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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 21:15

Stéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 2018

Yolk RecordsJ2075 / l'autre distribution

 

Les quelques chroniques déjà parues font largement état de l'acronyme qui désigne le groupe et le disque tout à la fois : initiale des musiciens, O, R, B, et I.T. pour international trio. Bon, c'est fait. Le discours d'escorte qui accompagne le disque file la métaphore du circulaire et de l'ellipsoïdal, même si moins de la moitié des titres y fait référence. La musique, dira-t-on, peut en attester plus largement. Certes. Mais écoutons-la sans cette grille communicationnelle. La première plage, Split screen (référence aux écrans fragmentés, divisés, du multimédia ubiquitaire?) me fait penser à Lennie Tristano. Stéphan Oliva est un fan, et un grand connaisseur, de ce Maître du lyrisme tranchant, souvent abusivement taxé de froideur, quand il s'agit plutôt de poésie fracassée, déconstruite (et, comme la mer de Paul Valéry, «toujours recommencée»). J'entends cela ici, et beaucoup d'autres choses : l'escapade sérielle, la segmentation thématique, l'interaction subtile des voix (et la batterie n'est pas de reste). Parlons du batteur. Tom Rainey est un monument de précision pertinente, et pourtant son drumming respire la liberté, comme celui de Paul Motian, avec qui le pianiste avait enregistré («Fantasm», 1999, BMG ; «Intérieur nuit», night bird music, 2001) : technique supérieure chez Rainey, mais même sens poétique. Ne me demandez pas ce qu'est la poésie d'un batteur : je la sens, je la ressens, mais je renonce à tenter de la formaliser, et même de la formuler ; je crois bien que j'en suis incapable, peut-être devrais-je m'abstenir d'écrire.... Le dialogue, ou plutôt le trilogue, se joue tout au long du disque, plage après plage, selon cette indicible clarté. Suit une composition de Sébastien Boisseau : mouvements libres, convergence des pensées et des choix musicaux, magie et mystère, liberté, poésie encore.... Voici Gene Tierney, que le pianiste avait déjà évoquée dans son disque «After Noir (piano gone)» (sansbruits sbr013, 2011), poésie, mystère, encore (je m'enlise!) profonde musicalité, interaction fine (très fine!). Bref, quand je ne m'enlise pas, je m'égare.... Et cela se poursuit au fil des plages, compositions du pianiste et du batteur, plus le formidable Inflammable de Marc Ducret : c'est parfait, parfaitement captivant, alors si vous voulez me suivre dans mon égarement, plutôt que de vous infliger un commentaire de chaque titre (un petit mot quand même de Around Ornette, avec citations furtives -et jouissives parce que furtives- de Turnaround ), je vous propose de vous plonger dans le disque : pré-ci-pi-tez-vous pour l'acquérir ! Je vous conseille l'administration par voies auditives (ne le mangez pas!). Et puisque le groupe est en tournée (dates ci-dessous) ajoutez une bonne dose saisie sur le vif du concert.

Xavier Prévost

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Le trio est en tournée, le 16 mai au festival 'Jazz in Arles', le 17 au Pannonica de Nantes, le 18 à Paris, Maison de la Radio (concert 'Jazz sur le vif'), le 22 au Périscope de Lyon, le 23 au Cri du Port de Marseille, et le 24 au Petit Faucheux de Tours

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?1&v=p_m6GMWen7A

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 07:53

Denis Colin (clarinettes basse & contralto), Pablo Cueco (zarb), Simon Drappier (arpeggione), Julien Omé (guitare)

Bois-Colombes, 10-12 décembre 2018

Faubourg du Monde TAC 026 / Socadisc

 

Atypique assurément : ce gang de francs-tireurs associe deux presque vétérans des musiques aventureuses, et deux quadragénaires l'un et l'autre portés sur les musiques hétérodoxes. Joyeux mélange, plein de surprises, qui en dépit du nom de groupe suggérant des pères tranquilles n'exclut pas vigueur et incartades détonantes. Le discours d'escorte de cette musique suggère discrètement l'appellation Psychedelic Folk Jazz. C'est plutôt bien vu, car on y trouve les textures du folk, entre douceur de soie et rudesse du lin ; et puis les dérives (extra) sensorielles de la musique psychédélique, et bien sûr cette liberté frondeuse du jazz. Entre la mélancolie de Chevaliers, le caractère véhément de La Chasse, et le lancinement chromatique de Hommage au désert, un point commun (valable d'ailleurs pour toutes le plages) : authenticité du son, sans fioritures, mais d'une grande finesse ; subtilité du cheminement mélodique ; expressivité virtuose et trompeuse simplicité du propos. Bref une forme d'exemplarité artistique : évidence et mystère, indissociablement liés. Superbe.

Xavier Prévost

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En concert le 9 mai 2019 à Paris au Studio de l'Ermitage

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Un avant-ouïr en suivant le lien ci-dessous

https://www.faubourgdumonde.com/portfolio/quiet-men/

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 01:16

Patrick Artero (trompette), David Blenkhorn (guitare), Sébastien Girardot (contrebasse), Guillaume Nouaux (batterie), Don Vappie (vocal). Studio Music Unit (Montreuil) 29-31 janvier 2019. Camille Productions/ Socadisc.

Un trompettiste se retourne sur son passé. Tel pourrait s’intituler le dernier album de Patrick Artero. Après un demi-siècle à arpenter scènes et studios, le jazzman salue onze confrères qui ont « balisé son parcours ». Des trompettistes qui « me font rêver, transpirer, enfiévrer, douter mais qui m’invitent à ne jamais renoncer ».

Ils appartiennent tous à l’époque classique, antérieure au be-bop : King Oliver, Bunk Johnson, Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Roy Eldridge, Rex Stewart, Cootie Williams, Red Allen, Buck Clayton, Joe Newman, Tommy Ladnier. Cet hommage proposé par le producteur indépendant Michel Stochitch (auquel on doit des albums de Pierre Christophe, Philippe Milanta, et le tout récent Bean Soup, coup de chapeau à Coleman Hawkins par Michel Bescont et Michel Bonnet),  prend un aspect particulier : Patrick Artero a eu l’idée d’insérer entre chaque titre des courts extraits de poèmes de Langston Hughes, une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance des années 20.

L’auditeur effectue ainsi un retour aux sources de la musique afro-américaine. De la Nouvelle Orléans avec ses influences caribéennes et même irlandaises à New York et l’atmosphère du Cotton Club. 

La sobriété qui ne cache pas l’émotion caractérise le jeu de Patrick Artero, qualités qui habitaient déjà son hommage à Bix Beiderbecke (2 Bix or Not Too Bix. Nocturne. 2005). Le guitariste David Blenkhorn lui donne la réplique, deuxième voix alerte du quartet avec basse et batterie. Panorama de la trompette jazz classique, 'Family Portrait' fait souffler un vent de fraîcheur printanier salutaire.


Jean-Louis Lemarchand


Patrick Artero sera au Caveau de la Huchette (75005) du 14 au 16 mai avec son Swing band.

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 11:03

JOSHUA REDMAN Quartet  : «  Come what may »
Nonesuch records 2019
Joshua Redman (ts), Aaron Goldberg (p), Reuben Rogers (cb), Gregory Hutchinson (dms), Aaron Goldberg (p)


Joshua Redman est une sorte de magicien du son. Un maître ciseleur.
Joshua Redman est de retour. Au coeur du son qui porte sa marque. Celle qui, dans un autre format avait fait les grands heures de l’Elastic Band et que l’on avait un peu perdu ces derniers temps.
Qu’on se le dise.
En revenant à un quartet  qui se connait depuis quelques décennies, le saxophoniste qui a entre temps multiplié des expériences multiples et variées atteint ici le nirvana de la plénitude dans la maîtrise de son art. Au sommet. Et cela en revenant à ses fondamentaux. Cette forme d'agilité et de plasticité qui, sur des compositions magnifiques s'attache à la légèreté et à l’élégance.
Ces quatre-là font dans le ciselage fin du son dont ils dessinent ensemble les contours. Tels des funambules en suspension au dessus du sol. Magic is in the air.
Il faut dire que si cette formation n’avait plus enregistré depuis ensemble depuis près de 20 ans ( sans toutefois ne s’être jamais perdus de vue), leur retrouvailles sonne comme une royale évidence. Comme la continuité d’un fil d’Ariane jamais rompu.
Et dans ces retrouvailles placées sous le signe d’une forme de zenitude, ils s’y montrent les maîtres du cool. « The shape of cool to com", pourrait on dire.
Le saxophoniste y signe l’intégralité des compositions entre blues, médium funk et ballades renversantes.
Avec Joshua Redman tout y est question de flow. Comme coulant de source. Maître du son, le saxophoniste semble plus relax que jamais, plus détendu et agile dans les sinuosités, avec une façon de dompter l’expression de la musique qui n’appartient qu’à lui.
Il n’y a plus qu’à se laisser porter par le courant.
Et tout va bien.
Jean-Marc Gelin

 

 

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 15:06

Julien Favreuille (saxophone ténor), Christophe Motury (bugle), Stefan Orins (piano)

Attiches (Nord), 31 mai-1er juin 2018

Circum-Disc DIDI 1901 / www.circum-disc.com & Les Allumés du Jazz

 

Des nouvelles du Nord, avec ce groupe qui rassemble trois musiciens très actifs dans le haut des Hauts-de-France. Plaisir de retrouver Julien Favreuille, un peu perdu de vue par votre serviteur depuis les groupes Happy House (Olivier Benoit, Nicolas Mahieux, Jean-Luc Landsweerdt), Circum Grand Orchestra et autres aventures septentrionales. Plaisir aussi de réentendre le pianiste Stefan Orins, écouté plus récemment en trio ( http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/stefan-orins-the-middle-way.html ), et Christophe Motury, repéré dans le Quartet Base.

La musique, composée par le pianiste, est d'une tonalité générale plutôt mélancolique, mélancolie chaleureuse et habitée. Le titre de l'album signifie en suédois (la langue familiale de Stefan Orins) 'À mes amis', et c'est bien de cela qu'il s'agit, la célébration d'une longue amitié musicale. Harmoniquement les lignes sont tendues, complexes, et donc jouissives. Chaque instrument donne la sonorité la plus 'vraie' ou 'naturelle', même si aucun des deux adjectifs ne rend justice au sens profond de ce qui émane de cette musique : la musique est un artefact et une production culturelle, donc 'vérité' et 'naturel' sont impropres. Ce que j'essaie de dire, ou plutôt ce que j'entends par là, c'est que nous sommes loin du souci d'ostentation, de performance (et pourtant cette musique est très élaborée) ; seulement semble-t-il le souci d'être là et de fairedelamusiqueensemble : quoi de plus beau ?

Xavier Prévost

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En concert à La Malterie de Lille le 8 mai 2019

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Infos et extrait

https://www.circum-disc.com/favreuille-motury-orins-till-mina-vanner/

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 13:06

Marc Ducret (guitares, composition), Léa Trommenschlager (soprane), Rodrigo Ferreira (contreténor), Sylvain Bardiau (trompette, bugle), Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Régis Huby (violon, violon ténor), Liudas Mockunas (saxophones, clarinette contrebasse), Samuel Blaser (trombone), Bruno Ducret (violoncelle), Joachim Florent (contrebasse, guitare basse), Sylvain Darrifourcq (batterie, percussions)

Villetaneuse, octobre 2018

[Illusions] ILL 313010 / l'autre distribution

 

Produit par Marc Ducret et l'Association Seven Songs, avec le concours de Stéphane Berland et Philippe Ghielmetti, ce disque est l'aboutissement d'une aventure musicale qui avait commencé en janvier 2017 par une résidence de création au Sax d'Achères, puis des concerts à la Dynamo de Pantin, au Petit Faucheux de Tours et à l'Opéra de Lille. La version phonographique s'est étoffée puisque la nomenclature est passée de 8 à 11 interprètes. Le disque était prévu pour parution sous le label de Stéphane Berland qui a publié, de Marc Ducret, les cinq volumes de «Tower», ainsi que «Métatonal». Mais Stéphane a renoncé à toute nouvelle parution sous son label Ayler Records (dont il continue cependant de diffuser les références existantes), et c'est son ami Philippe Ghielmetti qui prend le relais sous étiquette [Illusions], où il avait accueilli naguère «Le Sens de la Marche» du même Marc Ducret. Bref la parution de ce disque doit beaucoup à l'engagement esthétique, artistique et donc, d'une certaine manière, politique, de tous ces acteurs.

Lady M de Marc Ducret est une œuvre magnifiquement hybride et inclassable, surgie de l'imagination d'un poète du son et du texte, qui a montré au fil des ans son goût de l'évocation (pas l'illustration !) de l'objet littéraire (je devrais peut-être écrire du fait littéraire) : Robbe-Grillet et Michaux naguère, puis Nabokov pour «Le Sens de la Marche», et surtout le monumental pentaptyque (ou la monumentale pentalogie) «Tower». Le guitariste-compositeur-improvisateur (je ne sais lequel de ces trois mots mettre en tête de liste, et quel est l'ordre pertinent) nous convie à scruter «le nom des mots» comme on dit chez Molière (Les Femmes savantes, II, 6). Et la meilleure manière, c'est peut-être la musique. Dans une grande forme parfaitement maîtrisée, mais qui cependant laisse libre cours à chacun(e) des solistes pour dire sa part d'autonomie, Marc Ducret révèle des moments du texte de Lady Macbeth dans le Macbeth de Shakespeare. Voix de contreténor, puis voix de soprane, et dans la troisième partie les deux mêlées, inscrites dans un déroulement de moments instrumentaux écrits ou improvisés, c'est un jeu permanent entre texte et musique, souvent (mais pas toujours) dans un rapport de tension entre prosodie du texte et phrasé musical. Tous les langages musicaux paraissent avoir ici droit de cité, d'une bribe de musique écossaise (Macbeth fut un roi d'Écosse moins éphémère dans la réalité historique que chez Shakespeare) à tous les éclats de la musique d'aujourd'hui en passant par le jazz et le rock. L'expressivité des voix fait écho à celle des instruments, dans une sorte de ballet virtuose qui tutoie le sublime, expressivité servie par une prise de son (Céline Grangey) qui magnifie le propos. Les mots me manquent, et le goût de détailler chaque séquence en géomètre me fait défaut. Alors précipitez-vous vers cette œuvre majeure, et comme moi (à l'écoute d'un concert en 2017, et aujourd'hui à l'audition de ce disque) succombez à sa puissance esthétique !

Xavier Prévost

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Le concert de sortie de disque aura lieu le samedi 4 mai 2019 à Paris au Pan Piper. L'œuvre sera également donnée le 21 septembre à Marseille au festival 'Les Émouvantes', et le 7 décembre à Paris, Maison de Radio France, dans la série 'Jazz sur le Vif'

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Sur Youtube, extraits des séances d'enregistrement

https://www.youtube.com/watch?v=QaEDZurPrt4&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=2UL98M3T2cQ&list=RDQaEDZurPrt4&index=2

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 10:11

Jean-Christophe Cholet (piano), Matthieu Michel (trompette, bugle)

Invités : Didier Ithursarry (accordéon), Heiri Känzig (contrebasse), Ramon Lopez (batterie)

Ludwigsburg, 22-23 août 2018

Neuklang NCD 4209/ Pias

 

Après «Benji» (1998) et «Whispers» (2016), encore en duo avec extension : duo exceptionnel, qui associe le pianiste Jean-Christophe Cholet et le trompettiste-bugliste Matthieu Michel, deux fortes personnalités musicales qui ont en commun, entre autres choses, d'avoir collaboré avec Mathias Rüegg, le magicien du Vienna Art Orchestra. Et pour les extensions ce sont, sur une grande partie des plages, les apports inspirés de trois personnalités musicalement denses : Didier Ithurssary, Heiri Känzig et Ramon Lopez. Le pianiste et le trompettiste signent une bonne part du répertoire, empreint d'une certaine mélancolie, mélancolie profonde, exempte des clichés dont la musique nous gratifie parfois dans ce choix d'atmosphère. C'est sensible dès la première plage, où sur un ostinato de piano, tabla et basse (puis accordéon), le bugle nous saisit pour nous entraîner loin, du côté de l'imaginaire et de l'émoi, avec un thème aux accents balkaniques signé Matthieu Michel. Le thème suivant va chercher ailleurs sa source, du côté des rêveries de la gemmologie. Au fil des plages c'est un voyage tout en nuances, où le temps prend son temps, même sur tempo medium fast, comme pour nous dire que la musique requiert cet étirement bienveillant de la durée, pour permettre à la beauté de s'installer. Il suffit de se laisser porter, et même de s'abandonner. Après un échange en duo entre piano et batterie, un thème véhément du trompettiste fait émerger des obsessions rythmiques qui, au delà du jazz, convoquent le souvenir de Bartók ou Stravinski. Et le voyage revient en douceur avec une composition du bassiste (encore une connexion commune avec le Vienna Art Orchestra....), en duo. Je vous laisse poursuivre la découverte, car ce disque mérite vraiment le détour, et mes vaines tentatives pour en révéler la substance ne valent pas une écoute personnelle, alors précipitez-vous !

Xavier Prévost

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Le duo se produira le 2 mai à Lyon au Jazz Club Bémol 5, et le 22 juin à l'Abbaye de Noirlac (Cher)

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:15

Marc Ducret (guitare), Benjamin Moussay (piano électrique), Guillaume Orti (saxophone alto), Bo Van der Werf (saxophone baryton), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie), Sylvain Cathala (saxophone ténor)

Les Lilas, 30 juin 2016

Connexe Records CR-006 / Muséa & https://sylvaincathala.bandcamp.com/

 

Le septette de Sylvain Cathala poursuit une aventure commencée voici près de 5 ans, avec à nouveau un enregistrement 'sur le vif' réalisé au Triton, en fait apparemment le complément de la soirée du 30 juin 2016 dont une première partie avait été publiée en 2017 sous le titre «Hope» (Connexe CR-005). Même énergie, même liberté, même complexité rendue lisible par la clarté rythmique, harmonique et mélodique de l'ensemble. Les titres tournent autour des noms de diamants célèbres, et les musiques sont autant de pépites recueillies dans le flux généreux du concert. Après un dialogue entre la guitare, puis le piano Fender, et la rythmique, c'est le sax baryton qui prend son envol, rejoint par l'alto et le ténor. C'est une effervescence de chaque instant, mais peuplée de nuances, d'esquives, et servie en permanence par l'extrême qualité de chacun (et chacune), improvisateurs/trice de haut vol qui se meuvent avec délices dans cet univers sinueux où s'ouvrent à chaque instant des portes de liberté. Bref c'est une réussite, un présent intense qui désigne aussi l'horizon de ce que cette musique (ce jazz, obstinons nous à l'appeler encore ainsi) peut nous offrir de meilleur.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 2 mai au Triton, près de la Mairie des Lilas, avec Gilles Coronado à la guitare

 

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 19:10

Andy Emler (orgue), Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle)

Paris, Auditorium de Radio France, 19 & 20 février 2018

Signature Radio France SIG 11116 / Outhere

 

Une rencontre musicale qui vient à point nommé, dans une sorte de logique propre aux parcours des deux musiciens. Andy Emler a travaillé très jeune le piano, et la musique, avec Marie-Louise Böellman-Gigout, digne héritière d'une famille de compositeurs et d'organistes, avant de s'orienter vers le rock, puis le jazz, tout en étudiant l'écriture musicale au Conservatoire National Supérieur. Après plusieurs décennies de fécondes créations de jazz, il a pris contact avec l'orgue à la faveur d'une invitation de l'Abbaye de Royaumont, en 2011, et a découvert ainsi le goût des duos d'orgue avec les jazzmen. En conviant Dave Liebman, il prolonge ses rencontres antérieures avec le saxophoniste, rencontres qui se sont déroulées depuis près d'une trentaine d'années. L'organiste-pianiste a multiplié les expériences du côté du monde classique et contemporain : un concerto créé avec l'Orchestre National de Lille, une œuvre mémorable écrite pour la confrontation amicale du MegaOctet et des Percussions de Strasbourg.... Quant à Dave Liebman, il a parfois trouvé sa place aux côtés d'un quatuor à cordes (notamment pour une version étonnante de l'Adagio pour cordes de Samuel Barber) ou de l'Ensemble intercontemporain ; et on trouvera en juin dans les bacs des disquaires un duo («Eternal Voices», enregistré en 2016-2107 en Allemagne) où Liebman et le pianiste Richie Beirach donnent des versions inattendues d'œuvres de Bach, Mozart, Beethoven, Fauré, Bartók, Scriabine, Schönberg.... Bref ces deux musiciens franchissent allègrement, et en tous sens, les cloisons souvent trop étanches du monde musical.

L'occasion d'une telle rencontre, c'est d'abord un instrument d'exception : l'orgue Gerhard Grenzing du nouvel auditorium de la Maison de la Radio. Andy Emler, familier du Cavaillé-Coll de Royaumont, a passé de nombreuses soirées à explorer les possibilités de ce nouveau joujou, et dans les compositions qu'il a élaborées pour la circonstance il prend un malin plaisir à solliciter les innombrables palettes de l'instrument. Le dernier des 4 jours de répétitions / enregistrements, et aussi le concert lui-même (le 20 février 2018), fourniront la matière de ce disque. J'ai eu le plaisir (et le privilège!) d'assister la veille du concert à une séance de pré-montage et de pré-mixage des titres enregistrés en studio, et j'ai été impressionné par la densité de l'écoute des duettistes, et par l'esprit symbiotique qui présidait à leurs choix communs.

Séance d'écoute la veille du concert : à la console l'Ami Pierre Bornard 

Le disque commence par A Step in the Field, une exploration des jeux, des modes de jeu, des ressources propres à l'orgue. On sent la jubilation d'Andy Emler à scruter l'univers sonore, jusqu'à ce que des trilles insistants, vers deux minutes et trente secondes, n'appellent le saxophone soprano, qui s'engouffre d'emblée en plein lyrisme. Et c'est parti pour une aventure humaine et musicale qui ne nous lâchera pas avant 57 minutes, soit le terme du disque. Au fil des plages on entendra le souvenir des conversations des deux musiciens autour de Wayne Shorter, qu'ils aiment passionnément, et l'influence de Maurice Duruflé, décelée lors des répétitions par le saxophoniste Jean-Charles Richard, ami de l'un et de l'autre, et qui prendra part en trio au rappel du concert, rappel qui ne figure pas sur le disque. Sans détailler les plages successives, on peut dire que l'intensité du dialogue, humain autant que musical, est confondante, de bout en bout. Que le choix de l'instant soit hyper sophistiqué (chromatismes, vertiges du contrepoint improvisé, unissons acrobatiques) ou simple comme une mélodie venue du fond des temps (la plage 5, où Dave Liebman s'est saisi d'une petite flûte traditionnelle), l'urgence artistique ne désarme pas. Et cela se poursuit jusqu'à la plage conclusive, où c'est un festval : ça groove, c'est un dialogue tantôt vif, tantôt recueilli, les unissons sont d'autant plus incroyables que l'inertie propre à l'orgue rend l'exercice funambulesque.... À découvrir donc, dans le plus vif du sujet, comme un cadeau !

Xavier Prévost

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Le duo jouera à la Cathédrale de Coutances le 1er juin pour le festival 'Jazz sous les Pommiers'

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=LHan-eOld4g

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Andy Emler parle de ce disque dans l'émission 'Open Jazz' sur France Musique, en réécoute par le lien ci-dessous

https://www.francemusique.fr/emissions/open-jazz/andy-emler-david-liebman-chercheurs-d-orgue-70988

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 21:16

GALACTIC : " Already ready"
Tchoup-Zillia records 2019
Ben Ellman (ts), Robert Mercurio (b), Stanton Moore (g), Jeff Raines (g) et Rich Vogel (claviers)


Les puristes du jazz vont être bien désappointés en découvrant le nouvel album de ce groupe qui depuis plus de 10 ans fait le bonheur de la Nouvelle Orleans.
Car ceux qui s’attendent à entendre des clichés de la cité du Croissant n’y retrouverons pas leur compte tant il s'agit bien d'un album totalement iconoclaste et inclassable. Prolixe et jouissif, Galactic est en effet un groupe touche-à-tout capable de faire exploser les frontières.
Pas une minute de monotonie dans cet album qui saute du coq à l’âne : on passe allègrement du rock à la pop ( joyeux Going straight crazy feat Princess Shaw), au funk (Everlasting light) en passant par le R'nB ( avec ce vivifiant Claps your hands feat Miss Charm Taylor ou encore Touch get cut avec Erica falls), la bounce music ( épileptique Dance at my funerals) voire, tenez vous bien, par un jazz un peu trash et noisy (Ready already).
Et c'est la fête chez les Galactic ! Leur album c'est un peu la maison du bonheur avec plusieurs célébrités de la scène neo orleanaise invitées à partager le festin en guest stars. Il fat dire qu’os s’agit plutôt de membre de la grande famille Noe-Orléanaise où tout le monde est régulièment invité à monter sur scène façon jam session. 20 que les Galactic côtéoient les Princess Shaw, Cham Taylor et autres. Forcément, ça crée des liens.

Et ces liens se sont d’autant plus renforcés depuis que ce groupe de Nola vient de mettre la main sur une des scènes mythiques du Croissant , le Tipitina's, scène mythique du Croissant où l’illustre Professor Longhair avait son rond de serviette et sur laquelle les Galactic avaient l’habitude de jouer durant des deux dernières décennies ( les péripéties de ce rachat sont bien racontées dans le dernier numéro du célèbre magazine américain Downbeat).

Galactique est groupe festif, open (jazz) et fédérateur d’énergies. Le résultat est à la fois décoiffant et bourré d'optimisme appuyé par un groupe au taquet à l'image de l'orgue superlatif de Rich Voguel ou du sax nerveux et survitaminé de Ben Ellman.
De ce véritable travail collectif où chacun des membres du groupe a apporté sa pierre à l’édifice et malgré une production particulièrement soignée (parfois avec de grosses ficelles dont la démagogie n’a d’égal que le sens aigu du commerce) ressort une absolue évidence : cet album est avant tout fait pour la scène. Pour le live.

« Already ready" n'est pas une devise scout mais avant tout une injonction. Celle de prendre du plaisir. ET c’est carrément jouissif.
Jean-Marc Gelin

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