’album SAME GIRL vient d’une chanson de Randy Newman, grande figure de la musique populaire américaine : elle s’approprie cette composition avec une mélancolie respectueuse, réveillant en nous une pointe de nostalgie, puisque nous croyons y reconnaître quelques inflexions de la Barbra Streisand des années soixante-dix.

En français, Youn Sun Nah est tout simplement juste, avec une diction impeccable, fidèle au souvenir de Romy Schneider, si lumineuse dans « La chanson d’Hélène », écrite pour elle par Jean Loup Dabadie, pour le film de Claude Sautet «Les choses de la vie ». C’était un choix délicat, car le souvenir de Romy est fort : elle était d’une sincérité désarmante, montrant un visage sans fard . Sans calcul. Et justement l’émotion n’est jamais feinte quand Youn Sun Nah chante.

 

Sophie Chambon

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 07:59

Enja 2010

Roberto Fonseca (p), Javier Zalba (fl, as, ss), Omar Gonzalez (cb), Ramsès Rodriguez (dm), Joel Hierrezuelo (perc)

fonseca.jpg

La fougue de la scène. Le flot irrépressible du groove. Un groupe décidé ce soir là, à Marciac, de se donner à fond pour le public, sans économie, dans un numéro fichtrement bien rodé. Un truc à faire se lever la foule gersoise, hommes, femmes emportés par la liesse, enfants ébahis dans leurs landau, et même cul de jattes et j’en oublie c’est sûr !.

Ecoutez Lo que me hace vivir où, après la mise en bouche de l’altiste Javier Zalba qui sonne comme un tenor texan, sacrément doué pour faire monter la sauce tandis que Roberto Fonseca dans son dos installe la pulse mieux que 10 percussionnistes et 15 batteurs réunis ! Et c’est là l’essentiel. Ils font danser Marciac et nous aussi le casque rivé sur nos oreilles, le corps qui n’y tient plus, les pieds qui balancent le rythme entre jazz et latin jazz, entre deux continents là-bas d’Amérique ; Fonseca nous met en transe, on n’est plus au pays du Pacherenc mais à celui des alcools plus fort, l’ivresse guette les groupies, on prend son pied sans façon avec une petite saveur vulgaire de ceux qui ne boudent pas leur plaisir et se roulent sans vergogne dans la fange de toutes vertus oubliées, celle dans laquelle on se vautre à corps perdu ; et ça ne vole pas très haut mais Dieu que c’est bon, on en redemande encore. Le groupe, remarquablement bien huilé fait le show avec générosité et le pianiste, ce pianiste, l’homme orchestre à lui seul peut prendre appui sur lui pour s’envoler, pianiste d’exception dans la lignée des grands de son pays, des Rubalcaba en plus fou, de tous les Valdès réunis en moins doux.

On se serait bien passé d’un solo de batterie interminable plombant un peu l’ambiance du soir d’août où Rodriguez semblait avoir un peu oublié tous les regardants et les écoutants. Trop long mais heureusement Fonseca à l’humeur légère, badine quelques rêveries heureuses. Brillance du piano. Llegato cachaito comme son nom l’indique comme un hommage au contrebassiste cachaito Lopez commence par un solo de son frère d’arme, teneur des sons graves puis doublement des touches d’ivoire jouant au contraire dans les aigus d’un clavier enfantin, délicatement inspiré. Un final attendu avec une énorme ficelle, une salsa (Triste alegria) pour donner au public ce qu’il etait veu entendre, parce qu’il fallait que cela s’achève dans la danse, dans le tourbillon et la scansion palpitantes des percussions et des tambours primitifs.

 

Jean-Marc Gelin

Cet enregistrement réalisé durant l’avant-dernière édition du festival, en août 2009 se double d’une captation vidéo, au plus proche de la fournaise, au cœur du volcan 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 21:51

Bee Jazz 2010

Eve Risser (p, fl), Vincent Laffont (kybd, p), Antonin Ti-Hoang (as, cl, clb, p), Mathieu Metzger (as, ss, trombophone), rémi Dumoulin (ts, cl, clb), Joce Mienniel (fl, flb, elc), Guillaume Poncelet (tp, fch), Pierre Perchaud (g), Sylvain dabiel (elecb), Yoann serra (dm)

  onj.jpg

Immense ONJ ! Cela devient désormais une évidence lumineuse : si nous avions un peu boudé les débuts tâtonnants de l’ONJ dans sa nouvelle formule, c’est tout simplement qu’il lui manquait quelque chose d’essentiel : un album de référence, un répertoire original. C’est exactement ce que Daniel  Yvinec nous propose ici. Et quel répertoire ! Et quels musiciens ! Et quelle intelligence dans les compositions et les arrangements !

Il faut dire, et là est toute la force du travail de direction artistique d’Yvinec qui prend ici tout son sens, que l’orchestre après s’être inspiré de Wyatt, de Billie Holiday ou de Carmen s’appuie enfin sur son propre matériel, un répertoire conçu tout spécialement pour lui par John Hollenbeck le génial batteur américain (Claudia quintet), chef d’orchestre ( John Hollenbeck large ensemble) et grand compositeur.

La rencontre entre les deux hommes est fondamentale et prend racine dans la diffusion par une radio américaine du travail de l’ONJ sur Robert Wyatt. Musique entendue de l’autre côté de l’Atlantique par le compositeur, immédiatement séduit et tenté par l’aventure d’un travail en commun avec cet Orchestre National de Jazz français dans le cadre d’un candidature pour une bourse dédiée à un programme d’échange franco-américain autour du jazz.

La force de l’album va venir avant toute chose d’une compréhension très intime d’Hollenbeck de la personnalité de chacun des  membres de ce tentet auquel il dédie chacun des 11 titres à raison de 1 par musicien + 1 pour le groupe dans son ensemble. Avec 10 personnalités musicales aussi fortes que celles qu’affirment désormais ces jeunes musiciens le projet aurait pu se montrer kaléidoscopique s’il n’avait mit au contraire en exergue la formidable complémentarité complicité qui, projet après projet, scène après scène, existe désormais dans cette jeune formation. Hollenbeck leur donne le moyen d’exister avec autant de force individuelle (tous les solistes sont absolument magnifiques) qu’au service du jeu collectif et d’une pâte orchestrale qu’ils parviennent grâce à une direction d’orchestre réglée avec un soin d’orfèvre à faire vivre avec passion.

La base de ce travail d’écriture fut pour Hollenbeck le projet qu’Yvinec souhaitait dédier à la danse et au rythme. L’approche qu’il en fait est remarquable par sa subtilité et son intelligence. Evitant les pièges du bon vieux swing qui groove ( ce qui n’aurait pas été très passionnant) Hollenbeck invoque le rythme par touches, par rappels. Comme il le dit lui-même, en créant le lien « entre le mouvement et l’émouvant ».

Le compositeur parvient alors à marier un espace musical très vaste, une musique aérée à un discours dense dont les grilles de lecture ne cessent de varier. Où un tiroir se ferme pour laisser un autre s’ouvrir. Le rythme s’installe ou se devine, joue un jeu d’ombres toujours passionant. Rythme primaire,binaire, ternaire ou quarternaire que sais-je ! La pulse s’installe toujours, omniprésente mais jamais lourde. Elle est électro ou jazz-fusion avec Pierre Perchaud ou Africaine et tribale avec Joce Mienniel. Elle se propage par une simple balle de ping pong sur les cordes du piano préparé de Eve Risser dont on connaît la percussivité du jeu ( formidable et ténébreuse sur Shaking peace). Elle transpose le rythme primaire de « claves africaines »  ( joué sur des tubes en PVC) dans un hommage collectif à Bob Brookemeyer. C’est aussi la danse comme dans ce Praya Dance aux tourneries d’un chamanisme moderne.

Mais l’approche de Hollenbeck est subtile. Pour que la force du rythme apparaisse, il faut qu’elle disparaisse aussi. D’où cette lecture jamais linéaire. D’où ces passages transitionnels où l’orchestre semble s’appesantir, se muer lentement dans un entre-deux avant de renaître au morceau suivant mettant alors en évidence la pulse dans toute sa force tellurique. C’est ainsi que prend tout son sens le phrasé incandescent d’Antonin Tri-Hoang ( sur Melissa Dance) ou lyrique de Mathieu Metzger ( sur Bob Walk) tous les deux formidables. Il n’est que d’entendre ce Falling Dance et de prêter attention à la progression harmonique et rythmique menée par Guillaume Poncelet, brillantissime. Écriture et orchestration superbe, morceau à lecture multiple et à la géométrie variable. Moment fort où le soliste et l’orchestre font corps, solidaires et unis. Et cette simple cohésion suffit à l'émotion, ainsi que le souhaitait Hollenbeck lui même.

Et toujours l’orchestre dans son ensemble qui vit et se meut sous la houlette du jeune batteur Yoann Serra exceptionnel , exemplaire et littéralement explosé jusqu’à ce bouquet final à lui dédié et qui laisse ses dernières notes comme les empreintes fortes qui s’effacent doucement après la tempête. La musique alors transcende.

Définitivement emballant on a le sentiment de voir éclore enfin ce jeune orchestre si prometteur avec un album qui fera date dans l’histoire de l’ONJ.  On le passe et le repasse sans lassitude. Car on a la cerittude  d'avoir assisté à un moment de pure création. Un orchestre, un grand orchestre naît ici . Il prend la dimension des très grands, du calibre des Maria Schneider, des Mathias Ruegg et des….. Hollenbeck.

Jean-marc Gelin

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 19:09

PACEO_cover.jpgAnne Paceo Triphase: « Empreintes »

Laborie Record/Abeille - 2010

 

Leonardo Montana (p), Joan Eche-Puig(cb), Anne Pacéo (dr, voc)

 

 

Empreintes est le dernier né du trio osmotique Triphase. Soyons direct: c'est de la très bonne musique avec de bonnes vibrations mais, après écoutes, on attendait mieux ou plus de Triphase.

Anne Pacéo est une jeune musicienne en vogue (elle compte plus de 25 collaboration en sidewoman au jour d'aujourd'hui), depuis ses résidences à feu la Fontaine à Paris qui l'ont fait connaître. Triphase est son projet musical principal, en tout cas le plus connu et le plus éclairé. Son premier album, au titre éponyme, a fait vibrer les âmes par sa poésie et sa fraicheur. La collaboration Pacéo / Montana / Eche-Puig est éminemment riche – particulièrement en concert - car ces trois jeunes musiciens forment un véritable groupe cohésif, construisent et qui jouent ensemble régulièrement. Cela a son importance car la musique s'en ressent fortement: le trio est soudé et chacun se fait force de proposition, avec ses atouts. A tel point qu'il a sa propre identité.

Leonardo Montana et Anne Pacéo composent les pièces de cet album; Montana distille la tension et l'émotion dans le trio, Eche-Puig est le synapse transmetteur des messages piano/batterie et Pacéo produit de l'espace dans la musique et la colorie de ses vocalises. Ensemble, les trois musiciens s'écoutent et chacun apporte de soi et du plaisir aux autres. Au final, il y a bien quelque chose d'unique. Un scintillement indéfinissable que seuls l'âme et le cœur de l'auditeur parviennent à recueillir l'énergie et la beauté.

Les maitres-mots qui pouvaient servir à définir le trio étaient « retenue », « contrastes » et « poésie ». Dans Empreintes, tout cela est dilué, un peu perdu dans un formatage ambiant (européen?) du trio piano/contrebasse/batterie, comme il doit être selon une certaine mode guidée par l'esthétique de groupes phare comme E.S.T. - inévitablement - et autres power trios. Triphase perd ici un peu de son originalité et s'engage dans des envolées quelques fois brouillonnes. La diversité de ses inspirations s'est atténuée alors que les compositions sont protéiformes et semblent suivre une recette toute européenne (les progressions crescendos, qui tendent vers une densité grandissante pour finir sur un apaisement immédiat, influencent le procédé d'écriture de beaucoup de « trios piano » européens.) Triphase prend un peu trop la mesure des E.S.T., Yaron Hermann ou Neil Cowley.

Cela n'enlève rien au talent individuel des musiciens de Triphase où chacun garde son authenticité, c'est l'ensemble qui est trop bien « réglé ». Pour résumer: la musique est bonne, de haut niveau, mais l'identité du trio s'est éteint pour tendre vers une vibration devenu prévisible.

 

Jérôme Gransac

 

Site de Anne Pacéo

Myspace de Anne Pacéo


 

 

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 10:15

SweetRaws.jpg

 

 "Sweet Raws Suite, Etcetera" - Live at Sevran

 

Concert : Jeudi 28 octobre au Studio de l’Ermitage (Paris 20ème)

Abalone productions/Musea

Produit par Bruno Angelini et la ville de Sevran

Producteur exécutif : Régis Huby


 

Décidément Bruno Angelini est un de ces pianistes rares qui forcent l’attention, et un compositeur sensible. Sa musique laisse des traces indélébiles : avec cette histoire imaginée, Sweet Raws Suite, Etcetera, c’est une autre écriture qui s’impose, tournée vers le réel, engagée au meilleur sens du terme : cela veut dire qu’elle sonne juste, avec puissance et lyrisme, sans pathos, mais avec ce sens de la réalité qui est aussi un prolongement du jazz d’aujourd’hui. Avec une construction dramatique et une tension qui ne retombe guère, l’argument, simple et fort, pourrait ne pas être connu, la musique l’emporterait assurément par la conviction, le frémissement, l’indignation* qui la parcourt . Mais donnons-le tout de même : il s‘agit de l’histoire de Raws, personnage imaginaire, qui après avoir combattu lors de la seconde guerre mondiale, a participé à la reconstruction de la société, avant de se retrouver balloté dans la tourmente économique actuelle, entre ultralibéralisme et exclusion, « opulence and starvation ». Un propos nécessaire donc, sous-tendu par une musique qui réveille et déclenche une réaction immédiate, passionnée.

Emouvant, nous l’avons dit et le fait que Bruno Angelini ait fait ses classes dans la Bill Evans Academy, avant d’en être aujourd’hui un des enseignants, n’est pas pour nous déplaire…S’il a su s’éloigner de cette lourde hérédité, il avoue lui même que c’est « l’interplay » qui le fascine chez le pianiste américain.

Ses généreux complices forment un trio fraternel. Quand ils improvisent, leur jeu a l’éclat et la fluidité du chant, la vérité et la vitalité du cri. Une mélancolie sourde traverse l’album, dans l’ouverture et le final de cette suite, chant éploré et saisissant de Sébastien Texier, au saxophone. Ce thème pourrait accompagner le film d’une vie, car les traits musicaux dessinent les contours, composent le portrait de Raws. Nous parions volontiers que ce motif désespéré, qui va crescendo, restera dans nos mémoires.

Mais résonne aussi dans tout l’album, un air de liberté teinté de romantisme, avec des sursauts de révolte que la musique illustre parfaitement. Dans « Wars », le rythme s’emballe soudain, une folie meurtrière gagne, les sens sont exacerbés. Plus percussionniste que batteur dans son « drumming » ambivalent, Ramon Lopez joue à l’envie des timbres et rythmes qu’il alterne, superpose, distribue !

La triangulaire classique piano-saxophone alto/clarinettes- batterie impose trois voix qui s’écoutent et se répondent en des interventions nerveuses, longues et exaltantes, avec des commentaires riches qui entretiennent et relancent l’intrigue ( « Neo capitalism : happy tomorrows for Raws ?»)

Une musique sombre et pourtant lumineuse, qui arrive à se renouveller tout au long de l’album, ménageant l’alternance de climats, d’une douce violence à une rage plus inquiétante. D’évidence, voilà un trio de musiciens formidables qui envoûtent tout en incitant à la résistance. On marche à fond ! Alors, procurez-vous vite ce « live à Sevran » et allez écouter  Sweet Raws Suite…  s’il passe près de chez vous !

 

Sophie Chambon

 

* Indignation

Comme le formidable roman de Philippe Roth qui vient de sortir en France…Percutant et indispensable aujourd’hui !

 

 

Site de Bruno Angelini

Site de Ramon Lopez

Myspace de Sébastien Texier

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 22:25

Abalone Productions 2010

Cédric Chatelain ( htb, cl, as, ss, fl), Pierrick Hardy (g)

hardy.jpg

On aurait aimé aimer ce duo prometteur entre le saxophoniste, clarinettiste, hautboiste Cédric Chatelain et la guitariste Pierrick Hardy. Belle rencontre en perspective s’il en est. Car même poésie de deux ici réunis. Même amour des mélodies et des phrases un peu bleues ou pastels. Une douce nostalgie poétique dont ils manient si bien l’écriture eux qui signent ensemble l’essentiel des compositions. Cédric Chatelain varie les anches et , toujours dans le fin, dans la ligne ciselée, s’enroule dans la phrase dont il sait révéler toute la richesse. Mais l’album est réalisé en duo et l’on attendait une rencontre. Un dialogue. Quy’ils se parlent d’égal à égal. Que l’un cède le pas à l’autre parfois. Au lieu de quoi Pierrick Hardy en fidèle accompagnateur reste sagement derrière, chargé de donner les couleurs harmoniques douces et de tamiser les lampes. Cédric Chatelain est devant et ne s’efface jamais. Porte seul la matière. On aurait tant aimé pourtant les entendre échanger, dialoguer, entendre le guitariste que l’on sait si talentueux, passer devant un peu, prendre parfois les choses en main. Mais on reste sur notre faim, frustré d’une mise en lumière qui n’arrive pas. Frustrés de le voir tapi dans l’ombre de son camarade. Quelques passages plus rythmiques tirés de quelques réminiscences tribales cherchent à rompre le cours un peu monotone du discours. Mais ces langueurs d’automne sont un peu trop sages et ces couleurs un peu trop passées au point de s’estomper d’elle-même. Le silence d’après la note est encore de la musique. Mais cette musique-là pourtant si belle se défile néanmoins.

Jean-Marc Gelin

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 10:33

Quark Records 2010

Daniel Erdmann (ts), Franck Möbus (g), Johannes Fink (cb), John Schröder (dm)

 

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A 33 ans le saxophoniste allemand a depuis longtemps dépassé le stade de révélation pour accéder à celui de valeur sûre de la scène européenne au point de s’imposer comme l’un des leader du sax ténor sur le vieux continent. Chacune de ses apparitions (beaucoup trop rares en France) est marquée par la formidable énergie qui se dégage de lui.  Multipliant son temps sur les scènes Franco-Allemande, multipliant aussi les rencontres  ( on a encore en tête le superbe duo avec Francis Le Bras paru chez Vent d’Est ou encore ses travaux avec Hasse Poulsen), Daniel Erdmann marque les esprits par l’inventivité et la force de son discours.

Le quartet qu’il a constitué en 1999 (il s’appelait alors Erdmann 2000)  avec Franck Möbus, Johannes Fink et John Schröder, trois autres personnalités de l’étonnante scène du jazz Berlinois, porte lui aussi la marque de cette incandescence fusionnelle. Après trois albums en studio, le quartet signe ici un live enregistré en septembre 2008 au A-Trane un club de jazz de la capitale berlinoise.

Dans leur espace naturel, les quatre se livrent ici à un échange qui fonctionne d’autant mieux qu’ils se connaissent sur le bout de leurs instruments.  Espaces d’improvisation brute, sauvage et rauque alternant avec des passages plus écrits, plus cadrés relevant des formules harmoniques ou mélodiques qu’ils aiment semer en route. Leur musique prend au free autant qu’à celle plus policée des jeunes musiciens New Yorkais pour s’émanciper de tout format préconçu. Forte dans son expressivité, cette musique-là est dense, palpable et légère aussi. Erdmann avec ses phrases découpées, hachurées tourne et s’enroule sans démonstrativité. L’interaction avec Franck Möbus est totale. L’entente parfaite.

Il suffit d’entendre comment sur Human Right, le quartet qui, après les impros revient naturellement au thème avec une cohésion quasi-télépathique.

Une belle captation « live » qui donne assurément envie d’entendre cette formation en France ou encore de franchir le Rhin à la découverte de cette foisonnante et inventive scène Berlinoise.

Jean-Marc Gelin

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