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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 08:25


ECM Jazz 2009

Louis Sclavis (cl, ss), Mathieu Metzger (ss, as), Maxime Delpierre (g), Olivier Lété (b), François Merville (dm)

 Le dernier album de Louis Sclavis est assez surprenant. Il ne manquera pas en tout cas, d’étonner ceux qui suivent de près son travail et qui n’avaient pas manqué de saluer comme il se doit le précédent album, « L’imparfait des langues ». Car il y a dans ce nouvel opus un travail beaucoup plus épuré qu’à l’accoutumée. Sclavis y semble en effet beaucoup plus apaisé, moins nerveux. Ce qui doit se comprendre dans la thématique de cet album autour de l’Odyssée d’Homère. Il y est en effet question, comme le dit Sclavis lui-même, de se perdre et de s’égarer. Comme il nous le disait en interview, il y a deux façons de se perdre : perdre sa route et se perdre soi-même. D’où un sentiment qui prédomine à l’écoute du disque, de flottement et de no man’s land. Avec cette formation de jeunes musiciens qui l’accompagne depuis quelques temps il parvient ainsi à créer un climat qui évoque à la fois l’absence et l’ancrage dans les racines très terriennes où vient se greffer la notion de rites païens en référence aux chants antiques ( Bain d’or) . Dans Lost on the way, l’attaque sauvage des tambours évoque ainsi des scènes tribales résonnant au loin, alors que le jeu de Sclavis nous ramène à une plainte inquiète et à l’angoisse de la solitude lointaine. C’est une épopée qui nous est racontée avec ses moments de doutes, ses phases de calme qui précèdent la tempête sauvage, le paroxysme des éléments déchaînés, l’absence d’Ulysse et surtout la prédominance du voyage. Avec une très grande expressivité, Sclavis convoque dans sa musique les notion de temps qui s’écoule lentement et d’espace, l’horizon proche et lointain.

Pas de claviers ici mais un personnel en partie renouvelé. Mathieu Metzger (que l’on entend aussi dans le formidable album de Ducret – cf. ci-dessus) vient avec talent remplacer Marc Baron et Olivier Lété prend la contrebasse. François Merville (associé depuis des années à Sclavis) et Maxime Delpierre (dont la collaboration est plus récente), poursuivent leur collaboration avec Louis Sclavis, pièces essentielles de son nouveau dispositif où il est question de créer une pâte sonore, une couleur qui n’est pas sans rappeler à certains égards le magnifique travail que le guitariste avait signé il  y a quelques années avec Limousine.

Louis Sclavis laisse beaucoup de place au jeu et aux sons que les musiciens trament en contrepoints et en écheveau subtils ( la patiente pénélope devient muse dans les Bruits à tisser) et dans l’écoute collective de la musique et du silence à l’image de ce Abord Ulysse’s boat où l’on comprend tout le soin porté à fabriquer le son et à créer un climat parfois inquiétant. Dans cet exercice-là, Sclavis effectivement s’expose moins laisse beaucoup plus de place à Metzger qu’il ne le faisait avec baron. Il nous emmène finalement vers une tragédie à l’antique dans un double corps à corps, celui d’Ulysse avec les éléments mais aussi peut-être celui de Sclavis avec lui-même. Jean-marc Gelin

 
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 07:33

Laborie Jazz 2009

Emile Parisien, Ivan Gelugne, Sylvain Darrifourcq

 


C’est bien au-delà de la simple notion de quartet. Il y a d’ailleurs quelque chose de presque incongru à parler du nouvel album de « Emile Parisien » tant la dimension collective y est fondamentale. Emile Parisien, jeune prodige du saxophone soprano, élève et témoin s’il en est de la grande réussite de l’école de Marciac, n’est pas ici dans la démarche d’un disque de mise en valeur de lui même. Il en est même aux antipodes. Car ce dont il est question ici c’est surtout de la construction collective de la musique. Porter le propos musical ensemble un peu à la manière d’une troupe de théâtre qui aurait écrit, mis en scène et interprété ensemble. Dans cet album où les compositions sont des œuvres collectives à l’exception de la sublime reprise inspirée de Malher, il y a une intelligence partagée de ce qu’ils disent. Une compréhension parfaite de leur texte musical. Dans une expressivité très forte, convoquant des sentiments extrêmes, de l’humour à l’angoisse, au suspens, à l’attente, ces quatre-là partagent les mêmes intensités au même moment. C’est pourquoi la musique qu’ils jouent se situe à des années lumières des traditionnels quartets enchaînant les chorus. Le propos ici est de créer de l’émotion et de faire passer l’auditeur par une palette de sentiments forts. Sanchator De profundis crée ainsi une lente progression qui culmine et redescend ensuite vers des limbes plus apaisés. Dans Darwin à la Montagne, au-delà des effets de collage, on ne peut s’empêcher de penser parfois à Mingus. Après la gravité de Sanchator, le quartet joue de l’humour, de l’espièglerie un peu et surtout de l’inattendu. Des surprises musicales peuvent ainsi surgir, de la petite interjection aux grondements furieux. Dans le Requiem Titanium se crée une incroyable mise en tension par l’ostinato sur deux notes de piano sur lequel se déroule le propos et par le martèlement de la batterie. Tout s’organise ensuite autour des méandres de Emile Parisien absolument génial au soprano semblant alors tel un électron libre et puissant, s’échapper librement de cet univers oppressant. Sur la pièce tirée de  Wagner (Le bel à l’agonie), le quartet crée une remarquable version ténébreuse. Plus ténébreuse que Wagner lui-même. Une sorte d’exploration du grave profond, du magma rugissant mais aussi création d’un flottement organisé dans cet univers de purgatoire.

De bout en bout nous restons en éveil. Car en emmenant la musique sur un autre terrain, ce quartet se montre audacieux et créateur, puisant en parfaite cohérence dans tout leur patrimoine musical. Que celui-ci vienne du quartet de Coltrane, de Zappa ou encore du classique c’est dans un syncrétisme original qui leur appartient réellement qu’ils développent leur propre univers. Emile Parisien dont on suit depuis quelques années l’évolution remarquable s’inscrit avec ce quartet dans la démarche des plus grands qui au-delà de sa seule technique de jeu sait s’entourer de superbes musiciens qui jouent ave  talent une musique forte et radicalement inclassable. A découvrir d’urgence. Jean-Marc Gelin

 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:54

Gitanes jazz (réed) 2009

Marc Richard (cl), Göran Ericksson (as), Philippe Baudouin (p), Patrick Diaz (bjo), Gérard Gervois (tuba), Patrick Artero (tp), Claude Gousset (tb), Daniel Huck (vc), Daniel Barda (tb), Bernanrd Laye (dm), André Villeger (as) etc….

 

Chers Jeunes musiciens,

Jeunes musiciens, vous qui vous produisez dans les tremplins de jazz et autres scènes où l‘on est censé découvrir de jeunes talents tout frais émoulus de quelque école « conservatoriale », où l’on apprend tout bien comme il faut, cette musique est pour vous. Elle est même OBLIGATOIRE  dans votre cursus. Car, jeunes musiciens qui jouez tous «  monstrueux » comme on dit à l’âge où l’on en a pas fini avec ses boutons d’acné et son verre de lait au petit-déjeuner, cher jeunes musiciens qui par malheur n’aurez même pas le plaisir éphémère et furtif de devenir jamais des éjaculateurs précoces puisque de toute façon, on vous a surtout appris à ne pas bander du tout, chers jeunes musiciens, cette musique est pour vous. Et ce sera là votre premier acte de rébellion contre tous les bien-pensants, ceux qui croient que le jazz est trop sérieux et qu’il vaut mieux aller tripoter Robert Wyatt ou Led Zep dans le sens du poil plutôt que de faire de musique qui vous ferait marrer un grand coup.

Si vous devez apprendre à faire du jazz, entendez par là «  jass » dans le sens tirer un bon coup, et prendre un pied énorme, alors allez écouter cette réédition de l’Anachronic Jazz Band. C’était l’époque où il y avait des gars comme Alain Guerini, fondateur du CIM qui aimaient tellement le jazz qu’ils ne faisaient aucune distinction entre New Orléans et be-bop, entre jazz Hot et Jazzmag et qui ne pensaient qu’au plaisir de jouer (formidablement bien d’ailleurs). Jetées aux orties les figues moisies et les raisons aigres, ils avaient décidé de jouer une musique ANACHRONIQUE, et de s’attaquer à des hauts thèmes du bebop, des thèmes d’une rare difficulté technique, par la bande joyeuse du New Orléans. Imaginez un Yardbird Suite de Charlie Parker, un Blue Monk de Thelonious ou plus fort encore ( quoique moins convaincant) un Giant Steps de Coltrane façon Nouvelles Orléans, Haricots Rouge et Claude Luter. Fallait oser, fallait le faire et ces gars-là l’ont fait et ça jouait sacrément grave. Entre 1976 et 1978, ces gars là mettaient le feu aux poudres de Etampes jusqu’en Allemagne avec leurs arrangements de folie et leurs solistes incroyables. Il ne suffit que d’entendre les chorus de Patrick Artero ( c’est pas possible y va s’faire péter la glotte !!), les touches subtiles de Philippe Baudouin, l’humeur badine de ClaudeVilleger ou de Marc Richard à la clarinette pour s’en convaincre. Et pourtant jeunes musiciens qui faites là (je vous vois) une sorte de moue dubitative, on pourrait vous mettre au défi d’écrire une musique aussi complexe, faites de contrepoints et de contre-chants joyeux sans y perdre votre swing. Certes je vous le concède il y a quelques moments un peu mièvres ( comme ce Move pas top) mais quelle énergie ( leçon n°1 pour vous), quel plaisir de jouer ( leçon n°2), et enfin quel swing ( leçon n°3) !

Et la conclusion de tout ça c’est qu’il serait bon, salutaire et indispensable de revenir à cette source intarissable quel qu’en soit le propos, quelle que soit l’époque et quel que soit le prétexte musical. Allen Toussaint y revient, Patrick Artero (cf. chronique ci-dessous) la modernise un peu, d’autres comme Steve Bernstein aux Etats-Unis ou encore Dave Douglas par exemple la détourne astucieusement. Il serait bon que vous tous, jeunes musiciens, vous vous débarrassiez enfin un  peu de votre égo tourmenté et preniez exemple sur vos glorieux aînés. Ceux-là assurément bandent encore. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 07:59

 

Dixiefrog 2009

 

 

  Ceux qui ne savaient pas, ceux qui étaient passé à côté de ses incroyables talents de showman, ceux qui n’avaient jamais vu le Bluesman Eric Bibb en concert, ceux-là n’ont plus de raisons de se désespérer et de se lamenter en entendant leurs copains dire que c’est pas possible t’as loupé quelque chose t’aurais dû voir le gars  il est monstrueux t’es con t’aurais dû venir. Car ceux-là ont désormais au moins une petite lueur d’espoir et peuvent se rabattre sur cet album enregistré en live à Fip. Car cette performance enregistrée en décembre et mars 2008 dans le studios 104 et 105 de Radio France démontre dans toutes ses largesses, l’immense générosité d’Eric Bibb. Remarquablement accompagné par de sacrés musiciens et notamment par un guitariste épatant, Staffan Astner qui s’y connaît comme pas deux pour rajouter un peu d’huile sur les braises que la voix d’Eric Bibb n’éteint pas, il ne faut pas grand chose au bluesman pour allumer une salle. Juste trois accords de base durant plus de 8mn sur un « Needed Time » pour que s’installe une mélodie douce à vous faire chavirer toute une salle. Avec Eric Bibb, tout devient aussi simple qu’une musique un peu facile et dépouillée, navigant sans chichi entre blues, rock et country. Visiblement bien sur scène, Eric Bibb ces deux soirs (surtout le premier) était visiblement heureux d’être là,  parlant avec le public, échangeant avec lui son bonheur de voir une nouvelle ère s’ouvrir à son pays ( quelques jours après l’élection d’Obama), et tout se passait comme si Eric Bibb aurait pu jouer plus de trois heures durant sans s’arrêter. On assiste alors à ces moments magiques où le plaisir d’un artiste à être sur scène se transmet si naturellement à son public que l’on atteint alors à une sorte de relation fusionnelle. Et pour que l’on ne rate rien, le label Dixiefrog a judicieusement inséré un DVD de 20 mn prit entre scène et coulisse. Où l’on voit entre autres moments magiques Eric Bibb dans une attitude enfantine partageant un instant de musique émouvant avec son idole de toujours Richie Havens. Où l’on voit surtout cette façon qui n’appartient qu’aux grands d’attirer la lumière sans avoir à en faire des tonnes. Assurément hors des clichés du blues mais avec un immense respect pour la musique américaine traditionnelle, Eric Bibb incarne une certaine continuité de ce patrimoine musical. Et si l’envie vous prend de vous procurer ce double album vous ne pourrez plus dire « je ne savais pas » puisque par le petit bout de la lucarne d’une certaine manière vous y étiez quand même. Jean-Marc Gelin

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 08:02

 

Fresh Sound New talent 2009

Vincent Bourgeyx (p), Matt Penman (cb), Ari Hoenig (dm)

 

 Le petit dernier du pianiste Vincent Bourgeyx, bien nommé «  Again » est, on peut le dire une petite merveille dans le genre trio jazz acoustique piano-basse-batterie. Il y a là tout ce que l’on aime dans l’exercice : un pianiste ouvert et pas nombriliste pour un sou qui semble survoler son clavier avec autant de légèreté que de swing et qui s’entoure d’une section rythmique exceptionnelle. On ne peut manquer d’être séduit par l’art de l’improvisation de Vincent Bourgeyx qui ne prend jamais la tournure de l’exercice de style mais plutôt d’une belle (ré)incarnation de la musique. Variant les plaisirs le pianiste passe avec la même aisance des standards à ses propres compositions ou encore à des thèmes classiques. Qu’il s’agisse du vivifiant Giant Steps, ou de ces trois versions sublimes de Come Sunday, Cry me a river et enfin The Good Life, Vincent Bourgey donne chaque fois le sentiment qu’il est bien, à l’aise dans sa musique au point de la faire vivre en studio comme en club. Totale aisance harmonique et rythmique, aucune pesanteur dans le jeu, aucune urgence non plus. De manière un peu moins convaincante Bourgeyx s’attaque à Chopin ou Fauré jazzifiés à merveille, mais qui semblent un peu relever de l’exercice de style, prétexte à un espace d’improvisation. Suivent ensuite 4 déclinaisons d’un même thème composé par le pianiste, Alice où pour le coup l’exercice très intéressant est loin d’être répétitif ou scolaire et éclaire de 4 facettes différentes une même structure réalisant ainsi une suite cohérente et polymorphe à la fois. Il est vrai aussi que le pianiste peut, comme on l’a dit s’appuyer sur une rythmique exceptionnelle qui donne à chaque thème un relief différent. Matt Penman associé à Ari Hoenig représente en effet l’une des meilleures sections rythmiques qui soit. Association qui joue beaucoup sur l’inventivité exceptionnelle du batteur, certes envahissant mais dont les coups de génie, les phrases rythmiques inventées toujours à bon escient, les contre-temps et la fébrilité sensuelle illuminent tout.  Avec audace Hoenig joue ainsi les chants en contrepoint dans des moments audacieux de pure folie, décalée mais toujours brillante. Quand au contrebassiste ultra solide dans son placement, il affiche une rondeur en totale empathie avec le trio contribuant de manière essentielle à créer ce son de groupe si séduisant qui nous embarque une heure durant dans un swing élégant et brillant. Jean-Marc Gelin

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:10


Plus Loin Music 2009

Patrick Artero (tp), Don Vappie (g, bjo, vc), Emmanuel Duprey (p, fd, orgue), Mark Brooks (cb), Troy Davis (dm), Arnold Mouezza (perc)

Sous contrat d’artiste avec le label Nocturne, Patrick Artero avait 3 albums à produire à la suite de celui qu’il avait magnifiquement consacré il y a 5 ans à Bix Beiderbecke. Il s’agissait alors du premier album de sa longue et riche carrière. Puis le trompettiste avait surpris son monde avec un autre opus consacré à Jacques Brel. Totalement inattendu là encore. Patrick Artero tel un feu follet décidemment insaisissable et inclassable crée à nouveau la surprise aujourd’hui et surgit là où on ne l’attendait pas avec un album inspiré du vaudou et de la musique de la Louisiane.  Mais finalement au-delà de la première surprise il y a une certaine logique de la part d’un musicien qui s’est toujours nourri autant de New Orléans  ( Bix là encore) que de l’Afrique noire et sauvage (avec Toure Kounda) ou encore de la créolité caribéenne ( Kassav, Zouk Machine). On retrouve donc fort logiquement tous les ingrédients pour en faire une alchimie un peu sorcière. Mais là où Patrick Artero aurait pu charrier tous les clichés du genre, il s’en tire à merveille en allant puiser dans toutes ses inspirations pour évoquer aussi bien la moiteur du bayou ( a wish to Erzulie) que la transe des rythmes ensorcelants et mystérieux (Bayou Saint John Reunion, Snake dance) ou encore les marching band de la cité du croissant (Papa limba’s march). Accompagné d’une bande de musiciens entre boppers et gars du cru, Artero fait avec un sacré talent, œuvre de syncrétisme dans laquelle il n’oublie jamais que le jazz est aussi affaire de danse et de gaîté. Le beau travail de ses accompagnateurs entre bop de bon aloi ( côté Emmanuel Duprey aux claviers) et afro-jazz ( remarquable Arnold Moueza aux percus) s’acoquine avec  des gars comme Don Vappie (au banjo) et Troy Davis qui connaissent par cœur les climats de la Nouvelle Orléans.  Artero y trouve là un bien beau terrain pour quelques envolées comme on les aime ( écoutez le sur Oh what a strange doll…) au groove toujours chaleureux. Dans cet album quasiment composé par le trompettiste, Artero grapille par-ci par-là une musique enchanteresse ( l’autre disait de lui et avec admiration que Patrick Artero, c’était en fait une chanteuse !), et Patrick Artero se souvient toujours de ce jazz festif qu’il ne manque jamais de saluer sans nostalgie mais avec un poil d’émotion quand même. Il y a là une belle forme de témoignage. Avec cet album qui brasse large tout en restant ultra cohérent dans son projet artistique, Patrick Artero rend en effet un bel hommage aux sources du jazz d’où l’on vient et où l’on retourne, toujours. Qu’il sait rendre aussi traditionnel que moderne.  Jean-marc Gelin

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:00

Plus loin music - mai 2009

Olivier Temime (saxophone) ; Jérôme Barde (guitare/bardophone) ; Emmanuel Duprey (piano) ; Julien Charlet (batterie) ; Akim Bournane (basse) ; Arnold Moueza (percussions)


C’est un délicieux « Breakfast in Babylone » que servent dans une pochette aux influences Motown les Volunteered Slaves (esclaves volontaires), sextet vitaminé mené par le saxophoniste Olivier Temime (voir photos).

Comme l’explique Jérôme Barde (guitariste des Volunteered Slaves), quand le groupe a été fondé en 2002, l’un des morceaux emblématiques du répertoire était un blues de Rashan Roland Kirk dont la « personnalité de feu, le jazz cru et habité ont marqué le jazz de son époque (60/70)». L’album est fidèle à l’esprit de ce musicien original qui « était imprégné de la tradition du jazz, du R&B, du funk et de la pop de l’époque »[1].

Les quatre reprises promettent de satisfaire le public avec de belles envolées « funk ». Les corps ne devraient pas manquer de se laisser embarquer sur « Controversy » de Prince qui ouvre la marche ou sur « I want you back » des Jackson Five. Difficile de résister à l’appel de ce dernier titre, les forces de l’équipage d’Akim Bournane (basse) et de Julien Charlet (batterie) sont trop vives ! Difficile encore de ne pas se laisser séduire par le langoureux « I heard it thru the grapevine » de Norman Whitfield et Franck Wilson pour Marvin Gaye ou de ne pas planer dans le spatial « Butterfly » de Herbie Hancock porté par un son cosmique au fender.

C’est de cette énergétique musique que se sont nourris Arnold Moueza, Jérôme Barde et Emmanuel Duprey pour composer les huit titres originaux qui s’y mêlent. Autant d’occasions d’explorer des univers personnels variés. Le sextet se fait chœur afro pour « Oyayao », sage pour « Swimming Head » et « Herbert ». De quoi marquer une pause après « Breakfast in Babylone » ou « Zabriskie Point » dont l’emprunt au titre du film d’Antonioni évoque une fois encore cette Amérique sulfureuse des années 70 qu’avaient musicalement illustrée les Pink Floyd. Si Babylone s’est perdue dans le brouhaha de la Tour de Babel, les Volunteered Slaves se jouent du destin tragique de la ville mythique pour mieux prouver que le langage de la musique dépasse celui des mots par son universalité !

Et pour ceux qui voudraient goûter à d’autres savoureux délires des joyeux drilles, il y a toujours des tables libres sur leur site self-service ouvert 24h/24[2]. Anne-Marie Allouet

 

[1] Edito de Jérôme Barde posté sur le site le 17 mai 2009

2 Site Volunteered Slaves

 

 



 

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 06:40

Act 2009

 

Après cinq années de silence, la chanteuse coréenne Youn Sun Nah, que l’on connait bien en France, revient avec un disque mature et soigné sur le label ACT, qui devrait la propulser vers une carrière internationale à succès. Ce « Voyage » porte admirablement bien son nom, car le répertoire nous emmène de sa Corée natale à la France, en passant par le Brésil (Frevo), les Caraïbes (Calypso Blues), les Etats-Unis (Jockey Full of Bourbon et Shenandoah) et la Suède (The Linden). Le tout est chanté en anglais à l’exception de la sublime India Song (chanson française signée Marguerite Duras et Carlos D’Alessio). Une musique très épurée et assez minimaliste car ce projet est né d’une rencontre avec le guitariste suédois Ulf Wakenius, qui a abouti à une série de concerts en duo, avec un répertoire de chansons que You Sun Nah n’avait pas encore exploré (incluant des reprises et des nouvelles compositions originales, à part égales). L’idée d’un disque est venue assez vite et Ulf Wakenius a contacté son ami contrebassiste, compatriote, et confrère sur le label ACt : Lars Danielson. Celui-ci a accepté la direction artistique de l’album en conservant le caractère intime de cette musique, intervenant discrètement à la contrebasse et invitant sur quelques titres le génial percussionniste-coloriste Xavier Desandre-Navarre et la nouvelle star montante de la trompette « atmosphérique », le norvégien de chez ECM : Mathias Eck. Une musique qui nous fait littéralement « voyager » intérieurement et ressentir un profond sentiment de liberté, d’évasion et de planante flottaison. Nous sommes transportés sur un confortable nuage cotonneux, le ciel est bleu, l’horizon dégagé, prêts pour un voyage sensuel où les frontières sont abolies. Nos sens sont à l’affût et l’émotion maximale, troublés par une voix à la pureté cristalline, suave et angélique, portée par un sens inné de la mélodie, des nuances et de l’articulation. N’oublions pas de mentionner aussi ses subtiles inflexions vocales et sa parfaite maîtrise rythmique. Le disque curieusement ne démarre pas par les deux titres les plus marquants,  mais dès le troisième (Calypso Blues), nous sommes séduits par la folle sensualité (érotique ?)  de cette voix aux inflexions d’une grande suavité, proche d’une féline qui veut nous charmer et portée par une ligne de basse ondulante et solide, qui nous fait penser au concept de Musica Nuda (la version originale de cette chanson de Nat King Cole consistait en un subtil duo entre sa voix et des congas). Le pari de reprendre une chanson de Tom Waits semblait risqué, tant leurs univers (et leurs voix) sont différents, nous constatons pourtant que sa version de Jockey Full of Bourbon est magnifique et fidèle à l’esprit de l’original (avec Ulf Wakenius, impressionnant à la guitare dans le rôle de Marc Ribot). Avec Frevo d’Egberto Gismonti, You Sun Nah ne chante plus de paroles, mais vocalise comme une grande musicienne accomplie et s’avère totalement convaincante dans ce climat coloré où le brésil se mêle au flamenco avec une guitare toujours aussi effervescente. N’oublions pas de mentionner les propres compositions de notre chanteuse asiatique préférée : les très belles mélodies de Voyage et de My Bye, où l’on plane avec la trompette de Mathias Eck et le swing plein de charme coquin de Please, Don’t Be Sad. Sur cinq des douze titres, tous les musiciens sont présents et forment un subtil et impressionnant quintette. Ce groupe au complet n’accompagnera pas You Sun Nah sur scène car la tournée de promotion de l’album est centré sur le duo avec Ulf Wakenius, tel qu’on a pu le voir les 12 et 13 mai dernier au Sunside à Paris. Un concert magique où l’interprétation des titres de l’album était encore plus prenante par la présence et le charisme incroyable de la dame. Elle se « lâche » beaucoup plus facilement sur scène, permettant à son imagination et à son sens de l’improvisation de nous séduire davantage, n’hésitant pas par moment à chanter « a capella ». On aime beaucoup l’album, mais il faut reconnaître, que comme beaucoup de production Act, il n’échappe pas à un certain formatage, parfois un peu trop lisse. On rêve maintenant d’un DVD qui puisse perpétuer l’émotion scénique et inoubliable qu’elle nous a procurée, en la fixant à jamais. D’autant plus qu’elle se permet en concert de chanter avec beaucoup d’originalité des célèbres bossas-novas de Jobim ou le Ne Me Quitte Pas de Brel.

Lionel Eskenazi

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 07:46

Illusions 2009

Marc Ducret (g), Bruno Chevillon (cb), Eric Echampard (dm), Antonin Rayon (p, fder, clavinet), paul brousseau (kyb, samplers), Tom gareil (vb), Mathieu Metzger (as,ss), Hugues Mayot (t, bs), Yann lecollaire (cl, fl), Pascal gachet (tp, fchn), Jean Lucas (tb)

 

D’emblée et dès le premier titre, on entre dans un autre monde. C’est un peu comme si l’on venait de tirer un rideau pour se laisser emmener dans un monde instable, un monde surprenant, inquiétant, angoissant aussi à l’image de toute avancée en terrain inconnu. Il suffit alors de se laisser porter par son imaginaire comme cette musique nous y invite si bien dans un foisonnement musical qui n’est pas sans nous rappeler Franck Zappa en partie, King Crimson (si l’on ose) et bien sûr à Tim Berne puisqu’il y est ici question du chaos organisé, systématisé en théorie brutale et brillante. Mais les sources sont multiples et infinies. La jungle de Marc Ducret est sauvage et urbaine et dans Tapage par exemple, on pourrait imaginer quelques rapprochements non moins osés avec la jungle Ellingtonienne ici revisitée dans une mégapole moderne. Terriblement bien construite la musique de Ducret est fourmillante et kaléidoscopique. Protéiforme. Jamais ne suit la ligne droite, mais se perd au contraire dans les méandres, tourne doucement ou brutalement, consomme l’art de la rupture sans modération. C’est à la fois fort et parfois violent, bouscule l’auditeur à qui elle parle autant à l’imaginaire qu’aux tripes. Le No Man’s land de Ducret est interlope. Il éveille la curiosité des sens, oblige à l’attention, provoque la surprise et l’attente (Aquatique). Par son art de la rupture, du revirement et son écriture toujours fluide et puissant, Marc Ducret parvient à nous captiver de bout en bout de cet album de plus d’une heure.  Jusqu’à s’offrir un dernier titre de 26mn intitulé «  Nouvelles nouvelles du front » en référence à l’album enregistré en 2004 ( News from the front paru sur le label Winter and Winter)

Dans cet album Marc, Ducret n’est pas Marc Ducret tout en restant conforme à son esthétique musicale. Entendons par là que Marc Ducret est moins dans le jeu, dans l’expression de la guitare torturée que dans la conjonction des énergies, point de passage obligé des musiciens qu’il convoque. Marc Ducret en grand orchestrateur partageant l’espace et ne l’envahissant jamais. Il y a du collectif dans cette musique enregistrée en novembre 2007 au Delirium à Avignon, haut lieu baroque et décalé des arts vivants dans la cité des Papes, siège idéal de cette musique aussi riche que foisonnante. Et c’est là que Marc Ducret a réuni une troupe de jeunes musiciens qui viennent épauler la garde fidèle constituée par cette rythmique exceptionnelle Chevillon/ Echampard  (une sorte d’ONJ dont on aurait pu rêver si cela avait présenté un intérêt pour le guitariste).

Avec un remarquable sens du groupe chacun y apporte sa pierre essentielle qu’il s’agisse des grains de folie d’Antonin Rayon aux claviers (entendu aussi avec Alexandra Grimal) pointilliste déjanté ou de Mathieu Metzger ( saxophoniste en vue dans le dernier album de Sclavis) qui apporte le tranchant de la lame affûtée et sauvage ou encore Yann Lecollaire auteur d’un chorus inspiré à la clarinette. Mais c’est en réalité chaque musicien qui contribue à cet écheveau et prend sa place essentielle dans cette construction formidablement savante. On entre dans cette musique comme dans une sorte de labyrinthe dans lequel on se perdrait s’il ne nous montrait, avec brio la marche à suivre. Sauf qu’au lieu de chercher la sortie on aimerait s’y perdre encore longtemps. Jean-marc Gelin

 

 

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 09:42

Bee Jazz 2009

 

Il est parfois difficile de comprendre la démarche d’un musicien, d’autant plus lorsqu’il met son instrument au vestiaire (en l’occurrence la contrebasse, dont il joue fort bien) et qu’il se retrouve directeur artistique de l’Orchestre National de Jazz (ONJ). Je veux bien sûr parler de Daniel Yvinec, dont le premier projet avec l’ONJ : Broadway in Satin (une relecture des chansons interprétées par Billie Holiday), nous avait totalement désespéré lors de l’ouverture de Banlieues Bleues (comment peut-on traiter une chanson aussi dramatique que Strange Fruit à la manière d’une chansonnette divertissante de Broadway ?). On attendait donc au tournant ce projet autour des chansons de Robert Wyatt, en se disant que de toute façon, ça ne pouvait pas être pire que la catastrophe précédente. Si effectivement le disque dans son ensemble est écoutable, la prestation scénique du groupe lors du récent Festival Jazz à St Germain (le 23 mai dernier) était froide et mortifère (due en grande partie à l’interprétation des chansons sans la présence physique des chanteurs, en utilisant des voix samplées). Elle a été sauvée par Eric Truffaz (qui n’est pourtant pas la chaleur humaine incarnée), mais qui a joué le jeu du soliste de jazz, en se donnant à fond et en faisant le show (ce qui n’est pas vraiment le cas des autres membres du groupe). Le projet discographique, quant à lui, nous paraît tout de même intéressant, bien que sa démarche nous laisse souvent perplexe et l’on aurait mille questions à poser à Daniel Yvinec et Vincent Artaud (qui a assuré les arrangements) sur la plupart des choix artistiques qu’ils ont opérés. Tout d’abord l’idée première, plutôt saugrenue, qui consiste à partir des voix pour composer la musique et les arrangements. Chaque chanteur ou chanteuse invité a interprété sa chanson de Wyatt « a capella » et c’est à partir de ces samples que l’orchestre a travaillé la musique et les arrangements. Comme l’explique Yvinec : « Je voulais redonner à la voix son statut de personnage principal, partir du bijou pour concevoir l’écrin, en brodant autour des voix, des parures d’orchestre ». Ce postulat étant fixé, il restait à choisir les chansons de Wyatt ainsi que les chanteurs ou chanteuses pour les interpréter. En ce qui concerne le répertoire, on note l’absence de The Sea Song (morceau d’ouverture du chef d’œuvre Rock Bottom), car son interprétation avait été confiée à Alain Bashung, qui à l’article de la mort, n’a pas pu l’enregistrer. Yvinec a préféré se passer de ce titre-phare plutôt que de le confier à un autre (c’est justement sur ce morceau que Truffaz, en concert, nous a enflammé en improvisant sur sa ligne mélodique). Sinon on retrouve d’autres titres célèbres comme Alifib (lui aussi extrait de Rock Bottom), Shipbuilding (chanson qu’Elvis Costello a offert à Wyatt), O Caroline (période Matching Mole) ou Alliance (tiré de l’excellent Old Rottenhat). Notons que les autres titres sont moins connus et plutôt rares, en particulier les six chansons que Robert Wyatt chante lui-même et qui constituent à nos yeux (et surtout à nos oreilles !) l’intérêt principal de cet album. Wyatt n’avait pas de nouveau morceau à proposer à Yvinec pour ce projet. Il a choisi des titres qu’il n’a pas composé, pour la plupart, et qui ne figurent pas sur ses propres albums, mais qu’il a bel et bien chanté au cours de sa carrière, comme les excellents The Song, Kew Rhone et Gegenstang (tous trois présents dans l’album Songs de John Greaves et composés par la paire Greaves/Blegvald). Il propose aussi le très sensible Te Recuerdo Amanda du chanteur chilien Victor Jara (assassiné par Pinochet) et une nouvelle version de Vandalusia (composée pour Old Rottenhat). En ce qui concerne les autres chanteurs(euses) invité(e)s, les choix d’Yvinec sont toujours aussi discutables. Si l’on apprécie la présence chaleureuse et inattendue de Rokia Traoré sur un Alifib, qui nous surprend par son originalité, nous sommes consternés par Irène Jacob massacrant Del Mondo et Daniel Darc, qui se prend pour un crooner en chuchotant maladroitement la superbe mélodie de O Caroline. Yaël Naïm et Camille sont de bonnes chanteuses, mais leurs versions respectives de Shipbuilding et Alliance ne tiennent pas la route, car elles sont trop proches du registre de Wyatt avec l’émotion en moins. Des versions plates et sans grand relief, qui nous laissent de marbre. Car enfin qu’est-ce qui nous touche le plus dans la musique de Wyatt, si ce n’est SA BOULVERSANTE VOIX. Pourquoi Yvinec a voulu que l’émotion suscitée par la voix de Wyatt disparaisse complètement avec ce choix de chanteurs(euses) issus du monde de la chanson dite de variétés (n’ayant rien à voir avec le jazz ou la pop psychédélique anglaise d’où vient Wyatt). Enfin parlons maintenant de l’orchestration : si le travail de Vincent Artaud nous paraît cohérent aves sa propre démarche artistique, créant une masse sonore orchestrale électro-acoustique tout à fait intéressante et qui ressemble à ses projets solos. Le rôle de chaque soliste est très décevant pour un orchestre se réclamant du « jazz », les morceaux étant réduits à de courts formats de chansons et les musiciens se retrouvent prisonniers d’un processus où la musique n’est que broderie et parure. Afin de mettre en valeur les jeunes et brillants musiciens de l’orchestre, il aurait peut-être fallut proposer des versions instrumentales de ces chansons et de demander à chaque instrumentiste soliste de l’orchestre de s’approprier une mélodie de Wyatt en improvisant dessus (exactement comme l’a fait Eric Truffaz sur Sea Song lors du concert de Jazz à St Germain).

 

Lionel Eskenazi
 

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