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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:07

FURIO DI CASTRI : « Zapping » 

Egea 2008



Zapping est un album terriblement attrayant dès la pochette qui souligne le propos du titre, véritable montage kaléidoscopique, « cut and paste operation » qui annonce la démarche musicale de l’ensemble. Voilà un album conceptuel (cher à la notion de « conceptual continuity » de Zappa) qui réunit un très joli sextet  européen (Furio Di Castri, Nguyen Lê, Joël Allouche, Rita Marcotulli, Mauro Negri et Eric Vloeimans). Convoquée par le contrebassiste italien (partenaire de Paolo Fresu et Antonello Salis), la formation tente d’explorer les univers musicaux de deux personnalités hors norme, du monde de la musique  : Thelonius Monk et Frank Zappa.  C’était bien une idée un peu folle (mais réussie) que de vouloir ce rapprochement inattendu, improbable même, entre la maîtrise orchestrale, le goût du « nonsense » et de la provocation du génial moustachu, et la musique très solide  de ce grand ours bancal,  maître du piano, qui arrivait à récupérer une erreur, à transformer une hésitation en swing . Que peut on trouver de comparable entre les deux ?  En fait, le contrebassiste Furio di Castri, auteur de la plupart des compositions, amoureux de ces musiciens depuis l’adolescence, s’est demandé  ce qu’aurait fait Zappa, s’il avait eu à travailler avec Monk. Il précise dans de véritables « liner notes » auxquelles nous renvoyons tout amateur, la ligne directrice de cette création dont chaque titre est commenté avec une savante clarté.

Les titres sont trafiqués et déconstruits mais l’adaptation à cet univers étrangement cadré est rapide : Zapping démarre  en force sur le premier thème « James in the jazz bondage » que ponctuent, sur des samples des voix de Bush, Cheney et Giuliani, des "terrorism" scandés avec énergie. Le groove furieux en fin de morceau provient de remix de riffs classiques R& B sur des éclats rageurs de trompette. On retrouve un calme relatif avec le sautillant "Skippy" et "Coffee Break Da Mario"  qui  mettent en valeur les timbres et les phrasés d’ Eric Vloeimans (tp) et de Mauro Negri (as, cl).

Ce que l’on apprécie dans l’album est  de ne pas retrouver des arrangements  zappaïens, à l’exception des "Twenty Small Cigars" (écrits à l’origine par Zappa dans sa version de 1972 de King Kong ) qui  deviennent un aria délicat et triste à la clarinette.  Ce sont plutôt des fragments, clins d’œil, citations, allusions à Zappa comme à  Monk (« Evidence », « Skippy »,  « Trinkle ,Tinkle », « Hornin’in »).Les musiciens ont retroussé leurs manches et travaillé leurs partitions, connaissant les chausse-trappes des modèles comme dans  « Born in the USB » and  « the Monk page ».

Ce drôle d’hommage, bien plus intéressant que la plupart des « tribute » actuels,  n’essaie pas de revisiter certaines compositions, mais de créer une musique originale hybride (ce qui n’aurait certes pas déplu à Zappa).  La nostalgie sait faire retour cependant avec Nguyen Lè qui nous fait dresser l’oreille à la 7ème minute  de « Monk Page » dans  un solo que Zappa aurait pu jouer ( le Zappa guitariste jamais tellement cité, réécoutez donc Shut up and Play your guitar). Continuons cet aparté en avouant que l’on s’est longtemps demandé comment on pouvait être guitariste sans être absolument fou d’Hendrix et de Zappa ? Nguyen Lè est précieux car il réussit à merveille à s’aventurer dans les terres du rock, sans perdre le frissons du blues, à  se jouer des vertiges du free et à faire revivre les ambiances asiatiques ( « Than Hoa Bridge » and « Carolina Moon »).  

Ce travail sérieux animé par des instrumentistes virtuoses, souvent très inspirés fait  de ce ZAPPING une réussite. Voilà bien une relecture qui ne devrait pas faire débat !

Sophie Chambon

 

 

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 19:10

 Aphrodite records – 2008



Autodidacte, diplômé d’état, bête à concours (Tremplin Jazz de Vannes, d’Avignon), enseignant (Masterclass, Ecole Nationale de Noisiel), Sylvain del Campo vit de sa musique … pleinement. On connaît son nom, moins son œuvre et sa musique. Ce saxophoniste alto et flutiste est du même acabit que Kenny Garrett ou Vincent Herring, dont la proximité technique dans l’utilisation de l’instrument est stupéfiante. Énergique, technique, rentre-dedans, véloce, virtuose, perfectionniste et rigoureux sont les qualités qu’on trouve à Del Campo à l’écoute de « Eclipsis ». Autant de symboles par excellence qui caractérisent la personnalité de Del Campo, quand on se souvient que le gaillard a été cycliste de haut niveau, sa première passion. C’est assez logiquement que sa musique en soit le reflet. Avec deux premiers cds en quartet, Sylvain Del Campo signe ce troisième cd avec le quartet qui l’accompagne sur scène depuis 2004. On retrouve ici Sergio Cruz au piano, Juan Sébastien Jimenez à la contrebasse et Francis Arnaud à la batterie. Difficile de dire si cet album est l’album de LA maturité pour Del Campo, alors qu’on lui trouve un côté maîtrisé et réfléchi. En tout cas, maturité musicale dans l’intégration d’une certaine tradition mainstream mêlées à de nombreux aspects modernes.

La motricité puissante du groupe (entre autres « Alcalà de Hénares »), la collaboration exaltée du saxophoniste avec le batteur ou le pianiste, la rythmique sonore de Sergio Cruz - dont la main gauche redoutable rappelle irrésistiblement McCoy Tyner - et le raz-de-marée saxophonistique de Del Campo évoquent inévitablement le quartet de Coltrane. Mais Del Campo ne « fait » pas que du Coltrane. Il a sa musicalité à lui, des compositions véritablement personnelles et inspirées de sa vie, ses origines et son environnement. Del Campo s’exprime d’abord avec un lyrisme débridé et technique et manie des formes musicales complexes sur des structures enivrantes et connues. Il signe sa musique d’un jazz féroce en marge du formatage actuel.

Improvisateur verbeux, Del Campo offre peu de respiration à sa musique sur les morceaux à tempi up (« Epicentre », « Métamorphose ») : l’ambiance est parfois oppressante. Mais les amateurs ne la lui reprocheront pas car la collaboration sax et batterie est terrible !

En revanche, la qualité des compositions (« Place Jamàa El Fna » transporte tout droit à Marrakech), les ballades et les morceaux à tempi moyens aident à plonger dans l’imaginaire du quartet. On appréciera les répons entre le saxophoniste et son pianiste sur « Mister Leïth » et sur le très coltranien « Eclipsis », les variations mélodiques de « Nahoul » et l’entêtant et bien nommé « Métamorphose ».

Comme pour le cd de Stéphane Morilla, chroniqué par votre serviteur ici-même, le label Aphrodite accompagne le packaging – pas toujours de bon goût  - de ses productions d’une petite phrase commerciale sur la « back cover ». Elle fait même ici office de liners notes visibles de l’extérieur et, pour le coup, c’est bien là son intérêt. (A quoi bon les liners notes qui vantent les mérites de l’artiste puisque pour les lire, il faut déjà avoir acheté le cd ??) Et une fois n’est pas coutume, même si elle est peu accrocheuse, elle dit vrai : Del campo fait bien partie des meilleurs saxophonistes alto français.

Jérôme Gransac

 

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 19:12

MuSt Records - dist. DG Diffusion - 2008

 

Une fois le cd en main, on se pose la question: PLM? Ca veut dire quoi? Ca a un rapport avec le prétendu "triangle d'or" footballistique du même sigle? Heureusement, non.

PLM sont les initiales des noms des trois musiciens (Stefan Patry/Bertrand Lusignant/François Morin) qui participent à ce cd. "PLM" : un clin d'œil au trio "BFG" (Bex/Ferris/Goubert) à la configuration instrumentale identique.

La formule proposée ici, orgue/trombone/batterie, est plutôt rare dans le monde de la musique; le dernier en date était le trio BFG, donc, dont l'album "Here and Now" avait eu un écho formidable dans les chaumières jazz... La clin d'œil est sympathique et dénote un certain humour de la part des membres de PLM. Et on est évidemment tenté de faire la comparaison avec BFG puisque la perche est tendue, mais PLM prend le risque ... d'en souffrir. Les trois musiciens de BFG sont des personnalités fortes et emblématiques du jazz français et, dans "Here and Now", il ressortait comme une sorte de confrontation de talents, de foisonnement d’idées. Ici, pas de personnalité qui accapare le terrain musical ou celui de la création. Au contraire, tout le monde est à égalité; chacun des trois musiciens a même proposé une composition personnelle qui figure sur le cd.

Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Chez BFG, on se souvient d’Emmanuel Bex, plein d'imagination, contrecarré par un Ferris au répondant vif et pertinent alors que Goubert rentrait dans le jeu par moult finesses délicates. Pour PLM, il en est un peu autrement. Stefan Patry, instigateur du projet, est logiquement plus en avant que ses deux colistiers. Et c'est tant mieux car son jeu à l'orgue Hammond est empreint de justesse et de finesse et ce musicien doué a parfaitement intégré le langage bop, dispose d'une maîtrise totale de son instrument. Au trombone, Lusignant est convaincant et assez véloce. Morin, à la batterie, déplie un tapis rythmique impeccable qui permet à la paire trombone/orgue de foncer sur une autoroute "straight". Le trio est homogène, les instrumentistes sont très bons, jouent terrible et prennent leur pied. La communication et la motricité du trio sont bonnes, le jeu est profond avec ce qu'il faut de dramaturgie et une bonne musicalité ("Stolen Moments", "Question and Answer" ...). Enfin, comme le souligne dans les notes de pochette, un Jean Michel Proust plutôt emphatique, "Stolen Moments" bénéficie d'une prise de son remarquable. L’auditeur peut ainsi jouir véritablement des nuances de jeu des instruments.

Malgré la présence de ces nombreux points techniques, il manque un brin de quelque chose à "Stolen Moments". Comme de la créativité, de la gouaille ou une joie de vivre musicale. De plus, l'album est court et on regrette un peu qu'il n'y ait pas plus de compositions originales… et d’imagination personnelle : le morceau "Stolen Moments", par exemple, est très bien exécuté mais sans surprise. On anticipe même son déroulement à l’écoute.

On est certain que ce trio est capable de véritables prouesses mais, pour l’heure, elles restent à venir. Ce type de musiques, très vivantes parce qu'enregistrées dans les conditions du live, a l'intérêt de livrer le vrai talent des musiciens sans les « à-cotés » d'une post-production généreuse.

Malheureusement, on se demande si le côté "un peu sur sa faim" ressenti ne serait pas lié à une production un peu hâtive, sur le fil.

Jérôme Gransac

 

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:15

Blue Note 2008

 



 
Un album de la grande diva est toujours, quoique les blasés puissent en dire, quelque chose de très attendu sur la petite planète jazz. Pourtant, si le précédent album avait suscité un enthousiasme généralisé, la presse ici est, dans son ensemble bien plus réservée. Pensez, Cassandra Wilson chantant des chansons d’amour, c’est un peu comme si Coltrane jouait du New Orleans ou Chet Baker du la techno-jazz. Cela dit pourquoi ne pas se laisser tenter puisque après tout même la grande maîtresse du blues décalé experte en coiffures « chignonées » et en choucroutes décoloréeset-pas-maniérée-pour-un-sou a bien le droit de déclarer sa flamme et de se reposer un peu sur le terrain des grands standards.

D’accord mais il faut bien admettre que si cet album ne mérite pas plus de concert de louange que d’être voué aux gémonies c’est qu’il nous réserve à parts égales, autant de bonnes que de mauvaises surprises. Au chapitre de ce à quoi nous adhérons sans réserve il est à mettre à l’actif de Blue Note (une fois n’est pas coutume) d’avoir pris le risque d’associer sur ces thèmes langoureux la paire des trublions du « bandwagon » que sont le pianiste Jason Moran et le guitariste Marvin Sewell (ici formidable dans un rôle où l’essentiel de l’album tient entre ses doigts agiles). Et là, disons le tout net on adore lorsque ce duo associé à la chanteuse se permet sous les auspices complices de la dame, qui semble au passage prendre plaisir à s’encanailler un peu-beaucoup, de déstructurer et salir à souhait des thèmes pourtant bien balisés et que l’on redécouvre alors sous un jour nouveau. Écoutez par exemple cette magistrale interprétation et cet arrangement de Saint James Infirmary à classer dans les must de ce standard ou encore avec quelle aisance Cassandra et Marvin Sewell s’amusent sur une veux blues façon delta sur ce Dust my Broom . Totalement en emphase avec ses camarades, la chanteuse est alors capable de réinventer le bues, de le triturer à souhait et surtout de nous surprendre. Car c’est bien sur ce terrain là, celui du bues, que la chanteuse excelle à l’instar de ce Very Thought of you enregistré en duo (voix / Contrebasse) dans une prise de son non mixée où l’on entend la chanteuse s’éloigner et s’approcher du micro avec un démarche d’une sensualité torride.

Mais on est en revanche plus dubitatif lorsque Cassandra Wilson roule, bancale, sur les traces de Diana Krall (c’est un comble !) cherchant à interpréter quelques standards avec autant de hauteur bien froide dans l’interprétation que sa voix est chaleureuse. Son final sur l’interprétation de Sleepin Bee est un franc loupé qui frôle le ridicule dans le registre d’une chanteuse scatteuse qu’elle rechigne visiblement à être.

A prendre et à laisser donc dans cet album bien inégal qui sait pourtant, lorsqu’il s’en donne la peine nous entraîner avec une force irrestistible sur des terrains bien mouvants et poisseux. Car lorsqu’une chanteuse de jazz de la trempe de Madame Cassandra Wilson accepte de s’aventurer sur ces terrains là, ses propres terrains de jeux, ce sont toutes les racines d’un blues mal poli et à la fière arrogance qu’elle entraîne avec elle. Et nous avec.                            Jean-Marc Gelin

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:10

Egea – 2008



Musicien italien, Gabriele Mirabassi, frère du pianiste Giovanni Mirabassi, est un musicien actif aussi bien dans le milieu du jazz qu’en musique contemporaine (il est co-fondateur de l’Artisanat Furteux Ensemble). Après des études de musique au prestigieux Morlacchi Conservatory, il forme son premier quartet de jazz en 1989, rejoint Rabih Abou-Khalil puis joue avec Richard Galliano, Enrico Rava et Enrico Pieranunzi pour ne citer qu’eux. En 1996, il remporte le Top Jazz award des nouveaux talents. Excellent improvisateur, ce clarinettiste virtuose, à la renommée internationale, joue tout et avec tout le monde.

Dans « Canto di Ebano », Mirabassi est accompagné d’un quartet composé de musiciens italiens qui interprète sept des compositions du clarinettiste sur les dix morceaux joués. La section rythmique (Salvatore Maiore à la contrebasse et Alfred Kramer à la batterie) joue sans excès des tempos enlevés ou doux. Soliste et rythmique, le guitariste Peo Alfonsi, ici à la guitare acoustique, joue dans la retenue et apporte le côté joyeux qui manque à la teinte toujours un peu triste qu’évoque la clarinette.

Mirabassi rend ici hommage à son instrument, à l’ébène qui le constitue et « aux mains (des) artisans qui ont permis au bois ensorcelé de délivrer l’envoûtement de ses notes ».

A travers des pièces aux styles musicaux différents, Mirabassi parcours toute l’étendue des capacités de son instrument avec talent et naturel puisque l’oreille ne perçoit jamais la technicité de l’instrumentiste comme excessive ou assommante.

Mirabassi fricote avec les musiques arabo-andalouse et Kelzmer (« Chisciotte »), le jazz (« Struzzi Cadenti »), la samba et le choro (« Vé se gostas »), la valse (« Valsa Brasileira ») et les ballades. Fin, léger ou endiablé, Mirabassi pousse ses notes en bout de souffle avec aisance et met en exergue toute la brillance sonore de son instrument trop souvent cantonné dans la mémoire collective au jazz de Sydney Bechet. En dehors des modes actuelles et sans surprise,  l’hommage de Mirabassi à l’ébène sonore est réussi et se prête parfaitement aux oreilles qui aspirent à la beauté simple, devenue rare ces temps derniers.

Jérôme Gransac

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:48




Hugo LIPPI (g), Florent GAC (cb), Mourad BENHAMMOU (dm)

Découvert dans le quartet du trompettiste Fabien Mary, le guitariste Hugo Lippi sort son premier disque en leader Who cares, avec  le même batteur Mourad Benhammou et un autre complice Florent Gac à l’orgue Hammond.

Quel que soit le contexte dans lequel ce musicien évolue, quelque chose dans son jeu, son phrasé, le son qu’il tire de sa guitare, fait dresser l’oreille, alors qu’il ne joue jamais au guitar hero avec une efficacité démonstrative. C’est au contraire  un trio bien assorti avec une rythmique qui brosse des fonds délicats sur lesquels brode avec aisance le guitariste, avec une générosité dans le partage et la répartition du jeu. La musique avec ce trio respire. De la virtuosité Hugo Lippi n’en manque pas pourtant, écoutez le dans « Limehouse blues », un air qu’affectionne particulièrement Woody Allen dans ses films, de l’imagination, il en a également dans sa façon de reprendre et de détourner des standards. Une seule composition, la dernière, est de sa plume « New Year ». S’il ne s’autorise que quelques minutes en solo sur l’avant dernier titre « Just like a butterfly that caught in the rain », c’est peut-être là qu’il faut aller directement, ou retourner, pour mieux comprendre ce qui fait le charme persistant de ce musicien : une sonorité tendre et cristalline même sur les tempos les plus vifs, un jeu d’une grande fluidité, une énonciation qui paraît simple. En plasticien des sons, il se fond dans la matière musicale, sculptant ses effets, toujours l’écoute de ses camarades, dans un stimulant échange : le dialogue s’engage merveilleusement entre la guitare et l’orgue.

 Délicat, lumineux, Hugo Lippi égrène les notes avec une fantaisie  légère, les transformant au gré de son incroyable capacité à improviser. Avec une décontraction sérieuse, imprévisible dans ses détours, il se joue de la mélodie, sachant toujours la retrouver avec finesse, démontrant ainsi un réel talent de construction.

On se laisse bien volontiers conduire par ce trio quand un tel désir de musique l’entraîne de toute évidence.

Un album plus que prometteur. A suivre attentivement.

Sophie Chambon

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:45



High Note 2008

Eric Alexander (ts), David Hazeltine (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm)

   Cet été, alors que nous avions la chance de rencontrer une légende vivante du jazz, Hank Jones celui-ci nous confia à un moment de l’interview qu’il nous conseillait d’aller regarder du côté d’un saxophoniste ténor, Eric Alexander qu’il considérait comme l’un des plus grands de la génération actuelle. C’était juste après avoir joué en duo avec Joe Lovano….  Quand cette confidence émane d’un homme qui incarne l’histoire du jazz, qui a quasiment tout entendu et tout vu depuis 50 ans, forcément on se magne le popotin pour aller écouter le petit génie que, il faut l’avouer nous ne connaissions pas du tout avant. Et comme le jeune Alexander venait justement de sortir un double album (CD + DVD) il eut été franchement ballot de ne pas en faire profiter les copains. Car, force est de constater dès lors que l’on met le cd dans sa platine que le gars qui joue là, sait bigrement bien souffler dans son biniou. Papa Jones, pour sûr qu’il s’y connaît, ne nous a pas baratiné. Car Eric Alexander a tout du grand saxophoniste : le son des grands, le lyrisme, le phrasé, l’inventivité !! Mazette. ! On a l’impression d’entendre toute une école du saxophone. A certains moments j’entend le Coltrane de Blue Train  et à d’autres moments Dexter Gordon, logique filiation, mais aussi et beaucoup Joe Henderson. Et ce n’est pas tout car le garçon s’y connaît dans la maîtrise des tournures harmoniques et des changements d’accord à vous rendre dingue le pus génial des pianistes. Si ce gars là était sorti dans les années 60, je ne vous raconte pas le carton qu’il aurait fait …. En 1991 il se plaçait deuxième au concours de sax Thelonious Monk, juste derrière…. Joshua Redman. C’est dire ! Mais alors que le fils de Dewey a fait évoluer sa musique et s’est entouré de partenaires de choix, Eric Alexander reste un peu coincé dans une musique déjà si souvent entendue et qui surtout le surexpose devant une rythmique de second ordre qui ne le pousse jamais vraiment au train. Que sa musique évolue un peu et qu’il s’entoure des meilleurs et je peux vous affirmer que Eric Alexander pourrait en mettre beaucoup par terre. Et puisque je tiens cette confidence de Hank Jones, permettez moi de vous la transmettre à mon tour, Eric Alexander est un très grand saxophoniste à découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin

 

 

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:12

JJJJJacques Schwarz-Bart : « ABYSS »
Universal Jazz 2008


 Le fils d'écrivains célèbres a-t-il choisi un art sans paroles, la musique, pour éviter le risque d'entrer en concurrence avec ses parents? Est-ce bien l'écoute de John Coltrane, comme il l'avance, qui lui a fait abandonner le confort d'une carrière toute tracée dans l'administration? Le stade de dénuement et de solitude à New-York traversé à la suite de cette décision l'a-t-il confronté à ses propres profondeurs? Beaucoup d'interrogations trouvent sans doute réponses dans le style volcanique de "Brother Jacques", devenu en quelques années la coqueluche des clubs de Manhattan. Le saxophone ténor crache la lave dans le second CD "ABYSS", une immersion bienfaisante dans son bouillonnement intime. Coltrane apparaît dans chaque jaillissement, Dexter Gordon dans le phrasé, et dans les charges émotionnelles répétées, fait irruption (volcanique) le GWO-KA antillais. Bouleversé cette année par la mort de son père, le Guadeloupéen tire encore davantage les tiges de ses racines et ses cris strient le ciel rouge de ses volutes. Il adresse à son père une prière des morts, un kaddish poignant,dans la tradition juive, tandis que le Gwo-Ka bat le tocsin de ses lancinantes invocations. Des
étincelles aveuglantes enveloppent le bûcher funéraire. Deux morceaux sont consacrés à ses parents, "André", et "Simone". L'auteur débute cette dernière pièce en lisant un poème en créole et enregistre un contre-chant. Pour que la musique reste en suspension, pas de batterie dans le disque. En revanche, le battement des percussions d'Olivier Juste et de  Sonny Troupé
règlent les airs à l'heure du coeur. Deux basses aussi vrombissent. Celle de Reggie Workman, avec qui il a joué chez Roy Hargrove. Celle de l'Antillais Thierry Fanfan, sur trois morceaux. En maître de cérémonie, Guy Conquet, le maître incontesté, scande de sa voix hallucinée le jeu incessant de va-et-vient typiques du Gwo-Ka; sur "An Ba Mongo La", on chavire.
Schwarz-Bart entre en osmose avec ses parents au point que son style au ténor rejoigne le leur dans l'écriture : posé et flamboyant comme celui de sa mère. Spatial et rigoureux comme celui de son père. John Scofield apparaît sur le morceau "Abyss". Sa guitare éparpille les cendres dans l'espace devenu sacré.

Bruno Pfeiffer

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:55

 DAVE DOUGAS & KEYSTONE : « Moonshine »

Greenleaf 2008

Dave Douglas (tp), Marcus Strickland (ts), Adam Benjamin (fender), Brad Jones, Gene Lake (dm), DJ Olive (tntbles)

  Le cinéma de Buster Keaton est une source d’inspiration  inépuisable pour bon nombre d’improvisateurs en général et de jazzmen en particuliers. On a tous en tête les ciné concerts de Bruno Regnier qui avec son Xtet donne vie à quelques chefs d’œuvre du cinéma de Keaton (Steamboat, Sherlock Holmes notamment). Bill Frisell aussi a trouvé chez le maître du cinéma muet matière à créer une œuvre mémorable et plus loin il est même jusqu’au plus Ellingtoniens des jazzmen français, Claude Bolling à s’être inspiré du cinéma de Buster Keaton ( Steamboat).

Ici à l’occasion d’un travail présenté par Dave Douglas et Keystone en mai 2007 au Mermaids Arts Center lors du Bray Jazz festival en Irlande, c’est Dave Douglas qui s’empare de Moonshine ( « La mission de Fatty ») , un fragment d’oeuvre inachevé de Buster Keaton et Roscoe Arbucke créée en mai 1918. C’est alors une approche totalement différente que nous offre le trompettiste. Une autre poésie mariant avec un groove omniprésent les harmonies et les couleurs étranges. On pense parfois au quintet électrique de Miles, celui de Bitches Brew notamment même si dans le fond le jeu de Douglas et son inspiration lui sont propres. Ici l’electro est toujours intelligemment utilisée et le fender de Adam Benjamin y assure un le liant par lequel se crée toute la trame sonore. Douglas ne s’inspire pas des images, ne vise pas l’expressivité mais s’empare juste de la poésie de Keaton. Une poésie un peu fantomatique à l’instar du visage angélique de l’acteur et de sa démarche qui semble planer au dessus du sol et dévaler l’espace tel un trublion survolté. Alors derrière la trompette nerveuse et tendre à la fois de Douglas ou les envolées superbes de Marcus Strickland (ici étincelant), apparaissent parfois des voix fantomatiques toujours furtives et comme révélatrices de ce monde de fiction derrière ces images en noir et blanc. Un mode totalement irréel se dévoile à nous. C’est la dimension surréaliste de Keaton qui nous est révélée par Dave Douglas. Car derrière l’énergie du geste il y a cette poésie inexplicable, presque en lévitation que rend parfaitement cette formation de rêve. Avec un rare talent Dave Douglas parvient à marier les deux et nous fait pénétrer dans son univers onirique grisant et fascinant. !                       Jean-Marc Gelin

 Voir un extrait du fil : http://www.greenleafmusic.com/store/productdetail.php?p=25

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:51

Elabeth




Voilà avec cet album du trompettiste Fabien Mary en octet, formidable extension de son quartet, l’occasion d’exprimer (avec retard) l’un de nos coups de cœur de cette saison et assurément  notre plus belle découverte.

 Voilà une formation difficile à assumer aujourd’hui en club ou en festival mais le jeune trompettiste s’est payé le luxe d’écrire pour un ensemble plus étoffé, avec des solistes de talent comme  Pierrick Pedron à l’alto,  David Sauzay au ténor, Thomas Savy à la clarinette basse et au baryton, Jerry Edwards au trombone.

Ecrivant dans l’esprit des arrangeurs des années 55- 65 qu’il admire profondément comme Gigi Gryce ou Jimmy Heath, la musique de Mary fait resurgir ce que l’on n’attendait  (et n’entendait) plus . Le trompettiste écrit en référence à une époque révolue, sur le versant du hard bop, et du jazz West coast : au plus près de sa source, Fabien Mary aime  Kenny Dorham et nous donne envie de réécouter le trompettiste de Blue Note, pour lequel nous avons aussi un faible. Mais il n’y a pas que Dorham que Mary maîtrise sur le bout des doigts : il connaît aussi le formidable Conte Candoli et le plus qu’estimable  Jack Sheldon (il nous revient en effet des parfums du Giuffre des sessions des « Four brothers »).

Plus qu’un travail d’hommage, un énième nouveau ‘tribute’, ses arrangements traduisent un véritable amour, une connaissance précise de cette musique. Entouré d’une rythmique impeccable (Mourad Benhammou et Fabien Marcoz),  une place généreuse  est faite au guitariste Hugo Lippi,  le compagnon absolument indispensable, aux interventions lumineuses. Quant aux soufflants, ils donnent à l’ensemble une  belle carrure, entre soli musclés et unissons complices, avec un réjouissant swing basien.

Fabien Mary, jamais dans la brillance aiguë et la seule virtuosité, entre discrètement sur certains thèmes,  avec une sonorité légèrement voilée. Il prend un envol  d’autant plus surprenant  dans  «  From this moment on » de Cole Porter,  ou certaines de ses  compositions  très enlevées, « Hide and seek », ou « B.G » :  de longues  phrases  que l’on écouterait presque pour le seul plaisir de se perdre dans les détours de ce discours parfaitement articulé.

Sans s’occuper des modes, à contre courant même, cette formation sérieuse et sensible suit un chemin bien solitaire aujourd’hui, plutôt courageux. En tous les cas, la leçon a été vue,  apprise et reprise, et  prolongée.

Nous aimons  décidément beaucoup cet album,  avec le cœur et la raison.

Sophie Chambon

 

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