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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 14:12

 

Christophe Monniot (saxophones sopranino & alto, composition, direction artistique), Sylvie Gasteau (sonographie, livret, direction artistique), Roberto Negro (piano), Adrien Chennebault (batterie, direction artistique), Valentin Ceccaldi (violoncelle, horizoncelle, percussions), Florian Satche  (batterie, percussions), Guillaume Aknine  (guitare électrique),  Jean-Baptiste Lacou (trombone),  Gabriel Lemaire (saxophones alto & baryton), Quentin Biardeau (saxophones soprano & ténor), Alexis Persigan (trombone), Alan Regardin (trompette), Yoann Loustalot (trompette, bugle), et les voix de Bernard Vaisbrot, Louis Moutin, Stéphane Douady, le petit François (interrogé par Marguerite Duras), Jean Le Gall, Roberto Negro, Michel Richard, Marco Stroppa

Meung-sur-Loire, 27-30 décembre 2015

Ayler Records / http://www.ayler.com/

 

Un rêve d'Art Total, rêve en grande partie réalisé. Une suite inspirée par les vibrations qui triomphent des murailles de Jéricho, et qui mêle des textes bibliques (Le Livre de Josué , en hébreu et en français, par une mise en miroir décalée), des poèmes d'Avrom Sutzkever (en mixage français-yiddish), et l'Ultima intervista de Pasolini, en version bilingue ; sans oublier des conversations sur les résonances et les bruits du monde. Et surtout la musique, qui puise aux multiples sources du vingtième siècle (jazz, rock, musiques contemporaine et électro-acoustique....). Une musique qui ressemble à son compositeur, musique ouverte, sans œillères, où cohabitent l'excès, l'euphorie, le recueillement, l'intensité, et la riche sophistication de l'harmonie autant que la simplicité foncière de l'émission sonore. Et une musique qui, jazz oblige, met en relief ses improvisateurs (Christophe Monniot lui-même, Guillaume Aknine, Roberto Negro.... et tous les autres). Bref un objet curieux, qui comble notre curiosité par son inventivité, son caractère divergent et sa singularité hardie. Plus que d'un 'album concept', selon l'expression usitée en pareil cas, on pourrait parler d' œuvre conçue, et réellement enfantée. Sans doute par l'intervention de Sylvie Gasteau qui procède de cet univers, un objet sonore qui se promène entre la fiction radiophonique et le hörspiel, à découvrir d'urgence, avec l'ouverture d'esprit -et d'oreilles- qui s'imposent.

Xavier Prévost

 

Le groupe donnera ce programme en concert le 14 mai à Paris, au Studio de l'Ermitage.

 

Un avant-ouïr sur le site du label

http://www.ayler.com/christophe-monniot-jericho-sinfonia.html

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 17:46

 

Vincent Tortiller (batterie), Alexandre Hérichon (trompette), Antonin Fresson (guitare), Joran Cariou (claviers), Samuel F'Hima (contrebasse), Lucile Chriqui & Cynthia Abraham (voix)

Paris, 17-18 novembre 2017

Label MCO / Believe

 

Dans un univers qui oscille entre le rock progressif (harmonies sinueuses, pulsation rock, recherche d'un son instrumental un peu différent), la bonne vieille fusion des années 70-80, le jazz bien sûr, et une certaine voie de la pop sophistiquée, c'est un disque d'époque, qui ressemble aux jeunes musiciens qui le créent. Les compositions sont signée par Vincent Tortiller, parfois en collaboration avec ses partenaires, mais ce n'est pas pour autant un disque de batteur, où le drumming s'imposerait de manière hégémonique. Les solistes ont pour s'exprimer une place de choix : le guitariste (la touche 'fusion 70-80') s'y fait entendre, le trompettiste aussi (avec ici ou là un timbre de bugle), plus véhément parfois, et les claviers sont plus discrets en matière de solo, mais très actifs dans l'installation des climats. Le piano électrique et la contrebasse ont un beau terrain de jeu dans Lili Bois et Les briques où la voix, absente d'une bonne partie du disque, apparaît comme une couleur instrumentale, dans un espace discrètement rehaussé par des ambiances sonores aux couleurs de jeux d'enfants. La batterie n'envahit pas le mixage (très soigné), mais elle gronde en permanence, dans le soubassement, d'une énergie tellurique qui porte assurément le groupe. Et après un thème, tRAfalgar, qui synthétise assez bien les composantes du projet, la dernière plage, kODamA (featuring Lucile Chriqui), qui mélange voix claire et sons étranges, offre un horizon de musique du monde. En résumé le disque apparaît comme une belle synthèse de l'univers multiforme où évoluent ces jeunes musicien(ne)s qui circulent librement entre le jazz et ses entours.

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera le samedi 12 mai au festival 'Jazz sous les pommiers' de Coutances (Magic Mirrors, 13h30) , et le 30 mai à Paris (La Petite Halle, 20h30)

 

Sur Youtube

tRAfalgar : https://www.youtube.com/watch?v=BjS95lE_QKE

et

kODamA  : https://www.youtube.com/watch?v=9YgpYqXEBd8

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 13:51

 

GUILLAUME de CHASSY – CHRISTOPHE MARGUET with ANDY SHEPPARD «Letters to Marlene»

Guillaume de Chassy (piano), Christophe Marguet (batterie), Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano)

Pernes-les-Fontaines, janvier 2018

NoMad Music NMM 050 / PIAS

 

Trois ans après l'enregistrement de «Shakespeare Songs» (avec Kristin Scott Thomas comme récitante), le trio récidive, en choisissant pour inspiratrice Marlene Dietrich. Le destin hors-norme de cette actrice, son engagement et sa personnalité offrent bien des pistes à l'imaginaire musical. Le disque commence par une version très très inédite de l'inoxydable Lili Marleen, dans laquelle le saxophone se lance dans une improvisation tandis que le piano, en léger retrait et après plus de trente secondes, offre en contrechant/contrechamp la mélodie, sur un foisonnement de batterie qui donne à l'ensemble sa tension d'émoi. Vient ensuite une composition du pianiste qui prend les teintes d'Images de Debussy, avant de bifurquer tout jazz. Puis une composition du batteur, inspirée par l'arrivée de Marlene aux USA, en 1930, avec le réalisateur de L'Ange Bleu : le jazz, comme affirmation rythmique. Thème du pianiste à nouveau, évocation ferme, et mélancolique, du combat pacifiste de l'héroïque citoyenne du Monde. Et le disque poursuit, de plage en plage, sa riche cohérence musicale, évoquant aussi bien l'icône vénérée par les Alliés que la femme amoureuse de Gabin, la nostalgie de l'Allemagne natale, sans oublier la chanson de L'Ange Bleu qui la rendit célèbre, ou sa solitude cloîtrée près de la Seine pendant les dernières années de sa vie.... Et tout cela sans sombrer jamais dans les travers de la musique à programme. Un très bel hommage, et une vraie réussite artistique....

Xavier Prévost

 

Le trio jouera le 9 mai à Coutances (Jazz sous les pommiers, concert en direct sur France Musique à partir de 18h), l e 23 mai au festival 'Jazz in Arles', le 24 à Fontenay-sous-Bois (Le Comptoir), le 26 à Lurs (Alpes-de-Haute-Provence, à l'Osons Jazz Club), puis du 31 mai au 2 juin au Jazz Club de Dunkerque, et le 22 août au festival Jazz Campus de Cluny.

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?3&v=yYqtFPdkNKQ

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 10:17
Orchestre National de Jazz     Concert anniversaire   30 ans La Villette

 

Orchestre National de Jazz

Concert anniversaire des 30 ans à la Cité de la musique (Festival de Jazz à la Villette) 2 septembre 2016.

Coffret CD et DVD édition de luxe (disponible dès le 27 avril 2018)

ONJ records/ L'autre Distribution

Captation son RADIO FRANCE

Captation video Oleo

Onze grands orchestres au format variable entre dix et vingt six musiciens (pour seulement dix chefs dont un Italien, Paolo Damiani) ont vécu cette formidable traversée chronologique du jazz en France depuis François Jeanneau qui inaugura l'outil ONJ (http://www.onj.org), en 1986 au théâtre des Champs Elysées jusqu'au petit dernier, Olivier Benoît (2014-2018).

Quelques remarques préliminaires: l' ONJ de François Jeanneau a vraiment essuyé les plâtres avec une seul année de mandat, certains orchestres ont duré deux ans, les autres trois ; Daniel Yvinec, devenu le premier directeur artistique d'une formule renouvellée est resté cinq ans et Olivier Benoît, l'actuel titulaire, quatre ans. Claude Barthélémy est le seul à avoir eu deux mandats à différentes époques (1989-1991) et (2002-2005).

L'ONJ, subventionné par le ministère de la culture pour diffuser du jazz contemporain est le seul exemple de ce type en Europe, un outil de travail unique pour chaque génération qui monte.

La musique "passionne" le temps, l'aventure devient esthétique mais on ne prend pas toujours suffisamment en compte les risques encourus par chaque orchestre. Le chef ou D.A qui change régulièrement pour éviter la routine, est "responsable" du casting, du programme et de la ligne artistique. Autant dire que l'ONJ en a vu et entendu de toutes les couleurs : un formidable laboratoire expérimental, une machine trop onéreuse, l'arbre qui cache la forêt des autres grands formats, le tremplin idéal pour de nouveaux talents, un tableau idéal du jazz à un moment M...

Si cette institution est encore là et en pleine forme, continuant vaillamment à tracer sa route, après trois décennies d'existence, elle donne la possibilité aux musiciens, même de façon éphémère, de jouer comme dans un véritable orchestre (classique), dans la continuité. Comment ne pas y être favorable si elle légitime toutes les formes de jazz, cette musique des lisières, qu'elle met à égalité avec les autres grandes formes instituées? "Et que reste-t-il d'un orchestre quand il n'existe plus", se demandait déjà Vincent Bessières, pour les vingt ans de l'ONJ? La réponse nous est fournie en partie par ce coffret CD/DVD, restituant la mémoire de ceux qui ont vécu au sein de ces formations, qui ont entendu ces ONJ en leur temps, dans leur jus, et nos impressions, à nous qui écoutons et regardons cette restitution actuelle. Le principe et l'essence même du jazz.

Pour l'anniversaire de ces trente ans, l'ONJ a frappé fort avec un concert exceptionnel en deux parties, le 2 septembre 2006, lors du festival de jazz de la Villette, à la Philharmonie de Paris.

Après une première partie réservée à l'ONJ Benoît dans son programme Europa Berlin, il fut demandé aux chefs qui l'ont précédé de choisir une composition de leur répertoire et de venir la présenter avec l'ONJ actuel. C'est un peu court en somme, pour se faire à l'empreinte de chaque ONJ mais comment rendre trente ans en une seule soirée, aussi longue soit-elle? Cette compilation chic  compose un répertoire sensationnel, un instantané de la réalité plurielle des jazz, actualisés puisque joués par les musiciens du dernier ONJ. Des univers personnels, des projets vraiment originaux repris par des instrumentistes qui réinventent ces musiques. Les titres s'emboîtent comme dans un kaleïdoscope : s'il fallait en garder quelques-uns plus significatifs (difficile de choisir), on citerait les vocalises inouïes d'Elise Caron sur cet "à plus tard" à la dramaturgie marquée qui commençait le disque de l'ONJ Badault en 1991, le fascinant "Desert" d'Antoine Hervé, le "in tempo" de Laurent Cugny, le mélodieux "Argentiera" de Paolo Damiani, la surprenante "Valse 2" de Franck Tortiller qui carbure à mille temps.... 

On peut d'abord entendre le CD et ensuite se passer le DVD, réalisé par Josselin Carré, épatant! Il permet évidemment, après la présentation de chaque numéro par Arnaud Merlin de mieux fixer les solos ou les passages repérés au disque, d'en redécouvrir d'autres tout aussi remarquables : certains solistes sont très "visibles" comme le violoniste Théo Ceccaldi, omniprésent, mais on apprécie de revoir un Claude Barthélémy chevelu à l'oud avec le trompettiste Fabien Martinez (ici au bugle) sur le justement nommé "oud oud", le batteur Eric Echampard essentiel, le tromboniste invité Luca Spiler sur la valse de Tortiller, d'autres élèves comme lui du CNSM pour le vigoureux "Out" de Didiler Levallet, des soufflants comme les saxophonistes Alexandra Grimal, Hugues Mayot ...

Des bonus conséquents proposent une interview des dix chefs qui commentent leur expérience à la tête de leur ONJ. Leurs réponses à chacune des trois questions posées (vos trois plus fortes influences en matière de big band, le choix des instruments dans le casting, comment imaginez-vous le prochain ONJ?) proposent une réflexion toujours instructive à continuer, tout en racontant l'histoire de cette institution et du jazz à travers elle. 

Le livret, très soigné, comporte des indications discographiques précises avec vignettes des pochettes, des photos restituant les temps forts du concert, et un portrait rapide de chaque chef qui reprécise le contexte, évoque des souvenirs marquants de son ONJ.

Quelle façon avec ce bel objet de revivre cette aventure étonnante grâce à la précieuse contribution de ces "passeurs d'énergie". Indispensable document pour et sur le jazz...

 

Sophie Chambon

 

 

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 10:04

SHABAKA HUTCHINGS - SON OF KEMET : « Your queen is a reptile »
Verve 2018


De quoi le phénomène Shabaka Hutchings est il le nom ?
Du renouveau du jazz ?
Si l’on pense à ce jazz qui fait à nouveau danser les foules, qui attire vers lui une population de jeunes, alors on peut dire que le saxophoniste anglais de 33 ans s’inscrit dans les pas de ses contemporains qui, à l’image d’un David Krakauer savent mettre l’assistance en liesse et en transe. On pourrait dire la même chose de ce côté-ci de l’hexagone avec des groupes comme Akalé Wubé qui, sur la base des Ethiopiques savent mettre leur auditoire en état second de danses effrénée. Dans un autre reGistre, la bande à Jean Dousteyssier parvient à faire se lever de leurs chaises, des jeunes qui dansent sur du …..John Kirby !

Si l’on évoque les inspirations du saxophoniste anglais, là encore rien de nouveau. Il y a chez Shabaka Hutchings une filiation évidente avec son illustre prédécesseur, Fela Kuti voire aussi avec Sun Ra dont il ne cesse de revendiquer l’influence.

Avec « Your queen is a reptile », Shabaka Hutchings prend son sujet à bras le corps. Celui des femmes mythiques auquel il rend un hommage ahurissant. Tout amène ici à bouger, à tourner et tourner et tourner encore jusqu’à étourdissement total. C’est du gros son. De la musique qui vient là vous bousculer et vous donne l’injonction de la faire passer par le corps, des orteils jusqu’à la pointe des cheveux.  La musique de Son of Kemet, comme son nom l’indique prend sa source au coeur de l’Afrique depuis les rythmes du Nigéria jusqu’aux carrefours d’Addis-Abbeba. La musique de Shabaka est une sorte d’ovni qui rappelle bien des choses et vient ici secouer le cocotier d’un jazz parfois un peu endormi. Avec la puissance crachée d’une musique sans concession ni complaisance. Gros son du tuba pour venir scander les lignes de basses avec force ostinatos, gros son de sax qui vient déchirer le rideau feutré, grosses percussions qui intiment à la foule l’ordre de se lever.
Shabaka Hutchings au pays de la reine mère est une sorte de punk jazz. Révolutionnaire ? Pas sûr, mais trublion festif assurément. Que les sujets de sa majesté s’inquiètent : « Your queen is a reptile » est un brûlot.
DANS TA FACE !
Jean-Marc Gelin

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 16:22
MOON RIVER  Fred PASQUA

 MOON RIVER  Fred PASQUA

Label Bruit Chic/ L'autre distribution

Sortie le 27 avril

25/05 Sortie de disque au Sunside Paris

http://www.bruitchic.com/flyin-with

Le batteur Fred Pasqua nous livre avec Moon River son premier album en leader, inspiré de quelques musiques qui l'ont influencé, des thèmes marquants qu'il va relire en quartet avec Yoann Loustalot au bugle, Nelson Veras à la guitare, et Yoni Zelnik à la contrebasse. Mais il s'adjoint, luxe véritable, d'autres invités de qualité sur certains titres, comme le pianiste Laurent Coq, absolument indispensable pour recréer Ravel dans ce "Soupir" qui ouvre l'album, et la composition inoubliable d'Henri Mancini "Moon River". Deux saxophonistes tenor  Adrien Sanchez et Robin Nicaise, interviennent, chacun sur des ballades, comme "Nascente" de Milton Nascimento et "Central Park West", la merveille coltranienne. Ce qui permet au batteur de juxtaposer d'autres orchestrations, dans des formules différentes, duo, trio, quintet sans guitare pour un blues délicieux "Louisiana Fairytale", une fin qui ouvre au contraire sur un univers plus éclatant et entraînant.

Une belle équipe qui recrée les goûts de ce batteur discret, ce qui fait de cet album un délicat portrait en creux, tant nos choix nous révèlent. Une musique de nuances, poétique et lumineuse mais d'une luminosité ténue, à l'image de la photo de couverture. Ainsi, on réinvente le temps en écoutant ces divers morceaux qui, tout en nous faisant passer d'auteurs très différents, de Kenny Wheeler ( "Gentle Piece" ) à Miles Davis ("Circle"), de Jimmy Rowles ( "The Peacocks" si attachant) à Joe Henderson ("Black Narcissus"), composent un programme très cohérent. Une recomposition personnelle sur le même versant mélancolique et doux, de petites pièces qui jamais, sauf peut être le "Riot" de Herbie Hancock, ne précipitent le tempo. Moon River baigne dans des climats plus feutrés qu'impose une rythmique élégante et souple. On peut alors être sensible aux diverses interventions du quartet, des solistes, si bien choisis qui se complètent tout en étant dans la même vision de l'improvisation. Jamais les musiciens ne s'affrontent, mais s'épaulent au contraire : guitare et bugle, partageant les mêmes couleurs, se laissent aller à de fines broderies. 

Un album dont on écoute chaque pièce avec bonheur, partageant, il faut bien le reconnaître, tous les choix. Se découvre ainsi, lentement, au fil du temps, une aventure intérieure qui touche au plus près.

 

Sophie Chambon 

 

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 12:29

Michel Edelin (flûte, flûte alto, flûte basse, bansuri, flûte non identifiée), Jérôme Bourdellon (flûte, flûte basse, flûte octobasse, flûte slovaque)

Sweet home studio, 4 & 6 juillet 2017

Label USINE LU 2017 / https://www.lesallumesdujazz.com/produit-peninsula,2327.html


 

Deux flûtistes exclusifs (chose rare en jazz et musiques cousines), avec tout ce que ce choix procure de maîtrise, de connaissance intime de l'instrument, et de recherche d'accès au graal instrumental quand il tutoie la monomanie. En fait, l'exclusivité et la monomanie sont relatives : il est arrivé à Michel Edelin de trahir sa flûte pour un saxophone soprano, mais le souci de ne pas froisser les esthètes l'a fait renoncer à cet écart véniel. De plus, outre que l'un et l'autre s'associent pour couvrir le champ instrumental qui s'étend de la flûte soprano jusqu'à la (très) rare flûte octobasse, ils s'autorisent aussi des excursions exotiques vers les flûtes indienne, slovaque, voire d'origine non identifiée. Le parti pris est celui de l'improvisation libre, où l'un et l'autre excellent. L'enjeu n'est pas mince : lancer un son, une note, une phrase, un rythme, qui se combinera dans l'instant avec la réactivité du partenaire, lequel n'aborde pas l'exercice sans bagages, mais avec ce désir de privilégier l'inouï, l'inattendu, sans oublier le passé, la culture et les expériences antérieures. Un court instant, on croit faire incursion dans l'après-midi d'un faune, mais on bifurque très vite vers d'autres horizons : les circonvolutions à l'orientale, les appels de sirènes pour un possible départ, les courses folles dans les escarpement du grave ou de l'aigu, puis l'abandon au monde des lointains. Tous les titres choisis empruntent des mots ou des expressions au Bateau ivre de Rimbaud. Il ne nous reste plus qu'à nous abandonner « Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! ». L'ivresse (musicale) est au programme de cette navigation sans balises.

Xavier Prévost

 

'Peninsula' sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=TJYOBVrqr2g 

 

Le duo n'annonce pas de concerts pour l'instant, mais on pourra entendre Michel Edelin en duo avec la chanteuse Franca Cuomo à Paris , le jeudi 3 mai 2018 à 20h30, au Petit Balcon (10, rue du Liban, 75020)

Vidéo Michel Edelin - Franca Cuomo 'Le Snark'

https://vimeo.com/152010867#at=7

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 11:43

Klarthe 2018 ( www.klarthe.com)
Olivier Calmel (p, compos, dir), Johann Renard (vl), Frederic  Eymard (alto), Xavier Phillips (cello), Clément Petit ( cello), Antoine Banville (dms)


Une merveille qui vous arrive comme ça, sans prévenir, un petit bijou qui vous est offert.

Olivier Calmel dont je suis travail depuis quelques années avait insisté pour que, dans la masse de disque que je reçois, j’écoute attentivement celui qu’il venait de m’envoyer. Je crois qu’il en était un peu fier, mais sans insistance. Avec classe. J’avoue, j’ai un peu traîné, perdu dans d’autres urgences, de celles qui font le buzz du moment. J’ai donc traîné  mais pas au point de laisser filer le concert qu’il donnera le 25 mai au Triton. A ma décharge j’avoue que j’avais un peu perdu de vue Olivier qui était depuis quelques années focalisé sur la composition de musiques de films. J’avais pourtant de ses nouvelles parfois par d’autres musiciens orientés aux aussi sur cette forme d’écriture.
Mais un jour j’ai sorti cet album et je l’ai fait tourner sur ma platine.
Et là, comment vous dire, c’est un peu comme si je venais de frotter la lampe d’Alladin. Comme si un génie venu de terres lointaines mais me semblant si proches en même temps, envahissait mon salon.
Cet album qu’il dédie à Roger Calmel ( célèbre compositeur, son père peut-être je ne sais pas), est un moment de grâce absolu. Un ensemble de 15 pièces dédiées à 5 cordes ( piano, violon, alto et double violoncelle) auquel s’adjoint Antoine Banville à la batterie et pour qui l’exercice demande autant de finesse que de subtilité.
Il y a de la vie dans cet album et dans ces compositions. Une vie et une âme qui vibrent, qui dansent, qui gémissent et rient.
J’ai pensé tout de suite à John Zorn version The Dreamers. Mais c’est réducteur ( quoique). Parce que dans cet album qui évolue sans cesse on y trouve toutes les inspirations qui fondent ce qu’Olivier Calmel à 44 ans est devenu comme musicien et comme compositeur très reconnu. Il s’approprie à peu près tous les codes, de la musique classique au jazz au klezmer dans un heureux syncrétisime.
Les cordes ici s’enlacent et se tiennent ensemble franchissant des frontières ( Le hongrois qui déraille) des montagnes orientales, dominant des sommets, comme s’élevant au ciel ( Submergés). Ces cordes à qui Olivier Calmel fait tout faire qu’il s’agisse de dérouler des tapis volants, de ponctuer des lignes de basse, de faire chanter les mélodies ou de se donner des sinuosités de mélismes maîtrisés.
Il faut atteindre un vrai niveau de perfection pour composer ainsi, pour arranger de la sorte, pour diriger avec un tel sens de l’équilibre en lassant s’installer l’émotion et surtout l’imaginaire qu’il convie. Les plages de cet album s’effeuillent comme on lirait les chapitres d’un livre dont on ne s’arrache pas. Il y a , il est vrai de l’urgence dans cet album.
« Immateriel » n’est pas seulement hors du temps, il est aussi hors sol.
Jean-Marc Gelin

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 20:42

Sony  Legacy 2018
Musiciens : trop de noms mais juste quelques noms : Keyon Harold (tp) + Marcus Strickland (ts, bcl), Nir Felder (g), Robert Glasper (p), Scott Tixier (vl), Burniss Travis (b)


More is more !
Voilà une album du trompettiste qui ne manque pas d‘envergure et de souffle. Admirablement « mis en scène » grâce à la collaboration de l’incontournable Robert Glasper, le nouvel opus de Keyon Harrold enregistré à Los Angeles est bien ancré dans son époque, entre nappes électriques, hip-hop et urban music. Travail d’orfèvre qui pourrait s’apparenter à un manifeste des temps modernes mais aussi travail sur le son, travail sur la musique, travail sur les arrangements, sur les voix et sur les textes, « The Mugican » a presque tout pour en faire un grand disque sur lequel survole un trompettiste de très haut vol qui marche dans les traces de Jeremy Pelt, ou de Christian Scott.
Keyon Harrold n’est pourtant pas un perdreau de l’année, lui qui multiplie les collaborations avec Rihana, Eminem, Gregory Porter etc… Excusez du peu.
Tout est flamboyant dans cet album. Qu’il s’agisse des chansons ou des orchestrations sur lesquelles le trompettiste, au service d’autre chose que de lui-même apporte une brillance servie par une technique de très haut niveau. Derrière lui c’est aussi toute une mécanique ultra bien huilée qui se met en branle portée aussi par un Marcus Strickland toujours aussi powerfull et un Nir Felder étirant les notes en nappes de velours ( Ethereal sounds).
Harold est bien ancré dans son temps. Celui des Glasper, des Meshell, de Kendrick. Ce temps qui syncrétisme autour du jazz toutes les tendances actuelles de la musique « savante » noire américaine.  Et dans ce temps d’ici et d‘aujourd’hui le trompettiste s’engage et délivre des messages ainsi que tous les artistes noirs américains le font régulièrement au gré de leurs productions, Broken news ou When will it stop sonnants ainsi comme un plaidoyer manifeste contre l’Amérique de Trump.
On note une magnifique composition de Keyon Harrold, Stay with me sublimée par les chanteurs Bilal et Big K.R.I.T, composition qu’aurait pu s’approprier David Bowie tant elle semble proche de so  esthétique.
Tout au long de l’album les lignes de basse de Burniss Travis imposent un groove sourd et répétitif sur lequel Harold s’envole. Il faut écouter ce dernier sur Bubba Rides again. On comprend que l’on est en présence d’un grand artiste capable de tout emballer.
Harrold sait allumer le feu et embraser la scène.
Jean-Marc Gelin

KEYON HARROLD  : » The mugician »

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 16:28

Stéphane Chausse : sax alto, clarinette, clarinette basse, Médéric Collignon : cornet et vocal, Claude Egea : trompette et bugle, David Enhco : trompette et bugle, Hadrien Féraud : basse électrique, Stéphane Guillaume : sax soprano et tenor, flûte, clarinette, Didier Havet : tuba et trombone basse, Ludivine Issambourg : flûte et flûte alto, Sébastien Llado : trombone, Thierry Maillard : piano, Lucas Saint Cricq : sax baryton, ténor et sopranino, Yoann Schmidt : batterie, Samy Thiébault : flûte, sax tenor, sax alto, Daniel Zimmermann : trombone, Christophe Zoogonès : flûte. Enregistrement 28-31 août 2017. Studio Recall, Pompignan. Ilona Records/L’autre distribution

C’est un rêve que réalise Thierry Maillard. Le pianiste aux  14 albums à son actif en vingt ans de métier, présente un big band, formé de pointures du jazz français. Quatorze interprètes invités à jongler avec les compositions et arrangements du « boss ». « Une musique exigeante » (Sébastien Llado), « Sans concession riche et agréable »(Lucas Saint-Cricq), « Très belle musique mais très difficile à jouer »(Claude Egea). Thierry Maillard s’est volontairement écarté des chemins traditionnels du grand orchestre sans pour autant oublier les fondamentaux harmoniques et rythmique. Au fil des plages, on saisit les influences de Bill Evans, Chick Corea mais aussi Bartok ou Frank Zappa. Autant dire que l’éventail ne manque pas d’éclectisme. L’ambition est  bien au cœur de ce projet qui prend toute son ampleur par la qualité des interprètes. Chapeau bas à Thierry Maillard qui a réussi à amalgamer ces 14 artistes qui n’avaient jamais joué ensemble. Mention spéciale à un invité présent sur deux des huit titres, Médéric Collignon, toujours aussi déjanté au cornet et à la voix. Un grand orchestre qui devrait –c’est notre souhait-attirer l’attention des programmateurs de festivals. En attendant, « Pursuit of Happiness » enchante et dévoile une nouvelle facette de ses talents à chacune de ses écoutes. Tendez l’oreille !
Concert le 3 mai à 20 h à l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet (75009, avec en première partie Olivia Gay (violoncelle) et Aurélien Pontier(piano), deux étoiles montantes de la musique classique.

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