Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:43

 

JJJThom Gossage – « Other Voices 5 »

 

Effendi Records

 

 

Parfois, ouvrir un disque relève d’une prise de risque énorme. La surprise nous fait bondir dès la première écoute de « Other Voices 5 ». Ici, les barrières esthétiques éclatent et se retrouvent en poussière, balayée par cette fougueuse envie d’improviser. Enregistré à Montréal au Fast Forward Studio, nous sommes dès le début conquis par la qualité sonore ainsi que par la liberté artistique qu’a pu bénéficier Thom Gossage. L’héritage de John Coltrane et plus précisément celui d’Ornette Coleman ou bien encore Eric Dolphy sont certainement à l’origine d’un tel projet. Il y a là des « esquisses » sonores, peintes de façon contemporaine. C’est dans le deuxième morceau que la Musique nous fait voyager jusqu’en Afrique. La senza utilisée par Thom résonne avec la passion qui relie chacun à ce fantastique continent. Il faut bien sur évoquer l’épicurienne instrumentation de ces arrangements culottés. Lors du passage de plusieurs invités la formation initiale est une unité à cinq valeurs. Ceci rejoint d’autant plus la symbolique couramment citée à propos de la quintessence : « Cinq est le nombre de la terre, il est la somme des quatre régions cardinales et du centre, l’univers manifesté. Mais il est aussi la somme de deux et de trois, qui sont la terre et le Ciel dans leur nature propre. ». Ce mariage est fortement représenté par les deux saxophonistes, prenant le temps du débat et des ébats, les complaintes sonnent parfois mêmes expressionnistes dans un dialogue tout en nuance. La guitare électrique est elle aussi très utilisée dans un contexte mélodique. Elle devient saturée par moment, évocation d’un colère permanente. John Zorn ou encore Bill Frisell ne se baladent pas si loin. La clarinette basse s’immisce discrètement dans le son du groupe en doublant la contrebasse. Thom Gossage, le batteur « driver », parfois poly rythmicien africain, parfois authentique batteur de Rock. Cet artiste insuffle surtout à sa musique la noblesse de la recherche perpétuelle de l’impro. Il donne un remarquable aperçu d’une musique vivante et toujours chaque jours plus digne d’évoluer, dans une profonde créativité. Ce leader incontesté est entouré de jeunes monstres de la « new thing ». Un disque de virtuoses au service du paradoxal lyrisme cacophonique du Free. Ou bien encore du coté expérimental et alternatif du Rock, sans parler de la poésie africaine, rendant cette œuvre presque incontournable par son enthousiasmante créativité.

Tristan Loriaut

 

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:41

JJJJ ROBERTO FONSECA : « Zamazu »

 

Enja 2007

 

 Que les amoureux du boléro et de la salsa passent leur chemin. Car ce pianiste là tout cubain qu’il soit pratique un art différent. Et pourtant celui qui joua longtemps avec Ibrahim Ferrer ne rejette pas la musique des anciens. Il n’est que d’entendre la sonorité de son piano, ses attaques puissantes et légèrement chaloupées pour comprendre d’où il vient. Écoutez ce Llego cachaito qu’il déploie avec son ami, le légendaire Cachaito Lopez et il ne vous sera pas difficile de voir qu’il vient du même pays que Bebo et Chucho Valdès. Sauf que Roberto Fonseca des leçons des maîtres en fait quelque chose de neuf et de très personnel. Déploie avec un mélange d’énergie et de douceur sa propre musique originale qui puise autant chez lui qu’en Afrique ou dans des thèmes moyen orientaux. Un morceau comme Congo Arabe montre un pianiste mordant comme un mort de faim dans le clavier, flirtant avec la musique Klezmer, arabo andalouse ou flamenca. Dans Zamazu, Roberto Fonseca emprunte même au rock et à la pop musique. C’est dire à quelles antipodes on est des poncifs de la musique cubaine. Il faut dire que ce pianiste rare possède aussi un sens aiguisé des arrangements, un sens du tourbillon frénétique duquel émerge (effleure devrait on dire) un pianiste d’une très grande et rare sensibilité. Ses vocalises posées comme un instrument supplémentaire lui permettent de conjuguer avec un subtil équilibre la puissance rythmique de son jeu avec le chatoiement de la ligne mélodique. Roberto Fonseca affiche là le talent des grands, de ceux à qui il faut très peu d’espace pour imposer leur marque. Et dans cet album où le pianiste met surtout en avant un art affirmé de l’orchestration, ses arrangements sur un morceau comme Ishmael du pianiste Sud Africain Abdullah Ibrahim est un acte de dépassement et d’ancrage aussi. Ses compagnons de route ne sont pas en reste à commencer par Javier Zalba au jeu d’une infinie délicatesse à l’alto et surtout à la clarinette. Tout sauf conventionnel Roberto Fonseca est alors incontrôlable. Et lorsqu’il passe devant, quelle attaque ! Quel son cristallin et grave à la fois ! Quel phrasé mêlant le legato au jeu piqué de celui qui failli être percussionniste. Au pays de la Havane Roberto Fonseca exprime sa jeunesse révolutionnaire tout en assumant parfaitement son dû. Et les quelques concessions qu’il semble faire à la tradition sont plus des marques de révérences superbes (Suspiro, Triste Alegria). Le magnifique duo avec la chanteuse Omara Portuando, que l’on connaît ici depuis Buena Vista en est un témoignage éclatant autant qu’émouvant. Car Roberto Fonseca reconnaît ses pères et ses mères. Ce qu’ils lui ont transmis c’est cette force précieuse de devenir lui-même. De s’émanciper ailleurs.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:38

JJJ paul motian: “ Time and time again”

 

ECM 2007

 

Joe Lovano (ts), Bill Frisell (g), Paul Motian (dm)

 

<

  

La rencontre est devenue un grand classique du jazz. Depuis Psalm paru en 1981, les trois hommes se retrouvent en effet régulièrement au rythme d’environ un album tous les deux ou trois ans. La rencontre est attendue et, il faut bien l’admettre sans réelle surprise. Il faut dire qu’il y a bien longtemps qu’ils ne cherchent plus cela, la surprise. Pas du tout dans le démonstratif, c’est le moins que l’on peut dire s’agissant d’une musique qui frise le minimalisme. Non plutôt dans l’idée de tourner autour du son, d’étendre le plaisir de jouer et d’improviser.  De laisser les espaces s’installer. Comme toujours chez ceux là. Alors bien sûr Motian joue comme toujours les coloristes, les frissonnements de cymbales ou les murmures de ses balais sur la caisse claire. Frisell tel un chat étire le moelleux de sa guitare avec, comme toujours ses accents sudistes qui rappellent toujours l’Amérique profonde. Repoussent les limites du tangible. Quand à Lovano c’est lui qui peut être surprend toujours le plus par sa façon d’adapter son jeu aux deux autres en lui imprimant, paradoxalement une incroyable modernité. Sorte de trait d’union avec les deux autres, Lovano laisse de côté son registre habituel et joue ici avec une incroyable délicatesse. Une maîtrise presque aérienne à la légèreté céleste. Comme toujours. Alors les trois hommes tournent autour des compositions de Paul Motian ou de Monk et dissertent avec cette sagesse des hommes à la lenteur rassurante, des hommes pour qui le seul temps qui compte est celui passé ensemble. Et les trois hommes affichent avec paix un langage sans drame, vision d’un monde aussi apaisée que poétique. D’une intemporelle et douce sérénité.

Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:37

JJJJ Bill Perkins: “Just Friends”

 

Pacific Jazz 2007

 

Bill Perkins (ts, bcl, fl), Richie Kamuca (ts), Hampton Hawes (p), Red Mitchell( cb), Mel Lewis (dm) Art Pepper (as), Jimmy Rowles (p), Ben Tucker (cb)

  

Se souvenir de la belle association du ténor Bill Perkins avec son frère d’armes Richie Kamuca sur l’         album d’origine, « Tenor Head on Plus ». A l’époque on ne nous avait pas tout livré et ces quelques galettes de 1956 s’étaient envolées au pays du soleil Levant. Elles sont rééditées aujourd’hui en version import avec pour bonus les sessions enregistrées avec Art Pepper. Se souvenir de cette époque. C’était celle de la grande confraternité des jazzmen de la côte ouest ( West coast comme on dit), élevés à l’époque où le jazz faisait le contrepoint de dentelle et où les solistes rêvaient tous de finir chez Stan Kenton ou se rencontraient chez Woody Herman et où les plus hardis d’entre eux délaissaient parfois Anita O’ day pour se repasser en boucle quelques volutes tristaniennes. Les gars marchaient alors deux par deux. Mulligan donnait encore le bras à Chet Baker et Lee Konitz cherchait à voler plus haut que Warne Marsh. L’époque bénie de ce label mythique, Pacific Jazz qui produisait alors autant de Art Pepper que de Curtis Counce, à moins qu’il ne s’agisse de ce pianiste de génie, Hampton Hawes. Les gars sérieux s’amusaient alors et les plus volages d’entre eux révisaient au soleil de la cité des anges où loin de la ville qui ne dort jamais ils allumaient leurs veines insomniaques au son d’un solo de Bird, loin d’eux alors, si loin. Certains hésitaient entre le cool de Gil Evans et les autres, les frénétiques New Yorkais. Les gars revenaient de la guerre de Corée et ceux qui n’y étaient pas rêvaient d’en découdre. Perkins et Kamuca. Kamuca et Perkins. Jamais l’un pour battre l’autre. Tout à l’oreille. Avec derrière un rythmique à faire rêver, une rythmique tous risques du genre à cavaler derrière les cavaleurs, ceux qui sans crier gare réinvente les thèmes ( Limehouse Blues), avec ces airs d’arrangeurs au raffinement que dispute l’envie d’en découdre sur ce ring gentil. Et puis il y a l’apparition de Hampton Hawes. Et puis il y a l’apparition de Art Pepper (dans la deuxième partie de l’album) où curieusement tout prend une autre tournure et où paradoxalement c’est l’alto, le plus léger qui donne ces airs de gravité et de profondeur légère. Et l’album alors de se refermer sur Zenobia, sorte d’hymne de la côte californienne. Sorte de marque de fabrique de ce jazz jouissif.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:36

JJ Louis SCLAVIS: “L’imparfait des Langues”

 

ECM 2007

  

Imparfait : «  système de formes temporelles dont la fonction essentielle dans les langues indo-européennes était d’énoncer une action en voie d’accomplissement dans le passé et conçue comme inachevée ». La définition du point de vue de la linguistique est parfaite. Car il y a dans cette langue que ce plaît à manier la clarinettiste comme l’appréhension d’une musique commencée il y a quelques dizaines d’années et en perpétuelle évolution. A la recherche de la forme parfaite ? Et surtout vers quelle évolution ?

Car ce que l’on entend porte indéniablement la marque de Sclavis.  De cette écriture déjà entendue maintes fois, pas tant du côté de Big Napoli que du trio Sclavis-Romano-Texier. Une musique qui s’enracine donc plutôt du côté du Label Bleu que dans le magasin de Mandfred Eicher. Pourtant il s’agit de ne pas tourner autour du sujet déjà souvent ressassé. Et pour l’occasion, dans cet album enregistré à la volée à la suite d’un concert manqué, Louis Sclavis élargit sa formation et accueille comme il le fait souvent, des jeunes pétris de talent qui auraient pu apporter un souffle nouveau s’ils avaient été un peu moins impressionné par la stature du maître Ainsi Marc Baron double les sonorité du saxophone soprano de Sclavis par des interventions décisives à l’alto alors que Maxime Delpierre apporte à la guitare un mordant ( trop rare selon nous dans cet album) qui lui vient de ses atavismes rock. Paul Brousseau quand à lui se charge de la très légère partie électro, ajoutant quelques gargouillis sonores qui se mêlent au langage Sclavisien. Mais ces concessions ne sont pas suffisantes pour  constituer un gage de modernité. Car Sclavis a beau tourner autour de son sujet, jouer des petits interludes où il convoque d’autres langages jusqu’à faire chanter sa clarinette à la manière d’un muezzin, l’exercice demeure souvent très froid. Comme un exercice de style figé par son inertie. Ce qui est surprenant de la part du bouillonnant saxophoniste qui, en « live » ne cesse de nous surprendre, de nous choquer, d’interpeller l’auditeur embourgeoisé. Pourtant, au même moment que sortait cet album et paradoxalement, un autre orfèvre de la clarinette basse, Michel Portal publiait de son côté un album dans lequel il montrait avec éclat combien l’imparfait des langues pouvait se transformer en futur. Faute de quoi ce langage là se transformera inéluctablement en langue morte.

Jean-Marc Gelin

 

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:35

JJJRAFFAELO PARETTI : « Maremma »

 

EGEA 2007

 

Antonello Salis ( acc), Stefano Bollani (p), Bebo Ferra (g), Stefano Cantini (ss), Raffaello Pareti (cb), Walter Paoli (dm)

  

Le label italien Egea nous réserve ces temps ci quelques belles surprises.  Souvenez vous nous nous étions enthousiasmé à juste titre pour cet album de l’Egea Orchestra. L’album  présenté ici et réalisé sous le nom du contrebassiste transalpin Raffaello Pareti n’échappe pas à la règle. Album d’une grande fraîcheur à l’allégresse chantante à l’image de Antonello Salis bien connu sous nos contrées et qui avec un malin plaisir, se plaît à chanter les lignes mélodiques de son instrument. Stefano Bollani semble ici à son élément lui aussi bien connu des services compétents semble ici comme dans son élément, comme on retrouve des amis de longue date. Vous savez il y a là comme dans ces anciens films de Claude Sautet où la bande de quadras se retrouvent ensemble, heureux de revivre un peu ces moments oubliés. On s’excuserait presque du cliché mais il faut bien admettre que cette bande là joue comme on joue au théâtre une sorte de comédie à l’Italienne (Drost Nia) où l’on rie, où les têtes tournent de vertige où la farce n’est pas loin et les railleries sous jacentes. La vita comme un repas entre amis (Come nei film). Et comme des pages de vie où l’émotion surgit spontanément, le lendemain des jours d’insouciance laisse place à une nostalgie des heures d’enfance (Infanzia) où l’on découvre un très beau saxophoniste alto qui donne à ces belles pages une grande force de vie. Il y a là une vraie spontanéité généreuse qui fait se mouvoir autant de personnages imaginaires que de lieux inventés ou des réminiscences de bonheurs simples. Cela s’entend.  Simplement dans leur façon de faire chanter leurs instruments, de danser autour du saxophoniste et de s’épancher sans jamais se répandre, cela s’entend. En fin d’album le bateau semble quitter les rivages italiens pour s’approcher d’autres côtes méditerranéennes  celle de la Tunisie ou du Maghreb (Yusif). Comme si après la fête l’heure du départ avait sonné. Belle conclusion. Belle parenthèse. Car il y a dans cet album profondément ancré à la terre quelque chose de l’expression simple et sincère et avec lui, comme le film d’une vie en miniature, son bagage d’émotions douces

Jean-Marc Gelin

 

 

Partager cet article
Repost0
29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 07:42

JJJ Stefano BOLLANI:” Piano Solo” ECM 2007  

 

 

Et si la liberté naissait de la contrainte ? C’est ce que l’on est en droit de se demander à l’écoute de cet album réalisé, non pas sur son label habituel (Label Bleu) mais sur ECM. Dans un paysage submergé par l’exercice du piano solo, Stefano Bollani cède à l’envie bien légitime de ce coup de projecteur proposé par le label de Keith Jarrett. Alors le pianiste italien nous livre un magnifique album témoignage autant de son art que de sa grande sensibilité. Mais aussi de son profond respect pour le pianiste « maison ». Entre improvisations jaretttiennes (la série des Impro I à IV), le retour à l’école du piano classique (Antonia) et l’exploration de quelques standards (For all we know, On the street where you live ou encore un ragtime comme Maple leaf rag), Stefano Bollani montre qu’il est un grand pianiste. Néanmoins un peu tétanisé par l’enjeu nous semble t-il. Tout se passe comme si, ce pianiste si volubile et si imaginatif perdait là, seul face au piano dans cet exercice incroyablement impudique,  toute la spontanéité habituelle de son jeu au profit d’une approche bien plus académique à laquelle il ne nous avait guère habitué. Parfois on perçoit quelques discrets balancements qui le ramènent à la danse (A media Luz) où l’on sent poindre une touche d’italianité resurgir. Mais, sous le contrôle de Manfred Eicher, Bollani n’extériose pas l’essence même de son jeu. Un peu comme si l’exercice d’un piano solo chez ECM était une sorte d’accession à la respectabilité éternelle. Bollani a donc livré un très bel album dont l’académisme lui ressemble peu. Il nous tarde de retrouver Stefano.

Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:50

JJJJ MICHEL PORTAL: «  Birdwatcher »

 Universal 2007

 

 

Cela fait déjà quelques temps que Michel Portal flirte du côté de Minneapolis. Depuis le début du millénaire en fait.  Portal y a en effet noué de réelles amitiés avec quelques uns des musiciens de là bas au point d’y avoir réalisé déjà deux albums (Minneapolis et Minneapolis, We insit en 2001 et 2002). Et pourtant voilà 6 ans que Portal n’avait plus enregistré un seul album et se concentrait exclusivement au plaisir d’être sur les scènes du monde entier, affichant au compteur près de 20 scènes par mois ! 6 années qui ne l’ont pas éloignées de sa bande de copains de Minneapolis et de son festival dont le producteur, Jean Rochard (Nato) n’est autre que le producteur du présent album. Le plaisir toujours renouvelé de retrouver régulièrement Sonny Thompson, Michael Bland, Tony Hymas ou Jef Lee Johnson était intact et il était donc logique que cela aboutisse sur un troisième volet des aventures de Portal en Minnesota et sur un nouvel album que les musiciens ont donc eu le temps de mûrir .

Et pour cela Portal et Rochard ont eu l’idée géniale d’élargir la bande à quelques invités de renom qui par leur très forte personnalité musicale étaient capables d’apporter un sang réellement neuf. A cet équipage de base l’idée formidable a donc été d’ajouter quelques pièces essentielles : Tony Malaby, jeune prodige du saxophone ténor, une belle idée rythmique avec l’incroyable batteur JT Bates (Impatience) , François Moutin (Nada Mas) absolument impérial tout au long de l’album et last but not least Airto Moira le percussionniste surnaturel jadis rencontré du côté de Weather Report.

Si l’on a coutume de dire qu’avec l’âge, les musiciens tendent à épurer leur jeu, à l’espacer beaucoup Michel Portal qui nous revient ici plus fougueux que jamais ne fait assurément pas le sien. Dans cet album mûri depuis 6 ans et enregistré en une semaine, Portal trouve ici une véritable nouvelle jeunesse transcendant véritablement son instrument de prédilection (la clarinette basse) au point de pouvoir le dompter et le tordre à l’envie. Totalement affranchi des contraintes de l’instrument au point aussi de s’imposer comme le maître incontournable de l’instrument que seul (et encore) un Bennie Maupin peut concurrencer sur ce terrain là. Une clarinette basse emmenée aussi bien sur les terrains de l’errance un peu mystérieuse et feutrée ( Blue lightouse) mais surtout débridée aux limites d’un free jazz ou free rock déchaîné mais toujours totalement maîtrisée. Et là Portal nous surprend en nous emmenant là où on ne l’attend pas. Certains ont pu comparer les compositions de Portal avec celles de Miles.  A l’entendre pourtant on se prend à imaginer un autre univers, celui qu’aurait pu être le prolongement de Weather Report si ce groupe avait poursuivi sa route. Une écriture shorterienne mêlée à un tropisme qui mène cette musique vers une sorte de jungle sud américaine ou africaine (Lake Street), des percussions latines, des motifs prétextes à l’improvisions, des mises en scènes privilégiant des crescendis et une rythmique au dynamisme irrésistibles.  Projet totalement emballant dont les faux excès ne s’expriment jamais au détriment de la finesse du propos. Sérieux coup de fouet pour ceux qui cultivent certains poncifs sur le jeu de Portal loin de ce que l’on a l’habitude d’entendre chez lui. Peut être est ce dû à la direction  artistique de Jean Rochard et à la délectation avec laquelle Portal se plaît à jouer le jeu de ses camarades.  Tony Malaby tout en délicatesse est là parfaitement à l’aise pour marcher dans les pas de Portal. A moins que  durant ces sessions , il ne soit finalement agit de l’inverse.

 

 

 Jean-Marc Gelin

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:47

JJJ David Patrois Trio plus 2 : «  Il Sogno di Diego »

 Abeille 2007

 On  reconnaît tout de suite la manière virtuose, sensible, énergique et rebondissante de cet ensemble où chaque instrumentiste possède un son superbe et unique et l'on se laisse embarquer dès la première mesure, dans un tableau sonore des plus plaisants. Ils ne sont pas trois mais «  trois plus deux », c’est d‘ailleurs le sous-titre de l’album -  du moins sur neuf des treize compositions.

 Reposant sur des contrastes de volumes et de lignes, de textures et de timbres, l’alchimie de cette musique tient au  subtil dosage des interventions de solistes généreux  qui savent aussi se fondre à merveille dans le collectif.

 Le leader David Patrois  a un incontestable talent de compositeur  et s’il ne joue pas seulement  des  vibraphone et marimba (dont on se réjouit qu’ils reviennent à la mode), sa musique a une qualité délibérément chantante, avec des crescendos nombreux qui entraînent dans un vertige enivrant. Une grande partie du  plaisir vient de ce son d’ensemble qui donne toute sa cohérence à l’album ainsi que de la nervosité frémissante qui le parcourt depuis l’inaugural «Au quatrième top» jusqu’au final «Quazar», y compris dans les titres en trio « Ptit bout ».   Une formule colorée, à l’assise généreuse (les baguettes expertes de Luc Isenmann, sans être trop envahissantes, répondent et relancent de façon décisive), sans contrebasse.  Les seules cordes entendues sont celle de Pierre Durand, et on ne peut que louer le choix d’une guitare doucement électrisée comme dans «St Barnabé».  Seb Llado, le tromboniste de l’ONJ de Barthé, que l’on retrouve toujours avec plaisir, signe une composition « Dernières danses » aux sensuelles envolées et offre au sopraniste  Jean Charles Richard qui barytone aussi  avec conviction, une belle échappée, avant d’imposer entre cuivre et souffle, une mystérieuse liaison, un son  retenu ,velouté ou vibrant dans son attaque.

 Un disque réjouissant, élégant, qui nous tient en éveil, une mise en jeu du corps et du plaisir.

 Sophie Chambon,

 

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 06:45

JJJJ JEF NEVE : « Nobody is illegal »

 Universal 2007

 

 

 Il y a peu de chances que vous ne connaissiez ce jeune pianiste belge qui signe pourtant là son troisième album. Déjà considéré à Bruxelles comme une véritable star du jazz nous ne le connaissons pas ici. Mais désormais et maintenant qu’il  a été repéré par Universal il y a peu de chance, si vous aimez le jazz, que vous passiez à côté de ce nouveau bolide lâché avec génie sur les claviers. Car ce pianiste qui arrive sur la scène est une véritable bombe. Mettez le disque de Jef Neve et vous verrez ! Ou plutôt vous entendrez ! Vous entendrez un mélange de Brad Meldhau et de Jason Moran et vous y entendrez aussi la résurrection de Bud Powell et celle de Bach. Car ce pianiste affamé des claviers est un adepte du piano total. Dévorant les claviers comme un mort de faim Jef Neve ne donne pourtant pas dans la caricature du boulimique des notes. Et Jef Neve n’a pas que la manière, il a l’art aussi. L’art de la construction des morceaux, l’art des arrangements qui derrière le déchaînement de notes furieuses laisse apparaître une grande subtilité dans l’irruption très discrète d’une section de cuivre apparaissant ici ou là comme de petites touches harmoniques. L’art des revirements incessants. Jef Neve est insaisissable !

 Après un premier morceau très court et très classique, Jef Neve nous laisse totalement abasourdis par un Nothing but a Casablanca turtle Sideshow for diner  ( !) qui commence comme un prélude de Bach pour se poursuivre par un crescendo absolument é-pous-touf-flant ! La suite est à l’envie. Bien cadré sur le plan de la direction artistique, le petit génie de Universal instille de petits interludes intelligemment posés en cours d’album. Change les climats. Dans Abshied, Jef Neve nous montre qu’il a retenu les leçons d’une certaine forme de romantisme Meldhien même si on le souhaiterait parfois un peu plus caressant. Mais peu importe. Dans Second Love le pianiste se montre habile arrangeur.  Là encore les cuivres surgissent pour souligner la mise en tension harmonique. Dans sa construction le morceau évoque le passage aux différents sentiments amoureux. Le crescendo est ainsi interrompu par un solo de contrebasse alors que l’arrivée des cuivres sonne comme la renaissance d’un second amour exalté. Dans le titre éponyme, Nobody is illegal on remarque aussi l’incroyable présence de son batteur Teun Verbruggen qui montre une réelle science du contre temps qui comme sur Nothing but… se cale admirablement sur la main gauche du pianiste. Il est étonnant de voir comment tout au long de cet album ce jeune pianiste parvient non seulement à assumer l’héritage (si on peut dire s’agissant d’un jeune quadra) de Meldhau qu’il perpétue avec respect (Until now, abshied) mais plus encore à le transcender à l’amener vers une voie nouvelle.

 Car Jef Neve, anti-thèse des pianistes minimaux, innove. Dans ces morceaux tant de revirements, d’accélérations, de ralentissements, de brusques virages, de piano préparé ou non, de jeux d’ombres et de lumières avec toutefois une ligne acoustique toujours fidèle. Alors que l’on pensait l’exercice du piano jazz un peu figé, Neve bouscule l’auditeur, le désarçonne et nous apporte la démonstration brillante qu’il se passe toujours quelque chose dans cette musique en perpétuel renouvellement. Une démonstration plus qu’enthousiasmante de la vitalité de cette musique. Une preuve magistrale ! La preuve par Neve !

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Partager cet article
Repost0