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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 18:07
ARUÁN ORTIZ TRIO « Hidden Voices »

Aruán Ortiz (piano), Eric Revis (contrebasse), Gerald Cleaver (batterie) ; Arturo Stable & Enildo Rasúa (claves, sur une plage)

New York, 21 mars 2015

Intakt CD 258 / Orkhêstra

Le pianiste et compositeur cubain Aruán Ortiz s'est installé voici près de huit ans à Brooklyn, après un passage par l'Espagne. Il en avait profité pour enregistrer en trio pour le label catalan Fresh Sound (« Aruán Ortiz, Vol. 1 ». C'est donc le second CD en trio, après des enregistrements sous son nom en solo, en quartette, et une série de collaborations avec Steve Turre, Esperanza Spalding, le trompettiste Wallace Roney, et le frère d'icelui, le saxophoniste Antoine Roney. Plus encore que dans le précédent trio, le pianiste prend le parti résolu du jazz contemporain : cela commence entre cellule répétitive, sérialisme adouci et liberté tonale, une oreille vers Bartók et Stravinski, une autre vers Andrew Hill et Paul Bley, le tout avec une vraie pulsation de jazz, tendue, vibrante.... Aruán Ortiz signe une bonne part du répertoire, mais il fait aussi place à deux thèmes d'Ornette Coleman, condensés en une seule plage, et à Skippy, de Thelonious Monk, commué en un tourbillon d'improvisation ouverte. La circularité est l'un des ingrédients de ce disque, où les mouvements de rotation fonctionnent, à l'intérieur des improvisations, dans la construction des plages, et dans le mouvement même de l'ensemble du disque. Mais ces vortex (l'un des morceaux s'intitule Caribbean Vortex) n'engendrent nulle lassitude, car la variété des rebonds, des nuances, fait naître constamment de nouvelles sensations. Les sources cubaines ne sont pas absentes mais, comme les autres composantes, brassées dans des chaudrons inédits. Une impro collective, Joyful Noises, reflète aussi la joyeuse liberté qui s'empare du trio. On est ici en présence d'un pianiste qui, comme par exemple Vijay Iyer ou Craig Taborn (avec lesquels le batteur a joué), sait emmener le trio piano-basse-batterie vers un horizon rénové. À suivre donc, passionnément.

Xavier Prévost

Aruán Ortiz jouera en mars en Autriche, en Slovénie, aux Pays-Bas et en Belgique mais, à ma connaissance, pas en France....

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 15:16
SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

Shaui Einav (saxophones ténor & soprano), Paul Lay (piano, piano électrique), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie), Pierre Durand (guitare, sur une plage)

Meudon, 4-5 juin 2015

Berthold Records BHT4730025 / DistrArt Musique

Le saxophoniste israélien, établi à Paris depuis quelques années, signe son quatrième disque, avec un quartette de choc : l'irremplaçable Paul Lay au piano, et un tandem rythmique de haut vol, qui est aussi celui du groupe Flash Pig : Florent Nisse à la contrebasse, et Gautier Garrigue à la batterie. Les trois premières plages empruntent aux Visions Fugitives de Prokofiev ses rythmes anguleux, ses dissonances, et quelques fragments mélodiques, pour les métamorphoser dans l'instant en un jazz d'audace et de vigueur. Le saxophone (le plus souvent ténor) mène la danse, s'évadant en volutes parfois rollinsiennes, mais le champ est souvent laissé, plus que libre, aux accompagnateurs, notamment au pianiste qui donne une fois encore l'indiscutable preuve de son art de sideman (car c'est un art singulier, même si Paul Lay brille aussi en leader avec ses propres groupes). Le thème titre de l'album, Beam Me Up, nous embarque, avec cette fois le piano électrique, dans un univers étrange et sinueux où chacun s'exprime richement dans le jeu collectif, par la magie de cette musique démocratique que l'on nomme jazz. Le disque paraît se conclure avec un quartette où la guitare de Pierre Durand a remplacé le piano : méandres encore, richement dessinés, sur des arpèges énigmatiques. Ce devrait être la fin, mais à 11'41'' de la plage 7, après presque huit minutes de silence numérique, surgit un cadeau, une plage fantôme, avec un standard, I Surrender Dear, qui paraît être un hommage indirect au saxophoniste Arnie Lawrence : en effet ce musicien new-yorkais (qui joua chez Duke Pearson, Chico Hamilton, Louie Bellson....) fut en Israël le professeur de Shauli Einav ; Arnie Lawrence avait été une sorte de disciple de Ben Webster, et cette interprétation du standard évoque une très belle version de Webster, en 1944, avec Johnny Guarnieri et Oscar Pettiford, sur un 78 tours Savoy. Bref le disque est une grande réussite, une œuvre riche et variée, où la marque de Shauli Einav se nourrit constamment du talent de ses partenaires, par la magie d'un jeu vraiment collectif.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert le 5 février à Paris au Duc des Lombards

Un court extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=9c-mk_pLd4k

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 17:14
MAURO GARGANO : «  Suite for Battling Siki »

Mauro Gargano (cb, compo), Jason Palmer (tp), Rucardo Izquierdo (ts,ss), Manu Codjia (g), Jeff Ballard (dms), Adama Adepoju (comédien : narration), Frederic Pierrot (comédien : narration)

Mauro Gargano, le plus français des contrebassistes italiens (installé dans l’Hexagone depuis près de 20 ans), a roulé sa bosse avec le gratin du jazz. On le connaît aux côtés de Riccardo Del Fra, de Christophe Marguet ou de Daniel Humair.

Mais ce que l’on sait moins c’est que Mauro Gargano n’a pas que la passion des cordes de sa contrebasse. Il a aussi celle du ring. Celle de la boxe (qu’il pratique) et de ses inombrables fighting heroes.

A l’instar d’un Miles Davis qui jadis consacrait un album à Jack Johnson, Mauro Gargano dédie ici son album en forme de suite presque ellingtonienne à Battling Siki, premier champion du monde africain de l’histoire de la boxe.

C’est donc en 6 rounds et autant de compositions signées du contrebassiste que Mauro Gargano nous amène dans une véritable suite au gré des villes ayant marquée la vie, la carrière et la fin tragique du boxeur assassiné à New-York. La musique y est séquencée de textes écrits par Gargano en forme de dialogues/monologues du boxeur et de son entraîneur et narrés par deux comédiens.

Avec une formation de très haute volée, Mauro Gargano nous embarque avec des compositions absolument superbes entre univers Shorteriens ( Amsterdam qui évoque beaucoup le fameux quintet de Miles) ou plus post hard bop. Il y a aussi des plages de pure improvisation comme celle, saignante de Jason Palmer sur Jumping with Siki qui sonne ici comme une sorte déambulation urbaine. Où encore des moments d’émotion poignante comme sur Dublin, ville s’il en est importante dans la vie du boxeur.

La musique est riche tout comme sont riches les inspirations et les sons, électriques ou acoustiques qui marquent cet album qui s’écoute un peu comme il se lirait. Réalsé avec autant de soin que d'âme il se révèle passionnant de force évocatrice. Les solistes se surpassent et apportent une rare intelligence de jeu très équilibré. Où Jason Palmer scintille, brille un peu comme le héros fracassé de ce roman biographique. Où Manu Codjia apporte aussi une vraie puissance dramatique. Et où Mauro Gargano, sans jamais chercher à se mettre en valeur y est absolument impérial, sorte gardien du temple, arbitre des limites du ring.

Une vraie réussite. Un hommage qui ne tombe jamais dans le cliché d’un jazz upercut mais qui semble au contraire approcher au plus près la complexité du personnage qu’il nous raconte.

Jean-Marc Gelin

A écouter les 25 et 26 Février au Sunside à Paris

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 20:23
Maria  Laura Baccarini et Régis Huby : "Gaber, IO E LE COSE"

Gaber, IO E LE COSE

Abalone / L’autre Distribution

Textes et musiques : Giorgio Gaber et Sandro Luporini

Arrangements Régis Huby

Maria Laura Baccarini : voice

Régis Huby : Electroacoustic Tenor Violin, Electric Violin, Acoustic Violin & Effects

www.abaloneproductions.com

www.maud-subert-photographie.weebly.com

https://www.youtube.com/watch?v=lCN9o0i_T9k

https://www.youtube.com/watch?v=C96tAkQONvQ

Mon premier réflexe à l’écoute de cette voix que je connais et que j’aime, accompagnée simplement et pourtant sans facilité par un musicien tout seul, devenu homme-orchestre, metteur en scène, arrangeur, au violon, violon électrique et effets est de me laisser aller à la beauté de la musique, de la mélodie, de la « seule » musicalité des mots qui représentent les choses. Que sont ces « cose mentali » qui ont une autre signification pour celui qui réfléchit et s’engage?

Il existe une merveilleuse adéquation entre le sens et la forme du projet musical consacré au grand Giorgio Gaber, artiste connecté avec la culture française mais dont le talent ne s’est pas vraiment exporté. Giorgio Gaber, musicien, guitariste avait commencé dans la variété chic avec Adriano Celentano, tout en penchant vers le jazz. Comme souvent, vérité en deçà des Alpes...passe inaperçue au-delà, alors que nous sommes proches. Gaber défendait une certaine utopie, une vision du monde et de la société dans un langage intime, pas seulement beau et poétique mais fait de chair et de sang. Incarné. Les mots de Giorgio Gaber et de Sandro Luporini, son parolier, ami et compagnon d’écriture, expriment leurs « choses de la vie ». Un homme de gauche qui assumait des positions précises, sans jamais se laisser instrumentaliser, qui s’est fait critiquer pour cela sans doute. Sa génération a fait coexister un certain engagement, non dépourvu de légèreté. Il a commencé en jouant intelligemment de la variété, de façon subtile et ironique ; puis, il a changé de cap sous l’influence du Piccolo Teatro di Milano, a versé dans le Teatro Canzone.

La musique sert de mise en scène, soulignée par le travail considérable de Régis Huby. Avec un sens précieux des choses, il a su retrouver la mélodie épurée, l’esthétique simple de Gaber. La parole peut s’installer sur cette matière qui la sert. Car la méthode employée fut une relecture des textes par Maria Laura Baccarini, à haute voix, sans musique, qui n’est pas, du moins au départ, le fil conducteur de ce spectacle. ll fallait en faire autre chose, de ces mots, à partir d’une sélection courant sur une vaste production de plus de 30 ans.

De la voix, de la puissance, un cri qui ne heurte pas même quand elle hurle soudain « basta » dans « Il Luogo del Pensiero» où elle est accompagnée par des effets forts, vibrants, de pures merveilles électroniques. Je comprends bien qu’il s’agit d’une charge mais se pose la question de l’articulation entre musique et poésie : le rapport à une langue qui n’est pas maternelle, à la théâtralité d’une langue étrangère : sons et paroles, sons et sens, résonances ? Comment apprécier sans la magie du spectacle live, la richesse des textes réinventés, rejoués ainsi ?

Interprète, chanteuse autant que comédienne, Maria Laura Baccarini «préface» le spectacle, donnant les clés d’entrée pour comprendre le parcours de ce Gaber. Dans son écriture, il y a quelque chose de visionnaire comme dans le « Mi Fa Male Il Mondo ». Ce qui lui faisait mal, nous ne l’avons pas vu venir, entre autres ces désastreuses mutations de la finance. Quel sens de l’histoire ainsi racontée : « la fatigue de nos visages portant toutes ces blessures, marquées de toutes les batailles non livrées, la fatigue anticipée du visage de nos enfants, avec ce qu’ils ne vont pas trouver. »

Gaber était aussi un homme avec une sensibilité féminine qui savait analyser comment un homme et une femme « restent » ensemble pour suivre des codes fabriqués de toute pièce par la société. Dans « Il Dilemma», il est question d’une prison dans laquelle le couple s’enferme … les sentiments sont là, l’amour existe… mais rester ensemble toute une vie est «héroïque» : «il loro amore moriva come quello di tutti , come una cosa normale e ricorrente , perchè morire e far morire è un’antica usanza che suole aver la gente » soit « Leur amour mourait, comme meurt l’amour de tous... une chose normale et récurrente, car mourir et laisser mourir est coutumier chez les humains ».

Quelle beauté de cette langue italienne qui fait partie de mes racines bien que je ne la possède pas assez du moins, pour en comprendre toute la saveur. Rien des clichés, de ces « O » trop ouverts, dégueulant, qui m’ont un temps éloignéedes « canzonette », trop populaires. Paradoxal quand on aime l’opéra italien... on retrouve un peu de cette gouaille, de cette fureur théâtrale dans « l’Uomo Muore » : une mise en scène d’un rituel sauvage, scène apocalyptique où un réalisateur hystérique filme l’être humain que l’on brûle, avec un choeur antique et des percussions.

Alors il faut imaginer, se représenter la chanteuse dans sa blondeur-elle est tout sauf fragile, interpréter, avec sensibilité les chansons du Brel italien, qui donna sa version d’« i borghesi ». Gaber avait aussi d’autres références et son «Ingenuo» est par exemple un monologue inspiré des « Entretiens avec le professeur Y» de Céline. Quel vaste programme balayé par le répertoire de cet artiste.

Des cris de bête de scène rock dans le « Guardatemi Bene », une chanson des années quatre-vingt : l’histoire d’un jeune qui hurle sa colère, voulant attirer l’attention à tout prix. Il annonce qu’il est le miroir d’une «génération perdue» : «Regardez- vous, ce que vous êtes devenu». Mais quelle douceur sensuelle, irrésistible portée par un violon amoureux, dans la chanson suivante «L’illogica allegria». Seul, sur l’autoroute à l’aube, saisi soudain par la beauté du monde, accueillant un bonheur soudain, sans raison précise ( je n’y suis pour rien si ça arrive).

J’aime que Maria Laura Baccarini chante dans sa langue, même si elle maîtrise parfaitement l’américain de West Side Story (elle joua le rôle de mezzo soprano d’Anita), si elle aime et connaît parfaitement Stephen Sondheim. Je l’ai découvert pour ma part, dans La Nuit américaine, à l’Opéra Comique, un spectacle hommage de Lambert Wilson. Sans oublier la version personnelle de la chanteuse des « evergreen » de Cole Porter dans Furrow. A Cole Porter Songbook. Ou All around, le conte musical de Yann Apperry, la plupart de ses projets étant portés par son compagnon, l’arrangeur et violoniste Régis Huby.

Voilà un nouveau spectacle, fort et authentique, qui s’inscrit dans notre présent troublé. Alors, mon conseil, n’hésitez pas une seconde, s’il passe près de chez vous. Et programmateurs des scènes de musiques actuelles, n’oubliez pas ce projet réussi qui porte avec un recul de « pays éloigné », un regard des plus vifs sur notre quotidien.

Sophie Chambon

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 15:46
JOCE MIENNIEL « Tilt »

Joce Mienniel (flûte, synthétiseur analogique, composition, direction), Guillaume Magne (guitare), Vincent Lafont (piano électrique), Sébastien Brun (batterie, traitements électroniques).

Paris, 9-11 février 2015

Drugstore Malone DM005 / www.drugstoremalone.com

L'amateur chenu (mais pas encore cacochyme) se souvient forcément que « Tilt » c'était, en 1957, le titre du premier disque en leader de Barney Wilen, qui allait avoir 20 ans quelques semaines après l'enregistrement. Pourquoi en parler à propos du disque de Joce Mienniel ? Parce qu'il y a chez l'un et l'autre cet humour pince-sans-rire, cette réserve chaleureuse, cette curiosité et ce goût prospectif qui font transgresser les frontières musicales. Mais quand le saxophoniste Barney Wilen était un faux dilettante très doué qui se fiait à son intuition musicale, Joce Mienniel a développé son don de flûtiste jusqu'au sommet de l'excellence académique, pour mieux s'en libérer ensuite ; et sa liberté se lit dans la pluralité de ses collaborations : multiples avec Sylvain Rifflet, récurrentes avec Jean-Marie Machado et l'O.N.J. de Daniel Yvinec, ponctuelles avec Jean Jacques Birgé, sans parler de ses participations aux univers de la chanson et de l'image. Mais toujours la curiosité et la passion dominent. Avec ce disque, le flûtiste cultive plus encore son goût pour les pas de côté : à la flûte (ou plutôt aux diverses flûtes) il adjoint le synthétiseur analogique, son autre passion musicale, pour élaborer un paysage musical aussi riche qu'inattendu. Le discours promotionnel qui accompagne l'objet met l'accent sur la citation de Cormac McCarthy (« Un noir à se crever le tympan à force d'écouter ») imprimée sur la pochette du CD, évoquant aussi l'outrenoir cher à Pierre Soulages ; et sur la prégnance des sonorités urbaines dans le langage musical employé. Pourtant on peut entendre aussi une autre musique, faite de grands espaces désolés, où la guitare de Guillaume Magne rappelle les étendues quasi désertiques magnifiées par Sergio Leone ou Wim Wenders, avec une longue réverbération « à l'ancienne » que ne désavouerait pas Marc Ribot dans ses moments nostalgiques.... La palette sonore du flûtiste paraît sans limite (un instant, on croirait entendre un shakuachi), et la construction de l'ensemble, en forme de suite à multiples tiroirs, force l'admiration par sa cohérence musicale autant que conceptuelle (et sans chercher lequel des multiples sens du mot tilt dans la langue anglaise oriente ce projet artistique....). Au confluent d'une foule d'univers musicaux, cette musique captive, au sens propre du terme, avec une liberté qui la relie, quoi qu'on en dise, au jazz.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert le 27 janvier 2016 au Périscope de Lyon, le 28 au Fil de Saint-Étienne, et sera le 24 mars à la Dynamo de Pantin pour le festival Banlieues Bleues

Un avant-ouïr sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=CTZnpqTDr50

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 20:51
FRANCK WOESTE : «  Pocket rhapsody »

ACT 2016

Franck Woeste ( p, fder, Org, bass synth), Ben Monder (g), Justin Brown (dms), Ibrahim Maalouf (tp), Youn Sun Nah (vc), Sarah Nemtanu (vl), Gregoire Korniluk (cello)

Il y a dans ce nouvel album du pianiste allemand la marque d'une grande diversité. Celui qui vit en France et que l'on sait élevé au biberon de la musique dite « classique » et des orgues des grands compositeurs allemands, celui que l'on jurerait élevé à l'école du rigorisme protestant et qui affiche en apparence des airs de gendre idéal s'est plongé avec délice depuis plusieurs années dans un jazz de bad boys parfois bien déjanté notamment aux côtés de Mederic Collignon (Jus de bosc).

Cet album, c'est justement le reflet d'une personnalité musicale aussi riche qu'ambivalente. Entre jazz électrique, musique de chambre et ambiant jazz, Franck Woeste navigue entre l'acoustique et le fender. Il se fait ici moins soliste que formidable arrangeur, directeur artistique et compositeur. A quand Franck Woeste pour Big band !

Des compagnons de route et stars du label passent la porte du studio et viennent en ami prêter main forte. Ibrahim Maaalouf emporte avec lui quelques beaux moments paroxystiques comme sur un "Moving Light" incandescent alors que la chanteuse Youn Sun Nah laisse planer un univers plus mystérieux et mélancolique sur "Star gazer ".

Mais si l'album est superbement arrangé on a parfois l'impression de perdre le pianiste qui dirige plus qu’il ne joue. On en est un peu frustrés. N'empêche, chacune de ses interventions est absolument précieuse et lumineuse. Où fusionnent un certain clacissime et un sens du groove terrible (Terlingua) mais toujours intelliogemment et sans esbrouffe.

Parfois il se fait très americain (on pense à Bill Frisell) sur Pocket Rhapsody avec un Ben Monder étonnant de grâce. Franck Woeste a aussi l'intelligence d'ajouter parfois quelques cordes et de venir au clavier accompagner en surimpression. Franchement classieux ! Et puis c’est tout autre chose lorsque, après une intro apaisée se déclenchent des foudres noires sur un Nouakchott sombre porte par les déchirures d’Ibrahim Maalouf et les bombardements guerriers de guitare presque hendrixiennes de Ben Monder conçu comme une vrai suite.

Aux côtés de Franck Woeste, une impressionnante rythmique avec un Justin Brown qui, depuis que nous l’avions entendu aux côtés d’Ambrose Akinmusire s’avère comme l’un des véritables petits génie de la batterie.

Débordant, cet album dit beaucoup. Tout simplement luxuriant !

Jean-Marc Gelin

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:48
SURNATURAL ORCHESTRA « Ronde »

SURNATURAL ORCHESTRA : Izidor Leitinger (trompette, direction musicale), Antoine Berjeaut (trompette, bugle), Guillaume Dutrieux (trompette, bugle, mellophone), Julien Rousseau (trompette, bugle, saxhorn baryton, mellophone), Hanno Baumfelder & François Roche Juarez (trombones), Judith Wekstein (trombone basse), Cléa Torales (flûte), Fanny Menegoz (flûte & piccolo), Baptiste Bouquin (saxophone alto, clarinette), Robin Fincker (saxophone ténor, clarinette), Nicolas Stephan (saxophone ténor, voix) , Jeannot Salvatori (saxophone alto), Fabrice Theuillon (saxophone baryton, effets électroniques), Adrien Amey (saxophones alto et soprano), Laurent Géhant (soubassophone, synthé basse), Boris Boublil (orgue, synthé, guitare), Sylvain Lemêtre (percussions), Antonin Leymarie (batterie), Emmanuel Penfeunteun (batterie sur une plage), Ferry Heijne (voix ou guitare sur 3 plages)

Villetaneuse, septembre 2015

Collectif Surnatural / Absilone

Inclassable par nature, par choix, par revendication même, le Surnatural Orchestra récidive avec un objet insolite qui, déjà, sort des sentiers battus par sa forme : après la boîte en carton de « Sans tête » (avec livrets de texte et arts graphiques), et le livret cartonné en technicolor de « Profondo Rosso », voici l'emboîtage boisé de « Ronde », comme une ode à la matière qui résiste à la dématérialisation de la musique. Ferry Heijne, leader du groupe néerlandais De Kift, et Izidor Leitinger, trompettiste nouvellement recruté, et musicien rompu à tous les univers artistiques, sont venus apporter un regard extérieur sur ce collectif turbulent, et créatif ; et Camille Sauvage poursuit sa contribution visuelle à l'orchestre (il existe d'ailleurs une version en double vinyle avec une pochette créée par la graphiste). La musique est fidèle aux directions du collectif, qui conjugue son attachement aux sources que sont les musiques populaires, sources captées, canalisées et magnifiées, dans la simplicité festive comme dans l'élaboration virtuose. Le répertoire, composé par différents membres du groupe, possède l'homogénéité et la cohérence que confère l'engagement dans l'esprit collectif. Ici un groove puissant sur une mesure composée, avec de l'espace pour les solistes, nuancés, inspirés.... avant un tutti qui ravive chez l'auditeur chenu le souvenir des belles ambiances des orchestres de Carla Bley ou de Mingus. Plus loin une musique à grand spectacle, assumée et maîtrisée, qui fera place ensuite à une plage plus abstraite, où la voix trouvera son emploi dans un registre inclassable, qui fut naguère celui, par exemple, d'Escalator over the hill (on connaît des références plus ingrates....). Liberté des solistes (flûte, bugle, sax alto....) dans une autre pièce qui se conclura dans une harmonie solennelle et sans doute un peu ironique (Carla Bley, encore?). Puis une valse de chevaux de bois qui croiserait l'univers des musiques répétitives, avant une conclusion riche d'harmonies peaufinées et de free rock : réussite indiscutable pour ce nouveau répertoire. N'étant personnellement pas très en phase avec le surnaturel, je conclurai en disant que la singularité de ce collectif le rend.... extra-ordinaire.

Xavier Prévost

Le Surnatural Orchestra est en concert à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la « Jazz Fabric » de l'O.N.J., les mercredi 20 & jeudi 21 janvier 2016

Quelques aspects sur Facebook

https://www.facebook.com/SurnaturalOrchestra/app/245407692273853/

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:07
THE WATERSHED : «  Inhale / exhale »

Shed Music 2015

Christophe Panzani (ts, clb, fl), Pierre Perchaud (g), Tony Paeleman (p, rhodes, kybds), Karl Kannuska (dms)

Voilà un album qui au départ, part de rien du tout et qui à l’arrivée côtoie des véritables sommets.

Au départ disions-nous, la rencontre de potes musiciens qui s’amènent chacun avec trois fois rien, juste quelques riffs, et qui font tourner l’impro. Et ces copains-là ont le sentiment qu’il se passe quelque chose, qu’ils se sont trouvés immédiatement, fusionnellement au point qu’ils se disent qu’avec juste ce minimum ils pourraient bien entrer en studio. Alors, aussitôt dit aussitôt fait.

Et à l’arrivée disions-nous, un album majeur et qui ne ressemble à rien d’autre. Que l’on voudrait raccrocher à quelques influences et que l’on n’y arriverait pas. Car cet album porte en lui sa propre identité et surtout son extrême richesse musicale.

C’est fou les nuances de cet album ! Qui dans la même foulée peut passer ainsi d’une pop-jazz évanescente à des extrêmes powerful et très rock. Où les ciselures sublimes de Christophe Panzani au ténor trouvent leur pendant très contrasté avec la guitare de Pierre Perchaud, qu’elle soit électrique ou acoustique. Ca groove grave à la Hendrix ou bien ça part dans des délicatesses raffinées. Et toujours il se passe quelque chose de nouveau. Ils lancent trois notes de départ et ça tourne. Mais pas, comme ça, juste pour tourner, mais aussi pour installer des climats, des ambiances, des sonorités comme sur ce titre éponyme qui évolue dans différents espaces comme de mouvantes poussières d’or.

Pierre Perchaud que l’on avait perdu un peu au cours de ses escapades ONJiennes revient ici particulièrement inspiré. Ses sonorités très rock se marient à merveille avec celles très jazz de Panzani que celui-ci soit au ténor ( quel phrasé, y god !) ou à la clarinette basse. Christophe Panzani qui, il faut le rappeler a longtemps tenu le pupitre de sax ténor dans l’orchestre de Carla Bley, excusez du peu.

Derrière, toujours ça assure avec un Karl Jannuska dantesque comme à son habitude. L’un des plus grands batteurs que compte cet hexagone. Et Tony Paelemean qui d’album en album se révèle ici assez bluffant alterne là encore le piano et l’électrique.

Où l’on assiste à la naissance d’un groupe absolument remarquable, où chacun de ses membres semble apporte une attention et un soin extrême à chacune de ses interventions, en empathie totale avec les trois autres.

C’est fort, c’est prenant c’est souvent émouvant, ça voyage et ca vous emporte.

Inspirez / Expirez et laissez vous porter par cet album absolument splendide et qui dit beaucoup de ce jazz de demain que l’on guette et vers lequel il ouvre des portes bien prometteuses.

Jean-Marc Gelin

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 09:02
Marcel Kanche : "Epaisseur du vide".

Marcel Kanche (chant, piano et guitares), Julien Lefèvre (violoncelle, guitares), Isabelle Lemaître (chœurs et chant), Nicolas Méheust (orgue, fender Rhodes, méllotron), Pierre Payan (accordéon, scie musicale, synthétiseur, trompette), Bruno Tocanne (batterie). Studio Parachute à Percy (50), 2015. Pbox/Caramba.

Voici un musicien inclassable, hors normes, marginal, engagé…. Et qui n’encombre pas les bacs des disquaires. La soixantaine, Marcel Kanche signe avec « Epaisseur du vide » son dixième album. L’avant-dernier sorti en 2012 avait frappé les esprits par une lecture forte « triturante » (selon ses propres termes) de Léo Ferré (i.overdrive trio et Marcel Kanche interprètent Léo Ferré. Cristal Records). Chanteur résistant qui considère le jazz comme « la seule musique libre à ce jour », Marcel Kanche a conservé intacte cette passion pour cette musique depuis ses rencontres new-yorkaises avec Don Cherry et Carla Bley. Il partage d’ailleurs ce penchant pour la compositrice de Escalator over the hill avec son batteur Bruno Tocanne qui vient de participer au projet en forme d’hommage, Over the Hills (Imuzzic Grands ensembles.2015).

Oublions les chapelles. Marcel Kanche fait partie de ces compositeurs interprètes rebelles comme Tom Waits ou Gérard Manset. Nous sommes dans un univers poétique, globalement sombre, qui évoque aussi bien les troubles personnels que les interrogations sur cette société « en fin de course ». C’est un homme taraudé par le doute (« Dans la fabrique du doute, je froissais mes pensées, tâtonnais, cherchais la route et encore j’hésitais… ») qui cherche sa voie (« Les ai-je vues ces lumières tombées des falaises, combien d’échardes dans les regards, de reflets si blancs dans les torrents…).

On retrouve dans « Epaisseur du vide » cette quête qui marquait déjà trois de ses précédents albums, « Vertiges des lenteurs », « Dog Songs » et « Vigiles de l’aube ». L’auteur revendique cette cohérence : « Je continue l’histoire. On creuse toujours le même sillon. Mais avec le temps, on a évidemment un regard autre sur les choses à 60 ans qu’à 20. » Par un hasard du calendrier, « Epaisseur du vide » a été présenté à Paris dans une galerie du 18 ème arrondissement le jeudi 12 novembre dernier. Son écoute aujourd’hui permet de (re)découvrir un poète authentique et sans contraintes, fidèle en cela à un certain esprit français.

Concert à Bougenais (44) au Piano’cktail, le 25 mars.

Jean-Louis Lemarchand

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 17:41
BOJAN Z – JULIEN LOURAU « Duo »

Bojan Zulfikarpasic (piano, piano électrique), Julien Lourau (saxophones ténor & soprano)

Les Lilas, mai 2014

2birds1stone (2015) / www.2birds1stone-rek.com

Enregistré à l'occasion d'une série de concerts au Triton, ce disque a été produit par un financement participatif via la plateforme Ulule ; et comme beaucoup d'amateurs, j'ai suivi le mouvement. Le répertoire comporte quelques thèmes que le duo jouait déjà en concert depuis pas mal d'années, mais aussi des titres du répertoire spécifique de Bojan Z, ainsi que de nouvelles compositions (Roumgrois de Bojan ; Mr. Waits de Julien). Disponible via Bandcamp depuis le printemps dernier, le son s'est concrétisée en CD fin 2015. Leur duo repose sur une complicité de plus de 25 ans, et cela s'entend ! Dès l'abord, Bojan sollicite le piano électrique et le piano acoustique, en dialogue tendu avec le soprano : pulsation et balancement à quoi l'on résiste difficilement, et le public présent le fait savoir. Puis le ténor introduit d'un long solo l'exposé en duo de Seeds, mélodie mélancolique où le piano va ensuite cheminer sur un mode méditatif, avant réexposition du thème, et coda sous influence répétitive. Ils nous ont pris par la main, on ne peut que les suivre, entre influences orientales, envolées balkaniques et références aux diverses stratifications déposées dans le jazz par son histoire. Un pas de côté ici vers l'abstraction, ailleurs une mise en évidence appuyée de la matérialité du son, plus loin encore une échappée insouciante vers le ragtime qui va débouler droit dans les Carpates, avant que les deux dernières plages nous emportent vers l'ancienne Yougoslavie, si chère au cœur du pianiste. Beau feu d'artifice, de musicalité, de virtuosité et d'expressivité. Très belle empreinte d'un vrai moment de jazz capté sur le vif !

Xavier Prévost

Le duo jouera en concert le 15 janvier 2016 à Annonay, le 16 à Aubenas, puis au Jazz Club de Dunkerque les 21, 22 & 23, et à Cosne-sur-Loire le 25

Sur Dailymotion : Seeds, un thème du disque joué en direct dans la "Matinale culturelle" de France Musique en décembre 2015

http://dailymotionfile.com/v_x3gti7z

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Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
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