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11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 12:16

Avec Frédéric Loiseau (guitare, voix), André Charlier (batterie, percussions) et Benoît Sourisse (orgue, sifflet).
Studio des Egreffins, 2021.
Gemini Records / Absilone / Socadisc.
Parution le 15 avril.


   Voilà un guitariste qui nous est bien connu pour son ouverture d’esprit et d’écoute et pour refuser les effets. Frédéric Loiseau aime à participer à des projets où prime l’intime.
   Son terrain d’excellence, les petites formations, et  sur un large spectre : en duo avec le chanteur baryton Laurent Naouri sur des œuvres de Fauré, Debussy, Poulenc (‘En Sourdine’ -Outhere. 2020-), au sein d’un quartet de chambre (‘Looking Back’ -Black & Blue. 2010-)* pour honorer quelques-unes de ses idoles, (Billy Strayhorn, Kosma et Jobim), en quintet (‘For All We Know’ -Black & Blue. 2013-)** ou encore dans un format de trio avec orgue (Benoit Sourisse) et batterie (André Charlier) dans ‘Smile’ (Black & Blue. 2015).
   Ces deux derniers compères sont à nouveau mis à contribution dans « D'Intant en Instant » (Gemini Records).

  

   Délicatesse, sensibilité (et non sensiblerie), précision, ces vertus s’invitent pour ce périple musical sous la houlette attentionnée d’un guitariste à la démarche évoquant celle de Jim Hall, Fred Loiseau. Un parcours en douze étapes, encadré par deux compositions du leader (clin d’œil à son patronyme), ‘Morning Bird’ et ‘Cuicui du soir’, et qui fait une amicale référence posthume à Claude Carrière avec trois titres, ‘Fleurette Africaine’ de Duke Ellington, ‘le Duc de Charonne’, signé Bob Dorough (auteur du générique historique de Jazz Club) et ‘Waltz for C’, hommage personnel de Fred.

   Bref, Frédéric Loiseau nous parle à l’oreille et au cœur, dans un album où l’improvisation rime avec l’émotion.


     Vivement conseillé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

* regroupant Rebecca Cavanaugh (voix), Marie-Christine Dacqui (contrebasse) et Claude Carrière (piano)
** Mêmes musiciens, avec André Villéger (saxophone ténor) et Bruno Ziarelli (batterie).

 

En concert le 22 avril à 20 h 30 au Sunset (75001).

 

©photo X. (D.R.)

 

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 20:17

Guillaume Orti (saxophones alto & soprano), Benoît Delbecq (piano), Hubert Dupont (contrebasse), Samuel Ber (batterie)

Malakoff, 19-21 octobre 2021

PeeWee! PW 1006 / https://peeweelabel.com/fr/albums/33 & Socadisc

 

Septième album de ce groupe né à l'orée des années 90 et toujours, pour l'auditeur que je suis (et au risque de la redite), la sensation d'une absolue singularité. J'ai beaucoup écouté les disques précédents, et de nombreux concerts de ce groupe, avec ses batteurs successifs, le reste de l'équipe demeurant d'une stabilité remarquable. Et j'avais aussi écouté le quartette dans sa composition actuelle, avec le jeune Samuel Ber à la batterie, lors de deux concerts récents, le premier quelques semaines seulement après l'enregistrement de ce disque. Comme lors de ce concert, le disque commence par une composition du nouvel arrivant, manière élégante de confirmer qu'il a d'emblée sa place, de plein droit, dans cette phalange d'exception. Et ce thème est parfaitement en phase avec ce qui fait la force de ce groupe : liberté tonale et rythmique, cheminement sinueux dans les sons et les sensations, à quoi se reconnaît la musique quand elle est totalement un art. Ici le concept est en prise directe avec l'émotion, les labyrinthes rythmiques, mélodiques et harmoniques, sont autant de portes ouvertes sur l'émoi, le songe, le choc esthétique ou la douceur soyeuse (suggérée par le titre de l'album) de l'immersion dans une expérience d'écoute qui va nous entraîner loin de nos bases. C'est un disque à aborder sans idée préconçue sur ce qu'est le jazz, d'hier à demain. Et ce «bel aujourd'hui» (comme disait Mallarmé), nous est offert comme une invitation à suivre ce chemin (route de la soie ? Qui sait....). Si notre écoute est à l'aune du mystère qui se joue dans ces plages, le bonheur est au bout du chemin.

Xavier Prévost

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Le groupe fêtera la sortie de ce disque par un concert à Paris, au Sunside, le 12 avril à 21h

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Une vidéo d'avant-ouïr

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 23:35

Sylvain Rifflet (saxophone ténor, shruti-box, boîte à musique artisanale), Verneri Pohjola (trompette, électronique), Philippe Giordani (guitares), Benjamin Flament (percussions)

Sarzeau (Morbihan), mars 2021

Magriff 0357 / l'autre distribution

 

Anges tutélaires, anges gardiens, voire anges exterminateurs ou anges devenus démons, qu'importent les spéculations : en fait l'aveu du saxophoniste est plus simple et limpide «à mes anges, à ces êtres, artistes ou non, qui m'inspirent et m'aident à vivre». Ce disque est comme un exercice d'admiration, de ferveur, en même temps qu'un jeu de piste, quand dans la première plage, après un clin d'œil aux répétitifs américains, il bifurque vers le jazz avant retour au bercail. Au fil du disque défilent les repères d'une passion musicale mais aussi amicale (Thomas de Pourquery, le complice de Rigolus) ou littéraire (l'évocation de James Baldwin). Et les anges tutélaires sont en bonne place : Getz, dissimulé par son pseudonyme des années 50, Abbey Lincoln, dans toute sa stature artistique, engagement compris.... Et aussi le goût pour la musique électronique, sans oublier un hommage complice aux partenaires récents : Jon Irabagon, et le trompettiste de ce disque, Verneri Pohjola. Avec ce dernier, il conclut le CD par une improvisation en duo, prolongée en une plage fantôme par une reprise en quartette. Il y aura aussi cette valse aux deux vikings : le trompettiste partenaire, et le fameux Moondog, auquel Sylvain Rifflet avait naguère rendu un hommage singulier, et à bien des égards précurseur. Tout au long du disque s'épanouissent des musiques sans cesse renouvelées, toujours d'une grande densité, comme autant de jalons sur un parcours multiforme dont le saxophoniste serait le centre de gravité. Comme au fil de ses disques précédents, Sylvain Rifflet embrasse du regard tous les horizons de la musique, mais cette fois il nous en livre une sorte de florilège, en un seul opus «… mon disque le plus personnel,écrit-il, comme une synthèse du travail entamé il y maintenant dix ans...». Une indiscutable réussite.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 21:34

Ingrid Laubrock (saxophones ténor & soprano), Brandon Lopez (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

New York, 25 avril 2021

Intakt CD 376 /Orkhêstra International

 

Les multiples collaborations, dans divers contextes (dont le duo) entre Ingrid Laubrock et Tom Rainey, ont aussi débouché voici quelques années sur un premier trio, en concert, avec Brandon Lopez. Ce disque concrétise la fructueuse pertinence de cette rencontre. Après un début rêveur et méditatif, qui nous révèle une fois de plus l'étendue de la palette de la saxophoniste, la même plage s'épanouit en libre cavalcade et trilogue effervescent. Et cette connivence va trouver au fil des plages une foule d'expressions différentes, mettant à profit toutes les singularités des protagonistes pour une véritable œuvre collective. Ça bouge, ça vit, ça s'interpelle, et ça nous interpelle, nous qui sommes auditeurs (et presque spectateurs) de cette cérémonie secrète qui mêle transgression des codes et adhésion sans faille à tous les sortilèges de la musique. C'est fascinant, puissant, et riche de toutes les métamorphoses. Le cinquième titre nous embarque dans une sorte de périple abstrait, dont l'abstraction semble feinte, car la sensualité des sons, leur richesse timbrale, convoque simultanément une espèce de chaleur organique, comme une ode à la musique incarnée, au sens propre, une musique qui prend chair. Et cela se conclut dans l'ultime plage par une folle explosion. Magnifique !

Xavier Prévost 

 

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 19:11
PRONTO! Daniel Erdmann & Christophe Marguet  Hélène Labarrière Bruno Angelini

PRONTO! Daniel Erdmann  & Christophe Marguet

Hélène Labarrière Bruno Angelini

Label Mélodie en Sous-Sol

 

Soir Bleu (avec Hélène Labarrière et Bruno Angelini) - YouTube Music

 

Prêts, nous le sommes toujours avec ces musiciens qui se retrouvent depuis quelques années pour des projets excitants. Le duo saxophone-batterie, voilà une association réduite à l’essentiel qu'aiment le saxophoniste Daniel Erdmann et le batteur Christophe Marguet-on se souvient de leur Together, Together en 2013, qu’ils prolongent à leur manière aujourd’hui en demandant à la contrebassiste Hélène Labarrière et au pianiste Bruno Angelini de les rejoindre. De vieilles connaissances, puisque Hélène Labarrière joue dans le quartet de Christophe Marguet Happy Hours et Bruno Angelini dans son autre quartet Résistance poétique.

Rapides, voire prompts à trouver leurs marques, ils forment  à eux quatre, dès l’initial “Numero uno” un équipage qui tient la route. Chacune des interventions de cette bande complice sonne juste et dans une écoute mutuelle, la musique respire. Le quartet évolue sur des terres musicales connues, des références fortes sur lesquelles repose ce Pronto! jusqu’à la photo de la pochette délicieusement vintage, celles d’un jazz familier, “ancien” mais qui ne date pas, nuance. Pour une formation qui paraît historique, comme le fait remarquer subtilement Francis Marmande dans les notes de pochette. Car ces magnifiques musiciens ne perdent jamais leurs repères. S’il y a belle lurette qu’ils ont brisé les codes, ils restent dans l’idiome jazz et cela s’entend dans le son, le jeu de Daniel Erdmann sans qu'il se livre pour autant à des hommages pontifiants.

Pas de pas de côté ni de pas en arrière avec ce groupe qui est un exemple de maîtrise et d’interaction tout au long de huit pièces, sans désaccord entre titres et formes, sujet et matériau sonore. Leur musique paraît à la fois simple et intrigante. Simple car accessible, mélodique, avec des sonorités rondes, douces et chaudes du ténor qui joue moins cette fois avec les aspérités du métal, distille un souffle moins rugueux. Christophe Marguet est aux aguets, délicat, en phase avec son camarade, dans un équilibre sonore adapté, léger aux baguettes ou aux mailloches.

Ils ont écrit chacun, à armes égales, une histoire sensible où flotte parfois un parfum de mélancolie, un temps dilué dans une ballade superbe “Elevation”, où piano et contrebasse prennent aussi leur part dans d’exquises nuances. Enclins à faire une musique qui flotte presque sans attache, avec des séquences immersives, une tension certaine sur les creux et  une attente sensuelle de la narration dans “Soir bleu”. “Avant la parole” a la beauté d’un chant élégiaque. La force de leur engagement, leur vive énergie ne semblent pas alors primer sur l‘intime dans cet album. Faux-calme cependant quand on connaît ces musiciens soudés, combatifs et habités. Quelle intensité des instants traversés dans “Tribu” ou le vigoureusement balancé “Hotel Existence” qui rocke véritablement malgré le contrepoint du piano. Quant au final, où règne un motif chaloupé, pirouette charmante qui illustre “DE Phone Home”, il laisse vite éclater la folie communicative du piano et de la batterie. C'est ainsi que jaillit la revendication pour une urgence du jeu, qui est la signature de ces musiciens, la marque de leur identité. Alora, pronti, via! 

 

Sophie Chambon

 

 

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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 22:49

Franck Tortiller (vibraphone, arrangements, composition), Patrice Héral (batterie, percussion, voix), Vincent Tortiller (batterie), Jérôme Arrighi (guitare basse), Matthieu Vial-Collet (guitare, voix), Olga Amelchenko (saxophones alto & soprano), Maxime Berton (saxophones ténor & soprano), Gabriel Rachel Barbier-Hayward (trombone), Joël Chausse (trompette, cornet, trompette piccolo)

Maisons-Alfort, sans date

Label MCO 14 / Socadisc

 

Plus de 15 ans après l'album «Close To Heaven» (Le Chant du Monde, 2005) de l'Orchestre National de Jazz qu'il dirigeait alors, Franck Tortiller revient vers l'une des passions-rock de ses jeunes années. Pour le chroniqueur chenu que je suis (j'ai quand même 14 ans de plus que le vibraphoniste-chef d'orchestre), Led Zep' c'est un souvenir lointain de l'année de mes 20 ans (1969), avec un premier disque qui m'a surtout marqué par deux reprise de blues (Willie Dixon, comme l'avaient fait 4 ans plus tôt les Stones pour leur premier album). Mais j'ai quand même écouté la plupart des disques de Led Zeppelin chez mes potes, moi dont le discothèque contenait 80 pour 100 de jazz, quelques disques des Animals (à cause des reprises de la musique afro-américaine), et aussi Nougaro, Ferré, Janis Joplin, Bach, Beethoven, Liszt, Debussy, Stravinski & Bartók....

Autant dire qu'en voyant revenir un programme consacré à ce groupe, j'ai scruté le rétroviseur. Et j'y ai vu que Franck Tortiller, s'il joue dans ce nouvel album des titres de 7 des 9 albums du groupe britannique, ne rejoue aucun des titres de Led Zeppelin choisis pour l'album ONJ de 2005. Il reprend en revanche sa composition Moby and Moby, inspirée par un titre du deuxième album du groupe. Sa version est d'ailleurs très elliptique si on la compare à sa source très blues (hard) rock. Pour les titres repris du groupe, le résultat est saisissant : c'est assurément une reprise jazz, orchestration et solistes compris, dans un arrangement qui repose sur l'exploitation des accents des thèmes d'origine, et semblent aussi inspiré par le drumming si particulier de John Bonham, avec en prime quelques saillies vocales de spoken words très syncopés. Et une alternance de frénésie rock, de fines orchestrations et d'échappées mélodiques. Comme chez le groupe inspirateur, contraste entre le dur et le tendre, le rugueux et le mélancolique. Going to California se voit paré de sonneries monterverdiennes, et l'on chemine ainsi de surprise en nostalgie. Jouissif, non par passéisme, mais par esprit prospectif. Il faut dire que l'orchestre, qui compte en la personne de Patrice Héral et Joël Chausse des partenaires historiques de Franck Tortiller, se compose pour le reste de ses membres de jeunes gens dont les parents devaient être encore à peine adultes quand le groupe d'origine s'est éteint avec la mort de son batteur, en 1980. Bref on tire son chapeau à cette belle réussite !

Xavier Prévost

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L'orchestre sera en concert, avec ce programme, le dimanche 20 mars, 17h30, à Paris au Pan Piper

 

https://www.facebook.com/franck.tortiller.vibraphoniste/videos/3056910911215740/

 

https://www.francktortiller.com/project/back-to-heaven-led-zeppelin.html

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 16:52

ÉRIC DUBOIS QUARTET

Éric Dubois (guitare), Benoit Baud (saxophones alto & soprano), Mathieu Millet (contrebasse), Éric Navet (vibraphone, batterie)

Tilly (Yvelines), mars 2021

Circum-Disc microcidi 026

https://www.circum-disc.com/eric-dubois-quartet/

 

Sur le site du label lillois, le texte du guitariste-leader-compositeur évoque un «pillage nourricier auquel se livrent tous les artistes, consciemment ou pas», évoquant «une succession de moments musicaux reflétant diverses influences : du jazz au classique, du rock à la musique contemporaine». J'y entends plutôt, dans le registre de la composition, pour une partie des thèmes, comme une reprise d'un chemin de liberté qui s'est tracé des années 60 aux années 2000, de Dolphy et Paul Motian, à Frisell et au-delà.... Un goût (et un talent) de l'écriture qui va chercher des lignes et des textures qui élargissent l'espace circonscrit du jazz, fût-il au sens large. Beautés mélodiques, tensions subtiles, lyrisme sans emphase et nuances en cascade : c'est un bonheur d'écoute. Éric Dubois, actif depuis plusieurs décennies dans sa région du Nord, a très peu enregistré, et s'est produit en concert, parallèlement à son métier d'enseignant de musique. Il signe là un bel opus, entouré de très bons solistes : à savourer.

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert au Phénix de Valenciennes le 23 mars, puis le 2 avril à L'Horloge de Tracy-le-Mont (Oise) et le 30 avril à la Médiathèque de Villeneuve d'Ascq (Nord)

 

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 15:56

Andy Emler (piano), Claude Tchamitchian (contrebasse), Éric Échampard (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 3-5 janvier 2021

Label La Buissonne RJAL 397041 / PIAS

 

En deux décennies, le Trio ETE n'aura publié que 3 CD (plus une partie de DVD), mais donné une foule de concerts, et aussi constitué l'épine dorsale du MegaOctet. De cette très ancienne (et très fructueuse) connivence, il tire aujourd'hui ce disque qui, comme les récentes publications de MegaOctet, nous délivre une sorte d'état des lieux. Si certains titres font allusion aux tourments de notre monde (The Fake, The Lies, The Worries....), d'autres nous invitent à un autre horizon (The Resistant,The Endless Hopelude). Il est peu probable que la clé de cette musique réside dans ces titres. En revanche, si clé il y a, il se pourrait qu'elle se trouve dans une sorte de manifeste pour le jeu collectif. Difficile de démêler l'écrit de l'improvisé, le concerté du concertant, le prévu de l'imprévisible : tout paraît se jouer dans l'intensité de l'instant, dans le dialogue permanent entre ce qui est projeté et ce qui, déjà, est advenu, par une sorte de magie télépathique. Les styles, les genres et les langages musicaux ne permettent pas de rendre vraiment compte de ce qui se joue ici. Ce qui frappe surtout, c'est la faculté d'être ensemble tout en gardant le pouvoir de diverger, de s'évader, sans pour autant quitter la logique du jeu collectif. Impressionnant et jouissif.

Xavier Prévost

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Le trio sera en concert le 9 mars à Paris, au Studio de 'Ermitage

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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Et chez La Buissonne

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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 19:02
INDIGO THE MUSIC OF DUKE ELLINGTON    JEAN MARC FOLTZ & STEPHAN OLIVA

Indigo The Music of Duke Ellington 

Jean Marc Foltz Stephan Oliva

 

VISION FUGITIVE - Label

Distribution L’autre distribution

Un album spontané et fraternel qui exalte la rencontre toujours renouvelée de deux musiciens à l’écoute attentive et complice. On suit les chemins du compagnonnage peu balisés de ce duo que nous aimons depuis vingt ans, toujours encouragé par Philippe Ghielmetti (alors Sketch), acteur du formidable label Vision fugitive, né de la complicité du guitariste Philippe Mouratoglou avec le clarinettiste Jean-Marc Foltz.

Un label "indé" très autonome, à la signature affirmée : maquette et direction artistique de Philippe Ghielmetti, livret toujours conçu avec un soin particulier, pochettes peintes par Emmanuel Guibert . Cette fois, un imaginaire exotique est déployé avec cette représentation incarnée du blond et du brun, de Lawrence d’Arabie et de son ami le Shérif Ali (aux clarinettes). Allusion à cette vision fantasmée du “Caravan” de Juan Tizol, arrangé pour la circonstance par Stephan Oliva car ce tube a tout d’une scie tant il fut repris et souvent sans imagination.

 Quant à l’objet INDIGO, magnifique, il se décline autour de photographies de Duke Ellington at his best, illustrant un texte fort pertinent de Gilles Tordjman “Duke, duo: le jazz et son double” qui résume le propos du disque et de l’aventure duelle du pianiste Stephan Oliva et du clarinettiste Jean Marc Foltz. Comment ne pas être sensible à l’intelligence de ces lignes qui tranchent avec l’indigence des livrets actuels (quand ils existent) et la faible qualité des illustrations graphiques?

Cela commence en effet par une citation de Paul Valéry dans l’Idée fixe : “Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie” soit le fil rouge de la méthode du Duke. Sa solitude se diffractait dans les singularités des solistes de son orchestre, particulièrement expressifs, les Bubber Miley, Cootie Williams, Rex Stewart, Jimmy Blanton, Paul Gonsalves, Johnny Hodges...avec lesquels il savait obtenir un échange révélateur.

Une fois encore, s’attaquant aux classiques comme avec leur Gershwin de 2016, le duo livre sa version ellingtonienne avec une certaine assurance, chacun ayant su trouver sa place dans l’univers de cet immense musicien. C’est une traversée réussie, une réinterprétation libre et fidèle à l’esprit du compositeur, en dix pièces assez courtes, plus méditatives que ludiques, teintées de recherches sur les couleurs mélodiques et harmoniques. Neuf thèmes du Duke et le final de son alter ego, Billy Strayhorn, l’admirable “Lotus Blossom”. On apprécie tout particulièrement comment les deux musiciens emboîtent dans un formidable “Medley” six thèmes livrés en fragments aux transitions et passages réussis, exquisement détaillés dans un minutage précis. Il y a de l’art dans cette restitution.

On ne saurait dire quel titre est le plus émouvant “The single petal of a rose”, “Reflections in D”, ou ce “Black and Tan Fantasy” qui a un petit air d’ "Echoes of Spring" avant de se muer en un chant funèbre. Comment ne pas admirer cette finesse chambriste qui parvient à restituer sans le moindre accroc, une musique conçue pour un grand orchestre? Une fois le répertoire choisi -et ce n’est pas une mince affaire, Foltz et Oliva savent rester au plus près de la mélodie, reprenant les standards dans leur substance même, les déconstruisant  subtilement (on songe au travail de Stephan sur les musiques de films, à sa relecture de Bernard Hermann) dans une épure qui restitue jusqu’au murmure final ces partitions trop familières.

Chacun plonge à la source de l’autre, n’intervenant que dans le désir d'en prolonger les traces et d’apposer son empreinte, étirant le temps dans un échange télépathique, sûr de la réponse du partenaire.  Dans le chant grave de leurs mélodies, tous deux, jouant avec le silence, maniant suspension et retrait, insistent sur la clarté et l’élégance du phrasé. Quels échos le piano de Stephan Oliva, singulier pluriel, réveille-t-il dans notre mémoire? A l’intérieur du son, comment Jean Marc Foltz trouve-t-il sa musique? On se souvient alors de leur travail dans Soffio di Scelsi, de cet usage du son comme d’une force cosmique essentielle, premier mouvement de l’immobile. En plongée au coeur du son, magistralement rendu par Gérard de Haro et son équipe de la Buissonne.

Ils arrivent à construire une musique qui semble venir d’une contrée lointaine et pourtant immédiatement familière, une musique forte et tendre, rigoureuse et poétique. Une véritable fascination se dégage de cette suite de mélodies qui s’enchaînent inéluctablement avec de légères variations, creusant un sillon connu, dans un écrin de textures tramées à deux, à la résonance rare. C’est une rencontre idéale, quelque peu somnambulique, le clair-obscur d’une musique de rêve éveillé. Captivant et obsédant.

 

Sophie Chambon

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22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 07:53
Une histoire du jazz pour les XX et XXI siècles    Un cours particulier de Laurent Cugny

Une histoire du jazz pour les XX et XXI siècles

Un cours particulier de Laurent Cugny

4 CD Audio PUF

Une collection Frémeaux & Associés

Grand Prix de l’Académie Charles Cros pour la Défense du Patrimoine sonore

www.fremeaux.com

 

Laurent Cugny Jazz histoire du jazz une musique pour les xxe et xxie siècles Un cours particulier de Laurent Cugny (puf/fremeaux) - Frémeaux & Associés éditeur , La Librairie Sonore

 

Un titre simple et éloquent pour présenter cent cinquante ans d’une musique complexe, le jazz, par un expert en la matière, musicien, pianiste, arrangeur, qui a joué avec Gil Evans, créé le big band Lumière, fut directeur de l’ONJ (1994-1997). Laurent Cugny est en outre un chercheur universitaire, professeur à la Sorbonne. Engagé depuis 2014 dans l’écriture de l’Histoire générale du jazz en France, il dresse ici un parcours du jazz, de sa création dès l’enregistrement de cette musique à aujourd’hui, un cours de près de 4h en 4 CD audio chez les très sérieux Frémeaux & associésUn travail de référence qui peut intéresser aussi bien des amateurs que des musiciens, des néophytes ou des étudiants en musicologie, une source d’informations remarquable.

Vaste programme et véritable défi que de chercher à définir, pour mieux le comprendre sans doute, ce qu’est le jazz, d’en montrer ses différents aspects, de rendre compte de son évolution. Comme dans l’un de ses ouvrages précédents sur Panassié, il tente de rétablir des équilibres parfois malmenés, déjoue mythes et idées reçues, et revient sur certaines présentations souvent manichéennes. Une sorte de mise au point précise et rigoureuse, qui interroge le jazz dans toutes ses dimensions, musicale, sociale, culturelle, économique...

On peut écouter au hasard chacun des Cds très finement découpés, se concentrer sur une période ou un musicien. Une présentation claire, efficace, d’une voix un rien lancinante mais qui ne fait aucune erreur. Laurent Cugny assume et justifie ses choix, divisant son cours en quatre séquences : après une première partie instructive qui revient aux origines et expose les possibles méthodologies, il adopte une approche chronologique, en suivant le concept d’intrigue défini par l’historien Paul Veyne : “On raconte l’histoire comme un roman et il existe une multitude d’intrigues selon l’histoire que l’on raconte”.  D’où le titre de la deuxième partie L’intrigue linéaire principale de 1917 à 1976, qui identifie 9 styles, du Nouvelle Orléans au jazz rock. Une intrigue s’est imposée, celle des styles, qui forme le tronc principal de l’arbre jazz, avec des musiciens essentiels et une série d’enregistrements spécifiques incontournables. Mais d’autres intrigues pourraient compléter le tableau, de même que certains musiciens et non des moindres s’avèrent inclassables. La troisième partie couvre L’ère postmoderne de 1976 à nos jours. Comme il s’avérait impossible de continuer à définir des écoles avec des maîtres, le jazz est questionné avec l’éclectisme, l’éclatement de son paysage en diverses tendances et mouvances : World Jazz, musiques improvisées européennes, néo classicisme... On est libre aussi de s’intéresser à d’autres paradigmes comme la géographie avec un focus sur l’Europe qui a réinventé le jazz, ou la guitare, instrument postmoderne par excellence… Plus original encore, en comparant l’extraversion solaire de Louis Amstrong à l’ expressivité distante, impressionniste, voire lunaire de Bix Beiderbecke, cette image inversée crée une opposition qui pourraiT aussi structurer l’histoire du jazz!

La dernière séquence traite enfin du jazz vocal de façon séparée, la chronologie étant moins évolutive que pour le jazz instrumental, un seul style s’imposant à travers de nombreuses déclinaisons et esthétiques. 

Un plan impeccable qui permet de se retrouver tout au cours de l’enregistrement et de comprendre l’évolution de cette musique. La conclusion de ce voyage de cent cinquante ans à travers le jazz selon différents critères et temporalités est plus que positive : cette musique s’avère plus vivante que jamais, elle se pratique, s’enregistre, s’enseigne et s’accroche précieusement à quelques valeurs de... liberté, d’épanouissement des individus dans un souci de fraternité raciale et musicale.Ce travail de synthèse bluffant qui balaie le sujet ne donne qu’une seule envie, furieuse, celle d’ aller écouter les enregistrements évoqués.

 

Sophie Chambon

Une histoire du jazz pour les XX et XXI siècles    Un cours particulier de Laurent Cugny
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