Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 septembre 2023 4 07 /09 /septembre /2023 11:40

Deux disques qui paraissent en ce mois de septembre, l’un et l’autre avec la présence active, voire prépondérante, du saxophoniste Daniel Erdmann. C’est d’abord le retour du trio ‘Velvet Revolution’, avec Théo Ceccaldi et Jim Hart. Et aussi le trio, inauguré un peu plus tôt et à l’origine sous le nom du violoncelliste, qui l’associe à Vincent Courtois et Robin Fincker. Deux disques qui taquinent les chemins de traverse avec la même pertinence

 

VELVET REVOLUTION «Message In A Bubble»

Daniel Erdmann (saxophone ténor), Théo Ceccaldi (violon), Jim Hart (vibraphone)

Budapest, 7-9 novembre 2022

BMC CD 312 /Socadisc

 

Le message, même s’il fait penser à un célèbre tube pop, regarde ailleurs, vers le collectif, l’urgence à se retrouver pour ‘faire musique ensemble’. Trois fortes personnalités musicales, instrumentales et improvisantes se donnent rendez-vous sur divers terrains de jeu, qui parcourent un large espace où le jazz de stricte obédience croise le tango, la musique de chambre, et la musique d’ailleurs ou de demain. Permanence d’un dialogue qui jamais ne brime les singularités de chacun. Bref une esthétique, et un sens du groupe, qui gardent constamment le jazz pour horizon.

.

Velvet Revolution en concert en novembre, le 23 à l’AJMI d’Avignon, et le 25 à Paris, à l’Atelier du Plateau

.

VINCENT COURTOIS / DANIEL ERDMANN / ROBIN FINCKER «Nothing Else»

Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor), Robin Fincker (saxophone ténor, clarinette)

Budapest, 26-28 janvier 2022

BMC CD 311 / Socadisc

 

Avec ce trio, c’est un terrain exclusif d’improvisation. Une conversation intime entre des musiciens qui pratiquent avec virtuosité et intégrité cet exercice de voltige dans lequel tout est possible, à condition évidemment que l’on ait le talent de faire advenir ce qui est la promesse de l’instant à venir. Ce talent, ils le possèdent, et au degré suprême. Nous les suivons de plage en plage, de vertige en surprise, dans ce voyage recomposé où ils ont posé les balises de leurs souvenirs. Souvenirs des lieux où ils ont joué, d’Europe en Amérique. Souvenirs revitalisés par la promesse de l’instant qui vient. Comme une sorte de magie, en somme.

Xavier Prévost

.

Nothing Else jouera le dimanche 17 septembre à 17h au festival de Trois Palis (Charente)

Partager cet article
Repost0
15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 18:46

Pascal Bréchet (direction, compositions, arrangements, guitare, effets), Sophia Domancich (piano électrique), François Cotinaud (saxophone ténor, clarinette), Philippe Lemoine (saxophone ténor), Xavier Descarpentries (trompette, EWI), Jean-Luc Ponthieux (guitare basse, contrebasse), Cyril Hernandez (percussions, voix, effets), Éric Groleau (batterie)

Soissons, 15 juin 2011

Musivi MJB 029-030 CD

https://poeticavivace.com/produit/naked-lunch-pascal-brechet/

https://www.lesallumesdujazz.com

 

Comme un rêve éveillé. Enregistrée à l’issue du concert de clôture d’une résidence artistique, cette musique aurait pu ne pas voir le jour sous forme d’un double disque. Les aléas d’un projet qu’il fut malaisé, en ces temps frileux, de faire revivre sur scène, puis la mort du batteur Éric Groleau, sans oublier la pandémie, ont failli nous priver de la découverte de cette pépite. La référence à l’École de Canterbury, et au groupe Soft Machine, est limpide. Car le nom du célèbre groupe britannique est emprunté à un livre du poète-romancier-plasticien Williams S. Burroughs, The Soft Machine ; tout comme ce disque renvoie à un autre écrit de Burroughs, The Naked Lunch. La musique qui se joue ici n’est réductible à aucune des appellations qui désignèrent naguère (c’est presque jadis….) le jazz conquis par l’électricité et l’électronique. Ni Jazz-rock, ni Jazz-fusion, ni Fusion tout court, mais Jazz assurément, car c’est un musique d’aventure, d’audace, de vertige et de prospective. Il serait vain de traquer des analogies avec la structure du roman de Burroughs, sa topographie singulière ou ses personnages. Peut-être doit-on s’en remettre au voyage intérieur sous substances, ou à la notion cut-up d’ou procède la littérature de Burroughs et de quelques autres. En tout cas l’esthétique et les compostions sont fécondes, les solistes sont inspirés, et le mouvement collectif est saisissant. Une seule composition, celle sui conclut le second CD, n’est pas du guitariste-leader : c’est Teeth ; elle avait été signée par le claviériste Mike Ratledge pour le quatrième disque de Soft Machine. Ce titre est ici dans une version étendue et reformulée. D’un bout à l’autre, ce disque est un très beau moment de musique vivante, et habitée !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2023 5 14 /07 /juillet /2023 12:49

MISSION MANDOLINE VINCENT BEER DEMANDER

ORCHESTRE NATIONAL DE CANNES

Direction de Benjamin Lévy

 

Label Maison Bleue

www.labelmaisonbleue.com

 

Accueil - Compagnie Vincent Beer-Demander & Co (compagnievbd.org)

 

 

 

C’est avec le programme de cet album que le mandoliniste Vincent Beer Demander a ouvert le troisième festival de Mandoline à Marseille le 5 juillet dernier. Un pas de côté certes par rapport au jazz, mais on retrouve des compositeurs qui aiment et ont pratiqué le jazz tout en s’adonnant à d’autres musiques.

Dans ce Mission Mandoline qui présente des concertos ou oeuvres concertantes pour mandoline solo et orchestre symphonique, ce professeur du Conservatoire Régional de Marseille sort cet instrument baroque du XVIIIème de son répertoire de routine pour aller à la rencontre de grands compositeurs comme Vladimir Cosma qui peut tout composer, symphonie, thème de jazz et ici caprices,écho naturel aux 24 Caprices du violoniste Paganini( également mandoliniste). La mandoline en fait est un petit luth joué sans archet mais avec une plume, un plectre. On entend ici le dernier de ces Caprices qui reprend en le déjouant un de ses thèmes les plus connus, celui du “Grand Blond avec une chaussure noire” du film de 1972 d’ Yves Robert. Le caprice est une forme libre qui s’apparente aux thèmes et variations chers au jazz où l’on peut faire sonner l’instrument de façon ludique et virtuose.

Comme le titre de l’album le suggère, c’est avec un autre compositeur de musiques de films, tout autant éclectique, Lalo Schifrin que débute le CD avec des “Variations sur un thème de Lalo Schifrin” de Nicolas Mazmanian, collègue pianiste, enseignant au conservatoire.

Chacune des sept variations de cette suite-portrait évoque de près ou de loin le thème qui se diffuse tout au long du mouvement pour éclater au final. Ce qui paraît intéressant dans la démarche de Nicolas Mazmanian est d’avoir amené toutes ses variations vers le thème et non l’inverse. La conclusion est sans appel : le thème que tous connaissent et aiment, y compris les plus jeunes, aujourd’hui encore, celui de la série, sortie en 1967!

Encore du cinéma avec un autre grand compositeur Nino Rota et son “Padrino” arrangé magnifiquement par le pianiste marseillais Christian Gaubert avec cette reprise du thème du Parrain, conçue pour la mandoline : une mélodie simple, émouvante, jouant avec la matière musicale pour en faire une miniature pour mandoline.

C’est Ennio Morricone qui nous ravit ensuite avec une “Sérénade en forme de passacaille” : une autre atmosphère lancinante et mystérieuse. Les cordes graves exposent un ostinato glissant en pizz rejoints par des trémolos frottés, riffs plaintifs sur lesquels la mandoline s’installe et mène la danse.

Claude Bolling autre fou de jazz a composé son concertino “Encore” où la mandoline swingue si élégamment avec la contrebasse . Le final est en hommage au style de Earl Hines avec lequel joua Claude Bolling en 1948 .

Il y a une réelle cohérence dans cet album qui s’écoute en tendant l’oreille, car sous la virtuosité apparaît une certaine émotion. Un ancrage populaire où des mélodies raffinées, conjuguées à l’art savant de les réharmoniser, contribuent à une vraie découverte de la mandoline.

A l’écoute du programme de l’album, on est convaincu d’avoir fait le tour des possibilités, sonorités, techniques de cet instrument. Mais on est loin d’être au bout de ce que nous réserve le toujours inventif VBD? On attend donc qu’il se mette sérieusement au jazz.

 

Sophie Chambon

 

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2023 5 07 /07 /juillet /2023 18:35

 

Bojan Z (piano solo)

Marseille, 17 octobre 2021

Paradis Improvisé / l’autre distribution

 

Très belle incursion/excursion de Bojan Z dans des thèmes très divers (les siens, et ceux de compositeurs essentiels : Jimmy Rowles, Wayne Shorter, Charles Mingus, Horace Silver, Clare Fischer….). Le piano respire la liberté, la spontanéité, la nuance (mais aussi la fougue). La sonorité chante, parfois aussi elle rugit. Nous le suivons dans ce cheminement de liberté, souvent enchantés, et aussi fascinés. La manière dont il joue, déjoue et rejoue les sinuosités du thème de The Peacocks, ses détours dans les chromatismes du pont, tout cela dans le seul but de faire chanter l’émotion si particulière de cette merveille de composition et de forme, est un pur régal, et un grand moment de musique. On peut en dire tout autant de ce qu’il fait sur les autres thèmes : libre, inspiré, Bojan est encore et toujours un pianiste d’exception.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 14:00

 

Régis Huby (violon, composition) , Guillaume Roy (alto), Marion Martineau (violoncelle, viole de gambe), Olivier Benoit (guitare électrique), Pierrick Hardy (guitare acoustique), Joce Mienniel (flûte), Jean-Marc Larché (saxophone soprano), Catherine Delaunay (clarinette), Pierre François Roussillon (clarinette basse), Matthias Mahler (trombone), Illya Amar (vibraphone, marimba), Bruno Angelini (piano, piano électrique, synthétiseur basse), Claude Tchamitchian & Guillaume Séguron (contrebasses), Michele Rabbia (batterie, percussions, électronique)

Malakoff, juillet 2022

Abalone / l’autre distribution

 

Un somptueux foisonnement ! J’avais écouté ce groupe, et cette musique, en 2018 au festival D’Jazz Nevers, et j’espérais qu’un disque viendrait. C’est fait, et l’auditeur que je suis est comblé par ces retrouvailles. Réunissant une équipe de solistes au-delà de tout éloge, c’est une musique construite sur un exigence formelle qui ne brime en rien la vitalité, le rebond, et la créativité individuelle de l’improvisation. La complicité ancienne du compositeur-leader avec une bonne partie des interprètes n’est pas pour peu dans cette réussite. Mais ce n’est pas le seul ingrédient : l’investissement individuel de chacune et de chacun dans cette musique, dans son esprit, mais aussi ce qu’elle a d’organique, de charnel, fait que l’on court de séquence en séquence, étonné et ravi de ces transitions inattendues, de ces retours obstinés de pulsations entêtantes. Au moment des premières présentations publiques de cette œuvre presque monumentale, Régis Huby avait dans un entretien évoqué Steve Reich. Mais ce qui pour moi va au-delà de cette référence, c’est qu’il s’agit d’une musique vraiment collective, avec des interprètes qui sont constamment inspirés, dans l’écrit comme dans l’improvisé : le miracle de la vie même. De la (très) grande musique ou, si l’on préfère, du Grand Art. Chapeau bas !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Partager cet article
Repost0
29 juin 2023 4 29 /06 /juin /2023 18:12

 

Tim Berne (saxophone alto), Hank Roberts (violoncelle), Aurora Nealand (accordéon, clarinette, voix)

Brooklyn, 9 août 2022

Intakt records CD 403 / Orkhêstra International

https://timberneintakt.bandcamp.com/album/oceans-and

 

Une fois encore, Tim Berne me surprend, et m’épate. Après avoir, pendant des années, sur disque et en concert, offert des audaces écrites, développée dans des improvisations vertigineuses, et avec des partenaires de choix (dont Marc Ducret), il nous tend un bouquet d’improvisations collectives avec des complices tout aussi choisi(e)s. Et une instrumentation pour le moins inusitée. Le violoncelliste est pour lui (pour nous aussi) une vieille connaissance. Quant à Aurora Nealand, je dois avouer que je la découvre avec ce disque. Un disque très collectif, où chacune et chacun lance une bribe, une idée, une phrase, qui devient instantanément langage collectif, projet esthétique en mutation instantanée…. On croise au détour d’une phrase, ou d’une effusion, le souvenir des musiques qui nous sont en mémoire (fantôme d’un standard ?). Mystérieux, jouissif, et infiniment musical. Un rêve de musique improvisée, en quelque sorte.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
20 juin 2023 2 20 /06 /juin /2023 21:42

 

Jozef Dumoulin (piano, piano électrique, synthétiseur, guitare, voix, programmation, inserts sonores)

Carton Records (CD, vinyle, téléchargement)

https://cartonrecords.bandcamp.com/album/this-body-this-life

 

Dix ans après l’enregistrement du disque «A Fender Rhodes Solo», Jozef Dumoulin retrouve l’exercice solitaire du clavier. Le pianiste nous dit que voici quelque temps le producteur d’un label lui avait suggéré de faire un album qui mêlerait piano acoustique et piano Fender Rhodes. Il s’était alors mis à l’ouvrage, mais le producteur voulait l’orienter vers une esthétique à laquelle il n’adhérait pas. Et il reprit le projet en suivant ses propres critères. Ce disque est donc une sorte de manifeste artistique de Jozef Dumoulin, donnant libre cours à ses idées, ses envies, ses fulgurances…. Et le résultat vaut la peine d’être découvert. À partir de nombreuses improvisations sur le piano et sur le piano électrique, le musicien a élaboré 14 plages très singulières, d’une indiscutable richesse musicale. Les sons et les langages se mêlent, en contrastes, tensions, ruptures, tuilages ou subite cohésion. Pour avoir écouté le pianiste, depuis des années, dans les contextes les plus divers, je croyais avoir entendu toutes les ressources de sa large palette sur les divers instruments. Eh, bien une fois encore, il m’a étonné, surpris…. Et ravi !

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 09:18
JeanPaul Ricard & Jean Buzelin  GIRLS           VOCAL GIRL GROUPS  JAZZ POP DOO-WOP SOUL (1931-1962)

JeanPaul Ricard & Jean Buzelin

GIRLS VOCAL GIRL GROUPS

JAZZ POP DOO-WOP SOUL (1931-1962)

 

Frémeaux& Associés

Go On - YouTube

I'M On The Wagon - YouTube

When You Were Sweet Sixteen - YouTube

Editions, Galerie, Librairie Sonore et Vignobles Frémeaux & Associés (fremeaux.com)

 

 

Le label Frémeaux&Associés nous fait découvrir une fois encore des enregistrements rares mais pas nécessairement obscurs, tout à fait dignes d’intérêt. Un coffret de 3 CDs sur un thème inédit et très original...

Nous avions salué comme ils le méritaient les précédents coffrets, toujours de 3 CDS chez Frémeaux & Associés qui redonnaient enfin aux femmes dans le jazz un rôle plus conséquent, une plus juste place. JP Ricard et Jean Buzelin, à l’origine de ces formidables compilations, rassemblaient les pianistes ( 1936-1961) sans oublier les autres instrumentistes (1924-1962) et les Girls Bands (1934-1954), en laissant de côté les chanteuses. Ils partaient du principe que pour le grand public les femmes dans le jazz sont avant tout chanteuses : sexy, elles s’exposent sur le devant de la scène, en pleine lumière, et n’ont jamais eu ce problème de visibilité rencontré par les instrumentistes.

Les chanteuses n’ont pas été dédaignées pour autant par les créateurs de ces coffrets. Encore un autre travail colossal de nos deux experts en jazz et blues qui continuent leur entreprise en orientant leurs recherches cette fois vers une catégorie complètement ignorée aujourd’hui, sous estimée (?). Ils s’intéressent cette fois aux Girls Vocal Groups qui se sont souvent constitués dans le groupe familial, utilisant ainsi les diverses tessitures avec la prédominance d’une “lead singer”. Si ça commence avec des chanteuses blanches dans les années vingt, les Boswell Sisters de la Nouvelle Orleans, accompagnées par les frères Dorsey, connurent un très grand succès au début des années trente avec des reprises sensationnelles de “ Everybody loves my baby”, “Mood Indigo”ou “Alexander’s Ragtime band” sur les disques Brunswick, les Andrews Sisters nous sont encore familières avec les chansons de la période de la guerre “Bei mir bist du schön” ou “Rum and Coca-Cola”sur Decca. Comment ne pas citer les Chordettes dès 1946 qui jusqu’à leur séparation en 1965 enchantèrent le public ( “Mr Sandman” en 1954)?

Mais pour beaucoup de groupes, il était nécessaire d’opérer une réévaluation de ces chanteuses dont le nom nous est souvent inconnu. Très vite les groupes sont constitués par des chanteuses noires avec leur style fait de blues et jazz hot…On peut citer sur le Cd1 les Dandridge Sisters qui passèrent au Cotton Club au sein de l’orchestre de Jimmy Lunceford, Dorothy s’illustrera plus tard dans la "Carmen Jones" de Preminger. Une curiosité à souligner, les Peters Sisters eurent une belle carrière en France et passèrent aux Folies Bergères…) “Comme tu me plais” de Paul Misraki.

Le gospel laisse sa marque avec une chanteuse au premier plan soutenue par le choeur. Les Cookies sont repérées par Ray Charles qui les rebaptisa Raelettes (“What kind of man are you”?1957)

C’est à une véritable explosion du phénomène de groupes vocaux au féminin, y compris dans le style très particulier doo-wop, lancé pourtant par des groupes de garçons, que l’on assiste durant les sixties, avec de grands producteurs qui ont le sens du marché et savent manager des groupes de très jeunes et jolies chanteuses qui envahissent la variété et deviennent la coqueluche des teenagers. Les Shirelles ouvriront la voie aux groupes célèbres qui vont se succéder: le génial Berry Gordy qui fabrique les talents et le Tamla Motown sound encourage au début les Marvelettes “Please Mr Postman” en 1961, Martha and The Vandellas “I’ll have to let him go” en 1962 mais il favorisera surtout les Supremes qui figurent en couverture du coffret ( Vous aurez reconnu sa protégée, Diana Ross qui finira par remplacer en lead singer Florence Ballard ), chanteuses qu’il rendra suffisamment lisses pour le marché pop. (“Buttered popcorn”, “Let me go the right way” en 1961).

Quarante six groupes, un livret de 20 pages avec les renseignements discographiques complets des différentes séances, 26 titres pour le premier Cd, et 28 pour chacun des deux autres.

Jean-Paul Ricard, ardent défenseur des femmes dans le jazz, ne pouvait laisser passer l’occasion de ressortir quelques belles pépites et avec son copain Jean Buzelin, ils étudient cette fois l’art du jeu et des harmonies vocales dans tous les champs de la musique populaire américaine du XXème siècle. A eux deux, ils couvrent toute l’écriture jazz, pop, soul, country music (Staple Singers en 1959 “Downward road”) respectant la législation du domaine public, c’est à dire de 1931 à 1962.

Nos deux auteurs ont puisé cette fois encore dans leur vaste collection de LPs, se sont répartis les styles et après sélection des titres les plus représentatifs de chacun des groupes choisis, ils ont validé après restauration et mastering le nouveau coffret, d’où une très belle qualité de son pour une écoute optimale.

Guidé par l’expertise de tels connaisseurs, on ne peut que se laisser bercer par ces musiques "vintage", ces oldies but goldies et rendre hommage à ce travail de mémoire précis, précieux et indispensable pour l’histoire de la musique.

 

Sophie Chambon

 

 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2023 7 11 /06 /juin /2023 21:46

Samuel Blaser (trombone), Fabrice Martinez (trompette, bugle, tuba), Christophe Monniot (saxophones sopranino, alto & baryton), Marc Ducret (guitares électriques, composition)

Moulin-sur-Ouanne (Yonne), octobre 2022

Ayler Records AYLCD-178 / Orkhêstra

https://www.ayler.com/marc-ducret-ici.html

 

Une aventure singulière : pendant les confinements, faute de pouvoir se réunir en studio, le groupe s’est rassemblé, entre juillet 2020 et juin 2021, sur les bords d’une rivière bretonne, soumise aux mouvement des marées.

 

 La musique, sommairement captée, fut rejouée en studio dans l’Yonne, et enregistrée là par Antonin Rayon, partenaire pianiste/organiste de Ducret, mais aussi ingénieur du son. Entre ici et là, la magie de l’invention musicale est demeurée intacte. Des harmonies tendues à l‘extrême, des mélodies presque apaisées, des foucades sans entraves dans l’improvisation (d’ailleurs, est-il possible de faire l’exact départ entre l’écrit et l’improvisé?). Les titres égrènent la succession des saisons (L’été, l’automne, l’hiver, le printemps…..) comme autant de tremplins à l’inventivité et à la liberté. La densité des compostions explose dans les escapades improvisées, et pourtant tout cela est d’une incroyable fluidité. Comme si cette expérience dictée par les circonstances pandémique servait de rampe de lancement au plus grand ‘naturel’. Évidemment comme toujours la nature et la culture s’interpénètrent, sans qu’il soit possible d’en déterminer la limite. Grand Art en somme !

 

Xavier Prévost  

Partager cet article
Repost0
6 juin 2023 2 06 /06 /juin /2023 14:59

 

Gary Brunton (contrebasse, composition), François Jeanneau (saxophone soprano), Andrea Michelutti (batterie), Emil Spanyi, Paul Lay (piano)

Malakoff, 2022

Juste une trace / Socadisc

 

Après deux disques en trio piano-basse-batterie («Night Bus», «Second Trip»), le contrebassiste revient avec un trio autour du saxophone soprano de François Jeanneau. Trio augmenté, car 9 des 13 plages accueillent alternativement au piano Emil Spanyi et Paul Lay. Du jazz de stricte obédience, mais du jazz d‘aujourd’hui : la présence de François Jeanneau, qui en 1960 enregistrait avec Georges Arvanitas dans un quintette très soul jazz, mais aussi plus tard avec le très contemporain Quatuor de saxophones, donne la mesure des langages partagés dans ces plages. Après les épisodes de ‘Night Bus’, le titre de ce nouvel album, d’un nouveau groupe, évoque le train de nuit tel que le nomme la langue galloise. Peut-être est-ce un voyage, parmi les moments historiques du jazz. Vigueur du premier titre, en quartette, où Emil Spanyi donne toute sa verve d’improvisateur, avant une ballade où la basse va s’épanouir à l’archet, en dialogue avec le piano de Paul Lay. Retour au plus vif, dans un thème qui fleure bon le souvenir des grands orchestres : à quatre ils ravivent cette époque épique, mais les improvisations fleurent bon le jazz d’aujourd’hui. Plage après plage, c’est une parcours panoramique dans les langages du jazz tel qu’on le parle en 2022, la mémoire en éveil, l’inspiration aux aguets. Absolu bonheur d’écouter François Jeanneau, sur qui le temps paraît n’avoir aucune prise. Cohésion du groupe qui manifestement vit ces instants comme une fête : beaucoup des thèmes semblent porter le souvenir des harmonies et des structures de standards, parés d’habits neufs. La magie du jazz en somme, intemporelle, et pourtant toujours en éveil sur le fil du temps.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0