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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:29

JJJJ Tocanne Keller Gaudillat: “New dreams now”

Cristal 2007

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Un trio où les soufflants ont la part belle, soutenus par le tempo et le drumming toujours impeccables de Bruno Tocanne ! Une belle formation qui ne manque pas donc pas d’air et qui continue la lutte musicale dans l’esprit du trio Résistances, le trompettiste bugliste Rémy Gaudillat prenant cette fois la place du contrebassiste Benoît Keller dans cette nouvelle combinaison résolument plus cuivrée. On suit toujours avec le même intérêt le travail passionnant du collectif imuzzic qui multiplie à partir de la région lyonnaise (les Monts du Beaujolais précisément, une terre où l’on sait vivre) les échanges et projets musicaux sous la bannière proclamée jazz.

Armés d'une indéfectible énergie, les trois compagnons font une musique fièrement mélodique et toujours engagée. Ils rêvent encore à d’autres mondes, s'inspirant de formations qui ont marqué l'histoire du jazz comme le quartet historique de Don Cherry ou d'albums manifestes comme la We insist! Freedom now suite du batteur Max Roach qui vient hélas de tirer sa révérence.
Une musique qui ne perd pas ses repères, décidément fidèle à certaines promesses, belle résolument, qui touche, parce qu’elle nous parle, et qu’elle est jouée avec l’intelligence du coeur, comme dans cet hommage tristement festif à Don Cherry Peace for Don, ou cette ballade aux accents évidemment monkiens crépuscule avec Nellie.
Assurément, voilà ce qu’est, le jazz quand il est pris pour esprit, une musique produite dans l’instant, peu médiatique forcément, créant un lien entre musiciens et auditoire; un vagabondage partagé spontanément (reprise pop délicate du secret marriage de Sting), ou le tendre final au titre très juste So strange but so sweet.
Des musiciens qui ont entendu le message, ce désir d'éclatement, ce bonheur du jeu également, cette circulation des désirs qui se joue aussi dans une écoute réciproque.
Au final un album réconfortant, dans son époque tout en s'inscrivant dans le prolongement d'une histoire essentielle.                                                              Sophie Chambon

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:27

JJ TIGRAN HAMASYAN TRIO             :  “New era”

Nocturne 2007

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Il y a dans cet album la trace d’une petit génie en devenir. Indubitablement. Et il ne faut pas s’étonner que ce jeune pianiste arménien qui totalise à peine 20 ans, rafle tous les prix de piano jazz dans le monde entier et notamment en 2006 le célèbre prix Thelonious Monk. Rien que ça ! Porté par son élan et son allant naturel, le jeune Tigran aligne son deuxième album en moins d’un an dans une sorte de boulimie à nous monter que l’on va voir ce que l’on va voir et que, attention les yeux (les oreilles surtout !) après nous avoir montré le virtuose l’an dernier on va nous monter le compositeur de génie aujourd’hui. Et force est de constater qu’il y a un peu de vrai dans cette affirmation un peu péremptoire du label. Sauf que si le premier album nous avait séduit sans tout à fait nous convaincre, celui-ci en revanche nous convainc sans vraiment nous séduire tout  fait. Les choix artistiques y sont à notre sens très contestables. D’abord la place d’une rythmique axée sur les frères Moutin, particulièrement brillante voire exceptionnelle mais par trop démonstrative et prompt à en rajouter dans le percussif dès que Tigran lâche les chiens. Une rythmique qui jetterait plutôt de l’huile sur le feu. A tel point que l’on peut se demander si Tigran Hamasyan avec une autre rythmique que les deux frères Moutin aurait fait le même album.

Ensuite la mise en valeur des compositions. La volonté de donner dans le côté ethnique à tout prix, d’amener un joueur de duduk, de donner dans la « démonstration-des-racines-cuturelles-arméniennes » du pianiste comme un étendard brandi au dessus de la tête, ne convainc pas car le pianiste semble alors engoncé dans une sorte de dissymétrie entre jazz et tradition qui revient pour lui à se livrer à un vrai numéro d’équilibriste. Alors certes, le melting pot a du bon et nous vivons à l’ère de la globalisation culturelle et le jazz d’aujourd’hui doit se nourrir de ses influences européennes. Certes aussi les talents d’improvisateur de Vardan Grigoryan sonnent comme le prolongement des recherches modales. A la condition toutefois de ne pas ignorer la ligne mélodique, le blues, le swing et les fondamentaux du jazz. Et c’est bien dommage car lorsqu’il se trouve débarrassé de ce nationalisme jazzistique comme dans Memories from Hankavan and now il fait alors la démonstration de son grand talent d’écriture sur des traces shorteriennes très intéressantes. De la même manière et de façon bien plus subtile l’exercice sur Forgotten world ou sur Gypsyology se révèle particulièrement intéressant et brasse large dans les influences avec la marque d’une très forte personnalité, exubérante et parfois un peu brouillonne. Mais à 20 ans cette personnalité très affirmée est déjà une réelle preuve de maturité et suffit en soi à impressionner.                                              Jean-Marc Gelin

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:23

JJJ Mauro Negri : « Liquid Places »

Abeat Records  2007

 

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Ceux qui ont les oreilles grandes ouvertes ont eut certainement déjà l’occasion, sans le savoir de les laisser traîner un jour du côté du clarinettiste italien Mauro Negri. Car s’il est encore relativement peu connu du public de jazz de ce côté-ci des Alpes, les musiciens eux sont déjà habitués depuis pas mal de temps à la belle fluidité de son jeu. Qu’on l’entende avec le Vienna Art Orchestra de Matthias Ruegg (la formation prestigieuse qu’il vient pourtant de quitter récemment), aux côtés de Enrico Rava (où il forme avec le tromboniste Gianlucca Petrella une association de haute volée) ou encore dans le quartet de Aldo Romano, Mauro Negri à plus de 40 ans s’impose de plus en plus comme l’un des tous grands de l’instrument et certainement désormais une référence de plus en plus incontournable. Car il y a chez lui comme une filiation du côté de Jimmy Giuffre avec la même propension à naviguer du plus classique du jazz aux espaces les plus inventifs. Après « Line Up » qui avait laissé un peu la critique sur sa faim, le présent album qui n’est pas encore distribué en France devrait séduire plus largement. Toutes les compositions y sont signées de Mauro Negri qui affiche là une belle diversité des paysages et des expressions. Avec une variété passionnante, l’album ne perd jamais en cohérence en ce qu’il privilégie toujours la puissance et l’énergie du son ainsi qu’un véritable dialogue avec un pianiste plus que jamais intégré au dispositif rythmique, idéal dans l‘approche démantibulée et la percussion rythmique même s’il est vrai, nettement plus pataud lorsqu’il s’agit d’inspiration mélodique.

Du coup cet album va alors du plus sage et magnifiquement classique au plus déstructuré, au presque free d’un jeu d’improvisation très ouvert. Avec beaucoup d’économie, Mauro Negri utilise quelques effets comme pour souligner une intension, surligner une phrase. Rien de plus adapté dans cet hommage à sa ville natale et dans son ode à « l’eau » que la superbe fluidité de son jeu aussi frais qu’une plongée dans l’eau d’une rivière ombragée.

Avec un sens de l’arrangement et surtout des compositions particulièrement riches (Liquid places), Mauro Negri affiche une maîtrise  impressionnante du son et du lyrisme et dépoussière l’instrument dont on sent qu’il peut l’amener où il veut, le dompter à volonté sans pour autant jamais renier l’apport de cet héritage essentiel qui va de Bechet à Bigard, à Sclavis mais aussi Dolphy ou Portal.

Sur le cours (d’eau) tranquille mais jamais rectiligne que trace Mauro Negri on aime à se perdre et à se laisser prendre de découvertes en découvertes. Au fil de l’eau.                                                                                                   Jean-Marc Gelin

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:19

JJJJ BUGGE WESSELTOFT : « IM »

Jazzland 2007

 

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A l’occasion des dix ans de son label Jazzland, Bugge Wesseltoft, adepte du mélange des genres musicaux et de jazz fusion, semble revenir avec « IM » aux fondamentaux : le piano acoustique. Mais bien sûr s’agissant de ce prolixe et fantasque musicien norvégien tout raccourci est réducteur. Car bien que son jeu soit minimaliste, il est traversé par endroit de groove, de percussions enregistrées en boucle ou de collages sonores. Ainsi sur le superbe « WY », on distingue un discours de George W. Bush, des cris, du verre brisé et des extraits d’une interview de la BBC d’une congolaise racontant son enlèvement par des miliciens rwandais. Car l’album de Wesseltoft est aussi politique au sens où il ouvre un espace d’expression à des peuples opprimés et en lutte pour lesquels il exprime toute sa compassion. La voix de cette femme est calme et douce. Elle chuchote presque. Sur ce bouleversant témoignage, la musique de Wesseltoft n’est ni larmoyante ni emphatique, elle accompagne le propos avec retenu et quelques dissonances, ce qui accentue la souffrance et le chaos contenus dans ce morceau. Plus loin dans l’album c’est à la lutte du peule Sami qu’il offre un espace avec la merveilleuse chanteuse Mari Boine, inlassable combattante pour les droits de son peuple en Norvège. Ce peuple nomade a été violemment contraint de renoncer à sa langue et sa religion par la Finlande, la Norvège et la Russie, pays sur lesquels il était établi depuis longtemps. Sur « Yoyk » qui est inspiré d’un chant traditionnel sami, Wesseltoft revient au groove de ces précédents albums. De même sur « Fot », où la rythmique s’installe très simplement, très naturellement grâce à des boucles percussives, dans un espace dépouillé. « Hit » est un petit bijou rythmique : autour d’un thème joué staccato, les boucles rythmiques s’enchaînent, se déploient, s’enrichissent. Deux minutes de fantaisie où la technologie est utilisée au service de son imagination. L’ « espace » est le maître mot de cet album : ainsi dans « Black pearl makes dream », Wesseltoft , à partir d’un motif modal très simple créée des disruptions subtiles tout en revenant inlassablement vers le thème principal et en laissant une grande place aux réverbérations du piano. Sur « deIMAGER », on croit reconnaître l’univers de Satie, avec là encore l’utilisation de la réverbération du piano, de notes en suspension et du silence. 

Wesseltoft offre dans ce magnifique album un solo très personnel à l’imagination débordante.

Régine Coqueran

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:08

JJJ JOHN ZORN: “Six litanies for Heliogbaus”

Tzadik 2007

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 Cela faisait déjà  plusieurs années que John Zorn avait en tête ce projet de litanies autour du jeune empereur romain décadent Héliogabale. Des suites qui s’inscrivent dans un travail qu'il entendait entreprendre avec le chanteur Mike Patton dans le prolongement de ce qu’il fait actuellement autour de Moonchild.
Avec ces 6 litanies dédicacées à  Edgar Varèse, Antonin Artaud et Aleister Crowley (sorte de poète inquiétant de l’occulte), John Zorn joue avec nos nerfs et crée un climat terrifiant qui alterne entre l’ultra violence et les moments d’apaisement démoniaques. On est alors plongés dans l’humanité bestiale et le cri primal où l’hallucinant Mike Patton crie, éructe, vomit, racle et déverse ce qui s’apparente à  l’horreur que l'on a du mal à  entendre en face.
A certains moments des sortes de fées (prêtresses ou vestales) un peu sorcières traversent, fantomatiques, cet espace inquiétant. Mais l'on sait alors que l'apaisement ne durera pas longtemps. Entre des moments de heavy métal lourd, de guitares ultra saturées et d’agression sonore, quelques rires sarcastiques vous glacent les sangs bien au delà  de la bestialité de Mike Patton. C’est alors l’univers de Héliogabale, jeune empereur romain du III° siècle, qui prit la place de Caracalla et qui mena durant trois ans et neuf mois Rome au rythme de ses caprices d'adolescent déjanté, adorateur mystique d’une étrange  pierre noire (l’Élagabal solaire), dont il se fit le grand prêtre, qu’il nous est donné de voir, d'entendre,et d'imaginer dans une sorte de projection sonore extrême.
John Zorn qui n'a jamais caché sa passion pour le hard rock heavy dirige cet ensemble en grand maître des cérémonies pour une sorte d'expérience musicale totalement inédite et effrayante. On est là à la limite du voyeurisme malsain. C’est un peu comme des tableaux de Munch ou de Bacon qui importent moins sur le plan esthétique que sur les sensations qu’ils créent. Sauf que l’on touche ici à une forme de radicalité sans concession qui ne remet pas en question le principe de l’universalité de la musique mais au contraire l’ aborde par sa version la plus effrayante. Les codes sont bouleversés et les limites inexistantes. Saisissant ! 
Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:43

JJ DAVE ALLEN: « Real and Imagined »

Fresh Sound new talent 2007

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Les disques de Fresh Sound New Talent se suivent et… se ressemblent tous. C’est sûr c’est ce que l’on doit appeler la ligne esthétique du label et il faut bien reconnaître que Jordi Pujol est à Fresh Sound ce que Manfred Eicher est à ECM. On retrouve dans cette formation transatlantique  un jazz en quartet, certes de qualité mais tournant autour d’une musique totalement formatée dans laquelle on peine à trouver les points d’originalité avec les autres quartet New-yorkais guitare, ténor- basse- batterie. C’est assurément une musique d’une grande finesse dont il s’agit où le talent des uns et des autres n’est jamais forcé. Tout va de soi et l’on doit cette belle fluidité en grande partie aux compositions qui s’inscrivent dans cette veine post Rosenwinkellienne qui ne brillent pas par leur originalité mais qui assurent correctement ce qu’il y a à assurer. On est alors à la fois séduit et ennuyés par le jeu de Seamus Blake, aux ciselures nettes et précises et par leurs précisions quasi chirurgicales, un peu stéréotypées. On est un peu plus enchanté par le leader du groupe, le guitariste Dave Allen assez impressionnant dans ce qu’il donne l’impression que tout est facile dans sa musique. Une vraie facilité à jouer simplement les renversements d’accords les plus complexes. On tombe aussi sous le charme alors de quelques belles tentatives qui se dessinent dans ce « quadrilogue »  comme ce morceau joué sur une seule note.

Mais ce que l’on retient surtout et avant tout c’est la présence de Drew Gress dont la sonorité très moelleuse offre un tapis de rêve à ce quartet. Un Drew Gress qui, c’est sûr s’est élevé aujourd’hui parmi les meilleurs contrebassistes de son époque. Il en apporte ici une nouvelle démonstration non pas éclatante mais à tout le moins évidente. Jean-Marc Gelin
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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:42

JJJJ Paul Bley : « Solo in Mondsee »

ECM 2007


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Surtout n’allez pas faire votre grincheux devant un nouvel album de piano solo produit par ECM en imaginant que vous allez entendre encore une fois une démonstration introspective et quasi neurasthénique sur fond gris pastel d’ombres filantes d‘un pianiste aux improvisation tourmentées. Car toutes les bonnes raisons de vous réjouir se retrouvent dans ce nouvel album de Paul Bley enregistré en avril 2001 qui défie les lois du genre et tous les clichés pianistiques en vigueur. On connaît tout de ce pianiste de génie depuis ses errances free à ses fameux trios. On a tous en tête le fameux « Open to Love » enregistré aussi pour ECM. Mais jusqu’à l’enregistrement de Solo In Mondsee, jamais Paul Bley n’avait enregistré en solo et ses recherches le guidaient alors vers une forme de lenteur et vers l’approche électronique qui lui permettait alors l’étirance du son, chemin selon lui privilégié pour devenir « le pianiste le plus lent du monde ».

Cet album qui est tout sauf cela, est donc un virage total dans le travail du pianiste. Virage dont Mandfreid Eicher eut l’idée en entendant un an auparavant l’incroyable sonorité du piano (un Bösendorfer Impérial) à Mondesse en Autriche. Et c’est tout naturellement que le maître de ECM proposa à Paul Bley un enregistrement au même endroit dans des conditions entièrement acoustiques.

Le principe de ces dix variations sobrement nommées de « I » à « X » pourrait en effet faire craindre les pires clichés. Mais il n’en est rien. Car la musique de Paul Bley est celle d’une légèreté d’adolescent gracile. Bley y joue une sorte d’allégorie jamais crépusculaire mais au contraire de celle que l’on chanterait le nez au vent, en plein soleil d’été. Une sorte de ballade improvisée. Il y a un flottement dans les airs chez Paul Bley, dans cet art de l’improvisation truffé de petites citations. Pas des phrases piquées ici ou là mais plutôt la réminiscence de quelques harmonies familières que l’on retrouve au gré de ses développements. Chez Paul Bley toujours ce rappel à la mélodie qui s’invite au début, au milieu ou à la fin. Paul Bley alors flottait au dessus de son clavier dans une luminescence que favorisait en grande partie cette prise de son éclatante et exceptionnelle ce jour là à Mondsee en Autriche. Paul Bley c’est sûr est un enchanteur. Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:40

JJJJ Laurent De Wilde / Otisto 23 – “PC PIECES”

Nocturne 2007-10-08


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Un disque au visuel épuré s’ouvre à nous, dès lors de la découverte du nouvel opus de Laurent De Wilde. Cette nouvelle expérience, le pianiste l’a vécu en duo avec un maître des machines, en la personne d’Otisto 23. Il s’agit là d’une magnifique association entre un virtuose du piano et un technicien de cette nouvelle génération issue de la musique électronique. Magnifique dans le sens d’oser, de séduire, de contempler et de donner à méditer. « PC Pieces », sorti sous le label Nocturne, évoque un morcellement de la matière sonore, au sein d’un contexte de Musique répétitive. Pour aller plus loin dans l’innovation, le support CD est en fait un disque double face (comme un vinyle) et laisse apparaître un DVD sur cette seconde face. Il fallait y penser, car grâce à ce système, la musique du disque reste imperméable au piratage MP3. Quoi de mieux pour réconcilier l’objet du CD de Musique avec les auditeurs, et maintenant spectateurs ! En effet, à la base de ce projet est née l’idée d’en faire aussi une création visuelle, sous la direction de Bernard Filipetti. Les sept compositions coécrites par Laurent De Wilde sont ornées de sept vidéos respectives, et le DVD compte aussi cinq titres filmés en live à l’amphithéâtre de l’Opéra de Lyon, début Mars 2007. Tout cela autour d’une Musique aux reflets étranges et féériques. Une parfaite cohésion des deux mondes, celui des machines et celui des hommes. Et bien sur dans un respect d’un style très actuel de la musique électro. Il faudrait même se risquer à parler d’influence Dub’ ou Ambient’, lorsque dans certains titres l’utilisation de l’effet delay est poussé à son paroxysme, ainsi qu’une forte utilisation des samples et autres appareils. Musique avant tout répétitive et minimaliste, à la fois glaciale et bouillonnante, c’est un espace où le temps s’allonge tel un élastique, pour ressembler à de beaux paysages aux horizons plats et sereins. Ce n’est pas un climat festif, mais plutôt contemplatif, bien évidemment. En revenant sur l’aspect design de la pochette du disque, cela nous fait penser à une parenté particulière avec la simplicité publicitaire d’un certain Frédéric Beigbeder, actuellement ré-adapté par Jan Kounen au Cinéma. Cela rassure de savoir qu’un tel projet musical est fait aussi par des passionnés d’art graphique du nouveau millénaire. Cette ambiance commerciale ne doit pas subir trop de critiques hâtives. Il faut savoir qu’il existe maintenant un style artistique bien présent, issu de la mode visuelle en général, des années 90 à aujourd’hui. Laurent De Wilde à toujours mis en avance son appartenance à cette génération, de par ses divers travaux autour de la musique électronique. Aussi, il ne sera jamais inutile de rappeler qu’il est un des biographes les plus remarqués du fameux Thelonious Monk. Curieux destin, puisque c’est en associant avec Otisto 23 tout son savoir faire, que le pianiste français signe cet album d’avant-garde et d’ouverture.
Tristan Loriaut

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:37

JJJJ Pierre Alain Goualch – « Duc »

Cristal 2007


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Ouiiii ! Merci !! Mon dieu, merci d’avoir créé deux oreilles pour entendre ça. Superbe trio, dans la tradition sur le papier, mais catégoriquement actuel en l’écoutant. Pierre Alain Goualch, pianiste toulonnais à la notoriété établie maintenant, s’est entouré de Darryl Hall et de Rémi Vignolo pour enregistrer un moment inoubliable dans l’ancienne enceinte du club Duc des Lombards. Darryl et Rémi ? Ça fait 2 bassistes me direz-vous. Nous voici reparti dans une autre expérimentation sans tambour ni trompette ? Non ! Chut ! Dites le discrètement autour de vous : Rémi est batteur ! Rémi Vignolo, le monstre du moment, le contrebassiste surnommé « homme qui as 30 concerts par mois » (de source sure !). Excellent aux cotés de Bojan Z en trio, c’est derrière la batterie qu’il donne la réplique cette fois à son collègue de cordes, le non moins fameux Darryl Hall. Le choix des morceaux est d’une remarquable sensibilité en matière de réadaptation des standards bien de chez nous. Requiem pour un Con, Les Feuilles Mortes, Le Poinçonneur des Lilas, Pierre Alain Goualch les magnifient, à sa façon, en déstructurant, reformulant, triturant mélodies et rythmes. Mais ce n’est pas tout, nous avons même droit en supplément à une fantastique version de « You And The Night And The Music ». Le son général du groupe est à la fois blues, explosif, imaginatif, teinté d’un swing frivole, entrecoupé de grooves majestueux. Une recherche artistique et intensive dans le club le plus réputé de Paris. Une quête incessante de la note, la phrase, l’intonation parfaite, chaque fois pressé d’entamer la suivante, passionnément et avec hargne. Attention, Jazz is not dead les enfants. Tel un Uri Caine, Goualch le prouve par la virtuosité pleine de finesse, mais aussi sculptée dans la roche, alliée à la poésie permanente de ses deux compères. L’interaction entre eux est surprenante à chaque coin de chorus, renversante d’ingéniosité. Bousculant les clichés, c’est manifestement une vraie démonstration que nous offre Rémi Vignolo à la batterie. Huit titres d’une ferveur étonnante, généreuse et réellement racée, en matière de Jazz. Vivement la suite de sa carrière de batteur, quand on repense à Jorge Rossy qui s’est mis au piano (!). Un mot quand même sur le désign choisi de la pochette illustrée. On y aperçoit la représentation quasi-identique des musiciens en personnages de jeu video imaginaire, il doit certainement s’agir du jeu des « Sims » ou quelque chose du même genre. Un style d’humour que l’on adore, seulement si on ne déteste pas. Mais le risque est là, heureusement. Ces jazzmen prennent tous les risques avec un grand talent, dans tous les domaines. Chapeau bas messieurs ! Encore !! -
Tristan Loriaut

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:34

JJJJ(J) herbie hancock – « Reflets - The Joni’s Letter»

Verve 2007


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C’est d’abord l’histoire d’une amitié, très forte, qui depuis de longues années réunit la chanteuse Joni Mitchell, Herbie Hancock et Wayne Shorter. On sait que le saxophoniste et le pianiste ont participé à quelques albums de la chanteuse il y a plus de 20 ans. Mais au fil du temps jamais ce lien ne s’est distendu. Ce dont il s’agit aujourd’hui c’est une très grande complicité. Une tendresse intacte.

Herbie Hancock pour dire ces lettres de Joni Mitchell alterne les partie chantées (les lettres) et instrumentales. Avec un sens de la production très efficace dû à Larry Klein et Hancock lui-même, quelques chanteurs se succèdent : entre autres Norah Jones, Tina Turner (saisissante), Corinne Bailey, Luciana Souza, Joni Mitchell elle-même et surtout en fin d’album la gravité caverneuse et  poignante d’un Léonard Cohen qui dans The jingle Line sur le mode parlé-chanté, incarne véritablement l’âme des textes de Joni Mitchell.

Avec beaucoup d’intelligence les parties instrumentales alternent avec les parties chantées. Certains thèmes n’ont pas d’autre rapport avec le propos (Solitude de Ellington ou un éternel Nefertiti toujours et encore sublimé) que l’univers poétique qu’ils dégagent en droite ligne de cet hommage à la chanteuse. Ces parties instrumentales sont des vrais moments sublimes de rencontre où Herbie Hancock visiblement inspiré, surprend dans un registre très apaisé que l’on ne lui connaît pas toujours. Avec son éternel complice, Wayne Shorter (au soprano ou au ténor), tous les deux partagent cette douce mélancolie qui émane du personnage même de Joni Mitchell. C’est alors un pur moment de tranquillité et d’apaisement qui chez ces deux adeptes du bouddhisme relève d’une totale zénitude. Chacun s’inscrit dans le temps et dans l’espace. Chacun imprime à cet univers une poésie émouvante devant laquelle on aime à se perdre, dans lequel on divague dans quelques errances flottantes. Perdus dans l’univers envoûtant de la chanteuse, du pianiste et du saxophoniste, les trois se trouvent ici immatériellement réunis. Dans la même inspiration du dépouillement merveilleux et d’émotion retenue. Jean-Marc Gelin

 

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