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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 10:28
HERMIA-MOHY-GERTSMANS        THE LOVE SONGS

 lHERMIA-MOHY-GERTSMANS

THE LOVE SONGS

Back to the heart of jazz

Jazzavatars/L'autre Distribution

http://www.manuel-hermia.com

Manu Hermia (tenor and alto sax ), Pascal Mohy (piano), Sam Gerstmans (cb)

 

Voilà un album qui est arrivé à point sur le label JAZZAVATARS,  en cette fin décembre mouvementée et pour le moins compliquée. Avec ce trio bien établi outre-quiévrain, il n’est pas question de grève des sentiments, peut-être de quelques désordres de l’aorte, puisqu’ils reprennent quelques-unes des chansons d’amour du répertoire de Broadway, des standards intéressants à revisiter, plutôt que les plus rebattus… Le sous-titre est parfaitement explicite : " back to the heart of jazz".  Le choix demeure immense cependant et en choisir sept était une gajeure. Le saxophoniste Manu Hermia glisse une de ses compositions, délicatement, “I aime you”, en antépénultième position, qui ne dépare pas la cohérence de l'album. La mélodie évidemment figure dans les critères de choix, et elle se détache précisément, comme l’ envoûtant “Soul Eyes” inaugural du grand Mal Waldron, qui nous plonge immédiatement dans une atmosphère de film noir.

En 2012, sur Emouvance, Laurent Dehors et Matthew Bourne se lançaient aussi dans un programme de “Chansons d’amour” mais les compositions étaient de leur cru, hormis “La vie en rose”. Et leur échange les poussait à vivre sur le fil, plutôt radicalement. Ici, rien de tel, peu de tension, le trio sans batterie, (sax, piano, contrebasse) est en phase, jamais dans l’emphase, célébrant la douceur mélancolique du sentiment amoureux comme dans cette délicieuse ballade “The nearness of you”. On est en effet au plus près des musiciens comme dans un club de jazz quand on sent les vibrations, la musique en train de se faire. Toujours sobre, se calant avec bonheur dans ce registre intimiste, le saxophoniste garde une sonorité mate, sans trop de vibrato à l’alto et au ténor, dans un registre qui ne prétend pas à une modernité extrême, mais s’inscrit dans la tradition d’un jazz intense, royal à dire vrai. Tous trois (Pascal Mohy au piano et Sam Gerstmans à la batterie) arrivent à affiner le dosage de leur musique singulière, en suspens, fragile architecture minimaliste. Ils bâtissent une suite en équilibre dans une apparente simplicité. De grandes qualités qui jouent en faveur d’un album plutôt convainquant, authentique déclaration d’amour pour cette musique, à laquelle on ne peut rester insensible. C’est le coeur qui parle explicitement : on se laisse entraîner, comme en amour, le coeur bat plus vite et c’est bien...

 

 

 

Sophie Chambon

 

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 18:24

Stéphane Payen (saxophone alto, composition), Olivier Laisney (trompette), Bo Van Der Werf (saxophone baryton), Nelson Veras (guitare), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve & Thibault Perriard (batteries)

Villetaneuse, décembre 2018

Onze Heures Onze ONZ 036/ http://www.onzeheuresonze.com/

 

La suite de l'aventure du Workshop : après le quartette enregistré en 2014 et publié en 2015 («Conversations With The Drum», Onze Heures Onze ONZ 010, chroniqué ici  ), voici un octette, qui déploie en plus large instrumentation cette passion des couleurs, du rythme et du son qui sont le terrain de jeu favori de Stéphane Payen et de ses complices. Les sources d'inspiration sont multiples : mélodies sinueuses nimbées de rythmes obsédants, souvenir d'Ornette (Coleman), ombres tutélaires du jazz libre et des sources africaines, dissonances comme il s'en trouvait déjà chez Mingus à la fin des années 50, tension féconde entre les deux batteries.... Les membres du groupe font preuve en permanence d'une inventive liberté, et une sorte de souffle collectif plane sur cette cérémonie propulsée par un groove aussi libre que prégnant. À citer au fil des plages, le lyrisme très libre de Bo Van Der Werf ; l'inventivité permanente de Stéphane Payen dans les appuis rythmiques périlleux qui toujours font sens, et musique ; l'imagination intarissable de Nelson Veras, qui constamment nous emmène ailleurs, sans qu'il soit possible de s'égarer, car la base demeure à l'horizon ; la hardiesse exploratoire d'Olivier Laisney, qui nous écarte de l'attendu, mais se garde bien de nous perdre ; le tout porté par une rythmique dont le rôle est prépondérant, dans ce labyrinthe où l'on aimerait se perdre. Il en résulte une sensation de vitalité autant que de vivacité. Les lignes improvisées se croisent dans un flot pulsatoire irrépressible. Bref, c'est de la vraie belle musique VIVANTE, où l'élaboration souvent sophistiquée jamais n'étouffe une sorte d'élan vital. À déguster sans la moindre modération !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Vimeo

https://vimeo.com/365499481

et sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=itQLRNhuRs0

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Le groupe jouera le 8 janvier 2020 à Paris, au Studio de l'Ermitage, dans une configuration légèrement différente : Stéphane Payen, saxophone alto ; Olivier Laisney, trompette ; Sylvain Debaisieux, saxophone ténor ; Bo Van Der Werf, saxophone baryton ; Tam De Villiers, guitare ; Jim Hart, vibraphone ; Guillaume Ruelland guitare basse & Vincent Sauve, batterie.

Au même programme le nouveau groupe de Sarah Murcia "Eyeballing", avec Benoït Delbecq, Olivier Py & François Thuillier    

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 17:17

Pierre Christpophe (piano), Joel Frahm (saxophone ténor), Joe Martin (contrebasse)

New York, 22 août 2018

Camille Productions MS062109CD / Socadisc

https://www.lesallumesdujazz.com/produit-live-at-smalls,2858.html

 

Retour à New York du pianiste Pierre Christophe, qui avait longtemps séjourné dans cette ville où il fut, notamment, l'élève de Jaki Byard, dont il reprend dans ce disque 3 compositions, évoquant aussi, au fil des plages, un goût probablement issu de cette formation pour les traits pianistiques vifs et brillants. On est dans ce petit club de Greenwich Village, un endroit majeur de la vie jazzistique new-yorkaise, en dépit de la relative exiguïté du lieu. Deux blues (en do, l'un de Byard, Just Rollin' Along, l'autre d'Ellington, Flirtibird), des compositions de Pierre Christophe (dont African Beauty, belle valse qui évoque tout à la fois l'univers de Langston Hughes et l'esprit de In Your Own Sweet Way de Dave Brubeck). D'ailleurs il y a en fin d'album une composition de Brubeck, beaucoup moins connue, Softly , William, Softly (album «Time In», 1965). Pierre Christophe l'expose au piano avec une verve rhapsodique digne de son Maître Jaki Byard, et garnérise légèrement dans le solo final car c'est son péché mignon, et nous serions les derniers à le lui reprocher. Le choix d'un groupe sans batterie, et celui de partenaires de haut vol (qui ont en commun d'avoir enregistré avec Brad Mehldau), permet une totale réussite : beau disque de jazz, avec de l'espace pour le piano, sans toutefois que le leader ne tire à lui la couverture. Ce disque, paru à l'automne, a connu quelques échos, mais on aurait aimé qu'il fût plus entendu, écouté et apprécié. Alors vous savez ce qui vous reste à faire : précipitez-vous pour le découvrir.

Xavier Prévost

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African Beauty, un extrait du concert au Smalls sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Ytrx3DAyvz0

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Pierre Christophe jouera en janvier son Hommage à Erroll Garner, en quartette avec Sébastien Girardot, contrebasse, Stan Laferrière, batterie et Laurent Bataille, percussions :

au Jazz Club de Courbevoie le 20 janvier

à Paris le 21 janvier au Duc des Lombards

au Jazz Club de Palaiseau le 31 janvier

et au Festival de Saint Saturnin (Charente) le 17 janvier

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 21:41

Dave Liebman (saxophone soprano), Joe Lovano (saxophone ténor), Greg Osby (saxophone alto), Phil Markowitz (piano), Cecil McBee (contrebasse), Billy Hart (batterie)

Hoboken (New Jersey), 30 août 2017

Enja Yelow Bird ENJ 9769 / l'autre distribution

 

La poursuite d'une aventure entamée en 1999 pour prolonger l'héritage de John Coltrane. Michael Brecker était du nombre («Gathering of Spirits», 2004), remplacé après sa mort par Ravi Coltrane (pour deux albums : «Seraphic Light», 2008, & «Visitation», 2011) puis désormais par Greg Osby. À l'origine des compositions de Coltrane formaient une partie du répertoire. Ce fut encore le cas pour le disque suivant, puis la plume des participants produisit des thèmes originaux qui, assurément, gardent la flamme de l'embrasement coltranien. L'écriture des parties de saxophone dans les exposés rappelle aussi que le jazz n'a pas commencé avec Coltrane, dont l'esprit rôde dans certains thèmes et improvisations, notamment de Liebman. Nulle tentation d'épigone, rien que l'admiration éclairée d'un des plus vibrants analystes du Maître. C'est donc une ode à cette musique, célébrée par trois grands solistes-souffleurs, et une rythmique d'enfer. Avec aussi, en intro et coda, et ailleurs au fil des plages, des fulgurances de liberté qui entraînent le langage loin de ses bases canoniques. Ici Liebman prend tous les risques avec l'audace de celui qui sent bien que l'équilibre est au bout de la phrase. Là Joe Lovano traverse en quelques mesures plusieurs pages d'une histoire qu'il connaît sur le bout des clés de son saxophone. Et régulièrement Greg Osby libère ses pulsions d'aventurier M'Base. Bel hommage à la vitalité du jazz, célébration sans emphase mais en flammes.

Xavier Prévost

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 10:45

Ray Charles, Nat King Cole, Laurent de Wilde, Alain Jean-Marie, Fred Hersch, Nat King Cole encore, et Albert Ammons (par ordre croissant du contenu calculé en nombre de CD) : quelques-uns des coffrets parus cette année, pour stimuler vos idées de cadeaux.

RAY CHARLES «The Complete 1961 Paris Recordings», 3 CD Frémeaux & Associés/Socadisc

Le retour des enregistrements réalisés en 1961 au Palais des Sports par la RTF, sous la houlette du Bureau du Jazz alors récemment créé par Lucien Malson, et dont André Francis fut l'artisan infatigable. Si ma mémoire est bonne, une première édition partielle vit le jour dès 1982 de façon non officielle (mais légale, car dans l'Italie d'alors, 20 ans suffisaient à permettre l'exhumation d'une archive radio pour le disque). C'était dans la série 'Europa Jazz' qui, en des albums 33 tours, pillait allègrement, à l'initiative d'un hiérarque de la RAI (la radio publique italienne), le fonds des radios publiques européennes (qui se prêtaient des archives pour alimenter leurs programmes). Un exemplaire de ces disques accompagnait chaque fascicule d'une encyclopédie vendue dans les kiosques à journaux sous le titre de Grande enciclopedia del jazz. Cette première mouture, souvent rééditée, et amendée, par divers labels, débouche aujourd'hui sur une intégrale des enregistrements réalisés les 21 & 22 octobre 1961. Ray Charles est à l'orgue Hammond (comme pour l'album «Genius+Soul=Jazz»), et à la tête d'un grand orchestre où l'on trouve la plupart de ses fidèles de l'époque, et les incontournables Raelets. Avec une bonne vingtaine d'inédits qui n'étaient pas tous forcément indispensables.... mais précieux pour les intégralistes !

NAT KING COLE «Incomparable !», 3 CD Cristal Records / Sony Music

Une très belle anthologie (le trio, la voix, le piano....) signée par un grand connaisseur, l'Ami Claude Carrière. À découvrir au travers du compte-rendu de Jean-Louis Lemarchand en suivant le lien ci-dessous

http://lesdnj.over-blog.com/2019/11/mona-lisa-bonne-fee-de-nat-king-cole.html

LAURENT de WILDE «Three Trios», 3 CD Gazebo / l'autre distribution

La réédition de trois introuvables du pianiste français : «Odd and Blue», avec Ira Coleman & Jack DeJohnette (1989), «Open Changes», avec Ira Coleman & Billy Drummond (1993), et «The Present», avec Darryl Hall & Laurent Robin (2006). Trois brillants jalons sur un parcours en trio qui se poursuit encore, et assurément perdurera. L'occasion de (se) rappeler l'importance de ce musicien, adoubé naguère par la scène états-unienne, et toujours impliqué dans le plus vif du jazz (sans pour autant se refuser d'autres aventures de musiques et de textes).

ALAIN JEAN-MARIE «The Complete Alain Jean-Marie Biguine Reflections» ; 4 CD Frémeaux & Associés / Socadisc

En un coffret de 4 disques l'intégrale des 5 CD de ce trio, publiés en l'espace de plus de 25 ans. Une belle manière de prendre conscience de la fibre antillaise qui n'a jamais cessé de vibrer chez ce grand jazzman adoubé par les figures majeures du jazz états-unien.

FRED HERSCH «The Fred Hersch Trio 10 Years / 6 Discs» Palmetto Records /Bertus Distribution

En 6 CD les 5 disques (dont un double : «Alive in the Vanguard») enregistrés entre 2010 et 2018 par le pianiste avec John Hébert & Eric McPherson. L'occasion de vérifier (s'il en était besoin....) que Fred Hersch est aujourd'hui l'un des artistes majeurs de cette musique.


NAT KING COLE «Hittin' the Ramp : The Early Years (1936-1943)» 7 CD ou 10 LP Resonance Records / Socadisc

Un édition majeure, qui restaure des trésors et exhume des inédits pour mettre en évidence le rôle de ce musicien, en son temps et en son influence sur la génération suivante. Exceptionnel !

ALBERT AMMONS «Complete Work» 9 CD & 1 DVD, Association CAFESOCIETY

Une intégrale en tirage limité, concoctée par des passionnés et parue au début de l'été. Une belle manière de (re)découvrir le roi du boogie-woogie. On peut tenter sa chance pour voir si elle est encore disponible. Détails en suivant ce lien vers les publications de l'Académie du Jazz sur facebook    

Xavier Prévost

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 16:16

Sylvain Rifflet (saxophone ténor, clarinette, clarinette basse, shruti box, harmonium), Verneri Pohjola (trompette), Benjamin Flament (percussions)

Paris, septembre 2018

Magriff 0255 / l'autre distribution

 

Le saxophoniste est un champion de l'esquive féconde. Il surgit régulièrement d'où l'on n'osait l'attendre. Cette fois c'est la musique médiévale des troubadours qui lui sera terrain de jeu. Mais le jeu n'est pas vain. Plutôt que de tirer argument d'un discours d'escorte tout trouvé, le musicien nous emmène ailleurs, sans trahir le moins du monde la source. D'Eble II de Ventadour (mon préféré) à Bertran de Born, il explore les musiques de ces chantres d'un temps immémorial qui, malgré que nous en ayons, nous font encore rêver. Il en fait une musique (un jazz, osons l'écrire) d'aujourd'hui, où se mêlent les instruments d'ailleurs (la shruti-box de la musique traditionnelle indienne), d'hier (l'harmonium) et de notre présent. La trompette de Verneri Pohjola et les percussions de Benjamin Flament sont à l'exact diapason de ce projet, qui magnifie ce répertoire en l'entraînant sur le terrain des musiques modales. C'est fascinant, envoûtant, mais surtout 100% musical, parce que l'exigence esthétique prime sur l'enjeu anachronique. Magnifique réalisation. Et en guise de coda, The Peacocks, sublime composition de Jimmy Rowles, avec pour seul accompagnement le bourdon de la shruti-box, comme il le faisait en concert en rappel des concerts du projet «Re-Focus». Ultime hommage au grand Stan Getz, dont Sylvain Rifflet disait (Jazz Magazine n° 721, octobre 2019) qu'il était «le troubadour du saxophone ténor !». Occasion de rappeler qu'en plus de la magnifique version avec Jimmy Rowles himself au piano («Stan Getz Presents Jimmy Rowles-The Peacocks», Columbia 1975), le grand Getz avait joué ce thème en concert au festival de Middelheim en 1974, avec.... Bill Evans au piano (il existe des éditions plus ou moins pirates). En bonus une plage fantôme, à 7 minutes et 8 secondes de la plage 10, un thème d'un autre troubadour, Peire Cardenal, traité avec une liberté confondante. Ultime bonheur.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 10 décembre à l'Auditorium Jean-Pierre Dautel du Conservatoire de Caen

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Hn0TWrT3V1E&feature=emb_logo

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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 18:25

Robert Dick-Joëlle Léandre-Miya Masaoka «Solar Wind»

Robert Dick (flûtes basse & contrebasse, flûte à coulisse, piccolo, voix), Joëlle Léandre (contrebasse, voix), Miya Masaoka (koto, percussion)

New York, 28 septembre 2018

Not Two MW 986-2 / www.nottwo.com/mw986

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Tiger Trio «Map of Liberation»

Joëlle Léandre (contrebasse), Myra Melford (piano), Nicole Mitchell (fûte, flûte alto, piccolo)

Paris, 19 rue Paul Fort, 21 novembre 2018

Strasbourg, Fossé-des-Treize, festival Jazz d'or, 13 novembre 2018

RogueArt ROG-0093 / https://roguart.com/product/map-of-liberation/138

 

Près de quarante ans maintenant que j'écoute Joëlle Léandre, sur scène, en concert, et sur les ondes, et je constate une fois de plus qu'elle ne cessera jamais de m'étonner, de me surprendre.... et de ma ravir. Dans cette musique (improvisée-de-jazz-de-passion-et-de-risques), il arrive parfois que l'on succombe à la douce désillusion du 'déjà entendu'. Avec Joëlle Léandre, rien de tel. Comme l'écrivait le poète sur l'espace de plusieurs pages «UN COUP DE DÉS..... JAMAIS.....N'ABOLIRA....» non pas le hasard mais la surprise. De hasard il peut être aussi question, car lorsque le choix est fait par les artistes de s'associer pour improviser, rien n'échappe à la magie de l'instant autant qu'aux contingences du moment (le temps qu'il fait, l'humeur de chacun(e), l'ambiance qui règne dans le studio, ou dans la salle pour les enregistrements de concerts). C'est une musique que l'on aborde dès la première minute, au concert comme sur CD, avec la disponibilité maximale. On ne s'attend à rien, c'est à dire que l'on s'attend à tout, dans un état de réception qui ne demande qu'à devenir un état de grâce.

Dans le premier disque, on entre de plain-pied dans un souffle mystérieux, ponctué d'attaques d'archet, et de quelques notes éparses, surgie probablement du koto, mais qui sonnent au premier abord comme un tintement de piano. Et le jeu est engagé, on n'y échappe plus, on suit le fil, préoccupé de (res)sentir plutôt que de comprendre (car la clef, si elle existe, est au bout du chemin, près de 50 minutes plus tard). On passe littéralement par des sentiers d'inouï, par des sons souvent mystérieux, toujours d'une véritable épaisseur matérielles, presque sensuelle aussi, et en constante musicalité. Une expérience sonore-musicale, au sens fort du terme. Et l'écoute nous conduit, à la dernière plage, à un finale presque concertant, mais d'un concerto inédit, non reproductible, une sorte de miracle qui ne peut se rejouer qu'à la réécoute du disque, ou sous une forme différente lors d'un autre concert. Magie de l'instant vous dis-je !

Pour l'autre CD, et l'autre trio, la donne pourrait être différente : j'ai eu l'occasion d'écouter ces trois musiciennes, ensemble, sur scène et sur disque. Et pourtant pas de redite, pas de redondance, rien qu'une exquise connivence forgée au fil des rencontres, et qui organise d'emblée la musique en régime concertant : mais attention, rien ici de formaliste, de préétabli ou de préformé. Juste une faculté de reprendre le fil commun (les rencontres précédentes, mais aussi la communauté de culture, enrichie des bagages esthétiques et référentiels de chacune). Surprise encore, et toujours. Fascination devant une telle cohérence, alors que l'on sent le saut dans la vide, le va-tout. Captées à 24 heures d'intervalles, lors de deux concerts (Paris, Strasbourg), ces musiques disent pleinement la singularité de cet Art de l'improvisation. Tisser une toile, nouer des fils, composer avec une poignée de matériaux sonores, et des tonnes de vécu et de connaissances, un nouvel objet, toujours inédit, dont la force et l'urgence jamais ne se démentent. Chapeau bas !

Xavier Prévost

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Joëlle Léandre participera le 14 décembre à la journée non-stop des vingt ans du Triton, près de la Mairie des Lilas. Marathon musical ininterrompu dans les deux salles, de quatorze heures à minuit (programme en suivant le lien ci-après). À 17h45 Joëlle Léandre jouera en trio de contrebasses avec Jean-Philippe Viret et Jean-Philippe Morel

https://www.letriton.com/files/_upload/programme-20-ans.jpg

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 10:49

Clément Janinet (violon, violon désaccordé, violon ténor), Hugues Mayot (clarinette basse, clarinette, saxophone ténor), Joachim Florent (contrebasse), Emmanuel Scarpa (batterie), Yves Robert (trombone)

Yerres(Essonne, sans date)

GIG 012 OUR2

 

Le retour de ce groupe à l'acronyme mystérieux, déchiffrable peut-être par l'une des plages du disque précédent, «Imaginer demain», publié sous le même label l'an dernier. On y trouvait en effet Ornette Under The Repetitive Skies : la clef du mystère ? On retrouve cette référence aux musiques répétitives, avec un recours privilégié à l'écart ou à la différence dans la répétition. C'est d'une construction très subtile, les voix se mêlent, se répondent, entrent aussi en tension, voire en conflit, le tout dans un déroulement qui respire le jazz, notamment quand un instrument s'évade dans l'improvisation tandis que le groupe fait mine de tracer sa route, sans négliger pour autant écarts et autres chausse-trappes. C'est vivant, toujours, chantant, souvent, et constamment préoccupé de musicalité, car si la forme est une donnée permanente, le formalisme n'éteint pas le souffle vital. On est de plain-pied dans un imaginaire musical, et l'on serait tenté de dire, avec l'arrivée d'Yves Robert pour 4 plages, d'un 'folklore imaginaire' (car le tromboniste fut membre de l'A.R.F.I. 'Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire....). Son intervention, sans briser le cercle de la répétitivité, apporte un autre chant, par son expressivité foncière. Bref c'est une nouvelle fois, pour Clément Janinet et -O.U.R.S., une vraie réussite.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert le 4 décembre au Théâtre de Vanves dasn le cadre de NEMO, biennale des arts numériques

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A signaler, d'Yves Robert, un récent (et très très bon) CD en trio intitulé «Captivate», avec Bruno Chevillon et Cyril Atef, enregistré à Budapest pour le label BMC (UVM distribution)

 

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 09:18
PIERRICK HARDY ACOUSTIC QUARTET      L’OGRE INTACT

 

 

PIERRICK HARDY

ACOUSTIC QUARTET

L’OGRE INTACT

EMOUVANCE 2019, emv 1041.

Absilone

 

Un titre mystérieux pour un quartet acoustique singulier réuni par le guitariste breton Pierrick Hardy avec ses compagnons de jeu, la clarinettiste intrépide Catherine Delaunay, qui joue aussi du cor de basset, le leader d’Abalone (le violoniste Régis Huby) ou d’Emouvance (le contrebassiste Claude Tchamitchian).

Une musique de chambre actuelle, décloisonnée, ouverte à l’improvisation qui s’inspire autant de littérature que de peinture ou de tout autre discipline artistique, en six titres qui prennent le temps d’exprimer toute leur éloquence. Vaste terrain d’expérimentations puisque les compositions se réfèrent implicitement par le titre du moins- il ne s’agit jamais d’illustrations sonores- à des champs artistiques qui balaient large, du théâtre kabuki au buste hiératique d’Eléonore d’Aragon sculpté par Francesco Laurana ou aux fresques du XVème d’une inexorable danse macabre, fréquente source d' inspiration de la fin du Moyen Age. C’est un musée imaginaire que Pierrick Hardy recrée avec son quartet, mû sans doute par des découvertes, des chocs esthétiques assez forts pour déclencher, fertiliser son inspiration.

Plénitude des cordes de la guitare qui s’autorise des incursions en terres “trad”, embardées libres, volontiers dissonnantes du violon, chant sombre, instinctif de la basse qui pose les fondations, mélodieux contrechants de la clarinette qui peuvent enfler en crescendo.

On se laisse guider (presqu’aveuglément, comme en apesanteur) sur le chemin de la narration, du drame même, suivant l’argument évoqué dans chaque histoire, souligné habilement par le sens des nuances, ruptures douces, presqu’imperceptibles, murmures méditatifs qui se brisent en silences, soupirs délicats, ou soudaines irruptions de vifs éclats, plus tranchants.

Les influences se bousculent sous les arrangements précis, nerveux du guitariste qui joue aussi de la clarinette : ce n’est pas seulement pour créer de nouvelles atmosphères en usant de divers timbres, mariant cordes et bois, mais pour construire et déconstruire, souffler et apaiser.

Ainsi joue-t-il, virevoltant dans la rigueur, tiraillé entre diverses polarités,mû par l’élan rythmique du jazz, la fraîcheur mélodique du folk, les écarts du contemporain, au delà de la sensibilité et du lyrisme, contrôlant des dérèglements qui ne vont pas jusqu’au free. Chacun se cale dans l’interplay, à l’écoute bienveillante des trois autres, stimulé par les audacieuses trouvailles des copains.

Un album spontané et fraternel qui exalte la rencontre, loin des commencements qui sous-entendaient des promesses, accomplies à présent, continuant infatigablement l’aventure, justifiant le titre de ce groupe soudé. Des personnalités affirmées qui se soumettent volontiers à une écriture qui révèle une structure rigoureuse et dense, tout en donnant l’impression d’une création aussi continue qu’imprévisible.

 

Sophie Chambon

 

 

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 14:52
FREDERIC BOREY    BUTTERFLIES TRIO  Fredéric Borey (tenor sax) Damien Varaillon (double bass) Stéphane Adsuar (drums)

FREDERIC BOREY   BUTTERFLIES TRIO

 Fredéric Borey (tenor sax) Damien Varaillon (double bass) Stéphane Adsuar (drums)

Label Fresh Sound New Talent

Le saxophoniste Fred Borey s’est fait plaisir pour son 7ème album: après une série de plus de 50 concerts, à la fin de la tournée européenne qui l’ a conduit avec un nouveau trio jusqu’à la Baltique, il a enregistré, fidèle au label de Jordi Pujol, un double CD dont l’un est composé entièrement de standards (Duke Ellington, Fats Waller, Wayne Shorter…) et l’autre de compositions originales. Il n’a pas eu peur de se lancer dans cette aventure musicale avec un trio puissant, plus organique, sans piano, constitué d’une rythmique formidablement efficace contrebasse/batterie. Aimant échanger avec des timbres et sonorités différentes, il tente des alliages souvent très réussis avec, à chaque fois, des instruments différents: on se souvient de l’UNITRIO avec l’ orgue Hammond de Damien Argentieri et du quartet LUCKY DOG avec la trompette de Yoann Loustalot.

Fred Borey en leader accompli n’a jamais hésité à reprendre des standards qu’il aime particulièrement, comme ceux de Duke Ellington. Ecoutez ce “Black Beauty” qui swingue avec grâce ou, sur le plus rare “The single petal of a rose”, admirez le batteur Stéphane Adsuar qui garde le cap, entretenant un drive rebondissant, avec entrain et une réelle finesse. De Billy Strayhorn, l’alter ego du Duke,“A flower is a lovesome thing” devient, avec le talent du contrebassiste Damien Varaillon, le chant épuré de cordes qui résonnent tout contre le souffle du ténor. Toute la science de l’ interplay est là, jusqu’au final, le merveilleux “Jitterbugwaltz”, d’une puissance retenue, qui autorise toutes les nuances. On est constamment surpris par la façon originale et sans esbroufe dont sont revisitées ces petites merveilles.

Comme Fred Borey enseigne depuis longtemps, il accepte bien volontiers ce “devoir” de transmission. Arranger est pour lui une façon de composer, du moment que la mélodie est habitée, et que l’on se tient au plus près de l’émotion. Le passé est revisité sans nostalgie. Les chansons choisies avec soin sont remises sur le métier, revivifiées avec talent. Transposant l’harmonie selon des rythmes fluides, souples et actuels, il s’inscrit quand même dans une tradition cool, west coast. 

Fred Borey n’hésite pas à s’approprier des thèmes joués par d’autres saxophonistes qui lui ont donné envie de les reprendre à son tour : ainsi, du tonique et pourtant mélancolique “Mr Sandman”, vieille chanson de Pat Ballard popularisée par un groupe vocal féminin, The Chordettes qui en fit un véritable hit en 1954. Après le saxophoniste Stephen Riley qu’il admire, il nous laisse une version très personnelle, frémissante qui rehausse l’intérêt de cette mélodie entraînante mais datée.

Ce qui ne l’empêche pas de proposer ses propres compositions qui se caractérisent par une belle énergie, très efficace, sans frénésie mais avec un moelleux dû au timbre du sax ténor. Où se situe-t-il dans la grande partition Coleman Hawkins/ Lester Young d’où viennent respectivement Sonny Rollins et Stan Getz par exemple? Le saxophoniste de culture classique, a pratiqué les deux écoles. Mais, de son aveu même, il a une tendance plus affirmée à suivre un penchant lesterien. Ce qui explique peut être sa façon si originale de phraser qui transforme la mélodie, que ce soit les standards ou ses propres compositions, et la cohérence parfaite des deux albums que l’on peut enchaîner sans hiatus ( “Statement”, “Commencement”, “Mr J.H” (John Henderson?)

Cette musique se déguste pourvu qu’on prenne le loisir de se laisser à autre chose que la précipitation: une conversation triangulaire subtile s’engage avec des échanges sans le moindre cliché : finesse des timbres, élégance dans la persistance même de l’échange, toujours rebattu.

Amour de la mélodie, sens de l’improvisation, belle écriture, que demander de mieux que ce jazz effervescent, toujours porteur de vertus formelles?

Sophie Chambon

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