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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 18:33

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette), Fady Farah (piano), Guillaume Dommartin (batterie), Hubert Colau (voix et percussions), Philippe Laccarrière (contrebasse électrique, compositions),

Meudon, janvier 2019

Au Sud Du Nord LAC 003 / www.ausuddunord.fr

 

Voilà 40 ans que Philipppe Laccarrière a quitté Bordeaux pour la région parisienne, avant d'établir en Essonne rurale son fief, où essaime le festival Au Sud du Nord qu'il dirige. Sa musique a gardé l'accent d'origine, celui du jazz, qui se reconnaît dans l'instant pour qui l'a goûté vraiment. Sébastien Texier, même s'il est né à Paris comme son Breton de père, est -comme son père- essonnien de longtemps. Fady Farah a commencé le piano au Liban avant de d'intégrer le CRR de Paris. Guillaume Dommartin a éclos du côté de Nantes, et Hubert Colau, présent sur quatre titres, est né relativement plus au Nord, à Sarcelles, et il a promené ses percussions et sa voix du gospel à la variété en passant par les musiques du monde, mais le jazz reste près de son cœur. Bref le groupe est à l'exacte image de cette musique qui fédère les sources, les esprits et les sentiments (qui sont aussi des sensations). Ça commence très modal, accords de quartes et sax alto qui virevolte avec de forts accents : le tempo est vif, mais la mélancolie est tapie dans les replis du rythme. La basse s'envole, la batterie s'en donne à cœur joie, et le piano n'est pas de reste. Bref ça joue ! Dans la plage suivante la basse va chanter, avec un brin de nostalgie assumée. Le piano chante aussi, le groupe est lyrique, assurément, et l'alto vient encore renforcer cette sensation. On revient ensuite à un rythme plus marqué, pour une musique ouverte, où la percussion trouve sa place. Tout ça sent très fort le plaisir de jouer ensemble. Hubert Colau, voix et percussions, ouvre le titre suivant : un autre voyage, qui va prendre la direction d'une douce ballade où le sax distille son humeur crépusculaire. Et l'aventure continue, au gré de ces climats changeants, dont nous épousons tour à tour les méandres. Encore un épisode libertaire à résolution bebop, puis une complainte déchirante, et une dernière touche de mélancolie légère ; nous sommes à la fin de la dernière plage, tout surpris d'être déjà au terme : le disque est manifestement réussi.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 15 mars à Breuillet (Essonne), dans l'auditorium du Moulin des Muses, puis le 21 mars à Paris (4ème), sur la Péniche Marcounet

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=cC2f7Dfj8Sk

 

 

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 16:36

Laurent Dehors (saxophones, clarinettes, voix, guimbarde, machines), Gabriel Gosse (guitare électrique 7 cordes, banjo, guitare classique préparée), Franck Vaillant (batterie, batterie électronique, percussions)

Pernes-les-Fontaines, décembre 2017

Tous Dehors / l'autre distribution

 

C'est un iconoclaste joyeux, car l'iconoclasme n'est par forcément triste et dramatique. Avec une constance indéfectible, depuis plusieurs décennies, Laurent Dehors fracasse, triture, déconstruit et biaise toutes les composantes des musiques qu'il aime. Refusant les moutons bêlants qui s'évertuent à reproduire les codes esthétiques admis et dominants, il rue dans les brancards comme un cheval fougueux. Ce pourrait n'être qu'une déclaration d'intention, une posture ou un concept à livrer aux communicants : cela va bien au-delà. Servi par des partenaires totalement en phase avec son projet, il laboure avec entrain le limon de la bienséance, la glaise de l'habitude et l'argile du consensus. Et ça marche. Avec le batteur Franck Vaillant, qui avait participé avec lui à des aventures antérieures, et le guitariste Gabriel Gosse, jeune (et brillant !) musicien frais émoulu du Conservatoire (National Supérieur.... de Paris), le saxophoniste-clarinettiste (et plus si affinités) nous entraîne dans sa folle cavalcade. Ça jazze, ça funke, parfois ça fout le free au milieu d'un épisode rock'n'roll, avant de chavirer en mélancolie presque valsée, et de jeter une poignée d'ironie dans l'esprit de la (musique) contemporaine. Et au passage un coup de chapeau à Ellington avec Solitude. C'est vivant, souvent drôle, et toujours profondément musical, comme autant de petites formes autonomes lancées à l'oreille du monde, mais qui pourraient bien constituer une sorte de manifeste : hautement recommandable à ceux qui écoutent sans œillères !

Xavier Prévost

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Le trio jouera le jeudi 14 mars 2019 au Triton, près de la Mairie des Lilas (Seine-Saint-Denis) et du métro parisien du même nom.

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Un avant-ouïr sur Vimeo

https://vimeo.com/264392250#at=1

et sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Z0VlP0ISNFw

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 10:20

 

Philippe Soirat (batterie), David Prez (saxophone ténor), Vincent Bourgeyx (piano), Yoni Zelnik (contrebasse)

Villetaneuse, 6-7 février 2018

Paris Jazz Undergound-Absilone pju 018 / Socadisc

 

On ne change pas une équipe qui gagne, et on a bien raison ! Après « You Know I Care » (enregistré en 2014), et pour son second disque en leader, Philippe Soirat reste en compagnie de ses partenaires. Et on le comprend. Au delà de leurs éminentes qualités d'instrumentistes et de musiciens, on perçoit un degré d'implication dans la musique qui emporte l'adhésion. Compositions originales du saxophoniste et du pianiste, et reprises de thèmes de grands jazzmen, tout concourt à sorte d'unité et de cohérence qui ne sont pas les moindres qualités de ce disque. Le premier thème, Carte Blanche, composé par David Prez, est très shorterien : ça tombe bien, le suivant est de Wayne Shorter (Second Genesis, issu des sessions avec Art Blakey en 1960, et qui n'a rien à voir avec le Genesis de «The All Seing Eye» 5 ans plus tard). Suit une autre compo de David Prez, intitulée A Shorter One.... La boucle est bouclée : on est encore dans l'univers mélancolique et les tensions mélodiques chers à Shorter. Solo très inspiré de Vincent Bourgeyx, sur un drumming intense et tendu du leader. La basse de Yoni Zelnik joue pleinement son rôle d'aiguillon stimulant, puis le ténor revient, diaphane, mais avec toute sa force d'expression. Viennent ensuite des compositions de James Black (un blues dévoyé, comme les années Blue Note les appréciait), Joe Lovano (le thème qui donne à l'album son titre), Coltrane, Jeremy Pelt et Bob Hurst, et aussi une très belle composition de Vincent Bourgeyx, Dong, sombre et méditative. Sans détailler chaque plage, je puis vous dire le plaisir que j'ai eu à écouter ce disque riche de nuances, d'intensité et d'inspiration : une réussite. Bravo au leader qui sait mobiliser le talent de ses partenaires sans succomber à la tentation de donner à la batterie le premier rôle : collectif, c'est ce qu'on aime dans le jazz !

Xavier Prévost

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Le groupe joue le 12 mars à Paris au Sunside

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=0Cbf8hp4gqo

 

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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 00:16

Ils venaient de mondes totalement différents, Joachim Kühn - 1er concert de piano classique à 5 ans - et Ornette Coleman - saxophoniste texan ayant fait ses armes dans le rythm-and-blues. Le free les réunit en 1996 (Colors. Harmolodic), et ils se trouvèrent facilement sur scène une quinzaine de fois en duo. A chaque prestation, ils composaient de conserve une dizaine de morceaux qui n’étaient alors jamais plus joués.

Joachim Kühn & Ornette Coleman New York 1997 ©photo Austin Trevett


Ces 170 titres, Joachim Kühn les a conservés. En hommage à  son ami disparu en 2015, le pianiste allemand a sélectionné douze inédits (au sens littéral du terme, n’ayant jamais été publiés en disque), auxquels se joignent (passage obligé), le tube d’Ornette, 'Lonely Woman' (en deux versions, sur un rythme enlevé et traité comme une ballade), et en bonus une composition personnelle dédiée au saxophoniste, 'The End of The World', le plus long titre de l’album (plus de 7 minutes).

 

Dans le recueillement de son studio en son domicile d’Ibiza, Joachim Kühn a laissé parler son romantisme fougueux, celui qui s’était exprimé dans une de ses plus belles œuvres, ‘Thoughts about My Mother’. Sous ses doigts, le Steinway met en lumière le côté harmonieux de l’univers d’Ornette Coleman.


Un album hautement recommandable à deux titres : la découverte de compositions de l’auteur révolutionnaire de ‘The Shape of Jazz To Come’, et l’approche authentique, sensible, d’un artiste envoûtant qui porte haut l’étendard de la musique libre.


Joachim Kühn, (piano), ‘Melodic Ornette Coleman. Piano Works XIII’. Enregistré à Ibiza, janvier-mars 2018. ACT 9763-2.


Jean-Louis Lemarchand.

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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 14:33

 

Dominique Mandin, Olivier Zanot (saxophones altos), Boris Pokora, André Villéger, Pierre Bertrand (saxophones ténors), Jean-François Devèze (saxophone baryton),

Hervé Michelet, Nicolas Giraud, Tony Russo, Julien Ecrepont, Vincent Echard, Sylvain Gontard (trompettes), Daniel Zimmermann, Philippe Georges, Jerry Edwards (trombones), Didier Havet (trombone, tuba), Stéphane Peter (cor)
Jérémy Dufort (tuba), Maxime Fougères (guitare), Christophe Cravero (piano), Kevin Reveyrand (guitare basse), André Ceccarelli, Matthieu Chazarenc, Loïc Ponthieux (batterie), Gérard Carocci, Adriano Do, Marc Chantereau (percussions)
invités : David Linx (voix), Didier Lockwood (violon), Stéphane Belmondo (trompette)

Paris, 17 avril 2016 & 4-5 janvier 2017

Cimaises, sans référence commerciale

Disponible auprès de l'Association Cimaises, 13 Grande Rue, 28700 Oysonville

 

Enregistré dans le légendaire (et désormais détruit....) studio qui donne à l'album son titre, c'est l'hommage de ses amis musiciens, et de ses proches, à l'arrangeur-chef d'orchestre (aussi trompettiste) qui enchanta des générations d'amateurs de jazz et tissa de belles orchestrations pour une foule de grands talents de la chanson (de Claude Nougaro à Charles Trenet en passant par Henri Salvador et Nicole Croisille....). Ivan Jullien, mort en janvier 2015, était familier du lieu où il dirigea tant de séances, et enregistrer cet album souvenir en cet endroit rend l'entreprise plus légitime encore. Écouter ce disque est pour moi, à titre personnel, une émotion particulière : le 24 octobre 2009, pour les concerts 'Jazz sur le Vif' que j'organisais alors pour Radio France, j'avais accueilli le grand orchestre d'Ivan Jullien. Et en regardant la liste des 30 musiciens qui se sont relayés aux séances d'enregistrement, je consate que 15 d'entre eux étaient en octobre 2009, au studio Charles Trenet de la Maison de la Radio, aux côtés d'Ivan, pour ce concert diffusé le mois suivant sur France Musique dans mon émission 'Le Bleu, la nuit'. Et en fouillant dans mes archives je m'aperçois que, sur les 9 titres du CD, 6 avaient été joués ce jour-là, pour la plupart des compositions encore inédites au disque, et que les amis d'Ivan Jullien ont projeté d'enregister dès la fin de l'année 2015 en faisant appel à un financement participatif via la plateforme Proarti.

 

Parmi les anciennes compositions, Plastic à Gachiba, qui figurait sur le disque «L'Orchestre», publié en 1983 ; et Blues in the Night, du même 33 tours, alors avec la voix Lavelle. Cette fois c'est David Linx qui s'y colle, avec sa magnifique faculté de s'approprier un texte et une musique. Il fait aussi merveille sur une relecture de Don't Let Me Be Misunderstood (Nina Simone, The Animals, Joe Cocker....), sur un arrangement que je ne connaissais pas. Pas totalement inconnue à nos oreilles La Mazurka d'Eddy Louiss, que l'organiste avait enregistrée, sous le titre Mazurka Cacodou, sur un disque intitulé sobrement «Eddy Louiss», publié en 1968 chez Barclay : Didier Lockwood s'y livre avec fougue et lyrisme ; c'était lors de séances de janvier 2017, et 13 mois plus tard Didier disparaissait brutalement d'une crise cardiaque. Sa présence amicale compte pour beaucoup dans la réussite de ce disque, comme celle de Stéphane Belmondo sur Auntie Malibran, un des thèmes jusqu'alors inédits au disque. Pour les autres thèmes nouveaux venus au disque (mais entendus dans les dernières années de l'orchestre d'Ivan Julien), ce sont 1Léo 2 Loula, Pupet's Blues, Ballade pour Alain - dédié à l'Ami, regretté, Alain Guerrini- et L'Ancolie, courte mélodie pour les cuivres et les anches, sans section rythmique, qui met en évidence le talent d'orchestrateur d'Ivan Jullien. Au fil des plages Jerry Edwards, Daniel Zimmermann, Olivier Zanot, Boris Pokora, Maxime Fougères et Christophe Cravero se révèlent des solistes plus que convaincants dans ce très bel hommage collectif. Il fallait le faire, ils l'ont fait, et on les en remercie, du fond du cœur !

Xavier Prévost

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Sur Youtube, un avant-ouïr

https://www.youtube.com/watch?v=ZIQBOPk9Wok

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 17:40

NAISSAM JALAL : «  « Quest of the invisible »
Les couleurs du son - L’autre Distribution - 2019
Naissam Jalal (fl, nay, vc); Leonardo Montana (p), Claude Tchamitchian (cb), Hamid Drake (dms)
 

Il ya des albums qui ont une âme. Des albums où la musique devient plus que de la musique. Devient une sorte d'expression mystique de l'univers avec ce qu’il porte d'intemporalité.
La flutiste Naissam Jalal, Syrienne née à Paris est ce des musicien(ne)s qui savent exprimer cela. Parce qu’elle est toujours restée liée à territoire musicale profondément ancré dans la spiritualité de l’Orient source de méditation et d’improvisation. Naissent Jalal a ainsi multiplié les collaborations avec de grands artistes comme le violoniste Abdu Dagher ou Fathi Salma. Mais aussi avec des musiciens reliés au jazz comme le génial batteur Hamid Drake (présent sur le disque), Méderic Collignon, Hervé Samb ou encore Nelson Veras. Tout ceux pour qui la musique ( et notamment le jazz) sont un moyen d’expression artistique de l’âme.
C’est à l’occasion d’une résidence à Banlieues Bleues que la flutiste a eu la possibilité de réunir Leonardo Montana (p) et Claude Tchamitchian (cb). Hamid Drake passant par là, l’occasion était trop belle.
L’occasion pour Naissam Jalal de signer un album absolument envôutant d'où émane une sorte de magie spirituelle. L'album de la tranquilité en quelque sorte. Et de l'espace. Et du temps donné au temps.
Il y a du souffle et du vent, du temps arrêté et de la contemplation. De la méditation aussi dans cette oeuvre qui se donne les moyens d'arrêter toute agitation juste pour écouter, voir et ressentir. C'est cela même . Un album à ressentir. Comme l’on ressent le vent sur la peau ou que l’on entend son bruissement dans les feuilles des arbres. Il s’agit d’un album aussi enraciné que volant.
Et c’est un album qui vit et qui vibre. Et c’est la sensibilité de la flutiste qui lui permet de passer dans un même mouvement des effluves du calme à la passion brûlante accompagnée par trois musiciens exceptionnels qui passent les vibrations et enracinent la musique.


Naissam Jalal est une immense artiste qui, loin du tumulte dit quelque chose de la vie.
C’est peut être à cela que l’on reconnaît les albums essentiels. Celui-là l’est assurément. Jean-Marc Gelin

Naissam Jalal era en concert

- Le 28 mars au café de la Danse (Paris)

- le 30/03 aux Plages Magnétiques à Brest

- 17/05 : Tourcoing Jazz festival

 

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 17:02

 

Yonathan Avishai (piano), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie)

Lugano, février 2018

ECM 2611 / Universal

 

Un disque sans fracas, et pourtant une entrée remarquée du pianiste sous l'étiquette ECM, où il avait déjà accompagné le trompettiste Avishai Cohen («Into The Silence» 2105 ; «Cross My Palm With Silver», 2016). Sur l'un des très beaux pianos de l'auditorium de la radio suisse de langue italienne, à Lugano, il livre un objet d'apparence minimaliste, mais d'une intensité rare. Cela commence, avec une sorte de révérence amoureuse, par le répertoire d'Ellington, et Mood Indigo. Plus que lentement, chaque instrument fait son entrée dans ce monument historique dont il caresse la charge patrimoniale nimbée d'émois anciens. Suivent des compositions originales où le recueillement et la retenue dominent. On retient son souffle, le bassiste et la batteur retiennent l'accès au temps, et l'on glisse sur un tapis de félicité. Le disque culmine peut-être avec When Things Fall Apart, inspiré de l'aveu même du pianiste par la composition qui donnait son titre au premier disque gravé avec Avishai Cohen. Et l'on conclut par un souvenir rythmique d'un voyage à Brazzaville, où le tempo s'anime, mais sans rompre le voile du mystère. Grandes émotions ; grand disque !

Xavier Prévost

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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 18:00

 

Françoise Toullec (piano Opus 102)

Villethierry (Yonne), octobre 2018

Gazul Records GA 8874 / Muséa

 

Un disque très singulier, inspiré par l'Opus 102, piano hétérodoxe de 102 notes, à cordes parallèles et fortes dimensions (le piano fait 3 m de longueur), un instrument surgi de l'imagination et de l'artisanat d'exception de Stephen Paulello. Après plusieurs mois de travail dans le studio du pianiste-facteur de pianos, au Hameau du Coquin, Françoise Toullec s'est sentie prête à exprimer, dans l'improvisation comme dans la composition, tout ce qu'elle a pu extraire de cet instrument d'exception. Plutôt que de faire parler les accessoires dont elle use couramment dans ses préparations du piano (vis, pinces et autres chevilles), la pianiste s'est tournée vers d'autres objets (baguettes de xylophone, verre, plectre, et aussi un archet électronique qui met en résonance les cordes, le e-bow, qui a inspiré le titre du CD, «Un Hibou sur les cordes». Et elle a surtout pris le parti de faire entendre au maximum les qualités de l'instrument : profondes résonances des cordes très longues, riches harmoniques sublimées par une structure dépourvue d'entretoises, et de belles couleurs dans tous les registres. On part de profondes oscillations dans les notes graves pour gagner des couleurs transparentes d'accords dans le haut médium, chaque son est comme une aventure pour la musicienne, et nous partons avec elle à la conquête de l'inouï. On s'aventure alors vers de sinueuses lignes qui jouent avec les tonalités avant de glisser dans monde des accords, pour bifurquer ensuite vers de nouveaux jeux sonores. Puis viennent des sons qui résonnent en majesté, sur tout le spectre : beauté du son, souci de laisser sonner et vivre. Vient un hululement qui laisse augurer quelque nouveau mystère, et l'excursion se poursuit dans les profondeurs de ce piano hors-norme. Et ainsi de suite de plage en plage, de traits contemporains en accords mystérieux : c'est fascinant, et d'une totale singularité, pour nous rappeler que le singulier est la voix d'accès, royale, qui conduit à l'art, l'art à l'œuvre.

Xavier Prévost

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 11:52

 

Fred Hersch (piano), Drew Gress (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

New York, Village Vanguard, 18 juillet 1997

Palmetto 953957219233 / Bertus

 

Un inédit qui fait revivre le premier passage de Fred Hersch en leader au Village Vanguard, un club où il était maintes fois venu œuvrer en sideman. Un grand moment, pour un trio déjà très rôdé, qui nous émerveille par sa cohésion, sa réactivité, et cette profonde musicalité par quoi il n'est jamais question d'effet appuyé, de vaine ostentation ou de désir d'épater l'amateur : rien que le flagrant désir de 'faire musique ensemble'. Cinq standards richement parés d'aménagements originaux (par exemple l'intro et l'exposé de la première plage, Easy to Love), plus deux compositions du pianiste (dont Evanessence, issu de son hommage à Bill Evans en 1990) et un thème du contrebassiste. C'est brillant, intense, rythmiquement tendu dans une parfaite maîtrise, avec ce qu'il faut d'imprévisible pour nous tenir en haleine, par exemple au début de You Don't Know What Love Is, après intro et exposé très rythmiques, divergents sur le plan de l'accentuation mais près du texte harmo-mélodique, une escapade hors champ, comme un geste de liberté assumée. Très lyrique, sans jamais verser dans la sensiblerie ; très subtil, sans sombrer dans l'hermétisme. Bref du Grand Art Vivant. En 1997 Fred Hersch était déjà un soliste majeur.

Xavier Prévost

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Fred Hersch jouera en solo à la Maison de la Radio le samedi 9 mars 2019. Concert à 20h30, avec en première partie le quartette du saxophoniste Mark Turner

https://www.maisondelaradio.fr/fred-hersch-solo

Fred Hersch animera une classe de maître au Conservatoire National Supérieur de musique et de Danse de Paris, à l'issue de laquel il donnera un concert en solo, Salle Maurice Fleuret, le mercredi 13 mars à 19h

ENTRÉE LIBRE SUR RÉSERVATION à partir du 27 février - reservation@cnsmdp.fr


 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 14:48
ANTONY SOLER QUARTET  MELODY TO MY SKULL

 

ANTONY SOLER QUARTET

MELODY TO MY SKULL

DURANCE AS012019/ABSILONE- SOCADISC

http://s198358153.onlinehome.fr/index.html

Voilà un excellent album qui est sorti le premier janvier dernier sur Label DURANCE, tout à fait étonnant car en regardant la pochette aux couleurs et rappels psychédéliques qui s’inspire beaucoup de celle de Sergent’s Pepper des Beatles, on ne s’attend pas du tout à ce qui va suivre. Cela commence par des reprises de chansons pop et disco d’ Earth Wind & Fire “ Star”, de Gainsbourg ( variation tonique au Fender de“La Javanaise” réussie ) et de Terry Moïse ( son premier single en 1996, “Les poèmes de Michelle” dans une reprise tendre et désolée).

Mais le répertoire devient plus original avec des chansons plus directement ancrées dans l’americana,  compositions de “songwriters” de la West Coast actuelle, par exemple  le duo “Pomplamoose” des jeunes époux très complices Jack Conte et Nataly Dawn... Ce qui permet au passage de découvrir une nouvelle génération de trentenaires, de quadras comme John Mayer “ Daughters”.

Le batteur Antony Soler a de qui tenir. Son père Alain SOLER, polyinstrumentiste et pédagogue réputé est fondateur de l’AMI(Atelier de musiques improvisées) lieu phare de création en PACA. Il est ingénieur son de formation et a fait partie du quartet d’André JAUME, une référence évidente. Il a su s’entourer de musiciens impeccables qui l’accompagnent avec un réel talent.

La musique est prenante : un groove lumineux, une certaine poésie folk et parfois un spleen très aérien. Sans déstructurations trop abruptes, ni fioritures inutiles mais un alliage fait des timbres de la basse électrique organique de Laurent David, clairement audible et du piano élégant d’Alexandre Saada. Thomas Puybasset aux divers saxophones est aussi impressionnant. Comparé aux chansons originales assez minimalistes, l’habillage jazz est tout indiqué pour donner de nouvelles couleurs, de la tendresse et de la chair à des mélodies simples sans être simplistes, un peu trop épurées peut être, interprétées à la guitare sèche. Elles prennent avec l’envol très haut perché du soprano, les ponctuations du piano, le drive énergique de la batterie, un autre sens, plus inventif et sophistiqué même, une réelle intensité. Elégance, subtilité et intelligence du jeu collectif, ces musiciens ont toutes ces qualités et ils accomplissent le tour de force de nous intéresser jusqu' au  final impressionnant qui poursuit bien après le dernier suspens.

Tout un art de petites pièces libres, vives mais aussi intimistes, caressantes. Une belle découverte "régionale" qui ne devrait pas rester confinée aux limites de la PACA. Vivement conseillé en disque et … en concert!

 

Sophie CHAMBON

 

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