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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 22:59

JJJJJ  Dave Douglas:” Meaning and mysteries”

 Greenleaf 2006

 Depuis combien de temps n’avions nous pas ressenti un tel enthousiasme ! Jusqu’à la dernière note d’un album qui ne s’essouffle jamais, on assiste à un jazz emballant, riche, intelligent, toujours exalté. De ce jazz qui maîtrise les plus belles heures de son histoire, ne les renie pas et s’appuie sur elles pour mieux les porter à d’autres sommets. Cette aventure là, si collective soit elle porte avant tout la patte de Dave Douglas, le trublion New Yorkais, trompettiste de son état chez l’autre trublion du Massada quartet, John Zorn. Cette patte merveilleuse d’intelligence fait ici des étincelles mutines. Pourtant Dave Douglas a pu nous égarer et nous avions été dubitatifs l’an dernier devant le précédent album « Keystone ». Nous le retrouvions un peu plus tard dans un duo totalement inattendu avec Martial Solal (Quai de Seine) et il nous avait là totalement conquis. Nous attendions donc avec curiosité de voir ce que ce nouveau quintet allait donner.

 Et nous voilà devant un son et lumière de haute volée. Face à un  quintet d’une telle qualité, d’une telle dévotion à la musique qu’ils jouent ensemble, face à la même intelligence partagée du rôle de chacun, face à un  quintet qui parvient à créer une  telle unité et puisqu’il faut toujours des références on ne peut s’empêcher de penser au quintet de Miles avec Wayne Shorter. C’ est d’ailleurs une référence pleinement revendiquée par Douglas lui-même. Sauf que Dave Douglas s’inspire en recréant pas et non pas  en refaisant. Parce que sa sonorité à la trompette (qui emprunte selon nous bien plus aux  des trompettistes Mainstream) n’a rien à voir et parce que ses compositions se situent dan une autre direction.

 Ici c’est Dave Douglas qui mène la charge. Derrière sa bannière se rallie le ténor Donny Mc Caslin (entendu chez Maria Schneider) avec force lumière. Outre son jeu, son association avec Douglas est une des grandes réussites de l’album. Complicité évidente des deux, dans les dialogues, les coupures, les crescendo, les contrepoints ou les unissons. L’entente du trompettiste et du saxophoniste est un régal tant les deux se trouvent totalement sur la même longueur d’onde. Douglas/Mc Caslin, ça marche ! Quand à Uri Caine qui n’est jamais meilleur qu’au Rhodes c’est un véritable tapis volant qu’il déroule sous les pieds de ses partenaires. Là encore une belle association émerge avec le contrebassiste James Genus avec qui il crée de géniales redondances. Quand à Clarence Penn à la batterie il confirme son rôle incontournable sur la scène américaine.

 Les compositions sont exceptionnelles de bout en bout et Dave Douglas y trouve l’occasion d’affirmer son grand respect pour l’histoire du jazz américain en y apportant une modernité intelligente et exaltante. On ne s’étonne pas que deux de ses compositions au blues prégnant ( Blues for Steve Lacy ou Elk’s Club) figuraient déjà dans le Solal/Douglas. Son swing énergique (The team) va chercher parfois dans des racines profondes. Ses constructions riches avec une maîtrise de la mise en espace, du supens et du revirement n’ennuient jamais. Quel sens de l’agencement que ce Culture Wars, thème de 12’41 qui constitue un des moments très fort de cet album : construction ouverte sur un exposé de Douglas soutenu par un ostinato de James Genus, mise en place progressive de la rythmique, effacement devant le chorus de Donny Mc Caslin et retour de tous les acteurs pour un crescendo contrapuntique saisissant. Le pied ! On pourrait décliner cela à chaque fois car chaque morceau qui se termine donne envie d’applaudir et donne surtout l’envie d’entendre le suivant.

 On se prend alors à rêver que le jazz soit toujours comme ça. Que le jazz parvienne à conjuguer toujours l’intelligence et le plaisir de jouer. Qu’il exalte notre enthousiasme toujours. Donne le sens encore du spectacle vivant même confortablement installés dans notre salon. Car ces musiciens là prennent le mot «jouer » au pied de la lettre, prennent leur jeu(x) avec autant de sérieux que de passion, nous racontent l’histoire que nous voulons entendre, celle d’un jazz en mouvement. Un jazz éclatant.

 Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:06

JJ WILDMIMI ANTIGROOVE SYNDICATE: “Groove-je ?”

Label Bleu 2006

 

Boris Boublil (p, org, vc), Rémi Sciuto (as, fl, vc, bass6rhodes et Scie), Antonin Leymarie (dm, glock, harmonium)

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:03

JJJJ Bernard Struber Jazztett : « Parfum de récidive »

 

Chant du Monde 2006

 

 Survivant des Orchestres régionaux, l’ancien ORJA, devenu Jazztett, créé en 1988 par Bernard Struber à partir de la classe de jazz du Conservatoire de Strasbourg, en est à son cinquième disque, un nonet  à l’instrumentation rare (trois anches, une trompette, un violon, claviers, orgue,  guitare, batterie).

 

Après Les Arômes de la mémoire, fort réussi, Bernard Struber pensait intituler son prochain album Les arômes vol. 2 mais  le titre lui paraissait trop mercantile, et il désirait "passer à une suite parfumée ». C’est que Struber n’est jamais à court d’idées. Il continue : « Le langage courant associe souvent danger et récidive, comme dans l’expression « dangereux récidiviste », alors que se mettre en danger, c’est la situation de l’artiste, de l’improvisateur en particulier. » Le personnage ne manque pas de répartie, on s’en rend compte. Struber explore depuis longtemps tous les univers avec gourmandise, refusant chapelles et sectarismes, hélas fréquents même dans les musiques actuelles : il goûte volontiers les musiques traditionnelles d’Afrique ou d’Asie, le blues et le jazz des premiers temps, Armstrong et Zappa, ce qui ne saurait (nous) déplaire.

 

 

Quant au musicien, il joue de l’orgue mais aussi du piano et de la guitare. Sa direction souple mais orientée ne laisse point de doute : il ne faut pas attendre longtemps après l’ouverture lente, élégamment songeuse, du premier thème (« Prélude à l’inattendue ») pour reconnaître un vrai son de groupe dans le titillement joyeux des anches qui s’emballent au son d’une batterie déchaînée.

 

 

 Ça joue vite, fort et bien. Les amateurs de musiques non exclusives apprécieront les ruptures de rythme entre et au sein même des morceaux, l’alternance de pièces rêveuses et très contemporaines (la clarinette et clarinette basse de Jean-Marc Foltz dans  la petite suite des «  parenthèses du silence ») avec le rock le plus ardent. Il est vrai que la rythmique est conduite de façon impériale par Eric Echampard, sans doute le batteur le plus doué pour effectuer le passage, toujours délicat, entre jazz et rock ("Fécondation in rythmo"). Difficile d’isoler des titres car l’ensemble s’écoute d’une traite, l’architecture globale ménageant des transitions au final plus subtiles qu’on aurait pu le croire. Titres toujours singuliers, inattendus, à l’image du chef et de ses hommes. Cette musique accroche immédiatement, on ne sait trop où elle nous conduit, elle ne se laisse pas faire et résiste à toute tentative d’interprétation trop rapide. Ce qui évite de s’enliser dans un ennui trop... prévisible justement.

 

 

Voilà en quoi Bernard Struber a le mieux retenu la leçon de Zappa : dans l’art de pratiquer des superpositions élégantes et des collages qui désarçonnent, l’art de toujours prendre l’auditeur par surprise, tout en lui promettant pourtant de le conduire jusqu’ « Aux Portes du désir ». Pour avoir une des clés de la musique de ce superbe Jazztett, écoutons encore Struber : « D’un point d’ouïe musicale, ces musiques ont été conçues et interprétées dans l’imaginaire du rock, oxygène majeur de notre éveil à la musique ». Ce n’est pas seulement une question de génération ; c’est le plaisir des sens, le goût non pas de la provocation mais d’une saine rébellion, l’urgence de la déclaration, que fleure bon l’arôme rock  issu du corps même de la forme jazz.

Sophie Chambon

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:02

JJJ LAURENT MARODE : « I mean »

 

 

autoprod 2006 (*)

 

 

 

 

 

 

 

La découverte de cet album nous plonge directement dans une esthétique que l’on connaît bien. Un esthétique des albums Blue Note ou Contemporary. C'est-à-dire en fait dans la mouvance (néo) hard boppienne des années 60 pour un album qui aurait tout aussi bien pu être enregistré du côté de Englewood Cliffs, New Jersey. Pourtant le jeune élève de Katy Roberts qui signe là son premier album, apparaît comme un compositeur soucieux de perpétuer cette tradition du jazz mais aussi de la dépasser. Discrètement, par petites touches astucieuses, Marode sait sortir des canons du genre : décalages, ruptures de séquences, doublement des tempis, contrepoints astucieux brouillent les pistes histoire de nous faire hésiter entre Benny Golson et Andrew Hill (comme dans ce I mean faussement linéaire et faussement déstructuré aussi). Énergie ternaire et swing dominent l’album qui s’appuie par ailleurs sur de  très grands solistes. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore ils ont là une chance de découvrir le formidable saxophoniste, David Sauzay. Car ce garçon possède dans son jeu une vraie élégance. Celle d’un phrasé sûr et puissant mais avec  cette pointe de nonchalance qui nous fait penser irrésistiblement au jeu de Harold Land (La petite ourse et surtout Petit Conte Gerry). Tiens d’ailleurs, Gerry puisque l’on en cause, parlons en ! En voilà bien un qui est un génial dans son coin ! Genre renard des surfaces à se faire oublier et à vous sortir un growl de la mort qui tue. Gerry Edwards, l’américain de service, compagnon d’armes recherché sur la scène française, Gerry Edwards, la sombre légèreté du trombone. La sauvagerie civilisée, maîtrisée. Genial ! On restera un peu sur notre réserve sur Rasul Siddik aux contours parfois un peu caricaturaux mais avec cette formidable capacité à salir le son histoire de bien montrer que ce n’est pas un truc pour minots de bonne famille.

 

 

Quand à Laurent Marode, il possède son sujet. Maîtrise cette part du jazz. Laurent Marode n’est pas d’ici ni vraiment d’aujourd’hui. Il est allé chercher ce jazz que l’on aime tant du côté de la 52° rue. Il nous l’offre ici avec une parfaite maîtrise de ce qu’il a déjà entendu.  Et ce qu’il a entendu hier n’a pas pris une ride. Marode nous en fait là une bien brillante démonstration.

 

 

Jean-marc Gelin

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:01

JJJ PATRICK FAVRE: « Intense»

 AxolOtl 2006

 Avec Patrick Favre on découvre un pianiste de la profondeur. Un peu comme une plongée au milieu d’abîmes mystérieuses où les ombres semblent un peu plus étrange émergeant d’un bleu à la fois fluide et sombre. Les compositions riches de Patrick Favre y sont envoûtantes. Compositions jouant sur les atonalités et les gammes chromatiques ainsi que sur un jeu dodécaphonique qui utilise tous les intervalles, explore autour d’un même thème toutes ses déclinaisons modales.

 Son jeu qui utilise plutôt la partie gauche et médium du clavier possède cette sombre clarté que l’on retrouve chez quelques pianistes de ses contemporains. On pense à Svensson mais surtout à la gravité d’un Brad Meldhau au discours qui sans être pesant est cependant dénué de toute légèreté. Discours orienté vers la profondeur des harmonies, les ruptures rythmiques et une sorte de résonance pastel. Mais  aussi discours rigoureux bâtit sur une belle assise rythmique à l’encadrement presque géométrique. Le contrebassiste nîmois, Guillaume Séguron déjà entendu aux côtés de François Raulin et Marc Mazzillo excellent à la batterie, contribuent tous deux à la mise en tension de ces compositions denses comme dans ce Thalie où elle possède à la fois la rigueur de ceux qui délimitent un territoire et l’anarchie retenue de ceux qui font un peu bouger les frontières, permet au pianiste d’explorer avec une grande délicatesse un univers fascinant. Intense, en milieu d’album donne une autre respiration, une sorte de balancement ternaire. Cette construction intelligente de l’album présente en revanche un caractère parfois répétitif où la déclinaison d’un motif central en différentes couleurs tonales tourne en rond autour de la même structure harmonique. On en arrive presque à guetter la perte de contrôle, l’atonalité non voulue. Le petit grain de folie. Mais on se laisse séduire par ce pianiste rare, remarquable compositeur dont la densité du jeu possède une vraie personnalité. Un charme troublant.

 

 

Jean Marc Gelin 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:00

JJJ TRIO RESISTANCE: « Etat d’Urgence»

 Cristal 2006

 Ça commence comme une longue plainte lancinante, grinçante suivie d’une mélopée, sorte de chant d’espoir qui se perdrait lentement dans quelques profondeurs. Patria de multitudes chant révolutionnaire des plateaux andins autrefois repris par les Quilapyun ouvre l’album. Il laisse place ensuite à la rage et la fureur d’un sax ténor dont les raucités font irrésistiblement penser à Sonny Rollins et ouvre un dialogue avec la batterie comme pour faire parler la foudre (Abacus de Paul Motian). Car Trio Résistances pour son troisième album reste résolument ancré dans une musique de combat. Alors que l’on se souvient du travail de Mirabassi sur « Avanti », le trio ici associe à quelques grands thèmes de la lutte, comme ce Pueblo Unido sublimement reconstruit et revisité, leurs propres compositions. Le saxophoniste Lionel Martin signe ainsi des pièces remarquables comme ce Blues for Steve ou ce splendide Lune Rouge, où  après une introduction mariant le soprano et l’archet, il déploie un sens rare de l’espace et conclut par une sorte de chant que l’on croirait venue de la lande Sud africaine. Avec un vrai sens de  la profondeur mélodique. Car cet album concilie toujours la liberté de l’improvisation parfois rageuse, parfois violente et le chant porteur d’espoir. Et musicalement ce trio là montre de fort belles choses dans des formats à géométrie variables entre trio et duo, apaisement et rage. Lionel Martin surprend par la sonorité très douce qu’il déploie au saxophone baryton et par la plénitude du son qu’il offre parfois (pas toujours) au saxophone soprano (Blue for Steve). A ses côté à la contrebasse, Benoît Keller est une révélation dont on aime les rondeurs, son agilité de chat capable de se dédoubler rythmiquement (Army of Her) et enfin la très grande présence mélodique (Pueblo Unido). Ses dialogues avec Bruno Tocanne où ce dernier  apparaît comme un véritable catalyseur dans des moments de jazz libre, déploient autant d’énergie que de finesse (L’issue).

 

 

 

 

 

Avec un sens admirable de la construction cet album se termine comme il a commencé. Étrange  et poétique conclusion en effet où la création de grands espaces laisse entrevoir tous les possibles. Progressivement les musiciens disparaissent, la musique s’éteint et ne reste plus alors qu’un riff seul à la caisse claire qui lentement se perd. Mais la musique ne peut pas se terminer. Elle se poursuit ailleurs. Dans l’imaginaire de l’auditeur. Et dépasse largement le cadre de cet album prenant.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 22:58

JJJJ HELENE BRESCHAND: « Le goût du sel »

 D’autres Cordes 2006

 Avec cet album de harpe solo d’Hélène Breschand, on est très loin du romantisme habituel de l’instrument. Ici c’est la face tranchante et âpre de la harpe qui est explorée avec  une large palette sonore. La harpiste se livre éperdument dans un corps à corde fusionnel avec son instrument, une relation très intime, extrêmement personnelle et intense. Elle râpe, cogne, pince, gratte, frotte, racle, effleure, les cordes de sa harpe acoustique ou électrique. Son instrument vibre, résonne et respire merveilleusement. Il est multiforme et sous ses doigts tout semble possible : clavier, orgue, guitare électrique, percussions, harpe africaine, arbre de pluie ou sanza, l’instrument des griots africains. Hélène Breschand s’intéresse à la matière sonore, qu’elle utilise comme de la glaise. Des sons triturés, saturés, amplifiés, déformés, métalliques, profonds, électriques, grinçants,  qui créent un univers fantomatique, violent, intemporel. A l’image de cette usine-cathédrale désaffectée que l’on croit distinguer sur la pochette de l’album, sublime et abandonnée. Mais il y a aussi de la chair et du sang dans la musique de Breschand. « De chair, de sueur et de sang, la vie palpite et s’agite, comme des cristaux de sel croquant sous la langue… ». De la chair sensuelle comme celle de Salomé, cette princesse juive qui d’après l’Evangile danse devant son oncle Hérodote Antipas, pour obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste ; de la chair passionnée comme celle de Penthésilée (Le festin de Penthésilée), reine des Amazones, amoureuse des guerres cruelles et tueuse sans le vouloir de sa sœur Hippolyté, qui sera tuée par Achille pendant la guerre de Troie. Celui-ci tombera amoureux de sa victime après lui avoir ôté la vie et son armure. Toujours la violence. Même les mots chuchotés sont cinglants et sans concession (L’enfant gâtée). Hélène Breschand est une conteuse inventive et virtuose. Elle nous guide dans cet univers onirique.  Tous nos sens sont en éveil. Cet album est une superbe découverte.

 Régine Coqueran

 

 

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1 août 2006 2 01 /08 /août /2006 23:13

JJJJ CHARLES LLOYD : « Sangam »

 

 

 

 

Label Bleu 2006

Charles Lloyd (ts, as, fl, tarogato, p), Zakir Hussain (tabla, perc, voice), Eric Harland (dm, perc, p)

Cet album a été enregistré en live à l’occasion d’un concert donné par Charles LLoyd en mai 2004 en hommage à Billy Higgins. Le saxophoniste qui avait rencontré le jeune batteur Eric Harland en 2001 avait été totalement séduit par son jeu et avait décidé de l’intégrer à son groupe de l’époque. C’est peu de temps après cette rencontre que Charles Lloyd rencontra aussi le tablaïste indien virtuose, Zakir Hussain, l’homme capable de faire chanter son instrument en y mettant toute son inspiration à la frontière de la musique indienne et de ses racines arabes. Mais c’est là la première fois que les trois hommes se trouvèrent réunis. Et ce qui est acquis aujourd’hui, c’est qu’ils ont trouvé là une formule destinée à se pérenniser tant on conçoit à l’écoute de cet album qu’il s’est passé quelque chose ce soir là. Quelque chose de l’ordre de l’osmose.

 Pourtant il n’y a pas eu de répétitions avant ce concert. Pas même d’ordre des morceaux préétablis. Inutiles, car d’évidence les trois hommes partagent la même approche de la musique, la même écoute, la même compréhension. Une mystique quasiment religieuse très proche de la conception coltranienne. On ne sait pas trop si l’on est dans la danse rituelle ou la transe mystique. Parfois chant oriental (tales of rumi) parfois méditation psalmodiée comme lorsque Lloyd passe à la flûte. Magnifique moment où Charles Lloyd introduit le morceau au piano avant que ne s’envole le chant de zakir, telle la voix du muezzin dans Gunam, le seul morceau composé par le tablaïste.

Dans un trio où ne figurent aucun éléments harmoniques,  Zakir Hussain qui utilise les tablas et les percussions comme de véritables instruments mélodiques capable de déformer les sons et de faire chanter les peaux. Une sorte de compréhension quasi télépathique s’installe entre lui et Eric Harland chacun dédoublant l’autre dans une parfaite complémentarité. Ils forment alors un tapis volant rythmique et mélodique sur lequel s’installe Charles LLoyd au soprano comme au ténor ou au tarogato. Avec le lyrisme maîtrisé des vieux sages, Lloyd délivre de longues séances d’improvisation comme ce chef d’œuvre au ténor sur « Hymne to the Mother » qui figurait déjà dans un album de 1995. Au sommet de son art son soprano n’a jamais été aussi proche du discours coltranien comme sur ce titre éponyme qui atteint à la perfection post coltranienne.  Hommage explicite au maître.

 

 

 

 

 

 

Chaque morceau de l’album prend alors des airs de chefs d’œuvre. Nous emmène dans une sorte de voyage initiatique. Comme Coltrane jadis, Lloyd revient aux sources de la musique. Explore les modalités venues de l’Inde et des pays Arabes. Explore les ponts entre cette musique et le jazz. Atteint avec cette formation une plénitude de son art.

Jean Marc Gelin

 

 

 

Une formation faite pour la scène se fera largement entendre sur les scènes d’Europe. Elle sera au Paris jazz festival cet été

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:18

JJJJRené Urtreger : « Tentatives »

1Cd Jazz 2006 Minium /Discograph

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:10

JJJ HADOUK tRIO : « Utopies »

 

 

Naïve 2006

 

 

 

 

 

Qu’il résonne du son du hautbois arménien, du doudouk ou de tout un tas d’instruments « exotiques », Didier Malherbe et ses camarades polyintrumentistes nous invite en toute intimité dans leur univers au groove délicat. Un  groove susurré où les sonorités boisées de Malherbe s’allient au jeu de balais de Steve Shehan dont les frottements sur la caisse claire murmurent le swing. Curieusement si l’on peut parler de jazz-world à propos de cet album cela ne vient pas de l’usage d’instruments liés à d’autres cultures mais bien plus du métissage des compositions. Côté jazz, le swing charmant de « toupie valse » fait écho à un « suave corridor » ou « Clefs des brumes »  où Didier Malherbe montre une grande sensibilité dans un jeu qu’il parvient à détacher des clichés de l’instrument faisant entendre au hautbois de subtils glissandos. Avec un sens évident de la mélodie les trois hommes nous entraînent aussi dans d’autres univers, plus ethniques cette fois. Au gré des compositions liées à d’autres folklores, Hadouk trio installe un univers plus « Roots ». C’est à juste titre que les liners notes parlent de « tourneries nomades » faites de petites danses tropicales d’inspiration parfois shamaniques que l’on pourraient croire tirées de quelques forêts tropicales. Malgré un sens évident de la mélodie chantante, c'est lorsque les couleurs deviennent moins subtiles et le trait un peu forcé que le trio peine à convaincre. C'est notamment le cas lorsque Didier Malherbe s'empare de la flûte. La superbe inspiration subtile s'efface alors. "Baldamore" aux accents gaéliques prend des airs de fez noz ; " Idalie" peine à séduire et malgré l'introduction d'un steel pan sur "Centaura" on est en plein générique de TV du genre à  voir apparaître Mabrouk ( vous savez le chien de 50 millions d'amis !). Heureusement le trio s'égare peu sur ces chemins lourdauds. A la fin de l'album, sur les trois  derniers titres il invite le trompettiste John Hassel qui avec une sonorité profonde contribue à apporter dans cet univers world-jazz dont on ne connaît pas les frontières exactes, un surcroît d'inspiration. Et ajoute sa part de mystère à cet album au swing multicolore et enchanteur.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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