Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 novembre 2023 5 10 /11 /novembre /2023 16:06
ZODIAC SUITE MARY LOU WILLIAMS  UMLAUT CHAMBER ORCHESTRA

ZODIAC SUITE          MARY LOU WILLIAMS

UMLAUT CHAMBER ORCHESTRA

Direction Pierre Antoine Badaroux

 

Label Umlaut Records/ L’Autre Distribution

www.umlautrecords.com

www.umlaut-bigband.com

 

Umlaut Chamber Orchestra :

Pierre-Antoine Badaroux : direction Agathe Peyrat : chant Chloé Tallet : flûte Guillaume Retail : hautbois Geoffroy Gesser : clarinette, clarinette basse, saxophone ténor Pierre Fatus : basson Brice Pichard : trompette Harmonie Moreau : cor Michaël Ballue : trombone Stéphanie Padel, Florian Perret, Emilie Sauzeau, Raphaël Coqblin, Clémentine Bousquet, Clara Jaszczyszyn, Lucie Pierrard : violon Elsa Seger, Valentine Garilli : violon alto Myrtille Hetzel, Pablo Tognan : violoncelle Matthieu Naulleau : piano Sébastien Beliah : contrebasse Antonin Gerbal : batterie.

 

 

Sortie du CD le 10 novembre

Concert le 18 novembre au Studio 104 de la Maison de la Radio.

 

 

Rembobinage :

La pianiste Mary Lou Williams est l’une de ces instrumentistes pionnières qui contribua au développement du jazz et ouvrit la voie aux musiciennes d’aujourd’hui. Dans cette longue marche, les tentatives de réévaluation de ces jazz women ne sont pas si nombreuses.

L’Umlaut Big Band avec Mary’s Ideas (2021) dressait le portrait de cette femme exceptionnelle qui a traversé l’histoire du jazz, évoluant avec cette musique sur près de cinq décennies, reprenant ses compositions, les réécrivant dans un ressassement étonnant, “a work in eternal process and progress”. Si son oeuvre enregistrée est plus que fragmentée, elle a obstinément gardé toutes les traces possibles de son travail, document rare sur l’histoire du jazz dont elle s'estimait partie prenante. Ses archives personnelles léguées à l’Institute of Jazz Studies de Newark (New Jersey) furent la source du travail époustouflant de collecte et de reconstitution de deux saxophonistes Benjamin Dousteyssier et Pierre Antoine Badaroux, également directeur artistique de l’Umlaut Big Band créé en 2011.

 

 

Pierre Antoine Badaroux s’attaque aujourd'hui à un autre morceau de bravoure, la Zodiac Suite, réunissant 22 musiciens dont 7 violons, 2 altos, 2 violoncelles et une chanteuse sur le dernier mouvement “Pisces”. Certains faisaient déjà partie du CD précédent comme Geoffroy Gesser (clarinettes et sax ténor) ainsi que la section rythmique Matthieu Naulleau (piano), Sébastien Beliah ( contrebasse) et Antonin Gerbal (drums).

La Zodiac Suite pour orchestre de chambre développe douze portraits selon leur signe zodiacal d’artistes du Cafe Society à Greenwich Village créé par Barney Josephson où Mary Lou Williams travailla quotidiennement après avoir quitté l'orchestre très formateur d’Andy Kirk en 1942. C’est encore Barney Josephson qui loua la salle du Town Hall le 30 décembre 1945 et finança l’orchestre de 18 musiciens dont la plupart venaient du classique, section rythmique exceptée.

Faute de répétitions suffisantes, le concert ne fut cepedant pas un succès mais la Zodiac Suite est devenue légendaire, saluée comme un exemple précoce du mouvement Third-Stream, reprise plusieurs fois de Geri Allen à Dave Douglas...

Mary Lou Williams soulignait en 1975 l’importance de cette musique dans son oeuvre: “En tant que compositrice et musicienne, j’ai travaillé toute ma vie pour développer une musique à la fois inventive et originale. C’est avec la Zodiac Suite que j’ai pu commencer à mener vraiment à bien cette ambition.”

 

Ce sont des pièces particulièrement intéressantes, de forme libre dans lesquelles le rôle de Mary Lou est central, le piano faisant toutes les transitions. Mais jusqu’ à aujourd’hui, il était imposssible d’entendre la Suite dans sa version initiale. Merci donc à l'Umlaut Chamber Orchestra et à son chef, fin limier, musicologue et arrangeur qui a recomposé ce puzzle compliqué après écoute de tous les enregistrements possibles, déchiffrage des divers manuscrits, souvent aide-mémoires où chaque nouvelle interprétation donnait lieu à d’autres formes souvent improvisées au piano comme l' impromptu  “Capricorn” ou  comme  la dernière pièce composée en direct à la radio “Pisces”, sans structure définie, en l’honneur de Josephson.

Les choix de Pierre Antoine Badaroux (tempi, instrumentation, orchestration) soulignent l’hétérogénéité, le caractère protéiforme unique et terriblement audacieux, l'originalité d’une artiste afro-américaine autodidacte. Tous les mouvements de la suite n’ont en effet aucun lien formel entre eux, et pourtant à écouter ces douze petites pièces qui ne doivent pas atteindre 40mn*, on a une impression de fluidité et de cohérence, emporté par un souffle et un rythme continus. Mary Lou fut sans doute influencée par la Suite Black Brown and Beige de Duke Ellington jouée à Carnegie Hall en 1943 d’autant que cette artiste singulière “post moderne” en un sens avait été repérée par le Duke qui lui commandait des pièces qu’il paya rarement et enregistra tout aussi peu, alors qu’il la considérait comme “en avance sur son époque”. “Taurus” sous-titrée “A study in the Blues” est le signe à la fois de Mary Lou et du Duke. Pour traduire ce caractère obstiné, la musique commence et finit par le même thème.

On ne peut s’empêcher de penser aux comédies musicales avec “Virgo”aux fluidités harmoniques et rythmiques, une pièce qui danse et swingue littéralement aux accents de la clarinette et de la trompette en hommage à Leonard Feather grand critique et producteur de jazz…

On peut vraiment parler de jazz de chambre et de la légèreté des vents dans “Aquarius” en hommage à Franklin D. Roosevelt, série de variations sans section rythmique.

Avec l’Umlaut Chamber, cette musique du passé ne contredit pas une musique de création sophistiquée, évolutive et actualisée. L’orchestre rend merveilleusement les audaces sonores. Ces musiciens formidables font ainsi réparation à Mary Lou qui, au paradis des musiciens, dans la section jazz, doit écouter rassérénée ce bel orchestre français.

 

“Sagittarius” fait par exemple 01 :33 , “Aries” le portrait de Billie Holiday et Ben Webster 02:26, “Leo” inspiré par le tromboniste Vic Dickenson composé de nombreuses ruptures et divers styles tient en seulement 02:35, “Virgo” est l'une des plus longues pièces avec “Cancer” un peu plus de 4mn...

 

 

Sophie Chambon

 

TRACKLIST

1. Introduction (00:28)

2. I. Aries. (02:26)

3. II. Taurus (02:48)

4. III.Gemini (03:29)

5. IV. Cancer (04:37)

6. V. Leo (02:35)

7. VI. Virgo. (04:31)

8. VII. Libra (03:20)

9. VIII. Scorpio (03:37)

10. IX. Sagittarius (01:33)

11. X. Capricorn (03:18)

12. XI. Aquarius (03:25)

13. XII. Pisces (03:01)

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2023 5 10 /11 /novembre /2023 16:06
FABIEN MARY  Never Let Me Go

FABIEN MARY  Never Let Me Go

For Musicians Only Label Caramba records

Distribution / Universal

 

Fabien Mary – trompettiste / compositeur / arrangeur

Point de “révélation” avec le nouvelles sorties qui concernent le trompettiste Fabien Mary en ce début d’année, plutôt des retrouvaillesce musicien chevronné et inspiré qui trace son sillon, continuant obstinément sa route…

Une formation en quartet qui fait resurgir ce que on attend toujours mais n’entend plus guère. Sous les auspices du véritable For musicians only enregistré en 1956 par la dream team de Dizzy Gillespie, Sonny Stitt et Stan Getz, entourés d’une rythmique aux petits oignons: John Lewis, Herb Ellis, Ray Brown et Stan Levey.

Dans la présente production discographique- pléthorique-, pourquoi ne pas s’accorder un retour de temps à autre vers des choses connues et aimées ? D’ailleurs, si la recherche d’une musique enfuie anime certains d’entre nous, il ne semble pas que ce soit la nostalgie qui motive le trompettiste Fabien Mary. C’est simplement le goût d’une musique et d’une esthétique jugées à l’écart des modes et donc peu «actuelles». Le trompettiste écrit en référence à un jazz qui le conduit sur le versant bop et hard bop, ainsi que West Coast.

Une technique brillante qui donne à ses partitions- il est arrangeur , compositeur, leader et sideman, fraîcheur et élégance. Sans jamais verser dans la brillance des suraigus et la seule virtuosité, sur certains thèmes, il entre sans éclat, avec une sonorité légèrement voilée sur ces standards l’émouvant “Never let me go” de Nat King Cole. Ou “I’ve never been in love before” que maîtrisait Chet Baker. Un son plein, une articulation ciselée, un phrasé mélodique rapide et sûr, une tenue énergique. On ne sera donc pas surpris qu’il ait choisi de reprendre ensuite non des tubes mais des thèmes racés de connaisseurs, “Ceora de Lee Morgan, “I'm Glad There Is You de Jimmy Dorsey ou le poignant “Invitation de B. Kaper qu’il revitalise avec son pianiste inconnu jusque là mais à suivre soigneusement sur un tempo beaucoup plus vif. Pas sûr que l’on puisse encore les appeler standards ces reprises singulières... C’est un répertoire joué pour le plaisir et cela s’entend, sobrement et c’est ainsi d’ailleurs que naquit sur le label Caramba la collection For Musicians Only, un soir de la fin 2023 dans un club parisien pour enregistrer ce concert et le diffuser à un public plus large. “Avec Gael Rakotondrabe à la batterie, Laurent Vernerey a la contrebasse, Stéphane Chandelier à la batterie, trois des musiciens français qui font de l'accompagnement un art majeur”. Pour mieux entendre Fabien.” dit le dossier de presse. Pas faux! Aucun étalage mais une fluidité et une musicalité parfaitement maîtrisées. Ils jouent tous avec une belle conviction et nous rendent ce Never let me go formidablement accessible. Un quartet vibrant et sophistiqué.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2023 3 08 /11 /novembre /2023 16:02

 

Mark Turner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

New York, juin 2022

Giant Step Arts GSA 010

https://markturnerjazz.bandcamp.com/album/live-at-the-village-vanguard

 

Quelques semaines après la publication par ECM au printemps 2022 d’un enregistrement de studio réalisé en 2019 («Return from the Stars», chronique ici), Mark Turner était avec la même équipe pour un série de plusieurs soirées au Village Vanguard de New York. Huit thèmes du disque récemment paru y furent joués, avec aussi de plus anciennes compositions, et une toute nouvelle. Des versions plus longues, plus détendues dans les exposés parfois complexes, et encore plus libres dans les improvisations. L’amateur que je suis est une fois encore impressionné par le niveau musical du répertoire et de sa mise en œuvre, et par la liberté qui s’affirme dans le développement d’une musique aussi fluide qu’ambitieuse. Pur régal donc pour moi, et pour vous je l’espère si vous choisissez de tendre l’oreille à l’Art de ce saxophoniste et de son groupe. La dernière plage, Lennie Groove, reprise d’un thème que le saxophoniste avait composé, et enregistré, voici plus de 25 ans, dit assez le chemin parcouru par celui qui, de très brillant espoir, est devenu un Grand Maître.

Xavier Prévost

.

Mark Turner joue également sur le récent disque de la pianiste Miki Yamanaka

 

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2023 6 04 /11 /novembre /2023 16:30

Henri Texier (contrebasse, compositions), Himiko Paganotti (voix), Carlo Nardozza (trompette & bugle), Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), Sylvain Rifflet (saxophone ténor, clarinette), Manu Codjia (guitare), Gautier Garrigue (batterie)

Amiens, juin 2023

Label Bleu 1690818 / l’autre distribution

 

Retour du contrebassiste vers un sujet qui lui tient à cœur : les Indiens d’Amérique du Nord. Il y eut naguère «An Indian’s Week» (1993) & «Sky Dancers» (2016). C’est comme un nouvel écho d’un attachement, à une certaine idée de la liberté, de la résistance, et aussi le goût d’une pulsation qui surgit d’un tambour dès l’ouverture du premier titre. La musique est à l’image de ce que le contrebassiste aime, et fait vivre, depuis des lustres : des mélodies que l’on aimerait chanter, et qui sont de magnifiques tremplins à l’improvisation. Nouveau groupe, avec quelques nouveaux partenaires : la chanteuse Himiko Paganotti, voix instrumentiste dans la plupart des plages, mais aussi voix de texte sur la reprise du fameux Black and Blue de Fats Waller ; le trompettiste belge Carlo Nardozza, rencontré dans un festival des Flandres voici une quinzaine d’années ; et le saxophoniste-clarinettiste Sylvain Rifflet, adoubé comme un talent très singulier. Une seule reprise, mais des hommages aux grandes figures du jazz états-unien : Charles Mingus, et aussi le couple Carla Bley – Steve Swallow, des amis de longue date pour Henri Texier. Une fois encore, le contrebassiste signe un grand disque, où le fondamentaux de l’idiome se mêlent au désir, toujours ardent, de regarder vers le futur.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Lien pour écouter sur France Musique le concert du groupe, en septembre dernier, au festival de La Villette

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2023 3 01 /11 /novembre /2023 16:34

TONY HYMAS – CATHERINE DELAUNAY «No Borders»

Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Tony Hymas (piano)

La Fraternelle, Saint-Claude (Jura), printemps 2023

nato 6109 / l’autre distribution

 

Une rencontre au sommet : l’esprit franc-tireur règne ici en maître, non qu’il s’agisse d’agir en solitaire, mais bien parce qu’il est question d’autonomie, de liberté, d’engagement. Quand on écoute de longtemps ces deux artistes, on sait évidemment que leur liberté est sans limites et leur talent sans égal. Talent sans frontière(s) bien entendu, il (elle) l’ont montré sans relâche depuis des années. Je garde le souvenir d’une émission sur France Musique que j’avais conclue par un extrait de la Symphony de Tony Hymas, dirigée par le compositeur à la tête du London Symphony Orchestra (KPM 280, 1995). Un chef d’orchestre de musique baroque, qui me succédait à l’antenne, fut séduit au point que je lui prêtai le CD, qu’il me rendit, parce que j’insistais, quelques semaines plus tard. Quant à Catherine Delaunay, je l’écoute depuis des années dans les contextes les plus divers et les plus aventureux, où elle fait toujours merveille de pertinence, de musicalité, d’inventivité. Je garde un souvenir très vif de sa présence, en qualité d’invitée, dans le groupe du batteur Matt Wilson en 2017 au festival Sons d’hiver : elle me bouleversa dans le répertoire de Sidney Bechet…. Leur duo s’était formé à plusieurs reprises depuis 2016, et l’an dernier encore, avant l’enregistrement de ce disque, au festival de Trois-Palis. Le CD qui paraît ces temps-ci procède de leurs talents respectifs, et réciproques, de ‘saute frontières’. Inclassable, assurément, conformément à l’ADN du label, qui revendique de fuir «...le triste débat sur l’identité musicale». C’est vif, profond, surprenant, engagé : infiniment libre ; chapeau les artistes !

TONY HYMAS «Flying Fortress & Back On The Fortress»

Tony Hymas (claviers, voix, programmation) et détail des autres artistes en suivant ce lien

http://www.natomusic.fr/catalogue/musique-jazz/cd/nato-disque.php?id=320

Londres 1987-1988, et un peu partout dans le monde ces dernières années

nato 1435 & 4660 (double CD) / l’autre distribution

 

On ne reviendra pas sur «Flying Fortress», dûment apprécié et louangé lors de sa parution voici 35 ans. Le sujet du jour, c’est cet objet très singulier, «Back In The Fortress» né de l’isolement provoqué par la pandémie, et qui fit sourdre chez Tony Hymas le désir de concevoir un écho au disque des années 80. Il médita, concocta, composa une série de thèmes offerts ensuite à ses partenaires anciens ou plus récents. Il enregistra sa partie et chacun (ou chacune), dans un autre lieu, un autre studio, déposa son offrande au projet individuel qui de ce fait devint éminemment collectif. C’est comme un voyage trans-esthétique, une aventure partagée où l’audace, la passion, mais aussi le recueillement, dessinent des paysages inexplorés. Inclassable encore, et c’est ce qui décuple la valeur de cet objet artistique qui, comme le duo évoqué ci-dessus, ne connaît nulles frontières !

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
15 octobre 2023 7 15 /10 /octobre /2023 11:13
YVAN ROBILLIARD TRIO  Lifetimes  A Tribute to Tony Williams’ Lifetime7

YVAN ROBILLIARD TRIO

Lifetimes

A Tribute to Tony Williams’ Lifetime

Sortie le 13 Octobre 2023

 

Robi-Free-Le Triton/L’autre Distribution

 

Yvan Robilliard piano et claviers, Laurent David basse,

Justin Faulkner batterie.

 

Yvan Robilliard

YVAN ROBILLIARD - LIFETIMES - YouTube

 

Voilà un projet qui entre dans la série des hommages, consacré au batteur Tony Williams, prodige de cet instrument, dans sa période Lifetime qui débuta en 1969, après avoir quitté Miles dont il révolutionna quand même le second quintet. Une première version éphémère vit le jour en trio avec le guitariste John McLaughlin et l’organiste Larry Young, produisant des albums importants comme Lifetime et Emergency.

Jazz rock, fusion...une musique qui a un demi-siècle aujourd’hui mais qui connaît comme “un retour vers le futur”.

S’agit-il d’un rembobinage, d’un recyclage qu’effectue le pianiste claviériste Yvan Robilliard avec son trio Heartbeat, composé du fidèle bassiste Laurent David et de Justin Faulkner, un batteur hors norme de Philly qui accompagne Brandford Marsalis?

Le résultat est différent de ce que l’on aurait pu imaginer. Visiblement le pianiste ne cherche pas à faire des reprises, se refusant à copier Tony Williams. Il s’en inspire, l’esprit sans la lettre.

C’est la musique mise au point en trio qui seule compte, l’important c’est “faire, jouer avec” et ce n’est pas une vaine formule dans son cas. Ce sont ses dix compositions que l’on entend, mais pleinement vécues par les autres membres d’un trio incomparable, parfaitement équilatéral. Mais il partage avec ce formidable batteur et le non moins remarquable bassiste une prédilection pour les “sons machiniquesqui envoient loin, très loin dans l’espace.

Yvan Robilliard revisite le trio jazz avec un appétit pour cette formule électrique, il s’attable devant trois pianos et choisit le climat dans l’instant, plus joyeux et fonceur avec le Fender, poétique et lyrique avec le piano classique, spatial avec le Mini Moog.

Deux titres pourraient être de bons marqueurs du programme “The Train That Never Stopped” et “Frenzied Paradise” donnant le ton, frénésie assumée, trépidations effrénées, urgence réelle à occuper la scène et l’espace sonore. Ils ne sont que trois mais ça joue fort, vite, sans aucun temps mort dans l’ivresse que procure l’électricité. Mais avec la cohésion parfaite de jouer ensemble comme s’ils n’étaient qu’un. La formule a déjà été trouvée, mais je la reprends à mon compte avec plaisir, ce YR3 se transforme en YR au cube. Ce n’est possible qu’avec l’aide d’une rythmique essentielle qui libère le pianiste. Parfait dans la polyrythmie quel que soit le contexte, en binaire, Justin Faulkner martèle  métronomiquement,  alors qu'en ternaire, il cherche, élégant dans le cliquetis des baguettes, soutenu par Laurent David, pilier du trio.

Quand on sait que l’album enregistré live au Triton, en cercle rapproché et sans casque, pour une interaction efficace et maximale des trois instrumentistes, a été conçu en suivant les conseils de Daniel Yvinec, l’un des meilleurs D.A qui soient, on n’a plus de doute. Il explique d’ailleurs dans des liner-notes édifiantes la genèse du projet et le choix de se placer sous la bonne étoile de ce  dieu de la batterie Tony Williams, passionné de rock, intégrant funk, pop, musique psyché à son jazz libre et inspiré.

Les Lifetimes à l’improvisation maîtrisée du trio définissent une musique jamais flottante ou trop planante qui fonce avec des compos enlevées, une jubilation dans les rythmes, tempérée par des passages soudain délicats et classiques au piano. L’invention mélodique ne passe plus au second plan et reprend tous ses droits. Peut-être pour de trop courts moments. Mais le CD file à toute allure et le plaisir n’en est que décuplé.

 

Sophie Chambon

 

 

NB : Rappelons que le pianiste dans son grand éclectisme a sorti ce printemps Ikiru plays  Satie en forme de duo piano-saxophone avec Fabrice Theuillon du collectif Surnatural Orchestra.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2023 2 10 /10 /octobre /2023 22:17

Jean-Jacques Birgé (claviers & synthétiseurs, flûte, harmonica, guimbarde, inanga)

invite

Sophie Agnel (piano), Uriel Barthélémi (batterie, synthétiseur), Hélène Breschand (harpe électrique), Élise Caron (voix), François Corneloup (saxophone baryton), Gilles Coronado, Philippe Deschepper, David Fenech (guitares), Fidel Fourneyron (trombone), Naïssam Jalal (flûte), Olivier Lété (guitare basse), Mathias Lévy (violon), Violaine Lochu (voix), Lionel Martin (saxophone ténor), Fanny Meteier (tuba), Basile Naudet (saxophone soprano), Csaba Palotaï, Tatiana Paris (guitares), Gwennaëlle Roulleau (caisse claire, effets), Fabiana Striffler (violon)

Bagnolet, 2021-2023

GRRR 2036 / Orkhêstra

https://jjbirge.bandcamp.com/album/pique-nique-au-labo-3

 

La suite de «Pique-nique au labo 1/2», qui rassemblait des enregistrements échelonnés entre 2010 & 2019. Avec des partenaires nouveaux, sauf Mathias Lévy, récidiviste. Pour chaque plage Jean-Jacques Birgé rencontre un ou deux partenaires. À l’origine, avec chaque combinaison, il existait un album virtuel complet, accessible en mp3 sur le site drame.org. On les retrouve en suivant ce lien : http://www.drame.org/2/Musique.php?MP3. Et une plage est extraite de chaque album virtuel pour peupler cette compilation. La thématique de chaque pièce était tirée au sort avant de jouer. Le florilège qui nous est offert présente tous les possibles (et l’impossible même) d’une improvisation ouverte. Le résultat est étonnant, parfois confondant, toujours libre. Une visite s’impose dans ce bestiaire des images sonores. Plongez, vous ne le regretterez pas !

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2023 1 09 /10 /octobre /2023 22:37

Clément Janinet (violon, composition), Élodie Pasquier (clarinettes), Bruno Ducret (violoncelle)

Budapest, 24-26 mai 2022

BMC CD314 / Socadisc

Comme dans le précédent disque publié en 2021 (chronique ici), ce jazz un peu chambriste accueille la musique afro-américaine, en intégrant un blues a cappella de Sophronie Miller Greer. L’inspiration puise à toutes les sources, du jazz de Pharoah Sanders aux musiques répétitives en passant par les métamorphoses de la musique africaine. Densité musicale des compositions et des improvisations, liberté stylistique toujours en action, mais dans une cohérence esthétique remarquable. Les solistes, extrêmement investis, avancent avec une fougue et une force qui nous emportent. Décidément cet inclassable trio nous submerge de sa singularité et nous entraîne loin de nos bases. Et c’est sans doute le propre de l’Art, au vrai sens du terme, de nous envahir de ce grand vertige.

Xavier Prévost

.

Le trio est en concert le mardi 10 octobre à Paris, Studio de l’Ermitage ; puis le 17 novembre à l’Abbaye de Corbigny (Nièvre), le 8 décembre à Belfort et le 9 décembre au Galpon de Tournus (Saône-et-Loire)

 

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2023 6 07 /10 /octobre /2023 17:08

Gylain Deppe (piano hybride)

Perthes (Seine-et-Marne),6-8 février 2023

Klarthe Records KRJ 044

https://www.klarthe.com/index.php/fr/deep-from-deppe-detail

 

Pianiste rare, et pas seulement parce qu’il publie peu, Guylain Deppe a enregistré ces solos sur un piano hybride (mécanique de piano acoustique et échantillonnage haut de gamme), Yamaha modèle AvantGrand N3X. Le rendu sonore est bluffant (peut-être un spectre qui tire un peu trop, globalement, vers l’aigu). Le pianiste est tout aussi étonnant. J’ai le souvenir de l’avoir écouté dès les années 80 du côté du Mans, et il m’avait, à cette époque, déjà impressionné. Avec une très grande liberté de langages et de ‘styles’, il parcourt une sorte d’arc-en-ciel des possibles en matière de piano-jazz. Libre, audacieux, mais toujours en vue de l’idiome originel. Une série de compositions originales (où affleurent de temps à autre l’écho de standards, ou un arpège qui nous ramène furtivement au dix-neuvième siècle) aux titres fourbis avec les armes de l’humour culinaire (Tartare de Demi-Thon Chromatique, Farandole Des Trilles aux Pointes d’Arpèges….). Le chef Guy Savoy signe un court commentaire musico-culinaire, mais c’est surtout le bonheur de retrouver la plume d’Alain Gerber qui fait tout le sel du livret. Gerber était naguère chroniqueur gastronomique, et la musique de ce disque enchante ses oreilles comme autant de mets précieux. Ça chante, ça bout et ça bouscule -en pleine maîtrise évidemment-, et les nuances sont légion, comme les éclats. À découvrir, déguster, goûter et regoûter, jusqu’à satiété !

Xavier Prévost

.

Un avant ouïr sur Youtube 

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2023 1 25 /09 /septembre /2023 08:16

Jamika Ajalon, Mike Ladd, Tamara Walcott (voix, textes), Marc Ducret (guitares), Sylvaine Hélary (flûtes), Stéphane Payen (saxophone alto, composition), Dominique Pifarély (violon)

Moulins-sur-Ouanne (Yonne), 25-27 janvier 2023

Jazzdor Series 18 / l’autre distribution

 

Un objet musical-et-textuel très singulier. Les textes font écho à la personne et à l’œuvre de l’écrivain James Baldwin, et la musique fait écho à ces textes (ou parfois l’inverse?). C’est un dialogue autant qu’un discours choral, une sorte de polyphonie où texte(s) et musique(s) se croisent, s’escortent, voire s’affrontent, en une sorte d’art multiple (et total d’une certaine manière) dont les contours sont difficiles à cerner. C’est donc à prendre (à écouter, à aimer) d’un bloc, même si nos vieux réflexes analytiques (voire déconstructivistes) nous pousseraient volontiers à explorer le dessous des cartes. Densité des musiques, sans qu’il soit possible de faire le départ entre l’écrit et l’improvisé, présence incarnée des textes et des voix : tout est là, tout est dit, à percevoir, écouter, réécouter, dans cette évidence qui cependant ne dévoile pas tous ses mystères. Un objet qui ne se donne jamais totalement à voir : une certaine définition de l’Art, peut-être….

Xavier Prévost

.

Le groupe sera en concert le 27 septembre à Paris, au Studio de l’Ermitage

.

Un avant ouïr sur Youtube

 

Partager cet article
Repost0