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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 22:58

JJJJ HELENE BRESCHAND: « Le goût du sel »

 D’autres Cordes 2006

 Avec cet album de harpe solo d’Hélène Breschand, on est très loin du romantisme habituel de l’instrument. Ici c’est la face tranchante et âpre de la harpe qui est explorée avec  une large palette sonore. La harpiste se livre éperdument dans un corps à corde fusionnel avec son instrument, une relation très intime, extrêmement personnelle et intense. Elle râpe, cogne, pince, gratte, frotte, racle, effleure, les cordes de sa harpe acoustique ou électrique. Son instrument vibre, résonne et respire merveilleusement. Il est multiforme et sous ses doigts tout semble possible : clavier, orgue, guitare électrique, percussions, harpe africaine, arbre de pluie ou sanza, l’instrument des griots africains. Hélène Breschand s’intéresse à la matière sonore, qu’elle utilise comme de la glaise. Des sons triturés, saturés, amplifiés, déformés, métalliques, profonds, électriques, grinçants,  qui créent un univers fantomatique, violent, intemporel. A l’image de cette usine-cathédrale désaffectée que l’on croit distinguer sur la pochette de l’album, sublime et abandonnée. Mais il y a aussi de la chair et du sang dans la musique de Breschand. « De chair, de sueur et de sang, la vie palpite et s’agite, comme des cristaux de sel croquant sous la langue… ». De la chair sensuelle comme celle de Salomé, cette princesse juive qui d’après l’Evangile danse devant son oncle Hérodote Antipas, pour obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste ; de la chair passionnée comme celle de Penthésilée (Le festin de Penthésilée), reine des Amazones, amoureuse des guerres cruelles et tueuse sans le vouloir de sa sœur Hippolyté, qui sera tuée par Achille pendant la guerre de Troie. Celui-ci tombera amoureux de sa victime après lui avoir ôté la vie et son armure. Toujours la violence. Même les mots chuchotés sont cinglants et sans concession (L’enfant gâtée). Hélène Breschand est une conteuse inventive et virtuose. Elle nous guide dans cet univers onirique.  Tous nos sens sont en éveil. Cet album est une superbe découverte.

 Régine Coqueran

 

 

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1 août 2006 2 01 /08 /août /2006 23:13

JJJJ CHARLES LLOYD : « Sangam »

 

 

 

 

Label Bleu 2006

Charles Lloyd (ts, as, fl, tarogato, p), Zakir Hussain (tabla, perc, voice), Eric Harland (dm, perc, p)

Cet album a été enregistré en live à l’occasion d’un concert donné par Charles LLoyd en mai 2004 en hommage à Billy Higgins. Le saxophoniste qui avait rencontré le jeune batteur Eric Harland en 2001 avait été totalement séduit par son jeu et avait décidé de l’intégrer à son groupe de l’époque. C’est peu de temps après cette rencontre que Charles Lloyd rencontra aussi le tablaïste indien virtuose, Zakir Hussain, l’homme capable de faire chanter son instrument en y mettant toute son inspiration à la frontière de la musique indienne et de ses racines arabes. Mais c’est là la première fois que les trois hommes se trouvèrent réunis. Et ce qui est acquis aujourd’hui, c’est qu’ils ont trouvé là une formule destinée à se pérenniser tant on conçoit à l’écoute de cet album qu’il s’est passé quelque chose ce soir là. Quelque chose de l’ordre de l’osmose.

 Pourtant il n’y a pas eu de répétitions avant ce concert. Pas même d’ordre des morceaux préétablis. Inutiles, car d’évidence les trois hommes partagent la même approche de la musique, la même écoute, la même compréhension. Une mystique quasiment religieuse très proche de la conception coltranienne. On ne sait pas trop si l’on est dans la danse rituelle ou la transe mystique. Parfois chant oriental (tales of rumi) parfois méditation psalmodiée comme lorsque Lloyd passe à la flûte. Magnifique moment où Charles Lloyd introduit le morceau au piano avant que ne s’envole le chant de zakir, telle la voix du muezzin dans Gunam, le seul morceau composé par le tablaïste.

Dans un trio où ne figurent aucun éléments harmoniques,  Zakir Hussain qui utilise les tablas et les percussions comme de véritables instruments mélodiques capable de déformer les sons et de faire chanter les peaux. Une sorte de compréhension quasi télépathique s’installe entre lui et Eric Harland chacun dédoublant l’autre dans une parfaite complémentarité. Ils forment alors un tapis volant rythmique et mélodique sur lequel s’installe Charles LLoyd au soprano comme au ténor ou au tarogato. Avec le lyrisme maîtrisé des vieux sages, Lloyd délivre de longues séances d’improvisation comme ce chef d’œuvre au ténor sur « Hymne to the Mother » qui figurait déjà dans un album de 1995. Au sommet de son art son soprano n’a jamais été aussi proche du discours coltranien comme sur ce titre éponyme qui atteint à la perfection post coltranienne.  Hommage explicite au maître.

 

 

 

 

 

 

Chaque morceau de l’album prend alors des airs de chefs d’œuvre. Nous emmène dans une sorte de voyage initiatique. Comme Coltrane jadis, Lloyd revient aux sources de la musique. Explore les modalités venues de l’Inde et des pays Arabes. Explore les ponts entre cette musique et le jazz. Atteint avec cette formation une plénitude de son art.

Jean Marc Gelin

 

 

 

Une formation faite pour la scène se fera largement entendre sur les scènes d’Europe. Elle sera au Paris jazz festival cet été

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:18

JJJJRené Urtreger : « Tentatives »

1Cd Jazz 2006 Minium /Discograph

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:10

JJJ HADOUK tRIO : « Utopies »

 

 

Naïve 2006

 

 

 

 

 

Qu’il résonne du son du hautbois arménien, du doudouk ou de tout un tas d’instruments « exotiques », Didier Malherbe et ses camarades polyintrumentistes nous invite en toute intimité dans leur univers au groove délicat. Un  groove susurré où les sonorités boisées de Malherbe s’allient au jeu de balais de Steve Shehan dont les frottements sur la caisse claire murmurent le swing. Curieusement si l’on peut parler de jazz-world à propos de cet album cela ne vient pas de l’usage d’instruments liés à d’autres cultures mais bien plus du métissage des compositions. Côté jazz, le swing charmant de « toupie valse » fait écho à un « suave corridor » ou « Clefs des brumes »  où Didier Malherbe montre une grande sensibilité dans un jeu qu’il parvient à détacher des clichés de l’instrument faisant entendre au hautbois de subtils glissandos. Avec un sens évident de la mélodie les trois hommes nous entraînent aussi dans d’autres univers, plus ethniques cette fois. Au gré des compositions liées à d’autres folklores, Hadouk trio installe un univers plus « Roots ». C’est à juste titre que les liners notes parlent de « tourneries nomades » faites de petites danses tropicales d’inspiration parfois shamaniques que l’on pourraient croire tirées de quelques forêts tropicales. Malgré un sens évident de la mélodie chantante, c'est lorsque les couleurs deviennent moins subtiles et le trait un peu forcé que le trio peine à convaincre. C'est notamment le cas lorsque Didier Malherbe s'empare de la flûte. La superbe inspiration subtile s'efface alors. "Baldamore" aux accents gaéliques prend des airs de fez noz ; " Idalie" peine à séduire et malgré l'introduction d'un steel pan sur "Centaura" on est en plein générique de TV du genre à  voir apparaître Mabrouk ( vous savez le chien de 50 millions d'amis !). Heureusement le trio s'égare peu sur ces chemins lourdauds. A la fin de l'album, sur les trois  derniers titres il invite le trompettiste John Hassel qui avec une sonorité profonde contribue à apporter dans cet univers world-jazz dont on ne connaît pas les frontières exactes, un surcroît d'inspiration. Et ajoute sa part de mystère à cet album au swing multicolore et enchanteur.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:04

JJJJ (J) BILL CARROTHERS / MARC COPLAND: « No choice »

 

 

 

 

Minium 2006

 

 

 

 

Bill Carrothers ( p, left side), Marc Copeland (right side)

 Au départ il s’agit d’une belle idée de Minium (anciennement Sketch) : proposer à une dizaine d’artistes qui avaient formé l’ancien label de travailler sur un répertoire de standards, de les revisiter et d’en faire une véritable projet. On y trouvera des personnalités aussi différentes que Utreger, Stéphane Oliva avec Susanne Abbuehl, Linda Sharrock, Jean Marc Folz, Claude Tchamitchian, Joey Baron ou Giovanni Mirabassi (qui, lui explorera le répertoire de la chanson française).Seul point commun de tous les albums à sortir entre mai et octobre 2006, le «  Lonely woman » de Ornette Coleman.

 Pour inaugurer cette série Philippe Ghielmetti a fait appel à deux pianistes qui se connaissent bien, Bill Carrothers et Marc Copeland qu’il a réuni deux jours au Studio la Buissonne. A l’exception d’un thème composé par les deux pianistes, sur les 9 autres titres les deux hommes jouent le jeu et explorent le répertoire. Deux versions de Lonely woman dont l’une ouvrent l’album et l’autre le clôt, un Take the A train, 2 versions de Blue in Green de Miles, un Masqualero de Wayne Shorter, Bemsha swing de Monk et hors du jazz, un thème de Neil Young.

 Si l’exercice des duos de piano est souvent l’occasion d’une confrontation de style, souvent affaire de dialogue fructueux, ici c’est tout autre chose. Car bien au-delà d’une aimable rencontre c’est une véritable lecture commune, un intelligence partagée des thèmes qui amène les deux hommes à construire ensemble une véritable nouvelle œuvre en partant du thème connu. En principe Carrothers est restitué sur la gauche de votre chaîne et Copland sur la droite. Mais il est néanmoins assez difficile de pister l’un ou l’autre. Car tout se passe comme si les deux hommes s’étaient partagés les claviers avec la partie basse pour l’un et la partie haute pour l’autre pour donner cette impression de piano à 4 mains où la coïncidence des intentions touche à la perfection. Même inspiration, même compréhension des thèmes et surtout une rare intelligence dans la lecture des morceaux comme ce sublime Lonely Woman lourd de profondeur pour raconter l’histoire d’une femme solitaire. A la manière de la respiration circulaire chère à certain saxophonistes comme Sonny Rollins, il y a ici une circulation de l’énergie entre les deux hommes comme dans ce Take the A train ou dans You and the Night and the music où d’évidence l’un se nourrit de l’autre. A d’autres moments c’est la même conception du silence et, plus rare dans ce genre d’exercice, le même souci de mise en espace qui contribue à la dramaturgie des œuvres. La mise en tension de Masqualero revisite les idées de Wayne Shorter comme on l’avait rarement entendu et la reprise du thème de Niel Young (The Needle and the dammage done, qui figure sur le célèbre Harvest) semble inscrire au répertoire du jazz ce thème tiré de la folk song américain.

 De cet album on retient  tout décidemment comme un moment d’intelligence fulgurante dans l’approche du répertoire. Entre énergie et émotion les deux hommes touchent en plein cœur. Un pur chef d’œuvre.

 Jean marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:00

JJJJ BOJAN z : «  Xenophonia »

 

 

Bojan Z(ulfikarpasic) (p,fd, xénophone), Remi Vinolo (b), Ari Hoenig (dm), Ben Perowsky (dm), Krassen Lutzakanov (kaval)

Autant dire tout de suite le coup de cœur absolu que nous avons pour ce nouvel album de Bojan Z. Le jazz y est ici réinventé ici avec autant d’énergie à revendre que de trouvailles éclectique voire même avec une bonne dose d’humour. Car Bojan ose tout.  Et à ceux qui lui reprochent parfois d’en faire trop dans son jeu, il montre à l’entame de cet album qu’il pourrait s’il le voulait, jouer à la manière d’un Ahmad Jamal. Il est vrai que le premier morceau (Ulaz qui veut dire « entrée »)  n’était en fait qu’un morceau réalisé pour la balance son mais finalement conservé.  Ambidextre Bojan joue des deux claviers, acoustique et électrique pour un album très border line à la frontière de tout.  Ballade dans des univers très légèrement empruntés à ses racines du côté de Belgrade qu’il prend soin de largement dissoudre dans une grande rase de jazz ou de rock. Son fendher se transforme à l’envie en guitare héros allant même avec un son un peu «  sale » à reprendre note pour note sur son clavier électrique le chorus de guitare d’une légende du rock serbe (Wheels) . Les morceaux complexes alternent avec des structures très simple.  Sur Pendant ce temps chez le Général (l’enregistrement a eut lieu dans un studio boulevard du Général Davout, d’où le titre), Bojan s’appuie sur une rythmique fusionnelle pour aborder un morceau par une face plus improvisée voire un peu plus destructrée. Sur Cd-rom (en hommage  aux vendeurs de CD à la sauvette), Bojan part du folklore (un joueur de kaval s’invite ici) pour découdre avec swing un morceau que ne renierait pas Jason Moran. Par ce titre étrange Xenophonia, Bojan entend signifier non seulement qu’il est un peu étranger et chez lui partout mais surtout que ses univers sont sans frontières. A la manière des chanteurs du Delta, Bojan s’offre même la liberté de chanter un blues sauvage ou de reprendre un titre de David Bowie (Ashes to Ashes). Son patrimoine est éclectique et c’est presque avec boulimie qu’il nous montre ce qui a nourrit sa culture musicale. Si Bojan Zufikaprasic est avant tout un immense pianiste de jazz  (En 2002 Bojan est nommé Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture. Il a aussi reçu le Prix Django Reinhardt Musicien de l’année de l’Académie du Jazz) il n’oublie pas que ses attaches se situent autant du côté de Clare Fisher que de Jimi Hendricks ou de Franck Zappa dont il revendique une forme d’héritage. Lorsque le jazz se réinvente avec tant de pépites révélées, autant d’énergie jubilatoire, lorsqu’il ne s’enferme pas dans des schémas cloisonnant, lorsque le jazz ne se regarde pas le nombril mais qu’il s’ouvre à tant d’univers et se livre avec autant d’humour, lorsque le talent prend le pouvoir et communique autant de plaisir, on sait que forcément on a affaire à un grand disque et surtout à un immense artiste. Le jazz a décidemment de beaux jours à vivre.                  Jean Marc Gelin

 

 

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5 juillet 2006 3 05 /07 /juillet /2006 07:38

JJJ steFANO BOLLANI : «  I visionari »

 

Label Bleu 2006

Mirko Guerrini (ts, ss, bs, fl), Nico Gori (cl), Stefano Bollani (p, vc), Ferruccio Spinetti (cb), Cristiano Calgagnile (dm), Mark Feldman (vl), Paolo Fresu (t), Petra Magoni (vc)

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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 07:59

JJJ  TRIADE: « Entropie»

 

 

 

 

Minium 2006

 

 

 

 Cet album, le deuxième du groupe après celui paru chez le collectif Yolk en 2005 avait un peu végété dans les tiroirs du label Sketch avant que Philippe Ghielmetti ne le sauve de la déconfiture et l’emporte avec lui pour lancer son tout nouveau label, Minium.

Pour se fixer les idées dans cet album qui nous empêche de nous rattacher avec certitude à des balises connues, on se référera à la définition officielle de l’entropie : «  fonction définissant l’état de désordre d’un  système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un autre état de désordre accru ». Car cet album est pour tout dire assez déroutant. Se refusant à tout cadre formel, échappant aux repères mélodiques sans toutefois verser dans le free, il raconte une histoire à plusieurs facettes. Plusieurs reflets à l’image de Cedric Piromalli jonglant d’une main avec le piano acoustique de l’autre avec le fender Rhodes. Tendant parfois vers le son des guitares saturées, on assiste alors à une sorte de free jazz poétisé. Un peu comme la rencontre d’un jazz chaotique avec le monde de Edgar Allan Poe s’il fallait tenter une approche littéraire. Parfois l’album nous ramène à des inspirations pop évidentes dans lesquelles on trouverait certaines analogies avec la musique des Pink Floyd. Du coup ces changements de décors ont quelque chose de théâtral, comme une scénographie bien réglée où il est moins question de cadre formel (refus souvent de la contrainte mélodique) que de créer de véritables climats au gré des morceaux. Et dans cette histoire Nicolas Larmignat qui ne cache pas sa passion pour Paul Motian excelle dans le jeu de coloriste raffiné et incroyablement inventif. Une sorte de relation télépathique s’installe entre lui et Sébastien Boisseau. Quand à Cédric Piromalli, habile improvisateur ambidextre,  son jeu se montre ici d’une incroyable variété capable de descendre dans les plus basses profondeurs au fender au jeu le plus dépouillé. Dans cette douce machinerie qui se met en branle sous nos yeux, qui s’amuse souvent à nous perdre dans son dédale poétique il apparaît quelques oasis plus ou moins inquiétantes aux titres mystérieux qui se plaisent à nous interroger (Suis encore des miens, Des bras à Glacière) et nous ramènent de rares fois à quelques repères mélodiques (comme musica riccercata n°7). Pas de balises donc, pas de repères mais juste un questionnement philosophique, une sorte de réflexion musicale. Un chaos organisé.

Jean Marc Gelin

 

 

 

 

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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:19

JJJJ(J) "TIM BERNE’s Caos totale": «  Nice View »

Winter & Winter 1993

 Tim Berne (as), Marc Ducret (g), Steve Swell (tb), Herb Robertson (t), Django Bates (p), Mark Dresser (b), Bobby Previte (dm)

 

 

 

 Sous ces deux titres se trouvent trois plages différentes, trois suites de 21’, 17’ et 38 minutes enregistrées en 1993 pour des sessions produites par Stephan Winter et co produites par Tim Berne. Image fidèle de ce que produisait alors une partie de la scène New Yorkaise post colemanienne faite de furie, de matériau en fusion malaxant le  jazz avec le rock le plus sombre et le plus furieux.

 Trois véritables suites pour formation élargie autour d’une musique écrite autour des pivots que sont Ducret, Bates, Robertson, Berne ou Swell. Chacun apporte là son énergie créatrice, destructrice, sa froide violence voire même son cynisme si l’on en juge par les growls facétieux de Herb Robertson à la trompette. Difficile de rester insensible à ce qui apparaît comme un monument d’écriture où il ne s’agit pas d’une simple alternance de solistes mais d’alternance de séquences incarnées par un instrumentiste dans une sorte de mise en espace, en équilibre, échafaudage incertain des différentes parties du puzzle. Album polychrome assurément où tout semble pouvoir basculer d’un instant à l’autre du calme à la furie satanique menée par un Ducret en super forme. Basculer aussi d’un jazz colemanien au jazz inspiré de Mingus, entre part du soliste et unissons des cuivres. Tim Berne que l’on retrouve pour un époustouflant solo sur le premier thème de l’album (It could have been worse) s’amuse à emboîter les formes les unes dans les autres, les solos répondant aux dialogues qui eux même répondent à l’ensemble uni.  S’amuse à nous dérouter avec des systèmes métriques impairs, des formes polyrythmiques et des harmonies dissonantes sans jamais perdre une rythmique portée par un Bobby Previte qui seul semble garder toujours la tête sur les épaules. Car chacun, alternativement semble perdre le contrôle, Django Bates en tête mais surtout Marc Ducret dans un solo out of control sur The Third rail. Notamment.

 Dans la mouvance de ce que pouvait réaliser John Zorn de l’autre côté de la scène New Yorkaise, Tim Berne réinventait lui aussi une superbe plage du jazz post free. Ce qui l’amènera à créer plus tard Big Satan autre groupe mythique dont les jours se poursuivent encore pour notre plus grand bonheur avec Ducret et le génial Tom Rainey. La révolution New Yorkaise alors était déjà en marche.

"Jean Marc Gelin"

 

 

 

 

 

 

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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 07:18

JJJ Susanne Abbuehl: « Compass »

ECM 2006

 

 

 

 

 

 

Avec ce deuxième opus, la chanteuse suisse néerlandaise, Susanne Abbuehl affirme un peu plus son singulier style fait de mots chuchotés, de sons distendus, de notes en suspens, de silences expirés. Elle ouvre tout en légèreté et sensualité un espace où le temps n’est plus une contrainte, où le chant traverse les êtres.  Avec l’auditeur, elle crée une subtile intimité. Un éloge à la lenteur pour mieux toucher notre âme. Le dialogue inspiré des deux clarinettes de Michel Portal et de Chritof May (que l’on regrette de ne retrouver que sur deux morceaux), l’accompagnement religieux et parfois trop sage de Wolfert Brederode au piano ou le jeu aérien de Luca Niggli à la batterie et aux percussions, transcendent un peu plus la poésie de son chant. Son précédent album « April », une véritable perle, sorti en 2001 chez ECM, était un patchwork de chants indiens, de poèmes d’E.E Cummings et de morceaux de Carla Bley, un tourbillon d’émotions et de sons, tout en retenue. Ici, il y a une plus grande unité artistique. Elle nous balade entre jazz et folk songs, du côté de chez Joyce, Berio, Sun Ra, Chick Corea, Feng Meng-Lung, un poète de la dynastie Ming. Ses arrangements comme ses compositions sont dépouillés et sont construits sur des systèmes cycliques : la répétition et le retour du même. Inspirée par ses maîtres, Jeanne Lee et Prabha Atre, qui lui a transmis le chant indien, elle réinvente son propre langage. Un rien mystérieux. Preuve en est cette très personnelle interprétation de « Black is the color…» à mille lieux de l’interprétation free et dramatisée de Patty Waters ou le magnifique «Flamingos Fly», autrefois chanté par Jeanne Lee accompagnée de Ran Blake. Ses confidences nous ensorcèlent jusqu’à l’emprisonnement. De guerre lasse, nous l’abandonnons avant la fin de l’album, pour y revenir plus tard avec la même béate admiration.

 

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

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