Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:18

JJJ Susanne Abbuehl: « Compass »

ECM 2006

 

 

 

 

 

 

Avec ce deuxième opus, la chanteuse suisse néerlandaise, Susanne Abbuehl affirme un peu plus son singulier style fait de mots chuchotés, de sons distendus, de notes en suspens, de silences expirés. Elle ouvre tout en légèreté et sensualité un espace où le temps n’est plus une contrainte, où le chant traverse les êtres.  Avec l’auditeur, elle crée une subtile intimité. Un éloge à la lenteur pour mieux toucher notre âme. Le dialogue inspiré des deux clarinettes de Michel Portal et de Chritof May (que l’on regrette de ne retrouver que sur deux morceaux), l’accompagnement religieux et parfois trop sage de Wolfert Brederode au piano ou le jeu aérien de Luca Niggli à la batterie et aux percussions, transcendent un peu plus la poésie de son chant. Son précédent album « April », une véritable perle, sorti en 2001 chez ECM, était un patchwork de chants indiens, de poèmes d’E.E Cummings et de morceaux de Carla Bley, un tourbillon d’émotions et de sons, tout en retenue. Ici, il y a une plus grande unité artistique. Elle nous balade entre jazz et folk songs, du côté de chez Joyce, Berio, Sun Ra, Chick Corea, Feng Meng-Lung, un poète de la dynastie Ming. Ses arrangements comme ses compositions sont dépouillés et sont construits sur des systèmes cycliques : la répétition et le retour du même. Inspirée par ses maîtres, Jeanne Lee et Prabha Atre, qui lui a transmis le chant indien, elle réinvente son propre langage. Un rien mystérieux. Preuve en est cette très personnelle interprétation de « Black is the color…» à mille lieux de l’interprétation free et dramatisée de Patty Waters ou le magnifique «Flamingos Fly», autrefois chanté par Jeanne Lee accompagnée de Ran Blake. Ses confidences nous ensorcèlent jusqu’à l’emprisonnement. De guerre lasse, nous l’abandonnons avant la fin de l’album, pour y revenir plus tard avec la même béate admiration.

 

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Regine Coqueran - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:17

JJJJSébastien Jarrousse / Olivier Robin Quintet : « Tribulation »

Aphrodite records - 2006

 

 

 

 

 

 

Titre éponyme, la première plage donne le ton. Dès la première note, le quintet de Jarrousse et Robin nous jette dans un hard bop fiévreux et tumultueux guidé par un climat énergique.

Les tribulations musicales de Jarrousse et Robin traduisent une détermination esthétique précise quand aux chemins choisis pour cet opus.  En effet,  les influences se font immédiatement sentir : on entend des phrasés propres à Kenny Garrett chez l’altiste Olivier Boge et une atmosphère coltranienne dans le sax ténor de Jarrousse. Sur « Au bout du rouleau », le style posé de Jarrousse rappelle cette particularité chez Steve Grossman.

 Disons le sans ambages, les premières choses qui frappent à l’écoute du cd sont une très sérieuse envie de jouer de la part des musiciens et une joueriez à l’américaine terriblement efficace qui assène un swing tranchant. L’homogénéité et la constance esthétique et artistique de l’œuvre et la sincérité de la musique sont telles que l’on croit que les pièces sont toutes des premières prises enregistrées « straight ». Sans excès, et peut être légèrement sur la réserve pour Jean Daniel Botta à la contrebasse plus musical que ses comparses, la section rythmique piano/contrebasse/batterie est très cohésive et responsable de cette jouerie qui tourne comme une horloge suisse, en particulier sur les morceaux enlevés. On retient en particulier le drive sûr et swinguant de Robin. Soutenus par la rythmique, les saxophonistes ne sont pas en reste. La masse sonore qu’ils dégagent et les arrangements de Jarrousse rendent leur jeu incisif et éclatant à tel point qu’ils sont les deux locomotives de ce train à grande vitesse Si la rythmique s’emploie à ne jamais relâcher la tension, Emil Spanyi retient toute notre attention. Son accompagnement est très riche et novateur en particulier par ses accents sur les temps forts qui terminent les phrasés du batteur et l’engagent sur de nouvelles idées. Sur à peu près tous les morceaux à tempi up, la complicité entre Spanyi et les deux saxophonistes est palpable tellement le jeu d’accompagnement du pianiste est peuplé de répons et d’à propos tout en conservant une densité de jeu à la Mc Coy Tyner.

 Pour ses chorus, Spanyi s’appuie beaucoup sur la force rythmique du batteur. Il dispose ainsi de tous les repères nécessaires pour libérer une énergie lumineuse et épanouie et un discours qu’on déguste la bouche ouverte. Toutes les compositions et arrangements sont de Jarrousse. On devine une ferme maîtrise du métier de la composition chez le saxophoniste qui parvient à combiner habilement mélodies et fulgurance.

 Dans un style qui date mais avec une modernité surprenante, ce quintet peut le crier haut et fort : le bop est en pleine forme !

 Jérôme Gransac

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by jerome Gransac - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:14

JJJJ  Erik Friedlander « Prowl » 

 

 

Cryptogramophone 2006

 

 

 

 

On peut remercier William Russel qui lui a donné son « 1er vrai violoncelle », et les « papotes » qu'ils ont taillées ensemble chez Buster's ou dans Bourbon Street. Erik Friedlander en a tiré l'art "d'entre-potes" et un goût malicieux de l'impro plein d'images inspirées. « Mon but est de créer une musique la plus concise et concentrée possible puis de faire confiance au groupe au moment fort du jeu... » Il continue ce bon pari dans ce 2ème album du groupe : "Prowl" qui rôde en effet dans les sphères colorées de l'Afrique avec un petit détour clin d’œil à la New Orleans in "A Closer Walk With Thee"(la surprise!). Mais Topaz (du nom du quartet) c'est aussi beaucoup le sens du voyage dans la recherche d'une culture essentielle. Un genre de synthèse finement assimilée, ouverte, qui nous raconte des histoires de différentes régions Africaines à travers, par exemple, les rythmes spécifiques "d'un coucou démonté" venu de la forêt de Guinée où les traditionnels djembes sont habilement substitués sauce Topaz (Howling circle), ou encore dans l'ouest Africain Agaya (Anhinga), en Kundabigoya (Prowl) et en Djolé (Rain Bearers). Des noms qui sonnent et déjà annoncent une teinte, une ambiance, un rythme particuliers.

 

 

Belle énergie oui soutenant cette musique d'une étrangeté  fascinante qui met en valeur la complicité des musiciens, leur spontanéité cohésive à l'atmosphère délicate. Stomu Takeishi à la basse est présent "just' c'qui faut" mettant un petit accent moderne à ce joyeux mélange de genres pendant que Satoshi Takeishi fraternalise aux percussions. Puis du violoncelle dans le jazz voilà qui est suffisamment rare pour interpeller! Et quand la clarinette (ou le saxo alto) de Andy Laster vient doucement se mêler à l'unisson

 

 

d'Erik (Anhinga) c'est...chouète (pour changer du coucou!). On y retrouve d'ailleurs un petit accent funky de son premier groupe qui ajoute de l'éclectisme au déjà bel éventail d'univers de ce groupe. Après les hennissements obsessionnels du "cercle mugissant", on passe à une balade printanière, puis on revient à l'obsession du rôdeur, et de nouveau un doux cheminement scandé, au crescendo palpitant et ainsi de

 

 

suite on cahote dans ces fantaisies troublantes qui mêlent coquinement à l'art de l'impro celui de l'intrigue. Très intéressant.

 

 

Anne Marie Petit

 

 

Repost 0
Published by Anne Marie Petit - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:14

JJJJ LAURENT DE WILDE : « Present »

 

 

 

Nocturne 2006

 

 

 

 

 

 

La langue française est bourrée de pièges trompeurs et si nous avions manqué de vigilance nous aurions sans hésité parlé d’album de « variétés ». Mais assurément il y aurait eu confusion, misunderstanding, gourance sur toute la ligne en somme. Nous lui préférerons donc la notion d’éclectisme qui nous semble mieux coller à la très grande richesse de cet album. Album dans lequel le pianiste de surprises en surprises nous laisse d’un bout à l’autre de l’ouvrage scotché à la plage suivante avec une sorte de plaisir frénétique.

 

 

 

Laurent de Wilde qui vient de passer ces 6 dernières années dans les sphères de la musique électro dans laquelle il n’y a pas si longtemps il jurait avoir trouvé son meilleur vecteur d’expression  (son dernier groupe « Organics » en était la parfaite illustration) fait ici un retour gagnant au tout acoustique.  Sans pour autant qu’il ne s’agisse d’un retour en arrière. Bien au contraire car Laurent De Wilde a grandi au passage, s’est nourri d’une nouvelle approche du clavier, s’est imprégné des nouveaux pianistes apparus ces dernières années de part et d’autre de l’atlantique, a emprunté aussi à de nouvelles musiques. Il en résulte un fondu enchaîné dans lequel De Wilde nous ballade dans ses musiques entre swing, blues, free, reggae. L’album démarre à un très hauts niveau avec les deux premiers thèmes qui sont des adaptations de ce qu’il faisait en électro : The Present était dans l’album «  Time for change » -2000 et Move on dans « Stories » - 2003. On comprend alors que le maître mot, le fil conducteur, la base irréductible pour De Wilde c’est le groove sous toutes ses formes. Il peut s’agir d’un swing ternaire sous toutes ses formes comme dans Move on où De Wilde s’amuse faire passer le morceau par tous les stades allant jusqu’à accélérer/ralentir les tempos à volonté. Dans un thème plus posé comme Fleurette africaine où l’on sent poindre rythmiquement et structurellement des univers svenssonien, De Wilde comme une seconde nature en revient toujours au groove et lui impose une pulse à l’africaine d’où émergerait bien un Randy Weston. Entre autres. Sur Quiet but not quite joué au départ sur quelques notes simples ponctuées par des battements d’horloge De Wilde crée de larges espaces sonores puis tel un démolisseur s’emballe, les remplit frénétiquement et s’ingénue à tout déstructurer comme l’aurait fait un pianiste free pour en revenir finalement à la structure lente. De Wilde se permet ensuite une incursion du coté du reggae dans un thème joué en hommage à Ernest Ranglin, chantre jamaïcain de la guitare reggae et avec qui le pianiste a eu l’occasion de jouer (One for Ernie), puis nous entraîne dans un club aux allures techno funk totalement irrésistible. Dans un fondu enchaîné tout cela finit par un bon gros blues ultra facile dans lequel il n’est certainement pas question de se faire du mal.

 

 

 

Et l’on comprend que ce travail suppose une rythmique impeccable capable de s’adapter à tous les univers, sorte de pâte à modeler que le pianiste triture sans cesse pour lui donner formes et couleurs multiples. Darryl Hall contrebassiste d’exception nous fait entendre au moins une dizaine de son à son instrument au gré des univers explorés.

 

 

 

Certains reprocheront alors peut être à De Wilde son côté zapping et touche à tout. Mais s’il est vrai que le pianiste brasse large dans l’histoire récente de la musique il a le mérite de donner un sérieux coup de jeune au piano jazz sans jamais ennuyer et sans oublier jamais ce que le jazz doit au swing, éternel point de ralliement de cet album. Et De Wilde nous en apporte ici une savoureuse et torride illustration.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 07:27

JJJJ THOMAS SAVY: « Archipel »

 

 

 

Nocturne 2006

 

 

 

Beaucoup pensent ne pas connaître Thomas Savy qui signe là son premier album. Et beaucoup se trompent. Car Thomas est pour beaucoup de jazzmen l’un des sideman les plus recherché. On le retrouve chez Vincent Artaud, Pierrick Pedron ou Christophe Dal Sasso sans compter le nombre incalculable de prestations en sideman dans les clubs. Et chaque fois cette même constante qui en fait un partenaire particulièrement recherché : le « son » Thomas Savy à la clarinette basse, instrument qu’il s’est approprié au point d’incarner aujourd’hui l’instrument sur la scène française du jazz. Cet élève doué qui a quitté ses études classiques pour rejoindre les bataillons de Jeanneau et Théberge au CNSM a quasiment abandonné tous les autres anches pour ne se consacrer qu’à cet instrument. Au point que l’on croit y entendre à la fois le clarinettiste Jimmy Giuffre dans l’oreille droite et dans les aigus et le sax baryton Pepper Adam dans l’oreille gauche lorsqu’il descend dans les graves. Car Thomas Savy possède cette sorte de respiration profonde et chantante qui le porte à mettre en valeur les structures mélodiques et rythmiques les plus évidentes. Un discours épuré, simple et beau. Le capiteux de la clarinette basse. Le son délicat du bruit des clés. Un art de la mesure en toute chose. Jamais dans la surexpressivité. Un murmure caressant. Les clarinettistes ont parfois de ces pudeurs !

 

 

 

Et pourtant dans « Archipel » Thomas Savy avec Vincent Artaud à la direction artistique se révèle d’une grande audace. Car il est audacieux  de passer, tout en restant cohérent, du rock furieux « ma non troppo » (Rock on où Thomas Savy transcende son instrument) à un classique et très Ravelien Pour Pierre, à un jazz modal pour jus (single track road ) voire plus free (comme le bien nommé Solo) ou encore comme au très Strayhornien 19/08/03 dans lequel Thomas Savy, dans les graves parvient à faire trembler les murs. Le titre éponyme, Archipel, est un des points culminant de l’album, un morceau dans lequel chaque membre de la formation ajoute sa patte pour, en surimpression les uns par rapport aux autres  construire un thème aux arrangements magnifiquement poétiques. Une Exploration Debussienne. L’audace aussi d’insérer dans un disque de jazz une très jolie comptine enfantine à la ligne mélodique simple, aux contrepoints enchevêtrés mais bouleversante d’émotion simple.

 

 

 

La cohésion de cette formation ne contribue pas qu’un peu à la cohérence de cet album mosaïque. Synthèse audacieuse des univers chers au clarinettiste qui signe là toutes les compositions. Audace vagabonde que Thomas Savy peut se permettre dans la mesure où il possède dans le son de sa clarinette basse toute l’histoire de l’instrument dont il porte l’héritage. Ce son magnifique, c’est sa propre cohérence. Jamais dénaturé. Jamais caricaturé. Sorte de fil directeur, d’âme conductrice de cet album merveilleux.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
6 mai 2006 6 06 /05 /mai /2006 07:26

Alors que Stéphane Oliva et François Raulin sortent un «Echoes of Spring» en hommage aux pianistes de stride, revenir sur Ellington s’impose régulièrement comme un passage obligé bien que risqué. Avec "Echoes of Ellington", le hautboïste Jean Luc Fillon, musicien au parcours original, qui a toujours souhaité faire se croiser les chemins de la musique, est allé braconner sur les terres voisines de l'improvisation. Après un remarqué Oboa, où il tentait déjà le passage, il sort résolument du répertoire de son instrument et s‘attaque à un des géants du jazz classique. Reprendre Duke Ellington n’est jamais facile, car dans l’œuvre démesurée du Duke ne retrouve-t-on pas le jazz dans son intégralité ? L’instrumentation mérite une mention particulière : le cor anglais -encore plus rare en jazz que le hautbois, est un instrument étrange encore plus qu’étranger : ni cor ni anglais, il fait partie des vents, anche double qui sonne aussi une quinte au-dessous du hautbois. Le hautbois n’a pas en général les faveurs du grand public (le son parfois décrié comme aigrelet et nasillard, se rapproche tout de même du soprano) : instrument noble -il donne le "la" à l’orchestre- fragile et complexe, il lui faut s’adapter aux paysages du jazz avant de prétendre à une légitimité qu’il peut acquérir avec l’adaptation des classiques du grand orchestre de Duke. Claude Carrière, le génial producteur sur France musique, de la série des « Tout Duke », ne s’y est pas trompé : dans des notes de pochette impeccables, il présente le travail précis, original et néanmoins fidèle à l’esprit de ces thèmes éternels qui retraversent une bonne partie de l’histoire du jazz : de l’inoxydable « The mooche » (1928) à « Wig wise » de 1962 qui marque la rencontre "moderne" de Duke avec Mingus et Roach, excusez du peu. Comme le chef savait écrire pour « ses » hommes, les Cootie Williams, Johnny Hodges, Lawrence Brown, Ray Nance et braquer les projecteurs sur eux, ces partitions redonnent la part belle à des « solistes » brillants. Le trombone velouté, enjôleur de Glenn Ferris assure l’alliage-alliance rutilant autant qu'indispensable, tout en virevoltes et caresses. Il peut aussi reprendre avec vigueur et jubilation « Caravan » et « Perdido » , les chevaux de bataille de Juan Tizol avec une rythmique entraînée à jouer ces compositions rendues "simples" par un swing imparable (l’impeccable contrebassiste Jean Jacques Avenel et le percutant Tony Rabeson entretiennent une belle tension ). Le pianiste coloriste, fidèle complice de JL Fillon, le portugais Joao Paulo prend de belles échappées en duo sur « I got it bad » ou dans le final « Warm valley ».
 Jean Luc Fillon montre qu’il sait s’emparer d’une forme musicale en plasticien stylé, user de la paraphrase et de la variation, s’inspirer tout en détournant de façon pertinente, revivifier de façon astucieuse la tradition sans que l’on puisse un seul instant oublier l’original (« I'm beginning to see the light »). Car si rejouer serait contraire à l’esprit du jazz, phagocyter les thèmes ellingtoniens est impossible. Cette relecture de toute une époque dans une perspective moderne, qui n’oublie pas la lisibilité, est le coup de chapeau d‘un arrangeur qui sait aussi s’effacer devant son héros.
La caravane continuera de passer longtemps.

 

 

 

Sophie Chambon

 

 

 

Repost 0
Published by sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 08:01

Miracle céleste ! Accomplissement divin ! L’autre jour un des reporters des DNJ qui a ses entrées un peu partout et notamment au paradis des musiciens surprit du côté de chez Saint Pierre cette conversation entre Ellington et Basie : « t’as entendu ce Badini et sa sacrée machine à swinguer ! Quand tu penses que c’est moi qui lui ait tout appris ! ». « Mais non pas du tout répondit le Duke, c’est moi. D’ailleurs t’as qu’à voir, dès que j’ai eu le dos tourné il s’est empressé de me piquer Sam Woodyard, mon batteur ». «  Il n’empêche, interrompit Basie, ce gars là à fait trop de bonnes choses pour le swing, je crois qu’il mérite qu’on lui fasse un petit cadeau ». Et les deux hommes de sa taper dans la paluche et de se renvoyer mutuellement leur clin d’œil.

 

 

Sur ces entre faits, alors que le gars Badini dormait bien profondément chez lui du côté de Deauville, il se réveilla en pleine nuit pour aller pisser mais ne parvint plus à retrouver le sommeil. Un nom lui revenait en tête, Scriabine, Scriabine, Scriabine ! C’est curieux parce que ce compositeur est un contemporain de Debussy sur qui Badini avait déjà travaillé et que dans les projets de Gérard il y avait plutôt Ravel. Mais non, ce Scriabine lui revenait tout le temps en tête. Alors il se plongea la tête la première dans l’œuvre du compositeur et y découvrit de pure merveilles. Au petit matin, alors qu’il n’avait toujours pas remarqué l’auréole qui flottait au dessus de sa tête il se précipita sur le téléphone et appela son copain Stan (Lafferière) et lui demanda de rappliquer illico en prenant au passage notre Paul Gonsalves national, André Villeger, parce que là il y avait du boulot, du génie à moudre.

 

 

Et le résultat vous l’avez là devant vous. Un cadeau du ciel. Un bijou. Un pur chef d’œuvre !

 

 

Gérard Badini et sa super swing machine se lancent âmes et flammes sur les traces du compositeur russe. Avec un délicieux souci de lisibilité et pour bien nous faire saisir leur travail chaque morceau est précédé de la version « originale » interprétée par le jeune prodige russe Igor Tchetuev. Chaque fois avec l’aide de Stan Lafferière sont mis en places des phrases interludes qui poursuivent le fil classique et préparent leur entrée au répertoire jazz. La reprise de ces opus mis en regard nous montrent de manière limpide tout le travail de Badini. Quel travail d’arrangement ! Quel swing ! Quels solistes nom d’un petit bonhomme. Il faudrait citer Villeger bien sûr mais aussi Michel Pastre, Sylvain Gontard, le génial Jerry Edwards, Pierre Christophe sans oublier le jeune Olivier Zanot et tous les autres.

 

 

Le big band de Badini c’est l’intelligence de Ellington et le son de Basie.

 

 

Rarement nous avons été conquis à ce point. Jubilant d’un instant à l’autre de ce chef d’œuvre. Et Badini ne nous fait pas que swinguer du feu de Dieu, il nous donne en plus et aussi l’envie de nous plonger aussi dans l’oeuvre de Scriabine.

 

 

Alors si nous devions alors prononcer le mot de la fin nous ne dirions que deux mots : «  Victoires, victoires ! »

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 17:41

Poursuivant l’aventure de Flench Wok, le guitariste sudiste Jean Philippe Muvien persiste, et signe Air libre (titre de Daniel Humair) sur le nouveau label Algorythm qu'il a créé et que distribue Abeille.
Dès les premières secondes, on reconnaît la batterie de Daniel Humair qui continue à enregistrer aux côtés de jeunes musiciens avec lesquels il partage le bonheur du collectif.
Le graphisme sort directement de l’atelier de Philippe Ghielmetti qui ne perd jamais de vue les artistes qu’il aime… et Humair est du nombre. Le batteur comptait en effet parmi les artistes emblématiques du label Sketch, depuis le premier album triple jamais sorti en France Hum en 1999. Gageons qu’à présent le guitariste fait partie des musiciens de la « famille ».
Sans piano, mais avec "des" noms, cette formation pluri-générationnelle illustre le niveau de création auquel sont parvenus les musiciens actuels. Comme les formations régulières sont rares, habitude est prise de s’inviter les uns les autres… et de tracer son sillon. A la paire initiale composée de Humair et Muvien viennent donc s’ajouter de vieux complices du batteur, les maîtres Celéa à la contrebasse et Sclavis aux clarinettes. Ils se glissent partout où il peuvent, et l’espace ne manque pas dans cette musique à la fois construite et ouverte. Les autres invités, plus jeunes, ne sont pas en reste, apportant chacun leur contribution et leurs timbres originaux : finesse et délié du phrasé de Vincent le Quang au soprano, accords mélancoliques de Vincent Peirani à l’accordéon (avouons une préférence pour la couleur "bleue" de ses interventions). Il y a aussi Maja Pavloska instrumentalisant sa voix sur les deux derniers titres, Vlada et ce Drôle d’endroit qui conclut le disque en feu d’artifice. Les irisations de la guitare de Jean Philippe Muvien comblent largement l’absence de piano. Il joue sur l’éclat, entre vivacité cinglante et harmonies décalées. Son phrasé plus harmonique que mélodique, se combine aux emportements plus mélodiques des souffleurs. C'est bien sa propre voix que nous entendons à chaque occasion, au fil de ses rencontres, faisant passer la recherche du son avant l'affirmation de soi.
Huit compositions particulièrement enlevées, souvent co-écrites par le guitariste et le batteur, tiennent sur une longueur quasi-idéale de 46 minutes. Deux d’entre elles rendent hommage au pianiste intense Joachim Kühn, partenaire d’un autre trio historique autant qu'éphémère, le "Triple entente" de Humair-Kühn-Jenny-Clark.
Jean Philippe Muvien parvient à donner consistance à son projet de concilier liberté, invention et respect des règles du rebondissement. Du free son, des accents rock tels que nous les aimons avec une batterie plus subtile : une musique qui respire, électrisante, impatiente et souvent fébrile.
Le guitariste a trouvé en Daniel Humair un partenaire idéal. Les entendre jouer de concert est un régal, car ils ont l'art de nous entraîner à leur suite dans une course folle.
Rien n’est imposé… vous êtes prévenus… seul vous est offert le plaisir de s’abandonner au travail de l’ensemble.

 

 

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 17:38

Le dernier album de Paul Motian est vraiment gonflé. Sur la forme Motian ose une formule inédite avec 2 sax ténors (remarquables Chris Cheek avec le sublime et délicat Tony Malaby) + 3 guitares + une basse + une batterie. Il ouvre l’album en s’attaquant avec ce format inédit à deux morceaux légendaires de Mingus dont le réputé très difficile Pithecantropus Erectus et le blues plus que lent Goodbye Pork Pie hat et réussit à faire revivre ces thèmes avec une lecture aussi originale qu’intelligente.  L’association de Tony Malaby et de Chris Potter est exceptionnelle. Chacun des deux au sax ténor apporte une sonorité différente, créent donc de faux unissons ou chacun jouant la même partition fait entendre deux voix différentes et pourtant harmonieuses, jouent en surimpression l’un de l’autre  Les 3 guitares, rarement sur l’avant scène, apportent une sorte de tapis moelleux à l’ensemble dans une sorte de conception nouvelle d’une rythmique évanescente. Mais surtout cet album est un véritable album de batteur où Motian y tient comme à son habitude un rôle époustouflant. Là encore il invente la notion du contrepoint rythmique dévolu à la batterie. Il n’est que d’entendre cette mélodie répétitive, Mesmer, où Motian  joue tout sauf ce que l’on attendrait d’un batteur classique. On le sait Motian est avant tout un coloriste qui dépasse l’instrument et lui donne une réelle place instrumentale. Avec un art consommé de l’architecture, Motian commence et termine l’album avec quatre grands thèmes du jazz, place au milieu  un émouvant Bill de Jérome Kern que l’on imagine dédié à son regretté compagnon, Bill Evans et nous livre 7 compositions allant des plus simples aux plus complexes, montrant encore une fois un sens de l’écriture fait de profondeur que d’évanescences subtiles. Avec un très parkerien Cheryl en fin d’album contrastant avec les couleurs éthérées de l’ensemble, Motian sait aussi brouiller les pistes et jouer la carte de l’éclectisme histoire de rallier les malheureux sceptiques.

 

 

 

Cet album représente un vrai point d’étape dans la construction moderne du jazz. Inventif sur la forme et le fond il représente un passage fondamental dans l’œuvre de Motian. Dont il faut découvrir et déceler toute l’inventivité et de pas refermer trop vite cette page si bien écrite. Qui pourrait bien ouvrir de larges espaces au jazz moderne.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 17:36

Le label Cam Jazz sait y faire en matière de duos. Souvenez vous il nous avait gratifié le mois dernier d’un beau duo entre le guitariste Jim Hall et la pianiste Enrico Pieranunzi.

 Dans l’album entre Solal et Douglas il y a un peu le même esprit qui flotte en studio. Celui d’une vraie rencontre, d’un vrai dialogue. Entre les complexités harmoniques de Martial Solal et les abstractions Zorniennes de Dave Douglas, les deux hommes ont trouvé ici un terrain d’entente évident sur des thèmes  originaux (chacun a apporté trois compositions de son cru) autant que sur les standards qui viennent conclure le dernier tiers de l’album. Il y a chez Solal un amusement évident dans sa façon de suivre le trompettiste, de faire la course en tête, de l’anticiper ou de jouer des Walkin bass, à se transformer seul en une vraie section rythmique. Douglas de son côté n’a jamais été aussi Bix Beiderbecke que jamais. L’hommage que les deux hommes rendent à Steve Lacy dans Blues for Steve Lacy est un des moments poignantissime de cet album où la sonorité de Dave Douglas avec un son feutré arrache des phrases perçantes et torturées. A cet instant on pense justement au fameux duo de Mal Waldron avec le regretté saxophoniste soprano. Elk’s club est un des points culminant de l’album d’improvisation/dialogue.  On croirait les entendre commenter une sorte de film muet. Comme s’ils voyaient les mêmes images au même moment. Et nous avec. Il y a beaucoup de respect dans cet album lorsque l’on sait par exemple que Dave Douglas sur For Suzannah alors qu’il devait rejoindre le pianiste après son intro préféra s’adosser au piano et écouter le maître. Et comme l’on sort des sonorités bixiennes de Douglas on pense inévitablement sur ce morceau à la possible inspiration de In a Mist. Et lorsque les deux hommes en viennent aux standards c’est avec un réel bonheur. Loin des expériences du Massada de John Zorn, Dave Douglas montre un réel amour du répertoire et les versions de Body and Soul, Here’s that rainy day ou All the things you are sont absolument admirables.  Un beau moment d’échange de haute volée. Reste à savoir si Martial Solal qui se dit plutôt incompris par les amateurs de jazz a réalisé cet album pour se faire réellement plaisir ou pour se réconcilier avec une partie du public qui l’a toujours boudé. On se gardera bien de trancher dans ce débat pour ne garder qu’une chose, le sentiment qu’au-delà de toutes les polémiques les deux hommes retrouvent dans un partage d’amour les digressions mélodiques avec un sens commun de l’émotion profonde ou joyeuse.

 

 

 

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj