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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 09:46
JAMIE SAFT STEVE SWALLOW BOBBY PREVITE       YOU DON’T KNOW THE LIFE

JAMIE SAFT STEVE SWALLOW BOBBY PREVITE

YOU DON’T KNOW THE LIFE

Rare noise records/Distribution France DIFFER-ANT

www.rarenoiserecords.com

https://jamiesaft.bandcamp.com/track/you-dont-know-the-life

 

 

Iconoclaste et visionnaire, Jamie Saft se tourne avec ce nouvel album, vers une autre formule, explorant ainsi sur le mode électrique la vision du trio classique orgue, basse, batterie, reprenant la tradition en l’aménageant, avec des compositions originales, des improvisations collectives et des reprises de thèmes populaires américains qui lui sont chers.  Toujours sur le label Rarenoise records, après Blue Dream sorti en juin 2018 et son Solo a Genova en janvier 2018, le claviériste qui joue cette fois de l’orgue Hammond, de l’orgue Whitehall, ainsi que de la Baldwin Electric Harpsichord, s’est entouré d’une fine équipe, le bassiste Steve Swallow et le batteur Bobby Previte, superbe rythmique rompue à tous les styles. Ce n’est pas leur premier album en trio, car en 2014, ils avaient déjà créé The New Standard et en 2017, ils remirent ça avec Loneliness road, preuve d’une alchimie indiscutable entre eux.

Si Jamie Saft apporte le matériau, il laisse à ses complices une grande autonomie, dans des échanges qui prennent alors tout leur sens. Ça commence très intensément par une version plutôt déstabilisante de Bill Evans “Re: Person I know” que j’ai quelque difficulté à retrouver tant il est revisité. Le second titre est beaucoup plus enveloppant “Dark Squares”, on change encore de mood avec “Water from breath”. Ne s’agit-il pas, en fait, d’un retour vers le futur, vers “une danger zone” psychédélique, une ambiance hybride où jazz, rock et même soul se rejoignent, portés par le son indiscutable de l’orgue électrifié? Progressivement, on s’acclimate,  moins désorienté, avec les images oniriques, célestes du doux et lancinant "You don’t know the life” qui commence comme à l’église, mais sans les chants du gospel.

Jamie Saft réussit tout de même le tour de force de sortir l’orgue du contexte et de lui donner une autre vie. S'il produit beaucoup de matière avec ces timbres et alliages singuliers entre orgues et harpe électrifiée ( “The break of the flat land”), Bobby Previte est absolument impérial, faisant monter la tension, se renouvellant constamment aux baguettes, martelant les tambours ou cinglant les cymbales.

L’album est subtilement construit avec un "acme" enivrant et totalement planant qui donne son nom à l’album.  L'intérêt est d' enchaîner une succession de compositions énergiques, fluides, plus ou moins intenses et rapides, sans jamais savoir où ces trois virtuoses nous entraînent.

Il n’est pas innocent de finir par deux standards, précieux, quelque peu dépoussiérés, surtout "Moonlight in Vermont”, d’autant que Saft a choisi cette fois d’enregistrer dans un studio mythique, celui créé par l’ingénieur du son, Walter SEAR, à Manhattan, temple de la production musicale où s’attardent encore les ombres de chers disparus Bowie, Lennon, Lou Reed et l’empreinte de vivants, non moins aimés, Wayne Shorter, John Zorn… Si “Moonlight in Vermont” reprend  des couleurs, le délicieux "Alfie" du génial Burt Baccharach, est impeccablement tenu jusqu’à la note finale.

Un CD des plus séduisants, hautement recommandable qui vise haut et loin. C’est la marque des très grands.

Sophie Chambon

 

 

 

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 09:42
BEX, CATHERINE, ROMANO LA BELLE VIE

BEX, CATHERINE, ROMANO

LA BELLE VIE

SUNSET RECORDS/ L’Autre Distribution

Sortie le 1er février 2019.

 

C 'est un fameux trio de musiciens, à la belle carrière, né dans les années 90, qui a pris son temps pour enregistrer en live ( on entend le public qui applaudit à la toute fin de l’album) sur le label du club parisien du Sunset/Sunside, alors qu’Emmanuel BEX, Philip CATHERINE et Aldo ROMANO ont joué ensemble dans des configurations et des groupes qu’il serait vain d’énumérer.

Une histoire du jazz européen à eux trois, en somme, réunissant un organiste français, un guitariste belge et un batteur romain. “ Orgue guitare, batterie, une tradition dans le jazz, un son hérité du gospel” précise Aldo Romano. Chacun des membres de ce triangle équilatéral a apporté son savoir faire, son talent de compositeur dans le pot commun. Ils accordent leurs imaginaires musicaux, de légèreté, souvent mélancolique, de suavité exquise. Une musique sensible sans sensiblerie, intime, étrangement intemporelle, qui finit par s’imposer agréablement.

Le titre ne doit pas prêter à confusion, “La belle vie pour Maurice” est un hommage chantant à tous les sens du terme, puisque Bex utilise le vocoder, au critique et connaisseur Maurice CULLAZ. L’organiste y réaffirme son credo : le jazz n’a pas de frontière , question de partage de valeurs et d’attitudes dans la vie. C’est la manière de jouer qui fait le jazzman plus que le répertoire.

Philip Catherine, aux envolées d’ un lyrisme affirmé, chante lui aussi tel un guitar hero de la grande époque, troublant sur tous les morceaux. Aldo Romano, discret coloriste, toujours subtil, soutient l’attelage et ses qualités de mélodiste que l’on connaissait apparaissent avec une belle évidence dans “Il Piacere”.

Elégance du jeu, des alliages de timbre, virtuosité technique que l’apparente simplicité des mélodies et le sens indéfectible du tempo feraient presqu’oublier .

Les titres se suivent, la musique garde sa cohérence. Et prend même plus de relief au fur et à mesure de l’écoute. Ça swingue terrible sur “Twice a Week” et “Tompkins Square” qui finit l’album.

Sophie CHAMBON

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 07:53
Chrystelle ALOUR  TRAVERSEEo

Chrystelle ALOUR

TRAVERSEE

SOCADISC/ JAZZFAMILY

 

http://www.chrystellealour.com/

 

Dans la famille ALOUR, cette fois nous demandons Christelle (piano et Fender, auteur compositeur et chanteuse) même si Sophie, la soeur saxophoniste, ici à la flûte traversière et Julien, le frère trompettiste, interviennent en guestssur cette Traversée. Un coup d'oeil sur son site révèle un parcours plus qu'intéressant, loin du jazz a priori, jusqu'à une rupture soudaine à 35 ans avec une carrière plus "sérieuse", juridique. Courageux de changer ainsi d'orientation au cours d'une vie bien tracée.

Tropisme brésilien? 3 chansons en V.0 penchent vers ce versant "Florabaila", "O Leaozinho de Caetano" de Caetano Veloso et "Arota do individuo" de Djavan, Orlando de Moraes. Samba et jazz ont toujours fait bon ménage. Même quand elle ne chante pas en brésilien, ce mood demeure et cet exotisme est de bon aloi, réchauffant en ce début de nouvelle année. Surtout quand intervient le saxophone voluptueux de David PREZ du collectif Paris Jazz Underground. C'est que le groupe de Christelle ALOUR est composé de musiciens aguerris que l'on aime : Simon Tailleu à la basse, Sandro Zerafa à la guitare et Manu Franchi (batterie).

Venons en maintenant à ce qui me paraît toujours plus délicat, le vocal : là encore, une surprise plus qu'agréable, une voix chaude et sensuelle qui n'escalade pas les gammes et ne tente pas la virtuosité. Néanmoins, le timbre reste dans l'oreille, porté par les rythmes brésiliens, samba, bossa qui sont plus que flatteurs.

Prometteur!

Sophie Chambon

 

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 07:45
TULLIA MORAND ORCHESTRA MAGIC HANDS

TULLIA MORAND ORCHESTRA

MAGIC HANDS

Clapson records/ L'autre distribution

Sortie le 1er février 2019

 

www.tulliamorand.com

 

 

Ah le plaisir d'entendre un big band emmené par une femme-orchestre, multi-instrumentiste! J'en étais restée en France, à Sylvia VERSINI sur le label avignonnais de l'AJMI.

Une véritable découverte, celle d'un univers où composition et improvisation sont intimement mêlés.

Comme on partage la passion de cette chef d'orchestre pour les big bands, elle qui a commencé avec le big band de François LAUDET en 2006, a travaillé avec Delfayo Marsalis à la Nouvelle Orleans, et François MOREL depuis 2014 dans ses spectacles musicaux. C'est dire qu'elle connaît et perpétue en un sens une tradition musicale jazz que l'on aime. On se laisse entraîner par ces histoires mises, non en mots mais en musique... Les instrumentistes nombreux, tradition oblige, interviennent et posent leur chorus, soutenus par les comparses. La liste serait trop longue :12 membres et 6 invités dont Fabien Ruiz, le prof de claquettes de THE ARTIST, qui, si vous avez vu la formidable expo à la Cité de la musique sur la Comédie musicaale, intervient en donnant son avis sur les techniques respectives des 2 plus grands danseurs au monde de "tapdance", Fred Astaire et Gene Kelly. Il intervient sur "Theme for Mr J" et se fond à merveille dans le rythme endiablé de ce morceau.

La plupart des chansons sont composées par Tullia Morand. J'utilise volontairement le mot de "chanson" volontairement car ce sont des instrumentaux que l'on pourrait fredonner sans problème. Et d'ailleurs, on entend "Plus je t'embrasse" de Ben Ryan. Un mélange de jazz classique, de pop où les compositions actuelles et les classiques de toujours font bon ménage. La preuve avec ce "Cognocoli" qui pourrait être placé dans un blindfold test, tant l'arrangement et l'orchestration sont troublants et entraînants!

 

Sophie Chambon

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 18:18

Claude Tchamitchian (contrebasse)

Pernes-les-Fontaines, 13-14 juin 2018

émouvance EMV 1040 / Absilone

 

En découvrant ce disque, je pense à un autre CD en solo publié récemment, celui de Barre Phillips («End to End»), que j'ai acheté en septembre à Marseille au festival 'Les Émouvantes', dont le directeur artistique est.... Claude Tchamitchian. Pas un hasard évidemment que cette proximité qui a suggéré à Claude de programmer son aîné dans son festival pour un magnifique duo avec le danseur Julyen Hamilton. Chez les deux contrebassistes, même mélange de totale exigence et d'absolue liberté. De surcroît l'un et l'autre disques ont été enregistrés au Studio La Buissonne, merveilleux endroit où l'art et la technique se confondent. Je pense aussi au contrebassiste Jean-François Jenny-Clark, dédicataire de la première plage, et dont la contrebasse a été prêtée à Claude par la veuve de ce grand artiste, Anne Jenny-Clark. Claude Tchamitchian voulait pour ce programme, destiné à une série de concerts, et un disque en solo, changer d'accordage (la scordatura, selon un terme érudit que j'ai appris en lisant dans le livret l'entretien du contrebassiste avec Anne Montaron). Ce choix pour échapper aux réflexes instrumentaux et aux contraintes du tempérament. S'ensuivit un long travail pour apprivoiser l'instrument, les modes de jeu induits, et stabiliser la basse et ses cordes, puis des concerts.... et un disque.

Le résultat est magnifique, audacieux et inspiré. Ce sont trois suites assez différentes, avec entre la deuxième et la quatrième une pièce plus courte en forme d'interlude. Le premier solo, qui donne son titre à l'album, est dédié à celui que nous étions nombreux à désigner sous le diminutif affectueux (et admiratif) de J.F. ; c'est une sorte d'ode à l'intériorité, à la concentration et à la musique, une ode portée par l'émotion que l'on sent inséparable de l'idée même de geste artistique. En pizzicato, avec des accents rythmiques très vifs, le développement fait clairement référence à son dédicataire. Puis un archet percussif et pourvoyeur d'harmoniques ouvre d'autres voies, trace d'autre chemins dans la mémoire de l'instrument. Retour au pizzicato pour un développement méditatif et lyrique, qui taquine les gammes par ton et fait chanter la basse sur le mode rythmique avant une descente chromatique apaisée vers la coda. Je suis sûr que J.F. aurait aimé ce solo !

Vient ensuite In Memory, une pièce inspirée par les origines arméniennes de Claude Tchamitchian. Ici un double archet permet tout un jeu d'harmoniques et de résonances, et un lyrisme qui oscille entre danse et lamento : profondeur et beauté. Puis c'est In Childhood, intermède ludique qui fait écho au précédent disque en solo du bassiste, «Another Childhood» (le tout premier, en 1992, s'intitulait «Jeux d'enfant»). Claude Tchamitchian joue avec le son, la résonance, et s'en délecte : pas de musique sans la maîtrise (et l'amour) de la sonorité. Un jeu complexe dans lequel de la ligne obstinée sorte des notes finement accentuées : ce n'est plus un jeu d'enfant mais un plaisir de musicien accompli.

Pour conclure le disque, le contrebassiste revient vers une pièce un peu plus longue, In Life, comme un parcours secret dans ce qui constitue sa vie de musicien : lyrisme incandescent, emballements rythmiques, liberté qui s'offre le luxe d'une apparente perte de contrôle : musique très vivante, comme l'est le disque dans son entier.

Xavier Prévost

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Claude Tchamitchian donnera un concert en solo pour la sortie du disque le vendredi 1er février à quelques centaines de mètres de Paris au Triton, près de la Mairie des Lilas

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Pour le plaisir et la curiosité, le solo tel qu'il fut donné dans l'émission 'À l'improviste' d'Anne Montaron, sur France Musique, quelques mois avant l'enregistrement du disque

https://www.francemusique.fr/emissions/a-l-improviste/le-contrebassiste-claude-tchamitchian-enregistre-en-solo-a-radio-france-60158

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 06:33

ALEXIS AVAKIAN : « Miasin »
Absilone 2019
Alexis Avakian (ts, fl..), Luc Allainmat (p), Artyom Minasyan (doudouk), Miqayel Voqnayan (vc), Mauro Gargano (cb), Fabrice Moreau (dms)

On le sait bien, depuis le début le jazz a toujours été affaire de syncrétisme et de métissage.

Le saxophoniste Alexis Avakian pour son 3ème album ne cesse de naviguer entre deux de ses racines profondément ancrées dans sa personnalité musicale : le jazz d'une part et sa culture arménienne d'autre part.

Pourquoi choisir ?

Alexis Avakian s'y refuse préférant jeter des ponts entre les deux, mélanger les sons, les instruments et les fusionner. Il y a certes de l'affirmation culturelle et identitaire dans cet album. Mais le résultat c'est surtout une musique qui porte en elle quelque chose de plus. Comme une grande leçon de fraternité que la musique parvient à créer ici-bas dans son immédiateté (c'est maintenant) et son intemporalité ( c’et toujours).
A partir de là, Alexis Avakian outre ses talents de tenor coltranien, sa puissance mais aussi sa très grande sensibilité mélodique, se révèle un compositeur délicat. Il écrit l’âme.
Et c’est certainement parce que sa musique s’écoute comme de doux poèmes que ses camarades de jeu sont à l’unisson des sentiments exprimés.
Miasin veut dire ensemble.
C’est bien de cela dont il s’agit, d’une musique qui réunit. Ceux qui la font et ceux qui la vivent.
Jean-Marc Gelin

Alexis Avakian sera au Studio de l’Ermitage à Paris le 30 janvier 2019
Le 1er février au Crescent à Mâcon
le 19 mars au Sunset à Paris

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 17:22

Whirlwind 2019
Ingrid Jensen (tp), Steve Treseler (ts, cl, clb) , Geffrey Keezer (p), Martin Wind (b), Jon Wikan (dms), Katie Jacobson (vc), Christine Jensen (ss)


L’an passé nous nous étions esbaudis devant l’album que le trompettiste Dave Douglas et le saxophoniste Joe Lovano avaient consacré à Wayne Shorter.
Cette fois, ce sont deux grands musiciens qui rendent hommage à un autre immense compositeur, Kenny Wheeler.
Les deux musiciens ont eu l’occasion de collaborer plusieurs fois avec Kenny Wheeler et alors que la communauté du jazz était sous le choc de sa disparition, c’est un an après sa mort ( en 2015) qu’ils ont enregistré l’essentiel de ce sublime hommage.
Si l’album en lui même est une grande réussite cela tient à, plusieurs ingrédients.
Tout d’abord les compositions de Wheeler qui apparaissent ici dans un registre plus classique et presque Shorterien. Moins dans ce que nous avons l’habitude d’entendre mais dans une véritable relecture qui rend à Kenny Wheeler sa place dans les plus grands compositeurs de cette musique.
Mais le charme de cet album tient aussi à ce supplément d’âme que les deux maîtres d’oeuvre parviennent à lui insuffler en restant fidèles à leur propre personnalité jazzistique.
Et tout d’abord il y a là, la révélation d’une trompettiste absolument exceptionnelle que, pour dire le vrai , nous ne connaissions pas beaucoup si ce n’est par ses apparitions toujours flamboyantes dans l’orchestre de Maria Schneider. Totalement inspirée elle apporte à cet hommage autant de brillance que de profondeur, portant les compositions de Kenny Wheeler à de véritables sommets.
A 53 ans, elle apparaît comme une très grande de l’instrument, en totale maîtrise mais aussi en passion.
Son entente avec le saxophoniste de Seattle, Steve Treseler est fusionnelle. Les deux musiciens se connaissent parfaitement et l’on ne compte plus les collaborations qui les unissent. Le saxophoniste , élève de Jerry Bergonzi mais aussi de Bob Brookmeyer ( la référence de Maria Schneider) est lui aussi une véritable révélation. Saxophoniste soulful s’il en est Steve Treseler a des sonorités qui évoquent Michael Brecker
C’est dans un jeu de questions réponses que les deux musiciens fusionnent, échangent , dialoguent, contre-chantent pour faire de cet hommage une petite merveille.

Un disque rare à découvrir de toute urgence.
Il faudra suivre avec attention les possibles apparitions de cette formation sur la scène européenne. A ne manquer sous aucun prétexte.
Jean-Marc Gelin

 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 21:37

 

Alfred Vilayleck (guitare basse, composition, direction), Matthieu Chédeville (saxophone soprano), Armel Courrée (saxophone alto), Jérôme Dufour (saxophone ténor), Pascal Bouvier (trombone), Samuel Mastorakis (vibraphone), Daniel Moreau (piano, claviers), Julien Grégoire (batterie), Caroline Sentis (voix). Invité : Serge Lazarevitch (guitare électrique)

Pompignan, 29 août-2 septembre2018

Neuklang NCD 4195 / Pias


 

Confirmation éclatante du talent de compositeur d'Alfred Vilayleck et de la qualité musicale autant qu'instrumentale des membres du Grand Ensemble Koa de Montpellier. Le fil rouge (plus qu'un prétexte assurément), c'est une évocation des poètes de la Beat Generation via trois figures tutélaires : Jack Kerouack, Allen Ginsberg et William Burroughs. La musique ne plonge pas ses racines dans les musiques de jazz qui furent contemporaines de ce trio poétique (le bebop, la révolution d'alors, et ses suites tumultueuses). Le choix est de jouer une musique d'aujourd'hui, marquée autant par le jazz des sixties et le rock progressif que par un sens des formes hérité de la tradition musicale de l'ensemble du vingtième siècle. La qualité des solistes irradie les espaces improvisés, et le sens collectif est palpable dans tout le déroulement du CD, plage après plage. La chanteuse Caroline Sentis, venue en renfort du groupe, prête sa voix aux textes, en anglais ou en traduction française. Dans la dernière plage, après le dernier vers de Thanksgiving Prayer, de William Burroughs, c'est une imprécation contre ceux qui accusent la Beat Generation de tous les maux. Déjà sorti en téléchargement (https://www.bauerstudios.de/de/data/shop/6632/ncd4195.html), l'album verra bientôt le jour en support physique (25 janvier en Allemagne, 1er février en France). Mais dès maintenant le groupe est en tournée : on se précipite !

Xavier Prévost

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En concert le18 janvier à Perpignan (Jazzèbre), le 26 à Lautrec (Tarn) au Café Plum, le 2 février Saint-Claude (Jura) à La Fraternelle, le 8 à Nantes, au Pannonica & le 9 à Toulouse, au Taquin.
Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=hizTNwsdvzY

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 08:25

Ingrid Laubrock, Contemporary Chaos Practices. Two works for orchestra with soloists. Mary Halvorson, guitar, Kris Davis, piano, Nate Wooley, trompette, Ingrid Laubrock, saxophone. Décembre 2017. Power Station, Berkeley NYC. Intakt Records.

 


Lors d’une récente conversation, Philippe Carles, l’auteur de « Free Jazz » (avec Jean-Louis Comolli) me confia son admiration pour cet album sorti l’automne passé par un label suisse assez pointu, Intakt Records, sis à Zurich. Le titre m’avait interpellé, mais j’avoue que j’ignorais totalement l’existence d’Ingrid Laubrock, même si la saxophoniste allemande (48 ans) résidant depuis dix ans à New-York après vingt ans à Londres s’est illustrée au sein des groupes marquants du free jazz. Membre régulière de la formation d’Anthony Braxton, qui l’a grandement inspirée, Ingrid Laubrock s’avère être aussi bien une vraie improvisatrice-au ténor et au soprano- qu’une sérieuse compositrice, Les deux titres présentés dans le disque constituent d’ailleurs des commandes passées à la jazzwoman. L’audace et la liberté tiennent le haut du pavé dans ces deux œuvres –Contemporary Chaos Practices (4 parties pour 24 minutes) et Vogelfrei (hors la loi en français) qui s’étire sur 17.48 minutes. Pas moins de 47 musiciens ont participé à ces créations en studio qui alternent mouvements d’ensemble et solos du quartet de la saxophoniste. Est-on dans le jazz ou la musique contemporaine ? La question ne se pose pas, tant les œuvres vous emportent dans un univers qui marie improvisations et compositions. L’accueil de la presse américaine témoigne de cette appartenance aux deux mondes : le New York Times a retenu l’album parmi les 25 disques de musique classique  (classical music tracks) de 2018 et Downbeat consacré Ingrid Laubrock comme l’étoile montante (Rising Star) de l’année dans la catégorie saxophone ténor après lui avoir attribué la même distinction trois ans plus tôt pour le saxophone soprano. Le chaos et l’harmonie peuvent-ils faire bon ménage ?, 20 ans après l’astrophysicien  Trinh Xuan Thuan (Le chaos et l’harmonie. Editions Fayard), la musicienne Ingrid Laubrock apporte sa réponse, en notes.

Jean-Louis Lemarchand
Ingrid Laubrock se produira le 8 février à Vitry sur Seine (94)au sein de l’Anthony Braxton Zim ensemble dans le cadre du festival Sons d’Hiver.
 

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 16:45

 

Daniel Goyone (piano), Thierry Bonneaux (vibraphone, percussions)

Pernes-les-Fontaines, 25-27 septembre & 20-23 novembre 2017

Music Box Publishing A 442 / InOuïe Distribution


 

À la première écoute, à cause peut-être de la plage 1, Baba Rumba, qui exhume le souvenir d'Armando's Rhumba, et aussi en raison de la clarté mélodique, et du dialogue avec le vibraphone, on pense à Chick Corea. Mais c'est un leurre. Daniel Goyone est un brouilleur de pistes, un musicien qui maraude sur les sentiers transversaux, offrant ses talents mêlés de pianiste et de compositeur au jazz, aux musique latines et indiennes, ou à la chanson de qualité. Goût revendiqué de la musique française du début du vingtième siècle (dont une plage-clin d'œil à Erik Satie), mais aussi exploration hardie des combinaisons rythmiques les plus audacieuses, tout chez lui respire l'esprit d'indépendance. Écriture soignée, espaces improvisés quand le déroulement le requiert, le musicien garde la maîtrise de son projet, en harmonie totale avec le vibraphoniste-percussionniste Thierry Bonneaux, complice de longue date. Il en résulte un disque résolument inclassable, et qui manifestement se revendique comme tel. Alors rangez votre étalonneur de catégories musicales, oubliez votre tendance à la taxinomie, et profitez du plaisir qu'offre ce disque singulier et totalement réussi.

Xavier Prévost

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Sur Youtube, extraits et élucidation par le pianiste-compositeur

https://www.youtube.com/watch?v=TJmHKL-nYvM

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