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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 06:49

Volcanic records 2007


Tchangodei.jpg

 

Franchement on y croirait. A entendre Tchangodeï, on pourrait effectivement croire à un genre de bluesman venu direct du Delta dans la pure tradition du blues bien gras, celui qui vous colle aux basques. Une voix rocailleuse, un brin facétieuse. Une voix fatiguée de celui qui a trop fumé (on ne sait pas trop de quoi d’ailleurs), de celui qui a peut être trop bu aussi et beaucoup bourlingué. Traîné ses guêtres au bar des comptoirs dans les clubs de jazz à la nuit tombée.

Il faut dire que Tchangodeï n’est pas un inconnu dans le milieu du jazz. Songez que la garçon a tout de même tenu le clavier aux cotés Steve Lacy, Archie Shepp, Georges Lewis, Mal Waldron, Sunny Murray, Sonny Simmons, Louis Sclavis … Avouez que l’on aurait pu trouver pire comme référence….

Tchangodeï surprend à plus d’un titre. D’abord par ce qu’il allie le piano stride et boogie avec le blues chanté le plus caverneux. Un blues qui flirterait avec Waller, avec Earl Hines et Jerry Roll Morton. Mais Tchangodeï ne s’arrête pas là et évite les clichés pianistiques de manière étonnante. Il n’est que d’entendre un titre comme Electronic Blues spiritual pour se rendre compte que Tchangodeï entend bien moderniser le genre dans une forme assez inédite et bigrement séduisante. Une sorte de piano bastringue accompagne sa voix avec une rythmique en overdub. Mais Tchangodeï surprend aussi avec une voix paradoxalement très blanche qui évoque plus Jacques Higelin ou Tom Waits que James Blood Ulmer. Du coup il se joue des contrastes. Son côté activiste au piano, stride et nerveux vient en contrepoint d’une voix quelque peu « lazy », au chant traînant, dans une sorte de lascive posture. Contraste gagnant !

Tchangodeï joue des standards (Darn that dream), les chante aussi (très beau Memories of you), compose lui-même et écrit parfois les paroles. Son Europe promise derrière un magnétisme envoûtant sonne comme une cruelle et sombre mise en garde à tous les prétendants à l’exil. C’est simplement que Tchangodeï dit la même chose que les vieux bluesmen du Delta. Il dit une forme de désespoir traînant, brut, Terriblement brut. Son piano le rend optimiste et incroyablement vivant.                     Jean-Marc Gelin

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 07:43

Yvinec.jpg
Bee Jazz 2007



Daniel Yvinec, on le sait adore jouer les grands standards américain. Il en fait habituellement un champ de partage très intime, un terrain propice à l’échange feutré et tout en nuance pour ceux avec qui il joue. On se souvient de son travail avec Guillaume de Chassy en duo sur Wonderful World où ils démontraient alors l’universalité de ce patrimoine commun. Ces thèmes que chacun a dans la tête et dont Daniel Yvinec n’a de cesse de magnifier le chant.

Il faut dire que le futur Directeur Artistique de l’ONJ, collectionneur compulsif de tout se qui se grave en matière de jazz possède une connaissance quasi encyclopédique de cette musique là.

Dans « The Lost Crooners », Yvinec se joue des formats et passe du duo, au trio ou au quartet avec la mise en évidence des contre chant et des complémentarités. Toujours avec le même souci de la mise en valeur de la mélodie sur le terrain de l’improvisation. Car elle est toujours au centre, qu’il s’agisse bien sûr des solistes remarquables ( Nelson Veras, Benoît Delbecq ou Méderic Collignon) ou de l’association de Yvinec et de Stéphane Galland  qui, à la batterie ne se contente pas d’assurer un drive exceptionnel mais assure même un contre chant mélodique comme dans ce Once in a while en trio avec le guitariste où chaque personnalité impose son évidence sans jamais nuire à la mise en lumière de ces thèmes magnifiques. Magnifiés ! Quelques moments forts émergent comme ce I Fall in love too easily, très bref où par la richesse de son jeu, Nelson Veras ouvres des voies harmoniques à la fois loin et toujours si près du thème. Idem avec Benoît Delbecq qui sur ce sublime Smile  donne une vraie leçon de détours et contours harmoniques, capable de nous perdre, de se perdre lui-même, crooner perdu mais jamais égaré tout à fait. Méderic Collignon transperce ou plutôt traverse cet album tel un rêveur déambulant avec langueur dans ce chant aux espaces bien délimités par une rythmique pourtant très libre. Ce côté languide ne nous quitte pas. Nelson Veras vient conclure l’album par un merveilleux Goodbye. Le guitariste ne joue pas à l’économie mais joue comme si chaque note, chacune d’entre elles, chacune de celles qu’il joue à cet instant précis, chacune de ces notes prenait une signification essentielle. Rien n’est vraiment dit. Tout est suggéré et donc tout est dit. L’album est censé se terminer à cet instant mais la rêverie se poursuivait. La session était terminée mais Yvinec s’était mis au piano, en régie on laissa tourner la bande. Méderic improvisa sur I’ll be seeing you. Il était encore question de cette belle intimité partagée entre les musiciens, de ce moment de grâce volé. Les crooners perdus dans leur rêve, rêvaient encore. Et nous, nous emportons un bout de ce rêve longtemps après la longue dernière note, perdue……. Jean-Marc Gelin

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 07:38

 Golden Beams 2007


ripple.jpg


Le légendaire batteur Jack De Johnette poursuit sous le label qu’il a créé il y a deux ans (Golden Beams), sa quête  musicale d’une musique transfrontalière aux confins du jazz de l’Electro et du World Beat. On se souvient combien la presse avait été unanimement impressionnée il y a un an après l’album qu’il avait réalisé en duo avec le joueur de Kora, Foday Musa Suso ( Music From the heart of the masters). Sa démarche était déjà celle d’une rencontre aux confins du jazz et de l’Afrique avec pour point commun le beat et la pulsation rythmique à laquelle s’accorde si bien la Kora.

La démarche qu’il entreprend aujourd’hui va un peu au-delà même si une grande partie de ce qu’il joue ici est tiré de ces sessions. On y retrouve quelques titres comme Wordlwide funk, Rose garden, Ancient techno. Mais, est c’est là l’intérêt, De Johnette ne cherche pas à dupliquer mais à dépasser le propos et à s’inscrire au-delà. En mariant à partir de tourneries par définition répétitives, les effets électroniques, les overdub et les filets de voix, il abolit un grand nombre de frontières pas seulement musicales  mais aussi culturelles et générationnelles. Le saxophoniste John Surman vient apporter sur deux titres une voix à la fois contrastée et fusionnelle. Il faut en rendre hommage en grande partie à son fils, Ben Surman qui réalise aux manettes un travail énorme de remix laissant ressortir les variétés des instruments et l’homogénéité du son.

On est alors entraîné dans une sorte de danse (transe) aussi ancestrale que moderne qui par ses tourneries incessantes offre un terrain sur lequel peuvent s’exercer alternativement ou simultanément les improvisations instrumentales, vocales ou rythmiques. La fond des compositions qui peuvent apparaître parfois comme un peu répétitives, est moins important que cette forme nouvelle dans laquelle on pourrait tout aussi bien s’imaginer que s’exprime un Bugge Wesseltoft ou un Daher Youssef.

Ce terrain de grande liberté qui se déploie sous l’assise de la pulse ouvre toutes les portes imaginables et c’est bien cela qui rend l’aventure passionnante. Jack De Johnette passe aux claviers et même à la voix sur deux titres. Avec les interventions de John Surman, ces incursions apportent chaque fois un prisme différent qui relance l’intérêt de l’écoute. Sans quoi la forme tournerait en rond. Certains regretteront peut être que les solistes se fondent dans la musicalité d’ensemble mais puisqu’il s’agit d’un véritable creuset musical il ne pouvait en être autrement.

Le résultat est alors captivant et réinvente avec beaucoup d’intelligence musicale le concept de « fusion ». Il est souvent une invitation irrésistible à la danse. Mais il est surtout et avant tout  l’expression d’un langage universel.                                                                                                   Jean-Marc Gelin

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 07:34

Yolk 2007

therain.jpg

 L’aventure solo, offrant une grande part de liberté, n’est jamais évidente pour un musicien. Pour un guitariste, elle l’est encore moins, tant l’instrument est déchiré entre deux rôles : celui d’accompagnateur et celui de soliste. Par-delà ses recherches sur le contrepoint et la superposition de voix simultanées, Alexis Thérain relève ce pari un peu fou d’enregistrer sans « re-recording ». Cet album intitulé « Temps Mosaïque », paru sur le label Yolk Records, offre un sentiment d’équilibre sonore à l’auditeur, distinguant malgré tout difficilement les parties écrites des parties improvisées. L’absence de préméditation ne s’oppose pas forcément à la construction. Au lieu d’évoquer l’improvisation, il faudrait peut-être parler de création spontanée. L’auditeur peut y reconnaître une certaine influence avec des guitaristes comme Ralph Towner, ou bien encore Egberto Gismonti. Sur la recherche du son, ce projet d’album solo est un exemple de réussite. Tout d’abord à la guitare acoustique, cordes métalliques, Alexis Thérain donne sa vision personnelle du monde où il évolue au cours des 5 premières compositions. C’est ensuite avec la guitare électrique que les idées prennent une forme différente, avec ce regard particulier sur les bizarreries du son que peut offrir cet instrument, lorsqu’il est manié dans une optique novatrice, avec parfois l’utilisation d’effets simples comme « l’auto-wah » ou bien encore le « phaser ». Il n’y a jamais un seul instant de repos, cette Musique est résolument en mouvement, à jamais dansante, apparaissant toujours sous un jour nouveau, là où on l’attend le moins. Cela est certainement le nerf de l’improvisation, une surprise permanente destinée à l’étonnement perpétuel. Toujours au manche de sa guitare, parfois électrique, parfois acoustique, Alexis Thérain parie autant sur la fraîcheur de ses idées que sur sa capacité à les distiller tout au long de ce merveilleux disque. Il faut noter aussi un travail de fond, sur le mixage et le mastering, réalisés successivement par Norbert Lucarain et Gérard De Haro, deux grands spécialistes dans ce domaine. La Musique est embaumée de telle façon que toute la profondeur du son de l’instrument est transmise à l’écoute. On notera peut-être une certaine faiblesse dans la recherche d’une plus grande dynamique de l’instrument. Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler tout le travail accompli par un certain Sylvain Luc, sur un album intitulé « Ambre », paru en 2003 sur le label Dreyfus. Il est par contre indiscutable d’être conquis par une telle ingéniosité, au service de l’admirable virtuosité de ce guitariste. Un disque aux reflets mélancoliques parfois trompeurs lorsque reviennent aux galops les idées touffues et sautillantes. Un disque aux sonorités Folk et boisées, toujours en hommage à l’improvisation. Ne pas omettre d’écouter la dernière piste de cet album, « Limousine », qui associe acoustique et électrique par le biais de l’overdub, uniquement sur ce morceau, divinement accompli par un musicien de grand talent. Tristan Loriaut

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 07:30
paindestre.jpg

www.jazzseb.com

 




Parcours est le nom de cet album et l’on n’aurait pas pu trouver meilleur titre tant c’est bien de cela dont il s’agit. Le parcours, c’est tout d’abord celui de Sébastien Paindestre lui même dont nous avions chroniqué il y a deux ans son premier album. Nous étions alors bien réservés sur ce qui nous avait paru comme un hommage à Bill Evans dans laquelle on ne voyait pas réellement poindre sa personnalité. C’est tout autre chose ici et s’il y a un parcours qui se révèle de manière éclatante c’est bien celui qu’il vient de franchir en acquerrant dans cette album une réelle maturité et une vraie profondeur personnelle. J’entend par maturité cette façon d’évoquer un univers plus personnel, de dire les choses de manières à la fois explicite mais sans urgence de les dire, des les suggérer autant que les exprimer franchement et le tout avec cette façon légère de caresser le swing. Sébastien Paindestre a grandi. Il ne cherche plus à faire « comme » mais à faire « avec ». Michel Petruciani disait que ce qui l’intéressait chez un musicien c’était moins la façon dont il jouait que ce qu’il savait du jazz.  Paindestre montre ici combien il fait sienne cette histoire du jazz de la seconde partie du XX° siècle qui s’étend de Herbie Hancock (référence explicite du jeune pianiste qui reprend en fin d’album le Tell me a bed time story) jusqu’à Brad Medhau qui, qu’on le veuille ou non s’impose comme une réelle référence. Alors non, Paindestre ne joue pas «  comme » mais aborde le piano sans complexe. Son parcours c’est celui de cet univers pianistique où il pioche ici et là quelques inspirations derrière lesquelles jamais ne s’efface pas sa personnalité, bien au contraire. Derrière, la rythmique repose en grande partie sur le drumming de Antoine Paganotti lui aussi totalement libéré dans cette entreprise. On n’atteint pas forcément à la quintessence du trio dont l’entente n’est pas absolument flagrante mais on a affaire néanmoins à un beau moment de jazz pur ménageant ses crescendos (un Bess you is my women now thème trop peu joué de Gershwin) et ses beaux moments d’improvisation sur les propres thèmes de Paindestre (comme ce beau Java de la luna déjà présent dans son précédent album, « Écoutez moi »). Car ce qu’il sait, Paindestre ne le dit pas uniquement en jouant mais en livrant des compositions très riches, des compostions qui laissent leur place au swing et racontent à leur manière une belle histoire du piano jazz.                                                                                                      Jean-Marc Gelin

 

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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 08:36
Nocturne 2007


MOUTIN.jpg
A la dernière note de leur morceau lors de la soirée organisée par la radio TSF le 17 décembre à  l'Olympia (chaque artiste, ou formation ayant marqué l'année jazz jouait), la salle pourtant déjà  très chaude a hurlé. Le quartet, en effet, et c'est peu de l'écrire, dégage une énergie d'éclatement atomique. On se dit que si le moindre spectateur s'était retrouvé assis au milieu d'eux, il aurait implosé quasi-instantanément, ratant ainsi la suite. Sur scène, ces gars-là  défient les lois de la chaleur. On comprend mieux que Nocturne ait décidé de joindre à  leur dernier CD, un DVD Live (au Skokie Théâtre de Chicago, en janvier 2007). Les morceaux (ceux de leur précédent CD) durent plus longtemps. Les cinq morceaux totalisent un minutage de 70 minutes environ. Autant s'en féliciter de suite : l'amateur en a pour son argent, car l'attention ne faiblit pas une seconde. L'on comprend que le groupe soit demandé à  ce point outre-Atlantique. Le morceau de bravoure des frangins (Bird's Medley) captive; Echoing (composé par François Moutin) déménage, et Take it easy emballe. La présence du live offre un autre intérêt et non des moindres : c'est d'observer l'évolution du répertoire. Prenons justement Take it easy.  Le morceau, part sur une ligne de batterie puissante. Rien de surprenant : il est composé par Louis Moutin. La contrebasse met immédiatement ses lignes en position, et, magie du virtuose, la musique se met à  danser. Le Live restitue ces interactions. D'un CD l'autre, la section rythmique la plus identifiable du monde occidental transmute son oeuvre. En effet, Kuki's dance, sur le nouveau CD, s'appuie sur les bases de Take it easy, et emmène le morceau plus loin. Avec l'idée harmonique de départ, la nouvelle composition introduit deux mélodies. Écoutez : c'est tout simplement magicien. De dansante, la pièce devient festive, et du Ballroom américain de départ, elle nous téléporte dans un village africain. L'émotion, nous enveloppe à  son tour sur Two Hits on the NJTP (chorus délicieusement bluesy de François !), ou avec les caresses de Blue Dream. Le reste est du même bois, celui dont on fait les fûts et les caisses. Les Moutin composent 7 des 8 morceaux du CD. Ils ne sont pas seulement un groupe qui évolue à  grande allure. Ils représentent également un répertoire en progression incessante.                          Bruno Pfeiffer

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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 08:34

Fresh Sound new talent 2007

 ROGER-MAS.jpg

 Cela fait déjà près d’une dizaine d’année que  Roger Mas, jeune joueur de Fender, écume les clubs de Barcelone. Au départ il s’agit d’une banale histoire de copains qui se sont rencontrés à l’Ecole Supérieure de musique de catalogne à Barcelone. Un trio de base auquel sont venus s’ajouter  le ténor Jon Robles, le guitariste  Jaume Llombart et le non moins ténor Enrique Oliver. Les thèmes sont tous signés Roger mas à l’exception d’un thème de Coltrane (Moment notice) et d’un autre de Jobim (God and devil in the land of the sun). Parce que leur culture n’est pas exactement la même, les musiciens évoluent alors entre deux styles opposés, d’un côté un jazz très ancré dans la tradition, axée sur un bop assez classique où la reprise de Coltrane sonne très bien  ainsi que sur un blues de J. Kern réarrangé par Roger Mas dans un genre très old style où le ténor cherche à sonner comme Lester. Ils abordent alors cette musique sans complexe et se jettent avec beaucoup de talent dans l’histoire du jazz qu’ils n’ont pas besoin de beaucoup dépoussiérer. Ils lui rendent vie. Lorsqu’ils s’attaquent au répertoire de Roger Mas, les jeunes musiciens semblent chercher à tout prix à se démarquer de l’esthétique post Rosenwinkel chère au manager du label tout en en conservant la patte, évidemment ; Du coup tout se passe comme s’ils n’allaient pas au bout de l’émancipation qui à l’évidence bouillonne sous leurs doigts. La musique est de qualité et les solistes sont remarquables. On retiendra le lyrisme très doux de Roger Mas qui évoque parfois Larry Golding (comme dans ce God and Devil). On aime aussi le jeu des ténors qui se livrent sans forcer à une joute  sympathique sur Mason ou encore les belles sinuosités tranchantes de Jon Robles lorsqu’il conclut l’album au soprano  (Millenium Park). La redondance du guitariste et du fender peut parfois donner une impression de ronde mollesse mais l’équilibre est néanmoins parfaitement trouvé avec les saxophonistes. Sympathique album en somme mais néanmoins un peu jeune ou prématuré pour sortir dans les bacs. Gageons pourtant que la notoriété de Roger Mas

Devrait rapidement franchir les pyrénées. Sa belle sensibilité devrait être légitimement reconnue.

Jean-Marc Gelin

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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 08:32

Discograph 2008

Mirabassi.jpgDernier opus en date du pianiste italien Giovanni Mirabassi, récompensé tour à tour par un django d’or ainsi qu’une victoire du Jazz, « Terra Furiosa » annonce un trio enflammé lorsqu’on découvre qui accompagne ce protagoniste. D’abord le contrebassiste romain encore trop méconnu Gianluca Renzi, auteur dans le passé de plusieurs arrangements autour des compositions de Charles Mingus et de Joe Henderson, faisant l’objet d’un merveilleux disque paru en 2005. Le troisième musicien de ce trio n’est autre que le fantastique percussionniste et coloriste américain Leon Parker, maintes et maintes fois reconnu pour son talent de sideman sur une multitude de disques, aussi bien sur cet album mythique réunissant Brad Meldhau, Mark Turner et Peter Bernstein, que sur les faces légendaires des disques du guitariste « extra-terrestre » Charlie Hunter. Les présentations faites, il ne nous reste plus qu’à plonger, nez bouché mais oreilles ouvertes, dans le monde méditatif de ce romantisme à l’italienne qui nous est offert. Dès les premières notes se révèle une poésie dont Giovanni Mirabassi use avec grâce et passion, au sein de chacune de ses compositions, de ses interprétations, de ses improvisations. Impossible de nier la filiation avec le grand Bill Evans, lorsque les voicings et les accords soigneusement choisis et distillés nous font penser à cette merveilleuse époque où Scott Lafaro et Paul Motian furent les premiers témoins de ce qui allait être LA référence. Impossible non plus de nier les grandes qualités de compositeur, réunissant sur cet album huit œuvres sous son nom, le pianiste offre une nouvelle fois un aperçu de ce qu’il a de plus profond dans le cœur. Parfois mélancolique, d’une tristesse légère et nostalgique, tout cela emballé dans un lyrisme à l’italienne, ici se révèle une nouvelle fois la rare capacité d’un pianiste à nous emporter sur son épaule, pour traverser ce grand désert de plénitude. Le soleil est là, la Musique rayonne à chaque mesure. Manquant peut être de fantaisie, ce trio avait besoin d’un batteur tenant son rôle dans la surprise. Il est bien évidemment impossible de passer à côté du dernier morceau du disque, « We Have The Blues Mr President », enregistré en Juin 2007, après cette période houleuse qu’était les élections. Une réponse ? Un appel ? Un clin d’œil, sûrement. Malheureusement, rien ne paraît bouleverser cette timidité dont on pourrait accuser notre pianiste. Un manque de prise de risque. Cet album est entièrement réalisé dans un cocon soigné et protégé de toute folies externes et incontrôlables. C’est ce qu’il manque peut-être à cet album, qui, du reste, est une référence poétiquement correcte. Ce trio commence une tournée en 2008 qui l’amènera jusqu’au Japon, invitant les fidèles mellow-men nippons à (re)découvrir cette Musique aux couleurs latines.                           Tristan Loriaut

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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:59

JJJJ Manuel Hermia : «  Rajazz »

Igloo 2007

rajazz.jpgPour son album « Rajazz », alliance du ragga et du jazz, le saxophoniste belge Manuel Hermia  célèbre ses inspirations sous couvert d'un jazz classique, vigoureux et subtil à la fois. Autour d'un coltranisme non clairement revendiqué mais réel, Manuel Hermia construit. Il construit sa musique  autour de structures musicales empruntés aux musiques traditionnelles d'Asie, allant de la Chine à l'Inde, sur les fondements du jazz modal fortement développé sous l'ère Coltrane.

Pour  autant il ne s'agit pas de tentatives de fusion plus ou moins adroites de sonorités traditionnelles avec du jazz. Non, l'assimilation des structures ragga et l'utilisation des gammes pentatoniques est entières dans la musique d’Hermia. Cette assimilation lui sert à enrichir un jazz modal sur les morceaux coltraniens et un jazz tonal, chronologiquement plus classique, qu'on rencontre chez Dolphy, Mingus et consorts. D'où le rajazz.

Tout ce travail est très réussi avec inspiration, cultures et intelligence artistique.

Cet album est muni d' « objets » hétérogènes qui vivent en osmose et qui sont liés par des vertigineuses montées en tension qui ne connaissent ni essoufflement ni verbiage. Enfin, à part une, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, ce qui confère à l’œuvre un côté authentique.

Le premier morceau « It's Just Me » est un rajazz très coltranien où Hermia nous démontre sa grande maitrise du soprano. « Internal Sigh » est toujours d'obédience coltranienne mais est plus personnel que le précédent. Curieusement « Rajazz #1 » a des sonorités hendersoniennes et se constitue de trois parties dont la première, plus libre que les deux autres, est véritablement un enchantement. Si « Contemplations » par McCoy Tyner est moins convaincant, « Awakening » et « Always Smiling » sont des réussites dans le travail d’Hermia dans un contexte hardbop. « Indian Suite », qui met clairement en exergue l'Inde et ses traditions musicales, et « Little Sonate for el Mundo » sont des pièces intérieures, graves et méditatives et rappellent Coltrane et Dolphy par l’utilisation de la flûte. Ces deux pièces lyriques sont probablement les deux pièces les plus abouties de l'opus.

Une fois n’est pas coutume, nous émettons une opinion d’auditeur affable.

De nouveau, nous avons à faire avec une musique dont John Coltrane est source d’inspirations. Ce type d'approche musicale est usuelle et ne surprend pas. On ne reproche pas à des musiciens d’honorer leurs inspirations et de leur rendre hommage. Non, il ne s’agit pas de cela.

Ce qui est dommageable, pour la musique et pour certains musiciens eux-mêmes, est que beaucoup d’entre eux créent leur musique autour de leurs influences en tentant de reproduire ce qui est, toutefois aujourd'hui, du passé.

Certes le résultat est le plus souvent de bon goût, quand les exécutants ont du talent, mais si peu novateur que l’œuvre en devient rapidement ennuyeuse. Il est courant que ces inspirations, nécessaires il faut le rappeler, étouffent la création de certains artistes et les empêchent de faire « leur » musique. Las d'entendre des beautés sans surprise, il serait temps que ces musiciens sachent, à l’instar d’Hermia, faire un travail d’assimilation puis d’intégration de leurs propres ressources afin qu’il serve leur musique.

Citons ces quelques mots de Jean Louis Chautemps dans le bel ouvrage de Franck Médioni («John Coltrane – 80 musiciens de jazz témoignent » chez Actes Sud): « ... il est on ne peut plus nécessaire et de toute urgence de sortir d'un tel coltranisme. L'avenir du jazz est à ce prix ».                                                                                                Jérôme Gransac

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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:56

JJJ TOM HARELL & DADO MORONI : «  humanity »

Abeat 2007

 
Harrell-Moroni.jpg

C’est souvent une histoire qui marche. Les pianistes aiment les trompettistes. A moins que ce ne soit le contraire, je ne sais pas trop. Ceux qui ont écouté la belle réédition des sessions de Chet Baker à Paris n’ont pas pu manquer de relever combien les associations du trompettiste avec Dick Twardzik ou Urtreger étaient capitales. Il n’y a pas si longtemps nous nous éblouissions de cette rencontre mutine entre Solal et Dave Douglas.

La rencontre dont il s’agit ici ne déroge pas au principe. Même si les deux hommes se connaissent et jouent ensemble depuis près de 20 ans tout se passe comme si le plaisir de jouer tous les deux  était parfaitement intact. Car lorsqu’un immense trompettiste de la dimension de Tom Harrell joue avec l’un des plus grands pianistes italiens actuel, la rencontre ne peut manquer d’émouvoir. Le trompettiste qui a plus de 60 ans n’a jamais autant marché sur les traces de Chet Baker en arrive en effet à une sorte de mimétisme troublant avec son maître. On retrouve dans son jeu les mêmes fêlures, les mêmes fragilités et le même sens innoui de l’improvisation où, quelque soit le détour utilisé c’est toujours la mélodie qui en ressort sublimée. On ne peut pas jurer que Tom Harrell n’a pas quelques vibratos, ni même qu’il souffle comme à 20 ans. Mais il y a dans son jeu une chaleur intacte, une grande proximité avec celui qui reçoit ce qu’il dit. Une façon de mettre de l’intimité dans son jeu qui s’apparente à une forme de tendresse.

La présence à ses côtés de Dado Moroni est lumineuse. Car ce dernier n’y est pas un simple accompagnateur. Il est une sorte de complément indispensable, de guide. Comme celui qui tient le bras de l’aveugle pour l’aider à traverser, Dado Moroni apporte un soutien avec une énergie qui est à la musique du trompettiste son souffle et son battement de cœur tout à la fois. Il y a quelque chose qui relève moins de la complicité que de la fraternité dans la façon qu’à le pianiste d’épauler son compagnon tout au long de cette très courte escapade au milieu de ces 6 standards. Et chez le pianiste cet amour partagé des standards qu’il lit avec une certaine gourmandise. Cette gourmandise de ces pianistes qui ne peuvent pas s’empêcher de dévorer du Art Tatum ou du Erroll Garner.

Le thème d’ouverture, The nearness of you est une sorte d’uppercut pour l’auditeur rapidement versé au bord de l’émotion. Saisissant ! Cette façon aussi qu’il y a chez les deux hommes de tourner autour du thème avec une certaine pudeur qui es empêcherait de s’emparer à bras le corps de la mélodie. Ainsi dans Poinciana où les notes du thème n’apparaissent réellement qu’à la fin sans que celui-ci n’en soit pour autant dévoyé.

C’est qu’il y a chez les deux hommes cette façon de se livrer avec beaucoup de décence et de retenue. De ne jamais s’appesantir lourdement mais de frôler, de caresser toujours le sujet qui n’est pris qu’avec une extrême délicatesse. Il en est ainsi par exemple dans les citations très discrètes du pianiste qui effleurent au détour d’une phrase.

Ce n’est pas grand-chose et cet album pourra tout aussi bien s’oublier aussi vite. Il en restera quelque chose comme une trace en erre. Comme le prolongement d’un dernier accord qui nous poursuit puis lentement s’efface dans un nuit de douce rêverie. Comme une étoile filante à l’éphémère beauté.                                                                                                                        Jean-Marc Gelin

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