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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 17:04

Rudresh Mahanthappa (saxophone alto), François Moutin (contrebasse), Rudy Royston (batterie).

Montclair, New Jersey, 24-25 janvier 2020

Whirlwind WR 4760 / Bertus

 

Après quinze albums sous son nom, ou en co-leader (j'ai eu l'occasion d'écouter une bonne moitié d'entre eux, et je l'ai écouté plusieurs fois en concert), Rudresh Mahantappa n'en finit pas de m'étonner : par sa singularité, par la vivacité de son propos, par sa fine musicalité et par la hardiesse de ses options. Son texte de présentation affiche son admiration pour les grands trios de même instrumentation (Rollins, Ornette, et Lee Konitz), et si le répertoire porte trace de ce glorieux passé, la musique nous emporte vers un présent plus qu'immédiat. Plus largement il rend hommage à ceux qui furent les héros de son initiation musicale. Sur trois plages des thèmes de Charlie Parker (dont un mêlé de Coltrane), traités avec une liberté digne d'Ornette, et des interludes lyriques qui nous rappellent que cette musique chante, avant tout, même quand son chant 'sort des clous', in and out dans un même geste musical. Il fait aussi chanter la musique de Stevie Wonder, mais dans un autre registre. Et fait revivre à sa manière une chanson de Johnny Cash et un thème de Keith Jarrett (période «Belonging») : bref il joue à fond le jeu du jazz, qui dans l'une de ses approches travaille la musique d'autrui pour la faire irrémédiablement sienne. Il est assisté, ou plutôt propulsé, dans cette belle entreprise par la fougue finement maîtrisée de François Moutin et Rudy Royston. Tous trois sont de grands jazzmen, et c'est donc, tout naturellement, un grand disque de jazz !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:36

Dee Dee Bridgewater (voix), Cecil Bridgewater (trompette), Ron Bridgewater (saxophone ténor, percussions), Roland Hanna (piano, piano électrique), George Mraz (contrebasse), Motohiko Hino (batterie, percussions)

Tokyo, 12-14 mars 1974

Mr. Bongo MRBCD 216 & MRBLP 216 / Bertus

 

Le premier disque de Dee Dee, une chanteuse que le public des festivals français (et les auditeurs de l'ORTF) avaient découverte en 1973, lors du festival de Châteauvallon, au sein du big band de Thad Jones-Mel Lewis. Ce premier opus est un disque de jazz autant que de soul music . Il commence avec une très libre escapade sur Afro Blue qui dit assez le cousinage des deux langages, après un prélude qui respire l'Afrique. Du blues aussi, avec un medley qui associe Everyday I Have The Blues et Stormy Monday Blues : Dee Dee enflammée par la musique comme jamais ! Et une très belle valse de Bobby Hutcherson (retour au 6/8 qui nous transportait sur Afro Blue). Et plein d'autres très belles choses. Bref c'est la réédition d'un disque qui fut surtout disponible en import japonais, et qui est désormais à partager largement, comme l'album de référence qu'il est devenu : on se précipite !

Xavier Prévost

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Un avant-ouir sur Youtube

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 14:30

Jean-François Pauvros (guitare, archet, chant, piano), Antonin Rayon (orgue, clavinet, synthétiseur, épinette, piano), Mark Kerr (batterie, percussions, flûte, chant)

Villetaneuse, 2019-2020

nato 5569 / l'autre distribution

 

Pauvros, le franc-tireur absolu : souvenirs pour le vieux soixante-huitard lillois que je fus, épaté par son duo avec Gaby Bizien, par le trio Moebius avec Philippe Deschepper (deux autres francs-tireurs avérés....), et plus tard par son duo ave Siegfried Kessler («Phenix 14», Le Chant du Monde, 1978). Beaucoup d'aventures polymorphes pour ce guitariste hors-norme, dont quelques-unes sous le label nato, qui l'accueille à nouveau. Ici tous les tropismes du musicien sont visités, par un trio dont l'urgence jamais n'asservit la rigueur. C'est un voyage dans une vie de musicien gourmand de lyrisme transgressif et de radicalité suave. Antonin Rayon, qui tient les divers claviers, est né l'année même -1982- où paraissait «Pénétration», l'album du groupe Catalogue, où Jean-François Pauvros œuvrait en compagnie de Jac Berrocal. Autant dire que le temps s'efface devant la verve créatrice du guitariste. Quant au batteur Mark Kerr, entre les Rita Mitsouko et quelques tours de piste dans le groupe Simple Minds de son frère Jim Kerr, il est aussi de ceux qui parcourent tous les horizons jusqu'à extinction des feux. Bref un mélange détonant, détonnant aussi parce qu'il casse les codes, et qui nous étonne par la somptueuse diversité de ses inspirations. Des textes également, sur trois plages, de Pauvros, de Mark Kerr, et de Rimbaud comme en un songe morbide qu'illuminerait la poésie. Ambiance de tourneries hypnotiques ou sons fracturés, pop-rock subvertie ou délices mélodiques, tout concourt à composer un objet artistique aussi cohérent que singulier, bref une œuvre. Car le franc-tireur est un artiste. Bien entouré par des musiciens de la même trempe, il nous entraîne dans une aventure musicale aussi singulière que palpitante. Avec, comme toujours chez nato, un livret qui déborde d'images et d'imagination. À découvrir et à goûter, avec la passion qui s'impose !

Xavier Prévost

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À découvrir aussi : le DVD «7 films de Guy Girard», paru l'an dernier, et chroniqué dans Les Dernières Nouvelles du Jazz en suivant ce lien

http://lesdnj.over-blog.com/2019/12/jean-francois-pauvros-7-films-de-guy-girard.html

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Jean-François Pauvros jouera avec les dessins en direct de Zou (illustrateur de l'album) sur le parvis du château de Valenton (Val-de-Marne) à 20h, le 8 août. 

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 18:37

Aruán Ortiz (piano, voix), Andrew Cyrille (batterie), Mauricio Herrera (percussions, voix)

New York, 24-25 mai 2019

Intakt CD 339 / Orkhêstra

 

Un nouveau disque du pianiste cubain de Brooklyn, et encore une surprise : un monde musical totalement transversalisé, où les polyrythmies africaines croisent les rythmes caribéens, et où la poésie (celle du pianiste, et aussi celle d'un chant populaire cubain) fait écho à l'univers pianistique écartelé, voire éclaté, de Cecil Taylor. La science polyrythmique d'Andrew Cyrille n'y est pas pour peu, et elle est magnifiée par la liberté d'Aruán Ortiz, et la pertinence rythmique de Mauricio Herrera. C'est un perpétuel dialogue entre le discontinu (une vision fragmentée du temps musical héritée du free jazz) et l'irrépressible mouvement des percussions. Chaque plage est comme une porte ouverte sur un monde singulier habité par les multiples fractures du temps. Tout commentaire serait superflu, car en deçà de ce que l'on peut percevoir. À DÉCOUVRIR D'URGENCE !!!

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Bandcamp

https://aruanortiz.bandcamp.com/album/inside-rhythmic-falls

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 22:14

Lennie Tristano (piano); Lenny Popkin (saxophone ténor) ; Connie Crothers (piano); Roger Mancuso (batterie).  Enregistrements de 1967 à 1976. Dot Time Records. 2020.

 

Figure mythique de la jazzosphère, Lennie Tristano « a malheureusement très peu gravé », (Lewis Porter/Michael Ullman/Edward Hazell, 'Le jazz des origines à nos jours'. Ed. Outre-Mesure. 2009). C’est dire si la sortie d’inédits -pas moins de seize- ne peut laisser indifférent. Réunis par la fille du pianiste, Carol, ces titres ont été enregistrés entre 1967 et 1976, soit les dernières années de la vie de Tristano (1919-1978), alors que l’artiste avait arrêté de se produire en public en 1968.

 

 

The Duo Sessions, album de 70 minutes laisse à entendre un musicien qui s’exprime comme à son habitude en toute liberté, sur ses propres compositions, et en compagnie intime d’un.e seul.e comparse. De surcroît ces interlocuteurs sont des proches : le saxophoniste ténor Lennie Popkin (toujours en activité à ce jour dans les clubs de Paris, sa ville de résidence), la pianiste Connie Crothers (1941-2016), qui suivit les cours de Lennie à New-York et le batteur Roger Mancuso, membre du groupe de Tristano entre 1965 et 70.

 

 

 

Tout au long de ce disque, on retrouve les qualités qui ont fait de Tristano un jazzman d’exception, brillant, marginal, rigoureux, émouvant, qui mériterait de rentrer dans l’histoire de la musique par une seule composition de 1955, Requiem, hommage au défunt Charlie Parker.

 

Longtemps considéré comme un pianiste pour pianistes, Lennie Tristano a pu de volonté délibérée « s’enfermer dans une tour d’ivoire », selon l’expression d’Alain Tercinet (West Coast Jazz. Editions Parenthèses). La sortie de ces inédits, initiative du producteur américain Jerry Roche, grand défenseur du patrimoine avec la collection ‘Dot Time Legends’ devrait, s’il en était besoin, contribuer à braquer le projecteur sur un des créateurs les plus originaux du XXème siècle.

 

Jean-Louis Lemarchand.

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 21:18

Ambrose Akinmusire (trompette, piano électrique, composition, textes), Sam Harris (piano, synthétiseur), Harish Raghavan (contrebasse), Justin Brown (batterie) + Genevieve Artadi (voix, texte), Jesus Diaz (percussion, voix)

Brooklyn, date non précisée

Blue Note 00602508926198 / Universal (CD et vinyle)

 

D'une certain manière, c'est un disque de mélancolie autant que de combat (mais un combat qui n'étoufferait pas la musique). De retour dans sa ville d'Oakland après de longues années passée à New York et à Los Angeles, il prend conscience des changements survenus, alors que la population afro-américaine a été majoritairement remplacée par des habitants à la situation matérielle plus confortable, et qui semblent tout ignorer du passé et de la culture de cette ville. De cette conscience des mutations intervenues, le trompettiste-compositeur va tirer, pour exprimer l'âpreté de chaque calloused moment, une suite de paysages musicaux, aussi expressifs que sophistiqués, sans que jamais l'évidence artistique ne soit altérée par une quelconque bouffissure. Bref c'est du (très) Grand Art, une œuvre cohérente où se disent une sourde colère métamorphosée en allégorie de combat, et une analyse fine d'une réalité 'socio-culturalo-poétique' transformée en pure émotion musicale. Dès la première plage, après une courte phrase de trompette, il nous embarque dans un monde de tensions complexes et d'éclats effervescents, lesquels vont se résoudre en un chant yoruba dans la voix de Jesus Diaz. On est littéralement happé par l'urgence du propos, et la cohérence des formes, sans que jamais l'abstraction n'efface la chair et le sang qui composent, autant que le corps du musicien, le cœur de la musique. De plage en plage la perspective se déploie, l'émotion va croissant, sans défaut d'inspiration, d'expression ou de densité formelle. Au fil du disque sont évoquées des figures prépondérantes dans la mémoire du musicien (Roy Hargrove, Roscoe Mitchell....), et le temps d'un titre Ambrose Akinmusire s'installe au piano électrique (sur cet instrument il nous offrira aussi une plage conclusive en solo) pour dialoguer avec la voix et le texte de Genevieve Atardi. À aucun moment l'intensité ne sera démentie, et la musicien nous conduira, émerveillés, au terme de ce que j'appellerai, en pesant le poids de ce mot, un Chef-d'Œuvre.

Xavier Prévost

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 19:31

John Scofield (guitare), Steve Swallow (guitare basse), Bill Stewart (batterie)

New York, mars 2019

ECM 2679 /Universal

 

On pourrait dire de cette musique qu'elle est quintessentielle, en cela qu'elle concentre au degré le plus élevé l'intensité, la pure musicalité, avec ce détachement propre aux artistes qui n'érigent pas le goût de plaire en doctrine, et savent pourtant toucher au plus profond les amateurs mélomanes, en quête d'une jouissance musicale plutôt que d'un plaisir négociable. Cela relèverait de la part de Scofield d'une sorte d'hommage à son ami presque vénéré, Steve Swallow, et à ses compositions tissées d'élégance autant que de mystère, comme l'immarcescible Falling Grace, en plage 2 du CD, qui n'en finit pas de procurer des joies infinies au vieil amateur que je suis, sans jamais dévoiler tous ses secrets harmoniques (je dois à la vérité d'avouer que ma compétence musicologique est plus que lacunaire....). Le guitariste dialogue avec le compositeur dont la guitare basse ne cesse de chanter, de phrase en phrase, qu'il accompagne ou qu'il livre un solo. C'est de la pure magie, attisée par un orfèvre d'autres mystères, rythmiques ceux-là, en la personne de Bill Stewart. Qu'il s'agisse d'Eiderdown, maintes fois enregistré par une foule de musiciens qui cherchent à en déjouer les arcanes, ou du plus confidentiel She Was Young, inauguré par Swallow voici plus de quarante ans sous le même label, le miracle est permanent, tissé de connivences anciennes et du présent le plus immédiat, celui de jouer ensemble. En compagnie de ce tandem très exceptionnel John Scofield vole littéralement, de phrase en phrase, de nuance en éclat. Sur In F, d'après les harmonies de I Love You , signé Cole Porter, on assiste à un échange qui va du dialogue au trilogue, sans jamais laisser poindre ni redite, ni cliché. Les trois compères tiennent à l'auditeur la dragée haute, mais leur exigence est notre plaisir. Magistral, de bout en bout, ce disque est un cadeau à nous offert autant qu'un message qui nous serait adressé : «soyez par votre écoute à la hauteur de la musique qui se joue». L'extase est au bout du chemin....

Xavier Prévost

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 18:57
EMMA          PAUL JARRET QUARTET

EMMA  Paul JARRET Quartet

NEUKLANG

 

Paul JARRET (g), Eleonore BILLY (Nickelharpa),  Etienne RENARD (cb), Hannah TOLF (voix et percussions)

www.neuklangrecords.de

www.bauerstudios.de

 

Voilà un album pour le moins singulier dans le paysage du jazz hexagonal, encore qu’européen serait plus exact, puisque le projet du guitariste franco-suédois Paul JARRET est sorti, le 19 juin dernier, sur le label allemand NEUKLANG.

C’est un voyage qui part de Suède, le pays de Pelle le Conquérant (film de Bille August palmé à Cannes en 1987), où un père et son fils, poussés par la faim et le chômage débarquaient au Danemark.

Sauf que cette fois, les migrants dont l’arrière grand-mère du guitariste, Emma Jonasson, allaient bien plus loin, traversant l’océan jusqu’en Amérique.

Si on sait que l’Amérique fut peuplée de vagues de diverses nationalités tout au long du XIXème siècle, on ignore en général l’importance de l’immigration suédoise dans le Midwest, correspondant à un cinquième de la population, soit 1,3 million de personnes. C’est un hommage sincère à tous ces immigrants courageux qui risquèrent leur vie, ne sachant rien de la terrible épreuve qui les attendait : ces paysans qui n’avaient jamais vu la mer, partaient, des images de la terre promise en tête, prêts à tout pour fuir la misère! 

Le guitariste a réuni autour de lui des musiciens experts à rendre l’intensité de cette musique qui s’apparente à un collectage musical de chansons “trad”, de complaintes folk, avec une tendance marquée pour une musique répétitive (“The Crossing”) voire minimaliste. C’est que Paul Jarret a écrit lui même les six compositions, amplement développées qui forment un ensemble d’une continuité conceptuelle intéressante, depuis le lancinant prélude “Sjutton Är” avec de belles variations d’intensité,  et le chant qui s’achève en gouttes qui drippent, la traversée, l’arrivée sur le nouveau continent, les espoirs d’une vie facile (“Kanon”) vite détrompés, de terribles désillusions, l'envers du “rêve américain”. Au point qu’Emma réussira à repartir en Suède, en 1910, où elle fondera une famille.

La révélation de cet album est la chanteuse-compositrice Hannah Tolf, basée à Göteborg, une performeuse qui stratosphérise, joue fort habilement des percussions pour s’accompagner. Dans sa voix de sirène, Hannah Tolf a des accents plus proches de l’Islandaise Björk que de la toujours très aimée Monika Zetterlund (avec Bill Evans, dans Waltz for Debby)Sur “Amerikavisan”, au mitan de l’album, sa voix résonne avec une belle fraîcheur pour conter le chant des émigrants.

L’autre singularité de la musique de Paul Jarret est la constitution d’un quartet de chambre  insolite où se fondent magnifiquement les timbres des divers instruments dont un très original, traditionnel suédois, à cordes frottées de la région d’Uppland, la Nyckelharpa, un hybride de clavier et de violon à quatre cordes. Le son que l’on entend fait penser à celui d’une vièle à roue. Fort de ce sentiment de grande authenticité d’une musique populaire, on saisit parfaitement l’intérêt de cette recherche musicologique pour  des chants s’inspirant de récits comme La Saga des Emigrants de Vilhelm Moberg, décrivant l’état physique et psychologique après trois mois d’une traversée épouvantable. Ou encore la chanson sur ce pain de seigle, noir, dur à la dent, le dernier pain cuit dans un four du pays natal ( “Svart Bröd”).

Ce projet décidément incomparable est un chant d’amour du guitariste à ses ascendants courageux et à leur périple fou. La musique suit leurs sentiments, leurs émotions : parfois âpre, avec des motifs répétitifs (un bourdon jouant son rôle de note continue), des accents qui vrillent le coeur, entrecoupés de silences qui ont toute leur place. Une sacrée découverte!

 

Sophie Chambon

 

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 23:15

Barney Wilen (saxophones ténor et soprano), Alain Jean-Marie (piano). En concert au Festival International de Montréal le 4 juillet 1993. Elemental Music/Distrijazz. Juin 2020. (Coffret de deux cds. Egalement disponible en vinyl -six titres-)


C’est toujours un bonheur de retrouver la grâce nonchalante de Barney Wilen. Son fils, Patrick, qui avait sorti voici deux ans des concerts inédits captés à Tokyo en 1991 (Live in Tokyo) nous propose aujourd’hui des enregistrements toujours en public effectués en 1993 à Montréal.  Après le quartet du Japon (Olivier Hutman, Gilles Naturel, Peter Gritz), voici le temps du duo avec le pianiste Alain Jean-Marie. Les deux musiciens s’appréciaient, s’écoutaient, ainsi qu’en témoignait déjà le concert de 1991 (Dreamtime-Harmonia Mundi), au festival de Cully (Suisse).


 « Avec Barney, on partageait le même goût pour la musique, à condition qu’elle soit simple, sobre et élégante qu’elle swingue et qu’elle émeuve aussi », témoigne dans le livret de Montreal Duets le pianiste auprès de Pascal Anquetil. Les deux concerts captés le même soir dans le club montréalais, le Church of the Gésu, salle intimiste, offrent une éclatante illustration de cette complicité. Sur la même longueur d’ondes, Barney et Alain se baladent avec décontraction. Le répertoire leur est familier : Round Midnight, A Night in Tunisia, All the Things You Are, No Problem, My Funny Valentine, Besame Mucho et cet air qui achevait souvent les concerts de Barney, Goodbye de Gordon Jenkins.


Alternant le ténor et le soprano, Barney Wilen, tout à la joie de ce premier concert sur une scène québécoise, semble effectuer un retour aux sources, celles du be-bop, tout en réaffirmant sa filiation avec la distinction de Lester Young. En ce sens, cet enregistrement de Montréal constitue un témoignage rare, comme un testament de ce jeune prodige (Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz à 21 ans), devenu une légende quelque peu mystérieuse, qui disparaîtra moins de trois années plus tard, le 25 mai 1996, à 59 ans.


Jean-Louis Lemarchand

 

©photo Jean-Michel Sordello et Denis Alex, FIJM.

 

 

 

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 20:28
RIVAGES  JEAN LOUIS MATINIER/ KEVIN SEDDIKI

RIVAGES

Jean Louis MATINIER (acc), Kevin SEDDIKI (g)

ECM/Sortie 29 Mai 2020

 

 

Voilà un album étonnant, épuré (qualité ECM) et réconfortant qui nous entraîne dans un voyage immobile, dans le temps autant que dans l’espace, une rêverie chambrée ouverte sur le monde, un folklore jamais partisan, plutôt imaginaire. Un univers poétique créé par un duo de musiciens singuliers pour ne pas dire atypiques qui ne se connaissent peut être pas depuis longtemps, mais se sont rencontrés pour aborder les mystérieux rivages du monde.

Un répertoire étrangement varié qui garde une belle cohérence, puisque ces onze petites pièces de guitare et accordéon, si elles font la part belle à leurs compositions et improvisations, intègrent parfaitement “Les berceaux” de Gabriel Fauré, un traditionnel “Greensleeves” qui n’est autre que le vibrant “Amsterdam” de Brel, nettoyé de toute scorie et leur version instrumentale, retouchée avec sensibilité, sans pathos de “la Chanson d’Hélène” du grand Philippe Sarde ( le thème culte du film Les Choses de la vie de Claude Sautet).

 

Une démonstration classieuse de sobriété, mettant ainsi en avant la souplesse d’une musique, qui n’est jamais mieux servie que quand elle est jouée avec douceur. Sans guitar hero ni accordéoniste star et pourtant quelle finesse!

C’est un bonheur que de découvrir avec ce musicien hors pair qu’est Kevin Seddiki (entre classique, musiques du monde et jazz), les variations d’une limpide clarté d’une guitare caressée, frottée, pincée qui résonne délicatement. Quant au jeu de Jean Louis Matinier, il a la fluidité et l’éclat du chant, la vitalité du cri.

Chacun a de l’espace pour faire vivre sa partie, interchangeant habilement les rôles selon les titres, à l’aise dans le lyrisme teinté de mélancolie des mélodies, ou assurant la rythmique qui change habilement de tempo.

Un bien beau parcours, peu balisé, jouant sur les couleurs, les timbres qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice, un soutien solide et indéfectible quand l’autre s’échappe.

 

Sophie Chambon

 

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