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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 01:14
100_ans_de_Django_Reinhardt_Nuvens_de_Saudade_Djan-copie-1.jpg1 Cd Cristal / Harmonia mundi

Pour fêter le centenaire de la naissance de Django Reinhardt- il était né le 23 janvier 1910- une production pléthorique a vu le jour avec toutes sortes de compilations, rétrospectives, anthologies, intégrales. Bref, la Djangologie dans tous ses états.
Cristal records a choisi une voie légèrement différente pour célébrer Django, un album sobre et bien conçu pour montrer la filiation au sein des Reinhardt : 100 ans de Reinhardt avec Babik, le fils, et David, le petit fils, tous deux guitaristes-compositeurs qui interprètent des mélodies du maître ou livrent leur propres versions dans cet
émouvant « Nuvens de Saudade ». Un album empreint de nostalgie, mélancolique et respectueux.
 
On retrouve avec plaisir une petite sélection très classique de Django himself, 4 titres sur 13 qui font réentendre les chefs d’œuvre historiques du Quintette du Hot Club de France « tout cordes » ou celui correspondant à un choix esthétique avec une ou deux clarinettes : les « belles mélodies » comme « Nuages » bien entendu, « Manoir de mes rêves »,  « Liebesstraum » mais aussi un solo « Improvisation N°3 ».

Le jazz manouche est à la mode et c’est même une des formes du jazz qui perdure avec un beau succès populaire. Mais il est vrai que souvent,  on s’ennuie un peu en écoutant certains assauts de virtuosité : aucune innovation rythmique, harmonique, ni même mélodique. On reconnaît tout de de suite le thème , ça swingue, ça joue très vite, et bien. On navigue en terrain connu : une grande fidélité à l’héritage du maître.
Là , avec cet album, on peut comparer : c’est « Nuages » qui commence et finit l’album . Le premier titre est de Django avec les interventions magistrales de Hubert Rostaing et Alix Combelle , le dernier est de Babik avec une instrumentation autre, un orgue , un violon et surtout le thème étiré  avec une véritable improvisation qui tente de renouveller sinon l’esprit, du moins la lettre. 
A noter aussi un travail plus qu’intéressant sur « Une histoire simple N°1 » du trio formé par Babik, Emmanuel Bex à l’orgue et Simon Goubert à la batterie, avec l’appoint précieux , voire indispensable de Stéphane Grapelli. Une ballade au lyrisme délicat en dépit de la formidable énergie de ces merveilleux musiciens. Ce qui donne furieusement envie d’écouter cet album de Babik Reinhardt, sorti chez Cristal NUANCES en 1992… 
Une réédition très intéressante au final. A écouter pour se faire vraiment une idée de ce que peut être la transmission au sein des Reinhardt.

Sophie Chambon
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 08:00

Le trompettiste-chanteur,  compositeur et arrangeur  Jean Loup Longnon est à la tête d’une très belle machine , formidable turbine à swing, truculent big band à l’image de son chef, personnage haut en couleurs. JLL  a réuni une très solide formation de 18 musiciens dont une chanteuse, quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones, un piano, une contrebasse et une batterie, sans compter des invités sur cet album intitulé Encore du Bop ? Les diverses photos de l’album plutôt rigolotes nous montre d’ailleurs la joyeuse troupe en action.

Le point d’interrogation est provocateur assurément , car le trompettiste se situe sans la moindre hésitation dans la tradition du jazz classique. Une musique de plaisir comme on dit un « vin de soif », en apparence facile à suivre, du moins si on ne s’attache pas de trop près à l’écriture soignée et fluide.

Ce qui nous a  séduit dans cet album festif, c’est d’entendre jouer avec précision des arrangements élégants qui servent au mieux timbres et couleurs orchestrales.

Un big band au travail, lyrique et tonique à la fois, qui n’est jamais aussi performant que sur les thèmes écrits par JLL comme ce premier titre  « Tels à vivre… » où sa trompette claire dans les aigus suit un phrasé éloquent.

« Encore du Bop » justement est  parfaitement en place avec les interventions de Rémi Dumoulin au ténor, Michael Joussein au trombone et Ludovic Alainmat au piano. Nous avons été  sensible à Pierre Guicquero au trombone sur  « Two notes blues », à Louis Mazetier  au piano stride sur le tube de Vian « On est pas là pour se faire engueuler ».

 Il faudrait d’ailleurs citer tous les solistes et aussi le travail soigné d’ensemble, les unissons impeccables et le rendu instrumental de « Lush Life » tout à fait original. Comme si Billy Strayhorn rencontrait enfin Debussy.

 Il est plus difficile ensuite de s’attaquer à certaines  reprises, de « changer » des thèmes  tellement inscrits dans l’inconscient collectif comme « Que reste-t-il de nos amours ? » indissociable (pour nous) de la voix de Trenet.

Mais on a aimé par ailleurs  «Tour de force»  sur la musique de Dizzy avec des paroles de Laïka Fatien chantées par Chloé Cailleton façon Mimi Perrin ou Double Six, ou encore la version du« Curé de Camaret »  très enlevée et « caliente » forcément. Assurément, plus d’hésitation ni d’interrogation : le Longnon Big band mérite d’être écouté en disque et bien entendu en live.
Sophie Chambon



 

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 07:50

Pierre de Bethmann (fender rhodes), Stéphane Guillaume (as), David El-Malek (ts), Jeanne Added (voc), Michaël Febelbaum (g), Vinent Artaud (cb), Franck Agulhon (dr). Plus Loin Music 2009.

 

A une époque où les fondamentaux du jazz se trouvent souvent dilués dans une prétendue exigence d’originalité vantée à coups d’achats d’espaces promotionnels, cet album-ci se distingue d’emblée, à parts égales, par son groove et son ambition orchestrale. De fait, trois composants indissociables marquent l’entreprise de Pierre de Bethmann : le premier est sans conteste le talent de compositeur du leader : art mélodique certes mais surtout  aptitude à déployer les thèmes en des procédés toujours suprêmement justes d’amplification, de boucle et de contrepoint, d’intensification du propos, de récurrence (« Décalé », « Toutes Ces Choses », « Demens Sapiens »). Le second facteur de succès est le choix d’une texture totalement inédite (rhodes / voix / guitare / saxes) et concrétisée par une cohésion impressionnante (« Ailleurs Parfois », « Bat’carré ») si l’on veut bien considérer que la voix de Jeanne Added est utilisée pour exposer, souligner ou se fondre et non pour (classiquement) se détacher et scatter. Enfin, relevons le traitement du rhodes, maîtrisé en toutes ses potentialités, des plus usuelles (suavité sensuelle en mezzo voce) aux plus actuelles voire déroutantes (saturation, acidité du sound) et qui dépassent, compte tenu de ce qui précède, l’art simplement hancockien de l’instrument, contrairement à ce qu’ont pu dire quelques commentateurs empressés. De tout cela, on aura une illustration frappante avec l’entrée de « Si ». Faisant exploser le couple thème / chorus dans une esthétique post-shorterienne bien comprise, le répertoire ménage constamment des plages arrangées et riffées avec virtuosité qui trouvent un équilibre miraculé entre une architecture savante et une jubilation d’expression et d’exécution totalement assumée. En outre, loin de paraître entravés par ce tissage de lignes et de voix, les solistes s’expriment avec une classe infaillible. Guidés par la paire rythmique Vincent Artaud / Franck Agulhon, aiguillonnés par le drumming diaboliquement inventif de ce dernier (du jeu alterné toms / cymbales sur « Toutes Ces Choses » à sa maestria sur « Vouloir, Tout Est Là »), ils trouvent ici, dans de larges interstices, les écrins les plus soyeux qui soient : de Michaël Feberbaum, en terrain familier et qui irrigue l’ensemble de son jeu subtil à David El-Malek, généreux, conquérant, impérial, bien plus convaincant que sur certains de ses récents albums personnels et Stéphane Guillaume, totalement investi. Une telle qualité de lyrisme et d’emportement, portée par une ambition formelle aussi convaincante, est devenue chose rare. Saluons-la comme telle soit, sans détours : une totale et jouissive réussite ! 

 

Stéphane Carini.

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 06:30
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Alien Beats Records
 


Sébastien Charlier, Curt Bisquera, Alain Caron, Jean-Philippe Lajus, Nicolas Espinasse - Guest Benoit Sauvé

 

Site de Sébastien Charlier


L'harmonica est un instrument rare dans le jazz. Quelques harmonicistes de jazz nous viennent à l'esprit comme celui de Alexandre Thollon, Olivier Ker Ourio et bien sûr Toots Thielemans. Tous jouent de l'harmonica chromatique. Sébastien Charlier est un as de l'harmonica diatonique. Un virtuose même. Écouter ce technicien revient à assister aux jeux olympiques de l'instrument. Le "ruine-babines" diatonique est un harmonica très exigeant et probablement le plus difficile à maitriser techniquement. Charlier demeure l'un des rares représentants de l'instrument dans le monde. Qui plus est, il joue du jazz, tous les jazz. Son pari: introduire l'harmonica diatonique comme instrument à part entière du jazz. En 2005, il avait porté le langage bebop sur son harmonica, ce qui est une performance. Auparavant, il s'était frotté au blues et à l'électro.

POUR ***:
Avec Precious Time, premier épisode de la trilogie « Harmonica Next Gen », l'harmoniciste dévoile son projet Fusion à la mode Uzeb. Il y a fait appel au bassiste de Uzeb, le terrifique Alain Caron, Curt Bisquera et Jean-Philippe Lajus, maîtres en la matière.
Vous l'aurez compris: la formation est top-niveau, le jeu est dense et parfaitement exécuté, la jouerie est, comme souvent avec la fusion, ahurissante. La musique est festive et jubilatoire et c'est là que le groupe de Sébastien Charlier puise sa meilleure splendeur: celle de prendre son pied et de le communiquer à son public. Le groupe reprend des titres des stars du genre comme Miles, le groupe britannique Human League, et les nippons de Casiopera et rend Hommage à Genesis. Amateurs de jazz-fusion, ce disque doit faire partie de votre cd-thèque.

CONTRE *:
Le style musicale « jazz-fusion » vieillit difficilement. A grands renforts de rythmique Jazz-rock, de basse clinquante, de claviers synthétiques et d'enrobages sonores excessifs, le jazz-fusion de Sébastien Charlier adopte une forme convenue qui ne renouvelle pas le genre - malgré la présence d'un harmonica comme instrument principal et de Benoit Sauvé à la flûte à bec – et tourne souvent à la caricature. Souvent noyé par les volutes de sonorités fusion trafiquées par des machines électro-informatique, l'harmonica trouve pourtant une place de choix dans la fusion de Charlier. Sur ce cd, on retrouve malhreuseument certains stigmates du genre: les repons entre instruments consistent en une série de note finissant un chorus, souvent un clin d'oeil à un standard (les thèmes de Miles), reprise par un autre instrument qui lui même va prolonger avec une autre phrase de quelques notes et ainsi de suite. Typique de la fusion, amusant mais c'est tout.

Jérôme Gransac

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 15:03
Jacquette-Matthieu-Marthouret-Playground.jpg

Must records
Site

La musique de Playground de  Matthieu Marthouret, spécialement écrite pour ce  quartet (orgue Hammond-guitare-batterie-saxophone ténor), entre 2007 et 2008,  condense tout ce qu’il a  pu écouter, aimer, assimiler, incluant le passage presque incontournable par Larry Young et un certain jazz rock. Ou un autre mentor, Larry Goldings, autre virtuose de l’instrument.
On se laisse vite porter par la fluidité  qui selon Emmanuel Bex  « organise les rapports entre musiciens, structure les phrasés » de ces musiciens qui , on le sent, prennet plaisir à s’exprimer .
Un chant continu , une jolie inventivité associée à un art consommé des sonorités et des timbres, une musicalité certaine, servent cet album simple et efficace qui nous conduit à bon port.
Oui, on est en terrain connu, ça joue bien et  ça pulse. Au fur et à mesure que l’album défile, on se plaît à entrer dans cette atmosphère intemporelle qui swingue finement. C’est une musique de danse, qui danse même tout le temps, comme sur cette ballade vive « Tones Stew ». Voilà une formation habile au service d’une écriture classique qui enchaîne des compositions mélodiques que soulignent les chorus de David Prez au ténor (« Morning light ») ou ceux de Sandro Zerafa (« Joan’s pendulo »). Le batteur Manu Franchi mène la cadence avec une justesse souple très efficace.
Le résultat ne manque pas de séduction :  alors, ne boudons pas notre plaisir…

Sophie Chambon
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 07:58
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Stéphane Belmondo (tp), Lionel Belmondo (fl, ss, ts), Laurent Fickelson (p), Sylvain Romano (cb), Dré Pallemaerts (dr). 2009. BFlat Recordings

Voici un disque typique de l’époque ; et dans le même temps un disque miraculé de l’époque. En chroniquant la réédition de l’enregistrement « From In To Out » de Dizzy Reece, on a suggéré combien cet album était, quoique situé dans un contexte idéologique, social et musical sensiblement différent, d’une trempe similaire. Le matériau réuni ici provient d’une prestation « live » enregistrée à Saint-Gilles (La Réunion) en 2008 : aucune entreprise d’actualisation ni de distanciation, non, TOUT A L’OPPOSE, une qualité de ferveur telle qu’elle évite de rabattre la musique sur sa source immédiate, directe : l’univers du modalisme coltranien, ses traces encore brûlantes, alors que tant d’autres pourtant ont contribué à l’assécher ! Comme un écho conscient de lui-même (négation même de l’écho), et donc de la force qu’il devrait renvoyer à sa source, rien ici ne manque, en partant de la fin : le salut spiritualiste au public (« peace and love, love and peace »), la dimension des thèmes originaux et ce recours à la suite (notamment le premier mouvement de 16’ : « The Memories That Never Die » !), au fleuve coltranien scandant les composantes de la mystique, corrélativement ces séquences hors tempo avec une palette sonore d’une rare amplitude, notamment à la flûte. Tout cela pourrait précisément faire craindre l’encodage (le « revivalisme ») le plus suspect si l’on n’y ajoutait d’une part une cohésion et une expressivité orchestrale impressionnantes, illustrées au demeurant par de larges « interludes » grâce auxquels chaque membre de la rythmique ménage dans le flux du discours des plages peut-être plus sereines mais presque aussi denses musicalement que les interventions des soufflants et d’autre part un investissement des leaders tel qu’il concentre à chaque instant, rongé par l’urgence, leur énergie créatrice, l’inventivité de leur jeu et l’éclat de leurs différences : des orientations plus funky par endroits pour Stéphane (« Memories » précité), une maîtrise des nuances sidérante comme un perpétuel hommage à Coltrane lui-même certes mais aussi à Freddie Hubbard dans sa quête de l’effet compris comme motif essentiel à la dynamique du discours, un échevèlement du propos plus libertaire encore pour Lionel (« For My Son »), autant au ténor qu’à la flûte (« The Mind Thing »). De tout cela, on trouve une ultime preuve dans la reprise de « Naïma », loin du recueillement de la version originale (on songe beaucoup plus à l’« Aïsha » de l’album « Olé »). La curiosité, qui n’est jamais qu’une forme provoquée du hasard, nous apprend, sous la plume du toujours bien informé Vincent Bessières, que cette suite « Infinity » aurait dû être enregistrée pour le regretté label « Shaï » il y a plus de 10 ans ! 1998, 2008, et après…Ce qui transperce le temps de cette manière contient en soi la preuve de sa nécessité et donc de son inépuisable générosité.  

Stéphane Carini.

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 06:12
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Musea Records (label Great winds)

 

Myspace

 

Sébastien Paindestre (cl), Joachim Florent (cb), Fabrice Theuillon (ss), Antoine Paganotti (dr)

 

 

Depuis 1995, Radio Head bénéficie d'une aura de popularité : son rock progressif est reconnu aussi bien par le public que par la profession. Mis à part quelques titres entendus (le plus souvent tirés d’ OK Computer) et répétés par tous les médias puis quelques écoutes rapides de leurs albums les plus connus, je connais peu Radio Head. Mais ça tombe bien : Amnesiac quartet lui rend un hommage réussi. Le quartet du pianiste Sébastien Paindestre - dont le nom fait référence à l'album Amnesiac de Radio Head - n'est pas la première formation à s'essayer aux reprises des morceaux du groupe anglais (sur cet hommage, il joue cinq de ses titres). Le cinéma, les séries américaines, la publicité utilisent sa musique; des musiciens de tous horizons la réinterprètent, comme le pianiste classique Christopher O'Riley; d'autres l’étudient comme  le compositeur français de musique contemporaine Jean-Philippe Goude. En revanche, Amnesiac quartet est le premier groupe instrumental dédié à la musique du groupe. Si ses membres officient dans le milieu du jazz, ils jouent par ailleurs dans des formations à tendances progressives voire « hors sillon » (Magma, Rigolus, Surnatural Orchestra ...). Et c’est sans doute leurs expériences diverses qui assoient une entente idéale au sein du groupe. A aucun moment il ne tente de jazzifier Radio Head. Au contraire, il exploite le support musical riche, fait de circonvolutions mélodiques et rythmiques, en se servant du jazz comme creuset et en s’écartant du canevas habituel chorus-thème-chorus pour se rapprocher des schémas utilisés dans le rock progressif. La matière musicale et sa forme, ainsi travaillées, sont organiques; l'équilibre entre les instruments est harmonieux et les musiciens profitent d’un large espace de liberté pour laisser voguer leur lyrisme soutenu . Au final, cette coloration sied parfaitement au label de musiques alternatives et progressives Musea Records puisqu’il a accueilli Amnesiac quartet en son sein.

Sur chaque pièce, le thème est omniprésent, sous-jacent à la musique. Les longs chorus développent des schémas aventureux, sans excès, mais obsessionnels avec une densité glissante qui ne se détend pas. On a l'impression que chaque chorus dépose une brique qu'un autre va chasser, comme s’il était lessivé par le flux de notes. Plus encore, l’instrumentiste chorusseur focalise l’attention et semble diluer la présence de ses comparses : comme le passage du flou au net, au sens photographique du terme.

Il en résulte une musique sereine et allongée avec des pièces qui pourraient s'étendre à l'infini. La musique semble suspendue, est énigmatique et côtoie les atmosphères de groupes comme Yes ou Genesis. Cette esthétique assumée est originale et sonne européenne. La qualité de cet hommage en appelle d'autres à venir pour poursuivre l'aventure de l'Amnesiac quartet.


Jérôme Gransac

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 07:22

Django 100  ****(*)

DJANGO 100

Angelo Debarre, Boulou et Elios Ferré, Romane (g) + invités : David Reinhardt, StocheloRosenberg, Noë Reinhardt, Chriss Campion (g) etc. Mai 2009. Sphinx Distribution.

Comment a débuté l’anniversaire du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, le plus grand guitariste que le jazz ait compté et l’un de ses créateurs les plus féconds, les plus populaires et les plus étincelants ? Mal, très mal…les revues spécialisées sont à la peine, multipliant les erreurs, les références paresseuses et parfois douteuses, bien moins à l’aise lorsqu’il s’agit d’honorer le génial manouche que d’encenser et de monétiser l’icône davisienne…Alors que reste-t-il ? Mais les musiciens tout simplement !!! Et cet album le prouve avec un swing, une intelligence musicale, une solidarité inter-générationnelle époustouflants ! Disons-le tout net : après Django – qu’on ne peut comprendre que si l’on saisit que la musique et la fulgurance de la pensée de la musique, chez lui, ne faisaient splendidement qu’un – il faut trouver le moyen d’arranger sa musique (c’est-à-dire de pénétrer aussi patiemment que brillamment dans son univers) pour rendre audible et élégant un discours actuel mais qui lui reste fidèle. Le résultat est ici largement atteint : choix hyper-soigné du répertoire (qui privilégie les compositions les plus intéressantes de la deuxième partie de sa carrière), qualité des arrangements (de la douceur presque édénique de l’introduction de « La Marseillaise » - dont le titre initial de contrebande : « Echoes Of France » est ici abandonné - contrastant avec la solennité de la version princeps ; tempo beaucoup plus posé, et adéquat au demeurant, de « Douce Ambiance », truffé d’acidités harmoniques), vision orchestrale de l’ensemble, soin extrême apporté à la production, tout mérite d’être loué. L’ensemble et notamment les deux premiers tiers de l’album frappent par la qualité virtuose et presque parfaite de l’exécution, une puissance spontanée alliée à une concision obligée, la flamboyance partagée, la cohésion, la facétie (évidente dans « La Marseillaise », merci Boulou !), l’implacable souplesse de la « pompe » rythmique. Mieux, les interprètes ne font pas assaut d’individualisme conquérant mais ils s’accordent en permanence sur un discours collectif passionnant, n’étouffant rien de leurs styles respectifs et traçant au surplus des passerelles astucieuses avec des univers parents : de ces accents funky qui irriguent le superbe « Appel Indirect », rappelant l’admiration qu’un George Benson a souvent dite pour Django, de l’introduction de « Manoir de Mes Rêves » évoquant le feeling d’un Philip Catherine, baptisé « The Young Django » par Mingus, et plus essentiellement encore de ces passages de relais généreusement ménagés vers les générations nouvelles ou confirmées : Stochelo Rosenberg, Noë Reinhardt, Chriss Campion et, à mon sens, le plus prometteur d’entre eux (toucher, musicalité), David Reinhardt, interprète d’un superbe  « Nuages » conclu en un très bel effet par les bribes radiophoniques de la version d’origine, le tout couronné par une mega-chorale (qu’Eddie Louiss aurait appréciée) reprenant l’incontournable « Minor Swing » ! On l’aura compris : un très beau château, soigné en ses agencements subtils, précieux et vigoureux dans sa substance plurielle. On vous l’avait dit : les musiciens, les musiciens ! Avant tout !           

 

Stéphane Carini.

 

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 18:29


Blue Note 2010

onishi

Junko Onishi (p) Yosuke Inoue (cb), Gene Jackson (dm) + Reginald Veal (cb), Herlin Riley (dm)

A 43 ans Junko Onishi n’est plus tout à fait une inconnue. ON peut même dire que cette pianiste japonaise, lointaine émule de Tshiko Akiyoshi accumule titres de noblesse et les signes de reconnaissance. On parle à son sujet de «  virtuose » ou de « phénomène » avec l’allant et l’enthousiasme de ceux pour qui les liners de Blue Note, sa maison de disque font office de révélation divine pour candides. L’écoute de ce nouvel album en trio ne devrait assurément pas apporter de démenti. Le phénomène Junko Onishi est bien, comment dire…. Phénoménal !  A tel point que cette livraison qui surfe sur résolument sur une vague « bebop revival » (grande spécialité au pays du soleil levant qui compte tant de pâles

imitateurs de Toshiko Akiyoshi), ne laisse de nous impressionner à la première écoute. La pianiste n’y hésite pas à rentrer dedans, à mordre dans le vif et Junko Onishi propose ici avec autant de puissance que d’allant une lecture un peu stéréotypée du trio jazz rendant au passage des hommages appuyés à Art Tatum ou à Bud Powell ( tiens encore la marque de Toshiko Akiyoshi !) en passant dans des moments d’accalmie par Amhad Jamal.  Ce qui en soit n’a rien de novateur. Sans rien enlever d’ailleurs rien au plaisir assez jouissif d’une écoute qui semble familière et où tous les repères du trio jazz sont bien en place : sens du groove, talents de l’improvisatrice qui se ballade dans la grille avec une stupéfiante aisance, trio qui fonctionne à merveille. On adore absolument, la rapidité de sa main droite cette vélocité un peu vaine et surtout la musicalité de ses improvisations d’une grande cohérence et qui sait rendre facile à l’écoute les détours pourtant structurellement complexes qu’elle emprunte.

 

 

On  aimera  donc  forcément  et  sans  risque son interprétation des standards ( Smoke gets in your eyes par exemple) ou encore cette entreprise plus audacieuse pour le coup qui l’amène à entreprendre «  par la face Nord » des thèmes d’Eric Dolphy réputés peu faciles. Dans un morceau comme Musical moment la pianiste puise dans d’autres références et se fait un peu moins démonstrative, sortant heureusement des clichés bop.

Mais il y a chez Onishi une sorte de peur de manquer, de peur du vide qui l’entraîne très vitre à revenir au  jeu serré, peu espacé qui ôte toute place au non dit et au silence. Un peu comme l’antithèse du piano moderne qui ne trouverait sa légitimité que dans un come back aux anciennes valeurs. Alors, dans cet exercice où la pianiste emplit l’espace avec puissance et énergie, il faut à ses compagnons beaucoup de talents pour trouver leur place et imposer leur propre dynamique à une pianiste pourtant survitaminée. Grâce à leur talent, ça marche et l’on parvient à suivre cet album sans un instant d’ennui.  Le Bop revit sous un autre jour et l’on suit cette parenthèse musicale à la fois ravis, séduits, enchantés et bluffés mais aussi totalement épuisés par ce qui s’apparente parfois à un tour de force.

Jean-marc Gelin

 

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:17

ECM 2010


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Ce nouvel album de François Couturier est d’abord celui d’une prise de son absolument exceptionnelle,enregistré dans le studio de Lugano par Stefano Amerio qui réalise là comme souvent un travail remarquable de restitution du son dans l’espace dans lequel il se propage. Un peu comme si nous étions plongés là en plein cœur d’une salle de concert, entendant d’indicibles craquements du parquet, à l’affût des résonances des graves tournant dans une dimension spatio-temporelle saisissante. On oublie là tout effet de numérisation pour pénétrer dans la magie de la création avec une profonde zénitude. Car avec une telle prouesse technique, la musique de François Couturier peut s’exprimer avec profondeur et gravité dans cet album qui est peut-être le plus personnel qu’il ait réalisé depuis longtemps. On a encore en tête le précédent qui rendait un hommage au réalisateur russe Andreï Tarkovski (1932), « Nostalghia, Songs for Tarkosvsky » – ECM 2006, hommage qui se prolonge ici puisque le titre de cet album est une pièce justement dédiée au réalisateur russe. Mais il s’agit ici d’un piano solo, exercice de l’impudeur où il est question d’un face à face avec soi-même. C’est alors tout un patrimoine musical qui est convoqué ici. Un patrimoine qui rend vaines les distances entre classique et jazz, entre écriture et improvisation même si on admettra comme postulat de base que les références de Couturier sont plutôt classiques. De celles qui le conduit à inviter parfois Chopin et surtout Bach comme figure très prégnante de son identité musicale comme dans « L’intemporel » par exemple. Mais il y a des références plus modernes et l’on pourrait presque entendre parfois un clin d’œil à son camarade de jeu de chez ECM, Keith Jarrett. La musique de Couturier pourra bien être qualifiée d’introspective si l’on veut. Il faut l’accepter comme telle. On suit ce voyage intérieur avec l’intérêt d’un géographe passionné qui passerait en revue des paysages défilant et variés, de montagnes escarpées et de plaines désertes. Elle est là, la poésie de Couturier, celle d’un architecte en paysage. Architecture aussi subtile que fragile. On pense parfois à un fabricant de mobiles instables où l’un des éléments de l’improvisation peut faire bouger l’ensemble du système pour en redéfinir une nouvelle forme. La musique de François Couturier s’égrène alors et passe comme les gouttes de pluie le long d’une vitre observée dans l’intimité des intérieurs préservés des rudesses de l’automne. Sans tristesse et sans mélancolie. Dans le spectacle fascinant de la création musicale et de l’imagination fertile de son auteur. Jean-Marc Gelin
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